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Nord, «lit— il (a); mais ici, dans une étendue de plus de 100 milles, il s'est emparé complètement même de champs cultivés, surtout là où le roc calcaire est à nu, et il forme un long tapis bleu. » Sir W.-J. Hooker ne le mentionne pas dans son Flora boreali-Americana. D'après le silence des premiers auteurs et de quelques-uns des plus modernes, et d'après l'ensemble des faits et des opinions, il est impossible de douter de l'introduction assez récente de l'espèce en Amérique.
PUntaf o major, L. — Le Plantain commun est certainement d'origine européenne, dit M. Asa Gray, en 1848 (Bot. of N. St.y p. 278). Voici ce que M. Darlinglon (Agric. Bot., p. 106) nous apprend de curieux sur cette plante. « Bile est étrangère, mais très généralement naturalisée aux Ktats-l'nis, et l'on remarque qu'elle accompagne l'homme civilisé, qu'elle s'établit au bord de ses sentiers et autour de ses habitations récentes. On dit que nos aborigènes la nomment, par ce motif, le pied de l'homme blanc. Peut-être le nom générique Plantago exprime-t-il une idée semblable : planta, la plante du pied, et ago, je mets en mouvement, j'agis (b). » Le Plantago major existe dans toutes les parties boréales de l'Amérique, du Labrador et de Terre-Neuve à Sitcha, fort Vancouver (Hook., FL bor. Amer., II, p. 128) et en Californie (Voy. Beechey, p. 127). Son introduction, réputée certaine, doit au moins être ancienne, d'après la diffusion actuelle et l'observation des Indiens. Elle manque cependant à quelques-unes des premières Flores américaines (Walter, Fl. Carolin., 1788; Michaux, 1803; Barton, Comp. Fl. Phil., 1818). M. Bigelow l'indiquait, eu 1814, près de Boston, sans dire qu'elle fikt étrangère, et Elliot (Sk. Georg.,\, p. 201) en parle, en 1821, comme d'une plante introduite, mais parfaitement naturalisée.
3" Dans le» région» intertropicales ou voisine» de» tropiques.
Fragaria vmm, L. — Le Fraisier s'est complètement naturalisé sur les hauteurs de la Jamaïque, d'après l'assertion de M. W. Purdie (Hook., Lond. Journ. of bot., 1844, p. 515). lien est de même à l'Ile Maurice, d'après M. Bojer (H or t. Maur., p. 127) et à l'île Bourbon. Pour celle-ci nous avons des détails positifs donnés parBory Saint-Vincent (Compt. rend. Acad. se, 1836, 2* sem., p. 109). * Le père du mulâtre Lislet-Geoffroy, correspondant de l'Institut, avait apporté de France des plantes de
(a) Botan. excum. to S. Carol., dans Silliman, Amer, journ. se., 42, n* i, transcm dan* Hook-, Lond. journ. of bot., 1812, p. 219.
(6) L'étymologie latine est peut-être hasardée, mais elle vaut bien celle de Linné [Phil.
Itot., § 234) : Plantago planta tangenda. Mon vieux dictionnaire latin dit : Plantago
a planta. C ent plu* prudent et peut-être plus vrai.
NATURALISATION A tiHANDK DISTANCE.
Fraisier, qui végétaient mal dans son jardin de Port-Louis, où la chaleur ne leur permettait guère de prospérer. Sur l'avis de Commerson, ces plants appauvris furent transportés par lui et Lislet Geoffroy, sur la plaine des Cafres, où confiés au sol, ils ont tellement prospéré, qu'à l'époque de mon premier voyage, les hauteurs de l'île en étaient déjà couvertes. Les prairies y ont, en plusieurs endroits, envahi le terrain et étouffé la végétation indigène. Dans la saison des fruits, je vis, en 1801, des espaces qui en paraissaient tout rouges, et je puis assurer, sans exagérer, qu'on ne les traversait point sans se teindre les pieds jusque au-dessus de la cheville, d'une véritable marmelade mêlée de fange volcanique. »
( henopodium ambroftioidra — M. Burchell en sema dans un jardin à Sainte-Hélène. Il partit pour son voyage au Cap, et touchant de nouveau à Sainte-Hélène quatre ans après, il reçut des plaintes de ce que l'espèce s'était répandue dans l'Ile, au point de devenir une mauvaise herhe désagréable. Le fait est déjà cité par mon père (Géogr. bot. dans Dit t. se. no/., vol. XVIII), et M. Burchell m'en a confirmé lui-môme les détails en 1839.
Une espèce de lahu, appelée common Black berry par les Anglais, s'est tellement multipliée à .Sainte-Hélène, après son introduction en 1780, dit Martin (Statisl. Brit. colon., p. 52A), qu'il a fallu la faire extirper par ordonnance.
