I. EXEMPLES BIEN CONSTATÉS PUIS POIR SLJETS D'ÉTUDE
L'importance de ces naturalisations m'engage à citer d'abord quelques exemples choisis parmi les plus curieux et les mieux prouvés dans divers pays. J'insisterai sur la manière de démontrer les faits et sur la diffusion graduelle des espèces nouvellement introduites sur un continent.
r En Êurope.
iirauin* lui. l. — Il croit spontanément, au bord des ruisseaux, dans l'ouest de l'Amérique septentrionale, de l'Ile d'Unalaschka, jusqu'en Californie, et aussi au Chili (Benth., dans Prodr.y X, p.3~0). M. Dentlium affirme, avec raison ce me semble, que les Mimulus guttatus, DC, et rivularis, Nutt., sont de purs synonymes. L'espèce a été cultivée pour la première fois en Europe, en 1812, à Montpellier (DC, Cal. h. Monsp., p. 127) et en Angleterre ( Bot. mag., t. 1501). Je l'ai trouvée assez répandue dans les jardins anglais en 1830.
Cette plante, à (leur très apparente et d'un genre qui n'existait pas dans In flore indigène de l'Angleterre, ne pouvait pas échapper à l'attention des botanistes si elle venait à se naturaliser. M. (i. Palmer la vit, en 1815, près de Dundee, dans un endroit sur lequel ou a bâti depuis cette époque fLawson, Phytologût, 1848, p. 290). M. W. Jackson la trouva près
710 CHANGEMENTS DANS L HAHITATION l»ES ESPÈCES.
de Invergowrie, à peu près à la même époque et dans les années suivantes (PhytoL, ibid.). M. Bree (the PhytoL, févr. 1826, p. 420) l'a trouvée, çn 1824, près d'Abergavenny, en Angleterre, au bord d'un ruisseau de montagne; elle fleurissait avec profusion, mieux que dans les jardins. M. A. Ken*, en 1843, l'observa près de Brechin, en Ecosse, comté fie Forfar; M. Halfour, en 1845, près de Largs, en Ecosse (the PhytoL, 1846, p. 389); M. Towsend, près de Stirling (th., III, p. 286); M. Lawson dans deux localités du comté de Forfar, même pays (ib.); M. Stevens (PhytoL, 1849, p. 390) dans un bois et dans un pré marécageux du comté de Dumfrics, en Ecosse; bref, en 1848 (PhytoL, III, p. 296), M. G. Lawson compte quinze localités différentes, dont quatorze en Ecosse et une en Angleterre, où le Mimulus luteus avait été trouvé naturalisé, croissant en abondance et fleurissant beaucoup. Il s'est assuré qu'un M. Lennox l'avait lui-même naturalisé près de Dundee, mais sans doute il a pu s'échapper ailleurs des jardins. Les plantes étaient aussi vigoureuses à Invergowrie, en 1847, que trente ans auparavant. L'espèce, dit M. E. Mewman (PhytoL, III, p. 224), est si bien naturalisée dans la Grande-Bretagne, qu'il serait fort difficile, peut-être impossible à l'homme de l'extirper maintenant. Le Mimulus luteus, sorti des jardins, a aussi envahi les prairies de plusieurs vallées du revers oriental des Vosges ; il s'étend dans la vallée de la Bruch, de Framont à Molsheim, et dans celle de Wasserbourg, le long des ruisseaux (Godron, FL Juv.t 2f éd., 1854, p. 20).
