V. 97. 99. XVIII
Il ne paraît pas que la domination romaine ait été trèsfavorable à laThessalie, quoique César l'ait déclarée libre ^ Peu de villes conservèrent leur ancienne splendeur ; Larisse surtout eut beaucoup à souffrir ^ Etienne de Byzance veut que Larisse ait eu pour fondateur Acrisius^; on s'expliquera mieux son origine et son nom tout pélasgiques en se reportant, avec Strabon, à trois villes de Larisse, qui existent en Troade, en Eolide- et en lonie \ Elatia, prise par Persée en même temps que Gonni, et située en face de cette ville sur la rive droite du Pénée, était moins enfoncée dans le défilé de Tempe ^ Philippe y eut une entrevue avec Flamininus après la bataille des Gynoscéphales (ad fauce^ quœ ferunt in Tempe ^ is datus erat conloquio locus) ^ Gécilius y prononça aussi son jugement ^ Leake la place sur une hauteur, au nord-ouest de Macrichori, où l'on reconnaît des murs antiques, et en face du pont de Vernesi, qui conduit à Gonnus ^ Elle esl sans doute la même qu'Aloion, située en Thessalie vers Tempe, et ainsi appelée par Aloéus, chef des Aleuades, qui la bâtit après avoir chassé les Thraces ^ Entre Elatia et Larisse, dans un intervalle de 16 à 17 kilomètres, on trouve les ruines de Mopsium et le lac Nésonis.
A l'ouest du lac Nésonis, sur la rive gauche du Pénée, dans l'angle formé par ce fleuve à son confluent avec le Titarésius, et près du village de Tatari, Leake met l'ancienne Gyrton ou Gyrtone. Il faut, dit-il, placer Gyrton en cet endroit, parce qu'il y a des ruines auxquelles on ne peut donner un autre nom, et parce qu'elles se trouvent sur la route suivie par Persée après la conquête de la Perrhébie
1 Plut. Cœs, éd. Didût. IL 871. « Polyb. XVIII. 19.— Liv. XXXIII >
2 Strab. IX c. v. § 3. p. 369. 13.
3 Steph. 418. 7 Liv. XXXIX. 25.
* Sirab. IX. c. vir. §49. p. 378. « Leake. III. 581. IV. 298.
'^ Liv. XLII. 54. 9 Steph. 67.256.
et la prise de Phalanna \ Que Gyrton, ville des Perrhèbes, soit ainsi nommée de Gyrton, frère dePhlégyas, son fondateur^; que ses habitants se soient appelés Phlégyes à cause de ce même Piilégyas, qui était aussi frère dlxion, et lapithe par conséquent ^ ou bien qu'elle ait été bâtie par Phalérus, fils d'Alcon, parti du fleuve Asopus\ ce n*est ni contradictoire avec Topinion de Leake , ni très-important géographique ment. Mais il ne faut pas se dissimuler que d'autres détails ne concordent guère avec les ruines de Tatari. Ainsi Larisse, Pharsale, Pirasies, Crannon, Phères, citées avec Gyrton comme alliées d'Athènes dans la guerre du Péloponnèse, sont toutes au sud duPénée \ Le territoire de Phalanna, ville des Perrhèbes, s'étendait, dit-on, jusqu'à celui de Crannon^; Larisse avait aussi un territoire important, qui s'étendait autour du lac Nésonis, et Gyrton était située à un jour de marche de Phalanna (25 à 30 kilomètres?), à cent stades de Crannon (18^^•,500)^ et sur la rive droite du Pénée *, assez près de Tembouchure de ce fleuve *. Les positions de Crannon (Eski-Larissa, près d'Hadjilar) et de Phalanna (Karajoli) sont connues; il y a 200 stades (37 kilomètres) en ligne droite de l'une à l'autre, et il n'est guère possible de négliger sur un point un témoignage reconnu si exact sur un autre point. En outre, il n'est pas aisé de trouver entre Larisse et Phalanna une place pour le territoire de Gyrton, à cause du peu de distance (18 kilomètres) de ces deux villes. Le passage de Strabon, tiré de la bibliothèque du Vatican, n'était pas connu de Leake, et C. Muller, qui en fait loyalement l'observation, essaye d'abord de l'expliquer à l'aide d'une autre ville de Crannon ,
1 Leake. III. 383. 6 Liy. XLII. 65.
2 Steph. 217. 7 strab. IX. c. v. § 19. p. 378.
3 Strab. IX. c. v. § 21. p. 379. s Liv. XLÏI. 54.
* Orph. Argon. V. 143. » Strab. Vil. fragm. 14. p. 276, « Thucyd. II. 22.
