‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 10 sur 146 · ESPÈCES EUROPÉENNES · texte numérisé non relu

ESPÈCES EUROPÉENNES

intmoif apcnnlna, L. — % — Trouvée depuis un siècle à l'état spontané autour de Londres (Engl. Bot., t. \ 062), maintenant assez répandue, çàetlà, en Angleterre AVats., Cyb., 1, p. 75) et en Écosse. Kay et Dillenius, en 1724 {Syn., p. 229) indiquaient trois localités, File est plus rare en Irlande, car on ne cile qu'une localité près du jardin botanique de Glasnevin, faisant partie maintenant de ce jardin, où elle a été trouvée il y a 30 ans (Mackay, /•'/. Hib., p. G). Comme cette plante manque à presque toute la France et croit seulement en Provence (Lois., I, p. 400), en Corso et en Italie, je pense avec M. H.-C. Watson, qu'elle est sortie des parcs anglais, où elle est cultivée. On la trouve en Hollande ; mais selon le Proitr. Fl. liai., p. 4 : «Sine dubio advenu. » Si le vent, les oiseaux, les rivières, les courants, déterminaient sa dispersion, elle se serait répandue de proche on proche dans le centre de la France, et de la, peut-être, en Angleterre. Ce n'est pas ainsi que l'espèce a marché, car file a commencé dans louest par la Grande-Bretagne, et là dans les parcs. On ne peut pas supposer qu'elle ait été jadis très répandue dans l'Europe occidentale et qu'elle soit rostée en Angleterre seulement, car elle manquait aux premières éditions du Synopsis de Ray (a), etune plante aussi apparente, croissant autour de Londres, n'aurait pas

(a) Les espèces introduites dans l'édition de 1724, et qui manquaient aux précédentes, sont indiquées dans l'ouvrage de Dilk uius par un signe particulier (un astérisque;.

CIIANGKMKNTS DA.NS l'HAHITATIUN DES KSl'ÈCKS.

échappé aux anciens herboristes. Leur silence n'a pas toujours la même valeur. Dans le cas actuel, combiné avec une culture ancienne de l'espèce ; avec l'habilationdans le sud-est du continent et l'absence dans l'ouest: enfin, avec une apparition dans des parcs éloignés les uns des autres, il en résulte ce que j'appelle une certitude, non mathématique, mais morale, d'origine étrangère.

Anémone rannnctiloides . Je ne voie pas de motifs suffisants pour la croire naturalisée en Angleterre, comme le dit M. Watson (Cyb., I, 75 ; III, p. 373), et comme l'admet (avec doute) M. Babington. Elle se trouve dans la péninsule Scandinave, on Danemarck, en Hollande (Prodr. Fi. Bat., p. 4), en Belgique (Leslib.. Bot.), et çà et là dans le nord de la France, par exemple, autour de Paris et dans le département de la Somme (Pauquy, F/.),' et de l'Eure (Breb., Ft. Xorm.t p. 3) ; pourquoi ne serait-elle pas aussi native d'Angleterre? Hudson, en 1778, est, il est vrai, le premier qui en ait parlé comme d'une plante spontanée; mais cela provient peut-être simplement de la rareté de l'espèce dans ce pays. Il se pourrait que la culture l'eût propagée dans l'ouest de la France et en Angleterre depuis deux ou trois siècles ; mais c'est une hypothèse fondée seulement sur quelques indices. Elle manque au département du Calvados (Hard., Ben., Lecl., Catrad., 1849), aux ilesde la Manche (Bab , Prirn. : Piquet, Phy t., 1 853, p. 4 093), et à l'Irlande 'Mackay, /•'/.).

VEranthis hynnalis a une disposition à se naturaliser ; mais il n'est pas encore bien spontané, d'après les informations de M. Watson (Cybele, I, p. 4 93; III, p. 376).

* F«eonl« eorallla». BetB. — % — Dans une petite île escarpée de la Severn, appelée Sieep Holmes, où l'espèce a été trouvée en 1803 [Enyl. Bot., I. 4 513), et dans une localité près de Bath (Wats., Cyb., p. 99). AI Babington la regarde comme naturalisé» certainement, et M. Watson en parlait d'abord comme probablement d'origine étrangère; ensuite (Cyb., III, p. 378], il s'est décidé pour l'affirmative. Bay et Dillenius ne comptent pas celte espèce dans le Synopsis de «724. Elle existe sur les bords de la Loire, en Bourgogne et dans le midi de la France (Gren. et Godr., Fl. Fr., I, p. 52). Elle manque au nord-ouest de ce pays et à l'Irlande. Comme elle est cultivée depuis longtemps pour la beauté de ses fleurs, il est très probable qu'elle a étéjadis plantée ou qu'elle s'était naturalisée en s' échappant des jardins dans les localités anglaises sus-mentionnées. Sans cela, il faudrait qu'elle existât primitivement en Angleterre et qu'elle y fût devenue rare, attendu que la grosseur des graines exclut la supposition d'un transport par le vent, leur mollesse excluant en même temps celle d'un transport par les oiseaux ou les courants. D'ailleurs, Mie de Holmes présente d'autres espèces (voy. p. 693) qui indiquent d anciennes cultures. Cependant, les botanistes du temps de Bay visitaient cette localité et auraient cité le Pseonia, s'ils l'avaient vu alors ou si, l'ayant vu, ils l'avaient cru sauvage On peut croire, par ce motif, à une introduction moins ancienne.

L'Adonis autumnalis, L., est une de ces espèces difficiles à classer, que M. Watson appelle colonist. Elle est spontanée, s.Mon toute probabilité d origine étrangère, mais spontanée seulement dans les champs de blé. D'après ma manière de voir, ce n'est pas une vraie spontanéité; la plante est plutôt cultivée contre la volonté de I homme. Depuis le temps de Gerarde, en 4 597, elle offre les mêmes stations en Angleterre. On ne la trouve jamnis hors des cultures. Je la laisse, par ce motif, dans la catégorie des plantes qui ne se maintiennent que

NATTIIAL1SATI0NS A PETITE DISTANCE

par des procédés artificiels. Kllc disparaîtrait si l'Angleterre revenait à l'état inculte, ou si une fois, par une hypothèse moins improbable, on tirait tout le blé de I étranger; donc elle n'est pas naturalisée, c'est-à-dire acquise définitivement pour le pays. L'Adonis autumnalis croit à Zantc dans les prés (Reut. et Margot, Fl. Zante, p. I ) ; il a des noms grecs, anciens et modernes (Sibth. ; Praas, Syn. Fl. class): d'après cela, il e^t peut-être originaire de Grèce.

JlmunaiAti arcensis, L. Exactement dans lus mêmes circonstances que l'Adonis autumnalis. Comme celle espèce est plus tranchée, on peut étudier beaucoup mieux son habitation et son origine. Elle est indiquéo dans les champs et les jachères en Italie, même en Sicile (Guss.) et en Sardaignc (.Moris), comme en Espagne (Boiss.), en France, en Angleterre, Allemagne, Russie, Crimée (Bieb), au sud-est du Caucase (C.-A. Mey., Yerz., p. 202), et on Grèce (Sibth. et Sm.). D'où vient-elle donc, puisque dans tous ces pays, elle se trouve dans des localités artificielles? Je ne connais que l'Algérie où, d'après un auteur, elle serait spontanée hors des cultures M. Munby (Fl. Alg., p. 57) dit : ■ Dans les champs et prairie*, • et il ajoute : « dans un pré argileux près de Bab-el-Oued. «Serait-ce une plante d'Afrique, introduite en Europe par les Sarrasins ou plutôt par les Romains, qui liraient beaucoup de blé d'Afrique? On ne connaît aucun synonyme des anciens Grecs ou Latins; l'espèce n'a pas de nom vulgaire grec (Sibth.), et plusieurs botanistes modernes ne l'ont pas même trouvée en Grèco (Reut. et Marg., Fl. Zanle ; Fraas, Syn. Fl. clam. ; Griseb., Spicil.), ce qui indique peu d'ancienneté dans le monde gréco- romain.

Helleborus viridi*, L. Gerardo (Herbal, p. 825) ne le connaissait pas spontané en Angleterre Ray (édit. 4724, p. 27 1 ) citait des localités, mais doutait de la spontanéité. Smith {Engl. FL, III, p. 58) affirme cette qualité et indique plusieurs comtés. M. Babington n'émet aucun doute sur l'espèce: mais le docteur Bromfield (Phyt., «848, p. 206) et M. Watson (C«/6., I, p 29; III, p. 296) doutent tantôt de la qualité spontanée, tantôt de l'indigénat. Comme l'espèce existe en Hollande (Prodr. Fl. Hat., p. I2)eten Normandie (Hard., Ren.,LeclM Cal. Ca/r., p. 75), qu'elle a même une localité dans le midi de l'Irlande, où elle parait bien spontanée (Power, Bot. guide Cork, p. 5), je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas tout simplement rare, mais indigène, en Angleterre. Il y a plus de probabilité dans ce sens que dans l'autre.

Helleborus fœtidus, L. Gerarde [Herb., p. 286) le disait spontané de son temps. Ray (édit. 1724, p 272) avait des doutes sur une localité, maispas sur d'autres; Smith n'en a pas. Bromfield [Phyt., 4 818, p. 206) affirme que l'espèce est auss; spontanée dans le comté de Hampshire que près des Alpes. M. Watson (Cyb., I, p. 95; III, p. 376), adoptant l'opinion de MM. Hooker et Babington, conserve des doutes sur l'indigénat, plutôt que sur la spontanéité. La distribution sur le continent (voy. ci-dessus, p. 4 20) me fait croire à l'indigénat en Angleterre, quoique sans doute l'espèce se soit peut-être répandue au delà de ses anciennes limites dans ce pays, par l'effet des cultures, des transports de terres et do graines, etc.

Delphinium Consolida, L. D'après ce que dit M. Watson (Cyb., III, p. 377) delà localité deSvvansea, il est fort douteux que, depuis Ray jusqu'à nos jours, cette espèce soit sortie des champs, où elle est mémo assez rare en Angleterre. Je ne rappellerai donc pas spontanée ;voy. ci-dessus, p. 6 46, 642). encore moins indigène Son ori-inc ne m'wl pas connue Je vois que l'espèce manque à la

<i48 CHANGEMENTS DANS l/llAHITATION DES ESPÈCES.

Sicile (Guss., Syn.), à laSardaigne (Moris, Fl.), à l'Algérie (Munby, FL), c'està-dire aux pays d'où les Homaius tiraient le plus de blé. En Grèce, en Italie, comme au nord des Al|>es, on l'indique ordinairement dans les champs ; mais vers l'Asie Mineure et le Caucase, les expressions des auteurs de Flores indiqueraient parfois quelque chose de plus sauvage. Bieberstein FI. Cauc, II, p. 12) dit: /» agris et campis; Grisebach (Spicil., I, p. 319): In campis litloralibus ditionis Katameria Chalcidia-s. Serait-ce une plante primitivement de ces régions?

