‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 13 sur 146 · I.inaria Cyrabalaria, Mill · texte numérisé non relu

I.inaria Cyrabalaria, Mill

Antirrhinum majus, L.

Bumex siutatus, L. Aristolochia Clemalitis, L.

Kuphorbia I.athyris, L.

Mcrctirialis anima, L.

hims marilima, 1>C. ?

Nan issus pneticus, L.

Narcissus biOOTUS, L.

Narcissus incomparabilis, L.

Ornilhogalum milans, L.

TuJipa sylvestris, L.

2* Espères que l'homme peut aisément transporter avec des ballots de marchandises, nur ne* n'temenls ou mélangées avec dm graines.

Alyssum ealviinum, L.

AlOuea birsuta, L.

Echinospcrmum Lappula.

Ancbusa oflicinalis, L.

Caryoloplia sempervirens.

Asperugo pro< limitons, L.

t'rtica pilulifera, L.

Bumex pnlrbcr, L.

Ononis reclinata, L.

Mélange fréquent IVCC les grains de céréales. Sorl à pflilM dos champs de blé.

/ Poils roides , parfois rrochus , couvrant les calices ou involucres. Station fréquente autour des hal bitations.

Fruits .innés de dents.

l'oils visqueux à la surface des feuilles et des légumes.

Celte dernière espèce est la seule qui puisse faire soupçonner un transport autrement que par l'homme. Elle a bien une xisrosité favorable aux transports accidentels ; mais elle est répandue de loin en loin sur des cotes où l'influence de l'homme ne s'aperçoit pas. En dehors de l'habitation principale du Portugal et de Bayonne, comment se trouve-t-elle en un point du Morbihan, à Aurigny et sur le promontoire désert du Mull of Galloway, en Écosse, au nord de l'île de Man? Les graines de légumineuses supportent mieux que beaucoup d'autres un transport par mer. D'un autre côté, en consultant les caries, je ne vois aucun courant qui explique les deux dernières localités. Celui dit de Renne! (a) remonte du golfe de Gascogne à l'Irlande ; mais il ne dépasse pas la pointe de la Bretagne, vers Aurigny, et ne traverse pas le canal de Saint-George. Il aurait porlé cette espère bien plutôt en Irlande, où elle n'existe pas, que dans ces deux localités. La dispersion par adhérence des poils visqueux aux plumes des oiseaux, à des marchandises portées à Aurigny, à des vêtements de marins qui seraient descendus par hasard à Galloway, est moins improbable qu'un transport par les courants.

(a) Berghaus, Physic. Atlas, Hydrogr., n. 3; tlcrscliell, \fanual of scient, enquir y, carte de Beecbey, p. 1 0C>.

3° Espèces dont une culture fréquente ou un fait d'organisation n'expliquent pas

facilement le transport.

Plusieurs croissent autour des habitations, sur des murs, dans les décombres, au bord des chemins, et l'on comprend que leurs graines ont eu bonne chance d'être transportées accidentellement par l'homme. Elles ont pu se trouver mélangées avec des graines de légumes et de plantes fourragères qu'on faisait venir autrefois en quantité de France et de Hollande. Le Pyrethrum Parthenium est une plante officinale, très usitée autrefois, qu'on a volontiers propagée ou même cultivée autour des habitations. Les Lamium et le Datura se répandent avec les terres et compost des jardins. En un mol, la nature de ces plantes et leur manière de vivre rendent extrêmement probables des transports accidentels par l'homme, et éloigne l'idée de transports par les oiseaux, le vent ou les courants au travers de la Manche.

0. Ainsi, sur 73 espèces introduites du continent européen dans la Grande-Bretagne, et réellement incorporées parmi les espèces spontanées du pays, il y en a une (Ononis reclinata) qui a pu être amenée parles courants ou par des oiseaux, mais qui résulte plus probablement d'un transport accidentel par l'homme. Toutes les autres doivent, positivement ou avec une immense probabilité, leur introduction et leur diffusion à l'influence volontaire ou involontaire de l'homme. Le transport par adhérence aux vêtements et aux marchandises a été rare; l'introduction par le lest des vaisseaux, également. La diffusion par la culture a été de beaucoup le cas le plus fréquent.