OU plutôt de Crania, indiquée en effet dans les cartes les plus récentes*. Nous ne trouvons pas son rapprochement naturel, et Crania, située de l'autre côté de Tempe sur la côte de Piérie, nous paraît très-mal choisie, outre qu'elle est à près de 25 kilomètres de Phalanna, et à près de 60 kilomètres de Grânnon ; en effet, on n'aurait pas eu Tidée de faire ces rapprochements, si Grannon avait été située au delà de la vallée du Tempe, c'est-à-dire hors de la Thessalie. G. Muller, au reste, ne se contente pas lui-même de son hypothèse, et, par une seconde conjecture, il place Gyrton au nord-est du lac Nésonis entre Phalanna et Mopsium, par exemple aux environs du village de Bukrina. G'est moins extraordinaire, sans être plus conciliable, car cela laisse encore une distance presque double (29 à 30 kilomètres) entre Gyrton et Grannon. Nous préférons prendre dans un sens plus large le voisinage de TOlympe, de Tempe et de la mer dont parle Hécatée^, au lieu de créer, d'après une interprétation douteuse d'Etienne de Byzance, une seconde ville de Grannon. Etienne de Byzance n*a pas généralement assez de précision dans son langage, pour qu'on lui accorde une telle preuve d'estime. Pour nous Gyrton se trouvait plus à Touest, et nous pensons que c'est sur la rive droite du Pénée, au sud-est d*Argyra, qu'il faut chercher son emplacement. La route de Nicopolis à Larisse par Limnœa et Pirasies ^ passe près de Thumai. Peut-être un œil attentif trouveraitil quelque trace de Gyrton entre la route et le fleuve. Tout s*y rapporte à la fois; Thumai est à peu près à 100 stades de Phalanna et de Grannon ; en partant de Phalanna on peut y arriver en un jour (18 kilomètres)^ même en passant par Larisse (28 kilomètres). Dans cette position à Touest, Gyrton n'intercepte ni le territoire de Phalanna, ni celui de Grannon,
* Strab. Ind. v<» Gyrton, p. 815. 3 Itin. Anton. — Leake. Map. of
2 Steph, vo Kpavvwv. north, Gr,
qui peuvent se toucher dans l'intervalle, à Scsea par exemple, sans être gênés par celui de Larisse, qui s'étend à l'est et au nord-est, du côté du lac Nésonis. Enfin, on comprend que, Larisse ayant encore dans ce moment-là une garnison macédonienne, Persée (171), prévenu dans sa marche à Touest, se soit, avant l'arrivée du consul, reporté à'Test, et que par ce mouvement brusque il ait surpris véritablement Connus et Elatia , qui pouvaient croire le danger passé.
Mais, si Gyrton est près de Thumai, à quoi faut-il rapporter les ruines de Tatari? Ce ne peut être celles d'une ville importante; il n'y a qu'une heure de route entre Tatari et le pont de Larisse. Etienne deByzance, sur le témoignage de CaHimaque*, cite en Thessalie près de Larisse un bourg appelé Dipnias, où l'on rapporte qu'Apollon, vainqueur du serpent Python, prit son premier repas après s'être purifié. Un enfant portant une branche de laurier s'y rendait, tous les neuf ans probablement, et on lui servait à dîner (Seiuvov?) ^. Ovide fait allusion à cet usage, quand il donneà Daphné Tépithète de Pénéia^. Nous voyons encore que parmi d'anciens tombeaux et fragments d'antiquités, Leake a trouvéune inscription dédicatoireàÂpollon, avec son surnom thessalien d'ÂuT.ouç, et son épithète de Te^^tl-zri^^, Cela permet de placer en cet endroit le bourg de Dipnias, cité par Etienne de Byzance. Quant aux sacrifices mentionnés par Élien, ils se faisaient au milieu du défilé luimême , dans le temple d'Apollon ;)(^£t.[jitovLoç , dont nous parlerons plus loin.
Les villes thessaliennes qui nous restent à décrire appartiennent à la Perrhébie. A Touest de Dipnias, qui était probablement du territoire de Larissa, et au sud de Tur-
1 Callira. liv. IV. 3 Ovid. Metam, I. 453.
2 Steph. 227. — iElian. III. 1. * Leake. III. 360. 382.
navo, près du Titarésius, Leake place Métropolis, dont Anliochus s'empara. Cette opinion est fondée principalement sur les deux Métropolis indiquées par Etienne de Byzance, Tune (la quatrième) en Thessalie , l'autre (la dixième) dans la Thesse^lie supérieure. Cependant Texistence de la seconde Métropolis ne nous paraît pas démontrée. Nous ne croyons pas qu'Antiochus ait dépassé le Pénée : il n'en avait pas eu besoin pour faire ses autres conquêtes, qui sont toutes au sud de ce fleuve. Nous savons aussi qu'il ne possédait ni Atrax, ni Gyrton, ni Larisse*, et nous ne voyons pas où il aurait pu passer le Pénée pour assiéger ime ville située près du Titarésius. S'il Tavait fait sans être maître d'aucune ville, il aurait commis une faute grave, et compromis sa retraite. De même, l'inscription citée par Leake ^ nous paraît d'une interprétation douteuse, et Petrœus, fils de Philoxénide et métropolitain, peut avoir été gymnasiarque ailleurs qu'à Métropolis; peut-être même, s'il s'agissait de Métropolis, cette désignation eût-elle été superflue. Nous placerons de préférence à cet endroit, appelé Kastri,Naxium, où Polysperchon fut assiégé par Cassandre et réduit à l'extrémité. Callas, officier de Cassandre, étant parvenu à corrompre une partie de ses soldats, il réussit à s'échapper et se retira en Etolie^. Si Naxium avait été la même qu'Azorus, comme le veut Wesseling, ce n'est pas en Etolie, mais dans la Tymphée, ou chez les ^Ethices, ses compatriotes et ses anciens sujets, que Polysperchon se serait sauvé. Diodore place Naxium en Perrhébie, et l'emplacement de Kastri lui convient d'autant mieux que ce n'était qu'une forteresse, et que le territoire des Perrhèbes s'étendait au sud jusqu'à Gyrton et Argissa, Phalanna, appelée Phalanon par Lycophron *, était une
* Liv. XÎXVI. 10. 3 Diod. XIX. 35. 56. 52.
2 Leake. 111. 371. Inscr. n^ 153. * Steph. 687.
ville de la Perrhébie, située près du Pénée, dans le voisinage de Tempe. Orthé, citée par Homère avec Eloné et Oloosson \ était sa citadelle \ L'emplacement d'Orthé est près de Karadchali; ses ruines sont les plus remarquables de toute cette plaine , elles occupent une hauteur h double cime [bicipital height) d'où partent deux lignes de murs helléniques qui se croisent et forment terrasse. Cette position sur une éminence rocheuse, au-dessus de la plaine de Kastri et de Tatari, explique le nom d*Orthé; Phalanna ellemême répond à Karadchali ^
Nous ne nous arrêtons pas à ce que Leake dit du bas Olympe, ni à la place qu'il assigne au mont Titarius au nord de Karadchali. L'exploration de la région de l'Olympe par M. L. Heuzey, et l'excellente carte qui y est jointe, ne laissent pas de doute sur la véritable position du Titarius (Chapka) aux sources mêmes duTitarésius, entre les défilés de Volustana et dePétra. Observons seulement sur ce point, qui nous semble désormais hors de la discussion, qu'il n'était pas naturel de placer le Titarius presque au confluent du Titarésius et du Pénée, et qu'en procédant ainsi la rivière eût donné son nom au mont, au lieu de le recevoir de lui.
