Steph.473.--.Brunck.iln.fl'r.II
après la ruine de Libélhra *. M. Heuzey n'a signalé aucune trace d'une ville antique à Leftokarya ni à Litokhoro ; les fréquents ravages du Sys et la nature marécageuse des bouches de Baphyras ne permettent pas de supposer qu'il en existât sur le littoral, et à Fexception de Sabazium, qui ne se rencontre que dans un itinéraire, et que d'ailleurs, si tant est qu'elle soit la même qu'Héracléum, sa position garantissait, nous devons supposer que les autres localités étaient situées à l'intérieur, dans la région de l'Olympe. Comme on a retrouvé positivement près de Malathria les ruines de Dium, nous placerons un peu plus loin, à l'ancien Malathria, le bourg de Pimpléia, voisin de cette ville, et célèbre pour avoir été la demeure d'Orphée 2. Aux environs, le Baphyras s'était enfoncé sous terre depuis le jour où les Ménades avaient voulu s'y laver du sang d'Orphée ^.
Dium, bâtie au pied de l'Olympe, « à sept stades du golfe Thermalque *, » (l^"-,295) près du Baphyras, était déjà macédonienne, et du domaine de Perdiccas ^ au temps de la guerre du Péloponnèse. Archélatts P' y institua les Olympies ^, fêtes de neuf jours en l'honneur de Jupiter et des Muses, et elle fut la place frontière de la Macédoine du côté des Magnètes \ depuis Archélaûs I^^ jusqu'à Philippe, ûls d'Amyntas. Après la victoire de Chéronée, Philippe célébra à Dium les Olympies au milieu d'un immense concours de spectateurs ^. Dans .les projets formés par Alexandre, son temple de Jupiter devait être agrandi ^ Malgré les chefs-d'œuvre dont les rois l'avaient ornée, elle ne paraît pas avoir été en état de soutenir un siège, comme Héracléum, par exemple, ou comme Gonnus. Ainsi, sous Philippe, fils de Démétrius (220), Scopas l'Etolien brûle les
1 Pausan. Beot 30. » Liv. XLIV. 4.
^ 2 Strab. VU. fr. 17. 18. — Chrest. « Thucyd. IV. 78.
Strab. VII. 66. ^ Sleph. 238.
J M. L. Heuzey. p. 120. » Diod. XVI. 55.
* Strab. VIL fr. 17. p. 276. • Ibid. XYIII. 4.
2Q0 GÉOGRAPHIE ANCIENI^E DE LA MAdÉDOINE.
murs, les maisons particulières, les gympases, les portiques qui pntourer^t l'enceinte sacrée, et renverse les statues des rois \ Persée, déconcerté dans ses projets de défense par la marche de Marcius Philippus à travers TOctolophe, aurait pu, selon Tite-Live, enfermer le consul dans une irnpasse entre Dium et Tempe, en construisant jusqu'à la mer un retranchement; et un fossé. La pierre, le bois, les autres matériaux existaient en abondance, et il n'y avait guère plus d'un mille (l^''*,48i) dans lequel le temple et la yille se trouvaient compris ^. L'état actuel des lieux dém^Pt l'historien romain, et sans aller chercher l'échelle d'Hagios Théodoros, oix est l'embouchure l^rge et marécageuse [latè restagnans] du Bî^phyras, il y a en ligne droite (ie Pium au littoral égéen une (Jjstance presque triple (o''''*,500). Si on suivait le Bapbyras, tracé le pliis long, mais le meilleur, et le seul naturel, il faudrait presque doubler ce chiffre ^ On comprend sans peine que Persée n'ait pas songé à faire un retranchement de cette étendue, et il est douteux, s'il Tav^it entrepris, que les Romains lui eussent permis de l'achever.
Persée s'était enfui à Pydna avec toutes ses richesses, et les statues d'or qui décoraient le temple de Jupiter. Marcius Philippus s'empara de Dium sans coup férir, et y trouva quantité de statues *, que l'on avait eu le temps d'y accumuler depuis l'invasion de Scopas, et qu'un prince avare n'avait pas emportées sans doute parce qu'elles étaient de marbre. Le consul pénétra jusqu'à lllaliacmon ; mais, quand il revint sur ses pas faute de vivres, Persée reparut, et reprit Dium. Il campa à son tour sur TEnipée, sans 4oute à Litokhoro, vint à Dium pour y donner audience aux députés illyriens, et campa encore suf l'Enipée quel-
\ ^^^^\}7^' ^^' ^ ^- L- Heuzey. Carte de l'Olympe.
« Liv. XLIV. 6. 4 Uv. XLIV. 8. '
TOfOGRAPHl^. ^^\
que temps avs^nt la bataille de Pydna ^ Son^ les Rppi^ius, la ville devint une colonie ^ ; elle figure dqins les inscriptions de l'époque impériale avec les surnoms de Julja et de Claudia, et les n|édailles que nous e^ ayons prouvent qu'elle conserva toujours ijne certainp }mportapce. Elle esi mentionnée à toutes les époques par les historieqs du Pas- Empire.
Les ruines de Dium,situjéps entre l'ancii^n ^t le nouveau Malathria, forment un capré régulier d'un kilomètre de c6tô^ Cest une ville bâtie en rase campagne, sans acropole, et qui devait tout à Tart; à ce point de vue, ses remparts étaient une merveille. Le théâtre, le stsjide, et plusieurs autres débris, vus par Leake au coiumeupement de pe siècle*, ont disparu, mais pas assez complètement pour qu*on ne puisse pas reconijaître où i}s se trouvaient. On y voit encore à Touest et au pord les fondations d'une belle muraille hellénique en marbre blanc, flanquée de tours carrées, peut-être bâtie par Archélaus J^^, (Jes débris de tombeaux, des piédestaux ornés de moulures, et on peut espérer de bons résultats, si on entreprend des fouilles. Il y a encore d'autres mopumenls, dispersés dans les localifés voisines, et qui viennent de I)ium évidemment ^
•Le sommet principal de TOlympe (Hagjios Hilias) avait un temple de Jupiter, remplacé aujourd'hui par une petite chapelle. Au-dessous du sommet, (jux sources de lllélicon, on pénètre dans le défilé de Pétra, que Xerxès, Prasidas, Agésilas et Cassandre ont traversé pour se reiidre en Thessalie ou ep Macédoine. Ce défilé sépare l'Olympe du mopt Titarius (Chapka), extrémité méridionale àes nqppts Fiériens. Une roche isolée, ^qui porte actuellenqent çpmflae
* Liv. XLÏV. 11. 23. 52. » m. L. Heuzey. p. 116.
« Ptol. III. 13. p. 92. - Plin. IV. * Leake. III. 410. 10. » M. L. Bfeuzèi p. 117-119.
dans les temps anciens le nom de Pétra, en ferme l'entrée. Elle est bordée de ravins perpendiculaires, qui tombent de l'Olympe, et quelques lieux abrités y développent une magnifique végétation. Le défilé va s'élargissant jusqu'à Hagios Dimitrios, pendant deux lieues environ, et débouche en Perrhébie, au nord-est de Pythium. M. Heuzey pense ^ que l'engagement de Scipion Nasica avec le corps détaché envoyé par Persée eut lieu à Hagios Dimitrios; il rapproche judicieusement le nom de Pétra du nom de Libéthra, et fait remarquer avec raison qu'on les retrouve réunis en Béotic auprès de rHélicon, Le paganisme antique avait multiplié les sanctuaires autour de l'Olympe^ et la montagne tout entière était consacrée au culte des Dieux.
A l'est de Pétra, et un peu au delà du monastère de ce nom, commence le mont Olocrus, colline étendue qui se prolonge presque jusqu'au rivage, et expire aux abords de Sphigi. Au commencement de la bataille de Pydna, quand la redoutable masse de la phalange était encore intacte, les Romains, rebutés d'une résistance qui leur était inconnue, lâchèrent pied, et gagnèrent le mont Olocrus. Alors Paul- Emile s'aperçut que, dans les plis de terrain, la masse s'ouvrait, et laissait des vides ; il y glissa des vélites, qui prirent à dos les Macédoniens ; la phalange fut rompue, et la victoire aussi prompte que complète ^
Sur le versant méridional du mont Olocrus, dans le village de Kondouriotistea, les églises renferment des ruines et de nombreuses inscriptions, qui se rapportent aux derniers siècles de l'empire romain : un peu plus à l'est, à Sphigi, on trouve un tumulus ^ certainement artificiel. Il est positif que Kondourio tissa a été habitée très-anciennement, et nous pouvons croire que la ville dont elle conserve des
1 L. Heuzey. p. 140-152. » M. L. Heuzey. p. 142. 143.
« Liv. XLIV. 42. ^ ^
vestiges succédait elle-même à une ville antérieure. Le tumulus de Sphigi peut sans doute être un de ces tombeaux que le voisinage de Dium expliquerait suffisamment, et que les anciens plaçaient près des routes ; mais il peut aussi être un de ces tertres factices que Ton trouve dans les constructions primitives, et, pourn'être qu'un tombeau, il nous paraît loin de Dium (5 à 6 kilomètres). Nous sommes portés à croire que Dium, dont on ne connaît pas Torigine, mais dont le nom paraît grec (ville de Jupiter), a été fondée au pied de l'Olympe, au centre même de la région habitée par les Piériens, et près de leurs villes principales, par exemple à l'époque où les deux races furent en lutte, et oii TOlympe fut envahi par le culte de Jupiter. Dans cette hypothèse, que rhistoire autorise, nous voyons de suite que Kondouriotissa, située sur le mont Olocrus, convient à Piéria, ville des Piériens, citée par Etienne de Byzance ^^ et nous plaçons à Sphigi, située en plaine, Âcèses, ou Âcésamène, fondée par Acésamène, roi des Piériens ^ Sans doute il n'y a pas de preuves positives : il nous paraît au moins probable que ces deux points ont été occupés anciennement, et vraisemblable que les Piériens ont d4 avoir autour de l'Olympe quelques centres d'habitation.
Le mont Olocrus divisait la Piérie en deux régions. Après l'invasion des Thraces, la région méridionale, infiniment moins étendue, a appartenu quelque temps aux Magnètes, puis aux Perrhèbes : ce sont probablement les Perrhèbes qui , maîtres de TOlympe, ont fondé Dium en face des villes piériennes d'Acèses et de Piéria. Ensuite la Piérie est devenue macédonienne, et les Magnètes paraissent avoir occupé de nouveau la partie sud sous la domination romaine. Pline place en Thessalie la source de Libéthra, et la donne aux
i Steph. vo. i «ISteph. 50.
SM GÉOGRAPHIE ANClfeN^fe M LA MACEDOINE.
MagnèlésV Les Magnètes, protégés eiix-mêmës contre utie invasion par la nature de leur sol, contemplaient d'un œil d*envie la côte plus fertile de là Piérie, et étaient toujours tentés, même sous les Antigonides, de franchir le Pénée. Ainsi nous avons vu Perséé envoyer cihq mille hommes à Phila pour observer leurs mouvements. Démétrius II avait bâti Phila dans les mêmes intentions.
La région septentr-ionale, formant la Piérie proprement dite, s'étendait à Touesi sur la rive droite de Fllaliacmon depuis le défilé de Volustana jusqu'au territoire de Bérée; où commence l'Emathie, et les larges plateaux boisés des monts Piériens la divisaient en deux versants, séparés l'un de l'autre par une ligne assez confuse. Sur le versant oriental, correspondant au littoral égéen, nous rencontrons tout d'abord deux rivières, le Mavrohéri, qui sort du col de t^étra, et le Pélikas, dont un affluent passe à Katérini. C'est l'iEson et le Leucus, nommés par Plutarque dans la description de la bataille de Pydna \ La bataille, l'tiiie des plus vives et des mieux engagées que nous ofiTt-e l'histoire ancienne, se livra dans la plaine en avant de Pydna; la veille, les Hlacédoniens, campés sur la tive gauche du Leucus, y puisaient de l'eau en même temps que les Rôtnaitis, établis sur la rive droite. Leur ligne s'étendait en Itavérs, en suivant le pied des coUines, s'apptiyaht d'un côté an Leucus, de l'autre au rivage, parallèlement à la toute qtii va de Dium à Pydna. Les Romains étaient càthpés à l'est de Pétra, le long de l'iEson, où Scipion et Paul-Émile, venant l'un de Pétra, l'autre de Dium, avaient opéré leur jôtiction. L'action principale eut lieu entre l'iEson et le Leucus, Uti peu au-dessus de Katéritii ; elle fut extrêmement meuttriète pour les Macédonietls, qui perdirent vingt hiille hbmbies,
* Plin. IV. 17. « Plut. jEmU. 16-22.
TOPÔGRÀPÉiE. 2!iâ
et elle décida du sort de la Macédoine. Le lendetnaiil dùcômbat, les eaux du Leucus étaient encore ensanglantées.
Katérini est, d'après Leake, l'ancienne Hâtera, marquée dans la table de Peutinger. M. Heuzey rfe veut point Ty reconnaître, parce qu'il n'y a trouvé alicune ruine, et parce que les Grecs ne disent pas Katérini, mais Ekatérini, c'està-dire sainte Catherine. Nous ne sortîmes pas de cet avis : en etïet, lés premiers chrétiens, prompts à rallier autouf d'eux les païens par Tadoption de leurs anciens sanctuaires, et habitués à convertir leurs temples en églises, n'ont pas dû éprouver pour les noms plus de scrupules que pour les monuments, et comme ils faisaient d*un temple de Bacchus uti monastère d'Hagios Dionysios, ils ont parfaitehient pu dilatera faire Ekatérini. En outre, la distance indiquée par les itinéraires ne s'accorde pas avec Sphigi, où M. Heuzey place Hatérà, et s'accorde au contraire très-bien avec Ekatérini. C'est assez pour justifier une conjecture, et les deux opinions, eh l'absence de preuves positives, ne peuvent Tune et l'autre prétendre à rien de plus \
Dans la partie de la Piérie qui suit, vers le nord-est, nous avons à placer sur le littoral deux villes qui ont joui de quelque célébrité^ Pydna et Méthone, et qui étaieili certainement niàritimes. Ici uhe observation est nécieèsaire, et elle s'applique à la Bottiée, qui suit laPiéne jusqu'à la frontière de l'Amphaxitide. Le littoral est-il le même aujourd'hui qu'aux temps anciens, fet n'y a-t-il pas âU cônttaire de fortes raisons de petiser qu'il est très-différeht? Il faudrait, pour traiter conVettablethent cette question, des documents et des connaissances (jUe rldUs n'avons pas; cependatit les témoignage^ que hôUs avons recueillis oilt dé la valeur, et ils doivent influer sur notre description.
1 M. L. Heuzey. p. 145-iôl
Nous avons déjà remarqué que la distance de Dium à la mer est presque triple, même en ligne droite, de celle donnée par Tite-Live et par Strabon. C'est à peu près vers Dium que commencent les atterrissements le long de lacôte, parce que la plaine ne commence que là. Celle qui se trouve entre Phila et Héracléum est protégée par le petit cap situé entre Héracléum et Castrion, et a dû toujours exister. Nous avons déjà vu dans le chapitre premier que l'Haliacmon (Indje-Karasou, ou fleuve fou) avait changé d*embouchure', et s'était reporté de Test au sud-est, que le Ludias (Kara- Asmak), qui se jetait anciennement dans l'Haliacmon 2, se jette dans TAxius, et que son ancien lit, de même que celui de l'Haliacmon, se reconnaît encore; que l'Axius (Vardar) débouchait aussi plus à l'est, et que la ville de Chalastra, située sur son ancien lit, aujourd'hui desséché, est à plus de 5 kilomètres du rivage. On a encore reconnu que le pont ancien construit à Clidi, sur le cours du Lydias, à la place de celui qui fut bâti par Philippe pour le passage de l'armée de L. Scipion (190), était presque entièrement ensablé. Enfin un savant géologue, Ami Boue, veut que l'Emathie tout entière, entre le Païk, le Bora, le Citarion et le Bermius, n'ait été primitivement qu'une vaste baie. Scientifiquement, cette dernière conjecture peut être exacte ; historiquement, elle a dû assez promptement cesser de l'être, au moins en ce qui concerne la contrée au nord du Bopë6po(; XijjLTiv (lac de Jannitza). Cependant Pella, qui était anciennement à 120 stades de la mer (22^'^-, 100) ^ est aujourd'hui à une distance presque double. Au pont de Clidi, le sol a monté au-dessus des piles, et l'arche commence à s'engager*. Au commencement de ce siècle, une inonda-
1 M. delà Coulonche. Rev, des Soc. ^ Strab. VIL Fragm. 22. p. 277. sav. V. 126-131. * M. de la Coulonche. Rev, des Soc,
2 Hérod. VII. 123. sav, V. 672.
tien de rHaliacmon a couvert tout le pays, et les eaux ont séjourné dans la plaine pendant dix ans. A Malathria même, au pied de l'Olympe, sur l'emplacement de Dium, la terre est noire et profonde, et cinquante ans suffisent pour changer Taspect du sol dans ce pays envahi à la fois par les eaux et par la végétation *.
Puisque nous a\ons pu réunir ces preuves, qui seraient facilement plus nombreuses et plus complètes, mais qui établissent néanmoins que, depuis les bouches du Baphyras (échelle d'Hagios Théodoros) jusqu à celles de l'Echédorus (Gallico), le rivage s'est accru aux dépens du golfe Thermaïque de plus d'une lieue en certains endroits, que partout le sol s'est exhaussé dans des proportions suffisantes pour engloutir les traces des villes anciennes que leur position sur quelque éminence ne mettait pas à l'abri de ces exhaussements, il nous semble que nous devons surtout nous régler d'après les distances données par les itinéraires, autant qu'elles sont conciliables avec l'espace aujourd'hui constaté.
La table de Peutinger compte 78 milles de Dium à Bérée (H5^''-,442). En suivant sur la carte de M/ Heuzey la route de Dium à Bérée, à partir de l'échelle d'Hagios Théodoros, nous trouvons environ 82 kilomètres ; il n'y a pas, ce semble, une très-grande différence, si Ton tient compte de celle qui doit nécessairement exister entre le tracé naturel d'une route parfois sinueuse et cette même route mesurée au compas. Cette route ne doit pas différer beaucoup de celle indiquée dans la table de Peutinger ; elle suit souvent le pied des collines, et comme elle ne se rendait pas seulement à Pella, mais encore à Thessalonique, elle n'a pas pu traverser l'Haliacmon beaucoup plus à Touest que Kopsokhori. Sa distance du littoral représente
* M. L. Heuzey. p. 114. 115. 119. 171.
2&i8 GÉOGRAPHIE ANCifeNNfe fafi LA MACÉDOINE.
donc eh grande partie ce dont le littoral s'est acbru depuis r^ntiqdlté, et, en tenant compte de ces accroissements, il devient plus aisé peut-être de fixer la position des tilles maritimes.
Sur la route de Katérini à Kitros, et à environ 3 kilomètres au delà d'une rivière, qui est probablement le Mitys,à quelque distance à Test, près du village de Kourino, sur la route directe de Pydna à Dium, on voit deux tumulus, dont l'un, récemment ouverts paraît remonter au premier siècle de la conquête romaine. Nous pensons que la station d'Anamo se trouvait plus au nord-ouest, un peu avant Kitros. C'est là, sans doute, qu'oh quittait la voie principale pour Suivre une toute qui conduisait à Pydna, comme peut-être à Sabàzium on la quittait pour aller à Héracléum. Cela expliquerait pourquoi ces noms obscurs sont indiqués dans les itinéraires, ouvrages tout pratiques, destinés aux voya* geUrs seulement.
