CHAPITRE I
La région moyenne de la péninsule hellénique , entre la région subdanubienne et la Grèce proprement dite, est appelée région macédonienne , parce que les Macédoniens en ont été le peuple dominant. Elle a pour limites : à l'ouest, la mer Adriatique depuis le golfe Rhizonique (bouches de Cattaro) jusqu'au promontoire Acrocéraunien (cap Glossa ou Linguetta) ; au sud-ouest et au sud, les monts Acrocérauniens (monts de la Chimère), les contre-forts qui relient ces monts à la chaîne du Pinde, le Pinde aux sources opposées de TAoûs (Voïoussa) et du Pénée (Salamvrias) , les monts Gambuniens (Volutza), le haut et le bas Olympe, et la rive gauche du Pénée depuis le défilé de Tempe jusqu'à son embouchure; au sud-est, la mer Egée (Archipel), depuis Fembouchure du Pénée jusqu'à celle du Nestus (Karasou) ; à Test, le Nestus inférieur et le Rhodope (Despoto-
Dagh) jusquà la jonction du Rhodope avec l'Hémus (Balkhan); au nord, la chaîne de rHémus : Scomius (Vitocha), Orbélus (Spatz), Scardus (Schar) ; au nord-ouest, le Scordus (Baba-Dagh), et ses contre-forts (Tzernagora) jusqu'au golfe Rhizonique.
A l'ouest, la côte adriatique, roide et monotone dans sa coupe verticale, est, comme la côte italienne qui lui est opposée, presque sans ports et sans abris. A partir du golfe Rhizonique, plutôt dalmate que macédonien, sur un espace de 60 à 70 lieues, on trouve à peine cinq ou six havres (Budua, Dulcigno, Saint-Jean de Medua, Durazzo, Avlona), dont un seul, Avlona, est vaste et sûr. Le promontoire Nymphéum (cap Rhodoni) protège le havre de Saint-Jean de Medua ; le promontoire Dyrrachium (cap Pâli) protège le port de Durazzo ; derrière le promontoire Acrocéraunien s'abrite le golFo d* Avlona, qui renfermait anciennement les ports d'Aulon et de Panormus ; il y avait encore un lieu de refuge dans Tîle de Sasos.
La limite de terre, au sud-ouest, part du promontoire Acrocéraunien (cap Glossa), suit les monts Acrocérauniens, au sud, pendant quelques lieues, et les abandonne pour se relier par un contre-fort avec le Pinde. Ce contre-fort, dont la direction varie souvent, et dont Fèlèvation n'est pas toujours très-grande, est cependant une limite naturelle ; en effet, tous les cours d'eau de son versant septentrional se dirigent du sud-est au nord-ouest, et sont tributaires de la mer Adriatique ; tous les cours d'eau de son versant méridional se dirigent du nord-est au sud ou au sud-ouest , et sont tributaires de la mer Ionienne. Le Pinde sert de frontière depuis la source de TAchéloûs ( Aspropotamo ) jusqu'au mont Lacmos (Zygos) , répondant à la source de l'Aoûs (Voïoussa) ; ensuite la limite se continue à l'est et au nordest par les monts Cambuniens (Volutza, Amarbis, Chapka),
incline au sud-est avec le haut Olympe (Hagios Hilias) et le bas Olympe ou Octolophe j nsqu'au défilé de Tempe, et de là suit la rive septentrionale du Pénée jusqu'à la mer Egée. Cependant la domination des Macédoniens sur la rive septentrionale du Pénée s'est perpétuée jusqu'à la ruine des Antigonides; les Romains, sous l'impression de la conquête, ont donné le Pénée pour limite commune aux provinces de Macédoine et d'Achaïe : c'est pourquoi nous joignons cette partie de la Thessalie, et cette partie seulement, à la région macédonienne comme annexe politique, et nous substituons au Pénée supérieur la rive gauche du Pamisus (Bliuri), son affluent, jusqu'au col de Portaes, qui conduisait dans le pays des Athamanes, et dont l'importante position militaire de Gomphi était la clef.
Au sud-est, la côte de la mer Egée, échancrée et hospitalière, semble une image de la Grèce, et la Ghalcidice rappelle le Péloponnèse par sa forme comme par ses villes nombreuses et sa florissante population. Depuis les bouches du Pénée jusqu'à celles de l'Axius (Vardar), la plage est sablonneuse, le rivage* uni et accessible seulement aux petits bâtiments ; mais, à partir de Thessalonique, les ha^ vres abondent, et sur tout le littoral de la Ghalcidice on trouve un grand nombre d'abris sûrs et de mouillages excellents. Des golfes vastes et profonds, protégés par des chaînes de montagnes, presque entièrement fermés et à toutes les expositions, permettent la création d'un grand empire maritime, et frappent encore d'admiration les voyageurs modernes par la beauté de leur aspect.
Le golfe Thermaïque (golfe de Saloniki) s'étend entre les bouches du Pénée (ou plus exactement peut-être le cap Platamona) et le promontoire Ganastréen ( cap Paliuri ) ; le golfe Toronaïque (golfe de Gasandria), entre le promontoire Ganastréen et le promontoire Derrhis (cap Drépano) ;
le golfe Singitique (golfe de Monte-Santo) , entre le promontoire Ampélos (cap Kartali) et le promontoire Nymphéum (cap Saint-Georges); le golfe Strymonique (golfe d'Orfano), entre le promontoire Acroatho (cap Smyrna) et nie de Thasos (Tasso). Le fond du golfe Toronaïque s'appelait golfe Mecybernéen, et sm^ la côte méridionale du golfe Strymonique se trouvaient le golfe d'Acanthe (golfe dlstillar) et le golfe de Cermorum; enfin, au nord-ouest de Thasos, se trouvait le golfe de Néopolis (golfe de Cavalla). Depuis les bouches de TAxius jusqu'aux bouches du Nestus on compte plus de soixante ports et points de relâche dont l'antiquité nous a laissé les noms.
En remontant le cours inférieur du Nestus, on atteint promptement les premiers contre-forts du Rhodope (Despoto-Dagh), qui lui sert de ceinture. C'est la limite de terre à l'est, d'une élévation très-inégale, mais toujours suffisante, et séparant nettement les deux bassins du Nestus et de l'Hèbre jusqu'à la jonction du Rhodope avec l'Hémus. La frontière du nord s'étend depuis la jonction du Rhodope avec l'Hémus jusqu'au Scardus (Schar-DâghouSchar); elle est naturelle dans toute son étendue, et est interrompue sur deux points seulement par les vallées très-étroites du Lépénatz et du Drin blanc. Au nord-ouest, le mont Hess et le mont Pastrik relient le Scardus au Scordus, et le Scordus s'étend par le massif du Monténégro jusqu'au golfe Rhizonique et jusqu'à la côte Adriatique, d'oii nous sommes partis.
Telles sont les vastes dimensions de la région macédonienne. La Macédoine est si grande, dit Tite-Live \ que les Macédoniens eux-mêmes n'en connaissent pas toute l'étendue. C'est dans cette vaste contrée que vivent les cent cinquante peuplades mentionnées par Pline ^ Le même cri
1 Liv., XLV, 50. 2 piin,^ iv, 47.
d'admiration échappe à un autre géographe romain, PomponiusMéla*.
Orographie sommaire : montagnes de l'onest et du sud-ouest.
Le golfe Rhizonique, sinueux et profond, présentant plus d'une analogie avec le golfe Actiaque (golfe d'Arta), est dominé à l'est par plusieurs sommets^ situés à l'extrémité d'un vaste massif répondant au pays actuel du Monténégro. Depuis le mont Lourtschin jusqu'au mont Dormitor, qui n'ont pas d'équivalent dans l'antiquité, les pics se multiplient à Tin fini et s'enchevêtrent confusément, sans qu'on puisse en distinguer la ligne principale. Dans la grande carte de Lapie, qui est la plus claire, mais qui n'est pas la plus exacte, il semble que ce soit un treillis à mailles irrégulières. Présentement encore la contrée est mal connue et ne présente qu'une seule route accessible aux voitures ; les autres chemins, en petit nombre, et souvent taillés dans le roc, contournent des chaînes abruptes, séparées Tune de l'autre par des ravins profonds. La direction générale du massif est du sud-ouest au nord-est, et le Dormitor, par lequel il se rattache aux Alpes illyriennes (Dinariques), a 7600 pieds d'élévation.
Depuis le Dormitor jusqu'au Scardus (Schar), qui commeace la chaîne derHémus(Balkhan), la direction change subitement et se porte du nord-ouest au sud-est. Les sommets sont très-élevés, et les quatre principaux, le Dormitor, le Javor, le Kom, le Baba-Dagh, qui flanquent à Test le Monténégro, ont de 5000 à 8500 pieds. Ils font partie de
1 Pomp.Méla, 11,3.
la ligne hydrographique et envoient des cours d'eau à la mer Adriatique et à la mer Noire. Ici donc la limite est précise. Mais, à partir du Baba-Dagh, qui est le Scordus de Tite Live, la ligne hydrographique est abandonnée un moment pour rejeter en dehors de la région macédonienne la vallée supérieure du Drin blanc, qui ne doi-t pas y être comprise. Pendant que cette vallée supérieure est limitée à Test par un plateau très-élevé sans doute, mais sans ces accidents brusques qui rendent les communications difficiles, elle est bordée à Touest par un prolongement très-âpre du Scordus (Baba-Dagh), qui porte le nom de mont Pastrik et se continue sans interruption jusqu'à la rive droite du Drin blanc, tandis que, sur la rive opposée, un contre-fort non moins élevé du Scardus (Schar), qui porte le nom de mont Hess (4500) , étend jusqu'au fleuve ses énormes escarpements, ne laissant aux eaux du Drin blanc qu'un passage étroit ou plutôt une fente. Selon toute apparence, le Hess et le Pastrik étaient anciennement réunis, et leur séparation actuelle est une langada^ effectuée par un tremblement de terre, comme celle qui constitue entre TOlympe et rOssa le défilé de Tempe.
Entre le Hess et le Scardus (Schar), se trouve une profonde échancrure d'une lieue de large, encore très-élevée pourtant (2500), qui termine de ce côté les Alpes illyriennes. A partir du Scardus, que nous retrouverons dans la description des montagnes du nord, commence la chaîne du Pinde, qui court à peu près réguhèrement du nord au sud, et qui fait partie tout entière de la ligne hydrographique. La première section, formée par le mont Tourianska (3500), s'étend du Scardus aux sources de la Resna ; c'est une plate-forme boisée, percée de plusieurs cols longs
1 A. Boue, Turquie d'Europe^ I, 69, 70.
et sinueux, tels que les cols de Prisna, de Tourianska, de Slivova, ouvrant les communications avec la vallée du Drilo (Drin noir). La seconde section incline un peu au sudest, et s'étend des sources de la Resna aux sources de l'Eor* déus (Devol). Plus haute que la précédente, elle possède des sommets de 5000 à 7500 pieds; le plus élevé est le mont Péristéri, massif considérable d'escarpements souvent inaccessibles (7500) *. Il convient d'attribuer à cette montagne le nom d'Octolophus, mentionné par Tite-Live ; en effet, elle reproduit assez bien, par ses pics en amphithéâtre et par le lac de Resna qu'ils dominent, la situation de cet autre Octolophus de Thessalie, au pied de l'Olympe, autour du lac Ascuris (Ezéro). A la suite du Péristéri nous rencontrons le Néretska, qui se maintient pendant 50 kilomètres environ entre 5000 et 6000 pieds. Au nord du Péristéri est le col du Dragor (2400), par lequel on passe le plus ordinairement d'Illyrie en Macédoine. A l'extrémité sud-est du Néretska, cette montagne se franchit par le col de son nom (4922), d'où l'on voit toute la Macédoine centrale et méridionale, le Pinde et l'Olympe. C'est un des points qui permettent le mieux d'embrasser l'aspect géographique de la contrée, et d'en bien saisir les grandes divisions. Ces deux premières sections correspondent au mont Bertiscus des anciens.
Les montagnes de la troisième section courent un moment de l'est à Touest autour du bassin supérieur de l'Eordéus (Devol), pour reprendre plus loin la direction du nord au sud, que dès lors elles suivent généralement. Elles s'étendent depuis les sources de l'Eordéus jusqu'aux sources opposées de l'Aoûs (Voïoussa) et du Pénée (Salamvrias), et, quoique leur élévation soit moindre le plus souvent, elle
1 M. Viquesnel, Mém, de la Soc. de géol, 2e série, I, 243.
est encore très-considérable. Elles répondent au Bercétésius des anciens, placé par Pline aux sources de TApsus , et on leur donne aujourd'hui différents noms (monts Grammos, Bushotari, Smolika). Dans le Bercétésius, le point culminant est le Grammes (4500), et du mont Smolika, qui unit le Bercétésius au mont Tymplié, on voit les deux mers*. Il y a dans cette partie de la chaîne de nombreux passages, beaucoup plus praticables que les précédents, mais débouchant à l'ouest, dans des vallées longues et étroites, encaissées entre des contre-forts d'une élévation souvent égale à la chaîne elle-même, et la facilité apparente des communications est très-atténuée par ces obstacles.