Entre le Titarésius et le Cyralius, ou Cyrétius, son affluent principal à gauche, à Dhéméniko, est l'emplacement de Tancienne ville de Cyréties, située en Perrhébie, pillée misérablement sous le règne de Philippe par les Etoliens (200) et par les Athmanes (191)^ et réduite par Persée à capituler au bout d'un jour* (171). La colline occupée hors de la ville actuelle par l'église de Saint-Georges, était probablement l'acropole; la ville proprement dite s'étendait au
1 lliad. II. 739. 4 Liv. XXXI. 41. XXXVI. 10. XLII.
2 Strab. IX.c. V. §19.p.378. 53.
3 Leake. IV. 298. III. 380.
nord sur le penchant de la colline, dans la vallée arrosée par un bras du Titarésius \ Plusieurs inscriptions sur marbre, reconnues dans les murs ou sur le pavé de cette église, constatent Tidentité de Gyréties et de Dhéméniko ; la plus importante est une lettre officielle adressée parFlamininus aux Cyrétiens, lorsqu'il commandait en Grèce. Il y abandonne aux partisans de Rome les terres confisquées au profit de la république sur les partisans de la Macédoine*, et dans cette lettre, qui réduit à la misère la moitié des citoyens, on reconnaît la politique du sénat. Myles, voisine de Gyréties, avait donné au consul Licinius Crassus des otages qui étaient retenus dans Larisse ; se fiant à la hauteur de ses murailles, elle voulut résister (171); Persée l'emporta de vive force et vendit à l'encan ses habitants ^ Elle commande le passage de la Perrhébie dans la Pélasgiotide, et répond à Damasi. Malléa fut prise d'assaut par Licinius Grassus, qui soumit alors toute la contrée, et elle paraît avoir occupé l'emplacement de Mologhusta (Mallsea Augusta?) \
En remontant le Titarésius jusqu'à Vouvala, on trouve un peu au-dessous de cette bourgade un Paléo-Gastro où M. L. Heuzey voit remplacement de Doliché^ et le colonel Leake celui d*Azorus. La carte de la région de l'Olympe, telle que nous. la devons à M. Heuzey, nous permet de n'adopter ni l'une ni l'autre opinion. En effet, Doliché doit être reportée plus au nord, à Duklista, où le colonel Leake la place justement, et un autre emplacement, celui de Castri, situé entre Vouvala et Duklista, convient seul à Azorus. Nous plaçons au sud-est de Vouvala, dans le coude formé par le Titarésius, Eritium, voisine de Gyréties, et nous lui rapportons le fragment d'inscription reconnu par
1 Leake. III. 304. 310. s Liv. XLII. 53.
2 Leak. IV. 306. Insc. n» 174. * Leake. IV. 310. 311.
Leake à Dhéméiûko, el ingénieusement interprété par lui (statue votive d'un Asclépiodore, consacrée à Esculape et à Hygie par un Apollodore en reconnaissance de ses bienfaits, et œuvre d'un Athénien^). Dans la guerre contre Antiochus, Bébius, maître de Phacium et de Phsestus, part d'Atrax, occupe Cyréties etEritium, y laisse des garnisons et rejoint Philippe, qui assiégeait Malléa. Le gros de l'armée combinée était autour de la place principale; pendant ce temps-là, Bébius, avec un corps détaché, réduisait les autres^. Ce passage de Tite-Live se comprend aisément, et se rapporte très-bien à la position que nous donnons à Eritium, surtout si nous remarquons que Philippe et Bébius s'étaient concertés dans le pays des Dassarètes l'hiver précédent, avaient réuni leurs forces dès le commencement de la campagne, et étaient descendus en Thessalie en même temps. D'après cet itinéraire, indiqué par Tite-Live, Philippe pouvait en débutant assiéger Malléa, et Bébius opérer en demi-cercle autour de cette ville, avant de rejoindre son allié sous ses murs.
La Tripolide de Perrhébie répond au bassin supérieur du Titarésius, et aux trois villes d'Azorus, de Dolicbé et de Pythium. Le Titarésius a trois sources, ou, si Ton veut, est formé par trois torrents. Le premier, au nord, part du Titarius (Chapka) : c'est le Titarésius lui-même. Le second, au nord-ouest, part du mont Amarbis, dernier sommet des monts Cambuniens; entre ses deux branches, sur un monticule isolé, est placée Vigla, où l'on reconnaît l'ancien poste deVolustana^ : le défilé, que ce torrent parcourt, et que souvent il occupe tout entier, est étroit, escarpé, gauvage^; il n'a pas, dans beaucoup d'endroits, plus de cinq à six mètres
1 Leake. IV. 310. Inscr, n» 180. * M. L. Heuzey. Le mont Olympe.
2 Liv. XXXVI. 13. p. 219.
3 Liv. XLIV. 11.
de largeur, et c'est à ce torrent, encaissé entre des murailles de rochers à pic, qu'il faut donner le nom d'Orcus. Le troisième, au nord-est, part de l'entrée du col de Pétra, entre le Titarius et TOlympe; c'est TEurotas ou Europus, qui arrosait la plaine de Dodone. Nous avons déjà donné à peu près ces détails dans l'hydrographie sommaire, nous les répétons à dessein, pour établir pkis nettement les limites de la Tripohde, comprise presque tout entière entre le Titarésius et l'Eurotas.