impatiens foi™, Kau (I.biflora, Willd.). — M. Newman (Phytol.;\\\, p. 29) la regarde comme naturalisée au môme degré que le Mimulus, en Angleterre. M. H.-C. Watson (Cybele , I, p. 268) assure qu'elle est commune sur le bord des rivières et ruisseaux dans les environs de Londres, et que cependant l'origine étrangère, américaine, n'est pas douteuse. En 1844, M. J.-S. Mill (PhytoL, I, p. 40) assurait qu'elle était aussi commune sur les bords de la Tamise et de la Wey que le Lythrum Salicaria ou l'Epilobium hirsutum ; mais il ne savait pas l'époque de son introduction. Il l'avait déjà vue en 1822. Elle a été figurée, comme plante devenue anglaise, dans le supplément à YEnglish Botany, t. 2794. Le silence des auteurs anglais montre que le mode et l'époque de la naturalisation ne sont pas connus, mais personne ne doute du fait. Les anciens herbiers et les anciens auteurs paraissent n'indiquer dans le pays que l'Impatiens noli tangere. L'époque où l'on a commencé à cultiver la plante américaine dans les jardins doit ôtre un peu ancienne déjà, carSweet et Donn (voy. leurs catalogues des jardins angl.) ne peuvent pas la préciser.
œnoihcrn Menais, i . — Espèce commune dans l'Amérique septentrionale, de l'est à l'ouest (Ton*, et Gray, /'/., I, p. 492). Elle commença
à être cultivée dans les jardins botaniques de l'Europe à peu près en 1619 ou un peu avant. En effet, en 1623, C. Rauhin {Pinax, 1" édit., p. 245), dont l'exactitude est connue, dit : < Lysimachia lutea corniculata. Lysima- * » chia Virgineœ nomineipsum semen Patavio missum quod anno 1619 m » horto eleganter crevit et ex semine deciduo se facile hactenus propa- » gavit. » Mon père a vu dans l'herbier de Bauhin, à Baie, l'échantillon authentique venant d'un jardin, et il a vérifié que c'est bien l'Œnothera biennis, L., actuellement répandu dans plusieurs parties de l'Europe (a). L'édition du Pinax de 1661 ne dit rien de plus que la première. Jean Bauhin n'en parle pas. P. Alpinus (Exot.y ann. 1627, p. 325) donne une figure où l'on reconnaît l'espèce ; il la nomme Hyoscyamus virginianus, et il dit : t Ab hinc annos duos mihi nata est planta ex seminibus nomine » Lysimachia) Virgînian» ad me missis a Joanne Moro medico et philo-
> sopho anglo erudissimo. » Peut-être cette phrase a-t-elle été écrite quelques années avant la publication de l'ouvrage, par exemple vers 1621 ou 1622, de sorte que la culture dans le jardin de Padoue , dont parle Prosper Alpinus, serait la môme dont C. Bauhin faisait mention. Quoi qu'il en soit, il me paraît évident que l'Œnothera biennis était alors cultivé dans le jardin de Padoue, comme une plante rare.
D'un autre côté, je ne puis croire que P. Alpinus et C. Bauhin n'eussent pas reconnu l'espèce si elle avait elisté de leur temps en Europe. Après la publication de la planche, les savants auraient sans doute remarqué l'erreur et auraient indiqué à quelle espèce européenne ancienne il fallait rapporter la plante figurée comme exotique et nouvelle. Au contraire, Linné (//or/. Cliff., p. 144) dit en 1737 : « Crescit in Virginia aliisque America locis,
> antecentum et viginti annos in Europam translata, nunc spontanea facta, » copiose crescit unique in campis arenosis Hollandia?. » Dans \eSpeeiett 2* édit., p. 492, il dit : « Hab. in Virginia, unde 1614, nunc vulgaris » Europie. » Haller (Mit., n. 994) la mentionne comme répandue en Suisse (année 1768); mais il ajoute que les Bauhin ne la connaissaient pas comme indigène. Barrelier, à la fin du xvh* siècle, paraît l'avoir vue en Portugal, ou la regardait comme venant de ce pays, d'après le nom (Lysimachia lutea corniculata latifolia Lusitanien, ic. t. 1232), mais il n'en parle pas dans le texte. Brotero ne l'a pas trouvée dans ce pays. Morison (ffwf.,11, p. 271, en 1680) décrit l'espèce comme exotique, cultivée dans les jardins anglais. Parkinson, dans son premier ouvrage, Paradisu*, en 1629, décrit et figure la plante comme exotique (p. 263 et 264), ori-
(o) Je possède un exemplaire du Pinax où mon père a relaté en marge les noms modernes des plantes de Bauhin, après un travail qu'il fit en 1818, dans l'herbier original.
