RETRAIT UKS LIMITES « ESPÈCE
montagnes, de forêts, deviendront plus rares et plus limitées. Elles appartenaient à un ancien état de choses, elles font place à un nouveau. La diminution générale de l'humidité et l'intervention de l'homme sont les moteurs lents, mais continuels, de cette transformation des flores locales, du moins depuis l'époque historique.
A une époque tantôt contemporaine des peuples civilisés, tantôt plus ancienne, la formation de la tourbe démontre des changements assez importants dans les flores du nord-ouest de l'Europe. Ce combustible se forme de végétaux, principalement de mousses du genre Sphagnum, qui se décomposent imparfaitement et lentement par l'effet de l'humidité et d'une température peu élevée (a). La formation de la tourbe peut commencer à toute époque et se continuer indéfiniment, pourvu que les conditions subsistent. Elle a lieu sous l'eau (tourbe submergée), ou, plus souvent, hors du niveau des eaux (tourbe émergée). Les tourbes émergées d'Irlande, d'Ecosse, des lies Shetland et Féroé, et du nord-ouest de l'Allemagne, renferment des troncs d'arbres dont les espèces ont disparu de ces pays, mais qui existent plus à l'est sur le continent européen. Ces tourbes peuvent être quelquefois très anciennes, surtout les couches inférieures ; mais elles sont subséquentes aux derniers terrains géologiques.
En Irlande, des cônes de Pinus Mughus (qui avaient été confondus d'abord avec ceux du Pinus sylvestris, var. scotica), se trouvent dans la tourbe de diverses localités, à des profondeurs ordinairement de 6 à 10 pieds (6). On en a trouvé, par exemple, dans les environs de Newport, district de Mayo, où depuis deux siècles toutes les forêts ont été détruites (c). Le Pinus Mughus, Jacq.,est actuellement une espèce qui manque à toutes les îles Britanniques, à l'ouest du continent européen et à )a péninsule Scandinave. Il faut aller jusqu'en Silésie et au centre des Alpes pour le rencontrer, en partant de la côte occidentale de l'Europe.
Les lies Shetland n'ont pas d'autres arbres actuellement que le Betula alba et le Juniperus communis. On a trouvé dans la tourbe, à 6 pieds de profondeur, des Pinus Picea, L. (Abies pectinata, DC), dont un, en particulier, avait 6 pieds de circonférence et 40 pieds de hauteur (d). Cet arbre manque aujourd'hui aux Iles Britanniques et à la péninsule Scandinave (e).
(a) Le meilleur ouvrage sur la formation des tourbes me parait celui de M. Lesquéreux, intitulé : Quelques recherches sur les marais tourbeux en général, 1 vol. in-8, Neucbitel, 1844.
(6) J'ignore comment la tourbe d'Irlande grandit. Celle des vallées hautes du canton de Ifmrhttolj en Suisse, augmente de 1 pied à 1 pied 1/2 par siècle, d'après M. Lesqnéreux, mais cela varie beaucoup selon le* circonstances locales.
(c) Babington. Trans. Bol. Soc. Edmb., I, p. 126, Annals ofnat. hitt.t I, p. 217.
(d) Edmondston, Ann. ofnat. hist., p. 295, II, p. 71 . (*) Voyex ci-dessus, p. 158.
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On a trouvé dans les mêmes tourbes des fruits et des troncs de Corylui ATellaua, espère qui existe enrore dans la (irande-Bretagne et aux Orrades (Wals., Cyb., II, p. 379). Le Hetulaalba, L., manque aux Iles Féroé, mais on le voit encore dans la tourbe (Ch. Martins, Vfy. Féroé, dans Vuu. en Scandin., etc., II, p. 3(53). L'auteur ne croit pas que la destruction en soit ancienne, et il l'attribue à l'imprévoyance des babitants. 11 serait intéressant de chercher dans les couches anciennes de tourbe, en Ecosse, en Irlande, et ailleurs, les espèces qui existaient jadis dans le pays et qui ont disparu, soit en se maintenant aujourd'hui dans d'autres régions, soit d'une manière absolue peut-être, comme le cerf gigantesque des tourbières d'Irlande. Malheureusement, il ne paraît pas que ce travail ait été fait, même en Ecosse, où tant d'hommes instruits pourraient s'en occuper, et où M. Neill en avait indiqué l'importance, déjà en ISA. 3 et même antérieurement (Ann. of nat. hist., XI, p. 73).
En général, dans les pays froids et humides, la destruction d'une forêt amène la production de la tourbe, et celle-ci empêche la reproduction des espèces ligneuses. On l'a vu fréquemment dans le nord-ouest de l'Europe CLyell, Geol.), et aussi dans nos montagnes de la Suisse (Lesquéreux, Hevh. sur les marais tourbeux, p. /|7, S5, etc.). Il suffît que des coups de vent aient renversé les arbres, que des neiges considérables ou des incendies les aient fait périr, que l'homme, avec son imprévoyance ordinaires, les ait rasés, pour que les mousses viennent s'emparer des bois morts ou du terrain humide; alors, elles s'y établissent d'une manière absolue. Les parties intérieures cessent bientôt de végéter; elles deviennent de la tourbe, dont la nature chimique, indépendamment du tapis serré de la surface du maraia, s'oppose à la germination et au développement des arbres. Il est donc inutile de supposer un changement dans le climat pour expliquer la disparition des forêts dans le nord-ouest de l'Europe et sur quelques montagnes du centre, .le reconnais seulement que, vers l'époque plus reculée on les forêts s'y étaient établies, les conditions devaient être différentes, car, dans ces régions, quand le terrain est vacant, il vient des mousses et de la tourbe ; alors, il venait des arbres. Mais ceci nous conduit à des questions géologiques et à celle du premier développement des espèces, dont j'aurai bientôt à m'occuper (chap. XI).
OIUGIXK uEUGUAl'HIQlà UES ESPECES CILTIVÉES. 809