II. EN DEHORS DES LIMITES
L'extension des limites par des naturalisations de proche en proche doit être un fait rare sur un continent où les causes ordinaires de transport existent depuis des siècles. La réfiexion et l'observation concourent à mon-
(a) Le Digitalis prandiflora préfère aussi les lieux secs, mais je doute de I'asscrlion dô M. Bernard que J. Bauhin ne l'aurait pas trouvé aux environs de Moutbelliurd. La plante existe dans l'herbier de G. B;iuhin (DO., mss ) sous le nom de DigtttUit lulea vuigno flore, et c'est peut-être celle dont parle J. Bauhin, Hist., Il, p. 813, comme croissant à Montbelliard.
NATURALISATIONS A l'KTITK DISTANCE.
Irer que les limites sont généralement assez fixes. A moins qu'une espèce ne soit arrivée depuis peu d'années dans une région, elle a dû s'étendre le plus possible par la dispersion naturelle de ses graines. Les conditions de sa propre nature et du climat ont réglé la limite où elle est destinée à s'arrêter, limite sur laquelle des variations peu importantes de climat, d'une année à l'autre, peuvent déterminer seulement quelques légères os'iî!::lions. Toutefois, si les terrains favorables à quelques espèces ont augmenté dans certaines directions, si des moyens de transport nouveaux ou plus énergiques se sont manifestés, on verra ces espèces avancer davantage. Elles se présenteront, il est vrai, surtout comme des plantes adventives, que les moyens de transport répandent plus souvent ou plus loin ; quelquefois aussi comme plantes naturalisées.
i ...on. coronaria, L., parait avoir marché de l'est a l'ouest, dans le midi de l'Europe depuis quelques siècles, favorisée sans doute par une culture de plus en plus fréquente dans les jardins. Elle existait en Grèce du temps de Dioscoride, et sa fréquence dans ce pays, à Constantinople, en Thrace, en Asie Mineure, ne peut laisser aucun doute que ce ne soit sa patrie de toute antiquité. Les botanistes italiens de l'époque delà renaissance en parlent, mais autrement qu'on ne le ferait aujourd'hui pour une plante aussi commune et spontanée en Italie. L'un des plus anciens et des plus exacts, Caesalpinus, l'appelait Anémone allerum genus peregrinum apud nos (De plant. , lib. xiv, cap. 9, p. 548, synonyme admis par Bertol., Fl. IÏ.,V, p. 456, et qui parait effectivement se rapportera l'espèce). Clusius dit qu'on avait transporté la plante d'Italie en Espagne, et J. Hauhin l'appelle Anémone italica tenuifolia, etc. ; mais cela vient peut-être de ce qu'on la cultivait de leur temps en Italie. Aujourd'hui elle est bien spontanée dans toute l'Italie et en Sicile, même dans les bois et les prés. On la trouve fréquemment à Nice et en Sardaigne (Moris, Fl., I, p. 19). En 1 761 , Gérard ne l'indiquait pas en Provence, où elle s'est répandue notablement depuis le siècle actuel. Mon père n'en connaissait qu'une seule localité dans cette province en 1816 (DC, mss.). M. Robert l'indiquait près de Toulon en 1838 (Plant, phanér. Toul.), et les auteurs de la nouvelle Flore française, MM. Grenier et Godron, citent Grasse, Draguignan, Hyères, Toulon. Du temps de Magnol ( 16S6), l'Anémone coronaria n'existait pas autour de Montpellier, car on ne peut pas croire qu'il eût omis une plante aussi apparente, bien connue de lui dans les jardins, Gouan la mentionne dans sa Flore, en 1765, et tout le monde l'a retrouvée depuis à Montpellier. Elle manque à la Flore de Tarn-et-Garonne (Lagrèze, 1 vol., 1847). Elle est cependant près de Toulouse, mais dans une seule localité, très restreinte. M. Noulet (FL bassin Pyr., p. ô), dit,
en 1837 : « Elle parait s'y perpétuer depuis longues années. Les graines y auront été portées accidentellement. » Elle n'a pas pénétré encore dans les départements de la Dordogne (Des Moulins, Cat., et Suppl., II), ni de la Gironde (Laterr., Fl. Bordel., édit. 1846). Je n'ai trouvé aucune mention pour la péninsule espagnole, où cependant la plante est cultivée depuis près de trois siècles. Elle s'est naturalisée près d'Alger, dans un pré peu éloigné de la colonne Voirol (Munby, F!., p. 50). L'espèce paraît s'être naMiralisée autour des jardins dans lesquels on la cultivait, et non par le transport des graines au moyen du vent, des oiseaux, etc.