7. Les dix espèces d'origine américaine ont aussi été introduites par les jardins, ou par des transports involontaires de graines avec des marchandises, ou avec le lest des vaisseaux. Je reviendrai ailleurs sur ce qui les concerne. Pour le moment, je me borne à constater l'influence considérable de l'homme sur les transports d'espèces, et l'influença presque complètement nulle ou très douteuse îles autres causes, telles (pie le vent, les courants, les migrations d'oiseaux, dont ou parle constamment dans les ouvrages de géologie et de botanique.

8. La majeure partie des naturalisations a eu lieu dans le midi de l'Angleterre. Le pays de Galles, le nord de l'Angleterre et l'Ecosse en offrent un plus petit nombre, sans doute parce que le climat est moins favorable et que les cultures de plantes étrangères y sont moins communes ou moins

Géranium pyrenaicum, !..

Sedum dasyphyllum, L.

Scdum album, L.

Pyrethrum Parthenium, Soi.

Datura Stramonium, !..

Veronica BaxbaamK, Teu.

Lamium maculatum, L.

Kuphorhia C.yparissias, L.

Scrophularia vernali», !..

Linaria supina, Desf.

702 t;iux«;F.Mt:NT> hans i.'iiaiutation nrs ksi'kcrs.

anciennes. L'Irlande, autant qu'on peu! en juger d'après des Flores toutes modernes, ;i reçu peu d'esjtèees par naturalisation, quuiquo son climat >oit favorable dans les comtés méridionaux. Cela s'explique parle petit nombre et la date récente dos jardins, surtout des jardins botaniques.

i). Les 83 espères introduites, sut du continent européen, soit d'Aîné rique, se composent de 1<> annuelles, 8 bisannuelles, 52 vivaces, h ligneuses, soit, plus exactement :

Monocarptenoei 27 \

Rliiznrarpioniips S 2 [ 9*

Caulocarptennef • 4 )

10. Les Monoeotylédones sont aux Dicotylédones comme 12:71, soit = 1 : 0. Le rapport est de 1 : 3,2 dans l'île de la Grande-Bretagne. Ainsi, les Dicotylédones tendent à augmenter dans le pays, par le fait des naturalisations. Cela vient peut-être de ce qu'on en cultive davantage dans les jardins.

11. Les Composées sont au nombre de neuf seulement. 11 y a, en outre, deux Valérianées, munies d'aigrettes. Ces on/e espèces constituent 13 pour 100 «les espèces naturalisées. Or, la proportion des Composées, Valérianées et Dipsacées, munies d'aigrettes, est dans la Grande-Bretagne de V) pour 100, par où l'on peut apprécier l'influence de ce genre de dissémination. Je l'aurais crue plus grande, non pour traverser des bras de mer, niais pour faire sortir les espèces des jardins dans la campagne, ce qui est la marche la plus ordinaire des naturalisations dont il s'agit.

12. Les plantes aquatiques sont représentées dans la liste par une seule espèce (Anacharis). L'homme n'a pas d'intérêt à les répandre, et les causes qui les ont dispersées autrefois ont cessé d'exister.

13. L'absence de plantes des terrains salés est plus remarquable. On peut en conclure que les espèces de Salsolacées du littoral de la péninsule ibérique et du sud-ouest de la France, susceptibles de vivre sur les côtes des iles Britanniques, y ont été probablement portées depuis des siècles par la marche du courant appelé Rennel, ou antérieurement par des causes plus puissantes qui ont cessé d'exister.

U. Il n'y a qu'une seule Légumineuse, quoique les graines de cette famille se conservent bien, même dans l'eau de mer, et que le nombre de leurs espèces soit considérable dans des pays peu éloignés de l'Angleterre.