Kitros est l'ancienne Pydna, reléguée à 20 stades (o^'^,700) à rintérieur' par ArchélaUs P', et aujourd'hui à 5 kilomèites de la mer. Abandonnée par les Pydnéens, qui retournèrent à leur ville maritime, elle fut l^epeuplée par eux au moyen âge, sans doute pour éviter les invasions des pirates^; elle n'est pas connue autrement. Pydna, au contraire, est célèbre ; alliée d'Athènes, elle subit à contrecœur, sous Philippe, le joug macédonien. Olynlpias, enfermée datis ses mUrs, y soutient un long siège et y troUve la mort*. Sous Cassandre, Pydna reste florissante, et sa flotte est de trente-six vaisseaux^ ; à l'époque de l'invasion
1 Musée Napoléon tfl. Mission de leur vivacité » [p. 172). M. Heuzey ^
Macédoine, n» 14. « Je trouvai, dit voit un monument du premier siècle
M. Hèuzey, sous îé tumulùs une belle de k conquête romaine, chambre sépulcrale, dans un élat par- "^ Diod. XllI. 49. XVI. 18. fait de conservation : les décorations '^ M.L. Heuzey. p. 167. d'architecture étaient couvertes encore * Diod. XIX., 25. 29. de couleurs, qui avaient gardé toute * tbxà. XIX. 159.
romaitié, c'est une ville {brie, et, jjendarit que Marcius t^hilippus opère sa reconnaissance jusqu'à lllaliacmon, tersée se réCugie à Pydna avec ses trésors ^ Après la victoire des Romaifas, Paul-Emile livfe au pillage là ville abandonnée pdr ses déferiseurs^ Nous plaçons, avec M, Heuzey, la ville de Pydtia au siid de Paléo-Kitros, forteresse du ttioyen âgie, et de Téchelle de Kitros, où les calques turques ^ietineiit faire des chargements de sel. C'est sur le cap Athéradhâ qu elle était bâtie, et tine anse triangulaire dliverte àti nord (étang de Touzla) formait son port. Cassandi-e parviiil à la réduire en fermant le port dvec sa flotte et en isolant le cap du continent par un fossé ^. Les lieux concordent aVec cetie description. Tite-Live dit ailleurs que les Rorriâiris abandonnèrent le siège de Thessaloiiiqtie ^our faire celui d'^Enia, située à 15 milles de Thessaloniqûe, à l'opposé de Pydna \ C'est justement la position du cap Karabouroun, oîiiEiiia était sltiiéè^ Nous regardotis ces dotltiées cbdinë évidentes, nialgré l'àbsetice de ruines ; seulement nous croyons qu'anciennement l'étang de Touzla, qui foirnidit le port de Pydna, était plus vaste et plus profond qu'aujourd'hui. Ainsi Drâkenborg et Wesseling oiit raisbri quand ils prétendent que Citruiîi et Pydnà soht delix villes différentes ; Gitrum subsiste datis Kitros ; Pydhd; détruite, n'ë. pais laissé de traces.
A 40 stades de Pydna (7k'S4Û0), et à 70 d'Alorus» (12'^>'-,950) était située Méthoiie. Nôlls ne pouvoris pas afiprécier exactement ces distances; les cartes qui existent sont trop incomplètes et trop contradictoires, et Id carte de l'Emàthie et de Id Bottiée, annoncée par M. de là Coulonche, laisse dans ces explorations une lacune que nous
1 Llv. XtIV. e, <► Liv. XLIV. 10.
« Liv. XLIV. 4S. 8 M. L. Heuzey . p. 167rl70. ^ .
3 Diod. XIX. 35. 6 strab. VIL Fragm. ÛO. p. 277.
ressentons vivement. Cependant M. L. Heuzey, dans son excellente carte de l'Olympe, n'est pas d'accord avec Slrabon. Il place avec vraisemblance le port de Méthone à Téchelle de Leftérokhori, et de ce point à l'entrée de la presqu'île d'Athéradha il n'y a pas moins de 92 stades (17 kilomètres). La situation de cette échelle, qui occupe la seule anse du littoral entre le cap Athéradha et THaliacmon, Ta seule décidé, car il a nécessairement remarqué l'énorme différence des distances. Cependant, si on place avec M. de la Coulonche Alorus à Clidi, on n'est pas moins embarrassé, et de l'échelle de Leftérokhori à Clidi par le pont de rindje-Karasou et Kopsokhori, il n'y a pas moins de 36 à 40 kilomètres (plus de 200 stades). Nous voilà bien Join des 70 stades de Strabon. Kiepert a voulu obvier à cette difficulté en plaçant Alorus sur l'Haliacmon; c'est tout gratuit, et cela n'explique pas cette expression si juste: ÉoTt 8' r\ AXiùpoç TO y.uyoil'zoL'zo'^ tou Oepjjiatou x6)vuoi> *. Il vaut mieux croire que pour les distances le texte du grand géographe, qui n'est qu'un fragment, est faux ou altéré.
Méthone, qu'il faut distinguer d'une ville du même nomsituée en Magnésie dans les Etats de Philoctète^, était sur le littoral, et lorsque les Athéniens opposèrent à Philippe un compétiteur du nom d'Argée, leur flotte, commandée par Mantias, y aborda \ Philippe, débarrassé d'Argée, prit la ville, et y perdit l'oeil droit d'un trait lancé par une catapulte \ La ville fut détruite alors ^, et il ne paraît pas qu'elle ait été rebâtie ; elle abondait en vignobles, et c'est de là (aiio TOU [jiéQuoç) que lui venait son nom ^. Pagae ou Pagasse, prise par Philippe après Méthone, et ruinée aussi
1 Sirab. VII. Fragm. 20. p. 277. * Diod. XVI. 34. [Excvatic.) 5 Slrab. VIII. Fragm. 22. p. 278.
2 Iliad, II. 716. IX. c. V. S 16. p. 375:
3 Diod. XVI. 3. 6 steph^ 458Î^
probablement*, pourrait être la ville que les itinéraires nomment Bada, et répondrait alors à Leftérokhori.
Après la bataille de Pydna, Persée s'enfuit à travers les monts Piériens par une route militaire plus directe, qui devait peut-être son origine aux Perses de Xerxès. Mais il se jeta presque aussitôt dans un des chemins détgurnés que renfermait la forêt Piérienne. Ceux qui continuèrent de suivre la route droite le gagnèrent de vitesse, et le précédèrent à Pella^. La route militaire pénétrait en Perrhébie par le col de Pétra; c'est cette grande route de Pella à Larisse par le pas de Mélouna dont nous avons déjà parlé à propos de Connus; elle rejoignait la route du littoral, qui était la plus fréquentée, au passage de l'Haliacmon, et c'est là, au bac actuel de Kholiva, qu'il faut placer la station d'Ârolus^. La route de Pydna à Bérée, qui passait par Kitros, était probablement un do ces chemins de traverse que Persée préféra à la route elle-même pour échapper plus sûrement à Tënnemi. On ne trouve à l'intérieur que peu ou point d'antiquités, et si on en trouvait davantage, on serait embarrassé de leur donner des noms. En effet, l'antiquité ne nous en a transmis que trois : un fleuve, TAscordus, terme de la reconnaissance de Marcius Philippus, qui répond au Khrasopouli, et deux villes, Agassa, prise par Marcius PhiUppus, reprise par Persée, et pillée par Paul- Emile *, et iEginium, que Paul-Emile livra de même à ses soldats «. Ceux d' Agassa avaient abandonné le parti des Romains, ceux d'^Eginium ne voulaient pas croire à leur victoire. Ni les uns ni les auti^es ne se relevèrent de ce coup, et à partir de cette époque il n'en est plus fait mention. M. L. Heuzey place avec vraisemblance Agassa à Palénies-sté-
1 Diod. XVI. 31. 4 Liv. XLIV. 7.
2 Liv. XLIV. 43, 5 Liv. XLV. 27.
' Peuling. Tah,
302 GÉOGRAPHIE ANCIBNNp pE LA MACEDOINE.
pies; nous plaçons iEginium non pas à Palsen, trop près de Pydna et trop pauvrp de monuments, mais à Lib^qowo, où M.L.IIeuzey a signalé quelques antiquités. Nous n'y laissons point Bada, que M. L. IJeuzey y place, p^^rce que sa distance de Bérée ne s'accorde pas avec les itinéraires, et parce que nous le croyons plutôt à Leftérokhori.
Le plateau supérieur des monts Piériens, qui a en moyenne 12 kilomètres sur 20 \ renferme un petit nombre de villages d'origipe moderne, et ne porte aucune trace d'antiquités. Sur le versant opposé, entre le défilé de Volustana et le territoire des A|orilains, sur la rive droite de THaliacpion, qu'elle ne dépassait pas, la Piérie possédait encore deux villes, Vallœ etPhylacé. Valise porte un nom romain; située à l'intérieur^, elle se trouvait entre les villages actuels de Koutljs, de Barbœs et de Palatitza, oh M. L. Heuzey a reconnu le premier de magnifiques ruines, à une. lieue de l'Haliacmon, et à trois lieues environ de la ville de Bérée. Dans une église d'ILigia Triada, près de Palatitza, bâtie sur les fondements d'un temple antique, il a trouvé un entassement de be^ux fragments ioniques et doriques; cinq autres églises lui ont fourni d'autres objets d'étude très-curieux et d'une bonne époque, qu'il décrit avec beaucoup )de soin et de sagacité. Enfin, aux environs ce sont des tumulus grands et petits, des pierres taillées, des poteries antiques, un aqueduc souterrain qui va du sud-est au nord-ouest. Tpus ces débris constatent l'existence d'une grande ville, spit romaine, soit byzantine. Chose inouïe ! parmi tant de fragments épars, on n'a pas retrouvé une inscription, pas un nom qui révèle à quelle ville ils appartiennent. Des fouilles exécutées récemment ont récompensé M. L. Heuzey de ses fatigues, mais sans donner plus de lumières sur lelieului-
1 M. L. Heuzey. p. 203. * Plin. IV. 17.
même. M. L. Heuzey croit seulement pouvoir affirmer que ces ruines ne sont pas antérieures à Alexandre, et, revenant sur son impression première, beaucoup moins complète sans doute, il émet, légèrement, il est vrai, et sans s'y arrêter beaucoup, Tidée que ce pqprrait être Miéza, et ce Nyrpphœum où Aristote entreprit réjiucatioîid'Alexfindre. Nqus préférons sa première conjecture, qui n'est pas en désaccord avec ses découvertes * ; nous plaçons avec M. de la Coulonche Miéza près de Paléo-Sotiras , au nord de Bérée, et nous persistons à voir dans les ruines de Palati):za les ruines de Vallae.
Valise devait être une vilje très-importante; spn territoire, très-étendu, touchait d'une part à celui des Aloritains, et de l'autre il conduisait à Pyjhium , c'est-à-dire qu'il comprenait tout le versant occidental de la piérie entre les monls Piériens et Tllaliacmon. C'est ainsi du moins que nous essayons d'expliquer l'un par l'autfe jdeux passagps de Pline et d'Etienne de Byzance. Pline nomme à l'intérieur^ les Alorites, les Valléens, les Phylacéens. Etieqpe (Je Byzance dit, en citant Théagène : BlXkoL^ izôIk; MqcxsSovtaç- OcayevYiç ev MaxsSovLcf ^olWchIou^ [ASToçyaycbv elç tov v5v )v£YO[JL£vov nu8t.ov TOTTov^ Oif comprcud très-bien qi^'iine ville qui avait de telles possessions devait être considérable. Phylace fut probablement aux derniers temps con^prise dans son territoire, et elle répond très-vraisemblablement à Paléo-Graziano. Plus au sud, Seryig, ferpie le col de Yolustana; mais sa construction est postérieure : elle doit son origine et son nom à desServiens, qui s'y étabjirentsous le règne d'Héraclius, au commencement du septième siècle^.
1 M. L. Heuzey. p, 189-202, et 2 pun. iv. 17.
Rapport à VEmpereur du 15 avril 1862. ? Steph. V».
—Musée Napoléon 111. Mission de Ma- * M. L. Heuzey. p. 211. cédoine, surtout les n" 1, 7, 9, 10, 25.
à, Ellmécoi» ou Eliniiotes.
LesEliméens ou Elimiotes habitaient le cours moyen de rHaliacmon, entre le mont Bercétésius (Smolika, Grammos) et le mont Bermius (Bourénos, Doxa), et s'étendaient jusqu'en face du défilé de Volustana. Ils furent de bonne heure unis aux Macédoniens, en conservant à l'intérieur leurs rois particuliers, et une sorte d'autonomie ^Ptolémée veut ^ aussi qu'ils touchent à TAoûs, et leur donne deux villes, Byllis et Elima. Il est certain qu'ils ont très-anciennement occupé la partie de l'Epire voisine des Chaones, et on les retrouve avec eux en Italie ^. Mais si Byllis fut fondée par les compagnons de Néoptolème sur leur territoire, on peut affirmer que cependant elle ne leur appartenait pas. S'ils s*étendirent réellement jusque-là, ce ne peut être que beaucoup plus tôt, ou encore beaucoup plus tard, sous la domination romaine, lorsque les Dassarètes, redevenus lUyriens et sujets de Pleuiate, refluèrent vers le nord, et que les Ehmiotes furent compris avec les Lyncestes et les Orestes dans la Macédoine supérieure ou libre. Toutefois, même avec cette explication, nous ne comprenons pas comment Byllis, située presque aux bouches de TAous, a pu leur appartenir lorsque les Taulantiens subsistaient encore, à moins que les Romains n'aient abandonné une partie de leur territoire aux Elimiotes, en les confondant eux-mêmes avec les Atintanes. Au reste, la conquête a dû opérer chez tous ces peuples barbares une étrange confusion.
Pour la ville d'Elima, nos incertitudes ne sont guère moindres, mais comme les Elimiotes étaient Macédoniens, nous chercherons Elima dans les limites de la Macédoine
1 Thucyd. II. 99. 3 Raoul-Rochette. Hist. des col. gr,
3 Ptol. III. 13. p. 93. ^ 1.228.
proprement dite. La rive droite de rHaliacmon, entre la Primoritza et le Vénétiko, a dû être la partie la plus importante et la plus habitée de l'Elimiotide; MM. Boue et Pouqueville, qui l'ont visitée S disent que c'est une des plus belles vallées de la Macédoine. Mais les Elimiotes n'ont guère connu que la vie de tribu, et des deux villes assignées à leur vaste territoire l'une- est, sinon suspecte, du moins rangée tardivement, et par exception, parmi leurs possessions.Elima pouvait être située au débouché des monts Cambuniens, pour garder de ce côté les passages des montagnes, et empêcher les tribus pélasgiques (Perrhèbes, Hestiéens, Macednes) refoulées par l'invasion thessalienne, de remonter par le nord-est jusqu'en Macédoine. Cette raison s'accorde avec le temps où les EUméens ont joui de leur indépendance, et, par conséquent, avec Tépoque florissante d'Elima. Nous placerions alors Elima presque aux sources de l'Ion, à Textrême frontière, où se trouve un village portant le nom caractéristique de YéUmisti^ : un passage de Tite-Live, où nous* croyons qu'il s'agit de la ville, s*y rapporte très-bien. Persée, dit-il, partit pour Elima, passa son armée en revue aux environs [circà eam), et marcha sur Stratos, capitale de l'Acarnanie, où les Epirotes Ini donnaient rendez-vous \ Cette expression circà eam ne se dit guère d'un pays tout entier. En outre, Vélimisti est précisément sur la ligne la plus directe pour pénétrer en Etolie par le défilé des Météora et la vallée inférieure deTAchéloûs.
Une autre ville, ^Eana, fondée par ^Eanus, fils d'Elimus, roi des Tyrrhéniens*, qui, exilé de sa patrie, se réfugia en Macédoine, ne nous est connue que de nom. Cependant il
1 Pouqueville. II. 309. 545 —Boue. » Liv. XLIII. 21. I. 186. * Steph. 31.
2 Kiep. Karte von der Eur. Turk.
serait possible de la retrouver dans Grévéna (rpoïa Âiava?) ou de lui attribuer un des emplacements reconnus par Leake ou par Pouqueville au nord de THaliacraon, près de Sisani, de Satista ou du mont Bourénos\ Le passage précédent, d'Etienne de Byzance, est aussi un témoignage précieux sur les Pélasges tyrrliéniens, déjà vus en Thessalie, et dans la Mygdonie autour de Crestone. D'un autre côté, on signale des Elimes en Epire, en iEnotrie avec les Sicules (1375 av. J.-G.) ; on en retrouve en Sicile qui sont une colonie de Troyens^ Il serait possible que les Elimes fussent Tyrrhéniens, ou du moins que la ville d'Elima eût été fondée par des Tyrrhéniens sur leur territoire ; en admettant cette hypothèse, on aurait une sorte d'itinéraire de leur migration en Occident. Il est certain que TElimiotide renfermait beaucoup d'autres villes murées qu'Elima et iEana; les noms de ces villes ont péri, mais on a constaté des ruines helléniques à Phylé, oii Pouqueville place fort mal à propos Phila, des ruines cyclopéennes ou pélasgiques à Kastron-Bouchalistas (iEana?) (à 7 kilomètres ouest de Grévéna), que Leake appelle simplement Castro (Pouqueville y place encore à tortEuropus du Rhoidias^). On a reconnu l'existence de villes antiques près de Sisani, de Satista et du défilé ( Glisoura) compris entre Satista et le mont Bourénos^; et dans le cours de la Vendja, affluent de THaliacmon, Kosani, Ktinia, Kaliani et Kaisaria sont aussi des emplacen^ents d'anciennes cités dont les noms ont péri. Aujourd'hui la vallée de THaliacmon est toujours fertile et toujours belle, mais elle est insalubre; des fièyres pernicieuses, dues sans doute au manque de bras et au défaut de culture, y régnent perpétuellement,
1 Leake. ilfap ofr^rtb. Gr. 3 Pouqueville. II. 323. 529
354^^ ï- 37S. 376. * Leake. Map of north, Gr.
et peu d'hommes y dépassent l'âge de cinquante ans. Sur les emplacements que nous avons reconnus, un seul, Castro, est situé dans la plaine ; les autres sont dans la partie montueuse. Les Turcs qui exploitent le pays ont hâte d'en SQrtir, pour jouir du fruit de leurs rapines daus un pays plus sain\ Après l'Elimée, Strabon cite TEratyra^ : si cette contrée n'est pas le champ Erythien, où Géryon faisait paître ses bœufs, champ placé par nous en Chaonie, au sud-ouest des Atintanes,et qui pouvait être voisin des Elimiotes lorsqu'ils possédaient Byllis, il faut peut-être voir dans Eratyra un nom de ville, et la placer au nord de THaliacmon, à Sisani, pu à Satista.
c. Oresteis.
Au nord-ouest de rElimiotide,etaux sources de i'Haliacmon, entre le Bercétésius et les collines qui relient le mont Bermius (Bourénos) au mont Bora (Nidsche), les Qrestes, ainsi appelés soit à cause des montagnes dont leur pays est rempli, soit à cause d'Oreste, roi d'Argos, dont le fils, Peathilus, créa un établissement dans leur pays^ avaient sur leur territoire deux villes : Argos Oresticunpi, appelée aussi Orestis\ et Célétrum (Castoria). Argos Oresticum se continue dans Krépéni, et les ruines pélasgiques de la ville sont à peu de distance du village. Krépéni, dit Pouqueville, qui l'a visitée, a conservé les privilèges de la colonie argienne ; c'est encore le chef-lieu et la résidence des archontes, et les actes publics du canton de Kastoria s'inscrivent toujours sous la rubrique de Krépéni, chef-lieu de l'Orestide, dopt l'autonomie a survécu au royaume de Macédoine. Pouque-
1 Pouqueville. II. 328. 3 Raoul-Rochelte. II. 44'Z,
2 Strab. VII. c. VIII. * Steph. 519.
ville, qui donne ces détails \ ajoute que les traces d'Argos Oresticum s'effacent chaque jour, et qu'il n'aretrouvé dans ses ruines ni inscriptions ni médailles ; Leake n'en dit rien, et Krépéni ne se trouve pas sur sa carte. Il applique trèsheureusement au territoire d'Argos Oresticum Tex pression d'Argestseus Campus, employée par Tite-Live % et nous acceptons d*autant plus volontiers son interprétation que cette désinence était particulière aux Macédoniens. Mais il n'est pas nécessaire, pour que cette expression soit juste, que la ville d'Argos Oresticum soit à la droite des Dardaniens envahisseurs. Son territoire, la plaine Argestéenne^, pouvait s'étendre autour du lac de Kastoria jusqu'à THaliacmon : nous dirons même qu'elle le devait, car le pays est de telle nature^ qu'il n'y a réellement de plaine que là. Krépéni, selon Pouqueville, est située à une lieue au nord de Dralista et à un quart de lieue de Mavrovo. Ces deux localités se trouvent dans Kiepert *, et, quoique nous soyons rarement d'accord avec Pouqueville dans ses conjectures, qui le plus souvent sont dénuées de preuves réelles, en présence de son témoignage formel, qui donne encore de nos jours à Krépéni des Archontes, l'autonomie et le titre de chef-lieu de rOrestide, nous persistons à placer Argos Oresticum au sud-est de Krépéni, oii il a constaté l'existence de ruines pélasgiques ^ *
Cette autonomie de Krépéni, encore existante, pourrait de même indiquer que la colonie fondée par Penthilus eut ses destinées à part, différentes de celles de la tribu, et que son territoire s'y trouvait seulement enclavé. C'est ainsi que nous ne serions pas surpris que la ville de Célétrum (Kastoria), si bien décrite par Tite-Live \ ait été à l'origine
1 Pouqueville. II. 359. s V. encore une aulre raison plus
l Liv. XXVII. 33. loin, p. 314.
a Leake. IV. 121. e Liv. XXXI. 40. •
* Kiep. Kartevonder Eur. Turk.
un posté fortifié (cppouptov) protégeant, de l'autre côté du lac, le sol argestéen. Ce nom même de Célétrum, qu on ne retrouve pas ailleurs dans la géographie ancienne, pourrait être une corruption de celui d'Electron, qui aurait rappelé le souvenir d'Electre, sœur d'Oreste. De cette façon les Orestes n'auraient pas eu de ville indigène (ce que nous avons déjà remarqué pour quelques tribus de l'IUyrie grecque et des frontières de l'Epire) ; et celles indiquées sur leur territoire auraient été des colonies grecques ^ Kastoria est bâtie sur le cou d'une espèce de péninsule (celle de Kostel) ^ qui n'est qu'une arête escarpée ; les seules ruines qu'elle conserve sont à l'ouest, du côté de la terre, un pan de mur romain et une grosse tour. Situées sur l'isthme même, les maisons de la ville moderne occupent les versants nord et sud, et le plateau est sans habitants. Célétrum, dit de son côté Tite-Live, est située sur une péninsule; un lac baigne ses murailles, une route étroite et unique y accède de la terre ferme. Les habitants, attaqués par Sulpicius, songent d'abord à se défendre, mais, quand l'isthme est investi et que les soldats romains forment la tortue pour escalader les portes, la peur les gagne, et ils se rendent \ Le nom actuel de Kastoria paraît être une corruption du nom romain de Castra*, imaginée de bonne heure par les Grecs : les historiens byzantins s'en servent dès l'onzième siècle.