712 CHANGEMENTS DANS l'HAUITATION DES ESPÈCES.
binaire do Virginie. Dans son second ouvrage, Theatrum , en 10AO , il donne une autre ligure un peu différente (a), qu'il rapporte cependant à la même espèce et qu'il nomme aussi Lysimachia siliquosa virginiana (p. 5A8), mais il l'indique (p. 549) comme sauvage dans les terrains secs; par exemple, le long des chemins, des passages et au bord des champs. D après cela, il semblerait que l'espèce se serait naturalisée en Angleterre de 1020 a 16/iO. Ray (Hisl., I, p. 802), en 1093, copie d'anciennes descriptions et ne dit pas que la plante vive en Angleterre. Zwinger (Theatrum), en 17/i/i, dit que l'espèce était cultivée dans les jardins en Suisse, mais aussi naturalisée près de Bàle, à Iluningen. Ceci est remarquable parce que Ci Bauhin l'aurait vue dans cette localité si elle y avait été au commencement du siècle précédent. Miller, en 1708, la décrit comme une plante de Virginie, devenue commune en Europe (Uict. gard.), et il la ligure très bien.
D'après cet ensemble de faits, je ne puis pas admettre l'opinion de M. Spach iVeg. phaner., IV, p. 359), que l'Œnotbera biennis, L., serait une plante européenne d'origine, et je trouve en tout cas assez malheureuse l'idée de l'appeler Onagra europœa, car pour trancher ainsi la question, il faudrait avoir eu des preuves positives contre l'opinion commune. M. Spach se borne à dire : c Cette espèce est commune dans presque toute l'Kurope, au bord des rivières et des torrents, souvent fort loin des habitalions humaines; aussi ne nous semble-t-il pas probable qu'elle ait^ été originairement introduite d'Amérique , ainsi que l'avancent Linné et ses copistes. Nous doutons même que l'espèce désignée par les botanistes américains sous le nom d'Œnothera biennis soit la même que celle en question. » Je dirai d'abord sur ce dernier point que, d'après mes échantillons américains et aussi dans l'opinion de MM. Torrey et Gray dans leur Flore rérente et remarquable des États-Unis, l'espèce est semblable. MM. Torrey et Gray rapportent même, et probablement avec raison, à cette espèce plusieurs synonymes réputés autrefois distincts (Œnothera muricata , grandiflora, etc.). En outre, je diffère complètement d'opinion d'avec M. Spach, en ce que l'assertion de Linné me parait fondée. Prosper Alpin, C. Bauhin et les autres botanistes de la même époque nont pas connu d'espèce du genre OEnothera en Europe : voilà le fait essentiel. Ce sont des plantes si apparentes qu'on ne peut pas croire à un oubli. En même temps l'Œnotbera biennis (et peut-être une espèce voisine ligurée par Parkinson) s'est introduite dans la culture des jardins en Angleterre et à Pa-
(a) Le» pétales sont fortement nuicronés ; dans In planche <lu Paradisns iU le sont légèrement. Dans P. Alpinus il* sont émarginës comme dan» les ligure? modernes. La plante de Parkinson est peut-être différente.