Il y a dans cette région cinq emplacements qui se rapportent à des villes antiques, trois entre l'Orcus et l'Eurotas, un quatrième au nord-ouest près du mont Amarbis, un cinquième à Test sous la masse de l'Olympe. L'emplacement du nord-ouest, entre Gligowo et Vigla, donné par M. Heuzey, mais sans nom moderne *, pourrait bien être Titaron, indiquée par Etienne de Byzance, et citée dans Lycophron. Son nom indique qu'elle était voisine du Titarius. Il ne faut pas la chercher plus au nord, à Livadhi par exemple ; ou ne trouve aucunes ruines dans cette région, et janiais le;^ anciens n'auraient été s'établir dans ces escarpements ^. Entre le Titarésius et l'Eurotas , le premier emplacement au sud-ouest, Kastri, répond à Azorus; le second, qui occupe le plateau de l'Hagios Hjlias, au sud de Duklista, est l'acropole de Doliché, et Duklista, que dans son édition de Ptolémée P. Bertius appelle Doluc, est DoHché elle-même, qui se trouve ainsi dans la position de Phalannaet de Cy~ réties par rapport à leurs citadelles, toutes deux situées au midi. Entre ces deux villes, et probablement le long de l^Eurotas, MarciusPhilippus avait établi son camp ^. Plus à l'esté à Hagii Apostoli, est Pythium, sur la route qui coqduit au col de Pétra. Cette dernière position n'a pas été
^ M. L. Heuzey. Carte de FOlympe. ^ M. L. Heuzey. Le rfhont Qlympe. — Steph. 658. p. 45.
SLiv. XLIV.2.
contestée, mais seulement défigurée par quelques-uns qui Tont reportée plus haut, à Ilagios Dimitrios. L'absence complète de ruines ne permet pas d'insister sur cette dernière conjecture.
Parmi les villes du nom de Doliché, Etienne de Byzance ne cite pas celle de Perrhébie, mais il donne comme exemple Tadjectif : /iokl'^aLioq Zeiiç *. Cela s'applique très-bien à la ville perrhébienne, voisine de l'Olympe, et située au milieu d'un pays tout imprégné du culte de Jupiter, Si les inscriptions et les actes d'affranchissement trouvés à Duklista dans les églises, joints à Tanalogie du nom moderne, ne suffisent pas ^ pour démontrer qu'il y eut à Duklista une ville antique, il faut anéantir du même coup la plus grande partie de nos conjectures, qui ont rarement une base plus solide. Du reste, M. Heuzey, qui paraît exiger plus en cet endroit, s'en contente lui-même quelques pages plus haut ^, à propos d'Oloosson. Enfin, il constate sur la colline pointue d'Hagios Ililias, où nous avons placé la citadelle de Doliché, des traces d'anciens murs d'une époque incertaine, appartenant à un fort ou à un château.
Le temple d'Apollon àPythium était célèbre dans la Tripolide. Au nord-est de cette ville se trouvent, dans le tchiflick de Sélos, des ruines que M. Heuzey attribue justement à ce temple d'Apollon , mais nous cessons d'être de son avis au sujet du Paléo-Castro, qui se trouve à l'est de Sélos, « appuyé contre le flanc même de l'Olympe. » L'acropole de Pylhium, nous la plaçons sur la colline d'Hagii Apostoli, où il a signalé « quelques lignes de fondations en grandes pierres régulières, qui sortent à peine du sol, » et la ville le long de cette autre « colline taillée en pente douce, et disposée en terrasse *. »> Sélos n'est pas Eloné, mais elle
1 Steph. 242. ^ m.L. Heuzey. Le mont Olympe.
2 M. L. Heuzey. Le mont Olympe, p. 28.
p. 39. Wd. iôid. p. 35-39.
en a pris le nom, et les cinq églises, débris d'une splendeur plus ancienne, qu elle possède encore dispersées sur un large espace, témoignent clairement de son importance. Le nom de Limoné, ou marécageuse, donné par Strabon , ne peut pas nous arrêter dans nos conjectures. Eustathe, dans son commentaire sur V Iliade, nous dit que la ville, fondée par Hercule après le massacre des Centaures, changea son nom, et prit celui de Limoné S à cause d'une prairie qui y était renfermée. Une prairie n'est pas un marais; d ailleurs cela prouverait tout au plus que Tétat du pays se serait modifié, et M. Boue, qui Ta parcouru, voit dans la Perrhébie jusqu'au pas de Melouna le bassin d'un ancien lac. Ainsi serait expliquée du même coup la position de Titaron presque sur le plateau du mont Amarbis. Strabon place Eloné, comme Oloosson, au-dessous de l'Olympe ^ Nous suivons de préférence ici l'opinion du colonel Leake% mais nous ne plaçons pas comme lui Eloné ou Limoné à Sélos même, qui s'est formée de ses débris ; nous préférons la reculer à l'est jusqu'au Paléo-Castro.