* Cependant il ne faut pas oublier quesnel. Mém, de la Soc^ de gèol,
que )ceX£Tpûv en grec veut dire une sorte 2^ série. 1. 246.
de filet propre à la pêche de rivière^ ^ Liv. XXXI. 40.
et que cette étymologie naturelle con- * Pouqueville. II. 351, — Ce îiom
vient très-bien à la ville de Célétrum, pourrait venir aussi d'un temple de
située sur un lac. Castor, dont le culte serait naturel
2 Boue. 1. 187. II. 339. — M. Vi- chez les Orestes,
d. liyncetstes .
A l'ouest et au nord-ouest des Orestes, sur le versant occidental du Bercétésius et des monts de Candavie, s'étendaient les Dassarètes, dont nous avons déjà décrit le pays. Les monts de Candavie, qui servent de frontière aux Dassarètes à Test, se relient au sud-est avec le mont Néretschka, et le liiont Péristéri, qui servent de ceinture au bassin de TErigon (Karasou, ou Vardar-Sarigul). La riche vallée de TErigon est partagée entre quatre peuples : les Lyncestes, les Detiriopiens, les Pélagoniens et les Péoniens.
Les Lyncestes, ou Macédoniens de Lyncus, comme les appelle Thucydide \ paraissent avoir occupé tout le pays entre la rive droite du moyen Erigon et les monts de Candavie. Il n'est pas prouvé qu'ils aient dépassé la rive droite, et on est porté à croire qu'en eflfet ils ne la dépassaient pas, lorsqu'on remarque que toutes les villes de la Deuriope étaient situées sur l'Erigon. Deux villes seulement appartiennent à la Lyncestide : Lyncus et Héraclée; il faut y ajouter quelques stations fournies par les itinéraires. On a voulu que Lyncus et Héraclée ne fussent qu'une même ville; il ne nous paraît pas possible de concilier les détails donnés par Tite-Live sur la campagne de Sulpicius (200) avec la place donnée parles itinéraires à la ville d'Héraclée, à peu près à moitié route de Lychnidus à Edesse (Itinéraire d'Antonin : Héraclée, à 54 milles de Lychnidus, à 66 milles d'Edesse). Âthacus et le lieu appelé Octolophe sont certainement à l'ouest du mont Péristéri; Lyncus doit donc s'y trouver également, puisque Sulpicius, qui vient d'Apollonie, y campe avant de rencontrer les Macédoniens,
4 Thucyd. IV. 79.
TOPÔbRÀPÉik. • 3li
et que Philippe, battu deux fois, profite d'une trêvb d'tin jour pour décamper en passant les montagnes, où II savait que la pesante atoée des Romains ne pourrait pas le suivre*. Gela est sans réplique» La position cohvient encore à ce que rapporte Tite-Live, et d'après lui Plutarque, darls la vie de Flamininus. On conseilla, disent-ils, à Titiis de faire un détour par la Dassarétide et- la ville de Lyncus, où le pays est plat et le chemin aisé*; il s'y refusa pour ne pas perdre de vue sa flotte, qui le nourrissait^ La disette était en effet le péril principal : pour y échapper, Sulpiciiis se fit suivre par ses convois ; Domitius, lieutenant de César, qui n'avait pu prendre la même précaution dans un pays épuisé à l'avance par les Pompéiens, faillit en être la victime.
Mais comment concilier la position de Lyncus près du Bévus, au nord du lac de Prespa, avec Texpédilion de Brasidas, qui va jusqu'à Lyncus combattre Arrhibée? Comment, à une époque où la Lyncestide et la Deuriope avaient encore leurs rois, Brasidas et Perdiccas ont-ils pu s'aventurer jusque-là? Peut-être faut-il dans Thucydide entendre par Lyncus non la ville de ce nom, mais le pays lui-même, la Lyncestide : aucun passage de cet auteur ne s'y oppose absolument, et celui-ci semble autoriser notre interprétation : Et^sI 8e e^évETO T(j) oTpaTCj) [JceToc tou Bpao-tSoi) èm ttî èo-êoXvi Tïiç Auyxou, Bpao-tSaç lôyoïç ecpir^ êoùT^ecrQai. irpWTOV... x.T,>..\.. Cela ne paraît pas désigner une ville, mais seulement une descente, un col, celui de Bania.
Thucydide nous apprend que les Lyncestes habitaient des bourgades \ Plusieurs de ces bourgades peuvent correspondre à quelques-unes des stations de la voie Egnàtia, données par Strabon et par l'Itinéraire d'Antonin. A partir
1 Liv. XXXI. 59. 4Thucyd. lV.124.Ê7r8tTa6n6p^t)otaç
^ Liv. XXXII . 10. — Plut. Flam, èÉouXeto irpotsvat eirl ràç tou Àppiêatou
3 Thùcyd. IV. 83. Voir encore 124. ^A^.^, ^ ^^
132 et surtout 129. ""^ ^'
de Lychnidus, il y a évidemment deux tracés : l'un, par le col du Dragor, passe à Scirtiana et à Castra, appelée aussi Parembolé^; Tautre, par la vallée de TEordéus, passe à Pylône, qui sépare Tlllyrie de la Macédoine, à Nicée, àBarné ou Barnunte, et tous deux se rejoignent à Héraclée. Le premier compte 54 milles (80 kilomètres); le second, plus direct, seulement 43 (63H'')600) ^ Sans assigner aucune position précise, nous plaçons Scirtiana en deçà du mont Péristéri, entre ce mont et le lac de Prespa, et dans le voisinage d'Athâcus; Castra ou Parembolé, située au delà, entre le mont Péristéri et TErigon, peut être placée à Lajetz. Pour le second tracé, qui est véritablement la voie Egnatia, Pylône doit être cherchée dans les monts de Candavie, sur le flanc oriental de Xérovouni. Nous admettons volontiers que Nicée soit Octolophe, mais en la maintenant en deçà du Péristéri, et Barnunte, qui, selon Strabon, précède aussi Héraclée, peut être placée aux sources de TEordéus (Devol), par exemple vers Papsodervcni. Ensuite on arrivait à Héraclée en franchissant le col du Néretschka. Rien de plus obscur sans doute que ces positions d'itinéraires, surtout avec les cartes que nous possédons jusqu*à présent. Cependant on peut légitimement en conclure deux faits importants : l"" que la route au su(î par Pylône et Barnunte était plus courte d'un cinquième environ ; 2° que le pays des Lyncestes s'étendait à Touest du Néretschka jusqu'aux monts de Candavie, et qu'il comprenait probablement le bord oriental du lac de Ventrok, le bassin du lac de Prespa, et la vallée du Bévus tout entière.
Quels sont les passages suivis par Philippe pour se dérober à la poursuite des Romains? M. Viquesnel a signalé autour de Monastir plusieurs fractures très-profondes entre
1 Itin. Anton. ' ^ Polyb. XXXIV. 12.— Strab. VII.
c, VII. § 4.
roches à pic, comme celles du col de Katschanik, ou du col de Babouna, et qui interrompent la série des escarpements ^ Cela suffisait aux Macédoniens, qui étaient sûrs de n'y pas rencontrer d'ennemis, et surtout cela pouvait être fréquenté des Lyncestes. Mais nous pensons que l'armée de Philippe était trop nombreuse pour y avoir recours, et qu'elle suivit la route du sud, plus courte d'un cinquième, et adoptée par les Romains pour le tracé de la voie Egnatia. Le roi savait, dit Tite-Live% qu'en s'engageant dans les montagnes il ne serait pas suivi par la lourde armée des Romains. Pour bien apprécier ce passage, il faut se rappeler que la voie Egnatia n'existait pas encore. La route par le col du Dragor était d'origine macédonienne, car Philippe l'avait suivie pour aller au-devant du consul, et c'était la plus commode avant celle exécutée par les conquérants. Mais il fallait remonter vers le nord pour l'atteindre, et Sulpicius y mettait obstacle ; on le devançait au contraire en prenant la direction du midi, et cette direction, il l'eût suivie lui-même, si elle avait été frayée, car elle est plus naturelle et conduit plus rapidement dans le cœur du pays. De même c'est le col de Bania (Kiepert dit Banja) qui est franchi par Sulpicius. Le col du Néretschka l'eût en effet contraint d'assiéger Héraclée, que Tite-Live ne mentionne pas dans cette campagne, et l'eût conduit dans TOrestide. Il débouche au contraire directement dans rEordée% la ravage librement, sans oser s'engager plus avant, et pénètre dans FElimée par le col de Satista. Il remonte ensuite l'Haliacmon par sa rive droite jusqu'à Célétrum, dont il se rend maître. Il suit nécessairement cette direction à l'ouest du fleuve, car, s'il avait pris la rive gauche, il aurait rencontré Argos Oresticum, et s'en
1 M. Viquesnel. Mém. de la Soc» s U\.XXXh39. Inde satis comperto degéol 2e série. I. 245. Eordœam pelituros Romanos. . .
2 Liv. XXXI. 39.
314 GÉOGRAPHIE ANCIENNE bE LA MACÉDOINE.
serait emparé «comme de Céléirum et de Pélion. C'est aussi un argument en faveur de la position donnée à Argos Oresticum par Pouqueville. Comment supposer en effet, si Argos Oresticum avait été située à droite de THaliacmon, sur le flanc oriental du Bercétésius, que Sulpicius, qui s'arrête à prendre Célétrum et Pélion, eût négligé de prendre Argos, qui se trouvait sur sa route, et qui détendait aussi le passage des montagnes? Evidemment, s'il ne l'a pas fait, c'est qu'il pouvait la négliger sans péril, c'est qu'elle était située de l'autre côté du lac, c'est-à-dire à Krépéni.
Nous plaçons Héraclée de Lyncestide à Filurina ; tout s'accorde à lui donner cette position. La voie Egnatia y passait \ et Filurina est encore aujourd'hui au centre de trois routes qui conduisent à Vodéna (Edesse), à Gasloria (Célétrum) et àMonastir (StuberraouStymbara). La distance s'y rapporte (48 kilomètres en ligne droite; les 66 milles font 97^^^,700, différence très-acceptable dans un pays de montagnes). Elle ne saurait être à Monastir : elle se serait trouvée nécessairement sur le passage de Sulpicius, au débouché des montagnes, et Tite-Live ne le dit pas; en outre elle se trouverait beaucoup trop loin d'Edesse, et aussi trop près de Lychnidus. Si Thucydide n'en parle pas , c'est qu'elle n'existait pas encore; ce nom d'Héraclée, qui est grec, pourrait sans doute avoir été donné par les rois des Lyncestes, de la famille des Bacchiades, mais il est plus vraisemblable de supposer qu'il fut donné par les rois de Macédoine, descendants d'Hercule, et qu'après l'occupation du pays, par conséquent postérieurement à Perdiccas II, ilâ fondèrent cette ville en avant du col duNérelschkd pour en défendre laccès. Thucydide , en parlant des Lyncestes, ne nomme que Lyncus ; c'est une forte raison de croire qu'Hé-
1 Strab. vu. c. vu. §4.
raclée est d 'origine macédonien lie, et de la placer à Filurina. Nous voyons de même Héracléum fondée en Piérie par Âmyntas, frère de Philippe, et une autre Héraclée bâtie dans laSintique.
Il y avait une c^taine parenté entre les Lyncestés et les Orestes, et Perdiccas commandait les contingents des deux peuples à la bataille d'Arbelles^
e. Deurlopieni».
La Deuriope est une partie de la grande Péonie ^ ; les rivières qui Tarrosent tombent dans TErigon % et toutes ses villes sont situées sur ce fleuve \ Elle en occupait vraisemblablement le bassin moyen depuis le confluent du Kandris (rivière de Prilip) jusqu'à Kafadarzy, et comme la chaîne du mont Babouna la divisait du nord au sud en deux parties à peu près égales, et d'exposition contraire, elle devait peutêtre à cette circonstance son nom de Deuriope. Stuberra ou Stymbara, première de ses villes à Touest, joua un rôle important sous les derniers Antigonides. Sulpicius, après avoir franchi le col du Dragor, la trouva sur sa route, et s'en rendit maître ^ Persée y reçut les députés de Gentius, qu'il espérait entraîner dans son alliance ; il en partit poiir combattre les Pénestes ; il y revint après sa victoire pour vendre son butin ^ Ces détails prouvent qiie Stuberra était à la ibis un endroit sûr en dedans du royaume, mais à portée des frontières, et propice à la réunion d'une nombreuse armée. Cela convient parfaitement à Bitolia ou Monastir : nous avons déjà montré que cène pouvait être Héraclée; la position de Prilip se rapporte aussi certaine-
1 Diod. XVII. 57. 4 Strab. VIL c. vu. § 9. p. 272.
2 Cell. Geogr, antiq, I. 664. » Liv. XXXI. 39.
3 Liv. XXXIX. 53. 6 Liv. XLIII. 19.
ment à Pélagonia. Tout nous porte à conclure que Monastir est sur remplacement de l'ancienne Stuberra. Il est vrai qu'elle n'est pas sur TErigon, mais le fleuve coule en plaine à Testa 5 ou 6 kilomètres de distance, et cette différence peut être négligée sans grand inconvénient. Le coup d'œil n'en souffre pas : on voit de là une vallée de 10 à 12 lieues, dominée par des montagnes verdoyantes, et qui a dû nourrir anciennement comme de nos jours une nombreuse population \
Si nous avions à explorer la vallée de TErigon, nous chercherions au nord-est de Stuberra l'emplacement d'Âlalcomène \ Etienne de Byzance cite Deuriopus comme ville d'après Strabon ^ ; mais Strabon ne dit rien de pareil, et il faut croire qu'il s'est trompé. En quittant Stuberra, Sulpicius (200) campa àPluinna ou Pluvina, voisine de TÉrigon, que Tite-Live appelle aussi Osphagus. Pendant ce temps-là, Philippe, qui avait pris un chemin plus court (celui de Barnunte), campait à Bryanium, sur la rive opposée *. Ainsi il se trouvait encore en avant des deux défilés qui protégeaient l'Eordée et l'Émathie , et en mesure d'en disputer le passage. Sans être aussi complets que nous le souhaiterions, cesrenseignements sont précieux : ils nous permettent de placer Bryanium sur la rive droite de l'Érigonau nord-est de Filurina, à l'entrée de cette longue gaîne (( de rochers et de gorges impraticables ^ » qui commence à la rencontre du mont Nidsche et du mont Babouna, et se continue pendant 75 ou 80 kilomètres jusqu'à Kafadarzy. Pluvina devait se trouver à peu de dislance au nord-ouest, et sur la rive opposée.
1 Boue. 1. 180.- Castra ou Parem- 2 strab. VIL c. vu. § 9. p. 272. bolé pourrait être rancien campe- » Steph. 244. ment ae Tarmée de Sulpicius, près de * Liv. XXXI. 39. Stuberra, comme Nicée rappelle la vie- ^ M. L. Heuzey. Rapport à TEm-
toire d'Octolophe. pereur du 13 avril 1862. .
Sur la fin de son règne (185), après une expédition contre les Thraces, Philippe^ fils de Démétrius, voulut bâtir une ville dans la Deuriope, à peu de distance del'Erigon; ce fut près de la ville ancienne de Stobi que s*éleva la cité nouvelle, et pour Caire honneur à Persée, son fils aîné, il l'appela Perséis ^ : création éphémère, qui dépérit sous la domination romaine, mais qui subsista quinze ans sous les Antigonides, et qui put être de quelque magnificence. Évidemment les vainqueurs ne la favorisèrent pas; la prospérité de Stobi sous leur joug le témoigne assez, et depuis la conquête de Paul-Émile il n'est plus question de Perséis. Mais n'y aurait-il pas moyen de retrouver sa position ? Des ruines sont indiquées par Kiepert et par Lapie ^ au coude de rÉrigon, lorsqu'il prend pour ne plus Tabandonner la direction du nord-est, mais personne ne les a visitées, et Kiepert et Lapie attribuent tous les deux ces ruines à Stobi. Les découvertes de M. L. Heuzey au confluent de TErigon et de TAxius ne permettent plus de s'arrêter à cette idée, et ces ruines, si toutefois il en existe % pourraient être celles de Perséis. Cependant Tite-Live dit que Perséis était près de Stobi (haudprocul), et près de l'Érigon. La position assignée aux ruines donne entre Perséis et Stobi 40 à 45 kilomètres; cela nous paraît trop considérable, et nous placerions plutôt Perséis à Textrême frontière de la Deuriope et de la Pélagonie, aux environs de Kafadarzy.
/*. Pclagoulens.
Les Pélagoniens ^ étaient une peuplade péonienne, et faisaient partie, à l'origine, de la grande Péonie. Ils couvraient
'^ Liv. XXXIX. 93. 3 Leake. III. 440. — Pouqueville.
' Kiep. Europ, Turk. — Lapie. II. 364.