* Aconltnm \np. lins. L. — % — Trouvé depuis 1819 près de la rivière Tame, dans le comté de Hereford (Hook.. Engl. Fl., III, p. 31) ; lannéesuivante dans celui de Smierset (Engl. Bol., t. 2730} ; ensuite dans le comté de Mon» mouth (Watson, Cyb., I, p. 98), de Denbigh (VVats., <6.), le midi du pays de Galles (Wats., ib.}, le Dcvonshiro [Engl. Bol., t. 2730); partout avec l'apparence d'une plante sauvage, au bord des ruisseaux, dans les endroits frais, évitant cependant les endroits inondés. D'après la multiplicité de ces localités, plusieurs auteurs doutent que l'Aconit soit d'origine étrangère. MM. Babington et Watson lui donnent le titre de plante qui pourrait être dans ce cas Idcnizen, Wats.). M. Nevvman (Wats., Cyft.) le regarde comme essentiellement indigène. M. Bromfield (Phylol., 18 48, p. 207) se borne à dire qu'il est naturalisé dans quelques points do l'Ile do Wight.et quo, certainement, cette plante alpine n'est indigène (native) nulle part dans le comté. Voici mon opinion :

Plus les localités observées seulement dans ce siècle sont nombreuses, plus on voit la plante abondante et bien établie dans ces localités, moins il me paraît probable qu'une espèce aussi remarquable, formant le seul exemple du genre Aconit en Angleterre, eût échappé à Bay. à Dillenius et à tous les botanistes du siècle dernier. Cela serait d'autant plus extraordinaire que le Napel était universellement cultivé dans les jardins, à Londres, du temps de Gerarde (Engl. Bot., 1. c.), et que ses propriétés vénéneuses auraient attiré sur lui l'attention des herboristes, s'il avait existé hors des jardins. L'Aconit Napel est une plante sociale dans les endroits où on la trouve aujourd'hui en Angleterre. Ses feuilles et ses fleurs la feraient remarquer par le paysan le plus grossier. Lo nom anglais Monk'a hood (capuchon de moine) peut fairo supposer l'es|>èro moins ancienne quo les ordres monastiques. Lo nom Wolfs bu ne (mort des lou ps ) , qui lui est aussi donné, ferait croire, d'un autre côté, à une certaine ancienneté, puisque les loups ont été détruits en Angleterre il y a quelques siècles: mais lorsqu'on chassait encore ces animaux, l'Aconit était cultivé dans les jardins, et l'on pouvait avoir eu l'idée de s'en servir comme de poison. La plante n'existant pas dans l'île d'Anglesca, et n'ayant pas été supposée, en 1813, exister sauvage en Angleterre, n'est pas mentionnée par Davies (U'elsh Bnlanohgy), je no puis donc savoir si elle purtc un nom gallois. Les médecins de la célèbre famille de Myddfai, qui exercèrent leur art dès le xni" siècle sous la protection des princes du pays do Galles, et qui continuèrent jusqu'en 1740 (a), devaient bien connaître l'Aconit et le cultivaient probablement. Il serait curieux do savoir sous quel nom les livres gallois on parlent, notamment le Botanologium du premier Davies, en 1632. Malheureusement, je ne possède ni les ouvrages, ni les connaissances linguistiques nécessaires pour cette recherche.

La distribution de l'Aconitum Napellus hors de la Grande-Bretagne mo fait

(a) Ci-dessus, [>. <>27.

NATURALISATIONS A PETITE DISTANCE.

croire aussi qu'il est naturalisé on Angleterre. Il manque à la péninsule Scandinave, au nord-ouest de l'Allemagne, à la Hollande (Miq.. Disq.; Prodr. FI. Batar., 1850), à l'Irlande; c'ost-à-dire à plusieurs des pays qui ont reçu d'origine la végétation la plus semblable a celle de la Grande-Bretagne. Il est commun dans la région do l'Allemagne orientale, des Alpes. Il s avance, dans les endroits frais, jusque dans les montagnes de 1 Eiffel (Lej., Bec. Fl. Spa ; Koch, Syn.J, dans quelques forêts des environs de Paris (Coss. et Germ., FL, p. 20),d'Abbeville (Boucher dans Pauquy. Fl. Somme, p. to), du Calvados Hard., Ben., Lecl., Cal., p. 76h niais il est rare dans cette direction. Kn Belgique, M. Lostiboudois l'indique seulement comme naturalisé dans les lieux cultivés, sur les remparts, etc. [Bot. Belg., 1827. Il, p. 363). Il va donc en se raréfiant vers le Pas-de-Calais, et it manque près du détroit. Comment peut-on supposer qu'il se trouve plus commun au delà, en Angleterre, à titre de plante indigène î

Le Ptipaver somnifrrum parait fréquemment en Angleterre; mais.de mémo que dans la plupart des localités sur le continent, il disparaît, à moins de graines de jardins qui le renouvellent. 11 est donc adventif.

Papaver hybridnm, L. — P. Argcmone, L. — P. dubinm, L. — P. Bhœaa, L. — Tous dans les champs de la Grande-Bretagne, avant l'époque de Gerardo, et probablement depuis l'origine do l'agriculture dans ce pays, mais non dans les localités incultes. M Watson les appelle colonisix, et moi des plantes cultivées contrôla volonté de l'homme. F.lles disparaîtraient comme le seigle ou l'avoine, si l'on cessait do leur préparer des terrains. On ne peut guère douter de leur origine étrangère: cependant, je «lois citer au sujet du Papaver Bhcr-as l'observation curieuse publiée par M. Johnston [Bol. of ensi. bonlcrs, 1853, p. 30). Lorsqu'on a ouvert les chemins de fer près doBerwiek.les coupures se sont immédiatement couvertes de pavots, spécialement lorsqu'on a attaqué les rognons de graviers quo plusieurs géologues estiment avoir été déposés à la lin de l'époque glaciale. Peutêtre, dit M. Johnston. cette plante avait-elle existé anciennement à la surface de ces graviers, et les graines enfouies par accident viennent-elles à germer lorsqu on les déterre? Il est fâcheux qu'on ne sache pas à quelle profondeur les tranchées étaient ouvertes et d'où sortaient les graines. 11 a pu y avoir une culture h la surface, du temps des Romains.

On peut entrevoir l'origine de plusieurs des pavots répandus dans nos champs depuis un temps immémorial.

Lo P hybridum, L.. est sauvage au bord de la mer Êgée et de la Propontido (Griseb., Spicil., 1, p. 293), à Zante (in eamph et prati*, Bout, et Margot, FI., p. 271, ainsi qu'en Crimée (Bieb., /•'/. Cauc, II, p. 3} Le premier do ces auteurs est très affirmatif sur ce point, et personne ne mérite plus de confiance.

Le P. Argemone, L., croit dans les sables maritimes delà Crimée (Bieb., /. <?.).

Le P. dubium, L , est sur les collines et les montagnes de la Grèce(Fraas, Syn. Fl. cliiss., p. 127', sur les collines herbeuses de la Dalmatie (Vis., Fl. Dttlm., lit, p . 99) et dans les plaines de Crimée (in a^riset rompis, Bieb., /. c).

Le P. Bhœos, L. , est indiqué en Grèce, depuis Dioscorido (livre IV, ch. lxiv) jusqu à nos jours (Fraas. Syn, Fl. clas» , p. 127), seulement dans les champs M. Grisebach ne l'a trouvé aussi, au nord-est do la Grèce, que dans les champs {Spicil., I.p. 293), et Bieberstein, en Crimée, dans les cultures et les décombres. Au sud-ouest de la Grèce, il en est autrement. M. Margot l'indique à Zante. in campis et praiii, dans les plaineset losprés (Bout, et Margot, Fl ). M. de Visiani,

dans les endroits herbeux de toute la Dalmatie (FI. Daim., 111, p, 1 00). M. Gussone est plus positif pour la Sicile, in cultis et in collibus apricis herbosis ubique, dans les cultures et sur les collines couvertes d'herbes exposées au soleil (Syn., II, p. 8). M. C.-A. Meyer parait l'avoir trouvé sauvage au sud-est du Caucase, car il dit (Verz., p. 175) incollibus prope fiakii.

Les habitations primitives sont indiquées avec assez de probabilité par ces faits. Sans doute, les espèces peuvent être sorties des cultures et s'être naturalisées dans les pays où elles se voient maintenant sauvages; mais un autre genre d'indice confirme le premier ; à mesure qu'on s'éloigne du point probable d'origine de chaque espèce, on trouve qu'elle manque à certains pays, môme dans les cultures. En 4 847, autour d'Alger, on no connaissait pasencore le Papaver dubium, et la présence du Papaver Argemono était douteuse, car M. Munby ne l'avait pas vu, et Desfontaines seul l'avait cité (Munby. Ft.Atg , p. 52). Le Papaver dubium manquait à l'île deSardaigne, encore en 4837 (Moris, Fl.\. L'Italie avait probablement reçu ces deux pavots de la Grèce, déjà dans l'antiquité ; mais, à celle époque, l'Afrique et la Sardaigne envoyaient leurs grains en Italie et n'en recevaient pas.

Chelidonium majus, L. M. Watson (Cyb., I, p. 107, émet des doutes sur son origine. Il l'appelle denizen (voy. p. 644). Gerarde, en 1597, indiquait l'espèce dans les mêmes circonstances de station qu'aujourd'hui. Doit-on la croire étrangère parce qu'elle vient sur les vieux murs, dans les décombres, près des villages, etc.? mais il y a eu des localités analogues, rocailleuses et fortement azotées, avant l'arrivée de l'homme en Angleterre, et elles continueraient d'exister si l'homme disparaissait. La plante en question est d'ailleurs très répandue sur le continent et en Irlande. La probabilité d'uno origine étrangère se réduit ici, dans mon opinion, â 1/1 0* peut-être, ou 1 /20e. M Watson admettait, je présume, une probabilité moins faible On voit par là l'inconvénient de grouper sous un seul terme [denizen) toutes les espèces qui offrent matière à un doute, faible ou fort.

Glaucium violaceum, Juss. Parait advenlif.

Corydalissolida, Sm. Plutôt ad ventif. iVoyez Wats., Cyb.,], p. 110; III, p. 379.)

Fumaria. D'après les auteurs, les diverses espèces de fumeterres énumérées dans les Flores paraissent, ou ne pas sortir des terrains cultivés, et alors ce sont des plantes cultivées malgré 1 homme, de la catégorie des pavots, etc., ou se répandre accidentellement hors des jardins et fumiers, et, dans ce cas même, on peut douter qu'elles soient durables et qu'elles se renouvellent autrement que par des graines jetées chaque année hors des cultures.

Violaodorata, L. Les doutes émis par M. Watson (Cyb., I, p. 388) sont bien légers Le docteur Bromfield affirme l'espèce spontanée dans l'Ile de Wight (Pbytol., III, p. 210). Elle existe en Normandie, en Hollande, etc., sans qu'on la regarde comme introduite.

*Corydaih» lutea, DC. — % — Sur les vieux murs près des jardins. Souvent cultivé autrefois. Kay et Dillenius n'en parlent pas. Les auteurs de VEnglhh Botany le reçurent en 1798 (Enyl. Bot., I, t. 588); mais Wilhering l'avait déjà trouvé. 11 croit dans uno localité près do Caen, sur les vieux murs (Hard., Ren., Lecl., Fi. Calv), et aussi près de Paris et de Tournay (Lestib., Bot. Belg.). On peut le regarder comme répandu par les jardins dans le nord-ouest de la France et en Angleterre. La patrie primitive parait être l'Italie, l'Illyrie, etc. On ne l'indique ni en Irlande (Mackay, Fl ), ni dans le sud-ouest de la France, ce qui confirme une origine orientale et non occidentale.