Le Cai«pinn Corvlni, Uosi. (Bunias cochlearioides, Murr.), est une crucifère bien spontanée dans les lieux humides des déserts, au nord de la mer Caspienne ( Claus, dans Gœbel, Reise, II, p. 255), dans les prés, autour de Lenkoran (Hohen., Pl. Talusrh, p. 144), dans les prés, également, à Zante(Heut. et Marg., F/.), en Italie (Bertol., /• /. //., VI, p. (501) et en Sicile (Guss., Syn., II, p. 144); mais qui, hors dtfs alentours du Caucase, par exemple en Crimée (Bieb., Il, p. 87), en Hongrie (Waldst. et Kit., II, t. 107), et surtout dans le midi de l'Allemagne et en France, est indiquée dans des stations plus ou moins artificielles, comme les décombres, murailles, bords des champs, etc. Cette circonstance, et le fait qu'elle manque à plusieurs Flores de pays où il semble qu'elle devrait se trouver (Sm. et Sibth., Prodr. Fl. Grœc, II, p. 8; Fraas, Syn. ; Munby, Fl. Alg. ; Noulet, Fl. bassin sous-Pyr. ; Laterr., Fl. Bord. ; Colin., Cat. Calai., etc.), font présumer une existence peu ancienne en Europe. Effectivement, Tournefort ne l'indique pas autour de Paris; du moins je ne la vois pas dans son Histoire des -plantes des environs de Paris, et aucun auteur ne la cite. Néanmoins, du temps de Vaillant, elle était connue sur les murs des jardins, a Passy. Il la désigne sous la phrase : Rapistrum folio glauco s 'muato flore albo (Bot. Par.> p. 171), et l'échantillon a été vérifié dans son herbier (DC, Syst., I, (349). Cette localité, alors récente et unique, a la porte de Paris, fait présumer que l'espèce était sortie de quelque jardin ou avait été transportée avec des graines venant d'ailleurs. Maintenant, le Calepina Corvini est indiqué dans plusieurs localités du centre de la France (Boreau, Fl. dép. centre; Lecoq et Lam., Cat., p. 77), et jusqu'aux environs de Paris (Cheval., FL Par., p. 867; Cosson et Germ., Fl. Par., I, p. 107), sur les murs, les rocailles, dans les champs et les vignes. .1. Bauhin ne parait pas l'avoir connu (Moris, Fl. Sard., I, p. 113), ou, si l'on veut admettre le synonyme cité autrefois par de Candolle (Syst.), il le considérait comme une plante d'Italie qu'il avait cultivée dans un jardin de Stultgard. Lui et son frère connaissaient cependant bien les plantes de la vallée
NATURALISATIONS A PETITE DISTANTE. 039
du Rhin el des pays voisins, et le Calepina Corvini existe aujourd'hui dans deux localités de la Côte-d'Or (Lor. et Dur., F/., I, p. 99 \ en Lorraine, dans les moissons, où il est peu commun, cela est vrai (Godron, /♦'/., I, p. 79), près de Mayence et de Coblenlz (Koch, Syn. ; Dôll, Rkein. FI.). Cette espèce a été indiquée par Murrith dans une localité chaude du Valais, à Branson ; mais en Suisse, elle ne parait guère que comme plante adventice. Ainsi, on la trouva, en 1837, dans un terrain à bâtir à la porte de Genève (Reut., Cat. suppl., I, 1841 , p. Il), où elle ne s'est pas maintenue. Barrelier (Plant, per Gall.,elc.y p. 38) ne l'avait vue que sur les bords du Tibre. En résumé , ce doit être une plante des bords de la mer Caspienne, qui manquait probablement à l'antiquité grecque et latine, et qui s'est répandue dans les temps modernes en Italie, ensuite dans le midi de l'Allemagne et le centre de la France, où elle est tantôt naturalisée, tantôt advenlive.