Turq. d'Eur. * Ptol. III. 15. — Steph. 547.
du côté des Triballesla partie nord de la Macédoine \ mais sous la domination romaine le nom des Péoniens fit place à celui des Pélagoniens, et Pélaj^onia fut pour \ingt ans au moins le chef-lieu du quatrième district. La partie de la Péonie appelée Pélagonie s'étend au nord et à Test de la Deuriope entre les Lyncestes, les Mygdoniens et les M$des (Jepuis le niont Bertiscus jusqu'aux sources du Pontus (Stroumnitza). On attribue aux Pélagoniens quelques villes importantes. Stobi, la plus considérable, était située au confluent même de TErigon avec l'Axius ; M. L. Heuzey y a retrouvé ^ « l'emplacement de la cité romaine, |e cercle ruiné de son enceinte, les restes de ses ponts, son nom même, gravé avec-le titre de municipe sur une inscription monumeptg^le en l'honneur de l'empereur Adrien. » Déjà connue des rois de Macédoine % mais probablement peu importante alors, sans quoi Philippe n'aurait pas eu la pensée de bâtir près d'elle Perséis"" ; Stobi prit sous la domination romaine un essor soudain. Pline en fait un municipe ^ ; on a des monnaies de Stobi des trois premiers siècles de l'empire ^; au quatrième siècle le Goth Balamir la pilla ; métropole de la seconde Macédoine, elle jouissait encore du droit italique lors de l'invasion des barbares ^
Au sud-est de Stobi, Lapie et Kiepert marquent le tch^fflick d'Hapiman, et Kiepert y voit Almana ^ où Persée alla avec ses troupes au-devant des Gaulois, pour les attirer à son service. Almana était située sur l'Axius ^ ; le nom d'Hamman s'y rapporte, et aussi la position. Nous placerions volontiers aux environs le relais de Sténa^\ indiqué
1 Plin. LV. 17. « Uolsten. m Sieph. 304.
2 Rapport à TErapereur du 13 avril ^ Hier, notit. — Dig. VIII. De cen- 1862. sibus.
3 Liv. XL. 21. 8 Kiep. Euroït, Turh.
* Leake. III. 440. 9 Liv. XLIV. 26. '
» Plin. IV. 17. 10 ïtin. Anton.
par les itinéraires, entre les derniers escarpements du mont Pélerniket les monts Wélitza, Pisauum \ qu'il ne faut pas confondre avec Pisséum, ville des Pissantins % pourrait être placée aux environs de Démir-Kapou. Antigonée, indiquée parles itinéraires à la suite de Stobi, s'accommode bien de la position de Tikwesch% où Kiepert a signalé des ruines. Peut-être Andaristus ouAudaristus occupait dans le bassin du Raetz la place de Trpjak \
Pélagonia, chef-lieu primitif de la Pélagonie, répond à Prilip ou Perlépé, située sur un affluent de TErigon, et de bonne heure elle fut importante. Philippe y envoya Persée avec des troupes pour fermer aux Dardaniens le passage des défdés [fauces quœ ad Pelagoniam sunt) ^ ; ces défilés sont à l'est le col de Derbend,à l'ouest le col de TErigon. Quand Sulpicius eut pris Stuberra, il fit venir dePélagonia tout le blé qu'on put rassembler aux environs ^ C'est qu'en effet Pélagonia était à la fois dans les montagnes, et sur la limite de cette riche vallée de l'Erigon, et on pouvait y mettre en sûreté tous les produits de son fertile territoire. On ne retrouve plus cette ville à partir de la conquête romaine, et pendant que le peuple conservait son nom,^ la ville perdait peu à peu son. importance. Stobi paraît l'avoir éclipsée complètement.
En 216, Philippe, alors en guerre contre Scerdilaïdas et contre les Étoliens, voulut se mettre à l'abri d'une attaque des Dardaniens, et il s'empara de Bylazora, la plus grande ville de toute la Péonie, alors occupée par les Dardaniens, et si heureusement située, que sa position suffisait pour arrêter l'ennemi. Grâce à cette utile conquête, le i;*oi ç^e Macédoine avait dans les mains tous les passages qui çpu-
1 Steph. 551 . * Ptol. III. 15. - Plin. IV. 17.
2 Polyb. V. i08. » Liv XXXI. 33.
3 Kiep. JEwrop. TwrA;. e Liy. XXXI.
duisaient en Emathie, et il y mit une bonne garnison \ Il n'y a pas de doute que la ville demeura depuis au pouvoir des Macédoniens. Quand les Gaulois, campés à Desudaba en Mœdique, négocient avec Persée, et mettent à prix leur alliance, Persée, qui est à Almana, engage leurs chefs à se rendre à Bylazora pour faire leurs conditions ^ Mais déjà nous avons vu que Philippe (en 200) avait envoyé Persée garder les défilés qui sont aux abords de Pélagonia, et Pélagonia était évidemment en Pélagonie. Il faut aussi y placer Bylazora, et avecPolybe, et Tite-Live, qui le copie, comprendre ici sous le nom de Péonie toute la région située au nord du mont Bora. Bylazora nous paraît correspondre à Kôprili, située sur TAxius, un peu au-dessus de son confluent avec la Potska\
g. Péonlens; Dardanlens.
L*Érigon, dit Tite-Live\ naît dans le pays des lUyriens, arrose la Péonie, et se jette dans l'Axius. Les invasions des Dardaniens, des Triballes et des Maedes ont enlevé aux Péoniens tout le nord entre le mont Babouna et le mont Piantza, et dans cette direction Bylazora est la dernière ville de la Macédoine. C'est en faisant allusioil à ces ravages que les Dardaniens, après la victoire de Paul-Emile, réclamaient les Péoniens comme leurs sujets. Mais en dehors de la Pélagonie et de la Deuriope, que nous avons décrites, il resta trois fractionnements aux trois extrémités ; le premier, au nord-ouest, est la Péonie proprement dite, arrosée par TErigon; le second, au nord-est, est TOrbélie, dans le voisinage du mont Spatz; le troisième, au sud-est, est la Tripolide Péonienne, habitée par les iEstréens.
1 Polyb. V. 97. 3 M.Viquesnel. Cartedela Thrace.
2 Liv. XLIV. 26. 4 T.iv. XXXIX. 54.
La Péonie proprement dite répond à la vallée supérieure de l'Érigon, et à la vallée supérieure du Drilo, entre le mont Babouna et le pays des Pénestes. Nous n'oserions pas affirmer que ces Péoniens fussent les seuls sujets de Bardyllis, d'Agis et de Clitus, qui combattirent contre Philippe et contre Alexandre, ou d'Odoléon, beau-père de Pyrrhus, mais nous croyons qu'ils leur étaient soumis. Leurs villes étaient probablement situées sur TÉrigon et sur le Drilo, de façon à laisser à peu près libres les passages du mont Bertiscus (Tourianska), par où pénétrèrent Taile droite des Gaulois en 280, et les Dardaniens en 208 ^ Les rois de Macédoine paraissent avoir renoncé à défendre, sinon les villes des Péoniens, au moins leur territoire, et quand ils font garder les défilés, c'est aux abords de Pélagonia ; Lyncus et Lychnidus fermaient la Candavie à l'ouest. Gela explique à la fois pourquoi il n'est plus question des Péoniens sous la domination romaine, et pourquoi le nom des Péoniens, transportés au nord de l'Hémus, et propagé jusqu'au delà du Danube , s'est confondu avec celui des Pannoniens, lUyriens comme eux. Ptolomée^ donne aux Péoniens trois villes : Déborus, qui paraît répondre à Dibre-Sipr, sur le Drilo ; iEstréum et Alorus, qui pourraient être placées à Kratcliovo et à Slivoya, au débouché des deux cols principaux du Bertiscus (Tourianska), et du col de la Podalitscha. Bumazus, donnée à la Péonie par Etienne de Byzance% qui s'appuie du témoignage d'Éphore, s'accommode bien de l'emplacement de Dibre-Post. Lapie place encore sur le haut Érigon, entre Kratchovo et Slivova, une ville d'Almopia, sans doute d'après Etienne de Byzance*; mais c'est probablement l'Almopie qu'Etienne de Byzance désigne ainsi ; rien n'indique que ce soit une ville, et, si c'en est une,
1 Liv. XXVII. 53. 3 steph. 188.
2 Ptol.m. 13. p. 93. * Ibid. V».
il faut y voirEuropus du Rhoidias, dont nous parlerons en nous occupant des Almopes. Sauf Almopia, que nous omettons, les positions données sont vraisemblables; celle de Déborus est même probable \ Mais il faudrait, pour se prononcer avec quelque certitude, que le pays lui-même fût mieux connu.
Le bassin du haut Axius, à partir de Bylazora, était possédé par les Dardaniens, qui s'étendaient au delà de THémus jusqu'aux sources du Lépénatz. Parmi leurs villes, la plupart situées hors de la région macédonienne, nous remarquons Arrhibantium, qui rappelle le nom d'un roi des Lyncestes, etScupi (Uskiup^), seule située sur le versant méridional. Cette ville était leur capitale; elle se trouvait précisément au débouché du col deKatschanik, et ouvrait un passage en Macédoine. Faut-il croire, avec la leçon ordinaire de Tite-Lîve, que Scupi était cette ville des Dardaniens prise par Philippe en 210 [Dardanorum urhem^ sitarn in Macedoniâj transitum Dardanis facturant^ cepit^]^ ou bien, avec Téililcur allemand Weissenborn, faut-il voir dans celte ville Héraclée Sintiquc? [Dardanorum iirbem Sintiam in Macedoniam ti^ansitum, etc. ^.) Nous ne pouvons adopter ce dernier sentiment; jamais, selon nous, dans les derniers siècles de l'indépendance macédonienne, les Dardanes n'ont envahi le royaume de ce côté-là, pénétré jusque-là, et cette coireclion est inadmissible. Quanta la première opinion, elle est plus raisonnable; Philippe, ditTite-Live, après avoir lavagé rillyrie, change soudain de direction^ se porte en Pélagonie, et s'empare de la ville des Dardaniens ^ La route suivie par le roi est naturelle. Déjà quelques années
1 Remarquons néanmoins que Pou- * Plol. III. 9.
queville fait dériver ce nom de Dibré ^ Liv. éd. Dralienb.
de l'esclavon Dobro, bon^ à cause de * Liv. éd. Teubner.
la fertilité du territoire. — Pouque- ^ Liv. XXVI. 25. ville. II. 409.
auparavant (en 162) il avait pris Byia:2ora*, resiée depuis pélagonienne. La prise de Scupi, entre le mont Karlschaka et le Kara-Dagh, refoulait les Dardaniens tout à fait au nord, et ne leur laissait au sud de l'Hémus que le petit bassin de Kalkandélen, qui était sans importance politique lorsque les issues en étaient fermées.
h. Orbélleiis, lores, JEsivéen».
Les Orbéliens habitaient aux environs du i.iont Orbélus (mont Spatz)^ probablement le bassin de la Tchigna, affluent de rÉgri-Dérè. C'était encore un autre canton de la Péonie, isolé parles invasionsdesDardanienset des autres barbares. Nous indiquons seulement la ville d'Orbélus, que nous révèle Etienne de Byzance^ d'après Balagrus dans sa Macédonique (sic). Ptolémée et Pline citent Garescus*: nous n'essayerons pas de trouver son emplacement. Les Agrianes, qui occupaient au sud-est des Dardanes le bassin de l'Égri- Dérê, ne nous ont transmis le nom d'aucune ville, etl'Égri- Dérê rappelle seul quelle était leur position^
La tribu mœde des lores, appelés aussi Médares ou Médarores, occupait vraisemblablement à l'ouest des autres Maecles le bassin moyen de la Brégalnitza. Ils habitaient dans le voisinage de l'Axius; lorum, leur ville, prise par Alexandre, et située, selon Etienne de Byzance s, en Thrace, près de la Macédoine, ré[)ond à la position dlstib ; ce nom, rapproché de celui de Stobi, ferait croire que, lors de la ruine de leur ville, les Stovenses se sont retirés dans cette ville, pins facile à défendre, et hors de la route des invasions, et lui auraient donné le nom de leur première résidence. Avant-poste des Maedes et des autres barbares, dont
1 Polyb. V 97. - * Ptol. III. 13. p. 95. — Plin. V.
2 Plol. III. 13. p. 93. 17.
3 Steph.512. 8 Steph.61.
les Maedes étaient le plus souvent les alliés, elle leur permettait d'entrer, soit en Mygdonie par le col de Radovitch, soit en Emathie par le col du mont Séria.
C'est au sud des lores, et aux sources du Pontus, que nous retrouvons la Tripolide péonienne, dont les ^Estréens^ occupaient les trois villes, Dobérus, iEstréum et Alorus ou Azorus. Dobérus répond à Doiran, sur le lac de ce nom; Sitalcès y arrive après avoir franchi le mont Cercine, probablement aux environs de Pétra ; il y asseoit son camp, et en part pour envahir la Macédoine (*)'. Celte ville est citée par Pline, par Etienne de Byzance'^ qui suit Thucydide, et la met comme lui en Péonie. Luc Holstein rappelle une monnaie citée par Pyrrhus Ligorius\ où Dobérus esl qualifiée Colonia Claudia. Nous ne serions pas surpris que Dobérus eût été fondée par lesDobères duPangée, qui résistèrent, il est vrai, à Mégabaze ^ mais qui furent probablement entraînés à la suite de Xerxès avec les autres peuplades situées sur le passage des Perses ^. Depuis cette époque en effet les Dobères du Pangée, ou Dobéro-Péoniens, ne reparaissent plus, et il serait naturel de penser que, refoulés par les Thraces, et inquiétés par les Grecs, dont les colonies affluaient aux bouches du Strymon, et convoitaient la possession des mines, ils se soient reportés dans l'intérieur, dans le voisinage des Pélagoniens, Péoniens comme eux, et dans une région mon tueuse, comme le petit bassin du lac de Doiran, capable à la fois de les protéger et de les nourrir.
Nous ne pouvons dire quel était l'emplacement d' Azorus*^ ou Alorus; cependant nous serions porté à le reconnaître à Radovitch. iEstréum répond à Stroumnitza, ou Ous-
« Ptol. III. 15. 3 steph. 24.
(«) Suvy.6poiî;ovTo cuv êv t^ Aoê^pw mi * Holst. in Steph, 101 ,
TrapeaxEuàîiovTO , ôttwç xaxa Kopu^Tiv ^ Hérod. V. 16^
iaêaXûûaiv e; ttiv xarw Moucs^oviav, 7 {?^^/ Yîî^^i^' n^ ^;ône?5i/,>ca;%gv.>-Thucya. IL 99. ^^^^' l"'^^' P- ^^'
s ThucydI. I. 100.
troumdja*: c'est là que Philippe, prévenu contre son fils Démétrius par Persée et par Didas, envoya le jeune prince sous différents prétextes, tandis que Didas, qui était gouverneur de Péonie, recevait d'un autre côté l'ordre de le faire périr. Démétrius, mandé à Héraclée par Didas pour assister à un sacrifice, fut empoisonné dans un festin, et comme il mourait trop lentement au gré de ses bourreaux, on Tétoufia sous des couvertures^.
i' Almoplcns, Eordéens.
La Tripolide pélagonienne, séparée de la Tripolide péonienne par l'extrémité sud-est de la Pélagonie, est placée par Strabon^ entre les Lyncestes et les Eordéens; il ne nomme qu'une de ses trois villes, Azorus, et il veut que cette Azorus soit à 120 stades d'Oxynéia. Nous avons déjà, en parlant de cette dernière ville, exprimé nos doutes sur la valeur du passage; nous n*y reviendrons pas. Nous préférons suivre Ptolémée, en lui rapportant avec M. de la Goulonche les rares témoignages des autres auteurs anciens.
La Tripolide pélagonienne était occupée parles Almopes, issus d'Almops, fils de Neptune et d'Hellé \ Cette généalogie supposerait une origine grecque et maritime : cependant la peuplade est péonienne^. Ils furent chassés de bonne heure par les Téménides prédécesseurs d'Alexandre l" ® ; c*est peut-être alors qu'ils émigrèrent dans le bassin supérieur de TErigon, et qu'ils fondèrent au milieu des Péoniens la ville d'Almopia'; cependant Hiéroclès la place dans la Macédoine consulaire. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'examiner sérieusement l'hypothèse d'O. Muller, qui place l'Almopie sur les confins de la Macédoine et de la Thessa-
1 Leake. III. 465. » Plin. IV. 47.
2 Liv. XL. 24. « Thucyd. II. 99. 100.
8 Strab. VII. c. \ii. § 9. p. 272. ' Lapie. Carte de Turquie.
* Sleph, yo.
lie, près de la Piérie, et qui fait crAlmon ou Almonia une ville perrhébienne.Nous connaissons enPerrhébie Elonéou Linioné *, nous ne connaissons point Almoné. Il en est de même des Minyens et d'Orchomène, que nous ne trouvons qu en Thessalie près dlolcos, en Béotie, ou dans la Triphyliepéloponuésienue. L'Almopie, conquise par les Téménides, ne pouvait être aussi éloignée dEdesse, leur berceau. La ville d'Almoné est, il est vrai, citée par Lycophron, et, d'après ce poëte, Enée en serait parti pour aborder en Tyrrllénie^ Mais Tzetzès en parle comme d'une ville près du mont Cissus, et nous trouvons dans ces parages une ville d'iEnia, à qui on donne Enée pour fondateur. Tout nous porte à croire que le souvenir d'Almone n*a rien à faire ici ; que si quelques auteurs disent indifTéremmcnt Almonie ou Almopie, ils font une méprise réelle, et qu'Almone ne doit se chercher que dans le voisinage de la Crossœa. Nous ne la confondons pas cependant avec Almana; nous croyons que cette ville est trop haut sur le cours de l'Axius pour qu'à aucune époque Enée ou les Péoniens alliés des Troyens en soient partis sur des vaisseaux ^
L'Almopie répond au bassin duRhoidias (Tcherna-Riêka), et porte actuellement le nom de Mogléna(pays du brouillard). Bornée au nord-ouest par le mont Bora (Nidsche), au sud-ouest par les collines de Vodéna, au sud par le Moglénitiko , à Test par le Païk, au nord-est par le pic de Kojowa, au nord par le Péternik et les monts de Démir-Kapou, elle forme un plateau isolé de 16 kilomètres sur 24, bien arrosé, bien peuplé, et parfaitement approprié à une tribu pauvre et indépendante. Elle ne s'accède que par trois défilés : le
i Strab. VllI. c. m. § 3. IX. c. ii. colonies Cretoises de TAxius inférieur
§ 40. sont postérieures à la guerre de Troie,
s Steph. 65. — Holst. in Steph. 27. et qu'Almana étuit au temps d'Ënée la
3 Si Almoné était la même qu'Ai- \ille axienne la plus rapprochée de la
mana, il faudrait en conclure que les mer, et peut-être la même qu'Amydono
passage de Vodéna à Touest, le col de Babiani au sud, et le passage de Notia au sud-est. En ce qui touche ses trois villes, Trésino., où la Tcherna-Riêka sort du mont Nidsche, [)ourrait être Horma*; on \oit à Dragamantsi, dans un cimetière, quelques fragments antiques qui font supposer que ce peut être Apsalus; enfin on place naturellement à Paléo-Castro Europus, dite Europus du Rhoidias, près du confluent du Rhoidias^ (Tcherna-Riêka) et delà Bélitza. On n*y trouve que des ruines de l'époque byzantine : elles sont suffisantes néanmoins pour attester que cette ville eut au moyen âge assez d'importance. Un autre village, Notia, renferme des vestiges d'une ville ancienne, qui a pu porter le même nom dans l'antiquité. Ainsi Europus du Rhoidias citée par Pline, Europus donnée aux Almopes par Ptolémée, et peu t-être aussi Almopia, ne font vraisemblablement qu'une même ville^. Les Bulgares, qui remplacent aujourd'hui les Almopes dans le Mogléna, se montrent défiants, et vivent dansTisolement. Entre le Bermius (Bourénos, Doxa, Xérolivado) à Touest et au sud, le Citarion à l'est (Kara-Dagh, Turlo), et le Bora (Nidsche) au nord, est située TEordée proprement dite, Eordée de Test, habitée anciennement par les Eordéens, premiers maîtres de la région centrale. Son bassin, tout intérieur, entre ceux de TErigon et de THaliacmon, est arrosé par TEordaïcus (Potava), qui reçoit les eaux du lac Bégorritis (lac Sarigul, ou lac jaune)*, et se perd dans le lac d'Ostrovo. L'Eordée s'accède à Touest par le col de Vlako- Klisoura, qui conduit dans TOrestide, au sud par le col de Saiista, qui conduit dans TElimiotide, au nord par les cols de Kirli-Derbend et de Bania, qui conduisent dans la Lyncestide, à Test par plusieurs passages qui conduisent dans
1 Ptol. III. 13. p. 93. * Pouqueville. Carte de la Grèce,
2 Plin. IV, 17. dressée par Barbie du Bocage. Seule ' M. de la Coulonche. Rev, des soc, elle nous a donné le nom moderne de
sav.y. 710-716. Potava.