Dans la vallée moyenne du Titarésius, sur un sol crayeux qui lui vaut l'épithète homérique de leux7\ (àuo tou Xeuxàp- Yi^voç elvai) *, l'ancienne ville d'Oloosson se reconnaît au nom moderne d'Alassona, et on suit sa trace à travers les siècles sousTrajan, sous Justinien P% et jusqu'à la fin du Bas-Empire ^ Les seules ruines qui lui appartiennent certainement parmi toutes celles qu'on y trouve, et qui n'aient pas été apportées du dehors, sont deux tombeaux d'un style très-simple, situés sur la rive gauche duCyralius. Au nordest, à l'entrée de la coulée qui sépare l'Olympe supérieur de l'Octolophe, ou bas Olympe, une hauteur boisée, appe-
1 Eustath. Ad Iliad. II. 739. * Strab.IX. c. v. § 19. p. 378.
2 Strab. IX. c. v. § 20. p. 378. » M. L. Heuzey, p. 25.
3 Leake. III. 345.
lée la Paiiaghia, conserve encore les traces d*nn aqueduc creusé dans le rocher; au sud-ouest de Boliana et du mont Gouléna, on trouve un autre Paléo-Castro; enfin, à Test, sur le sommet pointu du mont Detnata, quelques pierres éparses indiquent une ancienne construction dont Tépoque ne peut être déterminée * . Nous voyons reparaître dans cette région de l'Octolophe la série de petites places [castellû magis quàm urbes) ^ que nous avons déjà remarquée en Dassarétide, et autour do Gomphi ; nous le verrons encore dans le parcours de la vallée de Tempe.
Nous plaçons à la Panaghia Dodone de Perrhébie, qu'il ne faut pas confondre avec la Dodone des Selles ou Hellènes, ni avec celle du Pélion, appelée aussi Bodone ^. C'étaient les Dodonéens de Perrhébie qui recevaient les premiers des Grecs Tes offrandes des Scythes Hyperboréens, enveloppées dans de la paille de froment (Iv xaXàjx-iri ituptov), et portées de là au golfe Maliaque* (sans doute à la Dodone du Pélion), à Caryste en Eubée, à Ténos, et enfin à DéloSi C'est en se promenant avec ses femmes dans la plaine au delà de Dodone, oii coule TEurotas, que Rhéa mit au monde Pluton ^, Ce Paléo-Castro, situé au centre de la Perrhébie, entre les deux massifs de l'Olympe, et entouré de forêts^ convenait parfaitement à l'établissement d un oracle ; l'aqueduc, dont on voit les restes, était sans doute destiné au service du temple. Les ruines d'un ancien monastère nous rappellent que les premiers chrétiens bâtissaient souvent leurs églises sur l'emplacement des temples païens, comme à Hagii Apostoli pour le temple d'Apollon, et le passage des vers sibyllins que nous avons cité d'après Luc Holstein, dans ses commentaires sur Etienne de Byzance, nous paraît décisif.
1 M. L. Heuzey. p. 54. 55. ^ Hérod. IV, 33.
2 Liv. XXXIX. 28. ^ Carm.SihylL Ul.'i^l.inLHolst.
3 Steph. 743. ap. Steph. 186.
TOt»ÔGAÀt»HlE. atÔ
D'après ce texte, Dodone était au midi, et TEurotaS coulait au delà (par rapport à la Grèce) :
Tb rpiTOv au nXouTwva Pêyi t£)C6 ^la "yuvaawv AwS'covYiv irapicuaa, oôev p££v u-Ypà xsXeuôa EùpwTou irofàixoio. .,
Etienne deByzance indique un fleuve iEnius, qui arrose iEnia, ville des Perrhèbes *. Nous savons que les ^Enianes occupaient primitivement avec les Perrhèbes la région de rOlympe, et qu'une partie seulement émigra au sud-ouest de la Thessalie, vers les monts Oxiéens. Ceux qui restèrent en Perrhébie existaient encore au temps d'Hérodote, et se soumirent, à Xerxès ^ Le bras septentrional du Gyralius, qui prend naissance au grand monastère d'Hagia Triada, est l'ancien ^nius, et la ville d'^Enia doit être placée au sud-ouest du mont Gouléna, où se trouve un Paléo-Castro. Sans doute le témoignage d*Étienne de Byzance est bien léger, et sa géographie symétrique est suspecte. Cependant nous laissons subsister iEnia et le fleuve iEnius, parce qu'il est prouvé que les iEnianes ont séjourné dans la région de rOlympe longtemps après Fémigration d'une partie des leurs en Dolopie, et parce qu'au temps de la guerre de Troie Cyphusleur appartenait^ ; Gounéus est uniEniane. Il n'est pas extraordinaire qu'ils se soient concentrés à une époque plus récente dans une ville de leur nom. Les débris signalés sur le mont Detnata appartiennent à la tour d'Eudieru, rencontrée par les Romains dans leur marche à travers l'Octolophe à quinze milles du camp établi entre Azorus et Doliché (22''^'-, 215). La distance entre le mont Detnata et i'Eurotas, oii nous croyons que campait Marcius, s'y rapporte très-bien.
Les défenses accutnulées par lés anciens étaient toutes
1 Steph. 44. 3 M. L. Heuzey. p. 62.
2 Hérod. VIL 132.
aux abords de TOctolophe; le massif lui-même était inoccupé, et les Romains, qui le coupaient en diagonale, n'y trouvèrent que la forteresse de Lapalhonte \ sur les confins de la Piérie, au-dessus du lac Ascuris (Nézéro), dont une troisième montagne du nom d'Hagios Hilias nous donne remplacement. C'est peut-être l'ancienne ville de Lapithé, qu'Etienne de Byzance indique en Thessalie % d'après Épaphroditedans ses Homériques, Le nom de Lapathonte rappelle en effet celui des Lapithes, et ils avaient disparu depuis assez longtemps, lors de la conquête romaine, pour que les historiens aient pu négliger ce rapprochement. Aux environs était la forteresse de Gharax, probablement plus près du Pénée, et sur les derniers escarpements du défilé de Tempe; plus à l'ouest encore, la forteresse inexpugnable de Gonnocondylon, appelée Olympias par Philippe, fils de Démétrius, parce qu'elle protégeait toute la région de l'Olympe, dont elle était le boulevard. C'est à tort que d'Anville met Gonnocondylon sur le littoral égéen; Tite-Live est formellement contraire à cette opinion, et place cette forteresse du côté de la Perrhébie, immédiatement après Connus, dont le nom fait partie du sien ^,
Un passage de Tite-Live pourrait nous mettre sur la voie, et préciser la position de Charax et de Gonnocondylon relativement à Connus et à Lapathonte. Le heu, dit-il en parlant de Tempe, se prête naturellement à la défense ; cependant il fut garni de troupes sur quatre points à quelque distance l'un de l'autre; le premier point, Connus, était situé à ^'entrée du défilé \ Il est probable que ces quatre points [quatuor distantia loca) furent choisis à des intervalles sinon égaux, au moins déterminés par la: nature du pays. Mais, ajoute M. L. Heuzey, « la route de Tempe est tout entière
1 Liv. XLIV. 2. 3 Liv. XLIV. 6.
» Steph. 418. 4 Id. ibid.