La quatrième section, formée par le Pinde proprement dit (Mezzovo, 6000 à 7000), commence aux sources de TAoûs (Voïoussa), au mont Lacmos (Zygos, 5000), et se continue, toujours dans la direction du nord au sud, jusqu'aux sources du Pamisus (Bliouri), où s'arrête la région macédonienne. On y trouve, aux sources opposées de l'Aotts et du Pénée, le col de Mezzovo, de tous le plus fréquenté, et passage habituel d'Epire en Thessalie ; au sud-est, le col de Portaes, répondant à la limite même. Entre eux, le col de Miliaes est le déjB.lé dont parle Tite-Live, qui séparç la Thessalie du pays des Athamanes, et qui est protégé du côté de la Thessalie par Pheca et par Gomphi. Au midi le Pinde se continue entre les Thessaliens et les Epirotes.
Les trois premières sections de la chaîne précédente constituent le Pinde septentrional, qui envoie à l'ouest beaucoup de contre-forts. Les ramifications du Bertiscus (Tourianska), arrêtées par le Drilo (Drin noir), sont courtes, mais abruptes. Aux sources de la Resna et duBévus ^ dont on retrouve le nom dans le petit village de Bohoun (l'em-
1 A. Boue, 1,61. i Uv.,XXXI,22.
placement de Bévum), indiqué par la carte de Lapie^ se détache une très-longue chaîne, qui suit du nord au sud et du sud-est au nord-ouest tout le cours supérieur et occidental du Drilo. La première section de cette chaîne secondaire s'étend duBerliscus au col de Bagora, et entoure complètement le lac Lychnitis (lac d'Ochrida); ses sommets les plus élevés (mont Xérovouni, mont Kara-Dagh, 5000 à 6000) se trouvent au sud-est; ils ne sont séparés du mont Grammos, premier sommet du Bercétésius, que par la vallée supérieure de l'Eordéus (Devol), et la troisième section du Pinde septentrional paraît être leur prolongement. Ce sont les monts Candaviens, traversés sur deux points^ sous la domination romaine, par la voie Egnatia, et ils possèdent encore de nos jours la voie de communication la plus fréquentée entre l'Illyrie grecque (Albanie) et la Macédoine; ils ne dépassent pas au nord-ouest le col du Bagora (2615). La seconde section, contiguë aux monts Candaviens, court du sud au nord-ouest, parallèle au Drilo, depuis le col du Bagora jusqu'au rivage adriatique, et n'a pas d'équivalent dans la géographie ancienne. Sa masse compacte offre aux regards une crête boisée, dont les sommets les plus importants (monts BagDra, Spiléon, Ibaléa, Kiapha-Mala, 3000 à 4000) s'élèvent en face du Tourianska et du Schar comme une épaisse muraille. Le mont Ibaléa (5800) n'est séparé du mont Jalesch, prolongement occidental du Scardus (Schar), que par le cours du Drilo, et paraît lui avoir été réuni primitivement, comme le Hess était soudé au mont Pastrik.
A l'ouest du mont Kiapha-Mala (3438), les dernières ramifications jusqu'au Drilo inférieur n'ont pas moins de 1500 à 2000 pieds : elles répondent au pays actuel de Myrdita.
^ Lapie, Turquie (V Europe.
Au-dessous crelles s'étagent les monts de la Doukaginc, (1200 k 1800), qui, en se rapprochant des monts précédents, forment les défilés du Mathis (Mati) * ; le Gabar- Balkhan (2400) , le Djourad, le Tschapari, dans lequel se trouve le mont Tomor (5000) ; le Skrapari, dans lequel sont compris le mont Asnaûs (Trébusin), le mont ^Eropus (Pélagos) et les défdés d'Antigonée (col de Clisoura) ; les monts Acrocérauniens et celui de leurs contre-forts qui sert de limite au sud-ouest (monts Ergénik, Mitschkéli). Il ne faut pas confondre le mont Tomor, situé dans la chaîne secondaire du Tschapari, avec le Tomarus des anciens, qui est en Epire, autour de Dodone. Le mont Tomor a la forme d'un cône tronqué avec trois sommets; c'est un massif isolé (peut-être ce nom de Tomor en vient-il), de 8 à 9 lieues de circonférence, que Tonaperçoit à 32 lieues de distance au nord et au nord-ouest ; il peut servir de point d'observation pour la géographie de la contrée. Le mont Paléovouni est le Lingus de Tite-Live^ situé en Epire, mais sur la frontière commune de la Macédoine et de la Thessalie. Toutes les chahies qui précèdent sont des contre-forts des monts Candaviens ou du Bercétésius; elles courent presque uniformément du sud-est au nord-ouest, et encadrent autant de bassins parallèles, dont les vallées profondes et montueuses ^ ne communiquant l'une avec l'autre que par de rares passages, sont le plus souvent d'un parcours difficile et d'un sol ingrat. La côte seule offre un aspect différent, mais dans des proportions le plus souvent assez restreintes, et sur une étroite lisière. Tous les cours d'eau sortant des chaînes précédentes à Touest du Pinde sont tributaires de la mer Adriatique.
1 A. Boué^ I, GO-IGO, passim. 3 M. Viquesnel, Mém. de la Soc. de
*^ Liv., XXXII, 13, ijfhjL, Ire s(irii\ V, p. 105.
montagnes du sud-est.
Au sud-est, la frontière de la région macédonienne est formée par le cours du Pamisus et du Pénée et par la mer Egée, et les montagnes n'y figurent point. Cependant elles reprennent leur rôle naturel et leur importance dans les divisions secondaires, et de même que lePinde septentrional, qui constitue la chaîne principale des montagnes de l'ouest, sert de limite à l'intérieur entre la Macédoine proprement dite et l'IUyrie grecque, de même les deux ramifications principales des montagnes du sud-est servent de limite à l'intérieur entre la Macédoine proprement dite, la Chalcidice et la Thessalie épictète. Mais ces divisions sont véri^tablement secondaires ; elles ne sont pas continues et non interrompues comme les limites naturelles, et elles ont un caractère moins net et moins tranché.
Les monts Gambuniens, qui forment la première ramification entre la Macédoine et la Thessalie, n*ont pas de nom moderne qui corresponde à toute leur chaîne principale. Ils se détachent du Pinde au montLacmos (Zygos), courent au sud-est, puis au noi*d-est et expirent près du golfe Thermaïque, aux bouches de rHaliacmon(Indje-Karasou). Ils se divisent en trois sections : le mont Tymphé ou Stymphé (Sedriliani) remonte au nord-ouest depuis le Lacmos jusqu'au Bercétésius (Smolika); à l'est et au nordest la partie inférieure constitue les monts Gambuniens proprement dits (mont Amarbis) ; la partie supérieure répond aux monts Piériens (mont Flamboro), plateau d'une élévation moyenne, dont les pentes boisées offrent l'aspect d'un
épais taillis : c'est encore la forêl Piérienne, comme au temps de Xerxès ou du roi Persée.
Au nœud du mont Stymphé et des monts Gambuniens se détache un contre-fort qui répond au Cercétius (mont Cachias ou Ardham), et étend ses croupes extrêmes jusqu'au Pénée; à la jonction des monts Gambuniens et des monts Piériens est le montTitarius (Chapka), qui relie aux monts Gambuniens le haut et le bas Olympe. Gette dernière montagne, de forme allongée et parallèle au rivage égéen, consiste en un plateau surmonté de trois sommets, dont l'Hagios- Hilias est le plus élevé (8916) ; les deux autres (le Kalogheros et ritchouma) ne lui sont guère intérieurs. Avec un ou deux sommets du Balkhan au nord-est (le Rilo-Dagh), c'est le point culminant de la région macédonienne; il est supérieur au Dormitor et au Scardus. « La vue qu'on embrasse de ses différen ts sommets est immense, dit M . Heuzey* . On voit d'un côté toute la Macédoine ; de l'autre, toute la Thessalie, dont les lacs et les rivières semblent tracés comme sur la Carte. Une haute montagne qui se dresse au dernier plan, est le Parnasse. A Test, la mer forme- un vaste cercle depuis le mont Athos jusque par delà l'île de Scyros ; à Touest, la chaîne du Pinde borne l'horizon de sa longue muraille dentelée. » Sans doute^ ce coup d'œil magnifique devait suggérer aux rois de Macédoine le désir de s'approprier un aussi beau pays. Le nom d'Olympe, chez les anciens, s'étendait à tout le massif.
Le bas Olympe est séparé du précédent par des escarpements boisés ; il constitue ce que les anciens appelaient en Thessalie Octolophus, ou les huit sommets, et renferme en effet huit sommets principaux 2, rangés autour d'un bassin intérieur circulaire dont le lac Ascuris (Ezéro) occupe le
' M. L. Ileuzey, le Mont Olympe, ^ M, h. Heuzey, te Mont Olympe, p. 135. p. 53, 54.
fond (monts Detnata, Goudena, Koukouli, Godaman, Analepsis, Métamorphosis, Sipoto, Hagios-Hilias). Il ne faut pas confondre cet Hagios-Hilias, Tun des sommets de TOctolophe, avec le sommet principal du haut Olympe, qui porte le même nom. Au sud-ouest des précédents se trouvent deux autres sommets, le Cyphus (Kokkinopétra) et le Milonas (Mélouna), dont le pied s'étend jusqu'au Pénée. La plaine à Touest et au nord-ouest renferme aussi plusieurs montagnes isolées qui sont moins importantes.
Dans les monts Gambuniens, à Touest principalement, les cols sont nombreux et faciles, et « semblent inviter les populations à passer d'une province dans Tautre*.» Cependant ils ne sont pas tous de cette nature, et il suffît pour le prouver de rappeler Texpédition d'Alexandre de Pélion en Eordée à Pellène en Hestiéotide, par une route âpre et toute rocheuse, qui devait passer aux environs des Météora. Entre le Titarius et les monts Gambuniens se trouve le défilé de Volustana (col du Sarandaporos); entre le Titarius et l'Olympe le col de Pétra, qui porte encore le même nom; enfin, au sud-est le défilé de Tempe, langada ou déchirure produite par un tremblement de terre entre rOctolophe et l'Ossa (Kissovo). Ges trois derniers défilés, longs et étroits, très-faciles à défendre, sont de la plus grande importance pour l'histoire et la géographie de la Grèce et de la Macédoine.
Les pentes de l'Olympe à l'est sont rapides, et ne laissent sur certains points de la côte qu'une plaine très-resserrée, qui s'élargit au nord-est, en face des monts Piériens. Au sud-est, entre les monts Sipoto et Métamorphosis, était située la forêt Gallipeucé ; entre le haut et le bas Olympe se trouvait la région dite Libéthra, habitée par les Muses,
^ A. Boue, I, 299.
Une déchirure profonde traversait TOlympe du pied au sommet, et permettait aux yeux de pénétrer jusque dans ses fondements \ Probablement produite en même temps que celle de Tempe, elle eût créé un second défilé, si elle s'était opérée un peu plus au sud. Au nord-est de TOlympe, entre cette montagne et Pydna, les anciens ont appelé mont Olocrus^ celle des collines inférieures qui se trouve au débouché du col de Pétra.
La seconde chaîne des montagnes du sud-est s'étend à travers la Chalcidice depuis le col de Langasa, au nord-est de Thessalonique, jusqu'au promontoire Acrothoon (cap Smyrna). Elle est séparée de la précédente par une plaine de 50 à 60 kilomètres, qui répond aux bassins inférieurs de THaliacmon (Indje-Karasou), de FAxius (Vardar) et de TEchédorus (Gallico). La Chalcidice, dont elle fait la charpente, se compose d'une presqu'île principale, aux contours arrondis. Trois autres presqulles s'en détachent, longues et étroites^ dirigées parallèlement de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est, et on trouve sur la ligne centrale, à partir du col de Langasa, le mont Dysoron'^ (mont Kortiasch) (Disoron, selon Cousinéry^) : sa double cime, aperçue de loin en mer, à l'entrée du golfe Thermaïque, par exemple, semble en faire deux montagnes (3561); ensuite le mont Cholomonda, appelé aussi Kholomon, et le mont Salomon, point le plus élevé de l'intérieur (o600). Il y a une complète interruption de la ligne orographique à la naissance de la presqu'île septentrionale, ou presqu'île d'Acte (presqu'île d'Hagion-Oros.) C'est, dit M. Viquesnel, une vallée de deux kilomètres de long sur cent mètres de large, couverte de
1 M. L. Heiizey, p. 67-109. veut dire fâcheuXy incommode , et cela
^ Liv., XLIV, 44. convient bien à cette montagne, située
•î n est inutile de recourir à Tex- en travers de la route qui conduisait
plication de Gousinéry, et l'orlhogra- de Thrace en Macédoine.
phehabituelle, qui est celle d'Hd^dote, * Gousinéry, Voy, en Macéd., I,
doit être maintenue. En effet, Aucjwp&v ch. ii.
prairies presque au niveau de la mer, et, selon Grisebach, ce serait, comme les défilés de Tempe et du Drin blanc, une langada. Les dimensions données par le savant voyageur français se doivent entendre du nord au sud pour la longueur, et de Touest à Test pour la largeur; elles se rapportent assez exactement au tracé du canal de Xerxès, tel qu'Hérodote * nous l'a représenté (12 stades ou environ 2kii.,240). Le sol s'élève ensuite très-rapidement pour former la masse du mont Athos (Hagion-Oros). Cette montagne, vue de loin, fait l'effet d'un homme couché sur le dos% parce qu'elle se compose de deux parties de hauteur très-inégale (oOOO et 5100), séparées l'une de l'autre par une dépression très-considérable. On y jouit d'une vue magnifique, et des plus étendues ; les modernes assurent qu'on l'aperçoit à 30 milles (48 à 50 kilomètres); les anciens voulaient que son ombre s'étendît jusqu'à Myrine, sur la côte occidentale de Tîle de Lemnos^.