TEmathie. Lorsque les Téménides furent les maîtres d*Edesse, TEordée fut la première conquête; beaucoup d'Eordéens furent exterminés; le reste fut chassé du pays, s'établit autour de Physca*, et aussi en Thrace. Nous ne connaissons pas aux Eordéens comme peuple des villes qui leur soient propres, à Texception peut-être d*Eordéa, dont on ne peut que conjecturer remplacement. Cependant nous mettons volontiers avec Kiepert et avec Leake ^ Arnissa quelque part le long de TEordaïcus, entre le lac d'Ostrowo et le lac Bégorritis. Cette ville ne pouvait être en Emathie, et devait être située assez près des frontières de la Lyncestide, car Brasidas, attaqué dans les défilés, parvint à Arnissa le même jour, et c'est la première ville macédonienne qu'il atteignit dans sa retraite. Eordéa^ peut être placée à Kastranitza : la position convient à une ville ancienne, et la proximité du fleuve Eordaïcus, qui contourne son plateau, rend cette conjecture plausible. Nous croyons aussi avec Leake qu'il a dû exister une ville de Bégorra*^ dont le lac Bégorritis avait pris le nom ; son emplacement pourrait être cherché aux environs de Kailari. Enfin la station de Cellœ, indiquée par l'itinéraire d'Antonin à égale distance (33 milles, ou 49 kilomètres) d'Edesse et d'Héraclée, sur la voie Egnatia, peut, à cause des sinuosités du col de Kirli-Derbend, être placée à Zejjen^, dont la position et le nom s'y rapportent sensiblement. Sulpicius traversa TEordée en la ravageant, pour pénétrer de là dans TElimiotide^' Persée, partant de Citium, se rendit aussi dans l'Elimiotide par Eordéa et le lac Bégorritis''. Aujourd'hui le souvenir des Eordéens s'est perdu dans ce canton, qui conserve cependant encore le souvenir et le nom des Bryges\
1 Thucyd. II. 99. — Ptol. III. 13. » Kiep. Kartevon der Eur. Turk. p. 94. 6 Liv. XXXI. 59.
2 Kiep. Thessal. Epeiros, ' ^ U\. XLII. 53.
8 Thucyd. IV. 128. • Pouqueyille. II. 307.
* Leake. Map of north, Gr,
j. Emathle) Cyrrhestide^ lehnttldef Botllée.
Nous avons attribué à TElimiotide le cours de la Vendja, affluent de THaliacmon, et les quatre villages de Kosani, Rtinia, Kaliani et Kaisaria, qui semblent être sur l'emplacement d'autant de villes anciennes demeurées inconnues. Le Bermius se continue au nord de la Vendja par un contre-fort qui expire sur THaliacmon, en face du bourg de Katafyghi : c'est la limite commune de TElimiotide et de l'Emathie, et c'est encore de nos jours la limite du territoire de Verria.
L'Emathie a pour bornes à Touest le mont Câtarion et le montBermius(Turlo, Kara-Dagh,Xérolivado, Doxa),qui la séparent de l'Eordée ; au sud, le cours de THaliacmon depuis le montSkopo et le village de Katafyghi jusqu'à son embouchure, et le golfe Thermaïque depuis Tembouchure de l'Haliacmon (Indjé-Karasou) jusqu'à celle de TEchédoriis (Gallico) ; à Test, la chaîne du Vélitz-Dagh, qui sépare le bassin de l'Axius (Vardar) des bassins de TEchédorus et du lac de Doiran ; au nord, le mont Péternik et le mont Bora. Le Borboros limen * (lac de Jannitza) en occupe le centre; la vallée de l'Axius, longue et étroite, s'étend comme une bande le long de sa frontière orientale. La partie occidentale répond à plusieurs petites vallées parallèles, arrosées par des torrents qui viennent du Bora, du Gitarion ou du Bermius et qui se jettent dans le Borboros limen ou dans THaliacmon. Au sud-est, la Bottiée embrasse le littoral tout entier.
La Mélessa est le seul affluent de rHaliacmoù en Emathie; elle sort du Bermius, et reçoit le Gyphtico. Le petit plateau de Bérée (Kara-Verria ou Bérée, la Noire), facile à for-
* Plut. De ExiU 10.
tifier et dominant une campagne fertile, esl à 8 kilomètres environ de l'Haliacmon ; le Gyphtico et un affluent en baignent le pied. Cette ville, fondée, dit-on, au pied du mont Bermiiis*, par Phéron ou par Béréa, lîlle de Bérès, et petite-fille de Macédon ^ est une des plus illustres de la Macédoine à rintérieur\ Au commencement de la guerre du Péloponnèse, les Athéniens la surprirent ; mais, pressés par le siège de Potidée, qui occupait toutes leurs forces, ils furent obligés de la rendre à Perdiccas II\ Hippias, chef des phalangites, et Médon, amis de Persée, s'empressèrent après la bataille de Pydna &e livrer aux Romains Bérée leur patrie ^ et Tite-Live la comple parmi les villes les plus considérables de la troisième région. Elle est mentionnée par Pline et par Ptolémée^^ ; saint Paul, venant de Philippes et de Thessalonique, y prêcha TEvangilc, et son église était comptée au quatrième siècle parmi les métropoles de rOrient^
Les ruines de Bérée sont considérables; cinquante-neuf inscriptions d'origine grecque ou romaine constatent leur identité avec la ville ancienne. Des statues, des portes en marbre, des fragments de colonnes, les restes de plusieurs temples témoignent de son antiquité et de sa splendeur. Deux tours byzantines et un mur d'enceinte sont probablement l'œuvre d'un Kral de Servie, et datent du quatorzième siècle , mais leurs assises sont anciennes et font voir que le plateau tout entier, partagé entre la ville et l'acropole, était fortifié du temps des Macédoniens. Primitivement, lors de la domination des Bryges, il y avait aux environs des mines d'or, qui n'ont pas été exploitées depuis. Le Bermius avait aussi des carrières de marbre blanc : les monu-
» Strab. VII. Fragm, 26. » Liv. XLIV. 45. XLV. 50.
2 Steph. 162. 6 piin. iv. 17. — l'tol, III. 13.
3 Scymn. Ch. V. 624. 625. ^ ^c/. Apost, XVII. v. 12.
4 Thucyd. I. 61.
menls de Bérée et d'Edesse en sont faits pour la plupart, et ceux même de Pella. Il faut encore signaler trois tumulus : l'un au nord-est^ sur la route de Bérée à Pella ; les deux autres au sud, sur une des routes de la Piérie ; des restes nombreux d*aqueducs, particulièrement appropriés à la culture des terres, et. Yers la porte du sud, un Paléo-foro (Iski-Bazari), qui rappelle le souvenir des Romains et de leur domination \
De Bérée à Edesse, la route suit les flancs du Bermius et du Citarion, et rencontre dans son parcours plusieurs villes de Tancienne Emathie. A 18 kilomètres environ se trouve la grotte dePaléo-Sotiras (Speléum), remarquable pour ses belles stalactites, et au-dessous d'elle la source de Verriotiki-Vrysi. Cette source est très-probablement le Nymphœum, où Aristote fit Téducation d'Alexandre, sous de magnifiques ombrages % au milieu des jardins de Midas, où des roses odorantes à soixante pétales fleurissaient sans culture \ Paul-Emile y fit une halte de deux jours en revenant d'Amphipolis*. Ptolémée place Miéza en Emathie entre Scydra et Cyrrhus^ ; Pline la cite entre Scydra et Gordynies*, et, dans un autre passage^ il parle des stalactites qui pendent aux voûtes à Miéza en Macédoine \ Cela s'accorde avec la grotte de Paléo-Sotiras, et Etienne de Byzance, d'après lequel on voudrait placer Miéza sur le Strymon, nous donne lui-même des armes pour le combattre. En effet, après avoir dit que Miéza s'appelait aussi Strymoniupi, il ajoute^ qu'elle eut pour fondateur Miéza, fille de Bérès. Il n'est pas probable que Béréa, fille de Bérès et petite-fille de Macédon, ait fondé Bérée en Emathie pen-
* M. delà Ooulonche. Rev. dessoc. ^ Ptol. III. 15. p. 94. sav. V. 111-121. 6 piin. IV. 17.
2 nuLAlex. 7 /6,-d.XXXI.20.
3 Hérod. VIII. 138. s steph. 466. ~ Holst. ad Steph.
* Liv. XLV. 53. 208. - Berkeh ad Steph.
dant que sa sœur Miéza serait allée s'établir jusqu'en Thrace. Il est au contraire beaucoup plus naturel de penser que cette seconde ville fut fondée dans le voisinage de la première, comme il convient aux membres d'une même famille, et qu'il n'y avait point de ville de Miéza près du Strymon. Nous ne connaissons pas sur cette Miéza du Strymon d'autre texte que celui d'Etienne de Byzance, et, quant à l'hypothèse de Berkelius, qui place Miéza près de Stagire, c'est une conjecture toute gratuite. Nous ne voyons pas davçintage la nécessité de placer Miéza à Palatitza. Cette position, comme nous l'avons dit à propos de la Piérie, convient très-bien à Vallae, et nous ne pensons pas qu'autour de Barbœs ou de Palatitza on ait découvert des stalactites. Miéza devait donc se trouver sur la route deBérée à Edesse, un peu au-dessous de la grotte de Paléo-Sotiras, et du Nymphœum illustré par Arislote K
Un peu en avant de Miéza coule le Jaworniiza, premier affluent du Borboros limen au sud-ouest. En remontant vers le nord on trouve l'Arabitza, qui reçoit le Gymnowo, puis le Gouléma-Riéka, plus considérable que les précédents. Entre l'Arabitza et le Gymnowo, Leake et Kiepert, d'accord avec M. de Fa Coulonche, placent à Niausta (Néa- Augusta?) la ville de Citium, peut-être d'origine Cretoise, comme Idomène, et quelques autres villes du bas Axius. Le mont Citarion lui doit son nom (pourvu cependant que le Citarion ne soit pas le Titarius, car Ptolémée, qui seul nous le révèle, le nomme entre le Bermius et l'Olympe, ce qui convient beaucoup moins au mont Turlo qu'au mont Chapka). Il n'y a pas de ruines bien caractéristiques à Citium. ^ Son emplacement, formé de quatre terrasses successives, à pic sur les côtés, est analogue à celui d'Edesse. Niausta
1 M. de la Coulonche. Rev. des soc. ^av. V. 109. 111.
est bâtie sur la troisième terrasse ; Citium était placée sur la première, et plus voisine de la plaine. Le roc, taillé sur plusieurs points, les assises d'une tour, les ruines d'un pont atteslent Texistence d'une ville ancienne. Persée y rassembla son armée (171) pour envahir par l'Eordée et TElimiotide les hauts plateaux de la Perrhébie \ et il faut en conclure qu'il y avait à proximité de Citium un passage qui conduisait dans TEordée à travers le mont Turlo. Plusieurs inscriptions, trouvées par M. de la Coulonche au village bulgare d'Arséné près du Gouléma-Riêka, lui ont révélé le voisinage de la ville de Scydra; il en marque remplacement entre Arsène el Episcopi, à droite en venant d'Edesse, à côté d'une source appelée Slata, sur un plateau arrondi, facile à défendre, et couvert de fragments de tuiles et de poteries. Les inscriptions lui ont encore appris que Scydra avait un temple d'Hercule, et un temple de Diane Gazoritide (nous retrouverons cette Diane Gazoritideà Gazorus dans la Thrace épictète, et à Pella); et l'église d'Episcopi conserve un chapiteau corinthien romain d'un bon travail, qui peut en provenir. Scydra est aussi appelée Cydrœ par Etienne de Byzance, qui la donne aux Bryges ^ ; cela pourrait être la même que Scydrus, région de Macédoine indiquée par le même géographe d'après ïhéopompe ^. Scydra a pu briller de quelque éclat sous les empereurs ; Pline et Ptolémée la nomment \ Une médaille en cuivre de moyen module avec la légende Constawtiisgpolis, trouvée aux abords de son emplacement, permet de supposer qu'elle se perpétua au moins jusqu'à l'invasion des barbares. Depuis cette époque son nom a disparu, et les villages voisins ont été bâtis avec ses ruines ^.
1 Liv. XLII. 51 . * Plin. IV. 17.— Ptol. III. 43. p. 95.
2 Steph 393. 5 M. de la Coulonche. Hev. des soc,
3 IbiU, 009. sav. IV. 784-799.
En sortant d'Arséné on passe le Gouléma-Riêka, et en longeant les pentes adoucies du Citarion on arrive bientôt à Vodéna. Il n y a dans Tintervalle aucune trace d'antiquités, ni rien qui rappelle une ville antique, et la plaine, riche et bien cultivée, est couverte uniformément de villages bulgares, cachés au milieu des arbres. Le plateau de Vodéna, haut de 120 à 150 pieds, coupé à pic sur trois côtés, adossé aux contre-forts de deux hautes montagnes, dont les pentes s'abaissent, et livrent passage aux eaux réunies de plusieurs lacs, est peut-être le plus magnifique plateau qui ait porté une ville ; c'est Templacemetit de Tancienne iEges ou Edesse, première capitale de TEmathie et de la Macédoine. On a voulu faire d^^ges ou d'Edessedeux villes différentes, dont Tune, yEges, plus ancienne, aurait possédé les tombeaux des rois, l'autre, Edesse, aurait eu les Téménides pour auteurs. Mais dans tous les écrivains qui parlent d'iEges, les termes employés s'accordent parfaitement avec Edesse, et il n'est pas un seul témoignage qui n'admette cette interprétation. Quant à la ville d'iEgée, dont parlent Ptolémée ^ et Théophraste *, ces deux auteurs ne suffisent pas à nous convaincre de son existence. Ptolémée ne donne qu'un nom, et on ne sait ce qui vaut le mieux d'y voir une nléprise ou un double emploi, ou bien, avec l'Anthologie ^^ une ville nouvelle, que Kiepert place dans l'Eordée près de Bérée. Nous ne croyons pas à l'existence d'iEgée, et nous pensons que la ville d'iEganée (Alyavi/î), citée dans TAnthologie, pourrait bien n'être autre chose qu'^Eginium. Quoi qu'il en soit, Edesse et ^Eges ne font qu'une seule ville \ et cette ville était bien située à Vodéna.
Cependant la ville ancienne n'était pas située sur le pla-
1 ptol. III. 13. p. 94. * Lequien. Or. Christ, II. 79. —
2 Theophr. Hist. plant. VI. 8. 12. Steph. 253.
3 Anthol. J!:pU. VII. 390. ,
teau, et commençait au-dessous de la dernière cascade, pour se continuer en plaine jusqu'à la rivière, dite rivière de Vodéna. On y remarque au milieu de nombreux fragments et débris antiques douze inscri[)tions recueillies par M. de la Coulonche, et quelques ruines importantes. La fontaine du Miroir était ainsi appelée d'un caisson corinthien, qui y était encastré ; des colonnes simples et bien sculptées se voient dans deux églises. Cousinéry a révélé le premier près du Vodéna un torse de cheval de dimensions colossales, et d'un très-bon style. Les faubourgs d'Edesse s'étendaient au sud et à Test au delà de la rivière ; le théâtre, près duquel Philippe fut assassiné \ était adossé à l'acropole : on n'en voit pas de traces, non plus que des temples d'Hercule Arétès, deBacchusPseudanor, de Jupiter Olympien et Hypsistus, dont la ville était ornée. Les tombeaux des rois, situés probablement au sud-est sur la route d'Edesse à Gyrrhus, le long de la voie Egnatia, furent pillés cinquante ans après la mort d'Alexandre par les Gaulois de la suite de Pyrrhus, et il n'en reste aucun vestige *.
Le Vodéna est grossi considérablement par les six cascades du plateau d'Edesse, mais il est formé originairement par le canal d'écoulement qui part du lac de Telovo. Depuis la frontière de l'Eordée jusqu'à Edesse, le lac et le cours d*eau sont suivis à peu près constamment par la voie Egnatia, dont quelques parties se reconnaissent encore. La première ville de cette vallée devait être Eubéa ou Lébéa, où les Téménides, fuyant d'Argos, arrivèrent tout d'abord. Ils s'y mirent au service du roi, dit Hérodote ® ; probablement ce roi était celui des Eordéens, alors dominants. Eubéa fut bâtie près d'Edesse^ après la guerre de Troie, parlesAbantes
1 Diod. XVI. 91. — Corn. Nep. In — M. de la Goulonche. Rev, des soc, regib sav, IV. 649-661.
2 Ihid. XXII. 42. - Plut. Pyrrh. s Hérod. VIII. 137
de TEubée, qui, jetés en lUyrie parla tempête, essayaient de regagner leur patrie à travers la Macédoine \ En l'absence de tout indice d'antiquités au sud d'Edesse, on peut avec vraisemblance placer Eubéa à Vladova. Au nord de ce village M. de la Coulonche signale * un mamelon isolé, couvert de débris de tuiles et d'anciennes fortifications, et portant le nom de Phylo-Gastro. II croit les ruines byzantines, mais il ajoute aussitôt que remplacement a dû être fortifié dans la plus haute antiquité. Ce mamelon commandait le passage d'Edesse en Eordée et en Pélagonie ; le nom de Phylo-Gastro indique un poste militaire, une petite place forte. Nous y verrions volontiers Tyrissa (Thyrissa?) placée parPtolémée* en Emathie, à la suite des Lyncestes, et mentionnée par Pline \ Malgré son voisinage, comme ce n'était qu'une forteresse, un 'itoX(;)(^viov, elle ne pouvait pas gêner les Abantes établis à Eubéa, et elle les défendait utilement contre les invasions des tribus péoniennes.
En suivant à Test d'Edesse la voie Egnatia, au pied des collines- de Dragamantsi, on passe le Rhoidias (Tcherna- Riêka) au-dessous d'Europus, et on entre dans la Gyrrhestide, canton de l'Emathie qui tire son nom de la ville de Cyrrhus. Enclavée entre les collines de Jannitza au sud, le montPaïk à l'est, le Moglénitiko au nord, la Cyrrhestide est ouverte seulement à Touest, vers la plaine du Vodéna. Le torrent de Paléo-Castro, qui arrose son territoire, se jette dans le Rhoidias un peu au-dessus de son confluent avec le Vodéna; il doit son origine à la source d'Obahr, remarquable pour l'abondance et la pureté de ses eaux^. Les anciens voyaient dans cette source une dérivation de TAxius,
1 Strab. X. c. i. § 15. p. 386. » Serait-ce la fontaine ^Ea ? U fau-
* M. de la Coulonche. Hev. des soc. drait alors reporter plus au nord les sav, IV. 782. villes d'Amydon et d'Europus de
8 Ptol, III. 13. p. 94. l'Axlus.
* Plin. IV. 17.
et elle portait au Borboros limen^ son plus grand volume d'eau. Ainsi le Borboros limen se trouvait alimenté à Test par les infiltrations de TAxius à travers la masse du Païk, et au nord-est par jes infiltrations de TEordaïcus et le trop plein du lacd'Ostrovo, arrêtés dans leur pente vers TErigon par la masse du mont Bora (Nidsche) 2.
Le Paléo-Castro qui donne son nom au torrent est probablement Gyrrhus, et l'emplacement d'une ancienne église y peut répondre au temple de Minerve Cyrrhestide, l'un de ceux dont Alexandre avait projeté l'agrandissement*. Thucydide dit positivement que l'Axius coule à gauche de Pella et de Cyrrhus*; par conséquent Cyrrhus est sur la même rive que Pella. Nous voyons que dans l'itinéraire de Jérusalem Gyrrhus porte le nom corrompu de Scurio, et il y avait un relais (mutatio)^. Procope nous apprend que JustinienPMa fit rebâtir, et les fortifications qui subsistent, c'est-à-dire les dernières en date, coïncident pour le style avec le règne de ce prince*. La distance, à mi-route d'Edesse et de Pella, s'y rapporte également, et sa position sur un îlot isolé au milieu de la plaine peut seule convenir à Cyrrhus. Plus à Test, et près du village de Cassolahri, est un lieu nommé Madené; il y avait des mines d'argent, probablement exploitées par' les Macédoniens. On y voit de nombreuses traces de fouilles, et des fragments de poteries qui révèlent l'emplacement d'une ville; il est probable que cette ville était celle de MandarôQ, placée par Etienne de Byzance' dans la Cyrrhestide, et dont il a seul fait mention.
