‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 20 sur 146 · POSITION DE LA QUESTION BT NATURE DES RECHERCHES A FAIRE · texte numérisé non relu

POSITION DE LA QUESTION BT NATURE DES RECHERCHES A FAIRE

Nous avons étudié les faits de l'extension des plantes spontanées. Nous avons vu que souvent une culture préalable a été la cause du transport et de la naturalisation des espèces dont l'habitation s'est agrandie. 11 s'agit maintenant d'examiner des faits, qui se présentent dans un ordre inverse, et qui sont antérieurs par leur date, sans être cependant plus anciens que l'homme. Je veux parler de la mise en culture de certaines espèces, cl de l'origine, souvent douteuse, quelquefois encore inconnue, des plantes généralement cultivées.

La question a de l'importance, non-seulement à cause d'une connexion intime avec l'histoire générale des peuples, mais aussi à cause de l'incertitude où l'on a été longtemps sur l'origine de la plupart des espèces cultivées, incertitude qui a fait naître des suppositions étranges, par exemple, celle d'une création et d'une distribution surnaturelles de ces espèces, ou d'une disparition de continents, depuis l'époque des premières cultures. On s' est demandé aussi jusqu'à quel pointées espèces ont été modifiées par l'action de l'homme, et si, peut-être, plusieurs d'entre elles ne seraient pas un produit factice de nos cultures.

Ces questions, malheureusement, sont remplies de difficultés et de complications. Ainsi, l'ancienneté et la généralité de plusieurs cultures empêchent assez souvent de constater si les individus qui paraissent spontanés dans un endroit y sont vraiment tels, et surtout si l'espèce a toujours existé dans le pays dont H s'agit.

Des graines peuvent être sorties de champs ou de jardins ; elles peuvent être restées enfouies dans un sol sur lequel jadis la plante avait été cultivée. Dans les cas de cette nature, un voyageur peut prendre pour spontanée une espèce qui est adventive, ou naturalisée, ou plutôt, en employant un mot allemand très expressif qui nous manque, verwildert, devenue sauvage. Ainsi, quand on prétend avoir trouvé du blé ou du seigle spontanés, dans une région sauvage de la Perse ou de l'Asie Mineure, il doit

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rcsler toujours quelque doule dans l'esprit : ce peut être le résultat d'un transport accidentel ou d'une ancienne culture ; du moins il n'est pas possible de prouver absolument le contraire.

Les plantes cultivées ont pu naître dans des localités éminemment propres à leur croissance ; ces localités, par ce motif même, ont dû être envahies depuis longtemps par les cultures, et alors il est impossible de distinguer les pieds qui descendent de l'espèce primitive, de ceux qui descendent de pieds cultivés.

Enfin il est clair que les variétés et les races (variétés héréditaires), si nombreuses, des plantes cultivées, sont un obstacle à la découverte des origines, en même temps qu'un objet essentiel de recherches.

D'un autre côté, les documents historiques et linguistiques abondent au sujet des plantes cultivées. C'est un avantage dont nous devrons profiter autant que possible.

ARTICLE II

Afin de mettre un certain ordre dans l'énumération des principales plantes cultivées, je classerai les espèces suivant qu'elles sont cultivées pour leurs racines ou tubercules souterrains , pour leurs tiges, leurs feuilles, fleurs, fruits et graines. Cette classification est commode en ce que certains organes sont sujets à plus de variations que d'autres, d'où résultent certaines facilités ou certaines difficultés pour constater l'état primitif des espèces, suivant qu'elles rentrent dans l'une ou l'autre de ces diverses catégories.

A. Plantes cultivées pour leurs racines, leurs bulbes, ou pour des tubercules venant de la tige.

ftoimmm taberoaum. L. — La pomme de terre était cultivée à l'époque de la découverte de l'Amérique dans toutes les régions tempérées du Chili à la Nouvelle-Grenade, mais non au Mexique (Humb., Nouv.-Esp.t 2* édit., vol. II, p. 45 i). Elle l'était aussi, dit-on, dans la Caroline septentrionale, puisque Thomas Herriott, de l'expédition de Raleigh, ou Raleigh lui-même la rapportèrent de ce pays (Banks, Trans. hort. soc. Lond.j I, p. 8), et que Gerarde la reçut également quelques années après de la même contrée (Herbal, édit. 1597, p. 781). Il est possible cependant que son introduction dans l'Amérique septentrionale ne fut pas alors ancienne, car comment aurait-elle manqué au Mexique, si elle avait

été propagée du Pérou aux États-Unis, par les indigènes? Le voyage de Haleigh eut lieu 95 ans après la découverte de l'Amérique. Il ne serait pas impossible que la pomme de terre transportée depuis quelque temps d'un lieu à l'autre par les Espagnols, eût été introduite récemment dans l'Amérique septentrionale par quelque navigateur resté inconnu, et le peu de diffusion de cette culture chez les indigènes, en particulier vers le nord, où elle réussit si bien, indiquerait une introduction peu ancienne (a).

Gerarde publia le premier une figure et une description assez médiocres, d'après une plante de la Caroline, importée directement et cultivée dans son jardin. Les tubercules en sont représentés comme fort petits, mais probablement par réduction. L'espèce est mentionnée comme une des plantes alimentaires principales du pays de Quito, par Pierre Cieca, auteur d'une ancienne chronique, dont l'Écluse transcrit le passage.