15. Plusieurs espèces se sont naturalisées sur les falaises. Les unes recherchent réellement l'atmosphère maritime (Alyssum maritimum, Senebiera pinnatifida) j les autres ont trouvé là tout simplement des localités pierreuses,}» l'abri de la culture, ce qui est rare en Angleterre. La grande

NATIHALISATION A PETITE DISTANCE.

majorité des espèces naturalisées se trouve sur les vieux murs, ou dans les décombres et près des villages, quelques-unes dans des endroits frais, tout à fait sauvages (Astrantia major, Rumex alpinus, Lilium Martagon, Aconitum Napellus).

16. Le nombre des espèces naturalisées, de toute origine, s'est élevé à 55 depuis le Synopsis de Ray par Dillenius, en 172A. Dans ce nombre, 19 ont été répandues depuis 1800. D'autres espèces, indiquées ci-dessus en italiques, commencent à se naturaliser; mais on n'a pas encore une expérience assez longue pour les admettre comme spontanées et bien acquises.

Il est difficile d'estimer l'étendue du même phénomène à des époques antérieures. Deux espèces américaines (Erigeron canadense et Antennaria margaritacea) se sont répandues avant 1724. Il existait des jardins d'amateurs et des jardins botaniques déjà dans le temps de Gerarde , à la lin du xvie siècle. Antérieurement les rapports avec le continent étaient assez nombreux, soit à cause de la soumission de plusieurs provinces françaises à la couronne britannique, soit par l'effet de la conquête des Normands et des croisades. Les moines cultivaient souvent des plantes étrangères, surtout des plantes officinales. Depuis l'époque à laquelle les Romains abandonnèrent l'Angleterre (A26), jusqu'à la conquête par les Normands (1066), la civilisation a été presque nulle, et les communications avaient lieu surtout avec des pays du nord, d'où il ne pouvait guère venir des espèces nouvelles pour l'Angleterre. Enfin, depuis l'époque romaine, c'est-à-dire depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à l'an A2Ô, l'agriculture ayant été introduite dans la Grande-Bretagne et beaucoup de forêts ayant été abattues, il a du se répandre des espèces de la Gaule et de l'Italie. Le changement matériel que sûbissait alors le pays était considérable; mais il ne faut pas oublier combien les communications étaient lentes et peu nombreuses, combien l'agriculture était encore peu étendue dans le nord-ouest des Gaules et en Relgique ; enfin, à quel degré l'Angleterre était une province reculée et peu peuplée de l'empire romain. Le commerce maritime était presque nul; les jardins n'existaient, pour ainsi dire, pas; les militaires étaient les principaux voyageurs de l'époque , mais les légions romaines séjournaient longtemps dans le même pays. Sous un pareil état de choses, il ne pouvait guère s'introduire que des espèces de deux catégories : certaines plantes officinales usitées alors, et plusieurs mauvaises herbes des décombres et du voisinage des habitations. Ceci est encore plus vrai de l'époque barbare, antérieure aux Romains. Je ne parle pas des espèces des champs ou autres terrains cultivés, qui, d'après ma manièrede voir(p. 610,642), ne sont pas spontanées

et naturalisées, mais appartiennent à une catégorie distincte, relie des plantes involontairement cultivées (a).

Au surplus, les détails dans lesquels je suis entré en parlant de chaque espèce, nous permettent de les classer d'après les probabilités ou les certitudes historiques de la manière suivante :

F.»pèr«-«.

Naturalisées depuis 1724 (les espèces, marquée» d'une *) j5

Entre la découverte de l'Amérique et 1724 (Anémone apennina, Antennaria mai garitacea, Erigeron canadense, Datura Stramouium, Linaria Cymhalaria, Caryolopha semp«rvirens, Asperugo procumbens, Rumcx pulcher, Mercurialis

annua) î>

Entre l'époque romaine et la découverte de l'Amérique (Oianlhus Caryophyllus, Saponaria ofllcinalis, Tragopogon porrifolius, Silybuin mariaiium, Vinca major, Aristolochia Clematitis, Narcissus biflorus, N. incomparabilis, l.ilium Martagon,