Aux environs de Mandarœ le mont Païk se divise en trois ramifications ; la première et la plus importante longe
1 Strab. VIL Fragm. 20. 23. p. 277. * Thucyd. II. 100. 278. « Itin. Hieros.
2 M. Viquesnel. Mém, de la Soc. de « Procop. De œdif. III. 280. géol. 2e série. I. 254. 7 steph. 440.
3 Diod. XVIII. 4. ^
338 GÉOGRAPHIE ANGlENIfE DE LA MACÉDOINE.
rAxius, et continue la chaîne principale au sud jusqu'au \illage d'Yaeladjick; la seconde se dirige au sud-ouest, et expire sur les bords du Borboros limen : ce sont les collines d'Allah-Kilissa; la troisième se dirige à Touest et expire sur le Vodéna : ce sont les montagnes de Jannitza. La voie Egnaiia, sortant de Paléo-Castro, coupait les montagnes de Jannitza, longeait les collines d'Allah-Kilissa, en passant près de Jannitza, et arrivait à Pella, qu'elle traversait tout entière. Peu de villes aussi importantes et aussi riches de souvenirs ont laissé moins de traces de leur existence. Cependant il est certain qu'Allah-Kilissa, et en face de ce village la colline d'Hagious Apostolous, répondent à l'emplacement de Pella; Jannitza ou Jannitza-Vardar ;est une ville bulgare, et les antiquités qu'on y trouve, comme dans plus de vingt villages environnants, proviennent des débris de la grande cité macédonienne.
Pella, qui doit peut-être son nom à son sol pierreux (itiXaç, pierre en langage macédonien), s'appelait anciennement Bounomos ouBonnomîa*. Sa situation était très-heureuse : bâtie sur une colline au couchant d'hiver, elle était protégée par des marais profonds et infranchissables, dus aux débordements du lac Borboros. Elle apparaissait comme une lie au milieu de ces marais; une muraille élevée sur une chaussée, d'un travail immense, la mettait à Tabri des inondations. De loin, le rempart paraissait joint à la ville, mais un canal intérieur l'isolait, êi la ville s'accédait par un pont. Ainsi, impénétrable à l'ennemi an dehors, à Tintérieur elle ne laissait aucun moyen de fuir à ceux que les rois y retenaient prisonniers*. Obscure et sans gloire jusqu'au quatrième siècle avant Jésus-Ghrist% Pella fut une des résidences d'Amyntas lY; cependant elle dut sa fortune à
1 Steph. 540. 8 Dem. Pro cor.
« Liv. XLIV. 25. 46.
Philippe, qui y avait été élevé, et elle grandit encore sous le règne d'Alexandre \ Peut-être'néantnoins le canal intérieur qui rendait la ville accessible aux vaisseaux est-il l'ouvrage d'ArchélaûsP^ ; il est certain du moins qu'il existait lors de la seconde ambassade d'Eschine, en 346*.
Pella fut la capitale de la Macédoine depuis Philippe jusqu'à Toccupation romaine, et les rois antigonides y résidèrent habituellement. Démétrius y était malade pendant que Pyrrhus pillait Edesse; il y faisait construire une partie des galères qui , par le Borboros limen el par le Ludias^ devaient le transporter en Asie. Philippe, fils de Démétrius II, y reçut (190) Tib. Gracchus, envoyé de L. Scipion, et y fît tout préparer pour le passage de Farmée romaine à travers la Macédoine. Dès le surlendemain de la bataille de Pydna; Pella se rendit aux Romains*, et Paul-Émjle, qui admira beaucoup sa position, parait avoir campé avec ses légions sur les bords du lac, entre le Konikovo, seul affluent du lac à l'est, et le village d'Iénikeui. Persée, parti de Pella pendant la nuit, avait eu le temps de passer TAxius avant le jour*. Paul-Émile y repassa cinq jours après son départ d'Amphipohs\ et, dans la division du pays en districts, elle devint la capitale de la troisième région^. Elle fat dans, la période républicaine Tune des plus illustres villes de la Macédoine'', mais sa prospérité s'évanouit sous les empereurs. Elle est encore quaUfiée colonie par Pline*, et c'était une des stations de la voie Egnatia* : elle n'en était pas plus florissante. Dion Chrysostôme et Lucien parlent de ses ruines, qui couvrent les plaines environnantes, comihe le ferait un voyageur du temps présent, et les témoignages qui
1 Pomp. Mêla. II. 3. — Strab. VII. » Liv. XLV. 53. • Fragm, 23. « Liv. XLV. 50.
2 Vatry. Acad. insc. l^e série. XIV. "^ Scymn. Ch. V. 625. 205. 8 piin. IV, 17.
3 Liv. XXXVII. 7. 9 Itin. Ant.
* Liv. XLIV. 43.
s'y rapportent sont de pure érudition à partir du troisième siècle après Jésus-Christ.
Pella fut établie d'abord à Allah-Kilissa, etc'est sur cette colline que sa première citadelle fut construite. La ville haute y était comprise tout entière, et la voie Egnatia la traversait. On a pu y placer avec vraisemblance (maison du Soubachi) un temple de Diane Gazoritide, dont le culte existait aussi à Scydra. Au sud-est, le long de la roule, sur une étendue de 2 kilomètres, on reconnaît six tumulus, dont un seul a été fouillé; M. de la Goulonche les donne aux nobles Macédoniens qui vivaient à la cour des rois, et il en allègue pour raison que Cassandre célèbre encore à Mges * les funérailles d'Arrhidée et d'Eurydice. Sans doute, mais les Gaulois de Pyrrhus n'avaient pas encore violé les tombes royales. Cette profanation n'était pas de bon augure pour les Antigonides, qui, d'ailleurs, ne résidèrent pas à Edesse, et, lorsque Alexandre lui-même reposait à Alexandrie, on ne voit pas pour quel motif ils auraient conservé un usage gênant, qui n'avait pas mis les cendres de leurs prédécesseurs à l'abri d'un sacrilège. En l'absence de preuves contraires, il est donc au moins permis de croire que quel- ,ques Antigonides ont pu avoir à Pella leur sépulture, et comme un seul tumulus a été fouillé, c'est un puissant attrait pour explorer les autres. On peut regretter que M. L. Heuzey, qui a été si heureux aux environs dePydna, n'ait pas entrepris à Pella le même travail.
Le canal intérieur [intermuralis amnis), entouré d'un rempart, séparait la ville haute delà seconde citadelle, fondée par Philippe sur la colline d'Hagious Apostolous : c'est là que Philippe reçut la nuit les ambassadeurs athéniens. Le temple de Minerve Alcidès et le théâtre y étaient
1 DIod. XIX. 52.
renfermés, ainsi que le palais de Philippe S habité par ses successeurs [quiescerem et patereVy donec Pellam et in regiam meam..,^), le trésor royal, et la prison des criminels d'Etal. C'est la citadelle que décrit Tite-Live, jointe à la \ille par un pont, et l'église d'Hagious Apostolous, construite sur l'emplacement du temple de Minerve Alcidès, nous rappelle par son nom que saint Paul y prêcha. Au midi des deux collines, entre le lac et le Konikovo, s'étendait la \ille basse, protégée elle-même par une enceinte. Elle est encore remplie de débris de toutes sortes, et on y trouve souvent des médailles autonomes, et des médailles de l'époque romaine, où Pella figure comme colonie. Pella avait encore un temple de Bacchus Pseudanor comme à Edesse, des templesde Pan, des Cabires, un temple de Jupiter, oii Séleucus offrit un sacrifice avant de partir pour l'Asie avec Alexandre. Des inscriptions et des médailles constatent l'existence de ces temples, et du culte des Bacchantes, que nous retrouverons Philippes, et qui est profondément macédonien.
Les principales antiquités trouvées à AUah-Kihssa sont une statue de femme, d'un assez bon style, que l'on croit être Diane Gazoritide ; des stèles en forme de colonnes ; des fragments de vase en porphyre vert% qui étaient une des industries de Pella. On voit à Jannitza des colonnes monolithes en marbre blanc; entre Jannitza et Pella un tumulus à deux sommets, comme à Pergame en Asie ; à Bagnia, un aqueduc, un réservoir romain alimenté par une source qui est tiède dans la saison froide. Près de Bagnia étaient les magnifiques haras établis par Philippe et entretenus par les rois ses successeurs*, et ensuite par les Romains au moinsjusqu'au second siècle après Jésus-Christ. Le recen-
1 Esch. Disc, sur l^amb. » Liv. XLV. 33.
î Liv. XLII. 41. * Strab. XVI. c. ii. § 10. p. 640.
sèment des troupes se faisait à l'est, sur les derniers plateaux du Païk, et on y célébrait les Xanthiques \ sorte de purification deTarmée. On a trouvé sur ces deux plateaux, entre Jes deux villages de Kofalovo, une inscription rappelant le culte des Gabires, et un sarcophage romain.
Le port de Pella était le lac Borboros tout entier, d'où on opérait le débarquement à droite et à gauche sur les quais du canal intérieur. Mais ce canal intérieur s'accédaitil au sud de Pella, comme le pense M. de la Coulonche, ou bien au nord, au delà de la colline dUagious Apostolous, comme le pense Cousinéry ? Tout d'abord il semble naturel de croire qu il s'accédait au sud : c'est plus direct, et cela permettait au canal de desservir la ville basse, protégée ellemême par un mur d'enceinte. Mais on voit des traces d'une escale à l'ouest, près d'Iénikeui, et dans les basses eaux, on aperçoit, vers l'extrémité nord-ouest du lac, des pierres énormes qui semblent avoir appartenu à un quai^. Nous .pensons que le canal intérieur a dû avoir deux ouvertures, l'une au sud-ouest, par laquelle les vaisseaux arrivaient, Tautre au nord-ouest, par où ils s'en retournaient, et le canal d'écoulement qui porte dans le lac au moyen d'un aqueduc les eaux de Bagnia pourrait correspondre à cette seconde issue. On sera encore plus tenté de se rattacher à cette opinion, que rien ne contredit, et qui n'est pas dénuée absolument de preuves matérielles, si on observe quel parti les rois pouvaient tirer de cette double issue pour la défense ou pour la fuite.
Pella est placée par la plupart des auteurs anciens dans^ la Bottiée, sur la partie qui borde la mer^ et cependant nous n'avons pas hésité à la laisser dans l'Emathio. C'est qu'en effet la Bottiée n'est pas véritablement une province
1 Llv. XL. 7. - Q. Curt. X. 9. 12. 3 Hérod. VIL 123. - Thucyd. II.
« Cousinéry. Voy. en Mac, h 65. 99.
qui ait sa vie à paf t et son histoire, mais un district abandonné promptement par ses premiers possesseurs. Tant que les Bottiéens restèrent les maîtres de leur pays, cette tribu, d'origine thrace> fut confondue avec les Piériens, et la Piérie s'étendit jusqu'à TEchédorus. Mais lorsque les rois de Macédoine eurent forcé les Bottiéens à fuir en Chalcidice, et pénétré au sud jusqu'à i'Haliacmon, la Piérie ne dépassa plus ce fleuve, et la Bottiée> devenue macédonienne, fut comprise dans l'Emathie. C'est au même titre et comme canton, qu'il faut y comprendre la Cyrrhestide. La Bottiée avait elle-même quelques noms particuliers, tels que richnaiô ou Ichnitide, appelée aussi StcIvov Xwpiov, entre TAxius et le Ludias ; l'Aloritide, autour d'Alorus; la Nésos, partie de l'Aloritide, entre I'Haliacmon, le Ludias et leBorboros limen. Le nom romain de Campania est encore donné de nos jours à toute la plaine basse entre l'Axius et I'Haliacmon.
Le torrent de Konikovo n'a pas d'équivalent dans la géographie ancienne ; sur sa rive gauche, et presque au coude du Borboros, le village de Messer-Baba est l'emplacement d'Ichnœ. Une éminence artificielle et d'anciennes fondations permettent de le supposer, sans qu'on puisse toutefois rien induire de descriptions indéchiffrables et de ruines qui peut-être viennent de Pella. IchûseS appelée Achnœ par Eratosthène, était en Bottiée, sur la côte* ; on y adorait Thémis Ichnéenne, que Jupiter y surprit en la suivant à la trace % allégorie ingénieuse' pour montrer la justice qui s'attache aux coupables. Sans doute, ce culte y fut importé par les colonies Cretoises, dont Botton était le chef. L'Ichnitide, qui formait son territoire, était fertile, mais assez étroite, et, avant la splendeur de Pella, cette
1 Hérod. Vil. 123. s Steph. 340. .
2 Plin. IV. 17. ^ ""'
ville, sous le nom de Bounomos, y était renfermée. La ville de Dicseopolis, indiquée par les itinéraires, est probablement Ichnse.
Le Borboros limen, appelé par Strabon lac Ludias, et formé par les cours d'eau de l'Emathie, a pour canal d'écoulement le Ludias (Kara-Asmak, ou Mavronéro) qui se jetait anciennement dans THaliacmon, et se jette présentement dans TAxius. C'est par le Ludias que les vaisseaux remontaient jusqu'à Pella, située à 120 stades de la mer (22^ii.,200). L'Aloritide, à Touest, s'étendait entre le lac Ludias et THaliacmon ; Strabon et son abréviateur la donnent à la Bottiée, et la ville de Bottéa (Kopsokhori), située près de THaliacmon, donne de la consistance à leur témoignage. On y trouvait Alorus, qui correspond probablement àClidi; Icaris*, colonie Cretoise, près d'Alorus, que Ton peut placer dans la Nésos à Paléa-Ifliora, et Bottéa, autre colonie Cretoise, sans doute fondée par Botton, et dont remplacement pouvait être à Kopsokhori. Dans cette plaine, si souvent bouleversée par THaliacmon et par le Ludias, où les alluvions ont enseveli presque complètement les arches des ponts, où les fleuves ont changé leur cours, où les atterrissements ont augmenté retendue du littoral, il est fort difficile de rien préciser. Le pays était très-fertile ; Ptolémée, fils naturel d'Amyntas IV, y avait de grands biens, qui sans doute furent recueillis après sa mort par les rois de Macédoine. Les rois continuèrent en effet d'avoir de riches domaines dans TAloritide, et lors de l'invasion romaine ils les possédaient encore; le sel y [était abondant et leur donnait de beaux revenus. Aux deux frontières de la Piérie et du territoire de Bérée, la route de Dium à Bérée avait les deux relais d'Acerdos et d'Arulos. Une autre
1 Pomp. Mêla. IL 3.
route partait de Bottéa (Kopsokhori) pour se rendre à Pella et à Thessalonique.
Il ne faut chercher sur le littoral entre TAxius et THaliacmon aucun établissement ancien autre qu'Alorus. Si nous repassons le Ludias, en suivant la route de Dium à Pella, nous retrouvons au village d'Yaeladjick la voie Egnatia, et au passage de PAxius, qui en est proche, le relais appelé par les itinéraires Géphyra. L'Axius a aussi changé son cours : sur son ancien lit, et présentement à 6 kilomètres de la mer, est le village de Kolakia; au-dessous de ce village était située la petite ville de Clialastre \ appelée aussi Chaladra et Canastra, et située sur le golfe Thermaïque ^. C'est la première ville macédonienne qu'on rencontrait en venant de Grèce, avant Therma, située plus à Test. Lycophron s'en est servi pour désigner la Macédoine elle-même * ; il appelle Alexandre, qui réunit les deux races épirote et macédonienne, le lion de Thesprolie et de Charadra *. Chalastre, dit Hérodote, était sur TAxius, qui sépare la Mygdonie de la Bottiée*; un chalastréen, Limnus, conspira contre Alexandre ^ Après la mort de ce prince, Ghalastre n'était plus qu'un bourg, dont Gassandre transporta les habitants à Thessalonique, avec ceux des bourgs voisins \ L'Axius avait alors son embouchure entre Ghalastre et Therma ; par conséquent il faut placer Ghalastre à droite de l'ancien lit. Une partie des Ghalestréens revint habiter leur ancienne patrie ; un fragment de Diodore nous apprend en effet que Persée s'empara de la petite ville de Ghalestre (XàTveorpov To uoWjjiàTt.ov), et en passa les habitants au fil de Tépée ^ Nous ne voyons pas à quelle époque de son règne cet événement peut se rapporter, ni pourquoi Ghalestre ou Gha-
< Cousinéry. I. 62. s Hérod. VII. 123.
8 Plin. IV. 17. — Tzetzes. Ap, « Plut. Alex, 49.
8 Lycophr. V. 1440. — Steph. 710. 7 strab. VIL Fragm. 24. p. 278.
* Holst. Ap, Steph. vo roXà^pa. 8 Diod. XXX. Fragm. 4.
lastre se serait révoltée, et ce passage, qui est isolé, demeure pour nous sans explication. La petite anse à l'est de TAxius nous parait avoir été le golfe de Ghalastre ; il était alors à Touest du fleuve, et certainement plus considérable. Ainsi l'ancien port de Ghalastre, comme l'ancien port de Pydna, se trouve en partie comblé. .
Nous venons de voir qu'Hérodote donne l'Axius pour frontière commune à la Mygdonie et à laBottiéo K Gela prouve qu*il comprend dans la iMygdonie.l'Amphaxitide. Cependant, même en l'expliquant ainsi, nous n'admettons pas absolument, et sans restriction, le témoignage du père de l'histoire, et nous croyons que cette limite doit être reportée au cours de l'Echédorus, au moins pour la partie quiavoisine le littoral. La vallée même de l'Axius, qui nous reste à décrire, le prouve incontestablement. En effet, depuis la ville d'Almana, sur la frontière des Pélagoniens, TAxius, resserré entre le mont Païk à l'ouest, et les prolongements du Vélitz-Dagh à Test, coule à peu près verticalement dans une vallée étroite; les anciens nous y indiquent cinq localités appartenant toutes à l'Emathie, et dont la dernière est le pont de TAxius, répondant au relais de Géphyra. Ainsi jusqu'à ce point on est certain que l'Emathie* avait pour limites les prolongements du Velitz-Dagh, et que l'Axius lui appartenait pour ses deux rives. A partir de Géphyra nous trouvons le territoire de Ghalastre : il n'est pas probable, du moins aussi longtemps que Ghalastre fut prospère, que son territoire n'ait pas dépassé l'Axius, dont elle n'était distante que d'un kilomètre, et il est plus naiurel de supposer qu'il s'étendait au naoins jusqu'à l'Echédorus, c'est-à-dire à 4 ou 5 kilomètres plus loin ; cela laisse encore assez de marge pour le territoire de Therma. Plus tard sans
1 Hérod. VII. 123.
doute, après la régénération opérée par Cassandre, Therma, devenue Thessalonique, s'étendit jusqu'à TAxins; mais il n'y avait plus alors ni port de Ghalastre, ni Botliée, et cet état de choses est très-postérieur à Hérodote.
Le poqt en bois de TAxius parait avoir subsisté de tout temps : c'est de ce pont que Démétrius Poliorcète jetait dans le fleuve les requêtes de ses sujets. La ^oie Egnatia le traversait, et les routes de Vodénaet d'YénitscharàSaloniki s'y croisent encore de nos jours. La voie Egnatia y avait un relais, celui de Géphyra. En remontant le fleuve à la hauteur de Jannitza, et au confluent de TAxins avec le Gumendsche, près du village de Basadschi, était située Europus de TAxius, ainsi appelée, dit Etienne de Byzance, par Europus, fils de Macédon et d'Orithye, fille de Cécrops ^ Sitalcès ne put se rendre maître de cette ville % qui est encore citée par Plineet par Ptolémée\ Entre cette Europus et le pont de l'Axius était situé un lieu fortifié, appelé Amydon par Homère et Abydon par Strabon *. Il vint au secours de Troie, dit Homère, des Péoniens de la ville d'Amydon, et des bords du large Axius ^ Près d'Aiïiydon était la fontaine iEa ^ qui mêlait ses eaux limpides aux eaux troubles du fleuve. On ignore leur position exacte. Au-dessus d'Europus trois villes se succédaient, toutes d'origine Cretoise, et toutes prises par Sitalcès'' : Atalante, peut-être la même qu'Allantion * ; Gordenia, appelée aussi Gordynies etGortyne^; Idomène^^ immédiatement au-dessous d'Almana;et conquise la première, lorsque les Thraces s'élancèrent du pays élevé de Dobérus dans la Macédoine inférieure, où Perdiccas régnait ^\ Nous ne pouvons pas pré"
1 Steph. 280. 7 Thucyd. ÎI. 100. - Steph. 64.
1 Thucyd. II. 100. « Plin. IV. 17.
3 Plin. IV. 17.— Ptol. m. 13. p. 94. » Ptol. III. 13. - Plin. IV. 17.
* Strab. VII. Fragm, 20. p. 277. ^o /d. ihid. — Steph. 253.
» Iliad. II. 849. 11 Thucyd. II. 99.
