il
A mesure que l'on considère des groupes plus élevés, ayant une habitation plus vasle, les chiffres diffèrent moins d'une Flore à l'autre, soit à surface inégale, soit à surface égale. Ainsi, les îles Keeling et la France sont aux deux extrêmes sous tous les rapports, et le nombre des familles se trouve seulement sept fois plus faible aux îles Keeling, tandis que le nombre des genres y est trente-trois lois plus faible, et celui des espèces cent vingt-six fois plus faible. Le Cap (dans sa partie explorée) et l'Egypte ont à peu près la même étendue, avec une richesse de végétation très disparate. Or, il
(o) La Flore de Hartmann indique 31 1 genres, mais le nombre en est un peu multiplié.
(/<) Il y a 381 genres dans l'ouvrage de Thedenius, mais ils sont très subdivisés.
(c) L'indication contenue dans le Flora 1843 est insuffisante pour réduire les ramilles à celles admises dans les autres Flores citée», mais l'erreur ne peut être que de une ou deux.
n'existe pas au Cap un nombre double de familles, tandis que le nombre des genres y est triple, et celui des espèces sept à huit fois plus considérable. Si du groupe des familles nous nous élevions à celui des grandes classes, Monocotylédones et Dicotylédones, elles se trouveraient représentées dans toutes les Flores, quelque pauvres qu'elles fussent.
L'aire relative des groupes, principalement Taire des espèces, et l'agglomération des espèces à aire limitée dans certaines régions plutôt que dans d'autres, sont évidemment le principe de toutes les lois numériques sur les espèces, les genres et les familles dans les différentes Flores. Pour quiconque y a réfléchi, c'est une affaire très simple, et les proportions s'enchatnent forcément les unes aux autres.
Ainsi de l'inégalité d'accroissement ou de décroissement des divers groupes il résulte que, pour des surfaces semblables, le nombre des espèces ou des genres par famille dépend du nombre total des espèces. Le Cap a près de 65 espèces et 8 genres par famille; l'Egypte n'a que H espèces et à genres par famille. Les Iles éloignées, ayant peu d'espèces pour leur surface, présentent aussi moins d'espèces et moins de genres par famille. Sous ce point de vue, la Nouvelle-Zélande est remarquable. Elle devrait avoir, d'après son étendue, à peu près la même proportion que la Grande- Bretagne ; elle a un tiers de moins d'espèces par famille.
Ce dernier fait n'aurait pas pu être deviné ; mais nos recherches précédentes sur la distribution des genres nous ont habitués à tenir peu de compte des obstacles naturels, en ce qui concerne la distribution des groupes. Certainement, si l'on a l'idée préconçue que les espèces se sont formées par des modificalions variées d'espèces antérieures, et les genres par des modifications de genres antérieurs, on devra s'attendre à une immense quantité d'espèces analogues dans des lies fort éloignées où les transports paraissent avoir été impossibles avant l'intervention de l'homme. Mais il faut abandonner toute idée préconçue et voir les faits. Ils sont contraires à la théorie dont je viens de parler. Les espèces analogues abondent surtout dans quelques pays privilégiés et continentaux ; les lies ont des espèces plus rares et plus distinctes, se rapportant davantage à des genres et à des familles différentes. En d'autres termes, les groupes d'un ordre élevé ont été ou créés ou disséminés depuis des milliers de siècles, jusque dans les Iles fort éloignées, abstraction faite des obstacles qui existent aujourd'hui. Les îles, comme les régions défavorables du nord et les sommités des montagnes, sont plus riche*, ou si l'on veut, moins pauvres, en familles qu'en genres et en genres qu'en espèces. Voilà l'expression pure et simple des faits, et sur ces faits on devra construire les théories relatives a l'origine et au développement des êtres organisés à la surface de la terre.
1298 DIVISION DES SURFACES TERRESTRES EN régions naturelles.
Les chiffres dont nous venons de parler précisent le sens qu'on doit attacher à la pauvreté et à la richesse de la végétation de divers pays. Ce ne sont pas les formes contrastantes qui manquent aux végétations pauvres, car il y a partout des représentants d'un assez grand nombre de familles; ce sont plutôt les individus qui sont trop rares, ou d'une apparence cliétive, et c'est aussi la diversité de modifications dans des formes analogues qui fait défaut; enfin, la même végétation se continuant d'un district à l'autre et quelquefois au travers de vastes pays, il en résulte l'impression d'une fatigante uniformité. Les végétations riches présentent des conditions opposées. Tantôt elles brillent par l'abondance et la beauté des individus, tantôt par la multiplicité des formes spécifiques, tantôt par la diversité d'un point à l'autre, et quelquefois par plusieurs de ces causes en même temps. L'Afrique australe est riche par les formes et par la diversité des végétations d'un endroit à l'autre, mais elle est pauvre quant à l'apparence et à la fréquence des individus; l'Inde est riche par l'abondance et la grandeur des individus, mais pauvre comparativement, sous le rapport du nombre des formes et de la diversité d'une province à l'autre. Le Brésil est riche de toute manière.
Je rappellerai, en terminant, que la réduction des espèces dans les végétations pauvres se fait surtout sentir par la diminution des espèces dans les familles secondaires de la Flore dont il s'agit, et l'augmentation par un accroissement d'espèces dans les familles de cette catégorie. En d'autres termes, il reste dans les végétations pauvres deux ou trois familles qui constituent proportionnellement une masse plus importante d'espèces à l'égard de l'ensemble des Phanérogames; et dans les pays riches, le nombre des familles importantes augmente, mais chacune n'a pas une proportion aussi grande d'espèces. J'en ai fourni la preuve page 1235.