A peu de distance du mont Dysoron naît un contre-fort qui se développe en forme de plateau parallèlement au rivage méridional , et se bifurque pour aboutir d'un côté, vers l'ouest-nord-ouest, au promontoire Gigonis (cap Kara- Bouroun), de l'autre, au sud, à l'entrée de la presqu'île de Pallène (presqu'île de Casandria). Cette dernière ramification (1200), qui traverse la contrée appelée présentement Chassia, est vraisemblablement le montCissus des anciens, et ce nom devait s'étendre, comme nous l'avons déjà remarqué pour l'Olympe, au plateau tout entier jusqu'à sa jonction avec le Dysoron. Des trois presqu'îles du sud-est, celle de Pallène (Casandria) est la plus basse; cependant l'isthme qui l'unit à la presqu'île principale renferme quelques hauteurs, et les collines qui forment sa charpente
1 Hérod., VII, 25, 116. 3 Apollonius. I, v, 579, 604.
2 A. Boue, 1, 177.
jusqu'au promontoire Canastréen (cap Paliuri) sont occupées par des forêts de pins. La presqu'île de Sithonie (Longos*), située entre les deux autres, ne présente point de chaîne considérable; ses collines sont disposées transversalement d'une mer à Tautre, très-favorablement pour la configuration de son littoral, et les trois presqu'îles, vues du golfe Thermaïque, semblent être trois crêtes échelonnées en gradins et séparées par deux golfes^. Au nord, une dernière ramification part du mont Cholomonda, et paraît avoir été exploitée anciennement pour ses mines. Elle expire à Textrémité du golfe d'Acanthe, sur le golfe Strymonique.
montagnes de l'est.
Les montagnes servent constamment de frontière à Test, et la chaîne principale est le Rhodope (Despoto-Dagh), qui s'étend du sud-est au nord-est, parallèlement au cours du Nestus (Karasou), depuis le lac Bistonis (Bouroughul) jusqu'au mont appelé actuellement Tchadir-Tépê. La partie inférieure de cette chaîne renferme des sommets très-élevés (monts Tchal-Tépê, Tchégla, Kruchova), dont la hauteur varie de 5500 à 7000 pieds ; la partie supérieure (monts Jaïlassi, Dozpat) se maintient à ce niveau, et le point culminant est, à la jonction du Rhodope avec THémus, le Tchadir-Tépê, qui mesure 7200 pieds. L'ancien nom de Rhodope s'étendait à toute cette chaîne, comme toute la partie supérieure s'appelle actuellement Despoto-Dagh. Sans doute les principaux sommets avaient des noms spéciaux chez les tribus thraces qui vivaient dans leur voisinage, mais cestri-
1 A. Boue écrit Lougous. 2 A. Boue, I, 176.
bus étaient barbares, et les noms qu'elles donnaient à leurs montagnes ne nous sont pas parvenus. Tous les contre-forts situés à Test de cette ligne, sur le versant de THèbre (Maritza), sont en dehors de la région macédonienne, et nous n'avons pas à nous en occuper; nous allons décrire les principaux contre-forts situés à Touest.
Entre le Tchal-Tépê et le Nestus (Karasou) se trouvent les gorges des Corpiles, qui sont voisines du relais de Topiris, sur la voie Egnatia. Sur la rive opposée court parallèlement au Rhodope, mais en se rapprochant beaucoup plus du Nestus, une chaîne secondaire qui, dans sa région moyenne, se développe à Touest par un renflement subit, redevient, dans sa région supérieure, parallèle au fleuve, et rejoint, en s'arrondissant, le mont Hémus (Balkhan), au pic de Démir-Kapou (7500) . La hauteur de cette chaîne varie de 2500 à 7000 pieds; ses pics les plus élevés (Buzdagh, Simnitza, Périn-Dagh, Tel-Tépê) ^ n'ont pas d'équivalent chez les anciens; elle est cependant d'une grande importance, car tous les contre-forts courant à Touest en proviennent directement.
Au coude formé au sud-est par cette chaîne secondaire, à partir du Buzdagh, on trouve le mont Orbélus indiqué par Arrien% et répondant aux sources du Kourou-Déré, affluent de l'Angitas; ensuite les collines du Symbole (monts de Cavala, 500 à 3000), qui se prolongent parallèlement au littoral jusqu'aux bouches du Strymon (Strouma). Elles se relient faiblement au nord-ouest au puissant massif du mont Pangée (Pilat-Tépê), qui atteint brusquement, au centre de collines très-inférieures, 5600 pieds d'élévation. Riche en métaux précieux, exploités avec succès dans l'antiquité, le Pangée étend sa large base, au nord jusqu'à
* M. Viquesnel, Carte de la Thrace. ^ Arrien, Exp. d'Alex,, I, c. i, §4.
TAngitas, à l'ouest jusqu'au Strymon. Un autre contre-fort part du mont Ali-Boutousch, et atteint le Strymon au nord de Sintia (Démir-Hissar) ; nous Fy retrouverons quand nous décrirons les montagnes du centre. Dans la région supérieure de la chaîne secondaire, le Périn-Dagh (6600) se continue jusqu'au Strymon par le mont Ploksa; nous Ty retrouverons également. Remarquons dès à présent le caractère sauvage de toute celte région, qui n'a été véritablement mise en lumière que de nos jours, par M. Viquesnel, et qui, dans une surface de 40 lieues sur 20, ne présente qu'un très-petit nombre de cols, tous très-difficiles. Dans la chaîne principale, le célèbre voyageur n'en a personnellement reconnu que deux ^ l'un près du mont Dozpat, l'autre entre le Dozpat et le Tchadir-Tépê. Les cols sont élevés en moyenne de 5000 à 6000 pieds; celui de Kreschna seul est à 2800 pieds.
« La configuration du Rhodope est telle, dit M. Roué, qu'elle peut servir de muraille infranchissable du côté de la Macédoine. Aucune vallée longitudinale du Rhodope ne le traverse en entier, tandis qu'il est coupé du nord au sud par d'énormes fossés aisés à défendre, et que ses croupes sont fortifiées par des forets, des précipices, et quelquefois des neiges. Ce ne serait qu'entre la mer Egée et ces montagnes qu'un ennemi pourrait s'aventurer; mais cette longue gaîne, bordée de pentes rapides, offre tous les moyens pour arrêter l'ennemi^ pour l'y battre, ou même l'y enfermer^. » On se figure aisément ce que pouvaient être ces contrées, encore si barbares de nos jours, quand elles étaient occupées par les Msedes et par les Desses.
1 M, Viquesnel, Carte de la Thrace. -' A. Boue, IV^ 42.
montagnes du nord.
Au nord, de même qu'à Test, les montagnes servent constamment de frontières, et cette ligne continue estTormée par THémus (Balkhan) depuis le Tchadir-Tépê, où il opère sa jonction avec le Rhodope, jusqu'au Scardus (Schar), où il se relie par un contre-fort avec le Scordus (Baba-Dagh). Il décrit une première courbe autour du bassin supérieur du Strymon, dont il forme la ceinture, et cette courbe aboutit au mont Orbélus (mont Spatz), haut de 6000 pieds. Dans cette section on remarque le Rilo-Dagh, point culminant de toute la région macédonienne, qui a des sommets de 9000 pieds ; le Scomius (Vitocha, 6900), un peu en dehors de la ligne, mais très-voisin et du haut duquel Philippe essaya de voir les deux mers i,^; et le Kourbetska (3600 à 4500). Tout à fait au nord et aux sources du Strymon la chaîne s'affaisse, et n'a guère plus de 2000 pieds. Un petit contre-fort se détache de THémus au-dessus du Rilo-Dagh et forme le massif du montKoniavo (4500). Cependant les cols abondent le long de la vallée du Strymon, qui ne devient étroite et difficile que dans sa partie moyenne, un peu plus au midi, et c'est évidemment là un des points principaux par lesquels se sont opérées les invasions.
L'Hémus décrit une seconde courbe, moins prononcée, autour du bassin supérieur de TAxius (Vardar), depuis le mont Orbélus (mont Spatz) jusqu'au Scardus (Schar). Dans cette section on remarque le Kara-Dagh, qui s'étend du mont Orbélus à F Axius, dans la direction du sud-est ; le
* Liv., XL, 22. ^ A. Boue, 1, 163-165.
mont Mlav, qui flanque à l'est le petit bassin du Lépénatz; le pic de Liubétin «, pyramide triangulaire de 6400 pieds, dont les ramifications flanquent le même bassin à l'ouest , le pic de Kobélitza (7389) ; le Scardus (8000) et ses derniers escarpements ; le Hess (4500), qui aboutit au Drin blanc : le Jalesch (4000), qui aboutit au Drilo (Drin noir). A Touest du Spatz est un premier col (2500)^ que nous appellerons col de Komanova. Entre le mont Mlav et le mont Liubétin, le long du Lépénatz, se trouve le défilé de Katschanik, profond et tortueux, rétréci près de Katschanik par un rocher à travers lequel il a fallu creuser une galerie de trente pieds pour se frayer un passage. A l'ouest du pic de Kobélitza se trouve le col du même nom (6380). Sur l'autre rive de TAxius, entre ce fleuve et la Podolitschka, le mont Dervenska semble être le prolongement du Kara-Dagh : il est traversé par un col qui correspond au col précédent, et aboutit, comme le col de Katschanik, à Scupi (Uskiup), dans la vallée moyenne de l'Axius. Ces basses cavités, peu nombreuses sans doute,, sont suffisantes^ parce qu'elles sont de facile accès ; elles sont toutes dirigées du nord au sud, toutes parallèles sur le versant septentrional aux affluents du Danube, sur le*versant méridional aux grandes vallées de l'Axius et du Strymon, et c'est par elles que la région macédonienne a reçu une grande partie de ses envahisseurs*.
Montagnes du centre.
Il nous reste à raccorder les montagnes du centre avec les chaînes principales que nous venons d'étudier. La Ma-
1 A. Boue, I, 69-71. î A. Boue, I, 169-171.
cédoine, c'est encore M. Boue qui en fait la remarque, est coupée du nord au sud et de Touest à Test par des montagnes en sens contraire, qui donnent à ses plaines l'aspect d'auges quadrangulaires, allongées dans des proportions très-inégales. Cette observation est féconde pour la géographie ancienne du pays : elle explique pourquoi les Péoniens, les Tliraces et les lUyriens se sont obstinés à vivre par cantons, et la répartition des anciennes peuplades sur le sol macédonien permettra d'en apprécier toute la valeur. Nous rattachons aux montagnes du nord, et par conséquent à l'Hémus,, toutes les chaînes verticales courant du nord-ouest au sud-est, parallèlement aux vallées du Strymon et de TAxius ; toutes les chaînes courant de Test à Touest, à la gauche de l'Axius, se relient au Rhodope ; toutes celles qui courent de l'ouest à Test, à la droite de l'x^xius, se relient au Bertiscus et au Bercétésius, qui répondent au Pinde septentrional.
Parmi les chaînes verticales, la plus orientale et la plus longue suit la vallée du Strymon, dont elle forme la ceinture à l'ouest. Elle part du mont Orbélus (Spatz), et aboutit sur la rive droite du bas Strymon, en face des dernières ramifications du Pangée. Sa hauteur varie de 1500 à 6000 pieds, et ses sommets les plus élevés sont aussi les plus rapprochés du mont Spatz. La section supérieure s'étend du mont Spatz au mont Malesch (5100) ; malgré son importance, elle n'a pas de nom générale La région moyenne, comprise entre le mont Malesch et le mont Sultanitza, contourne le bassin du Pontus (Stroumnitza), et se développe à Touest, comme la seconde chaîne du Rhodope, par un renflement subit, mais beaucoup plus allongé, qui lui donne l'aspect de deux chaînes à peu près parallèles.
* M. Viquesnel, Carte de îaThrace.
La chaîne au nord du Pontus (mont Plaschkavitza, 5000) renferme le col de Radovitch (2000) ; la chaîne au sud (mont Vélitza, mont Tchengel) renferme le col de Stroumnitza (2000) ; ces deux passages se correspondent et servent de communication du nord au sud. Au point où les deux chaînes se rejoignent, c'est-à-dire à leur extrémité occidentale, est le col du mont Serta, qui sert de communication de Test à l'ouest. La section inférieure renferme le mont Sultanitza (3000) et expire aux bouches du Strymon\ C'est à cette section tout entière qu'il faut donner le nom de mont Cercine : on ne peut pas en exclure la partie inférieure, car le nom de lac Cercinitis, donné par les anciens au lacTakinos, ne serait plus justifié; on ne peut en exclure la partie supérieure, car des faits acquis à Thistoire prouvent qu'elle portait aussi ce nom ^. Enfin c'est gratuitement et sans motifs plausibles qu'on rejetterait le mont Cercine au delà du Strymon, sous prétexte qu'il était en Thrace, car tous les peuples sont thraces jusqu'à cette chaîne, et la Macédoine proprement dite ne commence que sur l'autre versant. On y trouve les cols de Betschik et de Lahana. Si l'on excepte le nom de Cercine, applicable à toute la région inférieure, tous les cols et toutes les montagnes de cette chaîne sont sans équivalent dans la géographie ancienne.
