T^RAGE
Lorsque les Thraces se séparent des Illyrien^, ils si'éteadent à l'ouest et au sud-ouest dans la péninsulp helléiiiqup jusqu'à risthme, etlapéninsule porte le nom de Thr^cejust qu'aux Thermopyles*. Mai^ les Pélasges envahissent TEu-t rope à leqp tour ; leurs ^ligvalions continuent à traverjs la Macédoine et la Grèce aux dépens des Thracea, qqi sont ou détruits ou refoulés, et elle§ ne cessent que quelque l^mpgj après la guerre de Troie. Le souvenir de la domination des Thraces se conserve partout oii ils ont pas^é : en Attique, à Eleusis, dont les Eumolpides président les mystères^; ^^ Béotie, autour du Gilhéron ; en Phocide, autour du Parnasse, dont les Thracides, familles en possession du gour vernement chez les Delphiens, habitent encore un des sommets au temps de Philippe, père d'Alexandre. En Thessalie, les Centaures, probablement d'origine thrace, sont
1 Fréret. Acad. inscr. XIX. 586. et 2 olivier. Hist. de Philippe, liv. IV . XLVII. 10.
détruit^: désormais ils n'existent plus que dans les fictions des poètes. En Macédoine, une autre tribu, celle des Piériens et des Bottiéens, perpétue obstinément ses mœurs, sa langue et son nom sur le littoral égéen au milieu de populations pélasgiques. Mais, si Ton excepte ces cas isolés, quelque temps après la guerre de Troie les Thraces s'arrêtent au Strymon ; tout ce qui est à Touest de cette limite et du mont Cercine est pélasge ou illyrien.
Cependant les Thraces, forc,és de se replier sur euxmêmes, redeviennent puissants. Contenus au nord-ouest et à l'ouest par deux races rivales, ils reprennent le chemin de l'Asie, et deux de leurs tribus, les Thyniens et les Bithyniens, se fixent le long de la Propontide et du Pont- Euxin, entre le Rhyndacus et le Sangarius \ La Thrace proprement dite s'organise : Samos, Imbros, Samothrace, Thasos, le pied de la Chersonnèse, le bassin inférieur du Nestus sont occupés par les Saiens, les Sapéens et les Satres ; les Sintes, partis de Lemnos, habitent au nord de Sirris là vallée moyenne du Strymon; les Msedes s'établissent au nord des Sintes; les Ciconiens et les Bistoniens s'étendent le long de la côte égéenne, entre la Chersonnèse et le Nestus; les Besses occupent tout le bassin du Nestus, se développent sur un vaste territoire entre les Maedes et les Odryses, et touchent au mont Pangée par les Odomantès, une de leurs tribus ; les Odryses occupent le bassin de THèbre. Cette population tout entière est thrace : toutes ses tribus entre l'Hèbre et le Strymon sont contiguës à la région macédonienne, ou lui appartiennent en propre.
* Hérod. VII. 75.
A. Peuples conllgatt.
a. Trlballes.
Les Triballes occupent à l*est des Dardaniens et à Touest des Trères un pays de quinze journées de chemin du sud au nord, depuis la frontière des Agrianes jusqu'à Tlster. Sujets de Sitalcès, ils secouent peu de temps après, et probablement sous le règne de Seuthès, le joug des Odryses, attaquent Philippe au retour de sa guerre contre les Gètes, le blessent, et lui enlèvent une partie de son butin *. Syrmus, leur roi, assiégé par Alexandre dans Peucé, île du Danube, ne peut y être forcé : cependant, après le passage du Danube par Alexandre, il lui envoie des ambassadeurs*. Les Triballes sont soumis par les Autariates, ensuite par les Scordisques ^ ; plus heureux que leurs vainqueurs, ils ne perdent pas leur nom : peut-être est-ce eux qu'on retrouve comme auxiliaires dans les armées byzantines, et sous le nom de Triballes, sous le règne des deux Andronics (1328 ap. J.-C.)^ Ils sont contigus à la région macédonienne, puisqu'ils touchent aux Agrianes ; il faut donc les placer entre le mont Orbélus et les sources du Strymon, sur le versant septentrional des monts Kourbetska. C'est par les vallées de la Goranovitza et de l'Egri-déré qu'ils se jettent sur la Macédoine, et ils sont les plus dangereux voisins des Macédoniens au nord-est.
b. iienthelèteS) Denselates, Tllatéens, Trères, Digères.
Les Denthelètes, ou Denselates\ adonnés au pillage, habitent aux environs et au pied de l'Hémus, et touchent aux
^ Q. Curt. suppl. Freinsh. * Nicéph. Greg. Hist. hyz, in-fol.
2 Plut. Alex, I. 250.
^ Strab. VII. 5 sirab. VII. — Ptol. III. il.
76 fiÉOiailAPfilB AltClENNE liE LA IKACÉDOINB.