Lui-même, l'Écluse, publia une planche et une description botanique de l'espèce, en 1601 (Clut. rar. pl. hist., pars, h, p. 79). On relit avec intérêt cette description, comme preuve, soit de l'exactitude d'un grand botaniste, soit du peu de variation de l'espèce, depuis son introduction en Europe. En particulier la plante donnait alors jusqu'à 50 tubercules de grosseur inégale, ayant de 1 à 2 pouces de longueur (6), irrégulièrement ovoïdes, rougeâtres, mûrissant en novembre (à Vienne) ; la fleur était plus ou moins rose (exterius ex pur pur ri candicans, interius purpureucens, radiis quinque herbaceis), comme aujourd'hui ; mais elle semble avoir été plus odorante, car l'Écluse en compare le parfum à celui des fleurs de tilleul. Certaines variétés répondent exactement, sauf peut-être l'odeur, A la description de l'Écluse ; mais il s'est formé par la culture de nouvelles variétés hâtives, et d'autres à très gros tubercules. L'Écluse sema des graines qui donnèrent des pieds à fleurs blanches, dépourvus de tubercules dans la première année. Les plantes décrites si bien avaient été envoyées en 1588, à l'auteur, par Philippe de Sivry, seigneur de Valdheim, gouverneur de Mous, qui les tenait de quelqu'un de la suite du légat du pape en Belgique. L'Écluse ajoute que la plante avait été reçue en Italie, d'Espagne ou d'Amérique (cerium est vel ex Hispaniis, vel ex Âmericd habuisse), et il s'étonne de ce qu'étant devenue commune en Italie, au point qu'on la mangeait comme des raves, et qu'on en donnait aux porcs, les savants de

(a) M. le docteur Roulin, qui a étudié avec tant de zèle les ouvrages concernant l'Amérique, m'a dit n'avoir aperçu aucune trace de la présence de la pomme de terre chez les habitants des Etats- Unis avant leur contact avec les Européens. Je reviendrai sur cette question, p. 815.

(6) Un auteur, ordinairement très exact, publiait récemment que la pomme de terre, à son introduction en Europe, produisait fort peu de tubercules, qu'il a fallu une longue culture pour l'amener à l'état actuel, etc. L'Écluse, au contraire, à l'origine, admirait la rapidité de multiplication.

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l'école de Piidoue en aient en connaissance par les tubercules qu'il leur envoya d'Allemagne.

M. Targioni (Lezz., Il, p. 10) a constaté qu'on cultivait la pomme de terre en Toscane, au commencement du xvir siècle, comme ayant été apportée d'Kspagne ou de Portugal par des moines. Ainsi sir J. Banks (Iran*. Soc. Ilot t. Lond.t I, p. Il, en 1812), et M. Dunal (Hist. nat. des Solanum, 1813, p. 25), à une époque où l'on croyait généralement la pomme de terre introduite par IV. Haleigh, ont eu raison d'insister sur le fait d'une introduction antérieure due aux Kspagnols. Les tubercules rapportés par les vaisseaux de sir Walter Haleigh, en 15S5, ou plus probablement en 1580, de la Caroline septentrionale, qui turent multipliés d'abord en Irlande, ne peuvent pas être l'origine de ceux que l'on cultivait abondamment en Italie avant 1 588, et qu'on savait dans ce pays être venus par l'intermédiaire des Kspagnols. Si l'introduction par les Anglais a eu plus de retentissement que celle par les peuples méridionaux, on doit l'attribuer à ce que le climat des îles Britanniques et l'activité des habitant* devaient rendre la diflusion de la pomme de terre plus rapide et plus eflicace (a). Depuis cette époque, elle s'est répandue en Europe graduellement, et au travers d'obstacle- inutiles à rappeler, qui tenaient aux préjugés des populations et nullement à un état imparfait de la plante.

Il est intéressant de constater que l'espèce est sauvage au Pérou, et plus certainement encore au Chili. On l'ignorait, en Amérique, au commencement du siècle actuel, car M. de Humboldl (Essai yéo. pl., p. 20) l'avait cherchée inutilement , et on lui avait. allirmé qu'aucun voyageur n'avait observé dans la NouveHe-Creuade, au Pérou et jusqu'à la Paz aucune Solanée sauvage à racine nourrissante {Essai sur Ui Xuuv -Esp., 2" édil., v. II, p. 455). Moliua est peut-être l'ancieu auteur qui a influé sur l'opinion de M. de liumboldt, car il u'iudiquait (Hist. Ma/., trad. franc., jf. 102) au Chili que deux pommes de terre, l'une cultivée, pogny des habitants, l'autre sauvage, à tubercules très petits et d'un goût un peu amer, ma a lia des indigènes (Solanum Maglia, I)un., Pradr., v. XIII, part. î, p. 3.3). D'uu autre côté, Ruiz et Pavon disaient avoir trouvé le Solanum tuberosum sur les collines des environs de Cbaucay , ville de la cote du Pérou {tl. Perur,., II, p. 38). Pavon écrivait plus tard à Lambert (Ilook., Mise, 11, p. 203) : « Le Solanum tuberosum croît sauvage aux environs de Lima, à quatorze lieues de cette ville, sur la côte; je l'ai

[a) La piaule avortée par tir Francis Drake et -ir John Haukiii» «'lait clairemejU la tourte, dit su- J. Banks (7'rao*. Soc. Ilort., t, p. ii), rte sorte que le* questions dtactttées par M. de Uumboldt (Août; -Esp., 2« édil., vol. 11, p. 461 et 464) «ur les locafctet

vuitées par ce xoya^eiir n'ont pas d'application à l'objet actuel.