NATURALISATIONS A PETITE DISTANCE.

* ArabU tarrita. L. — -' — Murs d'un collège à Cambridge, déjà en 17 28 (Huds., Fl.), puis à Oxford, dans le Kent et dans une localité près de Kinross. Non mentionné dans les Flores plus anciennes que celle de Hudson. Manque au nord-ouest de la France, à l'Irlande (Mackay, Fl. ; Pow., Fl. Cork.). Tout porte à croire qu'elle est sortie, en Angleterre, des jardins botaniques de Cambridge et Oxford.

* Sfaymbrlum polyceratlum, L. — (T) — Selon les auteurs, naturalisé près de Bury Sainl-Edmonds, mais échappé d'un jardin qui est même connu à peu près (Wats. , Cyb., l,p.152) 11 existe en Portugal (Brot., F/., 1. p. 5.'i8), et dans le midi de l'Europe; mais il manque aux lies Açores (Wats. dans Hook., Journ , 1844, 1817), au nord-ouest de la France et à l'Irlande. Il s'était peutêtre répandu une première fols du temps de Gerarde ;Varenne,dans Wats., Cyb., III, p. 384), dans le comté d'Essex ; mais je n'ai pas su lo trouver dans mon exemplaire de Gerarde, llerbal, de 1507.

Berbeh$ vulgaris, L. M. Watson (Cyb , I, p. 391) doute de sa qualité d'aborigène ; je ne vois pas de motifs pour cela. M. Babinglon [Mon. brit. bot.} n'émet pas de soupçon. L'espèce existe en Hollande, en Norwége. etc.

Chriranthu» Cheirl, L. — % — Il croit en Grèce, sur les rochers, à Nauplie, Milos, Syra, etc. (Fraas, Syn. Fl. class., p. 1 17) ; mais dans tout le nordouest de son habitation actuelle, en particulier dans la Grande-Bretagne, seulement sur les murailles, les ruines, et l'on ne peut guère douter d'une origine étrangère ancienne. Du temps de Gerarde, en 1597, le nom anglais était déjà Hall- Flower (fleur des muraillos). Les constructions étant de nature à survivre aux individus et aux peuples, les plantes des ruines sont bien acquises à un pays.

Malhiola incana, L. La station observée, en 1843, sur des falaises presque inaccessibles de l'Ile de Wight (Wats., Cyb,, I, p. 155), est assurément bien remarquable pour une espéco dont la localité connue la plus rapprochée est à la Teste (Lalerr., Fl. Bordel . 4« édit., p. 114) et à Bayonne (Gren. et Godr., Fl. Fr.). On dit qu'elle a été vue autrefois sur les falaises do Hastings (Wats., *.). Il n'existo pas d'indice d'une introduction en Angleterre. C'est peut-être une plante littorale, autrefois plus répandue, et il reste à savoir si on ne la découvrira pas en Bretagne.

Le Crambe orientait*, L., vient de s echapperd'un jardin et s'est naturalisé près de Fochabers (Wats , Cyb., I, p. 115); mais on ne peut pas dire encore si cette plante d'Orient s'établira complètement.

Les Camclina se montrent fréquemment dans les champs de lin ; toutefois sans l'introduction incessante de graines étrangères, il est probable qu'ils disparaîtraient. Leur patrie es#la Bussie méridionale et le Caucase.

Isatis tinnoria, L. — 0 — Cette plante, souvent cultivée, s'est répandue dans plusieurs localités éloignées les unes des autres (Wats., Cyb., I, p. 41 7), en Angleterre et en Écosse. Elle a été trouvée dans les carrières calcaires de Guilford, en 1 8 25 et en 1 84 1 , cequi montre un établissement assez durable. Gerarde, en 1597, ne connaissait d'Isatis sauvage, en Angleterre, quo dans les endroits où I on avait cultivé la plante (Herbat, p. 394). On répète do siècle en siècle que les anciens Bretons se servaient du suc d'Isatis pour se teindre la peau en bleu. La culture en serait donc très ancienne. Les noms gallois, anglo-saxons, allemands, slaves, ont tous de l'analogie et font présumer un usage commun autrefois à toule l'Europe. En Irlande, l'Isatis n'est pas sorti des champs (Mackay).

CHANGEMENTS DANS I.'ll MUTATION DES ESPÈCES

Thlaspi arventt, L. M. Walson Cyb., I, p. 118 ; l'appelle cohtmt,ce qui suppose d'une manière plus ou moins absolue une station dans les champs et une origine étrangère Les auteurs anglais, depuis Gerarde, en 1597 [Herbal, p. 206 ', jusqu'à nos jours Smith. F/., III, p. 170. Bab., Mon., 2' édit , p. 29 . di>ent pourtant (pie 1 espèce existe au bord des chemins, dans les lieux stériles, incultes, même près de la mer dans un endroit du Su (Folk Sm. , /. c). Est-ce par naturalisation à la suite de» cultures? ou serait-ce, au contraire, la patrie primitive de l'espèce, d'où elle se serait répandue dans les champs? Je crois plutôt à cette dernière hypothèse, selon laquelle la plante serait originaire de I Europe tempérée, et aussi bien d Angleterre que du nord de la France, du midi de l'Allemagne, etc. En effet, 1* elle est indiquée plus régulièrement comme arvicole dans les Flores d'Italie et de la région caucasienne que dans celles de 1 Europe tempérée occidentale; 2" elle manqueaux champs de pays plus méridionaux d'où sont venues d'autres mauvaises herbes, par exemple, à I Algérie (Munby, Fl. Alg ), à la Sardaigne ; Moris, Fl.), l'Ile de /faute (Reut. et iMarg., Fl.), peut-être à la Sicile Guss , Syn.) Évidemment, c'est une es|>èce qui craint la chaleur ou la sécheresse du midi.

Iberis amara, L. Ne sort pas des terrains cultivés.

Lepidium latifotium, L. Pourquoi douter de son indigénat, puisque l'espèce est sauvage dans des pays analogues, et l'était en Angleterre du temps de Gerarde [Hcrb., p. 1 87) comme elle l est aujourd'hui.

Lepidium Drnba, Br. En Angleterre, il est rare, même dans les terrains cultivés, et c'est à peine si on le trouve accidentellement au bord des chemins ou dans les décombres [Engl. Bol.,l. 2G83; Wats., Cyb., I, p. 424; III, p. 581). lien est de même sur le continent, près de l'Angleterre. Je le crois originaire du sud-est de l'Europe et des environs du Caucase. En effet, il est indiqué dans les prairies en Sardaigne (Moris, Fl.), mais il manquait à Alger en 1847, mémo dans les champs (Munby), et pour l'Espagne méridionale M. Boissier l'indique dans les cultures; il semblecommun en Italie hors deschamps (Bertol., FI.), demémc en Boumélie (Griseb.) et autour du Caucase fBieb., C.-A. Mey., Hohen.)

* Ulynf morlilmum, L. — £ — Trouvé depuis le commencement du siècle actuel sur divers points du littoral de l'Angleterre méridionale et, d'une manière plus adventive, en Ecosse, près d Aberdeen. Les auteurs anglais ne doutent pas de son introduction par lo fait d'une culture assez fréquente dans les jardins. M.Watson (r yb., I, p. 134) semble même croire la naturalisation peu assurée. L'espèce manque au littoral de la France occidentale et à ITrlande. Elle existe en Portugal (Brot., Pl.), et aux Açores (Wats., Lnnd. hmrn. ofbot., 4844, p. 584). Si c'était une plante primitivement occidentale, on la trouverait en Irlande, pays intermédiaire entre les Açores et la Grande-Bretagne.

Sisymbrium Mb, L. M. Watson (Cyb., I, p. 150) lo nomme denizen (vovez ci-dessus, p. 644). M. Babi ngton [Alan., 2* édit , p. 23) n'émet aucun doute sur son origine. On le trouve dans les décombres, sur les talus, bords do routes, etc., principalement autour des villes anciennes. Quelquefois, il se montre en abondance, puis disparaît. On sait qu'il parut en quantité sur les ruines du grand incendie do Londres, en 4 667 (Hay, édit. 1704, p 297). Récemment, un fait analogue est arrivé, selon M. Johnston {liai, of east. burders, p. 34) : en 1847, on prit de la terre dans un champ où le Sisymbrium Irio n'était pas connu, pour construire lo chemin de fer du Nord, près de Berwick, et il parut en masse ; mais

NATURALISATIONS A PETITE DISTANCE. 053

en 1851 déjà, il avait 'disparu. Ces faits, de même que la présence en Irlande, me font croire l'espèce ancienne et plus commune autrefois qu'à présent. Ce serait le contraire d'une introduction.

Erysimum cheiranthoides, L. A peu près dans les mêmes conditions que le Sisymbrium Irio. mais, en outre, Gerarde [Herb., p. 213) le dit sauvage de son temps en Angleterre, et il est plus ré|>andu dans le centre et le nord de l'Europe. On le voit dans les haies, les broussailles. Je le regarde comme une mauvaise herbe indigène de nos régions tempérées, dont les stalions se seraient multipliées par l'effet des cultures.

Erysimum virgatum, Roth. Adventif (Wats , Cyb., III, p. 384).

Erysimum orientale, Br. Adventif (M., I, p. 4 51).

Brassica campestris, L. (B. campestris et Bapa, DC, et B. Napus, L.) En traitant plus loin de l'origine des espèces cultivées (chap. ix, p. 826), je prouverai que la patrie primitive doit avoir été la région entre la Baltiqul et le Caucase. Je doute qu'elle s'étendit en Ecosse et en Angleterre; mais les méthodes ordinaires ne prouvent rien dans le cas actuel, à cause de la culture excessivement ancienne. Ainsi, des noms gallois ou irlandais, toutà fait celtes, ne prouveraient pas rindigénat.A présent, l'espèce est à peine sauvage (Wats , Cyb., I, p. 158), et si elle parait l'être, on peut toujours soupçonner un semis provenant de pieds cultivés.

Brassica oleracea, L. Je ne vois pas pourquoi il n'aurait pas été spontané, avant l'homme, en quelques points de l'Angleterre, puisque sa patrie doit être, d'après divers indices linguistiques (chap. tx, p. 839), l'Europe occidentale tempérée, ot qu'on le trouvo sur des falaises en Angleterre et en Irlande (Mackay, El. Hib., p. 28).

Sinapis albay L. M. Watson (Cyb., I, p. 4 62 : III, p. 385) a des doutes sur l'origine, quoique, suivant lui, l ospèce soit parfaitement établie dans les champs et les haies. M. Babington l'indique dans los terre» cultivées et les terrains vagues. Elle est en Irlande et en Normandie, dans les mêmes dations. Buy la mentionnait déjà, mais sans préciser sa manière de vivre. Je ne puis avoir que des soupçons, et la probabilité semble plutôt en faveur de 1 indigénat.