Le Bunia» orieniaiis. l., est une crucifère vivace ou bisannuelle, très commune en Sibérie, au Caucase, dans le midi de la Russie, en Transylvanie, en Galicie(Zawadski, Enum.. p. 77), en Lithuanieet Livonie(Ledeb., FI. Ross., I, p. 226), en Suède et en Danemarck(Fries, Summa, p. 28), en Allemagne, seulement au nord-ouest, près delà mer Baltique (Koch, Syn. ; Rohl., Deutsch. Fl.. IV, p. 493). Klle croît dans les prés humides, au Iwrd des chemins, dans les cimetières, etc. Maintenant, elle s'est naturalisée près de Paris, au bois de Boulogne et à Vincennes (Mut., Fl. Fr.y I, p. 455); depuis longues années, disent MM. Cosson et Germain (Fl. Par., I, p. 106); probablement il y a environ 25 ans, car Chevalier (Fl. Par., p. 865) disait en 1827 : < Elle me semble s'èlre naturalisée dans nos environs. » Déjà, en 1824, M. Lejeune (Fl. Spa, p. 1 33) l'indiquait près de Limbourg, Dison, etc., dans les fentes des rochers, comme plante exotique, naturalisée. M. Th. Lestiboudois (Bot. Relg., II, p. 331) disait en 1827 : c Semé en divers lieux de la Belgique, où il s'est naturalisé. > Dans celle parlie de l'Europe, l'espèce a élé évidemment introduite par les jardins, ou semée par des botanistes. Dans le nord-est, elle parait être venue d'Orient, de proche en proche. Linné disait : Crncit in Russia. Retzius (Fl. Scand. Prodr., p. 128) la cite cependant en Scandinavie. Le Flora Danica en a donné une figure, en 1819, comme d'une plante peu commune de Suède, Norwége et Danemarck, sans citer d'anciens auteurs. Wahlenberg, en 1820, dans sa Flore d'Upsal, disait : In arvis et agris nunc temporis tam copiose ut extirpari nequeat. Quoique le Bunias orientais soit en Norwége, il n'est point encore aux Iles Féroé (Trevel., Veg. Fer.), ni en Ecosse et en Angleterre, où il aurait bonne chance de réussir. Je crois qu'il faudrait l'y transporter pour cela, car malgré ce
(ïflO CHANGEMENTS DANS L'HABITATION DES ESPÈCES.
qu'on (lit des venls, des courants, des oiseaux, etc., je ne découvre jamais, en étudiant la propagation des espèces, une plante transportée au travers de la mer, d'une autre façon que par le lest des vaisseaux, ou avec des marchandises, ou par une intervention quelconque de l'homme.
L'Kinhoitxin rriHtata est une labiée des montagnes de l'Inde et de la Sibérie, qui existe, peut-être depuis le commencement de ce siècle, en Russie, où on la donne tantôt comme spontanée (HœlU, Fl. Koursk, p. 38, en 182(5), tantôt comme subspontanée (Ledeb., Fl. Ross., III, p. 335), et qui se répand depuis quelques années dans les terrains cultivés en Allemagne (Reich., Fl. Exe, p. 316; Koch, Syn., 2e édit., p. 031), et dans les terrains cultivés, décombres et bords de chemins, dans la Suède occidentale (Fries, Nov. ed. ait., I, p. 190; Wahl., Fl. Suec, II, p. 1082). Les auteurs de la Flore de Courlande (Fleischer et Lindem., p. 310) la donnent bien pour spontanée, dans les champs, fossés, rivages; mais rien ne prouve qu'elle y ait toujours existé. En Suède, elle est certainement introduite depuis 25 ou 30 ans. Selon M. AVahlenberg, elle s'est échappée des jardins. En Allemagne, on ne doute pas non plus de son origine étrangère, et quoique M. Reichenbach l'ait admise comme naturalisée, en 1830, il y a encore une quantité de Flores qui n'en parlent pas. Elle s'est répandue autour d'Angers, dans les champs (M. Leroy, verbalement, 1850).
Le TuiijMt oruiu»-»oii». saint.Aumn», manquait aux environs de Montpellier, d'après Magnai, Gouan et de Candolle ; mais les caractères les plus certains, fondés sur les bulbes, n'avaient pas été suffisamment observés dans les tulipes avant les travaux tout à fait récents, et l'on a pu confondre l'espèce avec une autre. Plusieurs tulipes sont arrivées autour de Florence depuis l'époque de Micheli (a).
Je parlerai plus loin (p. 729) des Xanthlnm arrivés d'Amérique, aux environs de Montpellier, depuis Magnol.