Mysiens. Ils sont les mêmes que les Tilatéens *, qui habitent au nord du mont Scomius (Vitocha), et ils s'étendenl jusqu'à TiEscus (Isker). LesTrèt*es, leurs voisins, étaient situés plus au nord, entre eux et les Triballes, et obéissaient comme eux à Sitalcès^. Cetle position répond aux petits bassins de l'^scus supérieur, autour de Samakov et de Sofia. Les Digères habitaient à Touest du mont Scomius la rive gatiche du Slrymon ^ ; leur position correspond au bassin de la Dubnitza, entre le Rilo-Dagh et le Koniavo. Nous les plaçons parmi les peuples contigus, quoiqu'ils soient en deçà des limites géographiques, parce qu'ils n'ont presque pas de relations avec les Macédoniens. Ces tribus, peii considérables, ne sont connues que pour leurs brigandages.
c. Odryses.
De tous les peuples de l'intérieur de laThrace, lesOdryses étaient les plus puissants. Maîtres de la vallée inférieure et moyenne de l'Hèbre, ils avaient exercé leur prépondérance sur tout le pays depuis le commencement des guerres médiques. LeUr principale force consistait dans la cavalerie. Leurs l'ois, tantôt alliés des Athéniens contre les Colonies grecques du littoral et contre les rois de Macédoine, tantôt alliés des Macédoniens contre les Romains, suivent avec intelligence la politique extérieure, fel démêlent adroitetnent ce qu'exige leur intérêt. Cotys combat avec Persée ; cependant il réussit à se réconcilier avec Rome. Quand les Romains victorieux s'acharnent contre lesBesses*, lesOdryses n'interviennent pas, et conservent letir autonomie. Pendant la guerre civile, s'il y a deux chefs dans une tribu,
i Thucyd. II. 97. 3 Plin. IV. 18. — Polyb. XIII. 5.
2 Thucyd. ihid. * Eutrop. Brev. VI. p. 232.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A t'ÊPOQtlE PRlMlttVE. 79
Tun est du parti de Brutus, l'autre est du parti d'Octave^ et tous deux agissetit de concert pour sd sauver mutuellement, selon ce que la victoire décidera *. Grâce a cette habile conduite, qui n'a rien de barbare, ils succombent presque les derniers, et soUs Claude seulement, quelque temps avant Rhodes, longtemps après l'Egypte^ Jusqu'alors ils n'avaient obéi qu'à Alexandre, qui avait emmené leurs rois en otage au fond de l'Asie» Pour eux Lysimaque fut moins un roi qu'un chef d'adoption ; après sa mort ils revinrent à leurs rois indigènes.
a. BIgtonèfti, ÉiistttiiléiiÉ, ICéii'pilèê.
Les Bistones, ou Bistoniens, et leurs voisins les Corpiles, habitent à l'est du Nestus le littoral de la Thrace, et les bords d'un vaste lac, appelé de leur nom lac Bistonis ; ils touchent aux Sapéens. Le défilé des Corpiles, situé au delà du Nestus, correspond aux gorges des Sapéens situées en deçà: ce sont les deux passages les plus difficiles de la route qui suit le littoral, et ils suffisent à arrêter des armées. Quant aux tribus elles-mêmes, le voisinage de l'importante ville d'Abdère fait toute leur célébrité, et on peut regarder cette opulente colonie des Téiens comme la dernière ville de la région macédonienne du côté de la Thrace.
B. Peuples de la région maeédënlenne.
a. I4«letisy Sapèëiis, DëirBéeiis, SAtrèii, iSfiitleiui.
Les Saiens, qu'on retrouve sous le nom de Samiensà l'ouest de la Propontidfe, ont donné à Samos son nom et ses premiers habitants. On a prétendu qu'ils sont les mêmes que les Satres* ; le sèut fait qui s*y prêté est Texistènôe de
1 Appien. G. dO. tV. JOS. iSl. « Strab, X.
la ville de Sagium, mentionnée par Scylax de Caryanda *. Selon Tannotateur de Scylax, il faut lire Saion [lege meo periculo Salov^) ; le littoral, ajoute-t-il, était habité par les Saiens, ou Sapéens, tribu thrace, appelés d'abord Sintiens, selon le témoignage de Strabon, ensuite Saiens , enfin, et du temps de Strabon, Sages ou Sapéens. Cette explication n'est pas satisfaisante, et la ville de Sagium n'existe pas. Strabon affirme bien, il est vrai, que les Satres ou Sapéens sont les mêmes que les Sintes, anciens possesseurs de Lemnos ^, mais dans un passage précédent il pense qu'ils pourraient être différents \ Xerxès soumit tous les Thraces, excepté les Satres : en effet, dit Hérodote, «les Satres n'ont jamais obéi à aucun homme ; ils habitent de hautes montagnes couvertes de neige; ils sont très-braves^.» Mais Xerxès paraît avoir soumis les Sapéens; dans la guerre médique, Archiloque, en fuyant, avait accroché son bouclier aux buissons (oùx èôéXwv, non benè) : ce fut un Sapéen qui le prit. Ce passage, cité par Strabon ^, prouve que les Sapéens étaient déjà connus sous ce nom, et qu ils étaient dans Tarmée des Perses. Xerxès traverse aussi dans son invasion le pays des Derses ou Derséens, entre les Sapéens et les Satres'' ; cela montre qu'ils n'étaient pas contigus. Les troupes de Brutus franchissent la chaîne du Symbole presque au même point, en évitant les gorges des Sapéens, qui sont gardées^. D'un autre côté, les Sintiens habitaient Lemnos, quand Vulcain, précipité du ciel par Jupiter, tomba dans cette île, et ils donnèrent leurs soins au dieu estropié ^ Quand ils passèrent en Thrace, ils prirent le nom