Diplotaxis lenuifolia, DC. Commun sur les vieux murs du temps de Gerarde (4 597, Herbaly p. 4 92), commo à présent (Sm., El.; Bab., etc.); M. Watson soupçonne une origine étrangère (Cyb., 1, p. 4 63). Il est en Normandie et en Hollande, même dans les sables (Breb , El. ; Vrodr. El. Bat ) ; mais sa présence en Irlande est douteuse (Mackay ; Power, El. Cork.). Jusqu'à preuves contraires, je le croirai plutôt indigène en Angleterre.

De même pour le Diplotaxis muralis, DC, qui paraît encore plus spontané dans la Grande-Bretagne.

Raphanus Raphanistrum, L. Ne sort pas des cultures en Angleterre, en Normandie, en Hollande; ainsi, il n'est pas même spontané dans ces pays, d'après l'acception stricte du mot. En parcourant plusieurs Flores, je n'ai vu l'espèce indiquée hors des champs que dans deux pays : la Dalmatie(m herbidis maritimis, Vis.,/'/., III, p. 4 03), et lo midi de l'Espagne (»n arenosis et pascuis, Boiss., l'oy., II, p. 42). Broterodit aussi m camps en parlant du Portugal. En Sardaigne (Moris), en Sicile (Guss., Syn), et le plus souvent en Italie, il est dans les cultures, d'une manière plus ou moins exclusive. L'espèce n'a pas encore pénétré, mémedans les champs, au midi du Caucaso, ni en Algérie (Munby, El., en 4 847). «Menebiera plnMtlflda, DC. — ® — D'Amérique (voy. p. 723). Hudson

65A CHANGEMENTS DANS l/nABITATION DES ESPECES.

[Fl. Angl ., 1778) le décrivait le premier en Angleterre, sous le nom de Lepidium anglicum, croissant en Dcvonshire el dans le Cornouaillcs, sur les décombres. Malgré ce nom, je crois I espèce étrangère, car une fois sur une côte, elle se répand de port en port, elil n'est pas probable qu elle fût depuis longtemps confinée dans un seul point des lies Britanniques. Si elle avait existé ailleurs dans ce pays, Ray et Dillenius ne l'auraient pas ignorée, vu sa station prés des villes et ses caractères si distincts.

* Alyunum cnlyelnum, L. — (?> — A paru dans des localités de la Grande- Bretagne depuis 1835 [Engl. /loi., t. 2853, et ci-dessus, p. 74). Il y a eu probablement plusieurs introductions depuis vingt ans, par les semis de graines étrangères, car les localités sont fort éloignées les unes des autres, et la plante est venue ordinairement dans des champs de blé. Elle en sort cependant quelquefois, puisque M. Babin^ton [Man. , 2* édit., p. 26} indique les pâturages communaux (Voy. Wats.,Cî/6., I, p. 135).

Cochlearia ruftttrann, Lam. (G. Armoracla), L. — % — Dans un article de la Bibliothèque universelle de Genève, do sept. 1 85 1 , j'ai fait l'histoire de cette espèce sous le double point de vue do son nom et de son origine. J 'ai montré qu'on avait tort de traduire quelquefois Armoracia comme si c'était armorica, par l'épilhète de Bretagne, car le mot substantif Armoracia a été pris dans Pline, et s'appliquait à une Crucifère de la province asiatique du Pont, peut-être au Raphanus salivus Quant à l'origine, voici comment je m'exprimais :

La plante ne croit pas sauvage en Bretagne. Ceci est constaté par les botanistes zélés qui explorent aujourd'hui la France occidentale. M. l'abbé Delalande en parle dans son opuscule intitulé : Hœdic et Houat (brochure in-8°, Nantes, 1850, p. 109), où il rend compte d'une manière si intéressante des usages el des productions de ces deux petites lies de la Bretagne. Il cite l'opinion de M. Le Gall, qui, dans une Flore (non publiée) du Morbihan, déclare la plante étrangère à la Bretagne. Cette preuve, du reste, est moins forte que les autres, parce que le côté septentrional de la péninsule bretonne n'est pas encore assez connu des botanistes, et que l'ancienne Armorique s étendait sur une portion de la Normandie, où maintenant on trouve quelquefois le Cochlearia sauvage (Hardouin, Renou etLeclerc. Catal. du Calvados, p. 85; do Brebisson, Fl. de Normand., p. 25). Ceci me conduit à parler de la patrie primitive de l'espèce.

Les botanistes anglais l'indiquent comme spontanée dans la Grande-Bretagne, mais ils doutent de son origine. M. H.-C. Walson (Cybele, I, p. 129) la regarde comme introduite. La difficulté, dit-il, de l'extirper des endroits où on la cultive est bien connue des jardiniers. Il n'est donc pas étonnant que celte plante s'empare de terrains abandonnés et y persiste, au point de paraître aborigène. M. Babington [Manual of Bril. bol., 2e édit., p. 28) ne mentionne qu'une seule localité où l'espèce ait véritablement l'apparence d'être sauvage, savoir Swansea, dans le pays de Galles. Tâchons de résoudre le problème par d'autres argumente.

Le Cochlearia rusticaua est une plante do 1 Europe tempérée, orientale principalement. Elle est répandue de la Finlande à Astrakhan et au désert de Cuman (Ledebour, Fl. Rot»., I, p. 159). M. G risebach 1 indique aussi dans plusieurs localités de la Turquie d'Europe, par exemple, près d'Énos, où elle est abondante au bord de la mer (Spieilegium Fl. Rumel., I, p. 265). Plus on avance vers l'ouest de l'Europe, moins les auteurs de Flores paraissent certains de la qualité indigène, plus les localités sont éparses et suspectes. L'espèce est plus rare en Norwége

qu'en Suède (Fries, Summi, p. 30, et autres auteurs), et dans les Iles Britanniques plus qu en Hollande, où l'on ne soupçonne pas une origine étrangère (Miquel, Ditquisitio pl. regn. Bat.).

Les noms de l'espèce confirment une habitation primitive à l'est plutôt qu'à l'ouest de l'Europe. Ainsi, le nom Chrcn est russe (Moritzi. Dict. inéd. des noms vulgaires). On le trouve dans toutes les langues slaves . Krenai en lithuanien, Kren en illyrien (Moritzi, ib. ; Visiani, FI. Dulm., III, p. 322), eU\ H s'est introduit dans quelques dialectes allemands, par exemple autour de Vienne (Neilreich, FI. H i>n, p. 502], ou bien il a persisté dans ce pays malgré la superposition de la langue allemande. Nous lui devons aussi le mot français Cran ou Crannon. Le mot usité en Allemagne, Meerrctig, et en Hollande, Meer-radys, d'où notre dialecte de la Suisse romane a tiré le mol Méridi ou Mèrédi, signifie radis de mer, et n'a pas quelque chose de primitif comme le mot Chren. Il résulte probablement de ce que l'espèce réussit près de la mer, circonstance commune avec beaucoup de Crucifères, et qui doit se présenter pour celle-ci, car elle est spontanée dans la Russie orientale, où il y a beaucoup de terrains salés. Le nom suédois Peppar-rot (Linné, Fl. Suec ., n. 540) peut faire penser que 1 espèce est plus récente en Suède que l'introduction du poivre dans le commerce du nord de l'Europe. Toutefois, ce nom pourrait avoir succédé à un autre plus ancien demeuré inconnu. Le nom anglais, Uorse radish radis des chevaux) n'est pas d'une nature originale, qui puisse faire croire à l'existence de l'espèce dans le pays avant la domination anglo-saxonne. 11 n'a pas plus d'importance que le nom du marronnier, Hors* chesnul, qui est bien bien certainement moderne. Le nom gallois du cran Rhuddygl maurth H. Uavies, )\rlsh Rotanology,p. 63), n'est que la traduction du mot anglais, d'où t on peut inférer que les Celtes de la Grande-Bretagne n'avaient pas un nom spécial et ne connaissaient pas l'espèce. Dans la France occidentale, le nom de Raifort, qui est le plus usité, signifie simplement racine forte. On disait autrefois en France Moutarde des Allemands, Moutarde des capucins, ce qui montre une origine étrangère et peu ancienne. Ainsi, dans toute l'Europe occidentale, en Suède, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, dans le pays de Galles, en France, les noms de 1 espèce sont d'une nature composée, faisant présumer ordinairement une date peu ancienne. Au contraire, le mot Chren de toutes les langues slaves, mot qui a pénétré dans quelques dialectes allemands et français sous la forme de Kreen et Cran ou Cranson, est bien d une nature primitive, montrant 1 antiquité de l espècedans lEurope orientale tempérée. 11 est donc infiniment probableque la culture a propagé et naturalisé la plante de l'est à l'ouest, depuis environ un millier d'années.

M. Walson regarde le Borbaren prœcox, Br., comme d'origine étrangère, plutôt advenlif ; mais sa présence sur le continent voisin, et en Angleterre, déjà du temps de Ray (Syn.,p. 297,, me fait croire qu'il peut tout aussi bien être originaire du pays. M. Babinglon le regarde comme indigène. M Power a la même opinion pour le midi do l'Irlande (Bot. guide Cork, p. 7).

Le Malcomia maritima, Br , vient d'être observé près de Douvres (Wals., Cyb., p. 157). C'est une plante du midi de la France, qui peut être nedurera pas en Angleterre. Elle n'existe pas en Irlande.

Hesperis matronalis, L. MM. Babinglon et Walson inclinent à regarder 1 espèce comme répandue par l'effet d une culture autrefois très générale ; ce|>endant elle parilt bien spontanée sur le continent, jusquen Dapemarck (Fries, .Snmmo),

CHANGEMENTS t)ANS i/HaWTATION t>ES ESPÈCES.

et la troisième édition du St/nopm, de Ray, l'indiquait déjà dans des localités telles que le bord dos ruisseaux en Angleterre.

* maintins pluninriuM, i. — If — Sur les vieux murs dans le midi de l'Angleterre. Hay et Dillenius ne l'indiquent pas. Il est du sud-est de l'Europe, par exemple, d.Autriehe (kmh). d'Italie: mais il manque à la France, et à l'ouest généralement. Sa culture, fort ancienne, est si fréquente, qu elle explique la naturalisation. M. Watson \Cyb., I) no doute pas de l'origine étrangère; M. Rabington [Man., V édit.), au contraire, en doute ; mais l'opinion du premier est plus probable, à cause de la patrie de l'espèce et du silence des anciens auteurs.

IManthu» t'arjropliyllu». L. — ¥ — Il croit aussi sur les vieux murs dans le midi de l'Angleterre. MM. Rabingion et Watson le jugent dans les mêmes conditions que le Dianthus plumarius. Cependant, il est donné par Ray et Dillenius (Si/m., p. 336) pour spontané sur les murailles, peut-être naturalisé, comme, disent-ils, \BCheiranthux Cheiri II se trouve dans toute la France jusqu'au nord-ouest, mais également sur de vieilles murailles (Coss. etGerm , Fl. Parix: Hard. Ren. Lecl., Cal. Calvad.: Lloyd, /•'/ Loir.-lnf : Roreau. Fl.eentr. ; Lecoqet Lamotte, Cal. plat, venir. ). On commence à le trouver dans des localités naturelles vers la Méditerranée j ainsi, il abonde sur les pelouses sèches de la montagne Noire, près de Careassone iNoulet, Fl. smix-pyrén., p 80), et de même en Italie.