NATUMALISATION A GRANDE DISTANCE. 713
doue, et les botanistes les plus exacts l'ont décrite et figurée comme exotique. Dans le siècle suivant, l'Œnothera biennis se trouve répandue dans une grande partie du continent européen. Klle est spontanée à BAIe, où vivait Bauhin ( Zwinger, 1 7 A4 ) , dans d'autres parties de la Suisse (Haller, a. 1768); dans le nord de l'Italie, où vivait P. Alpinus (Zanich., Mit., uni. 1735; Seguier Véron, a. 1744; Ail., Ped., etc.). Klle était abondante en '1805, sur les côtes près de Liverpool (Sm., Engl. Bot., t. 153 *,), eu Carniole (Scop., 2* édit., a. 1 772 1, en Hollande ((iorter, a. 1781). Klle est dans toutes les Flores modernes «le Paris; mais je ne la trouve ni dans Tournefort, ni dans Vaillant, ni dans les Flores parisiennes du siècle dernier. Klle manque dans l'herbier de Tournefort. Elle existe actuellement eu Kurope, du midi de la France, par exemple à Perpignan (h. DC!), et du nord de l'Italie, jusque dans le sud-ouest de l'Kcosse (Wats., Cybele, I, p. 17), la Suède (Fries, Summa, p. 41), la Hussie moyenne 'Ledeb., FL Ross., II, p. 112) et les provinces du Caucase (»</.)■ Elle est devenue commune, surtout en Allemagne, au bord des rivières, dans les graviers, au bord des chemins, dans les sables, etc. (Koch, 2» édit., p. 268).
Dans ce pays elle a reçu une foule de noms vulgaires (Dietr., FI. Bor., t. 214) qui prouveraient une origine européenne si l'on ne pouvait les expliquer, soit par l'usage de manger les racines, comme de la raiponce, d'où viennent plusieurs noms ; soit par l'odeur nocturne des fleurs qui a frappé généralement. D'ailleurs plus on démontre que la plante est aujourd'hui commune, populaire même en Kurope, moins on s'explique comment elle aurait été inconnue aux deux Bauhin, à P. Alpin, et à tous les botanistes de cette époque ou antérieurs, .le suppose qu'elle s'étendra encore davantage au midi, car en Amérique elle avance jusqu'en Floride.
Pnniruni Dlgltarla, l.at* r ( Dl«ltarla paspalodes , ntH.x | —
Il croît, selon Kunth ( Fnum., I, p. 52), dans l'Amérique septentrionale, au Brésil et à Maurice. La première de ces régions est ordinairement • citée ; Kunth ne dit pas sur quelle autorité il indique les autres. Quoi qu'il en soit, le Panicum Digitaria a paru aux environs de Bordeaux il y a vingtcinq ou trente ans. M. Charles Des Moulins le trouva en 1824, entre le pont de Bordeaux et la côte de Cénon, dans des fossés de la nouvelle route de Paris, qui avaient été creusés en 1820. M. .1. Cay vérifia les échantillons et trouva qu'ils concordaient avec ln plante des États-Unis. Il y avait eu, dans les matériaux utilisés pour la route, du sable provenant du lest de différents vaisseaux, et dans les années précédentes il était arrivé dans le port plusieurs navires des Ktats-L'nis, dont cinq, de 1S20 à 1824, avaient été déchargés de leur lest. M. Charles Des Moulins ne douta pas que
714 r.llANOfcMKNTS UAKS L'HABITATION DES ESPÈCES.
ce ne fût l'origine (le la plante, mais M. Rose lui écrivit plus tard qu'ayant reconnu les qualités de cette graminée comme fourrage, il avait rapporté d'Amérique un boisseau de ses graines et en avait donné en 1802 à M. Dupuis, jardinier du jardin botanique de Bordeaux , pour les semer dans les champs, sables, landes, etc., afin d'en propager l'espèce. Il est possible qu'elle se fût répandue alors, sans avoir été remarquée à cause de sa ressemblance avec le Panicum sanguinale. Depuis 1S24 , M. Des Moulins et M. Laterrade l'ont vue spontanée dans plusieurs localités des environs de Rordeaux. Elle devient très abondante dans les terrains de sable, dans la vase, près des canaux, fossés, etc. Elle en chasse quelquefois les plantes indigènes; elle a supporté — 15° R. de froid en 1829-30. Les bateaux plats la font remonter le long de la Garonne et du canal latéral de la Dordogne. Il y a plus de dix ans que M. Duciiartrc l'avait déjà trouvée près de Toulouse. M. Noulel (f l. bass. sous-Pyr., p. (582) dit que c'est près du jardin botanique. Klle est devenue si commune entre Bordeaux et Toulouse que certainement elle doit être regardée comme naturalisée. J'emprunte ces détails à M. Ch. Des Moulins, qui a suivi la succession des faits avec beaucoup de sagacité et de précision (a).