Le Ktyrax officinale, L. , est aus$i, probablement, un arbuste de Grèce, naturalisé en Italie et en Provence. L'introduction est si ancienne, que les preuves historiques font défaut. Il est abondant en Syrie, dans l'Asie Mineure et la Grèce. Il manque à la Sicile et au royaume de Naples. On le connaît à Tivoli, près de Rome, depuis l'époque de C.esalpin (Ca?s., II, p. 71), et peut-être il y était déjà auparavant, car la beauté et l'utilité de l'espèce avaient du engager les anciens Romains à le cultiver dans leurs jar-* dins. M. Bertoloni (Fl IV, p. UliQ) le cite comme abondant sur les collines de Tivoli et de Pologne. Maratti (Fl. Rom., I, p. 334) n'hésite
(a) M. Parlalorc m'a rorlitié ce fait. 11 en parlera sans doute dans sa Flora Italiana.
NATURALISATIONS A PETITE DISTANCE. 64 1
pas à le considérer comme d'origine étrangère. Le Styrax croît en Dalniatie (h. Boiss. !), peut-être aussi par naturalisation. S'il était primitivement d'Italie, il aurait, ce me semble, un nom de forme latine, plutôt que le nom grec storacc ou istorace. D'ailleurs, pourquoi manquerait-il au royaume deNaples? On le trouve à Nice (Duby), et jusqu'en Provence, très souvent dans la forêt de Sainte-Baume, à Monrieux, Touris (Garid., Àix, II, p. 450; Robert, Pl. Toulon; herb. Deless. !), où il est bien spontané , mais probablement naturalisé d'une époque ancienne. Les moines l'avaient peut-être reçu dans le temps des croisades, à titre de plante officinale.
Le Yaniraeria «piraii» s'est établi en abondance dans le canal du Midi près de Toulouse, déjà au commencement du siècle actuel (DC, Fl. Fr., III, p. 268; LaPeyr., Hist. pl. Pyr., p. 594). Il faut qu'il ait été introduitparla navigation dans celte localité de création artificielle. L'espèce n'est pas indiquée dans le sud-ouest de la France (Thore, Landes ; Laterr., FI. Bord., 4* édit. ; Des Moulins, FI. Dord.) \ mais elle est abondante dans le sud-est, aux environs d'Arles, et les bateaux passent du bassin du Rbône, par les étangs, dans le canal du Midi. La Peyrouse dit que le Vallisneria existait de son temps (181 3) dans l'Aude et dans la Garonne, près de Tou-r louse seulement (Noulet, FI. bassin sous- Pyr., p. 593). Il commence à pénétrer dans le canal latéral (Lagrèze-Fossat , FI. Tarn-ct-Gar. , 1847). L'espèce marche de l'est à l'ouest par l'effet des voies ouvertes aux bateaux. 11 n'en était pas de même autrefois, et les Alpes ne sont pas traversées par des canaux; donc, la présence de celte plante d'eau douce en Italie et dans le bassin du Rhône est un fait inexplicable parles causes actuelles : c'est un fait géologique ou de création.
Au Brésil, une Graminée, le TriMtcffl» giutinoNn, vulgairement Capim Gordura, s'était répandue, peu avant le voyage de Saint-llilaire, dans la province des Mines, venant du pays situé sous 17° 40' latitude sud (A. Saint-H., Ann.sc. nat., XXIV, p. 76). Cette plante visqueuse et fétide apparaît quand on brûle une forêt isolée des campos, et étouffe les aulres espèces. Je présume que le vent charrie ses graines à de grandes distances, et que la germination commence tout d'un coup lorsque les conditions du sol se trouvent favorables, après la combustion.
En résumé, les naturalisations en dehors des limites d'une espèce, c'està-dire les extensions de limites sur un même continent, dont j'aurais pu citer un plus grand nombre d'exemples, tiennent ou à des transports nouveaux de graines, ou à ce que les stations convenables pour une plante se sont déterminées dans certaines directions, pour la première fois, ou à l'introduction peu ancienne d'une espèce surun point du continent, de sorte
642 CHANGEMENTS DA\> L'HABITATION HKS KSPÊf.ES.
que les limites imposées par le climat n'avaient pas encore pu être atteintes. Les moyens de transport pour ce genre de naturalisation sont nombreux et variés. On ne saurait dire si les causes naturelles, comme le vent, les rivières, les courants, les animaux, jouent ici un rôle plus important que l'homme par ses voyages, ses jardins, ses champs et ses relations multipliées. Pour les naturalisations dont je vais parler, son influence dépassera de beaucoup celle des autres agents.
§ lit. AU DELA D'UN BRAS DE MER.