L'un et l'autre de ces œillets ont disparu du comté de Cork, où ils avaient semblé naturalisés (Power, fini, guide Cork, 184-3).

sapoimria officinal!», i„. — ¥ — Il est difficile de savoir si cette espèce est bien spontanée, et encore plus de conjecturer son origine dans le midi de l'Angleterre M. Watson (Cyb., I, p. 194) la classe parmi les espèces denizen, à demi naturalisées, h! le parait native, selon lui, sur les côtes de Devonshire et du Cornouailles. Ailleurs, les localités sont près des habitations et plus ou moins suspectes. Les racines conservent longtemps leur vitalité quand on rejette la plante hors des jardins Dans l'Ile de Wight (Bromfield, Phijtul., III, p. 21 à), elle est certainement d'origine étrangère et à peine naturalisée Kn Irlande, les localités sont suspectes et les pieds -ont à Heurs doubles (Mackay, Fl. Hib.) ; près de Cork, l'espèce est d origine étrangère (Power, Guide, p. 13). Elle est rare aux Iles de la Manche (Piquet, Phytol., IV, p. 1093), ou M. Rabington ne l'avait pas vue, et mêmedansle Calvados (Hard. Ren. Lecl.. Cal., p. 92 , où cependant elle est indiquée dans les endroits frais, au bord des rivières. On la cite en Hollande(Prodr. FI. Bal . p. 39) et en Danemark Fries. Summa). Pour en revenir à l'Angleterre, il faut noter que Gerarde {Herbal, p. 360) et Ray(Sy»., édit. 1724, p. 339) mentionnent 1 espèce comme spontanée près des ruisseaux, etc. La question est très douteuse. En balançant les probabilités dans mon esprit, je trouve un peu plus de motifs en faveur d une introduction par suite des cultures, introduction qui sera toujours peu assurée et peu commune.

Saponaria vaccaria L. Adventive seulement (Wats., I, p. 4 94, et III, p. 394).

Silène noriiflara L. Plante spontanée, selon les anciennes expressions des auteurs, mais spontanée dans les champs seulement, c'est-à-dire cultivée malgré l'homme, dans la Grande-Rrotagnc, la Hollande, l'Allemagne (Koch, Syn.), la Suède (Wahl . , Fl.), les provinces russes de la Rallique (Fleischer, FI.). Près de Moscou, elle existe dans les champs et dans les bois (Mart., Fi. Mosc., p. 78) ; en Silésie, dans les champs et les jachères (Wimm. ut Grab., FL, I, p. 67). La

NATURALISATION A PRTITE DISTANCE. 057

Flore de Galicie, par Zavvadski, indique des localités ordinaires, sans parler de cultures ; enfin, l'espèce est absolument sauvage autour du Caucase, jusqu'à 4.000 p.(Hohen., Pl. Tal. ; C.-A. Mey., Vers., etc.) et on Sibérie (Linn., Ledeb., FI. Ros», I, p. 3 ! 5). Voilà un exemple, et ils sont rares, d'une plante orientale, devenue mauvaise herbe dans les régions septentrionales de l'Europe, sans I être dans le midi, où elle ne croît pas Elle était en Angleterre deja à l'époque de Ray (Sun., p. 3 40), mais moins commune qu'à présent Gcrardo n'en parle pas.

* Hllene Italtra, Pera — % — Sur les falaises de Douvres, depuis 182îi (Engl. Bot, t 1748; Bab., Mon., édit. I et II). Echappé des jardins, selon M. Babington. Il ne croit effectivement pas dans l'ouest de la France, mais seulement dans le sud-est, jusqu à Lyon (Gren. et Godr.. FI. Fr., I, p. 218), de sorte qu'un transport de graines en Angleterre, par un autre agent que l'homme, n 'est pas admissible

Lyt hnis OUhOfê, Lam. Cultivé malgré la volonté de l'homme, en Angleterre, depuis un temps immémorial (Gorarde, Herb.; Ray. etc.) La patrie primitive do cette espèce a échappé à toutes mes recherches. Elle est indiquée uniformément dans les terrains cultivés, ordinairement dans les moissons, inter segetes, dans les Flores de toute l'Europe (Sicile, Sardaisrno, Espagne méridionale, Portugal, Italie, Grèce, Europe centrale, Courlande, Moscou, otc !, de l'Algérie (Munby),de l'Arménie (C. Koch , Linncea. «844, p. 742). des environs du Caucase (Bieb.; C.-A. Mey : Hohen.)ot jusqu à Irkulzk en Sil>éric (Turcz., FI. Baie, p. 21 1). Aucune Flore ne mentionne une tendance à sortir des cultures. L'espèce n'est pas dans le catalogue des plantes «lu Sinaï do Bové, par Decaisne, ni dans la liste des plantes de la Chine septentrionale, par Bunge. Elle semble plus communo dans 1 Europe tempérée que vers le midi, en Grèce ou en Algérie. Les noms vulgaires donnent un indice assez romarquable. Ceux des langues dérivées du latin viennent de Vfgella (Nielle, fr. : Xeguillon, esp. ; Anelle, piémont., otc.'i, par analogie delà graine avec celle du Nigella saliva, que les Latins appelaient aussi (Ht h. Par suite de cette ressemblance, on a appelé quelquefois la plante actuelle Nigella falsa, en italien (Moris, FI. Sard.\ vldithone, Getlayme, etc .de même que les botanistes ont fait (iilhngo. Notre Lychnis Githago n'a pas de nom italien qui paraisse original, ni de nom latin. On necito pas de synonyme do Pline qui puisse lui être rapporté. Il semble avoir été inconnu aux Romains. Les synonymes cités pour Dioscorides sont très douteux (Lychnis sauvage, voy. Fraas, Syn , p 105), et le nom grec moderne en est tellement différent que l'espèce parait avoir été inconnue aux anciens. Les noms germaniques sont peu originaux ; les uns sont comjwsés K expriment une association avec le blé : celui de Rude s'applique aussi à l'ivraie, et il est peu répandu. Si les anciens celtes avaient eu un nom pour cette plante, aujourd'hui si commune en France, il en serait resté dos dérivés dans une foule de patois. Davies (Welsh Bot., p. 43) associe en gallois deux noms, l'un latin, Gith, l'autre Buhvg, qui pourrait être original. A côté de cette pénurie de noms celtes, latins, grecs ou germains, il y a un nom slave, h'ukirl en russe, Kukalei en lithuanien, h'akol en polonais, qui a donné le nom anglais de la plante Cackle, et les noms grecs modernes RoxxoX» et y3yyo).<. Ainsi, I espèce, d'après les études linguistiques, serait venue par les peuples slaves, qui l'auraient possédée avant les peuples latins et grecs. Elle était peut-être spontanée dans la Russie méridionale, la Hongrie ou l'Autriche, sur des terrains meubles dont la culture s'est emparée. Je ne sais si on la trouvera sauvage dans ces régions. Il est possible qu'elle n'ait

tf58 CHANGEMENTS DANS L'HABITATION DES ESPECES.

plus d'habitation naturelle, par suite de la transformation du sol cultivable Cucubalm baccifcrus, L. Ile des Chiens (Dogs island , prés de Londres, vers Blackwall. Dillenius (Kay, Sytt., p. 267) le cite a Anglesey (Mona), mais c'était sur l'assertion d'un autre botaniste qui, lui-môme, ne l'avait pas vu (Smith, FI., III, p. 290), et en 1813, Davies (WclshBol., p. 4!) ne le connaissait pas dans cette petite ile. L espèce croit près de Nimegue et deMaeslricht (IVedr. FI. Hat.), près de Caen (Hard. Ren. Lecl., Fl. Cale.), mais il faut se rapprocher de Paris pour la trouver un peu fréquemment. La localité do l'Ile des Chiens dans la Tamise est déjà couverte de maisons et de chantiers, et comme l'espèce ne s'est pas répandue hors do cet endroit suspect, je préfère la regarder comme adventive.

Malva verticillota. L. Ksj>ece annuelle, de Chine, cultivée quelquefois dans les jardins, qui s'est montrée depuis 1843 dans les champs d une localité du pays de Galles, prèsdeLlanely(A';ig/. Bot.,1. 2953; Bab , Mon., ir édit.,p. 58). Il faudra savoir si elle dure indéfiniment. I) ailleurs, la station indiquée est un terrain cultivé.

M al va nicœentis, L. Trouvé une fois près du jardin botanique de Chelsea (Wats., Cyb., III, p. 329 , il est d'une introduction encore récente et précaire.

* vit h:, a hirMuto. L. — i — Kxiste dans une seule localité, voisine d'un village, dans le comté de Kent, et s y maintient [Fngl. Bot., t. 2674'. MM. Babington et Watson le regardent comme étranger d'origine. De même en Hollande, où l'espèce existe dans une localité près de la Meuse ; on la croit amenée du sud-est par la rivière (Prodr. Fi. liai., p. 50). Kilo manque à la Belgique (Leslib.. Bot.Belg., Il, p. 303), et se trouve seulement dans le Luxembourg (id.). Un la dit spontanée dans plusieurs points de la Normandie, en particulier du département du Calvados (Hard. Ren. Ceci., Cal ), mais elle manque aux lies de la Manche (Bab., Prim. ; Piquet, dans Phyloi, 1853) et à l'Irlande.

* Acer p«eadoplatantiM. — Parait plutôt indigène à M. Watson (Cyb., 1, p. 255). Le docteur Bromfield (P/it//., III. p. 274) le croit naturalisé dans le midi de l'Angleterre et originel dans le nord. On ledit spontané en Hollande [Prodr. FI. Bal., p. 53) et en Danemark (Pries, Snmma) ; mais en Normandie (Breb., Fi.) et autour de Paris (Coss. etGerm.) il n est que planté. Vers le centre de la France, sur les montagnes, on le trouve à l'état sauvage (Boreau, FI., I, p. 35). D après M. Watson [Cyb., I, p 255), il se présente bien comme spontané, au bord des rivières, dans les comtés occidentaux de l'Angleterre. Cependant, a l époque de Ray, il n en était pas ainsi [Synopsis, 3e édit , p. 470). D'ailleurs, on ne peut citer aucun nom anglais ou gallois (Davies, Il chh Bolan.) qui ail l'apparence d'un nom primitif, comme l'est, par exemple, le mot Ahorndm Allemands. En Irlande, cet arbre existe autour des habitations seulement, et il n'est pas regardé comme indigène (Mackay, Fl., p.. 54). Les probabilités sont dans ce sens pour les lies Britanniques.