Parallèlement à la double chaîne du Pontus (Stroumnitza), depuis le mont Dovanitza jusqu'à la rencontre du mont Serta, aux abords d'Istib, des cimes ondulées dehiiu^ teur moyenne (1200) courent de l'est-nord-est à l'ouestsud-ouest. Ce sont des plates-formes toutes en pâturages (mont Poimainion?)^, qui n'ont pas de nom particulier et qui n'opposent pas d'obstacles réels à la circulation. Plus au
* A. Boue, I, 175. -^ Steph., v».
2 Thuc, II, 99, 100.
nord, une autre chaîne se détache un peu au-dessus du mont Orbélus (Spatz); plus courte, elle est aussi plus abrupte, et on y remarque le col de Stratsin (2900), qui se rehe au col du Piantza * et établit la communication entre les bassins supérieurs du Strymon et de FAxius. Le prolongement du Karadagh, depuis l'entrée du défilé de Katschanik jusqu'à la rive gauche de TAxius, est le dernier de ces contre-forts. Il est évident qu'on ne peut pas rattacher les deux précédents au Rhodope, quoiqu'ils courent à peu près de Test à l'ouest; mais la difficulté, plus apparente que réelle, disparaît, si on remarque que le Rhodope lui-même n'est qu'un contre-fort de l'Hémus, plus oriental que les précédents.
Entre l'Axius (Vardar) et le Rertiscus (Tourianska) courent du nord-ouest au sud-est, à peu près à égale distance de la chaîne h l'ouest et du fleuve à l'est, les monts Babouna, très-âpres, dont la hauteur varie de 5000 à 4000 pieds; le mont Koziak (3484) est un de leurs sommets. Au nord du mont Koziak, le col de Derbend, dit aussi col du Babouna (2500), et au sud le col de Plevait (2684), servent de passage entre les vallées supérieures de l'Erigon (Karasou) et de l'Axius (Vardar) 2. Un contre-fort s'en détache au ' nord-est et aboutit sur la rive droite de TAxius, en face de Scupi (Uskiup), au mont Kartschiaka; un autre, plus septentrional, le mont Vlainitza, court parallèle au mont Dervenska, que nous avons déjà signalé comme prolongement du Kara-Dagh à l'ouest. Enfin, au sud-est, un contre-fort part du mont Koziak, et aboutit au confluent de l'Axius et de l'Erigon : dans ce contre-fort est le col de Trojak (1500) *. A l'ouest des monts Babouna, plusieurs ramifications assez ardues s'étendent jusqu'à l'Erigon ; elles se relient au Ber-
^ A. Boue, 1, 172, 175. î A. Boue, I, 180.
- A. Boue, I, 181, 182.
tiscus par d'autres prolongements, dont les monts de Slivova sont les plus élevés (3483).
Au sud de TErigon, et parallèlement aux monts Cambuniens, se développe, à partir du col du Néretschka, dans la direction du nord-est, le mont Bora (mont Nidsche, 6000 à 7000), qui se relie aux derniers prolongements du mont Serta, dont il n'est séparé que par l'Axius. C'est sans doute du mont Bora que provint à l'origine le nom d'Hyperboréens, donné parles Grecs aux peuples plus septentrionaux, rejetés en effet au delà du mont Bora, et complètement barbares. Les colonies Cretoises, qui sont les plus anciennes et les plus éloignées de la mer, n'ont pas dépassé cette limite. Ainsi la chaîne centrale du Bora, très-élevée et jointe par le mont Serta aux monts Plaschkavitza, forme, du mont Néretschka au mont Malesch, une muraille qui isole complètement la Macédoine supérieure des plaines méridionales. De cette muraille se détachent, le long de l'Axius (Vardar), le mont Janitza et le mont Païk, dont les dernières collines répondent à la position de Pella (AUah-Kilissia) ; le plateau de Vodéna, répondant à la position d'Edesse (Vodéna), et duquel on voit TOlympe^ ; plus à l'ouest, le Kara-Dagh, qu'il ne faut pas confondre avec le contre-fort qui part du mont Orbélus (Spatz) ; le Bermius (mont Doxa, mont Bourénos, - 3000), qui s'étend presque horizontalement depuis Bérée (Verria) jusqu'en face de Gélétrum (Castoria), tourne au nord-ouest, et rejoint le mont Bora au col du Néretschka. Le Bermius envoie en tous sens des ramifications, dont la plus puissante refoule profondément au sud le lit de l'Haliacmon (Indje-Karasou), et correspond avec le col de Volustana (col du Sarandaporos) ; quelques autres s'étendent autour des petits lacs de Gélétrum (Gastoria), Bégorritis
1 M. Viquesnel, Mém, de la Soc. de géoL^ 2^ série, I, 255.
(Sarigul), d'Ostrowo, deTélowo, qu elles entourent comme d un bourrelet.
Hydrographie sommaire : versant adriatique.
Les cours d'eau de la région macédonienne appartiennent à deux versants ; tous ceux qui naissent à l'ouest de la ligne centrale/ dont le mont Dormitor et le col de Portaes sont les points extrêmes, appartiennent au versant occidental ou adriatique ; tous ceux qui naissent à Test de cette ligne centrale appartiennent au versant oriental ou égéen.
Le versant adriatique, sauvage et étroit, presque entièrement montagneux et improductif, répond environ au quart de la contrée, et comprend tous les bassins côtiers de l'ouest. A partir du golfe Rhizonique (bouches de Cattaro), les cours d'eau s'y succèdent dans Tordre suivant :
L'Oriundès (Moratscha), le cours d'eau le plus considérable du paysdesLabéates,etdontle nom nous a été transmis par Tite-Live, naît au mont Dormitor, traverse le lac Labéatis (lac de Scutari) et prend le nom de Barbanna iBojana) dans son cours inférieur. Le Barbanna porte bateau jusqu'à Scodra (Scutari) ; le Clausala (Kiri ou Drinassi) se jette dans le Barbanna à gauche, un peu au-dessus de Scodra ^
Le Drilo (Drin noir) sort du lac Lychnitis (lac d'Ochrida), dont il est le canal d'écoulement; son cours, très-encaissé, se dirige du sud au nord entre des roches élevées ; ensuite il tourne au nord-ouest, reçoit le Drin blanc, qui part du Scordus (Baba-Dagh), incline définitivement à l'ouest, puis
1 A. Boue. I. 81. 82.
au sud-ouest, et a son embouchure au sud de Scodra. Le lac Lychnitis, qui rappelle à M. Boné le lac de Genève S est remarquable paria beauté de ses rives, la transparence de ses eaux, et les poissons qu'il nourrit, principalement les anguilles. LeBertiscus et les monts de Candavie encadrent au sud et à Pest cette vallée étroite et lui envoient un grand nombre de torrents \ Dans le cours inférieur du Drilo, la rive gauche est bordée par le contrc-lbrt très-élevé du Kiapha-Mala, et renferme les petits bassins du Saphuschar ^ et de l'Ardaxanc^. La rive droite est une plaine unie, élevée de oO à 40 pieds seulement au-dessus du lit du Barbanna, et cette plaine se continue au delà du fleuve jusqu'aux premiers gradins du massif du Monténégro. C'est la seule plaine un peu étendue du versant adriatique.
Le Mathis (Mati) naît dans les montagnes de la Doukagine, se grossit de plusieurs affluents, dont Tun, l'Artatus (Oracha), est mentionné par Tite-Live ^ et il traverse des défilés pour atteindre son embouchure. Souvent à sec en été, comme la plupart des rivières de cette côte, il est dangereux dans la saison des pluies, à cause des grosses pierres qu il roule, et de la rapidité de ses eaux.
L'Isanus (Hismo), le Panyassus ou Panissa (peut-être le Tergusa, affluent de l'Hismo), TUluléus (Arséni), le Palamnus (Dartsché),sont de véritables torrents; TUluléus est le plus considérable. Ils prennent tous naissance entre les monts delà Doukagine et le Gabar-Ealkhan. Le Genusus (Scumbi) sort des montagnes de Gandavie; c'est déjà un petit fleuve, et il tire une grande importance de la voie Egnatia, qui suivait presque tout son cours ^.
L'Apsus (Ergenl ou Usumi) naît dans le montGrammos,
* A. Boue. 1. 70. 4 poiy]). VIII. 15
2 Le lac Lychnitis a 98 kilomëlres ;> Liv. XLllI '21
de circonférence.jPûuqueviUe. II. 407.) « M. ViquesneL i\Jem, de la Soc. de
3 A. Boue. I. 82. géot, ire yérie. V. 90.
et reçoit assez près de son embouchure TEordéus (Devol) , qui part du col du Néretschka, traverse plusieurs lacs, et est aussi considérable que lui *. Les vallées supérieures de ces deux rivières sont escarpées et étroites; l'espace intermédiaire, âpre et montueux, est dominé par le Tomor, et on y trouve les défilés d'Antipatria (Bérat), C'est au bassin inférieur, à partir de ces défilés, qu'il faut appliquer le témoignage de Plutarque^, lorsqu'il nous représente TApsus coulant au milieu d'un grand et profond marais, et égal au Pénée pour la largeur, la roideur et la vitesse de son cours. Sa source, placée par les anciens au mont Bercétésius, détermine la position de cette montagne.
L'Aoûs (Voïoussa) prend sa source au mont Lacmos (Zygos), et traverse dans son cours supérieur, comme les deux rivières précédentes, une vallée étroite^, qui n'est qu'un long défilé entre les monts Mitschkéli et Smolika. Elle reçoit à droite la Deschnitza, se resserre encore aux défilés d'Antigonée (col de Clisoura), entre les monts Asnaus (Trébusin) et iEropus (Pélagos), reçoit ensuite, à gauche, le Gélydnus (Dryno) et le Polyanthus (Soutchitza) \ et se jette dans la mer à 10 stades (1330 mètres) d'Apollonie (Polina). Son cours inférieur est navigable, et plusieurs fois, dans l'antiquité, les flottes y cherchèrent un abri.
La presque totalité de ces cours d'eau, et parmi eux tous ceux qui ont de l'importance à partir du Drilo, se dirigent uniformément de Test-sud-est à l'ouest-nord-ouest. Le pays est difficile, mais les forêts et les pâturages y abondent, et les plaines, très-rares il est vrai, qui sont le long des côtes, sont d'une grande fertilité.
* M. Viquesnel. Mém. de la Soc. de ^ M. Viquesnel. Mém. de la Soc. de géol 4re série. V. 96. géol. 2« série. I. 279.
* Plut. Flamin. * Von Hahn. Carte de l'Albanie.
Versant égéen : bassins de la Thessalie.
A Test, la scène change et tout prend [des proportions plus Yastes, un aspect moins âpre et moins aride ; les torrents deviennent des fleuves, les vallées de petites plaines; souvent les montagnes s'affaissent et se convertissent en pâturages, les coteaux se couvrent de vignes, et les champs des plus riches cultures. En suivant le littoral dans un rayon de 15 à 20 lieues, presque partout le territoire est fertile. Au delà de celte zone, le sol est souvent montueux et ingrat comme sur le versant adriatique, mais ce n*est pas sans exception, et plus d'une vallée délicieuse existe à Tabri de chaînes élevées. Le centre est occupé par une plaine très-riche, propre à devenir le noyau d'un grand empire. On trouve tout à l'entour des villes opulentes, bâties sur un emplacement propice, et jouissant de toutes les facilités du commerce maritime, qui enrichit les nations, et de tous les produits qui les nourrissent. Enfin on sent qu'il suffirait d'un homme de génie pour y rassembler les éléments les plus essentiels d^un puissant Etat.
Le versant égéen répond aux trois quarts de la région macédonienne; il embrasse quatre bassins principaux : le bassin thessalien, le bassin macédonien ou intérieur, les bassins côtiers de la Chalcidice, et les bassins thraces du Strymon et du Nestus.
Le bassin thessalien répond exclusivement à la rive gauche du Pamisus et du Pénée. Le Pénée (Salamvrias) prend sa source au mont Lacmos (Zygos), à Topposé des sources de TAous, coule resserré entre le contre-fort du Kotziaka et
les rochers des Météora\ décrit une large courbe au sud et au sud-est, autour du Cercétius (Ardham) et de ses prolongements, remonte au nord-est, décrit ensuite au sud-est une seconde courbe moindre que la première, remonte encore au nord-est pour traverser le défilé de Tempe, et se jette un peu plus loin dans la mer Egée. Il reçoit à gauche rion (Cachias ou Gomerki), le Léthéus (Triccalino)^, qui suivent comme lui la direction générale du Cercétius, et sur l'autre versant de ce contre-fort, le Titarésius, qui forme un bassin secondaire très- intéressant entre le Cercétius et rOlympe; enfin, et presque à son embouchure, le torrent de Bourouvari^.