creusée dans TOssa. Du côté de TOlympe, le Pénée coule si près des rochers, qu'il ne laisse pas même la place d'un sentier; c'est à peine si les platanes de cette rive trouvent un étroit rebord pour fixer leurs racines \ » Nous devons conclure de ce qui précède qu'il y avait au nord au moins un chemin, parallèle à la route actuelle, que ce chemin, impossible dans la vallée même, suivait le plateau, se rendait de Connus à Phila par Gonnocondylon, Charax et Lapathonte, et que probablement il était une œuvre macédonienne, peut-être celle desAntigonides. Ainsi gardé par cinq postes considérables, échelonnés sur un intervalle de trois à quatre lieues, ce chemin était véritablement impraticable pour une armée, et on s'explique très-bien que les Romains ne s'en soient pas servis. Mais il adù être suivi parHippiasetles troupes macédoniennes, envoyées par Persée dans les forteresses de rOlympe pour y tenir garnison .Une serait peut-être pas impossible d'en retrouver les traces, surtout en partant •de Phila, et cela servirait à établir définitivement la position de Charax et de Gonnocondylon, qui n*est pas encore fixée. Au nord-ouest de Balamoutlu, le mont Kokkinopétra (la roche Rouge) est le mont Cyphus, sur lequel était située aux temps primitifs une ville du même nom. Gounéus en partit pour aller avec vingt-deux vaisseaux à la guerre de Troie \ Elle occupait probablement le Paléo-Castro indiqué par M. Heuzey, entre Déréli et le Kokkinopétra, sur le versant sud-est de ce dernier. Strabon dit à ce propos qu'Homère assigne aux Penhèbes Eloné, Oloosson, Connus et Cyphus, distraites (eTtsdïicpéTaç) d'une partie de THestléotide. M. C. MuUer essaye, à tort selon nous, d'y substituer dépendantes [eTzeCkT^yàxdç) d'une partie delà Pélasgiotide\ D'autres textes prouvent en effet qu'à une certaine époque
1 M. L. Heuzey.. p. 9. 3 strab. ÏX. c. v. §20. p. 578.
2 Iliad. II. 748.
282 GÉOGRAPHIE ANCtËNlSË Î)Ë LA MACÉDOINE.
rHestiéotide s'est étendue jusqu'à l'Olympe, etquelesPerl'hèbes n'ont occiipé la vallée du Titarésius qu'en refoulant à l'ouest les Hestiéens.
Connus paraît retenir le nom de Gounéus : cependant elle n'est pas nommée dans VIliade. Elle était située à l'entrée de là vallée de Tempe, mais plus engagée dans le défilé qu'Elatia, située sur la rive opposée \ A l'époque des guerres médiques, Xerxès passa probablement le Pénée dans son voisinage \ Toutefois, nous ne comprenons pas bien comment, les Grecs occupant Tempe, le grand roi a dû se détourner sur Gonnus^; Ce serait possible, s'il venait du midi, mais venant de la haute Perrhébie,et passant à deux lieues à l'ouest de Gonnus, au pas de Mélouna, accueilli par lesAleU&des de Larisse, et délivré des Grecs, qui, pour éviter d'être pris à dos, se sont reportés aux Thermopyles, Xerxès ne passe pas à Gonnus pour se détourner de Tempe. Il est beaucoup plus probable, au contraire, qu'il a voulu s'assurer du défilé, laissé libre par les Grecs, et dont son voyage d'exploration jusqu'aux bouches du Pénée lui a fait comprendre toute l'importance. Ainsi le lieu du passage des Perses pourrait correspondre au pont de Vernési, vis-àvis d'Elatia. Déjà Leake a supposé que ce pont existait du temps de Persée \ et les raisons plausibles qu'il en donne n'empêchent pas de reculer encore de plusieurs siècles l'époque de sa construction.
C'est à deux kilomètres au sud-est de Déréli, sur la route de Balamoutlu, que se trouvent les ruines de Gonnus : leur nom actuel est Kaleh-Tépê. On y reconnaît un mut* d'enceinte de deux mètres de large, ayant souvent de trois à cinq mètres de haut, et certainement d'origine grecque; deux collines figurent deux acropoles unies par une colline