jaMiar* grandlflora. iHichx. — Un ancien jardinier en chef du jardin botanique de Montpellier, Millois, jeta souvent des fragments de cette plante dans la petite rivière du Lez (Chapel, dans Bull, agric. de l'Hérault, avril 1838). En peu d'années, elle y est devenue abondante, au point d'obstruer les écluses des moulins, ce qui m'a été attesté à Montpellier même, en 1737. M. Delile ne paraissait pas croire, dans ce temps, à une vraie naturalisation, parce que la plante ne donnait pas de graines (6), et qqe le courant l'entraînait sans cessa vers la mer sans qu'aucune cause naturelle la ramenât vers la source. Toutefois, comme le Jussia'a est doué d'une multiplication par division très facile, il s'est maintenu jusqu'à présent dans le Lez (Godron, FI. Jur., iSbh). M. Requien en mit dans les fossés d'Avignon, au bord du Rhône et de la Sorgue ; il en apporta à Tonnelle, chez MM. Audibert; elle s'est tellement multipliée dans ces diverses localités, dit M. d'Hombres-Kirmas, que les botanistes seuls la reconnaissent pour étrangère (d'Hombr.-Firm. , Opusc, v. II, p. 235, ann. 1848). Le Jussiaîa grandiflora est originaire de la Caroline et de la Géorgie.
stratiote* «loldco, l. — Cette plante aquatique a été placée dans les
(a) Ch. Des Moulins, Documents relatifs à la naturalisation en France du Panicum l)igitaria,\)r. in-8, Bordeaux, 1848; extr. tics Act. Soc. linn. Bord., vol. XV,
(6^ C'est ce qui arrive souvent en Amérique, voy. Ton el Crav, Fi. S. Amer., |, p. 521.
étangs de Marly, près Paris, et s'y est très bien naturalisée, ainsi qu'à Meudon (Cosson, Not. plant. criV., fasc. 1, 1348, p. 16), Tous les pieds sont d'un seul sexe, d'après le témoignage de If. Adrien de Jussieu, qui m'a dit s'être efforcé en vain de trouver un embryon. Le Stratiotes aloides, L., croît naturellement aux Moluques, à Java et au Malabar (Knittb. ffa.,111, p. 8).
2° Aux États-Unis.
Les faits de naturalisation dans l'Amérique septentrionale sont nombreux. Ils sont même si récents et si généralement admis, que les botanistes américains se sont donné peu de peine pour les constater. MM. Torrey et Gray, dans l'excellente Flore qu'ils publient actuellement, indiquent une foule de plantes comme introduites, naturalisées ; mais je ne vois aucune date, aucune recherche pour constater le mode d'introduction et celui de propagation au travers de l'immense territoire de l'Union. Celte lacune n'est pas remarquée aujourd'hui, surtout en Amérique. On la regrettera dans un siècle, lorsque les plantes qu'on croit d'origine étrangère se seront naturalisées au point qu'elles auront toute l'apparence de plantes indigènes. M. Darlington, un des vétérans de la science aux États-Unis, est peutêtre le botaniste qui a accordé le plus d'attention aux faits de ce genre. Je remarque dans son ouvrage, intitulé : Agricullural Bolany(i vol. in-12, Philadelphie, 1847), des renseignements d'autant plus précieux que l'âge de l'auteur, sa résidence prolongée en Pensylvanie et son esprit naturel d'observation, leur donnent une valeur incontestable. J'en citerai quelques passages. Il ne faut pas oublier que M. Darlington ne s'adresse pas, dans ce livre, aux botanistes, mais aux fermiers, spécialement à la jeunesse de la classe agricole, et que, par conséquent, il se borne à des observations d'une nature pratique et populaire. Il signale les c mauvaises herbes, » presque toutes d'origine européenne. Par son moyen, on est mis sur la trace de leurs envahissements.