Je n'oserais pas affirmer, comme M. Babington, que les Tilia europcea, L. et Tilia gratuit folio, Ehr., soient d'origine étrangère dans la Grande-Bretagne. Au contraire, la lecture des articles de MM. Leighton et Bromfield, dans le Phytoiûgint (I, p. U7 et 469, 111, p. 418), me persuade plutôt d'une origine indigène. M. H. -C. Watson, cependant, encore en 1847 [Cybcte, I, p. 243) soupçonne une origine étrangère, excepté pour le Tilia par vi fol m, qu'il regarde comme probablement britannique (genuine Brilon). S d m'est permis d'ajouter un argument dans une question si controversée en Angleterre même, je dirais que les

NATURALISATION A PKTITK DISTANCE. 059

noms gallois du Tilleul, cités par Davîes {Welsh Uni., p. 53), ont une apparence tout a fait celtique el ne semblent pas des traductions des noms latins ou saxons. Un érudit en langues celtiques pourrait peut-être indiquer un sens au mot Pisgrn, qui sort de base au composé Pisgwydden, donné aussi par Davies; mais assurément ce n'est pas l'analogue des noms européens les plus connus du Tilleul. En consultant mon Dictionnaire inédit des noms vulgaires, par Moritzi, je- vois que la langue tinnoise. une des plus anciennes, dit Leekmua Pallas, Ft. Ross.), les langues slaves disent Lepn (lithuanien,, ou Lipn russe, bohème, etc.); les langues germaniques Lind ou Linde, d'où les Anglais ont tiré Lime. Le Tiliu des Latins est l'origine des noms français, espagnols, etc. Enfin, les (îrecs ne connaissaient que le Tilia argenlea, qu'ils appelaient <JyiÀc<a ftkvf» (Fraas, Syn. fl. clans., p. 99). Je ne découvre les consonnes caractéristiques p*, ou leur équivalent bs, absolument que chez les Tscheremisses. peuple do Russie, dont la langue est composée de finnois et de tartare. Ils nomment le Tilleul Pitschte. Leurs voisins, les Morduans. disent PiA-.sc/iai Pall., Fl. Ross., in-8°, v. II, p. H). Serait-ce l'origine du Pisgdei Gallois? Quoi qu'il en soit, ces derniers avaient un mot antérieur aux Romains, et, par conséquent, aux Saxons.

Hypericum calycinum, L. Il s'est naturalisé, à ce qu il semble, dans quelques points de l'Ecosse |Rab. .\îan., 2' édit., p. 59) et de l'Irlande ; mais je suis de l avis de M. Watson (Cyb., 1, p. 253), qu'il peut avoir été planté et durer longtemps sans se semer de lui-même. Dans l'Ile do Wight, bien plus au midi quo l'Ecosse, il se trouve aussi en apparenco naturalisé, sans jamais mûrir ses fruits (Bromheld. Phytol.. 1S48, p. 271).

'Géranium ,»?r,-».ni< ..... L. — % — M. Watson (fyt. , I, p. 261 ; III, p. 401) le dit probablement naturalisé (denizen). Il se fonde sur les localités et stations voisinesdes habitations, chemins, etc. J'ajouterai d'autres arguments. Les anciens auteurs anglais n'avaient pas indiqué l'espèce, soit qu'elle manquât alors au pays, soit qu'elle leur fût inconnue, par négligenco des caractères du fruit. Elle a été introduite dans les Flores au milieu du siècle dernier (Sm., Engl. Fl , III, p. 239). Les localités d'Irlande, de Normandie, de Paris, sont suspectes, comme celles d Angleterre, et il faut a\ancer vers la France orientale pour trouver la plante dans des endroits à l'abri de tout soupçon (Lorcy et Dur., Fl. C4te-d'Or, etc.) : enfin, l'espèce manque à la Hollande, à la plus grande partie de la Belgique, et au département de la Loire-Inférieure. Cet ensemble me fait présumer une introduction irréguliôre dans l ouest.

Géranium phivum, L. — % — M. Watson le regarde comme étranger (Cyb. , I, p. 259 ; III, p. 100), parce qu'il se trouve seulement près des jardins dans des localités suspectes. Il a été introduit par Dillenius dans la troisième édition du SynoiMi* de Ray. Cette plante est éparse dans une grande étendue de l'Europe, et souvent avec l'apparence, dans lo nord-ouest, d'une plante naturalisée ou adventive. On la trouve cependant en Hollande (/Vorfr. Fi, Bat., p. 51), et dans le département de la Somme, savoir dans los prés humides autour de Montdidier (Pauquy, Ft. Somme, p. 77). Je n'ose me décider pour une origine étrangère dans la Grande-Bretagne

*lmpatl«n« fui va. Xnu. — (i) — Originaire d'Amérique Voyez plus loin art. V.

Oxalis stricta, L. Cette plante annuelle est devenue une mauvaise herbe dans <juelques jardins et cultures du midi de l'Angleterre (VVats., Cyb., I, p. 272;

CHANGEMENT»» DANS i/hAUITATION DES ESl'ÈLES.

III, p. 403); mais il ne paratl pas qu'elle se répande hors des terrains quel homme lui prépare chaque année, donc elle n'est pas spontanée dans le sens réel du mol.

* Oxalte corniculata, |* — ,?> — Celle-ci est indiquée dan» les terrains vagues, au bord des chemins. On peut croire qu'elle survivrait à I 'influence de I homme si les cultures cessaient dans le pays. Les anciens botanistes anglais ne la mentionnent pas. Elle a été signalée au commencement du siècle actuel (Engi. Bot., t. 4 726), et s'est répandue déjà dans plusieurs comté», surtout du midi (YVats., Cyb , I, p. 270 ; M, p. 402 ; Bromf., Phyt., III, p. 276 , avec locaractère souvent d'une espèce mal établie.

L origino de ces Oxalis à fleurs jaunes n'a pas été scrutée par les auteurs Elle* sont en Europe depuis le xvi* siècle, car : I " On ne peut citer aucun synonyno grec ancien ou latin (Siblh., Fraas, etc }. 2" Ces espèces sont encore rares en Grèce. Fraas n'en parle pas, ni Beuterol Margot [Fl Zante), et M. Grisebach ne los a pas trouvées. 3' Les noms italiens, français, espagnols, grec moderne, n'ont pas un caractère original, et paraissent plutôt dérivés d'usages religieux modernes, d'analogie av ec d'autres espèces, etc. 4" On n indique pas do localités, dans les Flores d'Europe et d'Algérie, qui soient hors des cultures, ou du moins hors du voisinage des habitations. 5* CluSÏUI est lo premier qui on ait parlé. C'est en 1576, dans son livre sur I Espagne (t. 476V II avait vu l'Oxalis corniculata près deSévillea in umbrostf », et dans un jardin à Montpellier. Les auteurs modernes (Boiss., Colmeiro) indiquent celte plante dans les cultures en Espagne, et les mots in umbrosis peuvent s entendre de champs ombragés. — Quant à la patrie primitive, elle est douteuse, d'autant plus quo la distinction des Oxalis corniculata et slricta est incertaine, et que plusieurs botanistes d'Europe et des Etats-Unis les réunissent. L'origine indienne a en sa faveur L existence de plusieurs noms sanscrits (PiddingtOn, Index). Koxburgh (Fl., édit. 1832, v. Il, p. 457), affirme la qualité indigène de l'espèce, qu il nomme Oxalis pusilla, laquelle est reconnue être l'Oxalis corniculata (Wight cl Arn., Prodr., I, p. I 42). On regarde aussi l'Oxalis villosa, Bieb., comme synonyme du corniculata (C.-A. Mèy., 1er;. ; Lodeb., FI. Ross.), et cette plante est sauvage au midi du Caucase, l'eul-élre la même espèce s étendait-elle primitivement sur une grande partie de l'Asie? Enlin, il est remarquable de voir aux Etats-Unis une plante rapportéo généralement à l'Oxalis corniculata, se? trouver sauvago et très répandue aussi dans les cultures de cette région. Biddell [Syn. Fl. W est. •<., 1835) distingue un Oxalis slricta dans les champs et un Oxalis corniculata dans les bois et les ravins. MM. Asa Gray (1848, Bol. north. »C) ot Darlington (Fl. (VsJr., édit. I «53) n admettent qu une espèce, qu ils indiquentdans leschamps et les bois. V aurait-il deux espèces, l une asiatique, I autre américaine, répondant au corniculata el au ëtrietat M. Godron {Consul, migr., p 21 a émis déjà cette opinion, sans la motiver.

Ononl» . . ■« ii, .an t.. — i — Planle des sables de la mer Méditerranée en France, du Portugal, des Asturies (Boiss., Yoy, Ftp., II, p. 152), de BiariU, près Bayonne (Gren. et Godr , Fl. Fr , I, p. 374). des dunes du Morbihan, près de Saint- Adrien Le Gall, Fl. inéd. du Morb., p 133), de l'Ile d Alderney ou Aurigny, canal de la Manche, plus voisine de la France quo de l'Angleterre Bab., Pnm. Fl. Sam , p. 24). Elle se retrouve au pied d une falaise du Mull de liallouay, dans I Éco?su occidentale (Grah., d'après Wats., Cyb., I, p. 282).

M. Watson lui-même a commencé par douter du fait, et plus tard (Cyb.y III, p. 406), il nie positivement que l'espèce soit indigène [native] en Écosse. La découverte du docteur Graham est pourtant si certaine que M. Babington a fait dessiner l'espèce {Ei\gl. Bol , t. 2838) d'après un do ses échantillons. La position isolée de Galloway détourne de l'idée d'un semis adventif et peut faire soupçonner une habitation occidentale jadis plus étendue. Dans cette hypothèse, l'espèce appartiendrait à ces plantes atlantiques dont on voit des membres épars divisés entre 1 Espagne, l'ouest de la France et les lies Britanniques. Cependant, elle manque a l'Irlande (Mackay, R ; Power, Guide Cork), dont le climat est si favorable a la conservation de cette catégorie d'espèce*. L'espèce manquo égaloment aux lies Açores (VVats., dans Hook., Lund. Jour». Bol , v. III et VI). Je crois donc plutôt à un transport do graines par une cause inconnue.

Aledicagoxativa, Medicago falcala. Medicago sylceslris, Alelilotus alba, Melilotus parriflora, Trifolium incamatum, Thfolium tkoam% Scorpiurus subrillosus, Vicia Ervilla, sont des plantes dites par plusieurs naturalisées, et par M. Watson, tantôt étrangères (alim), tantôt à moitié naturalisées [denisen) ; mais il n est pas prouvé qu'elles fussent acquises au pays, si les marchands n'en faisaient venir constamment des graines, ot si la culture n'en était générale, au moins pour quelques-unes d entre elles.

Mr ldoUn offcinalis, L. Je ne vois pas pourquoi il no serait pas indigène.

Le Trifolium tUUat*m,'L., se maintient dans le voisinage d'un dépôt de lest a Shoreham (Wats., Cyb., I. p- 297). Il pourra bien disparaître un jour, comme le Trifolium rrsupinatum de Poole (tb. , p. A0 I ) .

M. Watson [Cybele, 1, p. 32, regarde le hithyrus latifolius, L. , comme naturalisé dans quelques points de l Angleterro ou on le trouve. M. Babington [J/an., 2r édit. , p. 85) en doute, peut-être parce qu'il n'est pas certain qu il se maintienne de lui-même en rase campagne. Ray le citait déjà en Angleterre (Syn., p. 34 9). Les auteurs de VEnglish Botany, t. 1108, l'admettent aussi. Il s'avance du midi de la France jusqu'au département de la Manche et du Calvados, où il est rare (Hard. Ren. Lecl , FI. Calv., p. I 19). Près de Paris, il s'échappe quelquefois des jardins et dovient subspontané C.oss. et Gorm., /•'/.. p. \ \">). Telle est peutêtre la nature des pieds observés en Angleterre depuis longtemps.

Le Fragaria elatior, Ehr., ost regardé comme naturalisé dans quelques points; mais, selon plusieurs auteurs, il ne mérite pas do constituer une espèce. Par ce motif, je n insiste pas.