1 Lit. XLIl. 54. XLIV. 6. ^ m. L. Heuzey. p. 11^18. Note.
2 Hérod. VII. 128. 173. * Leake. III. 382.
TOPOGttAPËlfe. 383
intermédiaire plus large et plus basse. Des ttiurg intérieurs forment des terrasses superposées, et permettent de se re^* présenter la ville, bâtie en amphithéâtre, et ouverte au midi. Petite, ramassée, enveloppée dans ses collines et dans ses murailles, n'ayant guère plus d'un kilomètre dans sa plus grande largeur, Connus n*est pourtant pas un simple poste, comme les auVres forteresses de Tempe ; c'est une vraie place de guerre qui peut tenir une bonne garnison. Elle joue un rôle considérable dans le dernier siècle de Tindépendatice macédonienne ; elle est le plus fermé rempaH des Antigonides, et le berceau de leur dynastie. Antigone, après la captivité de son père Démétrius Poliorcète, y refît lentement sa fortune ; Philippe s'y réfugia après la bataille des Cynoscéphales ; Anliochus n'osa pas attaquer Connus. En 197, les Romains, craignant encore de la prendre pour eux-mêmes, et ne voulant pas la laisser à Philippe, l'abandonnèrent aux PerrllèbeSt ses anciens maîtres; Quand Persée se résolut à reprendre les armes, il rouvrit la oanlpagne par la surprise de Connus. Depuis la conquête romaine^ Connus disparaît de Thistoire : cette destinée est vériliée par l'état présent de ses ruines, où l'on ne trouve rien qui rappelle la domination romaine ou l'époque byzantine. Nous nous sommes borné, dans ce qui précède, à résumer brièvement, et à notre point de vue, rintéressante description donnée par M. L. Heuzey *.
La voie antique, restaurée par les Romains, passe sur la rive droite au sud-est de Balàmoutlu, longe le pied de rOssa pendant quatre lieues environ et reprend la rive gauche à une lieue et demie en avant de l'embouchure du Pénée, en face de Bourouvari ; il en reste sur beaucoup de points des traces évidentes. Dans cet espace, et à peu près
* M, L. Heuzey. p. 10-18.
au milieu du défilé, là où il est le plus étroit, était située une forteresse dont Tite-Live ne donne pas le nom : dix hommes auraient suffi à la défendre \ L'emplacement est connu sous le nom de château de la Belle (Kàorpov rriç èpoLloLç) ; on y trouve des ruines romaines et des ruines du moyen âge, mais les assises sur lesquelles reposent ces dernières paraissent helléniques*. C'est sans doute entre cette forteresse et Phila, au heu où Ton passait le Pénée pour entrer en Piérie {ad Peneum flumen^ quà transitus ah Homolio Dium esset) qu'eut heu (171) l'entrevue de Persée avec MarciusPhihppus, alors envoyé du sénat \
Près d'Elatia, et peut-être à Baba, était le temple d'Apollon XeifAtovloç, que Kiepert, à tort, selon nous, place sur la rive gauche \ C'est là que se célébraient des sacrifices qui attiraient toute la Grèce. On peut voir par ce fait combien le culte d'Apollon était répandu en Thessalie ; il suffit de se rappeler les temples dePythium et de Pélinnaeum, le sanctuaire de Dipnias. Il semble que cette partie de la contrée prélude aux magnificences du temple de Delphes.
Macédoine proprement dite.
La Macédoine proprement dite a pour limites : à l'ouest, les monts de Candavie, le Bercétésius et le mont Tymphé; au sud, les monts Cambuniens, le mont Olympe leur prolongement, et le cours inférieur du Pénée; au sud-est, le golfe Thermaïque depuis les bouches du Pénée jusqu'aux bouches de l'Echédorus , et depuis les bouches de TEché-
1 Liv. XLIV. 6. 3 Liv. XLII. 38.
2 M. Méziëres. Archives des miss. * Kiep. Thess, Epeires.^Passvon scient. III. 263. Tempe.
dorus jusqu'aux bouches du Strymon une ligue à peu près droite passant au nord du lac de Langaza et du lac de Bolbé; à Test, le mont Cercine et ses prolongements jusqu'au mont Orbélus ; au nord, la chaîne de l'Hémus depuis le mont Orbélus jusqu'au mont Scardus. Au nord-ouest, une partie du cours du Drilo en dépend poUtiquement, entre le lac Lychnitis et le confluent du Drilo avec le Drin blanc : la Péonie s'étend de ce côté jusqu'aux sources du Mathis, et jusqu'au territoire des Pénestes, qui dépendent de rillyrie grecque.
a. Piérie.
La Piérie, qui se présente la première en sortant de la Thessalie, s'étend à Test entre TOlympe, les monts Pieriens et le golfe Thermaïque, depuis les bouches du Pénée jusqu'aux bouches de l'Haliacmon \ En passant le Pénée en face de Bourouvari, sur la roule d'Homolium à Dium, nous signalons sur la gauche, à Bourouvari, les ruines de Phila, fondée par Démélrius II, qui lui donna le nom de sa mère^ La ville était située à cinq milles d'Héracléum* (7kii.^ 407). Dans le commencement de la guerre, Persée y avait envoyé Timothée avec cinq mille hommes pour observer les Magnètes \ et Marcius Philippus, descendu des hauteurs de TOctolophe, y campa ^. Les ruines actuelles ne sont pas très-caractéristiques, et parmi les inscriptions aucune ne donne le nom de Phila; cependant tout porte à croire que c'est bien l'emplacement de cette ville. La présence d'autres ruines de l'époque byzantine et entre autres les débris de cinq églises permettent de penser que, sous le
1 Ptol. m. 13. p. 92. 4 Liv. XLII. 67.
2 Steph. 697. 8 Liv. XLIV. 7.
^ Liv. XLIV. 8.