Le Titarésius (Vourgaris) sort du mont Titarius (mont Chapka); il reçoit adroite TOrcos (Sarandoporos), qui naît dans le col de Volustana (Vigla), et qui doit son nom moderne (ruisseau que Ton passe quarante fois) à ses sinuosités. A gauche^ il reçoit l'Eurolas, appelé aussi Europus% et le Cyrétius ou Cyralius (Xerias), dont le premi<^r naît au col de Pétra, et le second sur les pentes boisées qui séparent rOlympe de l'Octolophe. Dans son cours inférieur, sa vallée s'élargit et se confond presque avec celle du Pénée. Quoi qu'en aient dit Strabon et Pline l'Ancien^, d'après un passage d'Homère, dont Tinterprétation véritable demeure douteuse, ses eaux ne sont pas plus troubles que celles d'autres rivières, du Pénée par exemple, qui n'est à peu près limpide que dans le fort de l'été, au temps de ses plus basses eaux, et le nom d'Orcus, porté par un de ses affluents, lui a sans doute valu cette mauvaise réputation.
Sur la rive droite, le Pénée reçoit le Pamisus (Bliuri), dont le cours, presque horizon tal^, continue la frontière
* Kiep. Europ. Turk. ^ U.L. Heuzey. Carte de TOlympe.
2 D'Anville. Géogr. anc. Carte de '* Strab. VII. Fragm. la Grèce. 5 piin. IV. 15.
politique jusqu'au col de Porlaes, qui touche aux Athamanes. Quand il remonte au nord-est après sa première courbe, il reçoit TEnipée, qui lui apporte toutes les eaux de la Thessalie intérieure; enfin, à l'entrée de Tempe, il reçoit encore le trop-plein du lac Nésonis (Nézéro), et il porte bateau dans la moitié de son cours ^ La navigation du Pénée moyen et inférieur remonte à la plus haute antiquité ; il devait même alors être plus considérable qu'aujourd'hui. Plusieurs chefs en partent pour la guerre de Troie, et Gounéus a ses vaisseaux au pied du Cyphus; Pompée s'embarque à Larisse pour échapper à César. Sans doute le déchirement^ qui produisit le défilé de Tempe est de beaucoup antérieur à la guerre de Troie, mais il est bien difficile de dire si Tasséchement de la Thessalie centrale, et par conséquent de la vallée moyenne du Pénée, fut immédiat, ou s'il s'opéra graduellement. Neptune, c'est-à-dire un tremblement de terre^ en est le premier auteur % mais il ne Test pas seul, et la tradition veut que les Lapithes aient travaillé à ces déblais \
Bassin intérieur ou macédonien.
Depuis les bouches du Pénée (Salamvrias) jusqu'aux bouches du Nestus (Karasou), le versant égéen se compose presque exclusivement de bassins côliers, divisés en trois sections par deux trouées principales, qui répondent l'une au fond du golfe Thermaïque, l'autre au fond du golfe Strymonique. La section moyenne constitue les bassins côtiers
1 Plin. IV. 15. 3 pind. Pyth. IV. v. 246. schol.
2 Athén. Deipnosoph. XIV. p. 639. '» Fréret. Acad. inscr, XLVII. 11.
de la Chalcidice; par la trouée du golfe Strymonique s'écoulent toutes les eaux de la Thrace épictète, répondant aux bassins du Strymon (Strouma) et du Nestus (Karasou) ; par la trouée du golfe Thermaïque s'écoulent toutes les eaux de* la Macédoine proprement dite, répondant au bassin intérieur ou macédonien.
Le bassin intérieur ou macédonien renferme les deux bassins principaux de l'Haliacnion (Indjé-Karasou) et de TAxius (Vardar), les bassins secondaires du Lydias (Kara- Asmak) et de FEcliédorus (Gallico), et le bassin intérieur du lac Bégorritis (lac Sarigul) et du lac d'Ostrowo.
L'Iïaliacmon (Indjé-Karasou, ou fleuve fou, ainsi appelé parce qu'il a le cours variable et impétueux d'un torrent) naît dans la partie septentrionale du mont Bercétésius (montGrammos), coule à peu près régulièrement du nordouest au sud-est pendant la moitié de son cours, remonte au nord-est un peu au-dessus du col de Volustana, et incline à l'est quelques lieues avant son embouchure; il se jette dans le golfe Thermaïque en face de Thessalonique. Au nord, sur la rive gauche, son bassin est resserré par les contre-forts du Bermius (Bourénos), dont les pentes incultes se prolongent jusqu'aux bords dufleuve et ne s'en éloignent que dans sa vallée inférieure, au-dessous de Bérée (Verria); au sud-est, les monts Piériens et les monts Cambuniens longent aussi de très-près sa rive droite, et c'est seulement dans la partie occidentale de cette rive, entre l'Hahacmon supérieur et le mont Stymphé, que la plaine s'élargit pour former une vallée de 2 à 10 lieues de large, sur plus de 25 lieues de long. Cette vallée est une des plus belles de la Macédoine, et renferme seule des affluents de quelque importance.
L'Haliacmon reçoit à gauche les eaux du lac de Célétrum (Castoria), qui s'échappent à travers des collines de 60 à
80 pieds, par un canal d'écoulement de 250 à 300 pieds de largeur^; entre ce canal et la partie la plus méridionale de son cours, le mont Bermius (Bourénos) ne lui envoie que des torrents, coulant entre des collines élevées et incultes comme entre des murailles parallèles. En remontant vers le nord-est, les ruisseaux sont moins nombreux et plus larges, et il y a quelques cantons fertiles dans les petits bassins de laVendja et de la Métissa, qui avoisinent Bérée; le versant oriental du Bermius (Doxa).et du Xérolivado est même renommé pour sa belle végétation et la fraîcheur de ses ombrages. A droite, les affluents principaux de FHaliacmon sont la Bélitza, la Primoritza, le Grévénético et le Vénético, qui sont sans équivalents dans l'antiquité; leurs vallées inférieures se confondent avec celle de l'Haliacmon, qu'elles élargissent, et les bassins des deux derniers sont susceptibles d une riche culture. Au delà du Vénético, à partir du rapprochement des monts Cambuniens proprements dits avec le mont Bermius (Bourénos), la rive droite devient à son tour âpre et torrentueuse ; un seul des ruisseaux de cette section a un nom chez les anciens : c'est TAlcordus (Khrasopouli) ^, qui appartient au bassin tout à fait inférieur, entre l'extrémité nord des monts Piériens et le rivage égéen.
Le lac de Célétrum (Castoria), qui est un réservoir de l'Haliacmon, paraît êtr^ un ancien cratère; situé à 1923 pieds d'élévation, il a 2 lieues de diamètre et 68 pieds de profondeur. Il est entouré, comme le lac Ascuris, d'une ceinture de montagnes (2150 à 2400) et bordé par une plaine cultivable qui, selon M. Viquesnel, a de 1 à 2 lieues de large 3, et selon M. Boue* n'a qu'une demi-lieue. La pé-
1 A. Bpué. I. 187. 188. s M. Viquesnel. Mém. de la Soc. de
« M. L. Heuzey. Carte de TOlympe. géol. 2e série. I. 246.
* A. Boue. 1. 187.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE LA MACÉDOllSE. 4l
ninsule de Kostel s'en détache à Touest, et est unie à la terre ferme par un isthme rocheux d'environ un quart de lieue. Les eaux du lac paraissent avoir été autrefois plus abondantes, et il serait possible, de même que pour le lac Ascuris, de les écouler presque entièrement.
Le lac d'Ostrowo, formé par TEordaïcus, a 2 lieues de long sur 1 lieue de large, et 144 pieds de profondeur*. Entouré à Touest et à Test par les ramifications extrêmes du mont Bora (Nidsche) et du mont Kara-Dagh, il est sans écoulement apparent, quoiqu'il reçoive les eaux du petit lac Sarigul (Bégorritis) et de FEordaïcus, qui lui sert de canal 2. H est probable cependant qu'il y a des communications souterraines entre ce lac et le lac de Télowo, qui a lui-même des débouchés visibles, et qui n'en est séparé que par le col de Vladova.
Le Borboros-Limen (lac de Jannitza), bordé à Touest par le mont Xérolivado, à l'est par les dernières collines du mont Jannitza et du mont Païk, est sans rivages et sans limites précises, sauf sur certains points à Test. Dangereux d'accès, et plus vaste qu'anciennement, il occupe le centre d'un petit bassin, autour duquel rayonnent plusieurs rivières importantes à reconnaître pour la géographie ancienne. Ce sont : à l'ouest, le Gouléma-Riéka^ appelé aussi rivière Saint-Elie, le Javornitza; au sud, le Lydias (Kara-Asmak^ ou Mavro-Néro), par lequel s'écoulent les eaux du lac; au sudest, entre les collines du Jannitza et du Païk, le Koniskowo, parallèle à l'Axius et sortant du Païk; au nord, le Rhédias (Tcherna-Riéka, ou Moglénitico), qui traverse Tancienne Almopie et reçoit la Bélitza et laNotia^ Au nord-est, le Vodéna, qui part du mont Bora (Nidsche), reçoit les eaux
* M. Viquesnel. Mém. de la Soc. de ^ î^. dé la Goulonche. liev» des soc, géol. 2e série. I. 253. sav, IV. 785 el suiv.
2 Kiep. Eur, Turk,
du lac de Télowo (1 lieue de long sur 100 à 200 pieds de large) S et des autres lacs de TEordée, celles du mont Cita- *rion (Turlo), Tun des sommets du Kara-Dagh, le Rhédias (Tcherna-Riéka), le Paléocastro, et se perd dans les marais, à rentrée du lac de Jannitza.
(( Le plateau de Vodéna, dit M. de la Coulonches est de forme demi-circulaire, haut de 120 à 150 pieds; coupé à pic sur trois côtés, il est adossé aux contre-forts de deux hautes montagnes, dont les pentes, s'abaissant, livrent passage aux eaux réunies de plusieurs lacs. Ces eaux circulent partout claires et limpides sur le plateau, se répandent en cascades jaillissantes sur les flancs presque perpendiculaires du rocher, et se perdent ensuite au milieu d'une forêt de jujubiers, de saules et de platanes. » Cousinéry et M. Boue ^ ne vantent pas moins la fraîcheur délicieuse de ce beau site et la magnificence de son point de vue. Le dernier affluent du Vodéna à gauche, le Paléocastro, naît aux environs de Cyrrhus(Paléocastro);sa source bouillonnante et limpide est regardée par les anciens, et aussi par les habitants actuels, comme un bras souterrain de FAxius, passant à travers le mont Païk*. C'est ainsi qu'en France on attribue aux infiltrations de la Loire la source du Loiret à Olivet. La plaine au sud de Vodéna est marécageuse et semble avoir été anciennement le fond d'un lac ou d'une baie : le fond sablonneux de la partie qui avoisine la côte confirme cette opinion ; il est vraisemblable qu'anciennement le golfe Thermaïque s'est prolongé jusque-là, et que la mer s'est retirée peu à peu devant les atterrissements. Le Lydias est encore navigable aujourd'hui dans tout son parcours, mais les embouchures de l'Haliacmon et du Lydias ont changé
1 M. Viquesnel. Mém. de la Soc. de » Cousinéry. Voy. en iMacéd. I. 78. géol, 2« série. I. 254. — A. Boue. 1. 186.
2 M. de la Coulonche, Rev.dessoc, ^ M. de laCoulonche. Rev. des soc, sav. IV. 649. sav. IV. 785 et V. 121-131.
d aspect. Les sables jetés dans la plaine par rHaliacmon ont exhaussé le terrain et obligé le Lydias, autrefois son tributaire, de se rejeter plus à Test. Il y a rencontré TAxius, dont le cours s'était modifié en sens inverse, et les deux fleuves coulent réunis pendant 2 lieues environ. Il y a une distance de 2 lieues entre l'embouchure de l'Haliacmon et celle de l'Axius.
L'Axius (Vardar), dont le nom en (Halecte crétois veut dire, selon Hésychius de Milet, fleuve aux rives boisées, est le bassin central de la région macédonienne, qu'il coupe diagonalement en deux parties presque égales, du nordouest au sud-est. Il prend sa source au mont Scardus (Scliar) *, coule du sud-est au nord-est pendant une quinzaine de lieues et tourne au sud-sud-est pour ne plus abandonner cette direction. Son cours supérieur, divisé en plusieurs bassins par les chaînes opposées du Kara-Dagh et du Dervenska, du Serta et du Kafadârtzi, est séparé des plateaux avoisinants par une vallée d'une demi-lieue, qui est très-fertile. Dans son cours inférieur, au-dessous de Négotin, cette vallée, resserrée à Touest par le Kafadârtzi, le Péternick, le Rojowa et le Païk, s'étend davantage à l'est, et se confond bientôt avec celle de l'Echédorus (Gallico)^ Elle consiste alors principalement en pâturages; sur le Uttoral, le sol, sablonneux et imprégné de sel, est mal cultivé.