D'après ce que dit M. Watson (Cyb., I, p. 359), on ne peut pas regarder lo Bmn cimuimomm, L., comme vraiment naturalisé.

M. Watson (Cyb., I et III), est disposé à considérer plusieurs Pyrux, Primai, et le Mrsyilus germunien, comme étrangers d'origine, dans la Grande-Bretagne, d'abord cultivés, puis disséminés par les oiseaux ; c'est possible, mais je cherche les espèces dont la naturalisation est démontrée, ou tout au moins probable d après des indices : or, pour ces arbres, les indices manquent. Je remarque cependant que, pour les Prunus Cerasus et Prunus avinm, les noms gallois donnés par Davies IWdsh Bol.\ sont dérivés du latin, que le nom anglais du Mespilus germanica, Medlar, est analogue au\ vieux noms français, Xlelier, Mesplé, etc., selon les provinces, et aux vieux noms allemands et danois, Mispel, Mespel, qui se sont changés en Néflier et Nespel. Davies ne mentionne pas cet arbre dans l'Ile d'Anglesey, de sorte qu aucun nom gallois ne m'est connu.

CHANGEMENTS DANS i/hAUITATION DES ESPÈCES.

Cotoneaster rnlgaris, L. Cet arbuste do Sibérie, de la péninsule Scandinave, dos montagnes du centre de l'Allemagne, des Alpes et dos Pyrénées, se trouve sur un rocher escarpe, au bord de la mer, dans lo comté de Caernarvon, pays do Galles (Wats., Cyb.. I; Bab., Man.). Il manque a 1 Ecosse, et, on général, aux autres localités monlueuses des lies Britanniques. Il manque aussi aux Açores Wats dans Hook., Lond. Journ., III et VI). L'isolement do la localité du pays de Galles, la naluro des fruits qui doivent tenter les oiseaux et la possibilité que les noyaux soient transportés dans leur estomac, font penser naturellement à une introduction par ce moyen. D'un autre côté, les oiseaux qui émigrent à 1 époque de la maturité des fruits seraient partis do Norwége, et alors ils seraient venus en Écosse ou dans le nord de l'Angleterre plutôt que sur la côte occidentale du pays de Galles. L'introduction est donc très douteuse.

*Œno(hera hirnnU, L. Originaire d'Amérique. Voyez plus loin, article 5. Il n'est pas encore arrivé en Irlande (Mackay. FI. ; Power, Guide Cork).

* Clajtonla perfoliata, Don. — C — D'après M. Novvman (Phytol., 1853, p. 982), cette planto de l'Amérique septentrionale se répand activement autour do Londres. M. Corder l'avait signalée, en 1 852 (Phytol., p. 485), à Amplhill, dans un endroit éloigné de tout jardin. L'année suivante, on l'a trouvée à Wcybridge et à Clapham commun (P/iyfo/., 1853, p. 982). Elle est probablement sortie des jardins, car on la cultive parfois comme légume. Ses graines sont petites et nombreuses.

SemperrlvMm terioram, \.—% — MM. Babinglon, Watson et Bromfield, le regardent comme d origine étrangère, à cause de sa station constante sur les toits, les vieux murs, en général sur des constructions dues a l'homme. Ray (Syn., p. 269 i doutait déjà de l'origine anglaise de cette plante. Ses habitations naturelles les plus rapprochées sont peut-être les rochers do Divatte dans la Loire-Inférieure (Lloyd, Fi) ot ceux de Saumur (Lorey et Durey, Fl. Coted Or, I, p. 361), car, en Normandie et à Paris, les localités sont arlilicielles. Son introduction, en Angleterre, doit remonter à une époque très ancienne, puisque les Gallois de l'Ile d'Anglesea lui donnent quatre noms (Davies, Welsh Botan., p. 47) d'apparence celtique, du moins très différents des noms saxons et latins, et auxquelsje no trouve d'analogie éloignée que dans les langues slaves, par exemple, Didog (gallois), et Tschesnok dikoy (russe, d'après Gorler, FL Ingr., p. 77). Dans cette dornière langue, dikoy signifie sauvage; mais le mot Tschesnok est un nom propre, appliqué probablement à une autre plante. La localité indiquée par Gorler, près de la Luga, semble tout à fait naturelle.

Medum da»yphyllam, L. — ^ — D'après ce que disent M. Watson [Cyb , I, p. 398) et Bromfiold [Phyt., 1848. p. 371), il est bien douteux que celle espèce croisse, en Angleterre, ailleurs que surdes murs et même près des jardins. Dillenins l'a énuméréc le premier parmi les plantes spontanées anglaises, dans le Synopsis ri e Ray, édition de 1724, p. 271 . Elle a des stations naturelles (rochers, coteaux) dans le département du Calvados (H ard. Ron. Lecl., Cul.Calv.,p. 137 . Elle manque à la Hollande, excepté à Maestrichl (Prndr. FI. Bat.), et aux lies de la Manche (Bab , Phm. ; Piquet, Phyt., 1853 : en Irlande elle est rare sur les murs et rocs calcaires des environs de Cork {Mackay, Fl. : Power, Guide).

ftednm alhara, L. Exactement dans les mêmes conditions que le précédent (Voy. Wats , Cyb.Jb., et III, p. 434).

La synonymie des Sedum scxangulare, L. et Scdum reflexum, L . est Irop dou~

If ose, de même que leurs stations en Angleterre, pour émettre une opinion sur l'origine dans le pays. MM. Walson et Bromfield la soupçonnent étrangère.

Le Saxifraga Geum, L., espèce de l'Irlande occidentale et des Pyrénées, a été naturalisé près d'Edimbourg (Bab., Engl. Bot., t. 2093 ; Mon., 2« édit., p 127) et dans le Vorkshiro (VVats.. Cyb., p. 405). On dit qu'il a été trouvé sauvage dans le Cumberland [Engl. Bot., ib.). M. Walson en doute [Cyb., ib.); cependant, je n'ose aftirmer qu'il manquât primitivement à la Grande-Brelagno.

Je regarde, avec Bromfield {Phytol., 4 848, p. 377), le Ribes Grossularia et les autres Ribes comme indigènes. J'en parlerai ailleurs (voy. la table alphab. des espèces à la fin du volume).

* Pelr««elinum uilvam, HofTm. — i — Il s'échappo souvent des jardins, dans les décombres, les rocailles. Il s'est bien naturalisé sur quelques falaises du bord de la mer (Wats., Cyb., I, p. 430). En France, on le dit subsponlané, par suite de sa culture très générale (Coss. et Germ., FI. Par.; Gren. et Godr., FI. Fr.). En Irlande, il s'est établi sur les rocailles et les falaises (Power, Guide Cork, p. 27). Il est originaire de la région méditerranéenne. Ray et Dillenius ne l'indiquaient pas parmi les plantes spontanées en Angleterre; mais en 1763, on le signalait déjà sur les collines près de Cambridge [Engl. Bot., t. 2793).

Le Chœrophyllum aureum, L., a été trouvé en Ecosse, entre Arbroath et Monroso, et près d'Edimbourg, en 1809, ou un peu avant [Engl. Bot., t. 2103). Sir \V. Hooker(F/ Scot.), en 1 «21 , I indiquait « dans les champs, rare, » En 1824, Greville [FI. Edin., p. 68) n avait pas pu le trouver dans la localité près d'Edimbourg, indiquée précédemment. MM. Babinglon [Mon., 2* édit., p. 147)etWatson [Cyb., I, p 463) doutent que la plante existe dans l'Ile de la Grande-Bretagne et la regardent assurément comme étrangère si on l'y retrouve. Elle n'est pas en Irlande, ni dans le nord-ouest do la France, ni dans la péninsule Scandinave. Sa patrie est la région montueuse du centre de l'Europe, jusque vers le midi de la Belgique (Lestib., Bol., II, p. 273). Si elle existe en Écosse, il est probable qu'elle s'est échappée de quelque jardin, ou qu'elle a été semée avec des*graines venant de l'étranger.

Le Chœrophyllum aromaticum, L., a été trouvé, vers 1831, entre Arbroath et Forfar, en Ecosso, par le jardinier. G. Don , qui a découvert le précédent [Engl. Bot., t. 2636). M. Walson [Cyb., 1, p. 463) l'appelle étranger. M. Babington [Man., 2« édit , p. 1 47) lui donne le signe do plante probablement naturalisée. C'est une espèce du sud-est et des montagnes centrales de l'Europe. Elle avance à l'ouest jusqu'en Livonie (Fleischer, FI., p. 4 1!>): mais elle manque à l'Allemagne occidentale, la Belgique et la France occidentale. Si elle persiste en Ecosse, on devra probablement l'attribuer à une naturalisation par suite des jardins ou des achats de graines faits sur le continent.

Le Carum Curoi, L. est soupçonné d'origine étrangère par MM. Babington et Watson. Cependant, M. Watson {Cyb., I, p. 434) cite un auteur de la fin du siècle dernier, Teesdale, d'après lequel le Carvi était si commun près de Hull que les pauvres gens en ramassaient les graines pour les vendre aux droguistes. Hay [Syrt., 2' édit., p. 214) l'indiquait déjà comme spontané dans les environs de Hall, et ailleurs. Actuellement, il a été trouvé dans presque toutes les parties de la Grande-Bretagne. II existe aussi on Irlande (Mackay, Fl., p. 122).

A l'appui de I origine étrangère, on pourrait remarquer I absence dans l'ouest de la Francc(Hard. Ren. Lccl , Cm. Cah. ; Pauquy, Fl. Somm. ; Coss. et Germ.,

Fl. Par. ; Lloyd, Fl. boin-tn(.)\ mais il existe en Hollande (Miq., />»*</. pl. //al., p. 73; et Pr«Jr. F/. Uni., p. 97), en Danemark, en Norwégeot en Suède (Pries, Summa, p 24), de sorte que la plante semble, au contraire, avoir occupé dès longtemps les 50 à 60" degrés en Europe, de l est à I ouest. — On pourrait tirer une induction contraire du nom anglais Caraicay, et des noms gallois Cartons», Carddwy Davie»,i HV/iA Botan., p. 20). qui paraissent des dérives du nom latin ou grec Curvi, Carui, Carum, etc. ; mais il faudrait savoir d'abord si le nom latin n'a pas prévalu sur quelque nom indigène plus ancien, et il faudrait surtout constater I origine du mot Carri, Selon Theïs ((îloss. Bot.), Carvi vient de Carum, et Carum vient de la province do Carie, d'après Pline, livre XIX, chap. vm. U un autre coté, J. Bauhin (i/isl , III, 2e part., p. 69) dit que le nom grec est K*po;. Kaf ov, Kapiov ; mais à cela voici une grande difficulté : Le Carum Carvi no se trouve pas en Grèce, ni dans l'Asie Mineure, au moins en tlarie, »:ar il manque dans Sibthorp. dans Y Expédition de Morve, dans la Flore de Xante de Reuter et Margot, dans Grisebach, Spkilegium, et dans l'herbier de M. Boissier, si richo en plantes de ces régions. Fraas (Syn. Fl. class., p. 1 45) pense qu'il était inconnu aux Grecs anciens, comme il l'est aux Grecs modernes. Il n'existo pas même en Sicile (Guss., Syn.) Les mots grecs de Kap;, etc., ne se trouvent ni dans la table de Sibthorp, ni dans celle des noms vulgaires de la Flore do Zanlo. Il faut, par conséquent , que l'origine dos noms Carum et Carvi soit différente, ou que les noms Carum et K»f,o; aient été attribués jadis par les anciens à une autre plante. Peut-être est-ce un nom d'origine germanique et slave, comme la plante? On dit A'uromel en allemand. Kuminaen finlandais, h'mjn en polonais et bohème, et Cumin dans la Suisse française. L'espèce s étend de la Sibérie et du Caucase (Ledeb., Fl. Bons., Il, p. 249), à la Laponie et probablement à la Grande-Bretagne et a l'Irlande. Je ne vois du moins aucun motif pour rejeter cette dernière région, si analogue aux précédentes en ce qui concerne une foule d'autres espèces.