Le meilleur moyen, pour connaître le mode de transport des espèces au travers d'un bras de mer, est d'examiner ce qui se passe dans les îles Britanniques, depuis que des observateurs nombreux et attentifs ont enregistré l'apparition de nouvelles plantes. Les auteurs de Y English Botany, et MM. H.-C. Watson, Babington, BromOeld, etc., ont distingué avec beaucoup de soin les espèces qu'on peut soupçonner d'origine étrangère, et celles qui le sont certainement. La comparaison de leurs opinions, les faits qu'ils citent, quelques rapprochements avec les Flores du continent, l'étude de certains noms vulgaires, fournissent un ensemble précieux pour constater le mode et l'importance réelle des naturalisations, ainsi que la marche de plusieurs de nos plantes européennes de l'est à l'ouest, sous l'influence de l'homme.
Je passerai donc en revue les Phanérogames que M. Babington (Man. of Brit. bot., édit. 1847), M. H.-C. Watson (Cybele Brit., I, 1847; II, 1840; III, 1852), le docteur Bromtield (Phytologist, 1848 à 1850) et quelques autres botanistes anglais mentionnent , tantôt avec certitude, tantôt avec probabilité, comme d'origine étrangère et comme devenues spontanées dans l'île de la Grande-Bretagne. Pour éviter toute équivoque, il faut d'abord que j'établisse la concordance entre certains termes usités dans leurs ouvrages et les définitions posées ci-dessus dans l'article Ier.
Les espèces qui habitent dans un pays se subdivisent, à mon point de vue, de la manière suivante :
Elles sont premièrement ou cultivées ou spontanées. Les espèces cultivées sont de deux sortes : 1" Cultivées volontairement.
*2» Cultivées involontairement (mauvaises herbes, certaines parasites). Je parle ici des espèces qui n'existent absolument que dans les champs, jardins, etc., sans se trouver en rase campagne à l'état spontané, car on cultive aussi des plantes indigènes, et il y a des espèces ordinairement
NATUHALISATIONS A PETITE DISTANCE. 643
spontanées qui se voient quelquefois dans les terrains cultivés de leur propre pays.
Les espèces spontanées, c'est-à-dire qui vivent et se propagent sans le secours de l'homme, appartiennent à diverses catégories, que je vais énumérer, en commençant par les moins importantes et par celles qui ont le plus de rapport avec les plantes cultivées. Ces plantes sont ou :
1° Adventives, c'est-à-dire étrangères d'origine, mais mal établies, pouvant disparaître d'une année à l'autre.
2° Certainement naturalisées, et par abréviation, naturalisées. Elles sont bien établies dans le pays, mais on a des preuves positives d'une origine étrangère.
3* Probablement d'origine étrangère. Espèces bien établies; mais d'après de forts indices, on a plus de motifs de les croire d'origine étrangères que primitives dans le pays. En d'autres termes, pour rendre clairement mon idée, on pourrait parier plus de un contre un, en faveur d'une origine étrangère.
A* Peut-être d'origine étrangère. Il y a dans ce cas quelques indices d'une origine étrangère, quoique les espèces soient bien établies depuis longtemps dans le pays. Par un motif, ou par un autre, on peut élever quelque doute sur leur indigénal.
b" Indigènes, aborigènes, natives (expression à la fois anglaise et française). Toutes les espèces spontanées dont l'origine n'est pas douteuse, qui paraissent exister dans le pays depuis une époque antérieure à l'influence de l'homme, probablement depuis une époque géologique et non historique, par exemple, s'il s'agit de la Grande-Bretagne, depuis un temps plus ancien que la séparation de cette île d'avec le continent.
Ces distinctions ne cadrent pas avec celles des auteurs anglais, qui, cependant, de tous les botanistes, se sont le plus occupés de ces sortes de questions. Je ne parle pas seulement des divisions incomplètes et mal définies, antérieures aux travaux de M. Watson (a), mais de celles même du Cybele Britannica, ouvrage où les faits relatifs à l'origine des espèces de la Grande-Bretagne sont exposés et discutes d'une manière très judicieuse.
L'auteur emploie quatre expressions : colonist , alien, denizen et native. Celte dernière est la seule qui réponde exactement à l'une de mes catégories, celle des espèces indigènes. Les autres ne concordent pas précisément.
(a) Le docteur Bromfîcld, le plus attentif avec M. Watson, et son prédécesseur immédiat, n'employait, encore en 1818, que deux signes, l'un pour les espèces certainement introduites, l'autre |>our le* espèces qui ne sont peut-être pas indigènes {PhytoL, III , p. 205).