Xaathinu apinoNiim, L. — « Cette exécrable mauvaise herbe étrangère se naturalise, dit M. Darlington, dans plusieurs districts de notre pays, surtout dans les États méridionaux. On peut la voir fréquemment le long des chemins et dans les terres vagues, dans les faubourgs de nos villes maritimes du nord; c'est toujours un fléau public. J'ai ouï dire que les autorités d'une de nos villes publièrent une ordonnance, il y a quelques années, contre cette plante, qu'elles appelaient Chardon du Canada (a).
(a) Le non doit s'appliquer au Cirtium arvtnse.
71 fi CHANGEMENTS PANS L'HABITATION UES ESPÈCES.
L'erreur tle nomenclature ne nuisit probablement pas aux ordres donnés ; mais il serait mieux que nos législateurs et nos fermiers connussent les mauvaises herbes par leurs vrais noms. » On peut suivre la migration de cette plante aux Étals-Unis. Walter (FI. CaroL, ann. 1788) n'en parle pas; ni Michaux, en 1803, ni Pursh en 1814, ni Bîgelow (FI. Boston) en 181/j, ni 1 laiton (Camp. FL Phi lad.) en 1818. M. Nuttall (Gen., H, p. 186) dit, en 1818 : « Maintenant naturalisée de Savannah en Géorgie à Georgetown, dans le district deColombia.« Klliot (Sketch. Georg. and Carol.) dit en 1824 : « Plante exotique maintenant très commune sur les côtes de Caroline et de Géorgie. » M. Darlington, dans sa première édition de la Flore de Weit-Chester{Ven*\\\.)f en 18-2(5, dit : « Cette mauvaise plante n'est pas encore parvenue dans le pays, et je ne l'ai pas vue au delà du district de Golumbia. » Dans l'édition de 1837, il s'exprime ainsi : < Celte détestable plante s'est naturalisée ça et là, depuis trois ans environ, dans le nord-ouest du comté; mais elle y est jusqu'à présent et heureusement très rare. C'est à nos fermiers vigilants d'en arrêter les progrès, pendant que cela se peut. Elle se répand sur les lots vacants (terrains à vendre) de Philadelphie, entre Broad-Street et le Schuylkill, où elle a été introduite, il y a quelques années, du midi. » Knlin, j'ai cité ses expressions en 1847. Maintenant, l'espèce est sur la côte du Massachusetts (Torr. et Gray, Fi., II, p. 205, avril ISA-), c'est-à-dire à Boston, où la Flore de Bigelow ne l'indiquait ni eu 1814, ni en 1824 (Plants of Boston, 2' édit.). Ainsi, de 181(3 ou 1817 jusqu'en 1842, le Xanthium spiuosum s'est répandu de la Géorgie à Boston, du 32e au 42* degré de latitude. 11 s'est déjà introduit au Brésil (Yell., FI. Flum.), au Chili (Voy. Btechey, p. 57), et sans doute ailleurs.