A sa droite, TAxius (Vardar) reçoit le Podolitschta, qui sort du mont Dervenska; leDreska, qui sort des monts Babouna; leBabouna, qui sort des mêmes montagnes, a son confluent à Izbar ; ces petits bassins, tous à Test des monts Babouna, sont montueux, boisés et peu fertiles. L'Erigon (Karasou, Tzerna-Riéka, Vardar-Sarigoul), qui suit, prend sa source
' ^*ol- !"• ^3' 2 A. Boue. 1. 196-198.
dans le mont Bertiscus (Tourianska), coule du nord au sud, incline ensuite au sud-est, puis au nord-est, contrarié dans son cours par les derniers sommets du Babouna, se rejette à Test en face des derniers prolongements du mont Koziak, et tombe dans i'Axius à Polotsko. C/est le plus grand affluent de tout ce bassin, et il est supérieur à TAxius lui-même, dont le cours antérieur est moins long et moins alimenté que le sien. Il reçoit lui-même à droite le Slivova-Riéka, le Schemnitza, le Dragor ; à gauche, le Kandi'is et le Raetz. Le Dragor arrose Monastir, le Kandris Prilip; le Raetz, fortement encaissé entre de hautes montagnes, forme le petit bassin isolé deTrojak^ Ce senties affluents principaux; mais dans un parcours d'environ 00 lieues et dans une vallée large de 7 à 9 lieues, dont il occupe le centre , TErigon est grossi par plus de trente torrents, et son cours inférieur est rarement guéable. La plaine de Monastir, qui forme son bassin moyen, est une des plus belles de la Macédoine, et présente dans une étendue de 15 lieues sur 3 les plus riches cultures^. Au-dessous de son confluent avec FErigon, TAxius reçoit encore la Vélitza et te Lydias (Kara-Asmak).
Les affluents de TAxius, à gauche^ sont disposés plus symétriquement et coulent généralement de l'est-nord-est à Touest-sud-ouest. Le Lépénatz, qui sort du col de Katschanik% traverse le Kara-Dagh et a son confluent au-dessus de Scupi (Uskiup). L'Egri-Déré prend sa source au mont Dowanitza ; il coule d'abord dans un lit très-encaissé, comme dans une fente, traverse ensuite la plaine élevée de Mustapha, et a son confluent entre Uskiup et Koprili. La Brégalnitza prend sa source dans le mont Piantza, au sud-est du montDovanitza, passe à Istib, et a son conQuent entre Izbar
g 1 A. Boue. I. 180. ciété de géologie. 2^ série. I. 243.
Ç 2 ]jf, Viquesnel. Mémoires de la So- ^ A. Boue. I. 170.
et Pololsko. Les pâturages abondent dans les bassins de la Brégalnitza* et de TEgri-Déré; les collines sont herbées jusqu'au faîte, et le pays est susceptible de nourrir de nombreux troupeaux; mais dans tout ce vaste bassin, la plaine de Monastir est incontestablement ce qu il y a de meilleur et de plus fertile. L'Axius est traversé, à 4 lieues au-dessus de son embouchure, par un pont qui existe à peu près au même point depuis une haute antiquité. Il avait antérieurement un autre lit plus à l'est, et on peut en suivre la trace à partir de ce pont pendant plus de 2 lieues.
L'Echédorus (Gallico) prend sa source au mont Tchengel, et son bassin, de 18 à 20 lieues de long, est resserré entre les monts de la Vélitza à Touest, et les monts de Langasa à Test. Le volume de ses eaux est peu considérable^ et lors de Texpédition de Xerxès, il fut mis à sec par les Perses^. Sa vallée est peu fertile, cependant elle renferme quelques terres à blé. Son embouchure se perd dans les sables (gouffre du Cheval).
Bassins côtiers de la Piérie et de la Chalcidice.
Les bassins côtiers de la Piérie, compris entre le bassin thessalien et la trouée du bassin intérieur ou macédonien, sont adossés aux vallées du Titarésius et de l'Haliacmon inférieur, dont ils sont séparés par le mont Olympe et par les monts Piériens. Les cours d'eau dont ils se composent sont de véritables torrents; une pluie d'orage amène infailliblement une inondation, et ces inondations sont si soudaines et si terribles, qu'elles entraînent les animaux, les maisons,
* A. Boue. I. 174, « Hérod. VIL 128.
et les hommes eux-mêmes ^ C'est surtout à leurs effets destructeurs que Ton doit de ne pas rencontrer en Piérie un plus grand nombre de monuments anciens.
Le ruisseau de Bourouvari, affluent du Pinde, qui passait auprès de Tancienne Phila, est le premier torrent de rOlympe sur le versant oriental. L'Apilas, qui le suit, prend sa source dans TOctolophe, au mont Métamorphosis, coule au fond de ravins boisés qui répondent à la forêt Callipeucé , et a son embouchure au sud d'Héracléum (Platamona). Entre le mont Analepsis et le mont Detnata, la Ziliana prend naissance; elle arrose la contrée appelée Libéthra ou Libéthria (Canalia), consacrée par le culte des Muses; les Grecs lui donnaient le nom de Sys ou de Sanglier, à cause de ses dévastations, et elle le justifie encore de nos jours. UEnipée (Vythos) part du massif de l'Olympe, en face du Kaloghéros, coule dans des fentes profondes à travers les précipices, reçoit toutes les eaux du plateau supérieur, et conserve très-près de la côte ses rives escarpées. UHélicon (Potoki) sort du col de Pétra, longe la base de l'Olympe au sud-ouest du mont Olocrus, s'enfonce sous terre au-dessus des ruines de Dium (Malathria), et, après un cours souterrain d'un peu plus d'une lieue (22 stades), il reparaît sous le nom de Baphyras^, C'est dans le Baphyras que se jette l'Enipée, après avoir contourné un dernier plateau sur lequel Persée avait assis son camp. Les deux fleuves réunis se confondent dans une même embouchure, et se perdent au milieu des marais, à 2 lieues de leur confluent 3. Dans Tété ces torrents, si dangereux après un orage, sont presque entièrement à sec, et il faut, si on veut de l'eau potable, creuser le sol au bord de la mer, oii l'on trouve des sources. L'Œson (Mavronéri) sort du col de
1 M. L. Heuzey. le Mont OlympeM, ^ M. L. Heuzey. 153. 154.
2 Id. ibid.m.
Pétra comme l'Hélicon, mais au nord du mont Olocrus ; le Leucos (Pélikas ou Sfétili) sort des monts Piériens. Ils ne sont pas plus importants que ceux qui précèdent, mais ils ont un cours plus paisible ; .c'est dans leur plaine que s'est livrée la bataille de Pydna. Le Mitys naît dans la forêt Piérienne, c'est-à-dire dans les bas plateaux des monts Piériens, qui sont très-boisés. Depuis le Mitys jusqu'à l'Haliacmon, on rencontre encore plusieurs torrents, mais ils sont sans équivalents dans la géographie ancienne.
La côle^ pierreuse et aride dans cette première section, devient sablonneuse dans la trouée intermédiaire, et on y chercherait vainement un caillou. Entre rAx,ius et l'Echédorus, la plaine est inculte ; entre l'Echédorus et Therma ou ïhessalonique, elle produit du blé et renferme des pâturages *. Les bassins côtiers de laChalcidice^ compris entre TEchédorus et le Strymon, sont très-nombreux; les anciens ne nous ont transmis les noms que de cinq ou de six. Entre Thessalonique et le promontoire Gigonis (Gonusa), un fleuve longe le Dysoron et arrose le territoire d'Anthémus ; il portait vraisemblablement le nom de cette ville. Au centre de la côte sud-ouest, entre le promontoire Gigonis et risthme de Pallène , un autre cours d'eau sort du principal sommet du Cissus (1965); ce doit être le Réchius ou Re^diias. Au fond du golfe Toronaïque, on trouve l'Olynthius (ruisseau de Poliéro), TAmnias ou Amnitès, et le Chabrius ou Chabrias (ruisseau d'Ouroumilia), de tous le plus grand, dont la vallée remonte entre le Cissus et le mont Gholomonda jusqu'au pied du Dysoron. Le Psychros (rivière de Platana) est tributaire du golfe Singitique. Enfin on donne le nom d*Aulon au canal d'écoulement du lac de Bolbé (lac de Betchik). Les presqu'îles secondaires de Pal-
i Gousinéry. I. 60.^61.
lène, (le Sitlionie et d'Acte, et la côte nord-est entre TAulon et le Strymon, n'ont que des torrents.
Les deux lacs de Langasa et de Betchik paraissent avoir été réunis anciennement, et, selon les cartes de MM. Leake et Kiepert S TAulon remonte jusqu'au lac de Langasa, recevant ainsi le trop-plein des deux. Le lac de Langasa, dont on ignore le nom ancien, a environ 2 lieues de long sur 1 lieue de large ; il est marécageux et ses eaux sont basses. Le lac de Betchik (ancien lac de Bolbé) a 4 lieues et demie de long sur cinq quarts de lieue de large ; il est plus profond, très-poissonneux, et plusieurs espèces de poissons de mer remontent jusque-là en été. Le petit bassin intérieur dont ils sont les réservoirs est parfaitement encaissé % excepté à Test, par où il s'écoule dans le golfe Strymonique ; il est alimenté par de nombreux ruisseaux sur toutes les pentes avoisinantes , bordé de beaux pâturages, et le paysage en forme de cercle qui Tenvironne est un des plus animés de la Macédoine.
La troisième section des bassins côtiers, séparée de la précédente par la trouée du Strymon, s'étend le long de la Piérie de Thrace et de la Parorée, depuis le Strymon jusqu'au Nestus, et n a de largeur qu'à ses deux extrémités; au centre, la mer Egée baigne le pied même des coteaux du Symbole. Les torrents qui l'arrosent à l'ouest partent du Pangée ; ils sont très-faibles et sans nom ancien. A Test, la côte, basse et sablonneuse, renferme quelques étangs salés, dont l'un, près duquel était l'ancienne Pistyre, avait, du temps d'Hérodote, 30 stades de circuit (1 lieue et demie) ^ Llle de Tliasos ne possède que des cours d'eau sans importance.
1 Leake. North. Gr.^ Kiep. Thess, ^ A. Boue. L 96. 97. Epeiros. 3 nérod. VIL 109.
Bassins du Strymon et du Nestus.
Les bassins du Strymon et du Nestus, joints aux bassins côtiers de la troisième section , répondent aux cours d'eau de la Thrace macédonienne, dite aussi Thrace épictète. Ce pays, occupé en majeure partie par des barbares, est mal connu des anciens géographes, qui paraissent en avoir ignoré absolument la plupart des accidents. Cependant il donne lieu à quelques observations générales, qui ont pour l'histoire et la géographie de la Macédoine une grande valeur.
Le Strymon (Strouma) prend sa source dans les monts Kourbetska (2400), traverse la plaine de Radomir, qui constitue son bassin supérieur, franchit les contre-forts du Koniavo, et arrose la plaine de Kustendil, autrefois Taurésium ou Justiniana Prima, qui constitue son second bassina Après s'être frayé un passage entre les contre-forts du mont Smaljitza et du mont Kreschna, il coule resserré entre des montagnes boisées depuis Djouma jusqu'à Melnik , oii les chaînes opposées du mont Ploksa et du mont Malesch lui donnent à franchir un nouveau défilé : c'est la première section de son bassin moyen. La seconde section s'étend deMelnik à Démir-Hissar^ anciennement Sintia, oii elle est limitée par les dernières croupes du mont Sultanitza à l'ouest et du mont Ali-Boutousch à l'est; son bassin inférieur répond à la plaine de Serès, ancienne Odomantique ; il y traverse du nord-ouest au sud-est le lac Cercinitis ou Prasias (lac de Takinos), est retenu encore une fois par
1 M. Viquesnel. Carte do la Thrace, et Mém. de la Soc, de gêol. 2* série. I. 220.
50 GÉOQ^^PPip ANCIENNE DE LA MACI^OOINB.
les collines extrêmes de la Bisaltique et du mont Pangée, et s'échappe par une étroite issue pour se jeter, 2 lieues plus loin, dans le golfe Strymonique*. Ainsi son cours, de 75 à 80 lieues, présente, comme celui de TAxins, une succession de cavités parfaitement circonscrites, et formant autant de bassins particuliers, très-favorables à la vie de tribu. Il reçoit : à droite, le Goranovitza-Déressi, qui sort du mont Orbélus (Spatz) ; le Pontus (Slroumnitza), qui sort des monts Vélitza, et qui est le plus considérable de ses bassins secondaires; le Bisaltès, cité par Etienne de Byzance, à la sortie du lac Cercinitis ; à gauche, la Dubnitza, la Bilska-Riéka, la Bistritza, dont le confluent correspond à peu près à celui du Pontus; la DouUi-Tchaï, qui passe à Sirris (Serès), et TAngitas (Anghista), qui reçoit le Gangitès et le Zygactès (rivière de Zigosto) ^.