Il désigne comme colonist (Cybele, I, p. 63) ; « Des mauvaises herbes de terrains cultivés ou des alentours des maisons, trouvées rarement hors des terrains modifiés par l'homme , avec une certaine tendance néanmoins à paraître aussi sur les rivages, les tranchées, etc. » Cette définition s'appliquerait à un grand nombre d'espèces des terrains cultives et des décombres, les unes advenlives, les autres durables ; mais tantôt indigènes, tantôt d'origine étrangère. Heureusement, dans les applications, M.Watson abandonne la définition qu'il a donnée. La force des choses l'a ramené à des caractères plus justes, et s'il avait rédigé sa préface après le troisième volume, au lieu de l'avoir mise en tète du premier, il aurait probablement rayé le mot colonist ou l'aurait limité à quelques cas particuliers. Pour preuve, je citerai les Borago officinalis, Stellaria média, Saponaria vaccaria, Viola tricolor, etc., qui, d'après la définition, seraient colonist, et qui sont désignées autrement.
11 nomme alien, étrangères, les espèces (Cyb., ib.) « maintenant plus ou moins établies, mais présumées introduites, ou certainement introduites de pays étrangers. » En réunissant ainsi des cas certains et des cas douteux, mais probables, d'introduction, trois de mes catégories de plantes spontanées (les 1', 2° et 3°) sont fondues en une seule. Il est vrai que, dans le corps de l'ouvrage, l'auteur fait comprendre, à l'occasion île chaque espèce, s'il entend qu'elle est advenlive (alien stragler, alien scarcely naturalized, etc.), ou bien établie, qu'elle est certainement, ou probablement d'origine étrangère. Ici encore l'ouvrage vaut mieux que les définitions de la préface.
Enfin, M. Watson emploie l'expression denizen, tirée du droit anglais (a), pour caractériser les espèces (\m(Cyb., ib.) e gardent actuellement leurs localités d'habitation, comme si elles étaient indigènes, sans le secours de l'homme ; mais qui, cependant, sont sous le coup de quelque suspicion d'une introduction de l'étranger. » On reconnaît ma quatrième catégorie de plantes spontanées, qui ont peut-être une origine étrangère; mais en ne distinguant pas les degrés de probabilité, la définition est moins précise que la mienne. De fait, M.Watson appelle denizen des espèces qui me semblent, ou peut-être, ou probablement d'origine étrangère.
La revue des plantes britanniques, déjà classées par M. Watson, est donc un travail assez délicat. J'aurai à compléter les documents, surtout au moyen des Flores de pays voisins et de recherches linguistiques; après quoi il faudra peser les arguments pour et contre l'origine étrangère et rétablisfa) Le mut denizen s'applique en anglais aux individus qui ont reçu ce qu'on appelle en Fiance la petite naturalisation, c'est-à-dire qui, étant d'origine étraugére, n'ont pas acquis la totalité des droits de citoyen.
NATURALISATIONS A PETITE DISTANCE.
sèment durable ou passager; enfin, comme résultai, je demi classer chaque espèce dans une des catégories que j'ai adoptées.
.l'indiquerai en caractères dits *ra» les espèces que j'estime naturalisées, soit avec probabilité, soit avec certitude, si toutefois on ose employer ce terme en pareille matière. Les espèces, ou cultivées, ou advenlives, ou dont l'origine est entachée de quelque soupçon, ou enfin indigènes, dont j'aurai été conduit à parler par un motif ou par un autre, sont en caractères italiques. Naturellement, je ne cherche à être complet que dans les deux premières catégories (naturalisations certaines et probables), et les espèces des autres divisions ne seront mentionnées que dans des cas dignes d'être discutés ou signalés.
L'astérisque, avant un nom spécifique, indique les espèces naturalisées depuis l'époque de l'édition du Synopsis de Ray, par Dillenius, c'est-à-dire depuis 1724.
liste des espèces naturalisées, certainement ou avec probabilité , dans l'Ile de la grande-bretacne (Angleterre, pays de galles, écosse ) ;
COKTtWANT r» OUTRE :
1° LINDICATION DES ESPÈCES DOXT LORIG1NE A ÉTÉ SOI PÇONNÉE ÉTRANGÈRE ;
2U DES DISCUSSIONS SDR LA PATRIE ORIGINELLE ET SUR LA DIFFUSION DE PLUSIEURS