LinarU vai«aria, L. c Celte plante étrangère, dit M. Darlington (Âgric. Bot., p. 110), s'est naturalisée sur une vaste étendue; elle est devenue un embarras dans nos pâturages et nos prairies supérieures (a). M. Watson, dans ses annales de Philadelphie, dit qu'elle a été introduite du pays de Galles, comme plante de jardin, par un M. Banstead, d'origine galloise, qui habitait dans cette ville; de là, un de ses noms les plus connus en Amérique (Banstead- veed), mauvaise herbe de Banstead. Klle tend à occuper de grands espaces de terrain, par ses racines traçantes qui la rendent maîtresse du sol. » Je vois effectivement que le Linaria vulgaris n'est pas mentionné dans Walter (f 7. Carol.), ni dans Michaux (PL bor. Amcr.)>
(a) D'après ces expressions, il semble que l'espèce aurait pris en Amérique une station différente de celle d'Europe ; cependant M. Asa Cray ( Bot. of Sortit St.. 1848 ) dit qu'elle croit dans le* champs el au bord de» mutes.
NATt RALISATION A GRANDE DISTANCE. 717
m dans Elliot (Sk. Georg.). On commença à la trouver en 181 A autour de Boston (Digel., lr,édit., p. 151). L'auteur ne dit pus qu'elle fût étrangère. M. Nuttall (Gcn.y II, p. 45), au contraire, la dit naturalisée en beaucoup trop grande abondance dans les États moyens de lTnion, mais non indigène. M. Darlington en parle déjà en 1826, dans sa Flore de \ett-Chesier, en Pensylvanie, comme d'une plante étrangère, nuisible, très répandue. Toutefois, il parait que l'introduction est plus ancienne, car voici un passage qui a échappé aux auteurs modernes américains et qui remonte à 1806. 11 est de Schecut, Flora Carolinœensis, p. 180. f Antirrhinum Linaria, appelé, en Pensylvanie, Bamted, est une plante indigène, vivace, qui croit dans les prés stériles, les pâturages et au bord des chemins. Les vaches, les chevaux et les porcs refusent d'en manger, etc. Quelques botanistes estiment que cette herbe détestable n'est pas indigène aux États-Unis. Si la personne qui l'a importée est vivante, elle peut regretter d'avoir pris la peine d'introduire une plante aussi nuisible. » Il faut remarquer que Shecut parle dans son livre d'une infinité de plantes qui ne sont point en Amérique et même qui n'y étaient pas cultivées. Malgré l'opinion qu'il émet d'abord sur le Linaria vulgaris, et le silence de plusieurs auteurs américains (Pursh, Beck, Asa Gray, Bot. of N. St.), je crois à l'introduction par M. Kanstead ou Bansted, qui est affirmée par un écrivain de la localité, admise par M. Darlington, également du pays, et qui concorde avec la marche graduelle manifestée dans les Flores successives. Une plante aussi visible n'aurait pas échappé aux premiers auteurs, tels (pie Walter, Michaux, etc., et si d'ailleurs elle existait en Amérique depuis des siècles, elle s'y serait répandue partout depuis longtemps. SirW.-J. Hooker l'indique au Canada (Fl. bor. Ain.. 11, p. 94), mais comme introduite. File n'est pas encore mentionnée sur la cote ouest de l'Amérique.
Eehlum vnlgare, i- — Il est regardé aux Ktats-l nis comme d'origine étrangère et naturalisé (Darlingt., Agr. Bot., p. 122; A. Gray, Bot. N. St., 1848, p. 335), quoique Pursh et d'autres auteurs en aienl douté. Je le crois effectivement introduit en Amérique, car les ouvrages un peu anciens sur ce pays n'en parlent pas (NYalter, Michaux, Elliot, Barton, Comp. Philad.). Pursh, en 181 4, le cite comme « rare et peut-être naturalisé. » Nuttall, en 1818, le dit « trop naturalisé eu Virginie. » A West- Chester, Pensylvanie, W s'est répandu entre l'époque de la première et celle de la deuxième édition de la Flore de M. Darlington (1826 à 1837). En 1847, il était encore rare en Pensylvanie, mais commun en Maryland (Darlingt., Agric. Bot., p. 122). M. Asa Gray, en 1841 ou 1842, fut très étonné d'en trouver une grande quantité dans la vallée de Shenandoa. « Il se trouve occasionnellement le long des routes, dans les États du