OIUGINE DES ESPECES LE PLUS GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. ftlS

Irouvé moi-même au Chili. » La première «le ces indications est sans doute la même que celle du Flora Peruviana. Pavon envoya à Lambert des échantillons de la plante sauvage du Pérou. On peut douter cependant que ce fût bien le Solanum tuberosum, car l'espèce ainsi nommée par Pavon dans l'herbier de M. Boissier est, suivant M. Dunal, une espèce voisine (très voisine I de la pomme de terre, le Solanum immite iDun., Prodr., XIII, part, i, p. 32.)

M. Caldcleugh envoya plus récemment, eu 1822, à la Société d'horticulture de Londres, des échantillons qu'il regardait comme la vraie pomme de terre, spontanée au Chili (Hook., 16.). Le docteur Lindley (Journ. Hort. Soc, 18A7, v. III, p. 66) affirme que cette plante, cultivée pendant quelques années à Londres, était bien l'espèce ordinaire.

M. Cruckshanks écrivait à sir W. Hooker(ïo/rf.) les observations qui suivent : c On objecte souvent que dans les pays où la pomme de terre croit sauvage elle pourrait, comme on l'a observé pour d'autres plantes en Amérique, avoir été introduite et n'être pas une espèce indigène. Il y a cependant beaucoup de motifs pour croire qu'elle est indigène au Chili, et que les pieds qu'on y trouve sauvages ne sont pas le produit accidentel des plantes cultivées. On les trouve ordinairement sur des pentes rocailleuses et escarpées où l'on n'aurait jamais pu les cultiver, et où le transport aeci» dentel que l'on présume n'aurait pas pu s'effectuer. Cette pomme de terre sauvage est très commune à Valparaiso, et je l'ai suivie sur la côte a quinze lieues au nord de cette ville; mais je ne sais pas jusqu'où elle s'étend, soit au nord, soit au midi. Elle habile surtout les falaises et collines du bord de la mer, et je ne me souviens pas de l'avoir vue à plus de deux ou trois lieues des côtes, il y a une circonstance non mentionnée dans les livres, c'est que la tleur est toujours d'un blanc pur, sans trace de cette teinte pourpre, si commune dans les variétés cultivées, circonstance que je regarde comme une forte preuve de son origine spontanée (pourquoi?). Je déduis une autre preuve de ce fait, qu'on la trouve souvent dans les endroits montueux, loin des cultures , et qu'on ne la voit pas dans lé voisinage immédiat des champs et des jardins où l'on cultive la pomme de terre, à moins qu'un courant d'eau traversant le terrain ne puisse entratner des tubercules dans des lieux non cultivés. » M. Cruckshanks présume que les pommes de terre sauvages des environs de Lima dont parlait Pavon, doivent leur origine à cette circonstance, au moins pour les parties basses, voisines de la rivière de Chancay; mais il ajoute que l'introduction est moins probable pour les collines, aujourd'hui incuites.

M. Krench (Journ. geo. Soc. Lonti., 1839, p. 316) raconte qu'on essaie de cultiver près de Chilecito. dans la provi«ce de Rioja, république

Argentine, la pomme de terre sauvage, indigène dans les montagnes de la Famatina. Ses tubercules sont petits.

Meyen (Grundr. der Pflanz. geo., p. 365) dit avoir trouvé deux fois la pomme de terre sauvage sur les Cordillères du Chili et du Pérou ; mais il n'avait rapporté d'échantillons que de celle du Chili (Nées, Act.Acad. nat. cur., XIX, suppl., p. 38A). Meyen montre d'ailleurs une grande légèreté dans son exposé historique de la pomme de terre, car il n'a pas consulté l'ouvrage classique de Dunal et ne se doute pas de l'introduction par les Espagnols.

Des témoignages plus positifs sont venus par M. Ch. Darwin, qui a trouvé la pomme de terre sauvage, en grande quantité , dans l'archipel appelé Chonos ou Chiloé, près du Chili, sous le 45' degré de latitude. Le plus gros tubercule de ceux qu'il recueillit n'avait que 2 pouces de longueur, et son goût après la cuisson était insipide, un peu aqueux, nullement amer (Darwin, Journ., cité par Lindl., Journ. Uori. Soc, III, p. 66). Le professeur Henslow s'assura de l'identité spécifique avec le Solanum tuberosum (16. et Hook. f., Fl. anî., I, part, h, p. 331). Le docteur Hooker (ib.) énumère cinq variétés différentes du Solanum tuberosum, qui seraient toutes spontanées dans le Chili, les îles Chiloé et le Pérou ; le type le plus sûr de l'espèce est indiqué par lui à Chiloé et à Lima (Mac Lean, herb. Hook.). Il distingue du Solanum tuberosum, probablement, dit-il, comme espèce, le Solanum Commersonii, Poir.,qui s'étend de Yalparaiso à Buenos- Ayres, et qui diffère surtout, d'après lui, par une fleur moins grande.

Je possède un échantillon qui paraît bien être du Solanum tuberosum et que M. Dunal a rapporté à cette espèce après un examen attentif. Il doit avoir été sauvage, car il a été recueilli au Chili par M. Claude Gay et nous a été communiqué avec l'étiquette suivante : c Solanum tuberosum; au centre des Cordillières de Talcagoué et de Cauquenes , dans les endroits que visitent seulement les botanistes et les géologues. »

Dans son Historia de Chili, V, p. 75, M. Cl. Gay énumère le Solanum tuberosum comme véritablement indigène au Chili, à Yaldivia et à Juan- Fernandez ; comme croissant dans les localités les plus reculées, les plus sauvages ; enfin, comme ayant servi d'alimentation avant la conquête aux habitants du pays, qui allaient les chercher sur les collines, au dire des premiers voyageurs.