Allium Ampeloprasum 10

Pendant la domination Romaine? (l'rtica pilulifera I

Peut-être antérieurement aux Romains! (Isatis linctoria, Cochlearia ruslicana, Cheiranthus Cheiri, Pyrethrum Parthenium , Sempervivum tectorum, S«dum

dasyphyllum, Sedum album 7

A une époque impossible à apprécier (Ononis recliuata) 1

Total des espèces naturalisées 83

Plus on s'éloigne des temps modernes, plus l'appréciation est douteuse, cela va sans dire. Cependant, elle est assez satisfaisante dans la grande majorité des cas, et si Ton se bornait à diviser en deux périodes, avant et après la découverte de l'Amérique, les chiffres seraient probablement très exacts pour la dernière.

M. Depuis environ trois mille ans, c'est la culture, la navigation, en un mol, l'influence de l'homme, qui ont introduit dans la flore de la Grande- Bretagne des espèces spontanées nouvelles, et il est très douteux que les vents, les courants ou les oiseaux aient naturalisé une seule espèce phanérogame. Il est certain, du moins, que ces causes naturelles n'ont introduit aucune espèce ligneuse, alpine ou aquatique. Si donc on trouve plusieurs plantes de ces trois catégories communes aujourd'hui a la Grande- Bretagne et à d'autres pays, il faut : ou, que les moyens de transport aient été antérieurement bien différents; ou, que les îles Britanniques aient été contiguës avec d'autres terres à une époque à laquelle ces espèces existaient déjà ; ou encore, que ces espèces, ayant eu jadis une grande extension, aient disparu dans des pays intermédiaires; ou, enfui, que les individus constituant ces espèces aient été, dès l'origine, multiples et répandus dans divers pays. J'examinerai ailleurs, sous un point de vue général, le degré

(a) Ce» espèces étaient comprise», mal à propos, parmi le» plante» naturalisée», lorsque

je présentai, en 1 s'.n, un aperçu de mes recherebes à l'Académie des sciences de Paris (Cumpt. rend. 13 mai 1850.) Il en est résulté une assez grande différence entre les chiffre* que je citai» alor» et ceux que je publie aujourd'hui.

de probabilité de ces hypothèses, mais je ne puis me dispenser de rappeler, en passant, que l'époque à laquelle la Grande-Bretagne touchait au continent n'est pas fort ancienne, au dire des géologues.

Il serait intéressant de faire sur d'autres îles, ou sur des péninsules bien distinctes, des recherches semblables à celles que je viens de faire sur la végétation de la Grande-Bretagne. Malheureusement, pour la plupart des pays, on manque de Flores anciennes et un peu exactes, au moyen desquelles on puisse constater l'apparition d'espèces nataralisées. La péninsule Scandinave, l'Italie et la Sicile, sont les seuls pays qui présentent, jusqu'à un certain point, les conditions favorables.

Depuis l'époque de Linné, la Flore Scandinave est assez connue pour qu'une espèce phanérogame un peu tranchée ou à fleur apparente,venant à s'introduire, les botanistes n'aient pas manqué d'y faire attention, et pour qu'on puisse constater ainsi les introductions et leurs dates. Il serait curieux de savoir, comme pour la Grande-Bretagne, si les espèces nouvelles sont arrivées par l'action de l'homme ou par des causes naturelles. J'allais entreprendre cette recherche, en consultant les Flores et les mémoires des savants dignes compatriotes et successeurs de Linné, lorsque la lecture d'une page du Flora Suecica, de Wahlenberg, m'en a montré l'inutilité.