Bas-Empire, Phila avait été remplacée par Lycostomion,clont l'évêque s'intitulait évêque des défilés de Thessalie, et était suffragant de Thessalonique. Il est plus naturel de placer Lycostomiop à cet endroit qu'aux environs de Connus, où un évêque aurait dépendu de Larisse, et oii, d'ailleurs, on ne retrouve ^ucun débris byzantine Sur la côte, à deux lieues au nord du tchiflick de Nektérem, une tour en ruine, haute encore d'une dizaine de pieds, porte le nom deKastri. C'est probablement la petite place de Castrion, qui défendait l'entrée du Pénée et qui est citée dans Cantacuzène%
La plaine de Phila, entre l'Hagios-Hilias et le Sipoto, sommets de l'Octolophe, et le littoral égéen, est fertile, et, quand les Romains y campèrent sous Marcius Philippus, ils y trouvèrent du blé. La forêt Callipeucé répond au ravin qui sépare le mont Sipoto du mont Métamorphosis ; c'est par elle que les Romains descendirent en Piérie, et son état présent s'accorde avec la description que Tite-Live en a donnée^, probablement d'après Polybe. Le fleuve Apilas (menaçant) y prend sa source ; c'est le premier cours d'eau indiqué par les anciens à l'entrée de la Macédoine*. A peu de distÊince de son embouchure dans le golfe Thermaïque, et à mi-route de Dium à Tempe, était située Hér^^cléum, sur un rocher qui dominait le fleuve ^ Elle devait son origine à Amyntas, frère de Philippe \ et sa fondation avait complété Toccupation de la Piérie par les Macédoniens. Scylax dit qu'elle est la première ville de la Macédoine après le Pénée ^ : cela était vrai de son tempe, parce que Phila n'était pas encore bâtie ; mais si on se reporte à Etienne de Byzance, qui attribue Héracléum à Amyntas, frère de Philippe, cela prouve aussi que Scylax, antérieur à Dé-
1 M. L. Heuzey. 80. 86. — Leake. * Plin. IV. 17. m. 389. s Liv. XLIV. 8.
2 M. L. Heuzey. 87. « Steph. 298. vo. no 23.
3 Liv. XLIV. 7. 8. 7 ScyL 66.
TrPOGRAPHIE. ;j87
mélrius II, est postérieur à Philippe, et cela pourrait servir à. fixer l'époque où vécut ce géographe. Marcius Philippus s'empara d'Héracléum par le stratagème appelé la tortue, dont ses soldats se faisaient un jpu, et cette ville devint sou centre d'opérations et celui de Paul-Emile \ L'occupation antérieure des forteresses de Tempe assurait les communications aveclaThessalie, et permit à Paul-EmiJe d'opérer par Pythium le mouvement tournant qui détermina la bç^taill^ de Pydna. Les murs d'Héracléum, dont on trouve encore quelques restesau bord de TApilas, enveloppaient tonte la colline, dont Platamona n'occupe aujourd'hui que le sommet \ Le Sys (sanglier), appelé aujourd'hui Ziliana, recueille à Test toutes les eaux des pentes boisées entre le haut et le bas Olympe, que le Cyralins recueille à l'ouest ; il débouche dans la plaine, au nord de la forêt Gallipeucé, par quatre brèches d'un aspect magnifique. C'est là, entre le monastère de Canalia et le bourg de Leftokarya, que se trouvaient plusieurs endroits consacrés aux Muses: une fontaine Libéthra (canal, ravin), une roche Ubéthrienne, d'où les Muses ont pris le nom de Libéthrides^ La Piérie était le berceau et le séjour des Muses*; les Thraces la leur avaient consacrée, et surtout Pimpléia et Libéthra, On trouveaussi dans laBéotieun mont Libéthrion^ une fontaine Libéthrias^ et, chez les Odryses, un mont Libéthra avec une statue d'Orphée en sueur ^ : lesPiériens, peuple thrace, avaient importé ces traditions dans la Piérie, où ils émigrèrent, et les sources du Sys s'harmonisent bien avec ce culte des Libéthrides. Selon Titc-Live, les Romains, sous Marcius, pénétrèrent le quatrième jour dans la plaine, entre Héracléum et Libéthra, laissant par conséquent Libé-
* Polyb. V^Wn, 12. - 5 strab. IX. c. ii. § 25. p. 352.
* M. L. Heuzey. 89. « Leake. IL 139.
3 Plin. IV. 15. ^ Q. Curt. suppl.
* Pomp. Mêla. II. 3.
thra à leur gauche ; pour y arriver^ ils avaient traversé la forêt Callipeucé \ D'un autre côté, Canalia, en grec moderne, a la même signification que Libéthra, en grec ancien^; il est donc évident que la plaine de Libéthra est celle de Ganalia. La limite du district de Dium, fixée par une inscription, se trouvait dans TOctolophe, à Konospoh (une lieue sud d'Eudieru)'^, et la plaine de Libéthra y était comprise. La roche Libéthrienne était située au confluent des quatre sources duSys, et on la reconnaît encore dans Ténorme roche de Karavidha. Sabazium, indiquée dans la table de Peutinger à 10 milles de Dium et à 7 milles de Tempe, tirait son nom d'un dieu phrygien introduit en Piérie par les Thraces avec Bacchus*, et se trouvait probablement aux environs d'Héracléum, près de la voie romaine, qui suivait le littoral, entre cette voie et Leftokarya. Si on remarque qu'Héracléum a perdu son nom, il sera peut-être permis de croire que Sabazium était Héracléum elle-même, et, en partant du bac du Pénée, la distance indiquée dans l'itinéraire lui convient.
L'Hagios Minas, torrent qu'on rencontre après le Sys, n'a pas de nom ancien. Le Baphyras (Potocki), formé par la réunion de TEnipée (Vythos) et de THélicon (Potocki), reçoit toutes les eaux du haut Olympe. Un ravin qui fend l'Olympe profondément, et dans toute sa hauteur, est occupé par l'Enipée, et sur ses bords escarpés est situé un monastère d'Hagios Dionysios^ qui pourrait bien occuper l'emplacement d'un temple de Bacchus^ Le Musaeum^ ou tombeau d'Orphée, était situé en Macédoine, près du mont Olympe % et, selon Pausanias, il fut transporté à Dium,
i Liv. XLIV. 7. ^ ^ Ce sont les Ménades ou Bacchantes
2 M. L. Heuzey. p. 94. qui mettent Orphée en pièces près du
3 Ihid. p. 95. Baphyras.
* M. Guigniaut. Relig.de Vdntiq. IIL « Polyb. XXXVII. 1.