Il me parait incontestable, d'après cet ensemble de faits, que le véritable Solanum tuberosum croit spontané au Chili, dans les lies voisines, et même jusqu'au Pérou. Les plantes analogues trouvées à l'orient de la chaine des Andes, dans la direction de Buenos-Ayres, sont toutes, peut-être, des espèces différentes, savoir : les Solanum Commersonii et Solanum Maglia des auteurs.

On a trouvé récemment diverses pommes de terre indigènes dans les parties élevées du Mexique. Le docteur Lindley (Journ. Uort. Soc, III, p. 67 et 70) pense que le vrai Solanum tuberosum serait ou sauvage ou naturalisé dans les montagnes de ce pays. Cependant deux des plantes munies de tubercules qui lui avaient pté envoyées comme vraiment spontanées au Mexique, se sont trouvées être des espèces distinctes (Solanum demi ssu m et Solanum cardiophyllum,Lindl.), et parmi celles qui appartenaient au Solanum tuberosum , l'une avait été adressée comme sauvage , mais « peut-être apportée du Pérou » (p. 70), et l'autre, toute seule, n'avait pas d'indication analogue. Ce serait l'unique exemplaire du Solanum tuberosum au Mexique, car le pied indiqué à la page 67, comme Solanum tuberosum, en est évidemment différent. Le docteur Lindley, tout en disant qu'il appartenait au Solanum tuberosum, le dit semblable au Maglia du Chili et au Solanum verrucosum, Schlecht., qui sont d'autres espèces, du moins selon ma manière de voir. Je dirai même franchement que la multiplicité des formes réunies par le docteur Lindley au Solanum tuberosum fait naître des doutes dans mon esprit sur le pied d'origine mexicaine qu'il rapporte à cette espèce.

Une occasion m'a permis d'étudier le Solanum verrucosum en grand. Il a été introduit dans l'agriculture d'un village du pays de Gex, près de Genève, par de simples cultivateurs, qui l'avaient reçu du Mexique et qui le multipliaient, en 1850 et 1851, comme exempt de maladie. Les tubercules en sont tardifs, plus petits que ceux du Solanum tuberosum, d'un goût excellent, de chair jaune ; les tiges sont multiples d'un même tubercule, très droites, et sont ren liées près des feuilles; les fleurs sont d'un rouge violet très vif; la baie est tachetée de blanc (a). D'autres espèces du Mexique, ayant aussi des tubercules, sont indiquées parles auteurs (/Votfr., vol. XIII, part. I, p. 32 et 679), mais aucune ne parait rentrer dans le Solanum tuberosum.

La principale difficulté quant à la présence de la pomme de terre au Mexique est dans des faits historiques malaisés à concilier. On ne peut guère comprendre comment les indigènes de la Caroline auraient cultivé le Solanum tuberosum, si les Mexicains ne leur avaient transmis cette plante. Or, la pomme de terre rapportée de Caroline en Irlande était bien le Solanum tuberosum, et, d'un autre côté, M. de Humboldt assure que les anciens Mexicains ne cultivaient pas la pomme de terre. De plus, rien ne peut faire penser que les indigènes des États-Unis aient eu autrefois l'ha-

(a) J'ai publié un récit détaillé de ces faits dans la Revue horticole du 1" juin 18.12. Chez nous les tubercules sont restés petit», et ont été souvent atteints de la maladie. En France, les essais ont été plus heureux (Rev. hortic, 1854); quelque.» tubercules ont été «l'une jrro««eur raisonnable «*t la maladie ne les a pas envahis.

816 OMGINK GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES cultivées.

hitude de la cultiver! On n'en cile aucune preuve d'après leurs traditions, leur langage et les dires des voyageurs. J'ai déjà indiqué l'opinion du docteur Roulin à cet égard (p. 811). M. Asa Gray, professeur de botanique à Harvard l'niversity, près de Boston, est dans le même sentiment, qui est partagé, me dit-il, par M. Harric, bibliothécaire de l'université, un des hommes les plus versés dans les antiquités du pays. Il y a dans l'ensemble de ces faits et de ces assertions des choses qui concordent mal. Si l'on venait à découvrir une preuve de la culture du Solanum tuberosum chez les anciens Mexicains, la présence de la plante spontanée dans leur pays deviendrait plus probable, quoique, d'une manière abstraite, une habitation s'étendant de la Patagonie au Mexique soit toujours invraisemblable. Il est plus probable cependant, comme je l'indiquais au début de cet article, que la pomme de terre apportée de la Caroline par les Anglais aurait été introduite antérieurement sur cette côte par des Européens, car les Espagnols l'avaient déjà transportée du Pérou dans divers pays, au moins dans le leur.

NMkw — Les maniocs à suc vénéneux et à suc non vénéneux étaient considérés autrefois comme des variétés d'une seule espèce (Jatropa Manihot, L., Janipha Manihot, Kunth). Maintenant, surtout depuis les recherches de Pohl (FI. Bras., I, p. 17), on les regarde plutôt comme deux espèces, l'une dont il faut extraire le suc vénéneux pour employer la racine et qui a des feuilles à sept lobes (Manihot utilissima , Pohl), l'autre à suc doux et à feuilles 5-lobées (Manihot Aipi, Pohl). Le nom générique de Manihot, employé déjà par Plumier, Tournefort et Adanson, est préférable en lui-même et par ancienneté aux deux autres.