1 Scyl. Cary. G. Gr. min. I. 27. » Strab. XII. c. m. § 20. éd. Hudson. * Id. X. c. ii.§ 17.
2 Au lieu de 2a-^io)v, C. Muller lit » Hérod. VII. 110. 0aai(ùv, (Œsyrae, Galepsus, Colonies * Strab. ibid,
des Thasiens), ce qui est en tout point ! îJ,^^^^- ^^^- ^^^'
préférable. G, Gr. min. Scyl. 67. éd. l ?!«*. Brut.
Didol. ^ Strab. VII. fragm. 45.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 81
de Sintes, et s'établirent vers le nord, entre le Strymon et TAxius, c'est-à-dire sur les deux rives du Strymon, entre le lac Cercinitis et le confluent du Strymon avec le Pontus. Trois mille Thraces libres venus d'Héraclée Sintique combattent à Pydna pour Persée, et attirent sur leur pays les ravages de Paul-Emile \ Etienne de Byzance rappelle aussi leur nom ^.
Tels sont les principaux témoignages laissés par les auteurs anciens; nous pouvons en induire que les Saiens, Sa-* péens, Satres et Sintes ont en effet une origine commune, c'est-à-dire qu'ils sont Thraces, et Thraces de la même branche ; mais, géographiquement, ils sont isolés les uns des autres. Rien ne révèle sur la côte de Thrace la présence des Saiens. Les Sapes ou Sapéens habitent au sud-est du Pangée la vallée intérieure du Nestus jusqu'à son embouchure, et ne remontent guère au delà de Philippes; ils n'atteignent pas Drabescus, possédé par les Edoniens, et ils sont séparés des Satres par les Derses ou Derséens,qui sont Thraces aussi sans doute, mais qu'on ne dit pas être Saiens ou Sapéens. Dans les premiers temps les Satres s'étend^ent au sud-ouest jusqu'au Pangée, dont ils exploitent les richesses ; seuls ils possèdent l'oracle de Bacchus, situé sur les montagnes les plus élevées, et les Besses, ou plus probablement les devins de la nation des Besses, les Odomantes, interprètent parmi eux|jes oracles de ce dieu, aussi obscurs que ceux d'Apollon \ Mais ils sont séparés des Sintes par les Odomantes et par les Sirropéoniens, qui sont répandus dans la plaine depuis Sirris jusqu'au pied du Pangée. On peut encore suivre les migrations antérieures des deux peuples ; elles établissent aussi qu'ils ne sont pas les mêmes. Le séjour primitif des Satres est l'entrée de la Gher-
1 Liv. XLII 51. XLIV. 46. ^ Hérod. VII. 112.
2 Steph. vo.
sonnèse, où plus tard Lysimachie tut fondée, et ils s'y rapprochent des Saiens ou Samiens. Les Sintes ne partent pas de la Ghersonnèse, mais de l'île de Lemnos ; avant Tinvasion pélasgique des Teucriens, ils occupent la vallée inférieure du Strymon, ce qui leur vaut le nom de Strymoniens, et a porté Kiepert à placer la Parstrymonie dans la Sintique. Refoulés au nord de Sirris par les Péoniens du Pangée, ceux du lac Prasias, et les Sirropéoniens, ils s'y tiennent^ et ne redescendent plus vers le midi. On trouve encore des Sintes dans le Palus-Méotide,etPhanagoriaest une de leurs villes^ : ils ont, comme les Gimmériens, suivi la côte orientale du Pont-Euxin pour arriver jusqu'à ce bras de mer, et ils sont probablement de la même tribu que les Sintes du Strymon, mais ils ne sont pas les mômes, car, s'ils étaient venus de la Tauride en Thrace, leur invasion se serait faite par le nord, et non par Lemnos. C'est encore là une de ces tribus qui se fractionnent au berceau même de la race, ou sur la route, comme les Albaniens, les Mœdes et les Vénètes. Remarquons aussi la ressemblance des noms entre les Derses ou Derséens, et les Daorses ou Daorises, situés au nord-est du Scordus.
Dans la division de la Thrace en stratégies, ou préfectures noilitaires, sous l'administration romaine, le pays des Sapéens formait une stratégie \ Selon Ovide, les Sapéens offraient à Hécate les entraides des chiens ^ On lit encore le nom des Sapéens dans Etienne de Byzance*.
b. BeMes (DIens, Diobèses, Elettres, Astes, Carbilèses, Odomantes).
Les Besses se composent de nombreuses peuplades ; ils s'étendent jusqu'au Pangée, et jusqu'au Nestus, qui en