\<-„oi,. ionk»foiia, wuid — Cette espèce de la Nouvelle-Galles du Sud a tellement envahi l'Ile de Sainte-Hélène qu'elle en occupe maintenant le tiers (Seemann, Bot. of Herald, p. 115 ; id. dans Hook., Journ. of Bot.% 1852, p. 239).
i w- y i-uropir un. l. L'Ajonc, introduit aussi à Sainte-Hélène, s'y est naturalisé complètement et donne de plus belles Heurs qu'en Europe (Seemann, dans Hook., Journ. ibid.).
rarkia»onia ncaieata,L. — Cet arbuste des Antilles et du continent voisin, cultivé au Sénégal depuis 1816, y est devenu sauvage, dans les plaines de Wallo (Perrott. et Le Pr., F l. de Séne'g.).
Momordlea aear*ai«»u, Lan.. — Transporté de Guinée au Brésil, d'après l'abbé Manoel Ayres de Cazal, il y a reçu le nom de Erva de San Gaetano. On le voit s'établir à la suite de l'homme , comme le Datura Stramonium et quelques espèces d'Kurope. Auguste de Saint-Ililaire qui cite ce fait(.4nn. se. nat., XXIV, p. 05), a comparé le Momordica du Brésil avec celui du pays d'origine.
Le même naturaliste revient souvent sur les faits de cette nature, dont il apprécie avec raison toute l'importance. « Quelques plantes européennes, dit-il (PL remarq. du Brésil, introd., p. 68), telles qu'un de nos Ana-
(jallis le Leonuru* Cardiaca, un de nos Chenopodium , se sont presque naturaliséesdans les environs de Hio-Janeiro. La quantité d'espèces venant d'Europe est déjà plus considérable autour des villes situées dans les parties élevées de la province des Mines: ainsi, par exemple, ou retrouve à Villa-Kica, notre Verveine, une de \\o& Menthes, le Poa annua, etc.. et l'on voit à Tejuco le Verbascum Iilailaria, Yl'rtica dioica, un de nos Xanf fii nm, etc. Le nombre des plantes d'Europe augmente encore dans les environs de Saint-Paul ; le Marrubium commune et le Conium tnaculatum croissent jusque dans les rues de cette ville; le Polycarpon, sur les murs des jardins qui l'entourent. Plus reculé vers 1»; midi, Porto-Alegre a reçu plusieurs de nos espèces : ainsi, on voit communément, dans quelques-unes de ses rues les moins fréquentées, YAlsine média, le Humer pulcher, le Gérant um Hobertianum, le Cunium maeulalum, YUrtica dioica; mais nulle part, les plantes d'Europe ne se sont multipliées avec autant d'abondance que dans les campagnes qui s'étendent entre Sainte- Thérèse et Montevideo, et de cette ville jusqu'au Rio-N'egro. Déjà la Violette, la Bourrache, quelques Géranium, YAnelhum fœniculum, etc., se sont naturalisés autour de Sainte-Thérèse. Des plantes qui , dans leur pays natal , ne se trouvent qu'isolées, vivent en société dans les environs de Montevideo; elles s'attachent, pour ainsi dire, aux pas de l'homme, entourent ses habitations et s'emparent des pâturages qu'il parcourt le plus. Les chemins sont bordés de deux larges bandes de Heurs d'un bleu pourpre, celles de YEchium maritimum. L'Arma salira est aussi commun dans quelque» pâturages que si on l'avait semé; on retrouve partout nos Mauves, nos Anthémis, un de nos Erysimum, notre Marrube commun, elc. ; un de nos Myagrum, dont le premier pied parut il y a dix ans sous les murs de Montevideo, couvre aujourd'hui presque à lui seul tout l'espace qui s'étend de cette ville à son faubourg. J'espérais trouver beaucoup de plantes sur le Cerro de Montevideo, lu seule montagne qui avoisine cette ville; mais on a bâti un fort sur son sommet, des soldats In parcourent sans cesse, et sa végétation actuelle, presque artificielle, appartient en très grande partie à la flore d'Europe. Cependant aucune espère ne s'est répandue dans les campagnes du rio de la Mata el de l'Uruguay, bien au delà de Kio-Ncgro , autant que le Chardon Marie (Carduus marianus), et surtout notre Cardon (Cynara Cardunculus). Depuis que les troupeaux ont été exterminés, cette plante se multiplie avec une rapidité effrayante ; elle couvre aujourd'hui des terrains immenses et les rend inutiles, etc. »
Le Leonurus sibiricus, L., a été introduit, selon le docteur Ildefonso Gomez, H y a trente ans, dit Gardner (Hook., Lond. Journ. of Bot.,
NATURALISATION A tîHANDE DISTANCK. 721
I, p. 183), |>ar des graines venues accidentellement «le Chine. Il s'est naturalisé si bien que je l'ai rencontré dans tentes le* parties du Brésil où j'ai été. i
Bertero (Ann. se. nat., XXI, p. 850) reconnut à l'Ile de Juan-Fernandez plusieurs espèces étrangères qui sont devenues très abondantes. Je citerai parmi celles qu'il indique le Melinsa offieinali* YAvena sain a, le pécher ordinaire, qui certainement sont des plantes de réfions fort éloignées. * Le pécher, dit-il, est si abondant, qu'on ne peut se faire une idée de la quantité de fruits qu'on récolte ; ils sont en général très bons, malgré l'étal sauvage dans lequel il sont retombés. *