L'abbé Haynal a répandu une erreur en disant que le manioc avait été apporté d'Afrique en Amérique. M. Robert Brown (But. Congo, p. 50) affirmait le contraire, en 1818, sans donner cependant de preuves, et depuis M. Moreau de Jonnès (Mat. Acad. se, 1824), M. de Humboldt (Nouv.- £sp., 2*édil., vol. II, p. 398), et M. A. de Saint-Hilaire (Guill., Arch. bot. , 1 , 239) , ont insisté sur l'origine américaine. Il est diflicile d'en douter. En effet : 1° Les deux Manihols étaient cultivés par les indigènes du Brésil, de la Guyane et des parties chaudes du Mexique avant l'arrivée des Européens; 2* cette culture était très commune aux Antilles dans le xvi* siècle (J. Acosta, Hisl. nat. Intl., trad. franc., 1598, p. 163); 3° elle est encore actuellement plus répandue dans le nouveau monde que dans l'ancien; 4° elle a été importée à l'île de Bourbon, de mémoire d'homme, par le gouverneur de la Bourdonnais (Thomas, S ta t. Bourl>.y II, p. 18), et dans l'Inde elle n'est encore qu'un objet de curiosité ; 5» il existe une foule de variétés et de noms vulgaires indigènes en Amérique

(Poh), I. c; Aubl., Guy., vol. II,mém. il), ce qui ne parait pas avoir lieu en Afrique (Thonn., Guin., p. 414; Hook., Fl. Nigr.); 6° le genre Manihot ne compte pas moins de quarante-six espèces au Brésil seulement (Pohl, l. c), presque toutes spontanées, mais aucune espèce indigène n'a été découverte dans l'Afrique tropicale (Hook., Fl. Nigr.; Bojer, //. Maur.). Il est difficile, assurément, de comprendre comment les nègres de la côte de Guinée et du Congo ont reçu le manioc; mais toutes les probabilités botaniques et historiques militent en faveur d'une importation du nouveau monde.

Les expressions des voyageurs qui ont parcouru l'Amérique méridionale sont peu claires a l'égard de la qualité spontanée des Manihot. Pohl (FL Bras., I, p. 29) dit bien, en parlant du Manihot Aipi : « Colitur in tolft » Brasilia et in Americà hispanieA, certissime Brasilia1 indigena, » et du Manihot utilissima (p. 33) : « Colitur in lotà Brasilia et Americû meridio- » nali et est indigena Brasilia1, nec unquam ex AfricA translata; » mais il ajoute (p. 84): « Verum difficile problema videtur, in omnibus qujp eoluntur » plantis veram primariamque vel originariam ejus speciem designare. Ego » quidem meam Manihot pusillam primitivam ipsius Manihot utilissimrc » plantam esse censeo. » D'où il paraît que Pohl n'avait pas rencontré de Manihot sauvage identique avec aucune des plantes cultivées. M. de Martius n'en avait pas vu également, car Pohl avait examiné les Manihots de sa collection (Pohl, p. 55), et il ne cite aucune localité pour le Manihot commun. Son Manihot pusilla semble assez différent des espèces cultivées, d'après les figures. MM. de Humboldt et Boripland disent, en parlant des deux espèces cultivées (Janipha Manihot, Kunlh, Nov. gen., II, p. 108) : c Crescit fere sponte, locis aridis exustis, prope Mompox in convalli llu- » minis Magdalena». » Quant aux auteurs anciens, comme Piso, il est assez hasardeux de dire si les Manihots sauvages dont ils parlent sont les types des espèces cultivées ou l'une des autres espèces décrites comme indigènes par les botanistes modernes. La planche du Mandihoca sauvage, de Piso (p. 55) est rapportée par Pohl, quoique très mauvaise, dit-il, au Manihot Aipi. Assurément il est probable que les deux espèces croissent spontanément au Brésil, surtout vers la région du fleuve des Amazones , mais on n'en a pas encore la preuve complète.

«mm « oio<-a«ia L.(Colocasia antiquorum, Schott, Melet.). — On cultive cette espèce dans les eaux du Delta d'Égypte, sous le nom de Qolkas (Delile, Fl. Mg. ill., p. 28), ou Koulkas (Delile, Delà Cohcase des anciens, br. in-8, 1846). Clusius (Uist. II, p. 75) avait vu la plante en Portugal. 11 dit que les Espagnols l'appelaient Âlcoleaz et l'avaient reçue d'Afrique. M. Boissier (Voy. bot. £sp.% II, p. Ô90) cite, comme nom vulgaire dans le midi de l'Espagne Alcolcax. qui rappelle complètement

le nom arabe. 11 ajoute que l'espère est pour ainsi dire naturalisée (fere. spontanea) dans le midi de l'Espagne. Clusius transcrit les assertions de Bclon, Prosper Alpin et autres voyageurs, pour prouver combien la culture de cette plante était répandue à cette époque dans la basse Egypte. Elle y jouait un rôle très important, et on l'appelait, comme aujourd'hui, Colcas ou Coulcas. Puisque la racine en était alors si recherchée, et qu'elle formait une des bases de la nourriture du peuple, il est probable que sa culture remontait à l'antiquité. On a cru reconnaître en elle d'abord le K?X»a?«x des anciens; mais si, comme le dit Dioscoride, ce nom s'appliquait à la racine comestible de la fève d'Egypte, reconnue pour être le Nelumbium (Delile, Ann.Mus.y I, p. 375; Heynier, Econ. des Eyypt.y p. 321; Delile, De la Colocase des anciens, 1846), ce serait tout autre chose. Je croirais plutôt que les Grecs ont méconnu l'Arum cultivé en Egypte, lequel ne fleurit presque jamais (Glus., I. c), et ont cru, mal à propos, que la racine employée communément était celle du Nelumbium, qui est lilandreuse et assez mauvaise à manger (Delile, De la Colocase). Ge qui me le fait penser, c'est l'analogie évidente du mot Colocasia avec les noms arabes Colcas ou Coulcas. Tous paraissent venir du nom sanscrit de l'Arum Colocasia, Kuchoo (prononcez Koutchou)y indiqué par Jloxburgh (II. Jnd., 2e édit., vol. III, p. 194), d'autant plus que l'on cultive beaucoup cette espèce dans l'Inde (Royle, III. Jïtm., p. 406) (a).

