PROPRES A AVANCER LA GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
de diverses familles : 1" dans l'eau de mer; 2° dans l'eau douce; 3° dans de la terre recouverte d'eau de mer ou d'eau douce.
Si j'habitais près de la mer, j'aurais essayé des expériences, en observant les précautions que j'ai suivies dans mes recherches sur la durée des graines conservées au sec et dans l'air (a). Pour la question des transports par les courants et par les fleuves ; pour celle de la conservation ou destruction des espèces à la suite de submersions plus ou moins prolongées, à des époques anciennes, ce serait d'un grand intérêt. On aurait beaucoup de facilités près de l'embouchure de certains fleuves et dans les salins du midi de la France. Qu'on ne croie pas cependant ces expériences bien faciles. Il faudrait y apporter beaucoup de soins et de jugement, car on aurait à choisir les graines, à les compter, à les semer à l'abri des accidents, et il faudrait varier les essais pour la durée, la profondeur, la température et le degré de salure des eaux. J'entrevois une foule de petites difficultés h surmonter, mais les résultats seraient utiles. L'examen des faits de géographie botanique m'empêche de croire à la fréquence des transports et surtout à des naturalisations habituelles par les courants ; des expériences directes seraient plus probantes. (Voir p. (510, 698, 742, etc.)
Hérédité de» forme». — M. Jordan, de Lyon, vient de soutenir que les modifications nombreuses de nos arbres fruitiers se conservent distinctes parles semis (b). Selon lui, ce sont des espèces; selon le langage antérieur des naturalistes, ce seraient des races ou sous-espèces. La question essentielle n'est pas dans les mots, elle est dans les faits. L'assertion de M. Jordan est contraire a l'opinion d'une foule d'horticulteurs. Pour qu'on put l'adopter, il faudrait que les expériences eussent été faites dans un jardin visité par des experts, d'année en année; que le public fût admis à contrôler les experts ; que les semis, provenant de pieds soustraits à la chance d'hybridation, fussent bien constatés; que les fruits obtenus fussent décrits, pesés, goûtés et imités en cire, de manière qu'on pût les comparer de génération en génération. Il ne suffit pas qu'une personne instruite et de bonne foi, comme M. Jordan, affirme des résultats d'une portée aussi considérable dans la science ; il faut l'examen et la discussion d'hommes spéciaux, dépourvus de préjugés et contrôlés par les observations du public sur la vue des faits. Jusque-là, nous ne pouvons renoncer à des opinions qui reposaient sur des expériences un peu vagues, mais fréquentes, et admises par d'excellents horticulteurs comme base
(a) Annales des sciences naturelles, 3» »ér., 1846, VI, p. 373.
(b) Del origine des diverses variétés ou espèces d'arbres fruitiers, broch. in-8. Pari*,