M. Boue a nié l'existence des lacs de la région moyenne, que plusieurs géographes avaient introduits sur la foi de Pline l'Ancien. Il est certain qu'aujourd'hui les sept lacs mentionnés par Pline n'existent pas; mais est-on bien sûr qu'ils n'aient ])as existé? M. Boue pense lui-même que le bassin de Radomir a dû anciennement être un lac^, et les marais qu'il renferme encore autorisent cette opinion. Il est vraisemblable que ces lacs n'étaient pas tous aussi voisins de la source , et qu'il devait s'en trouver au moins quelques-uns dans son cours moyen. A partir du mont Kreschna jusqu'à Melnik, le Strymon coule dans le fond d'un ravin entre des murailles de 600 à 800 pieds de hauteur ^ ; il ne serait pas surprenant que, dans cette vallée si étroite, bordée de hautes montagnes, quelque éboulement analogue à celui déjà signalé dans le défilé de Katschanik eût créé un lac temporaire. De même, au confluent du Strymon et
1 A. Boue. I. 193-196. ^ A. Boue. I. 312.
^ M. Viquesnej. Carie delà Thrace. * A. Boue. I. 195,
(J^OÇil^APpiË PHYSIQUS p£ LA MA€£DÛI|I{«. gl
du Pontus, les inondations sont fréquentes et donnent parr fois l'aspect d'up lac. Enfin la vallée actuelle n'est pas tout à fait dépourvue de l^çs proprement dits, et, sans compter le Cercinitis, la carte de M. Viquesnel indique sur Ja rive droite, à l'est du mont Sultanitza, le lac de BoutkQvo ».
Le cours de TAngitas (Anghista) est très-remarquahle. Cette rivière prend sa source au mont Stragasch, Tun des sommets de la chaîne secondaire du Rhodope, et très-près du Nestus ; elle traverse le petit bassin quadrangulaire de Zernova, disparaît dans une sorte de gouffre (Katavothron), au pied du mont Bozdagh, en ressort sur le versant opposé ^ et parcourt la plaine de Prabescus (Drama). Retenue quelque temps à Test par les prolongements du mont Ménikion, elle tourne subitement à l'ouest, reçoit le Kourou- Dérê et le Gangitès, arrose un pays fertile entre le mont Ménikion et le mont Pangée, et se jette dans le lac Cercinitis. Le bassin particulier du Gangitès est occupé en grande partie par des marais ; le Zygactèsy est compris.
Le Nestus (Karasou) prend sa source au mont Tchadir- Tépê (7200) , à la jonction du Rhodope avec THémus, et traverse du nord au sud-est, dans un espace de 55 h 60 lieues, une vallée montueuse, qui n'est pas sans analogie avec certains cantons de la Suisse orientale. Son cours, plus rapide que celui du Strymon, et parfois encore plus encaissé, est grossi par un grand nombre de ruisseaux, la plupart sans importance, et tous sans équivalent dans la géographie ancienne. Sur la rive droite, il n'y a que des torrents de 3 à 5 lieues de développement ; à gauche, la Bistritza et le Dozpat-Déressi ont un cours d'une douzaine de lieues. Après avoir franchi le col du Ïchal-Tépê, le Nestus incline au sud, et se jette dans la mer Egée, en
* M. Viquesuel. Carte de la Thrace. ^ Cousinéry. II. 45-48.
face de Thasos, par une très-large embouchure, moins due au volume qu'à la violence de ses eaux. Son bassin sert en quelque sorte de transition entre la Macédoine et la Thrace; cependant il doit être compris dans la région macédonienne, parce que les rois de Macédoine, au temps de leur puissance, ont exercé une influence prépondérante sur les Msedes et les Besses, qui habitaient ses bords. La limite commune entre son bassin et celui de THèbre est aussi plus naturelle, et plus véritablement géographique.
Résumé.
Ainsi la région macédonienne a ses limites bien caractérisées à Textérieur, et ses divisions intérieures ne sont pas dessinées moins nettement. Elle s'appuie à l'ouest et à Test sur deux mers, qui forment le long de ses côtes des golfes profonds et des ports commodes; protégée, au nord et au midi, par les deux grandes chaînes horizontales de l'Hémus et des monts Gambuniens/ sa position est trèsforte, sa défense est très-facile, et elle posséderait encore aujourd'hui tous les éléments nécessaires pour constituer un puissant empire. Les bois de construction y abondent, et le sol y est, sur beaucoup de points, assez fertile pour suffire aux besoins d'une nombreuse population. Dans les conditions delà civilisation moderne; la centralisation y serait possible, grâce aux moyens énergiques et tout à fait récents dont elle dispose. Mais, dans l'antiquité, ces mêmes ressources faisaient défaut ; il n'est pas extraordinaire, quand on examine de près la configuration intérieure du pays, que la vie politique s'y soit de bonne heure étagée par cantons,
et que cet isolement volontaire se soit perpétué obstinément sur plus d'un point, même au milieu de la domination romaine. Ce ne sont pas seulement TlUyrie grecque, le bassin du Pénée, la Macédoine, la Chalcidice, la Thrace épictète, qui ont leur existence à part. Dans chacune de ces contrées, séparées l'une de l'autre par des obstacles réels, que la politique ne pouvait qu'atténuer sans les détruire, le fractionnementreparaissait, tout aussi spontané, encore plus multiple, et chaque tribu abritait son indépendance derrière une montagne ou derrière un défilé. Les vaincus ne s'assimilaient pas aux vainqueurs; ils combattaient jusqu'à ce qu'ils fussent exterminés ou réduits en esclavage, et ce n'est que dans la Macédoine proprement dite, où déjà les plaines s'élargissent, et après plusieurs siècles d'efforts, que les rois parvinrent à se faire accepter des tribus les plus voisines. Mais en lUyrie, comme au delà de l'Hémus dans la Dalmatie et la Mésie supérieure , les Romains eux-mêmes, pour arriver à réduire , furent obligés d'exterminer. C'est ainsi qu'ils triomphèrent des Ardyéens, des Scordisques et des Autariates; c'est encore ainsi que, jusqu'au temps des empereurs, ils durent triompher des Thraces.
Quoi de plus naturel en effet, si l'on tient compte de la géographie physique? Dans l'Illyrie grecque, on trouve un grand bassin incliné, celui du Drilo, long et rétréci ; ensuite autant de vallées horizontales qu'il y a de bassins côtiers, autant de chaînes parallèles qu'il y a de vallées, et conséquemment presque autant de tribus qu'il y a de vallées et qu'il y a de chaînes. Dans la Thessalie épictète, deux peuples différents répondent à deux plaines adossées; dans la Macédoine proprement dite, les bassins de l'Haliacmon et de l'Axius se subdivisent en compartiments irréguliers, tous bien circonscrits, presque tous capables de nourrir une peuplade. C'est de même dans la ïhrace épiclèle; c'est bien
§4 GËOGftAl^filE AiVGÎÈNNE bÈ l illÀGÉribiNÈ.
pis dans les bassins côtiers de la mer Egée, iet élirtout danâ la Chalcidice. Là les chaînes multiplient leurs ramificatiotls, les contre-forts s'entre-croisent, les rivages se décoilpeht en baies proCorldes, et d'étroites péninsules se iiiorcèlent pour formel^ des vallées restreintes, qui suffisent au dévéloppëttieht d'une ville autonome, d'une petite république. C'est ainsi que Ton tit)uve, du sixième au quatrième siècle avant Jésus-Christ, plus de quarante Etats libres dans Uil espace qui ne dépasse pas en superficie deux dé nos dépàrtemiehtg.
Si oh se représente lés siècles écoulés, les domihàtions qui ont à tbUr de rôle occupé le pays, les nombreuses localités mentionriëes dans les auteurs aricietis, les Questions beaucoup plus nombreuses soulevées par leur téUioignage, souvent contradictoire oU incomplet, on cothprend aisément que cette partie de la géographie ait été si Ibhgtémps à peu près incoUnué, et qu'elle soit encore d'Uhé étude très-difficile après les explorations partielles accomplies à l'intérieur depuis une trentaine d'années seUlemeUt.
CËAPITRE il •
Quoique rtiistoire des temps primitifs repose génératlemetit sur des données vagues et incomplètes, elle inspire cependant tin intérêt très-vif, qui, surtout aux derniers siècles, a séduit des esprits excellents, et ouvert un tâste champ à leuf sagacité. La valeilr des témoignages subsistants est très-inégale, mais elle est indubitable; tous k reconnaissent, et ne diffèrent d'opinion que sur le degré d'autorité qu'il faut leur attribuer. Les déductions les plus légitimes se tirent de là géographie physique, dont le caractère essentiel ne se modifie pas, et dont les lois générales ne peuvent pas être violées; des monuments, qui sont les débris encore vivants des empires disparus ; enfin des institutionç politiques et religieuses. C'est encore avec raison qu'on interroge les traditions locales, parfois si tenaces, et que Torl compare entre eux les documents répandus dans les auteurs anciens. Sans doute, si on exige pour ces époques reculées une certitude absolue, très-peu de faits survivront à cette épreuve ; beaucoup de faits même contemporains n'y résisteraient pas mieux. Nous ne croyons pas devoir être si sévère, et pourvu que nos conjectures soient plausibles, qu'elles s'appuient d'un fait connu, ou d'un texte probable, nous nous hasardons à les exprimer après tatit d'autres, en donnant humblement nos raisons. Il serait peut-être puéril de vouloir rattacher les traditions entre elles par une chronologie régulière, ou donner une date positive même ailx faits principaux; mais il y a cer-
tains événements qui, sans avoir de date certaine, peuvent être indiqués sûrement, comme antérieurs ou postérieurs à certains autres, et souvent dans l'époque anté-historique on peut atteindre au moins ce résultat. De même, quand il s'agit des premières migrations, et de la route qu'elles ont suivie, la comparaison de la géographie physique du pays avec les traditions ultérieures et les textes recueillis peut conduire à une conclusion acceptable. C'est là seulement ce que nous prétendons, et nous désirons que ce soit bien entendu pour tout ce qui précède l'époque macédonienne.
Quand on appelle un peuple autochthone, cela ne veut pas dire qu'il soit né sur le sol même, et qu'il soit originaire du pays où son existence est constatée, mais seulement que la tradition l'y trouve établi, et qu'elle ne peut remonter au delà. Ainsi, et dans ce sens seulement, on peut appeler Aborigènes ou autochthones certains peuples en Grèce et en Italie. Tous les peuples européens partent de l'Asie, mais ils ne partent pas tous du même point de TAsie; le plateau arménien est très-probablement le berceau commun des Iliyriens, des Thraces et des Pélasges, qui ont donné à la Grèce et à la Macédoine leurs premiers habitants.
La chaîne centrale de l'Asie Mineure, fermant au sud les bassins de l'Iris et du Sangarius, peut être regardée comme la limite commune des Iliyriens et des Pélasges. Les Iliyriens semblent dans leurs migrations suivre la côte septentrionale ; ils se divisent en deux branches principales : les Iliyriens proprement dits et les Thraces. Dans la région macédonienne, les Iliyriens proprement dits peuplent tout Touest ; les Thraces, après de longues incursions au centre et au sud, jusqu'à l'isthme de Corinthe, se concentrent définitivement à Test, à la gauche du Strymon, qu'ils ne dépassent plus. Les Pélasges septentrionaux (Tyrrhéniens, Péoniens, Tencriens) paraissent opérer leurs invasions le
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 57
plus souvent par terre ; ils peuplent presque exclusivement la région centrale de la Macédoine, et font quelques établissements au midi. Les Pélasges méridionaux se servent des îles qui ferment la mer Egée (Rhodes, Sporades, Crète, Cyclades) comme de stations pour gagner la Grèce de proche en proche ; ils font leurs invasions le plus souvent par le sud-est et par mer, et sont la base de la population de la Grèce. Un dernier élément se compose des colonies égyptiennes et phéniciennes; le contigent qu'elles apportent à la région macédonienne est si faible, qu'on pourrait le négliger sans péril, si elles n'avaient pas une part plus importante dans la religion et dans les institutions.
ILLTRIENS.