6 Strab. VU. Fragm. 20.
ciser davantage quel était remplacement de toutes ces villes, étagées le long deTAxins sur 70 kilomètres environ. La ville de Galadrse était située dans la Piérie macédonienne ; elle devait son nom à Galadrus, fîls d'Emathius ; il y avait aussi un mont Galadrus, et Polybe appejait Galadrèques ses habitants. Faut-il rapporter ce passage à Chalastre \ appelée aussi Charadra, ou bien placer avec Scylax * cette ville dans la presqu'île d'Acte, entre Acrathoi et Olophyxus? Gomme il est aussi parlé d'une ville d'Emathia dans l'Acte, en face de Thasos, nous croyons que Galadrge située dans la Piérie macédonienne est bien Chalastre, et que les autres détails se rapportent à la ville actéenne de Gharadries, que nous citerons en son lieu. Etienne de Byzance ' donne aussi à la Macédoine un bourg du nom de Gadara, dont nous ignorons la position. Si on voulait à toute force que Galadrae ne fût pas Gharadries ou Chalastre, on pourrait la placer sur le versant occidental des monts Piériens, entre Vallae et Phylacé, où il y a un Paléo-Castro. On retrouve ce nom de Galadrae dans la tribu dardanienne des Galabri.
*. Mygdonle.
La Mygdonie est une partie de la Macédoine*. Elle avait pour limites à l'ouest le prolongement du Yélitz-Dagh, qui la séparait derEmathie;'au sud, le col et le lac deLangasa, le lac de Bolbé (lac de Betschik) et TAulon, quila séparaient de la presqu'île de Chalcidice ; au sud-est et à Test le mont Gercine (monts de Gumendsche et de Lahana), qui la séparait de la Piérie de Thrace, de la Bisaltie, et du pays des Sintes; au nord, le montTchengel, qui la séparait des
1 Steph. 195. 8 Steph. 192.
« Scyl. 66; * Ibid. 472.
Mœdes et des iEslréens de la Tripolide Péonienne. Elle avait probablement embrassé aux premiers temps la Chalcidice tout entière, et des établissements situés dans Tun et dans l'autre pays appartiennent aux mêmes peuples; cependant elle demeura dans les derniers temps presque étrangère à la civilisation importée dans la Chalcidice par les colonies grecques, et pendant que les villes se multipliaient riches et florissantes sur les côtes très-découpées de la vaste péninsule, aucune ville des Mygdoniens ne parait avoir brillé d'un grand éclat. Hydrographiquement elle répond au bassin de TEchédorus, et aux affluents septentrionaux des deux lacs de Bolbé et de Langasa.
Un petit canton de la Mygdonie, la Crestonie, ou territoire de Crestone (ainsi appelée d'un certain Grestus, dit Etienne de Byzance)*, était voisine desBisaltes, qui eurent quelque temps les mêmes rois que les Crestoniens^. Crestone, sa ville unique, était habitée par les débris des Pélasges Tyrrhéniens, et avait conservé le langage barbare des tribus asiatiques de la Propontide\ Elle se trouvait sur la route de Bolbé à Therma, et par conséquent sur le passage des Perses, à cause de l'étendue de terrain occupée par leur immense armée* : elle fut aussi ravagée par Sitalcès*. Elle nous semble répondre pour sa position à Likovan, situé près du col de ce nom sur un affluent de l'Echédorus (Gallico), à proximité des Bisaltes. Nous ne pouvons admettre avec Kiepert® qu'elle ait existé aux abords du lac de Langasa. En effet, Hérodote nous apprend que, du temps de Xerxès, les Bisaltes et les Crestoniens avaient le même roi; si la Crestonie était située près du lac de Langasa, entre ce lacet Therma, il faut nécessairement ou que les Mygdo-
i Steph.214. * Hérod. VII. 424.
« Hérod. VIII. 146. » Thucyd. II. 99.
8 /d. 1 57. 6 Kiep. Thess. Epeiros.
niens aient subi le joug comme les Crestoniens, ce qu Hérodote ne dit pas, ou que les Bisaltes aient coupé la Mygdonie en deux pour s'étendre jusque-là. C'est d'autant moins vraisemblable, qu'avant l'invasion des Perses les Témériides avaient chassé de la Mygdonie les Edoniens, et les avaient rejetés au delà du Strymon \ et que nous voyons cinquante ans plus tard Perdicas II établir les Bottiéens et les Chalcidiens dans ses domaines autour du lac de Bolbé». Crestone doit donc être reportée sur les frontières de la Bisaltie, et comme on connaît deux ou Jrois villes qu*il faut vraisemblablement placer entre elle et le lac de Bolbé, on ne peut lui assigner un emplacement plus probable que celui de Likovan.
C'est pour des raisons de même nature que nous placerons Xylopolis^ à Lahana. Cette ville, qui n'est pas nommée dans les siècles précédents, est mentionnée au temps des empereurs, et elle jouit de Tautonomie*. Elle devait être située dans les montagnes, et fournir aux Romains des bois de construction. Kiepert la place de même aux environs du mont Cerciue'. Lété est placée à Soho par Cousinéry, mal à propos selon nous, car c'est une ville mygdonienne, et Soho se trouve au delà du mont Cercine, sur le versant habité par les'Bisaltes. Nous ne lui assignons pas davantage l'emplacement donné par Leake sur les bords du lac de Mavrovo; nous préférons conserver cette position pour Physca, où les Eordéens se réfugièrent lorsqu'ils furent expulsés de leur pays par les rois de Macédoine®. Lété, située à l'intérieur, était une ville importante, et nous en avons des médailles; elle tirait son nom d'un temple de Latone'', qui y était construit : la position donnée par Banville à Anthémus% au nord
i Thucyd. II. 99. 8 Kiep. Thess. Epeiros,
2 Id. I. 58. 6 Thucyd. II. 99.
8 Ptol. m. 13. p. 94. 7 sieph. 420.
♦ Plin. IV. 17. « Danv. Géogr.ant. Gr. tab.
du lac de Langasa, sur le principal affluent de ce lac, et au centre de la Mygdonie, lui convient très-bien. Nous croyons volontiers avec Etienne de Byzance* qu'il y avait une .ville de Bolbé, et que cette ville de Bolbé devait être située sur les bords du lac de ce nom (lac de Betschik) % et nous la plaçons avec Leake à Besikia, mais nous mettons Pbysca^, appelée aussi Physcus, sur le lac de Mavrovo, parce que les Eordéens s'y trouvaient à Textrémilé des possessions des Macédoniens, leurs ennemis, et à portée de fuir encore, si on continuait de les poursuivre. Nous voyons en effet que quelques-uns se retirèrent jusque dans la Piérie de Thrace ; la position que nous donnons à Physca était sur leur route, et concorde avec la direction qu'ils ont suivie dans leur émigration. Au nord du lac de Mavrovo, et près du lac de Bolbé (lac de Betschik) étaient des mines d'argent*, qu'il ne faut pas confondre avec celles situées en Chalcidice au sud de Stagire, et exploitées par Alexandre P^ La carte de Kiepert place encore^ Terpyllus sur la rivière de Lahana, et Carabia sur la rive gauche de TEchédorus ; nous n'avons aucune raison de contester ou d'accepter ces indications.
Après Stobi, ville libre et autonome, Pline cite Antigonée^ puis Europusde TAxius. Cette Anligonée, placée par Ptolémée en Mygdonie \ n'est pas celle située sur la rive droite de TAxius, près de Démir-Kapou, et indiquée par les itinéraires; il faut au contraire la placer sur la rive gauche et aussi près que possible des frontières de la Mygdonie, pour les protéger contre les incursions des Msedes. Toutes les villes fondées par les Antigonides ont un but de défense ; c'est une raison pour placer Antigonée sur le haut Echédorus, où Kiepert a placé Physca. Au-dessous de cette ville
1 Steph. 473. » Kiep. Thess. Epeiros.
« Hérod. VU. 124. 6 pun, iv. 17.
8 Thucyd. II. Ô9. - Steph. 707. » Ptol, III. 45. p. H, * Ptol. III. 13. p. 94.
se trouvait le relais de Gallicum, sur la roule de Scupi à Thessalonique, et probablement au centre de ces colonies gauloises établies par Philippe, père de Persée : nous lui conservons la position donnée par Leake\ Galindéa, ou Alindéa, pourrait être au sud de Lété% près de Textrémité ouest du lac de Langasa. Holstein rappelle à propos des Alindéens une monnaie avec les attributs d'Hercule (massue, couronne de peuplier)\ Philéros, située à l'intérieur des terres \ après Lé té, au fond du golfe Thermaïque, entre Thessalonique et Chalastre, était quelque part le long de TEchédorus, au sud de Gallicum. Bérus^ était peut-être sur les bords mêmes du lac de Langasa ; il en est de même de Tirsae, à qui une des femmes du fils de Mygdon a dû laisser son nom ^
Il n'est pas besoin d'avertir que les positions données aux villes de Mygdonie sont toutes plus ou moins conjecturales. Cette ^partie de la Macédoine n'a pas encore été explorée assez attentivement pour suppléer à l'absence ou à rinsuCfisance des témoignages. Saut* deux ou trois emplacements visités par Cousinéry dans le nord-est, on n'a pas même constaté des ruines.
Chaloidlee.
Nous comprenons sous le nom de Chalcidice toute la contrée baignée à Touest par le golfe Thermaïque, au sud par la mer Egée, à Test par le golfe Strymonique, et bornée au nord par le mont Cercine, et les lacs de Bolbé et de Langasa, qui la séparent de la Piérie de Thrace et de la Mygdonie.
1 Leake. Map of norlh Gr, 4 pjjn iv 17
8 Holsl. Ap. Steph. 26. 6 steph. 657.
Elle compte environ 90 kilomètres de l'ouest à Test, depuis le cap -^neum jusqu'à T.entrée du golfe d'Acanthe, et 120 kilomètres du nord-ouest au sud-est, depuis les bouches de TEchédorus jusqu'au cap Nympheeum, à l'extrémité de la presqu'île d'Acte. La partie septentrionale, renflée à l'ouest, échancrée à l'est, mais toute d'un bloc, constitue à proprement parler la Chalcidice ; la partie méridionale se compose de trois presqu'îles parallèles, séparées par les grands golfes Toronaïque et Singitique, et qui s'appellent Pallène, Sithonie et Acte: telle est la division physique. La division politique est plus compliquée. L'Amphaxitide s'étend entre les deux golfes Thermaïque et Strymonique, au sud des lacs de Langasa et de Bolbé, depuis les bouches de TEchédorus jusqu'à l'Aulon, qui sert au lac de Bolbé de canal d'écoulement ; elle doit son nom au voisinage de l'Axius. L'Anthé- 'monte (vallée de l'Anthémus), la Crosséa (vallée du Réchius) et la presqu'île de Pallène se partagent la côte occidentale: la Bottique est comprise dans la Crosséa. Au sud, la Paraxia (contrée au delà de l'Axius) (peut-être Paramphaxia?) comprend les petites vallées (ie l'Olynthius et de l'Amnias, la vallée inférieure du Chabrius et la presqu'île de Sithonie ; au centre et à Test, la Chalcidice proprement dite embrasse la vallée du Chabrius, le plus grand cours d'eau de toute la région, celle du Psychros, la presqu'île d'Acte, et le littoral du golfe Strymonique jusqu'à la limite de l'Amphàxitide. On trouve dans la Paraxia l'Olysia et l'Assoritide ; le Dysoron, le Cissus, l'Hypsizonus et l'Athos sont les montagnes les plus élevées de la région. Ces divisions représentent autant de cantons distincts les unS des autres ,• les villes avaient une origine semblable, quelquefois le même lien fédératif, mais elles étaient toutes autonomes; il ne faut y chercher en général aucune unité politique, et la courte prépondérance d'Olynthe fait seule exception.
a. AmpliaxUide.
L'Amphaxitide ne s'est pas étendue à Touest au delà de l'Ec hédorus, et la ville d'Amphaxis, placée par Gousinéry à Géphyra, nous est suspecte ; les médailles citées à Tappui indiquent vraisemblablement la contrée elle-même, appelée Amphaxide, comme on trouve Tripolide et Tripolitide. L'Échédorus n'était pas un fleuve assez important pour faire oublier TAxius, qui n'en était qu'à une faible distance (20 stades ou 3'''*-,700)\ et il n'y a pas plus lieu de s'autoriser du nom de rAmphaxitide, qu'il n'y en aurait d'invoquer celui de Paraxia. Ni l'une ni l'autre de ces contrées ne touchait à l'Axius.
Entre l'Axius et le cap ^Enéum il y avait plusieurs petites villes et bourgades. Altos est citée par Etienne de Byzance"" ; Sindus était sur le littoral entre Thessalonique et Ghalastre\ Les habitants de quelques autres localités voisines furent agglomérés par Gassandre pour repeupler Thessalonique. Ainsi Chalastre,' dont nous avons déjà parlé, ApoUonie, dite Apollonie de Mygdonie, et réellement située dans l'Am-^ phaxitide, Garescus , dont nous ignorons l'emplacement (et qu'il ne faut pas confondre avec une ville du même nom, située en Orbélie), iEnéa et Gissus, que nous retrouverons dans la .Grosséa*. Quelques-unes de ces localités nous paraissent bien éloignées de la ville qu'elles repeuplaient, mais, dans un pays désolé par tant de guerres, il n'est pas étonnant qu'on soit allé chercher des habitants jusqu'à huit ou dix lieues de rayon.
Thessalonique, libre sous les Romains, était la principale ville de l'Amphaxitide ^ ; elle surpassait de beaucoup toutes les autres villes de cette côte par ses richesses et par son importance ^ Située au fond du golfe Thermaïque, en
1 Strab. VII. Fragm. 21. p. 277. * Strab. VJI. Fragm, 21. p. 277.
2 Steph. 66. s piiû. IV. 18.
3 Id. 602.— Hérod. VII. 123. « Liv. XLV. 30.
avant deTAxinsS elle fut d'abord appelée Halia, à cause du voisinage de la mer, et sous ce nom ce n'était qu'un village ; ensuite elle reçut le nom de Therma *, parce qu!aux environs, à Test et au sud, il y avait des eaux thermales. Elle fut soumise de bonne heure par les rois Téménides de Macédoine, et Xerxès y séjourna pendant que sa Hotte ètationnait le long du rivage jusqu'à l'Haliacmon^ Les Athéniens la prirent au début de la guerre du Péloponnèse, et la rendirent à Perdiccas pour prix de son alliance ^. Philippe, fils d'Amyntas, l'agrandit, lui donna le nom de Thessalonique en souvenir d'une victoire contre les Thessaliens, et en fit un de ses meilleurs ports ^. Gassandre y transporta les habitants des bourgs voisins, et lui conserva son notrt en l'honneur de Thessalonice, sœur d'Alexandre etlBlle dePhihppe, qu'il avait épousée^. Parmi ces bourgs voisins, il convient de remarquer Therma*^, située satis doute plus à l'est, a,u pied de la montagne, et dont le nom était resté attaché à l'emplacement des sources thermales, depuis que la ville s'était portée sur le rivage. Démétrius Poliorcète et Persée y eurent leurs vaisseaux, et dans la campagne de Paul-Émile la flotte romaine s'y rendit pour seconder ses opérations. Assiégée inutilement, elle ouvrit ses portes après la bataille de Pydna, et devint dans l'organisation de la conquête la capitale de la seconde région ® ; son conventus était de tous le plus célèbre ^ La route de Scupi par Tauriana et Gallicum y aboutissait et s'y raccordait avec la voie Egnatia ^\ Le questeur romain y résidait ^ et y percevait les tribus de la province. Cicéron exilé y résida; dans la première guerre civile. Pompée et la plus grande partie
1 Pomp. Mêla. IL 3. . 6 gtrab. VU . Fragm. 2Q. 21 . p. 277 .
s Tzetzes. Chil. X. 56. ^ là. iUd. - Plln. IV. 7. — Tafei.
s Hérod. VIL 127. « Liv. XLIV. 10. 25. 45* XLV. 30*
* Thucyd. I. 61. » Plin.
8 Steph. yo. 10 itiii. Ant.
des sénateurs s'y retirèrent, et les environs se couvrirent de maisons de campagne appartenant aux Romains les plus riches. Dévouée aux triumvirs, elle eût été livrée au pillage, si Brutus avait triomphé, et la défaite des républicains à Philippes assura son salut. Quand saint Paul adressait ses deux épîtres aux Thessaloniciens au premier siècle après Jésus-Christ, Thessalonique était la ville la plus illustre et la plus peuplée de la province; cependant elle n'eut point de port avant Constantin. Douze mille personnes y furent égorgées dans le cirque par ordre de Théodose, et cet affreux massacre est encore un indice de sa prospérité; il suppose en effet une nombreuse population. Au sixième siècle, elle devint la capitale de la seconde Justinienne et de la préfecture d'IUyrie, lorsque Sirmium eut été occupée par les barbares \
La position de Thessalonique est des plus heureuses, supérieure peut-être à celle d'Edesse et de Pella. Bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une montagne, elle a en vue sur la côte opposée du golfe Thermaïque, à 16 ou 17 lieues de distance, les sommets du Bermius qui avoisinent Bérée. Son territoire est fertile, et produit de bon blé ; il possède aussi des pâturages, et elle est encore aujourd'hui sous le nom de Saloniki une des villes les plus florissantes de la Turquie. Riche en monuments de tous les âges, elle porte l'empreinte de toutes les dominations qui s'y sont succédé. Elle est coupée de l'ouest à Test par une longue rue, qui, comme à Pella, correspond à la voie Egnatia. On y remarque, à la porte de Rome, un arc de triomphe d'une seule • arche, enfoui en partie, et probablement contemporain de la bataille de Philippes ; à la porte de Chalcidice, un autre arc de triomphe dont l'arche du milieu est seule debout, et sans doute érigé par Constantin, quand il fit creuser le port, après sa victoire sur Licinius. Des bas-reliefs de très-mauvais
1 Notit. imp.
style font attribuer Tœuvre à ce prince; à cette preuve on pourrait ajouter le désir de compléter l'œuvre d'Auguste, désir naturel en lui. Cousinéry mentionne encore un cirque en partie enfoui à mi-route des deux portes ; un hippodrome, on eut lieu, selon lui, le massacre ordonné par Théodose ; un temple des Cabires, de construction romaine, et converti en mosquée; près de ce temple un bloc de vert antique, sur lequel, selon la tradition, saint Paul a prêché TEvangile. Il y avait encore un temple deYénusTherméenne, et un temple d'Alexandre, qui répondait peut-être à la mosquée d'Eski- Djama. Ce temple avait ses grands pontifes héréditaires, dont la famille s'est perpétuée jusqu'au règne de Zenon llsaurien. Au nord-est de Thessalonique, en suivant la voie Egnatia, on passait le Dysorum et on trouvait le relais appelé ad duodecimurriy à l'extrémité du lac de Langasa. Plus loin se rencontrait une autre mutation, celle de Mélisurgis, donnée par deux itinéraires, et enfin, à peu près à moitié route des deux golfes, sous le principal sommet du Dysorum, Héracléa (Ravana), dite aussi Héracléus Stibus, qui dépendait de la Chalcidice proprement dite. Nous n'avons pas compté cette Héraclée parmi les créations des rois, quoique l'on puisse facilement expliquer son existence aux abords du Dysorum, pour défendre le col de Langasa. C'est qu'en effet les historiens anciens n'en font aucune mention ; on ne la trouve que dans les itinéraires, et, si elle existait sous les rois téménides, elle ne pouvait être qu'un poste fortifié, comme ceux qui protègent la vallée de Tempé.Une autre route, venant également de Thessalonique, et passant au sud> du Dysorum, rejoignait la première àApoUonie de Mygdônie (Polina) S située entre le lac de Bolbé et la chaîne du mont Hypsizonus (Salomon), et colonie de Chalcis\ Cette ville, dont l'emplacement est contaté par des ruines, est à
i Leake. III. 461. " 2 Scyl.66.
55 kilomètres environ de Thessalonique, et saint Paul y passa en traversant la Macédoine. Il est d'autant plus probable qu'elle contribua à repeupler Thessalonique, malgré la distance qui les sépare, qu'il serait très-difficile d'établir Texistence d'une autre ApoUonie dans l'Ampha^itide, et môme de lui trouver une place. Il y a bien une seconde Apollonie, mais elle est située dans la Ghalcidice proprement dite, près du Chabrius, et encore plus éloignée de Thessalonique que celle dont nous nous entretenons. La qualification de colonie de Chalcis est donnée à Apollonie par quelques-uns seulement : elle peut avoir eu pour fondateurs les Bottiéens, chassés d'Olynthe par Artabaze, chef des Perses. Au reste, les Chalcidiens, souvent mêlés aux Bottiéens, ont fondé des établissements encore plus loin dans l'intérieur, et Aréthusa, située de l'autre côté du lac de Bolbé, est une de leurs villes.