Kelon prétendait avoir trouvé l'Arum d'Egypte, spontané, dans les ruisseaux de l'île de Grète (Glus., /. c); Sibthorp, dans les îles de Crète, Chypre et fonte (ProJr., II, p. 245); mais je n'en vois pas de confirmation dans les ouvrages plus récents (Fraas, Syn. Fl. class.; Reuter et Margot, Fl. dcZante). M. Tenore (Syll., p. 475) l'indique dans les étangs de Calabre, à San-Eufemia. Il n'est pas certain qu'on l'ait trouvé sauvage dans l'Inde, car les variétés spontanées dont parle Koxburgh (III, p. 4U5) sont rapportées à d'autres espèces ou croissent autour des habitations, dans des localités suspectes. Ce que dit Moon (Calai. Ccyl., p. 64) de variétés sauvages, dans l'île de Ceylan, n'est accompagné d'aucune preuve. Néanmoins, je suis porté à croire, uvec M. Doissier {Voy. Esp.,\. c), que l'espèce est originaire de l'Inde et qu'elle a été transportée dans l'ouest, où elle s'est naturalisée. Peut-être les anciens Égyptiens l'avaient-ils apportée de l'Inde avec le Nelumbium, à une époque très reculée. Le Nelumbium aurait disparu des eaux du Nil, et l'Arum, plus utile aux hommes et plus robuste, se serait conservé.

(a) Delile et d'autres auteurs ayant pens*'- que le Colocasia îles Grecs ••tait la racine du Nelumbium, c'est une idée nialhcareuae d'avoir appelé l'Arum Colocasia, L., C olocatia tmliquorum, comme l'a fait Scliolt. Il vaudrait mieux reprendre le nom spécifique .¥.gyplincum, employé avanl Linné.

Le grand nombre des variétés de l'espèce dans l'Asie méridionale, l'ancienneté de leurs noms, la quantité d'espèces voisines découvertes dans cette région, militent en faveur de l'origine asiatique.

11 est difficile «le dire, dans l'état actuel de la science, jusqu'à quel point les Aroïdées analogues cultivées à Ceylan et aux lies de la Sonde et Mo- Iuques, sont des espèces semblables ou distinctes. Rumphius en a figuré trois (vol. V, tab. 106, 109, 110), dont une, suivant lui, est la plante d'Egypte. Elles ont été rapportées depuis, par les auteurs, diversement. Aucune de ces deux ou trois espèces n'a été trouvée sauvage.

Enfin le 7'oroou Tallo, de la Nouvelle-Zélande et d'O-Taïti, est l'Arum eMviratam de Forster, Pl. esc, p. 57 (a), espèce qui ne diffère peutêtre pas de la plante d'Egypte, d'après ce que dit M. R. Brown (Prodr., ' p. 336). Elle est cultivée dans l'île septentrionale de la Nouvelle-Zélande et dans toutes les petites Iles de la mer Pacifique. Le nom de Tallo parait de même origine que celui de Tallus, employé dans l'île de Java pour l'Arum Colocasia, suivant M. Hasskarl (Cat. h. Bog. a//., p. 55). Aucun voyageur, à ma connaissance, ne dit avoir trouvé le Tallo à l'état sauvage. Si ce n'est pas la même espèce que l'Arum Colocasia de l'Inde et d'Egypte, au moins il est probable que son origine géographique n'en est pas bien différente. Les indigènes des petites îles éparscs dans l'océan Pacifique l'auraient apporté dans leurs migrations de l'ouest à l'est.

DiotM-orea (Igname). — La distinction desespèces deDioscorea, au point de vue botanique, a fait des progrès depuis quelques années (Blume, Enum., p. 20; Presl., Rel. Hœnk, p. 133; Griseb. in Fl Bras., V, p. 43). On avait prouvé déjà depuis Lamarck, que Linné confondait deux plantes au moins, sous le nom de Dioscorea saliva, l'une asiatique (D. deltoïdes, Wall., d'après le témoignage de (iriseb.), l'autre américaine (D. ClifTortiana, Lam.). Il s'en faut cependant que l'on ait rapporté les ignames cultivées dans différents pays et mentionnées par les auteurs, aux espèces admises aujourd'hui. Heureusement certaines considérations, applicables à toutes les espèces cultivées, peuvent nous diriger dans la recherche des origines.

Malgré le nombre considérable de variétés ou d'espèces que l'on cultive maintenant dans l'Inde, même dans les plaines et les vallées chaudes vers le nord, aucune ne possède un nom sanscrit (Roxb., Fl. Ind., III ; Piddington, Index). La culture des ignames ne peut donc pas avoir pris naissance dans cette région du continent asiatique ; et cela est d'autant plus remarquable, qu'on y trouve plusieurs espèces indigènes du genre Dioscorea, dont quelques-unes sont comestibles.