11 y a beaucoup d'incertitude, et les opinions sont très partagées en Angloterro, sur Y imperatoria Qêtruthium. L. [Peucedanum Ostruthium, Kochj. La majorité penche vers 1 idée qu'il est indigène (Wats., Cyb., \, p. 453). Je suis disposé à le croire. En effet : 1° l'espèce a dans la Grande-Bretagne une limite au nord et au midi, parfaitement tranchée, ce qui indique une habitation très ancienne et bien établie ; elle se trouve dans tous les comtés du nord de l'Angleterre et dans toute l'Ecosse, excepté vers son extrémité septentrionale (Wats.. I. c.) ; 2 ' elle existe sur le continent dans plusieurs pays du nord, qui ont souvent des es|)èces communes avec cette partie des Iles Britanniques, par exemple en Suéde (Fries, Summa, p. 23), en Poméranie et dans les montagnes du nord do l'Allemagne (Koch, Syn.); 3» elle oxiste aussi en Irlande, bien spontanée (Mackay, Fl., p 1 16), Si Bay ne l'a pas indiquée, je crois que c'est une émission, tenant à ce que I espèce no se trouve pas près de Londres. Elle manque au pays de Galles; il n'est donc pas surprenant qu'elle n'ait pas de nom gallois dans Davies, W elsh Bolany. Il serait curieux de savoir si elle a un nom primitif dans le dialecte gaëlic d Ecosse et en Irlande. Malheureusement, il n existe à ma connaissance aucun ouvrage ou les noms de plantes dans ces deux idiomes soient indiqués.

* ;|»«ranila major, L. — Tf — Celle ombellifere, si distincte des autres, a été trouvée, en I M 40 et 1841, dans un bois près du château de Stokesay, aux environs do Ludlovv, sur les contins du pavs de Galles. Elle était dans un lieu reculé de la forêt, avec toute l'apparence d une plante spontanée. M. Leighton

KATTUALISATION A PETITE DISTANCE

ll'hyiot., 1, p. III) pense que la localité n'indique pas une dispersion par le voisinage des jardins ; mais il demande si quelqu'un n'aurait pas semé l'espèce. M. Borrer, qui visita l'endroit en 1841 , trouva la plante spontanée, et il crut à une introduction fort ancienne (Bah., Man., 2e édit. , I, p. \ 36 ; Watson, Ci/6., 1, p. 4 2 i), — Voici ce qui me parait probable : ou cette plante a été jadis plus rojiandue dans les tics Britanniques, la trace en étant demeurée dans un seul endroit frais et montueux, ou bien elle a été naturalisée par une cause inconnue, probablement récente La première hypothèse n'est guère vraisemblable, car l'Aslrantia major est une plante des parties centrales de l'Europe ; elle manque complètement à la péninsule Scandinave et à l'ouest du continent. Le point le plus rapproché de l'Angleterre où elle existe, est le groupe des montagnes de Spa (Lej., Fl. Spa, p. 133). Si elle avait été répandue jadis dans le nord-ouest de l'Europe, il en serait resté ça et là des traces dan* le pays de Galles, en Écosseet en Suède. Elle aurait peut-être été connue des anciens habitants du pays de dalles, et cependant, malgré la proximité de Ludlovv, ils ne la connaissaient pas, du moins elle ne figure pas dans l'ouvrage do Davies (Welsh Uotan.). L'hypothèse de la naturalisation est plus probable. Sans doute, la cause du transport est inconnue, mais il ne faut pas oublier que dans les environs do Ludlow, il existe depuis longtemps des parcs, des châteaux, dont les propriétaires, tels que le célèbre physiologiste Knight, qui habitait a Daunton, ont pu faire venir de létranger des graines alpines, ou cultiver lAstranlia, comme plante curieuse.

L Erynyium campestre, L.,est soupçonné d'origine étrangère par M. Watson [Cyb., I, p. 425), mais non par MM Babington, Henslow et autres botanistes anglais. Les motifs sont sans douto la rareté de 1 espèce dans les lies Britanniques, la dispersion des localités connues, et le voisinage quelquefois de terrains ou l'on dépose le lest des vaisseaux. Déjà, à l'époque de Ray, il se trouvait aux environs de Phmouth, à Davenlry, dans le centre de l'Angleterre, et près de Newcastlc dans le nord (S'y»., p. 222). 11 subsiste encore près de l'lymonth; il a disparu depuis 1 834 de Davenlry ; enfin, il se trouve encore dans deux localités aulourde Nevvcaslle, savoir dans celle indiquée par Ray et dans un endroit voisin d'un dépôt de lest (Wata., Cfb., I, p. 425). l'lymouth et Nevvcaslle sont des localités où l'abord fréquent des vaisseaux rend uno introduction de graines probable. Davenlry n'est pas dans ce cas. L'espèce existe aussi en Irlande, près do Waterford (Mackay, R, p. 1 29), dans les sables Sans vouloir nier les indices de naturalisation dont je viens de parler, je remarquerai la fréquence de l'espèce sur tout le continent voisin, par exemple, dans la Loire- Inférieure (Lloyd, /•'/.), le Calvados [Hard. Ren. Lecl., Cal.), la Hollande (Miq , />i«'/. pl. //(U.), de sorte que l'espèce a l'air d'avoir existé toujours dans l'ouest de l'Europe, aussi bien que dans le midi. Si elle est plus rare en Angleterre, la cause en est peut-être simplement que les localités sèches qui lui conviennent sont peu communes dans ce pays.

Smyrnium Olumtrum, L. Il est bien spontané et d apparence indigène, d après ce que dit Bromtield (P/ii/M., 1849, p. 412).

Le Tordylium maximum, L. , a été trouve seulement dans trois comtés méridionaux [WatS., Cyb., I, p. 455), notamment près d Oxford, depuis le temps de Ray (Engt. Bot , t. 1 173). Il est comme I Eryngiurn campestre, une plante du continent et des lieux secs. Je n oserais affirmer une origine étrangère dans les îles Britanniques.

* Çorlaadrutu tmtlvuw, L. — ;» - Ray (S*»., p. 221) on parle comme

CIIAMiKMK.NTS [»A.XS (/HABITATION i»KS KSPKCKS.

d'une planle qu'on cultivait beaucoup de son temps. Elle s'est naturalisée» dans quelques points du ntidi do l'Angleterre (Bah., Man., 2* édit., p. 168 ; Wats., Cyb., I, p. AG I), déjà à la fin du siècle dernier (Enyl. Mot., t. 67). Elle se naturalise également à la suite des cultures dans le nord-ouest de la France (Coss. et Germ , FL Par.; Pnuquy, FI. Somme).

Caucalis daiteoides, L. i . Cette plante des champs cultivés existait en Angleterre déjà dans le temps de Ray, mais elle n'est pas dans Gerarde (Sm., £(13/. FI., II, p. il). Elle existait alors sur le continent ; mais les Bauhin (HisL, III, part. 11, p. 80), qui l avaient en herbier (DC . Prodr.; Hagenb., Fl. Bal ), en parlent comme d'une espèce peu commune. On ne connait aucun synonyme des anciens Grecs ni des Latins. En Grèce, la plante n'a qu'un nom grec moderne (Sibth. et Sm. , Prodr. ; Fraas, Syn.). Quoique répandue dans les champs en Italie, elle n'a pas encore pénétré en Sicile (Guss., Syn.). ni en Sardaigne (Moris, Fl., II), ni autour d'Alger (Munby, Fl.), quoique Desfontaines ait dit l'avoir vuo dans les champs do la Régence. Évidemment, l'espèco est arrivée, depuis les Romains, dans l'Europe tempérée et méridionale. Elle ne sort pas des terrains cultivés, et par ce motif, je ne l'appelle pas naturalisée en Angleterre. Son pays primitif est probablement le midi du Caucase, l'Arménie, peut-être la Perse. C.-A. Meyer l'indique « près des villages; » mais Hohenacker Plant. Talysch, p. 96) dit : « dans le pays do Suwant, » et pour d autres espèces, il a soin do noter s'il les a trouvées dans les terrains cultivés.

Turgenia latifolia, Hoffm. (Caucalis latifolia, L.). (i) Mêmes circonstances que pour la précédente espèce, à peu de chose près. Également dans les moissons d'une grande partie de l'Europe; en Angleterre, dès lo temps de Ray, peutêtre pas auparavant, car je ne la vois pas dans la première édition de Gerarde ; connue des Bauhin ; aucun nom grec ancien ni même moderne (Sibth., Fraas), ni de nom latin. Elle a atteint la Sicile, la Sardaigne et l'Algérie (Guss., Moris, Munby). Klle parait sauvage dans les montagnes de Suwant (Hohen. et C.-A. Mey.), et probablement aussi en Sibérie; mais je trouve les expressions des auteurs peu affirmatives sur la station dans ces pays.

Scandix peclen Vencris, L. (J . Dans les champs de blé, à l'époque de Gerarde (Herb., p. 884). Introduite probablement par les Romains, qui la possédaient, ainsi que les Grecs (Fraas, Syn., p. 150). On l'indique, également dans les cultures, en Algérie (Munby, FL), en Sardaigne (Moris), en Italie (Bertol., FL), dans l'Europe centrale et jusqu'au midi du Caucase (C.-A. Mey., Hohen.). Je ne connais qu'un seul pays ou l'espèce ne soit pas exclusivement dans les cultures, c'est la Sicile. Gussnne (Syn., I, p. 341) dit : tinter xstjcte*, in campis, in herbidi* submonlosix. o Ainsi, cette espèce parait venir de l'un des centres les plus anciens de l'agriculture en Europe

* MyrrhlModoracn, Seop. — Tf — Tantôt absolument sauvage, tantôt voisine des habitations, dans un grand nombre de comtés de l'Angleterre et de l'Ecosse, mais justement soupçonnée d'origine étrangère par M. Watson (Cyb., I, p. 463). Ray n'en parle pas (Syn., édit. Dill , 1724). L'es|>èce manque au nord-ouestde la France (Bor , Fl.dcp. ccutr., II, p. i\î; Uoyd, FL Ij)ir.-lnf. ; Bab , Prim. Sarn.), comme à la Hollande (Prodr. FL Bat.). Elle est éparse on Dancmarck et dans la péninsule Scandinave i Fries, Summa, p. 22), mais plus abondante dans les montagnes de la Hesse, de 1 Eifel et de l'Allemagne orientale (Koch , Syn., I, p. 350). Quelquefois subspontanée. autour des jardins où on la

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