L'illustre auteur de tant d'excellents ouvrages sur la géographie botanique se demande, à la page (5 de sa préface, s'il doit énumérer les espèces d'origine étrangère. Il se refuse à les admettre, t parce que, dit-il, dans aucun pays, les végétaux spontanés ne prévalent autant et ne sont aussi peu gênés par les espèces étrangères ; ce qui vient et de la nature du sol et du climat. On ne saurait trop s'étonner, dit-il, combien, chez nous, les plantes indigènes sont difficiles à extirper, et les plantes étrangères se conservent plus difficilement qu'ailleurs. Linné pensait autrement, lui qui croyait trop aux colonisations des plantes; ainsi, il reçut dans sa Flore la Veronica peregrina, d'après l'idée qu'elle deviendrait plus commune dans la suite, et, au contraire, elle a déjà disparu à tel point qu'il m'a été impossible d'en voir un échantillon qui fût certainement cueilli en Suède. Le Datura Slramoiiium s'est si bien éteint dans la plupart de* localités où on le signalait comme abondant, qu'il faut le chercher aujourd'hui sur les cotes extérieures du pays. De môme, plusieurs plantes des champs et des jardins sont devenues plus rares, depuis Linné, en Suède, comme en Laponie, où Laisladius l'a observé. Cela vient de ce que les agriculteurs obtenant de plus en plus, de leur propre fonds, les graines dont ils ont besoin pour leurs champs et leurs jardins, eu tirent moins de l'étranger, de sorte que les espères qui ne peuvent pas supporter a la longue les vicissitudes de notre

70l) CHA2MiF.MK.NTS DANS I.'ll MUTATION l>KS KSPKCKS.

climat disparaissent plus aisément. On sait (Tailleurs que les extrêmes, dans les rouditious physiques du pays, se présentent à des intervalles si éloignés que, pour considérer une espère comme vraiment établie, il faut qu'elle ait vécu dans le pays pendant la durée d'une génération d'hommes. Nous savons par un siècle d'expérience combien ces espèces étrangères périssent inévitablement après quelques lustres, et comment elles sont remplacées par d'autres, destinées aussi à périr. » Évidemment, dans ces pays septentrionaux, les espèces (pie j'ai appelées adventives sont beaucoup plus nombreuses que les espèces naturalisées. En d'autres termes, sur le nombre des espèces que les causes de transport font paraître de temps en temps, une très petite quantité parvient à s'établir, et encore les circonstances extrêmes du climat, qui arrivent à des époques irrégulières, quelquefois fort éloignées, ne permettent-elles pas de considérer une naturalisation comme bien réelle avant un laps de trente ou quarante ans. Il est donc très dillieile de dire s'il y a eu, depuis l'époque de Linné, des espèces complètement naturalisées en Suède. Kn tout cas, elles sont si peu nombreuses qu'on ne pourrait en tirer aucune conclusion générale (a).

La llore des îles de la Méditerranée serait très intéressante à étudier au point de vue de l'origine probable de certaines espèces qu'on peut croire étrangères à l'Italie et même à l'Europe. On y trouverait, comme ailleurs, de forts arguments contre la probabilité des transports par le vent, la mer ou par les oiseaux, et comme conséquente, on arriverait a des idées plus justes sur l'origine des espèces partagées entre l'Europe méridionale et l'Afrique, ou l'Espagne et l'Asie Mineure. II ne m'est pas possible d'entreprendre un travail aussi considérable, pour lequel rien n'a encore été préparé. Je me

(a) A la fin du Flora Suecica, Wahlenberg énumère cent espèce» phanérogame», qui ont paru de temps en temps dans le pays, ou dont l'existence est plus ou moins problématique. Ce sont des plantes pour la grande majorité adventives, et encore venant quelquefois dans les terrains cultivés. On pourrait peut-être en signaler deux ou trois qui paraissent naturalisées, dans le sens complet du mot , à cause de leur ancienneté et de leur spontanéité dans la campagne ; cependant je ne me hasarderai pas à les indiquer, puisque Wahlenberg lui-même, vivant dans le pays et après une longue carrière d'observations, n'a pas pu certifier une naturalisation accomplie. Je me borne à remarquer, que d'après ce tableau, les seuls moyens de transport qui aient été connus pour ces espèces adventives, sont le dépôt du lest des navires, l'achat par les cultivateurs de graines à l'étranger, surtout la culture préalable dans les jardins. Le seul cas dans lequel Wahlenberg mentionne un transport parles courants est celui du Chelidonium Glaucium (Glaucium luteum, Scop.j dont il dit (p. 1082) « an Uaque persistent, si undis de novo non adportalur ? » De transports par les coups de vent ou par les oiseaux, je n'en ai vu aucune mention, ni dans cet oinrage, ni dans d'autres concernant la péninsule Scandinave.