M. .lames hrummoiul. dont les herborisations dans le sud-ouest de l'Australie ont été si fructueuses, n'a pas négligé de remarquer certaines espèces dont la naturalisation, bien authentique, a été rapide aux environs de S v\ an- Hiver. Il mentionne (Hook., Juurn. of Bol , 1840, v. II, p. 347) le Lo- Uutn temulentum, plante indiquée en Kurope, dans l'Asie occidentale et au Brésil (Kuntb, £num., v. 111); le Hriza minor, qui est plus répandu dans le monde, mais qui manquait à la Nouvelle-Hollande; le Phalaris aquatica, connu jusqu'alors en Europe et en Algérie (kunth, Enum., III, p. 32i. » J'ai moi-même introduit, dit-il, les premiers pieds de Physalis peruciana et de Solarium c a pense, et dans le laps de dix ans ils sont de* venus complètement naturalisés. Le Sonehus oleraceus, qui est à présent la mauvaise herbe la plus nuisible, même jusqu'au district de York , était inconnu totalement quand nous arrivâmes dans le pays (a). »
lies faits analogues se sont manifestés sans doute aux environs de Sidney et dans tous les établissements de la cote orientale quand on a commencé à les coloniser, même à visiter le pays, avant de s'y établir. Comme preuve de la complète naturalisation de quelques espères dans cette contrée, je citerai une observation de M. Th. Corder, contenue dans le Phyiotogist de novembre 1845. Ce botaniste est établi dans le sud-est de l'Australie, dans un district intérieur, élevé de 1200 pieds au-dessus de la mer. U remarque la présence de plusieurs plantes européennes qu'il croit indigènes parce qu'à l'époque de «on arrivée le pays était encore dans l'étal de nature. Mais comme ces espèces ne sont pas dans la liste d'espèces primitivement communes à PKurope et à la Nouvelle-Galles, donnée avec soin par M. Brown (Gen. rem., p. 58 et 60), il faut qu'elles aient été naturalisées aux environs de Sidney ou des établissements les plus nouveaux de la côte
(4) M. Brown {Gen. rem., p. 58 ei >>o mentionne le Smwhus oleraceus couMHe existant à la Nouvelle-Halle* du Sud, sans avoir été introduit. Sa propagation rapide à Swan- Uiter m» fait croire qv/H l'était plutft naturalisa a la Nouvelle-tialles pa* le» promiars
Colons ou navigateurs européens.
méridionale, d'où elles se sont propagées au travers des terres. Ce sont les M attira ria Chamomilla, M elilotus officinal i s , Centaurea solstitialist Lotus corniculatus, en grande abondance, Linum perenne, Medicago maculata?, Stellaria graminea, Polygonum Persicaria, enfin YAltkœa officinal™.
M. G. Gardner mentionne (Bot. ma</., avril 1848, append., p. 14) plusieurs espèces d'Amérique et de Madagascar, qui se sont naturalisées à Ceylan, probablement par l'effet de leur culture dans les jardins. « Plusieurs, dit-il, sont connues pour s'être échappées des jardins de Colombo ou de Peradenia depuis les derniers vingt-cinq ans. Ainsi le Passiflora fœtida, devenu une mauvaise herbe très commune, est des Antilles et du Brésil, et fut introduit par M. Moon en 1824. Deux espèces de Crotalaria, le C, Brownei de la Jamaïque, et le C. incana du Cap; le Cmmos cau- (/a/o, du Mexique, qui ressemble à un Coreopsis; le Nicandra physaloides, du Pérou, à fleurs bleues; le Mimosa pudica ou sensitive, de l'Amérique méridionale, sont des mauvaises herbes, non-seulement autour de Peradenia et Candy, mais qui s'étendent en outre rapidement dans toutes les directions, etc. »
La colonie de Victoria, dans la Nouvelle-Hollande méridionale, est bien récente; cependant le docteur Muller écrivait, il y a quelques mois (Ilook., Journ., 1854, p. 125), après avoir parcouru le pays : «c Déjà cinquante espèces sont naturalisées au point qu'il serait impossible de les détruire et que môme elles dominent les espèces indigènes moins v igoureuses. »
L'invasion des espèces étrangères est surtout remarquable dans les petites îles, comme Sainte-Hélène et l'Ascension, où les espèces aborigènes étaient peu nombreuses et se maintenaient sans avoir beaucoup à lutter. Elles sont maintenant écrasées, pour ainsi dire, par des espèces nouvelles plus robustes ; elles ne peuvent plus supporter cette concurrence avec le monde entier. On les voit diminuer et elles tendent à disparaître dans leur propre pays, comme les pauvres et faibles indigènes d'Amérique et d'Australie par le contact des populations anglo-saxonnes, plus fortes et plus actives (a).