Stagire a été fondée par les Erétriens d'Andros : dans la guerre du Poloponnèse, elle embrassa le parti de la révolte à l'instigation deBrasidas, et les Athéniens, qui en étaient les maîtres, durent lui laisser son autonomie. Ensuite elle entra dans la ligue des Olynthiens, et Philippe la détruisit. Elle occupait probablement alors, en face de l'île et du port de Capros (Kaukany)*, la position de Labiada, et quand Aristote obtint de Philippe la permission de la rebâtir % ce fut sur un autre emplacement, à Stavros, oii d'Anville veut avec raison qu'elle soit. L'île de Capros avait un port appelée Kàitpou XtjjLTiv, et GapruUon portus ^, et ce port était telui des Stagirites. Mais il ne pouvait exister dans la nouvelle condition de Stagire sans un point de débarquement : ce point fut l'ancienne Stagire (Stagirus vêtus), qui continua d'avoir un certain noyau de population, mais pour les besoins du commerce seulement, et il faut y placer,
1 Kiep. Europ. Turk. 2 step. 616. . s pomp. Mêla. II. 2.
dans cette seconde époque, la ville d'Alapta (ruinée, ren» versée? sorte de synonyme de Palé-Stagire), indiquée par Scylax seulement. Cette hypothèse est vraisemblable, quoiqu'elle ne s'appuie sur aucun texte précis ; elle n'est contraire à aucun, et elle permet de concilier avec la position de Stagire à Stavros le texte de Strabon^, suivi par Kiepert. De cette façon, en effet, jusqu'au règne de Philippe, Stagire est à Alapta; elle n'existe à Stavros qu'à partir d'Alexandre. Sur un cap situé à Test de Stagire,et dominant le golfe, on voyait un temple de Neptune ; l'armée de Xerxès avait ce temple et Stagire à sa gauche en traversant la plaine Syléenne *.
Aréthusa, colonie de Chalcis, était située dans le voisinage du golfe Strymonique, à quelque distance de la mer ', entre le Bromiscus et le Strymon. En effet, Scylax place le lac de Bolbé entre Aréthusa et Apollonie, mais près de Bromiscus * ; d'Anville y met le tombeau d'Euripide. Deux rivières coulaient, dit-on, près de ce ton^beau; les eaux de Tune étaient excellentes, et les eaux de l'autre mortelles *. Peut-être cette indication, dépouillée de ce qu'elle a d'exagéré, pourrait faire retrouver son emplacement sur la rive septentrionale de TAulon. Au sud de Stagire, dans le district de Sidérokapsa, il y avait des mines d'argent dont Alexandre I", fils d'Amyntas III, retirait un talent par jour ^ et les monnaies chalcidiennes en sont sorties''.
Si on s'en rapporte au texte de Thucydide, Brasidas, en partant d'Arné, ville de la Chalcidice, arrive au coucher du soleil à TAulon, et à Bromiscus, où le lac de Bolbé s'écoule dans la mer ; il y fait son repas et reprend sa marche de nuit.
1 Strab. VII. Fragm, 55. — Êanv ^ Hérod. VII. 115. — Plin. JV. 17.
àirb -ïToXewçTÎiç Âxotvôou ô TreptirXouç rîiç ^ VWïi. IV. 17.
Xfppov^crou î«; S™^stpo«, ivoXe»; toù , |«î}; ^^^ g.-VltPUV. VIII. 5.
AptaTOTeXou;, cradia Terpaicoaia. — g Hérod V 17
Ici Tuo'Xeôîç est rigoureusement exact, ^ Leake. ifl 457.
et veut dire patrie. ' -^f'
(Kal àcpixijxevoç iispl 8etXY\v eul tov AùXtova, xal BpojJitcxov ^ tj BéXêir^ Xi[JLVTr\ e^[ir\(nv eç Oà^aco-av, xal 8£nxvoTrotTr\Tà[jL£voç, £y^ci)p£i. T7\vviixTa)\ Ainsi TAulon est le grand ruisseau de deux lieues de longueur qui sert de canal d^écoulementau lac de Bolbé, et Bromiscus est le point où ce canal se perd dans le golfe Strymonique ^ Il est probable que Bromiscus était sur la rive septentrionale : Brasidas, quand il y fît cette halte, n'aurait pas réservé le passage de TAulon pour sa marche de nuit. C'est aussi à Bromiscus que les chiens mirent en pièces Euripide ^. Nous savons déjà qu'Aréthusa, où s'élevait son tombeau, était sur la rive septentrionale ; c'est encore une raison de penser que Bromiscus 's'y trouvait de même. Le Syléus campus, traversé par l'armée de Xerxès, était situé entre FAulon et Acanthe, au sud de Bromiscus, et aucune autre position ne peut lui convenir. C'est en traversant le Syléus campus que l'armée des Perses dépasse Stagire et parvient à Acanthe (v^ïe 8la Su).io<; iieStou xa)^£U[jLivou, STàYeipovTîoXtv IXXàSa Ttapajjiet.êojjLevoç) S* Stagire était située plus à l'ouest, et sur le rivage, entre l'Aulon et le Strymon, le territoire n'est pas assez étendu pour que le nom de plaine puisse lui être appliqué.
Sur le golfe Strymonique, la partie du littoral appartenant à l'Amphaxitide ne devait pas dépasser 15 à. 16 kilomètres. Elle était limitée au nord par les villes de la Piérie de Thrace, et au sud par les territoires des villes chalcidiennes d'Arné et de Stratonicéa. Reprenons maintenant la côte occidentale.
&• Anthémonte, Crosséa.
L'Anthémonte, comme la Cyrrhestide et la Crestonie, n'est que le territoire d'une ville, resserré entre deux con-
1 Thucyd. IV. 103. : , . 3 steph. 174.
: 2 Consinéry. I. 116. ' * Hérod.VII. 115.
tre-forts du Dysorum dont le plus méridional aboutit au cap ^néum (Karabouroun) , et arrosée par TAnthémus. Son unique ville, Anlhémus S ainsi appelée d'Anthémus, son fondateur, était probablement située à Galatista ; Cousinéry n'y a vu que des ruines byzantines, mais il observe avec raison que ce nom de Galatista révèle une origine gauloise, et il pourrait provenir d'une des nombreuses colonies gauloises établies par Philippe dans ce pays. C'est ainsi que l'Echédorus a retenu le nom de Gallico. Aucun endroit ne se prêtait mieux à cette colonisation que la ville d'Anthémus, dont sans doute les habitants avaient émigré comme tant d'autres àThessalonique. L'existence d'Anthémus est bien constatée par les historiens : les Téménides en furent les maîtres de bonne heure, et Amyntas III l'offrit pour asile à Hippias chassé d'Athènes \ Son territoire fut ravagé par Sitalcès dans l'invasion que ce prince fit en Macédoine ^ La Crosséa, appelée aussi Cruséa et Crusis, fut longtemps considérée comme une portion de la Mygdonie; Hérodote l'en distingue et appelle Crosséa toute la côte du golfe Thermaïque depuis Potidée jusqu'à la rade de Therma. On peut se représenter cette région comme un plateau triangulaire, incliné vers le golfe Thermaïque, ayant pour base le rivage sur 50 kilomètres environ et pour sommet le mont Cissus. Elle est arrosée par plusieurs cours d'eau, dont le principal, le Réchius, part du Cissus, et occupe la vallée centrale. Nous assignons cette place au Réchius pour laisser à celle qui lui est marquée par Danville l'Anthémus indiqué par Kiepert; il est certain en effet que TAnthémonte occupait cette petite vallée, et que FAnthémus devait être le fleuve de TAnthémonte. Il faut donc, ou lui laisser ce nom, ou renoncer à lui en donner un autre. Nous préférons également placer avec d'Anville le
i Steph. 83. 2 Hérod. V. 94. 3 Thucyd. II. 99. 100.
Chabrius sur le versant sud-est. Comme on ignorait de son temps la géographie physique de la contrée, et que les cartes dont il disposait étaient très-défectueuses, d'Anville fait du Chabrius un affluent du golfe Singitique, tandis qu'en réalité il se jette dans le golfe Toronaïque. Mais Ptolémée nomme le Chabrius après Cassandria ; d'Anville ne s'y est pas trompé, et nous ne comprenons pas pourquoi Kiepert place le Chabrius au sud-ouest, pour laisser sans nom le principal cours d'eau de la région, qui la traverse presque tout entière. Evidemment ce fleuve, de tous le plus considérable, devait avoir un nom dans l'antiquité, et ce nom ne peut être que celui de Chabrius.
Près du capiEnéum était la ville d'iEnéa, ou^nia\ bâtie par Énée après la prise de Troie. Énée s'était réfugié d'abord àRhacélus^ (peut-être sur le cours supérieur du Réchius?), auprès de la cime élevée du Cissus, oij Amphidamas fut élevé par Cisséus, son aïeul \ Mais c'est de la portion du littoral entre ^Enéa et Amydon qu'il partit pour s'établir en Italie. Plus de dix siècles plus tard le souvenir s'en était conservé, et chaque année les ^néates offraient un sacrifice solennel à Énée, leur fondateur \ Située en face de Pydna, dans un territoire fertile, et à quinze milles (22 kilomètres) d^ Thessalonique % JEnéa vit ses habitants transportés dans cette ville par Cassandre \ mais elle recouvra au siècle suivant une certaine importance, et Persée y envoya mille chevaux, commandés par Ménon d'Antigonée, pour empêcher le débarquement des Romains \ Déjà les Romains avaient ravagé son territoire ^ La vanité des vainqueurs, qui se prétendaient issus des Troyens, dut être avantageuse à iEnéa : néanmoins elle demeura depuis toujours obscure.
1 Steph. V». » Liv. XLIV. 10.
« Lycoph. V. 1236. « Strab. VII. Fragm. 24. p. 278.
3 Steph. 572. — fliad. XI. 221. ^ Uw, XLIV. 32.
4 Liv. XL. 4. 8 Liv. XLIV. 10.
Nous croyons qu'il faut placer Cissus à Test d'^Enéa, entre Mnéa. et Rhacélus, et nous ne pouvons rejeter ce bourg, comme le fait Kiepert, au nord de TAnthémonte. Son nom lui-même indique qu'il était voisin du Cissus; il nous oblige de le rapprocher de cette montagne, et de le placer dans la Crosséa.
Smila ^ , Campsa, Gigonus, Lisse, Combréa, Lipaxus, nommées par Hérodote, et visitées par la flotte des Perses lors de l'expédition de Xerxès, s'échelonnaient sur le littoral dans Tordre donrfé par l'historien ^, mais sans qu'on puisse préciser leur position. Cependant Gigonus, et le cap Gigonis, du même nom qu'elle, correspondent vraisemblablement au cap Apanomi ^ ; par conséquent Smila et Campsa doivent être placées entre le cap Apanomi et le cap Karabouroun. En 430, les Athéniens, revenant de Bérée, campèrent à Gigonis *. Lisse est peut-être la même que Dicœa, mise par Pline sur le golfe Thermaïque 5, mais il faut laisser en Thrace près d'Abdère Dicseopolis, colonie des Erétriens. Kiepert place sur le Réchius (qu'il appelle Chabrius ^ ) Antigonée, œuvre d'Antigone de Goni. Les Romains, après avoir pillé le territoire d'^Enéa, débarquèrent prèsd'Antigonée, et se prirent à butiner dans la campagne, mais la cavalerie macédonienne fondit sur leur troupe en désordre, et cinq cents hommes furent tués ou pris \ Sous les Antigonides, cette ville devait être le centre politique de la Crosséa, et la position que Kiepert lui assigne se rapporte très-bien au but qu'a dû se proposer son fondateur. Le surnom de Psaphara lui convient.
Au sud-est, sur les confins de laPallène et delaParaxia, les Bottiéens réfugiés habitaient un petit canton, appelé
1 Steph. 208. 425. 611. s Plin. IV. 17.
« Hérod. VIII. 125. « Kiep. Thess. Bpeiros. — Sfpph.
3 Kiep. Karte von der Eur, Turk. 86.
* Thucyd.I. 61. 7 Liv. XLIV. 10.
de leur nom Bottique^ et qui probablement s'était étendu à Torigine jusqu'au golfe Mecybernéen. Lors de l'invasion des Perses, ils furent chassés d'Olynthe par Artabaze, qui leur substitua des habitants de Chalcis \ mais ils se conservèrent à Spartohis, et leur bonne intelligence avec les Chalcidiens, probablement fondée sur la nécessité de résister aux Athéniens, leurs ennemis communs, n'en parut pas troublée. Au commencement de la guerre du Péloponnèse, les Bottiéens et les Chalcidiens, entraînés dans l'alliance de Perdiccas, battirent à Spartolus (Diodore dit Pactolus) les Athéniens, partis de Potidée, leur tuèrent plus de quatre cents hommes, et tous leurs généraux, et élevèrent un trophée sur le champ de bataille \ Ils étaient à peine délivrés d'Athènes, que Texpédition de Sitalcès inonda leur territoire, et les obligea de se renfermer dans leurs murailles. Mais Sitalcès ne séjourna que huit jours dans la Chalcidice *, et à partir de cette époque, les Bottiéens, mêlés complètement aux Chalcidiens, subirent le sort du reste de la péninsule. Philippe, fils de Démétrius, en rappela un certain nombre dans TEmathie, alors dépeuplée, et leur y donna des terres de préférence aux colons gaulois, encore barbares, qui furent établis au delà.
Lors de l'occupation romaine, à l'exception d'iEnéa et d'Antigonée, les villes de la Crosséa n'existaient plus que de nom, ou n'étaient plus que des bourgades (itoXto-jjiaTa) \
C' Palléne on Phlégra.
La Pallène est la première et la plus occidentale des trois péninsules parallèles qui terminent la Chalcidice au sud-est ; de forme triangulaire^ elle a sa base au midi. Les dieux y
* Thucyd. II. 79. ScoL * Thucvd. II 101
2 Hérod. VIII. 127. 128. n /d I 65
3Thucyd.I.88.II.79.-Di*od.XII.47 ' * *
luttèrent jadis contre les géants, qui furent dévorés par le feu du ciel (Phlégra), et le nom du cap Gigonis est peut-être un dernier débris de cette tradition mythologique \ Longue de 48 à 30 kilomètres, elle a de 12 à 25 kilomètres dans sa plus grande largeur, et Tisthme qui la joint au continent n'en a que deux ; on y élevait anciennement des abeilles. Son nom dePallène, plus moderne, pourrait venir de celui de Patalène, que Ptolémée ^ donne à la chaîne de collines formant son arête orographique. La ville de Phlégra% appelée depuis Pallène, était située sur l'isthme * ; ce pourrait être remplacement primitif et le premier nom de Potidée \ Il faut rapporter aussi aux temps mythologiques Brygion, qui rappelait le souvenir des Bryges et de leur ancienne domination. Rapprochons de Brygion la ville de Brygias, près du lac de Ventrok, et la Brygie, nom actuel d'un canton de TEordée.
Riche et abondante en fruits, la Pallène était assez étendue pour embrasser cinq villes principales et leur territoire. Etroite tout d'abord, là où est Potidée, elle s'élargit en gagnant la pleine mer ^ et renferme Mendé, Scione, Sané et Aphytis. Potidée (Pinaka) est le point le plus fertile de toute la côte ; colonie de Corinthe, elle recevait annuellement de la métropole ses archontes et ses épidémiurges \ et était fortifiée du côté de la mer. Elle subit, comme Scione, le joug des Perses \ mais, après la défaite de Xerxès à Salamine, elle s'affranchit ; Artabaze, lieutenant de Mardonius, échoua devant les murs de la ville, et une forte marée noya une partie de ses troupes ^ Ensuite les Athéniens, voulant imposer leur joug aux Potidéates, mirent à profit
1 Steph. 522.— Strab. \ll. Fragm. » Scymn. Gh. V. 635. 27. p. 279. 6 pomp. Mêla. II. 2.
2 Ptol. III. 13. p. 92. 7 Liv. XLIV. 10.
3 Plin. IV. 17. 8 Diod. XII. 46.
* Eudox. ap. Steph. 700. ' » Hérod. VII. 129.
la taxe générale consentie par tous les Grecs pour entretenir la guerre contre les Perses. Cette taxe, portée successivement de 450 à 1800 talents, était devenue exorbitante; les Athéniens, au lieu d'en déposer le produit à Délos, se Tapproprièrent, bientôt même Texigèrent comme tribut \ Thasos et quelques villes de Thrace voulurent en vain résister; elles lurent soumises, et fort maltraitées. Potidée, sommée de démolir la partie de ses murs qui regarde la Pallène, et de donner des otages, se souleva, entraîna dans sa révolte les villes de la Chalcidice, et ce fut le premier et l'un des plus héroïques épisodes de la guerre du Péloponnèse.
Les Athéniens attachaient tant de prix à la possession de Potidée, et par elle à la prépondérance dans la Chalcidice, qu'ils dépensèrent autant d'hommes et de vaisseaux contre cette ville que contre Mitylène, ou contre Syracuse^. Elle fut prise au bout de deux ans, et repeuplée par des colons envoyés d'Athènes. Brasidas loua les Potidéates chassés de leur patrie, mais il ne put les rétablir ^ Les Chalcidiens leur donnèrent un asile, et, quelques années après, l'affaiblissement et la ruine des Athéniens leur permirent de recouvrer leur autonomie. Ce fut pour subir la prépondérance d'Olynthe, dont les habitants les avaient accueillis. Potidée fut détruite en même temps qu'Olynthe par les armes de Philippe \ mais tels étaient les avantages de sa situation, qu'elle renaquit encore une fois de ses cendres; Cassandre la rebâtit sur le même emplacement, y transféra les habitants des villages voisins, dont Tun avait retenu le nom de Potidée (il faut entendre par là quelques débris de population retenus près des ruines de Tancienne ville par la puissance des souvenirs) ; et tous ceux en assez grand nombre
* M. B. Nicolas. De ingenio et fort, ^ Diod. XII* 46. grœc. ap. Thrac. coi. p. 45-23, * Sainte-Croix. Exen^, des hist,
2 Thucyd. III. 17. Vî. 51 . d'Alex. 588, 589.
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qui avaient survécu à la ruine d'Olynthe y trouvèrent un asile et des terres. La nouvelle colonie, ainsi favorisée, prit un rapide accroissement, et devint sous le nom de Cassandréa une des premières ville de la Macédoine ^ Cassandre imprima à son port une grande activité ; il y fit construire en même temps cent vaisseaux longs, et convertit la ville en un vaste chantier^.
Cette prospérité fut interrompue pendant quelques années par la tyrannie d'Apollodore^ Quelque inouïs qu'aieilt été les crimes de cet homme, l'un des plus cruels dont l'histoire fasse mention*, Cassandréa eût peu souffert d'une domination de trois ans (277-274), si Antigone de Goni n'avait pas fondé Antigonée dans la Crosséa. La nouvelle ville lui enleva une partie de son importance, et il n'en est plus fait depuis de mention spéciale. C'était encore une ville forte lors de rinvasion romaine, et Persée y avait une garnison de mille hommes de pied et de deux cents chevaux de la nation des Pénestes ^ Elle continua de subsister sous le nom de Gasandria, qui est demeuré attaché à la péninsule ^, et le nom de Portes de Cassandre est resté à des murs en ruine situés sur risthme. Mais remplacement de la ville s'appelle Pi-naka, et le nom de Casandria n'appartient qu'à la presqu'île.
En suivant la côte méridionale peut-être trouvait-on le bourg de Scithse, placé par Théopompe près de Potidée''. Cela ne peut pas être une corruption du nom de Scione^ comme le veut Leake; Scione est trop loin. Comme Potidée était située au milieu de l'isthme, qu'elle n'est nulle part indiquée comme une ville maritime, et que cependant Cas-
1 Pausan. V. — Diod. XIX. 52. » Liv. XLIII. 23.
* Liv. XXVIIÏ. 8. 6 Scymn. Ch. V. ôî 3 Diod. XXXIII. Fragm. 44. ^ Steph. 607.
* Clavier. Acad, inscr. 2e série.