La Flore plus récente de M. Hartmann (Skandinaviens Flora, t vol. in-8, 1849) »e termine aussi par une énumération d'espèces les unes adventives, les autres naturalisées, d'autres enlîn purement cultivées, quoique sans la volonté de l'homme. Leur nombre est de 86 pour les Phanérogames. Je puis d'autant moins faire le départ des espèces naturalisées, que l'auteur a renoncé à l'usage de la langue latine, qui avait été jusqu'à nos jours uu des mérite* des savant* «nédois et une des causes de leurs Miccè».

contenterai de citer une lettre que M. Gussone a bien voulu m'écrire, eu réponse à mes questions sur des naturalisations en Sicile.

<r Je ne connais, dit cet excellent observateur, aucun exemple d'espèce introduite chez nous par les courants maritimes ; loin de là, j'ai observé des faits contraires à cette opinion. Ainsi, dans l'île d'Ischia, éloignée à peine de deux lieues du continent, il manque beaucoup de plantes très communes autour de Naples et de Pouzzole, quoique la nature du terrain soit la même, qu'il y ait à Iscbia des bois et des vallons ; enfin, que les conditions physiques soient les mêmes. Telles sont les suivantes : Calepina Corvini (a), Ghenopodium ambrosioides (6), Mercurialis perennis (c), Lamium llexuosum (c), Angelica sylvestris (c), Anémone apennina, Gonium maculalum (d), Scabiosa Golumna; (e), Fcstuca ligustica (/); et notez que l'Angelica, le Conium et le Festuca cités, se trouvent dans les bois des collines et dans les prairies maritimes du continent en face d'Ischia, que les graiues ont une conformation qui offre des facilités pour être transportées par les vents ou par les eaux de la mer, et qu'en outre, on transporte constamment de la terre ferme à l'île des fagots pour les fourneaux. De même sur les côtes de Calabre, en face de la Sicile, qui en est si voi sine, on trouve en abondance l'Antliemis chia, les Dianthus tripunctatus et Gampanula nutabunda i^), qui manquent dans cette île, quoique la nature du terrain soit la même et que les vents impétueux ne soient pas rares dans le détroit du Phare, ainsi que des courants rapides et périodiques d'une rive à l'autre. De même encore, le Periploca angustifolia, malgré ses graines à aigrettes, n'a point passé de l'île de Kavignano à celle de liaritirno, qui n'en est distante que de deux lieues. D'après cela, comment pourrait-on affirmer qu'un tel transport ait pu avoir lieu entre l'Afrique et la Sicile, séparées par une distance bien plus considérable et entre lesquelles il n'existe pas de forts courants périodiques comme dans le Phare ?

» Je ne connais pas d'exemple de plantes apportées d'un pays éloigné et propagées dans un autre par le moyen des oiseaux. Chez nous, les sites où ils abondent n'offrent aucune espèce particulière que l'on puisse considérer comme introduite par celte voie. Je mentionnerai la côte méridio nale de la Sicile, de la Galabre, de Reggio et du cap Sparlivento, de la

(a\ C'est une confirmation de l'introduction de celte espèce en Europe, voy. p. 638. (o) D'origine américaine, voyex plus loin.

(c) Plante* des bois en Sicile, d'après (iuss., Syn. Fl. Sic.

(d) Trouvé en Sibérie au bord d'un ruisseau, près du mont Tarbagatai (Sievrrs, dans Ledeb., Fl. Alt., I, p. 3ti3) ; en Europe, dans les décombres, près de» villages, etc. Probablement d'origine asiatique.*

\e} Variété du Scabiosa columbaria, d'après Coulter.