L'Arménie, entre les sources divergentes du Phase, de l'Araxe, de TEuphrate et du Tigre, est le berceau des lUyriens : on peut en donner plus d'une preuve, et surtout il semble qu'ils n'ont pu venir que de là. En effet, si l'on excepte les Cimmériens, qui n'ont fait que d'obscurs ravages sans laisseï* de monuments durables, et qui d'ailleurs ont suivi les côtes, jamais aucune grande invasion n'a été entreprise par le Caucase, entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne. Le pays, qui est très-âpre, et qui renferme de grands espaces arides, s'y oppose ; le silence des historiens confirme ce grand fait. Quelques nations colchidiennes s'étendent sur une étroite lisière jusqu'au détroit d'Iénikale, ou Bosphore Cimmérien ; les Cimmériens (habitants des torrents) peuvent avoir tiré leur nom de la nature de la côte, où les cours d'eau sont en effet très-nombreux, et alors ils peuvent être Illyriens. Mais si l'on admet
58 GÈdéRAPHIE ANCIENNE dfe LÀ MACÉDOINE.
Cette bpitlldtl, qilë U seule analogie des nomy autorise , il faut aditiettt'e en même temps qu'ils ne sont pas Celtes, et cela est bien plus difficile à prouver. AucUne migratioîl utl peu considérable n'a donc lieu par cette voie. Quand les HUûs y passeilt, que les Alains, les Hutigares, les Bulgares y stationnent, ils viennent du nord-est, et des bords du lac Oîien; 11^ n'y séjournent pas; en Un mot, ils ne passent pas le CaUcase : il en est de même des Mongols. D'Uh autre cèté^ ilti'yadans les écrivains de l'antiquité rletl qui dOlltië à penser que les Illyrlens aient jamais tourné ati stid de la mel" Caspienne, pour gagner [jaf le nord-est les plaines de l'Europe orientale. Parmi les peuples de race japhétiquë, trois seulement dans les temps anciens ont suivi cette voie : les Celtes, les Scythes et les Gfermains ; au sud-est, les Carduques, les Mèdes et les Parthes, qui se rattachent visiblementaux lUy riens, ne dépassent pas les bouches de rOxus. LePont-Euxin n'était pas plus praticable que le Caucase ; la fréquence de ses tempêtes le rendait inhospitalier. Jamais, d'ailleurs, les Illyriens n'ont donné une grande idée de leur aptitude à la navigation. Quand ils passent en Italie sous le nom de Liburnes et de Sicules, ils suivent les côtes du golfe Adriatique; ils ne deviennent navigateurs qu*un moment , par attrait pour le pillage, et instruits à souhait par le voisinage des Grecs, vers le troisième siècle avant Jésus-Christ. Enfin rien ne rappelle davantage leur souvenir au centre et au sud de l'Asie Mineure. Il faut donc qu'ils soient partis de l'Arménie, et qu'ils aient suivi les côtes septentrionales. Les Ibères, qui sont une des branches principales de leur famille, partent aussi du même plateau, et leur nom s'est conservé à l'est, sur les bords de la mer Caspienne. Les Ibèbes, les illyriens, les Mèdes, les Albaniens, les Parthes, les Vénètes sont des tribus de même origine, qu'on retrouve à la fois en Europe et en Asie ; ils s^établissent de préférence dans des
GÉOGrtAl^HIE flIStORlOUB A VÛPOQVt ï»R!l([ltlVE . 59
pays môntueux, qili lëùt' t-ap^Jelletlt letir premiet* séjour : leur opiniâtreté à s'y mdititenii^ (Pàrthes, Carduqùës, MœdéS et Besses, Ârdyéens, Vénèles, Ligures, Vascoris) se révèlô partout datis le monde ancien.
Rapprochons de ces détails généraux Uii fragmeùt Remarquable d'Appien. « Les Romains, dit cet historiëtl*, n'appellent pas seulement du nom commuti dlUyriens le^ Dalmates et les tribus voisines, mais encore les Pannoniens, les Mysiens, et tous les peuples qui se trouvent à droite en descendant le cours du Danube. Je n'ai pu découvrir ce qui a fait naître cette opinion, inais elle prévaut certainement à notre époque, et le tribut payé par toutes ces peuplades, depuis le Potit-Euxin jusqu'à l'Istrie; s'appelle collectivetnent tHbut illyrietl. » M. Poinsignon, qui cite ce pëlissagë daris sa icorrecle et judicieuse étude sut* l'IUyricutti, Ve^pliqiie * par Une raison administrative cfui est bdtiHe, c'est-àdire Térectioti de l'ItlyricUm erl duché ou éommaildétnent militaire, entre là Thrace encore libt^e et la Mafeédoiilë gouvernée pât* un procoiisiil. Mais cette raisoti tie suffit pas; la vraie raison, qui expliqué parfaitéttietit le nom cbllectif d'impôt illyrien, c'est l'hômogétiéité dé racé; tdllis ces peuples Sont en effet des Illyriens.
Les Illyriens donc, partis dû plateau arménien^ feuiveùt le littoral septentrional du Pont-Euxin^ comme le î^tùûi plus tafd les Dix tnille. Peut-être s'arrêtent-ils quelque temps entre THalys et l'Iris^ dont les noms combinés font presque le leur ; on trouve aussi dans là province de Pont le nom des Philyres, dont la désinence est anàlogiié; Entre le Pont et la Paphiagoniè habite la tribu des Vénètes; où la rencontre encore siir lés bords dtl Danube, et dâhis l'Italie septetitriôhàlé, où Son tidm s*est perpétué aVec uiie
1 Appien. lUyr, c. vi. lUyr. fuerit p. 42. Id. ihid, p. 48.
« M. Poinsignon. Quid ap. ftoWàH.
60 GËOGRAPUiË ANCIENNE DE LA MACEDOINE.
merveilleuse ténacité jusqu'au temps présent. Les lUyriens ont du franchir le Bosphore à l'endroit le plus aisé et le plus proche, à la Corne d'or, par exemple ; sur la rive européenne ils se sont probablement séparés en deux corps : l'un a continué à suivre la côte septentrionale ; ce sont les Illyriens proprement dits : Tautre a pénétré à l'intérieur dans le bassin de l'Hèbre ; ce sont les Thraces.
Illyriens proprement dits.
Si l'on examiùe attentivement la limite actuelle de la Roumélie et de la Bulgarie, on sera porté à croire que les Illyriens, laissant à droite l'Hémus oriental) Emineh-Dagh, ou petit Balkhan), et à gauche les sources de TAgrianès (Erkenek) et du Tonsus (Tundska), affluents de l'Hèbre (Maritza), se sont répandus dans la vallée inférieure du Danube par les cols situés aux abords de Schumla.
Ils s'y divisèrent de nouveau en trois corps : le premier, suivant le Danube et la Save, gagna la côte nord-est de l'Adriatique, et l'Italie supérieure, par les cols des Alpes dinariques : ce sont lesDalmates, les Sicules, les Liburnes, les Ibères, et généralement les Illyriens, qui ont peuplé TUlyrie septentrionale, l'Italie, le sud de la Gaule et l'Espagne ; c'est la masse de la nation. Le second corps franchit la Save, sans doute après le départ des Celtes, vers l'époque oii ceux-ci passèrent le Rhin, et avant l'arrivée des Germains (1600) : ce sont les Pannoniens, les Noriciens, les Vindéliciens, Le troisième corps, regagnant les plateaux par la vallée de Margus (Morawa), pénétra au sud-ouest par la vallée de Verbenitza et le col du Drin blanc : ce sont les Labéates, les Enchéléens, les Dassàrètes et tous les peuples
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occidentaux de la région macédonienne. Ils sont encore des lUyriens, mais ils sont séparés de leurs frères du nord par la masse du Monténégro, qui plus tard les protégera aussi contre Tinvasion gauloise, sans pouvoir les soustraire au joug du peuple romain.
Ainsi, dans leurs migrations, les lUyriens proprement dits n'ont pas profité du col de Radomir, qui était trop à gauche de leur itinéraire, et dont peut-être les abords étaient occupés par un lac; ils n'ont pas profité davantage des cols de Katschanick et du Kobélitza, parce que sans doute les Teucriens, qui envahissaient les mêmes contrées par le sud, les y avaient précédés (Dardaniens). Les cols situés au sud-ouest du bassin du Danube étaient dès lors le seul passage libre : ils s'y précipitèrent.
Voilà comment nous nous représentons, sans toutefois le garantir, Titinéraire des lUyriens jusqu'au bassin du Drilo. M. Poinsignon, que nous citerons plusieurs fois dans ce chapitre, combat Topinion de Fréret, et ne veut pas que les Liburnes, les Sicules et les Vénètes soient des lUyriens. Les anciens auteurs, dit-il *, n'en ont pas parlé. Ce silence n'est qu'apparent, et n'existe réellement que pour les Liburnes. Mais que substitue M. Poinsignon à l'opinion qu'il combat? Ou bien, selon lui ^ les Sicules et les Liburnes sont aborigènes et aulochlhones, ou bien ils sont Gaulois ou Germains. Qu'ils soient autochthones, c'est ce que personne ne nie, car c'est dire qu'ils ont probablement occupé les premiers certaines parties de l'Italie; qu'ils soient Gaulois ou Germains, c'est avancer un fait sans preuves, et substituer à une hypothèse que l'on croit gratuite une autre hypothèse qui Test tout autant. En ce qui touche les Vénètes, un passage d'Hérodote, cité par M. Poinsignon, en fait une colonie des Mèdes, et les Vénètes eux-mêmes ne répudiaient
^ M. Poinsignon. p. 4, ^ M. Poinsignon. p. 9.
$3 (^BO^flAPam ANCIENNE DB tA MACEDOINE.
pas cette origipe. Hérodote leçjiten effet, et avoue ne pas le comprendre*, C*est quévideppiment il ne s'agit pas ici des Mèdes d'Asie, mais 4es Maedes de Thrace, établis dans le bassin du Nestus, frères eux-mêmes de ceux d'Asie, quand ils habitaient ensemble la région du Caucase, Cela explique h séjour desVénètes à une certaine époque dans le bassin inférieur du Danube, avant d'atteindre l'Italie septentrionale et de s'y fixer \ LesSicules avaient occupé au nord du golfe Rhizonique la grande presqu'île d'Hyllica, pu d'Hylla (Sabioncello), et y avaient fondé quinze villes. Ainsi Fréret avait bien vu, et il n'eut pas manqué de donner ces raisons et de meilleures, s'il avait connu le pays aussi bien que nous Je connaissons aujourd'hui. M. Poinsignon se trompe également % selon nous, au sujet des Istriens. ApoUodore, dit-il, les fait Thraces, et Justin les fi^it Çolchiens ; donc ils ne sont pas Illyriens. Us sont précisément Jllyriens comme Colchiens, ou comme Thraces, selon qu'on veut suivre l'un ou Tautre des auteurs cités. Ici toutefois pous pencherions pour Justin.
Après ces indications générales, nous allons passer en revue les tribus illyriennes du sud-ouest, qui relèvent de la région macédonienne. Les Autariates et les Ardyéens sont de l'autre côté des limites établies; ils habitent entre l'île de Corcyra Nigra (Gorsula) et le Naron (Narenta). Sans nous y arrêter plus longtemps, malgré les fréquents ravages qu'ils ont faits au sud, dans le bassin du Drin blanc, disons seulement que les Ardyéens furent détruits par les Romains, que l^s Autariates furent domptés par les Scordisques (Gaulois établis autour du Scordus), et que ces peuples, jadis puissants, perdirent promptement jusqu'à leur nom*.
1 Hérod. liv. V. p. 9. temps de Sylla, qui les combattit. —
2 Upe partie des Véj^ètes était restée Ljy . SuppL LXXXIII. 8. sur le Danube ; ils y étaient encore au ^ m. poinsignon. p. 9.
'* Les Ardyéens étaient situés au-
Agruvonltes.
Tous ces petits peuples sont situés sur la côte, entre la presqu'île d'Hyllica (Sabioncello) et le golfe Rhizonique (bouches du Cattaro). Le nom seul des Mentors nous est parvenu ; les Bulins ou Bulimes habitaient à l'entrée de la presqu'île d'Hyllica, et vers l'isthme étroit qui la rattachait au continent^ : il ne faut pas les confondre avec les Byllins et les Bylliones, que nous retrouvons sur les frontières de l'Epire. La ville ancienne d'Epidaure (Ragusa Vecchia) a été bâtie sur l'emplacement d'Enchélips, et dans le petit territoire de la république de Raguse, détruite en 1805, le nom d'Enchélies était encore appliqué à un canton\ Les Rhizonites et les Agravonites sont les habitants des petites villes de Rhizon (Risano), et d'Ascrivium (Cattaro), que les Romains dotèrent du droit de cité pour les intéresser à défendre la frontière contre les incursions des Dalmates; le fleuve Arion^ magnifique canal, capable de porter de gros vaisseaux, sortait d'une montagne située dans leur territoire. Soumis à Tenta, puis aux Dassarètes, avant d'obtenir les faveurs du sénat romain, les Rhizonites et les Agravonites se rattachent politiquement à la région macédonienne, et sont compris avec lesEnchéléens dans la division d'Anicius en 168.
h. Manlens ou ^ynii|plen% 01çii|lates.
Selon M. Poinsignon*, les Manions étaient situés près du
tpur 4u mont Arc||on (Strab.) et ep opt 2 Pouqueville. Voyage en Grèce, \,
sans cloute tiré leur nom, comme les c. m. p. 24. 25.
Scordisques l'ont reçi^ du mont Scor- ^ L'Arjop se jette 421ns la b^iie de
dus. Peut être aussi sont-ils comme Breno, à 7 ou 8 lieues nord-ouest du
eux d'origine gauloise. golfe de Cattaro. On l'appelle aujour-
1 Denys Je Péri^g. y. 3^7. d'Jiui ri\ière d'Oml^Jg.
'* M. PoinsjgpQii. p.' 12.
Naron, qui, dit-il, sort crun lac. LeNaron est généralement regardé comme correspondant à la Narenta, et ne sort pas d'un lac : la carte de Kiepert est précise sur ce point. La Trébnischitza en sort, ou plutôt s'y perd, mais elle est au delà du massif du Monténégro, et cela ne s'accorde pas avec la situation de l'Emporium des Maniens, à 80 stades (15''"',360) au-dessous du lac Labéatis, entre TOriundès et le Drilo*. Sans doute, ici le Naron est rOriundès, qui se jette dans le lac Labéatis, etTEmporium est peut-être Antivari. Les Maniens sont appelés Hymaniens dans Scymnus de Ghio*. Les Oiciniates, habitants d'une ville, se retrouvent près de la ville actuelle de Dulcigno, presque à Tembouchure de la Barbanna (Bojana) ; les Romains avaient aussi doté Olcinium de grands privilèges; il faut la placer à Dulcigno Vecchio, au nord de Dulcigno, qui est d'origine plus récente.