(a) L'Arum OKidcntum tic Linné (Sj>., p. 1369) a pour synonymes la lab. 110 do Rumphius, un Arum cultivé à la Jamaïque, et d'autres plantes probablement différentes.

Transportons-nous en Amérique. Là aussi plusieurs espèces de ce genre croissent spontanément, par exemple au Brésil, dans la Guyane, etc., mais il semble que les espèces cultivées ont été plutôt introduites. En effet, les auteurs indiquent peu de variétés ou espèces cultivées (Plumier une, Sloane deux), et peu de noms vulgaires. Le plus répandu est Yam, Igname ou Inhame, qui est d'origine africaine, suivant Hughes, ainsi que la plante cultivée de son temps aux Barbades (Hist. nat. Barb., p. 226, en 1750).

Le mot yam, d'après lui, signifiait manger, dans les idiomes de plusieurs des nègres de la cote de Guinée. Il est vrai que deux voyageurs plus rapprochés de la découverte de l'Amérique, cités par M. de Humboldt (Nouv.-Etp., 2' édit., vol. II, p. 468), auraient entendu prononcer le nom • d'Igname sur le continent américain : Vespucci, en 1497, sur la côte de Paria; Cabrai, en 1500, au Brésil. D'après celui-ci, le nom s'appliquait à une racine dont on faisait du pain, ce qui conviendrait mieux au Manioc, et me fait craindre une erreur, d'autant plus qu'un passage de Vespucci, cité ailleurs par M. de Humboldt [Mouv.-Esp., 2e édit., vol. H, p. 403) montre la confusion qu'il faisait entre le manioc et l'igname. LeD. Cliffortiana, Lam., croît sauvage au Pérou (Hœnke, l. c.) et au Brésil (Mart., Fl. Bras., Y, p. 43), mais il ne m'est pas prouvé qu'on le cultive. Presl (Bel. Hœnk, 1. c.) dit : « verosimiliter colitur, » et le Flora Brasiliensis ne parle pas de culture.

Malgré l'origine africaine, selon Hughes, de l'igname cultivée aux Barbades, je ne trouve pas à la culture des Dioscorea, en Afrique, les caractères d'une grande antiquité. Sur la côte occidentale, on ne cultive qu'une ou deux espèces (Thonning, Pl. Guin., p. 447; Hook., Fl. Nigr., 539). Lockhardt, au Congo, n'en avait vu qu'une et en un seul endroit (Hr., Congo, p. 49). Il en avait reconnu une autre, sauvage, à racine comestible, mais amère (t'6., p. 54). Si la culture des ignames avait été ancienne dans l'Afrique intertropicale, les Grecs etlesBomains en auraient eu probablement connaissance par l'Egypte. De nos jours encore, elle est à peine essayée dans ce pays, car Forskal et Delile ne l'ont pas vue (Forsk., p. liv; Delile, ///., p. 29;, et Hasselquist parait le seul qui en ait parlé (Delile, ib., probablement d'après L., Amœn., IV, p. 466, sans descr.).

Par voie d'exclusion, nous arrivons ainsi à regarder comme le centre originaire probable de la culture du Dioscorea l'archipel indien et les extrémités australes du continent asiatique, peut-être aussi la côte orientale de l'Afrique, sur laquelle les renseignements nous manquent. Les arguments directs concordent, car la culture des Dioscorea n'est nulle part aussi fréquente, aussi variée que dans l'archipel indien et dans les régions voisines. Déplus, on y trouve, à l'état sauvage, plusieurs des espèces cultivées. Ainsi,

le D. pentaphylla, L. { Ubium quinquefolium, Rumph. , Y, tab. 127), qui est l'espèce la plus cultivée à Amboine, se trouve sauvage dans plusieurs des lies de l'archipel (Humph.; Bluiue, Enum.,p. 20) etsur la côte de Malabar (Diurne). Le D. bulbifera, L. (Helmia bulbifera, Kunth), moins cultivé que plusieurs autres, se trouve spontané dans l'archipel indien (Rumph., tab. 124; Diurne, /. c), sur le continent indien, même à Sillet et dans leNepaul (Kunth, /. c), à Madagascar (Griseb., FL Bras., S, p. 28). Le/), aculeata, L., une des bonnes espèces cultivées dans l'archipel indien, se trouve, d'après Rumphius « in Zephyreis Sinaî partibus, maxime sponle » (Amb., V, p. 358). Le D. deltoïdes, Wall., une des plantes confondues par Linné sous le nom de D. saliva, auquel on doit rapporter, selon M. Grisebach (FL Bras., V, p. 43), la planche 180 de Rumphius, est aussi une espèce cultivée dans l'archipel indien, et se trouverait sauvage : c circa castellum Victoria m » (Rumph., V, p. 482), etauNepaul (Wall., n° 5110, échant. examiné par Griseb.), mais c'est l'espèce la moins connue peut-être.

Quant au D. alata, L., qui est l'espèce la plus généralement cultivée dans l'archipel indien, les petites îles de la mer Pacifique et le continent indien (Rumph., Amb., V, tab. 120, 121 ; Forst. PL esc, p. 56; Roxb., FL /«</., III, p. 798), personne ne dit l'avoir trouvé sauvage. On n'a pas assez exploré les îles Célèbes, etc., pour que cela prouve quelque chose. Le nom Ubi, employé jusque dans les îles d'O-Taïti, des Amis, etc., est d'origine malaise (Forst.) et montre que l'igname de ces îles avait été apportée de l'archipel indien.