If) En Sicile, dans les pâturages, prinripalnnenl du nord de la nier iCiiss., Syn.). 'g) Wablenbergia nutabunda, A. DC., de Calabre et de Sardaigne,

70S CHAM.KMOTS HA.VS LIIAIUTATIO.N l»KS KSI'ËCKS.

edle de Sorrcitte, de Capri et d'Isehia. Je connais encore moins «les exemples de sables Iransporlés par les vents delà côte d'Afrique en Sicile et encore moins des insectes, à l'exception de ceux qui ont l'habitude d'émigrer. »

Il est difficile de trouver une confirmation plus complète des principes mie j'ai émis et des méthodes que j'ai employées pour découvrir l'origine des espeeps. Décidément, le* transports au travers d'un bras de mer, quelque petit qu'il soit, par des causes naturelles, sont infiniment rares. On n'en a pas constaté un seul cas en Angleterre, et M. (iussone, après trente ans d'observations et de recherches, n'en connaissait pas un seul exemple en Italie. Quant à J'origine des espèces, le fait qu'elles manquent à certaines lies est un bon indice d'une invasion récente sur les continents voisins, surtout quand ces iles sont rapprochées de la terre ferme.

Si les espèces ont de la peine à franchir les bras de mer, si, dans la plupart des cas, leur introduction dans les lies vient de l'homme et non des causes purement naturelles, il n'en est pas de même peut-être des espèces qui s'établissent au delà d'un désert, d'une chaîne de montagnes, ou au delà d'un district ou d'un pays entier contraires à leur végétation. Personne ne peut douter que le vent ne transporte des graines, en leur faisant raser le terrain, sur de très grandes étendues de pays. Les animaux aussi peuvent emporter des graines à de grandes dislances, accrochées à leurs poils. Les obstacles de la naturelle ceux dont je parle semblent donc devoir être peu de chose. Kn fait, cependant, les espèces qui s'introduisent à une centaine de lieues, par exemple, ou même seulement ù une cinquantaine de lieues de leur habitation primitive, sans étapes intermédiaires, sont presque toujours apportées par l'homme, volontairement ou involontairement. D'ordinaire, elles ont commencé par être cultivées dans les jardins, d'où elles se sont répandues dans la campagne. Qu'on suive les détails donnés ci-dessus de la naturalisation des espèces dans la lirande-Hretagne, et ceux dont je parlerai bientôt, touchant la naturalisation des plantes exotiques en Europe, et l'on sera tout à fait convaincu de l'influence prépondérante des jardins et du commerce des graines sur toutes les causes naturelles de transport. J'ai même constaté qu'en Angleterre, la plupart des naturalisations sont locales, et qu'il faut l'intervention de l'homme pour répandre les espèces d'un comté à l'autre, à peu près comme pour l'introduction primitive dans l'île. Plus la distance est grande, plus cela est vrui, j'en conviens; mais on ne peut nier que la diflusion des graines ne soit ordinairement locale et leur transport dillicile, même dans des pays qui offrent en apparence peu d'obstacles.

A plus forte raison, regarderai-je les ( haines des montagnes, quand elles sont continues, comme un obstacle sérieux. On dira, sans doute, à priori,

NATIKALISATION A GKANDK lMSTANCh.

que les coups de vent passent par les gorges de montagnes et peuvent charrier des graines d'un versant à l'autre, que les animaux étendent quelquefois leurs migrations d'un côté à l'autre d'une chaîne élevée, etc. ; en fait, je ne connais aucun exemple d'une plante qui se soit naturalisée par ces modes de transport d'un côté des Alpes à l'autre, d'un côté des Pyrénées à l'autre. Si une espèce parvient à se naturaliser au delà d'une chaîne, on trouve toujours d'autres causes, comme les jardins, les envois de graines, les voyages de l'homme et les migrations des troupeaux, qui expliquent les transports mieux que les causes physiques.

Avant l'apparition de l'homme, avant la multiplicité de ses rapports, les naturalisations devaient être infiniment rares, car elles le sont aujourd'hui même en Europe, et quand elles arrivent, c'est presque toujours par notre influence directe ou indirecte.

Les naturalisations au travers de grandes mers vont en fournir des preuves encore bien plus frappantes.

ARTICLE V

NATURALISATIONS A GRANDES DISTANCES.

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