BatatA» eduil«, choUy (Convohulus Batatas, L.). — L'origine de la Datate est douteuse d'après les auteurs. MM. de Humboldt (jVout\- 2*édil., vol. II, p. 470), Meyen (Grun dr. P/lanz.Geog.,p. 373), Boissier (Voy. Esp.), etc., indiquent une origine américaine ; MM. Dojer (//or/. Maur., p. 225), Choisy (Prodr., IX, p. 338), etc., une origine asiatique. La même diversité se remarque dans les ouvrages antérieurs. La question est d'autant plus difficile que les Convolvulacées sont au nombre des plantes les plus répandues dans le monde, soit depuis des époques très anciennes, soit par l'effet de transports actuels.

Ku faveur de l'origine américaine, il y a des motifs puissants. Les 15 espèces connues du genre Datatas se trouvent toutes en Amérique, savoir 11 dans cette partie du monde uniquement, et 4 à la fois dans les deux mondes, mais avec possibilité ou probabilité de transport. La culture de la batate commune est très répandue eu Amérique. Elle remonte à une époque reculée, car Marcgraff la cite pour le Drésil, sous le nom de letica (Bres.,p. 10 avec fig.). M. de Humboldt dit que le nom Camotc vient

OniGI.VK (iKOUKAf'HlQl'E DES ESPECES CULTIVÉES.

d'un mot mexicain; le mot de Batatas (d'où par transposition erronée, on a fait Potatoe, pomme de terre) est donné pour américain. Sloane (Hist. Jam., I, p. 150), Hughes (Barb., p. 228), en parlent comme d'une plante très cultivée, ayant plusieurs variétés aux Antilles. Ils ne paraissent pas soupçonner une origine étrangère. Clusius, qui l'un des premiers a parlé delà Batate, dit en avoir mangé dans le midi de l'Espagne, où l'on prétendait l'avoir reçue du nouveau monde (dus., Hist., II, p. 77). 11 indique les noms de Batatas, Camotes, Amotes, Ajes (a), qui étaient étrangers aux langues de l'ancien monde. Son livre date de 1601. M. de Humboldl (Nouv.-Esp., 1. c.) dit que d'après Gomara, Christophe Colomb, lorsqu'il parut pour la première fois devant la reine Isabelle, lui offrit divers produits du nouveau monde, entre autres, des Bâtâtes. Aussi, ajoute-t-il, la culture de celte plante était-elle déjà commune en Espagne dès le milieu du XVH siècle. Oviedo (trad. de Ramusio, vol. III, part, in), qui écrivait en 1526, avait vu la batate très cultivée par les indigènes de Saint-Domingue, et l'avait introduite lui-même à Avila, en Espagne. Rumphius (V, p. 368) dit positivement que, selon l'opinion commune, les Battatas ont été apportées par les Espagnols d'Amérique à Manille et aux Moluqucs, d'où les Portugais les ont répandues dans l'archipel indien. Il cite des noms vulgaires, qui ne sont pas malais, et qui indiquent une introduction par les Castillans. Enfin, il est certain que la Batate était inconnue aux Grecs, aux Romains et aux Arabes ; qu'elle n'était pas cultivée en Egypte, et cela môme il y a un demi-siècle (Forsk., pl. liv; Delile, ///.), ce qui ne s'expliquerait guère si l'on supposait une origine de l'ancien monde.

D'un autre côté, il y a des arguments pour une origine asiatique. Les Chinois et les Cochinchinois cultivaient la Batate, dans le siècle dernier (Lotir., Fl. Coch., I, p. 131), et peut-être depuis longtemps, car Y Encyclopédie d'agriculture en parle et mentionne diverses variétés (d'Hervey Saint-Denys, Bech. sur Vagric. des Chin., 1850, p. 109). Le nom chinois, d'après Loureiro, est Boân-xy. La culture de la Batate était répandue dans l'Inde dans le siècle dernier (Roxburgh, édit. Wall., II, p. 69). On lui attribue plusieurs noms vulgaires, et même selon Piddington (Index, p. 23), un nom sanscrit, Buktaloo, prononcez Boktalou, qui n'a d'analogie avec aucun nom à moi connu et qui n'est pas dans le Dictionnaire sanscrit de Wilson. D'après une note que m'a donnée M. Adolphe Pictet, Buktaloo semble un nom bengali composé du sanscrit Alu (Butka plus âlu), nom de l'Arum campanulatum, et qui, dans les dia-

(«) Ajes était un nom de l'igname (Humb., Som\-Esp.: T édit., vol. Il, p. 467,468].

Iecles modernes, désigne l'igname et la pomme de terre. Cependant, Wallich (Fl. Ind., 1. c.) indique plusieurs autres noms que Piddington omet. Roxburgh (édit. 1832, vol. I, p. 483) ne cite aucun nom sanscrit. Rheede (M al. y VII, p. 95) dit que la plante était cultivée au Malabar. Il cite des noms vulgaires indiens.

Les motifs sont beaucoup plus forts, ce me semble, en faveur de l'origine américaine. Si la Batate avait été connue dans l'Inde à l'époque de la langue sanscrite, elle se serait répandue au loin dans l'ancien monde, car sa propagation est aisée et son utilité évidente. Il paraît, au contraire, que les îles de la Sonde, l'Egypte, etc., sont restées étrangères pendant longtemps à cette culture.

Peut-être unexamenattentif ramènera-t-il à l'opinion de G.-F.-W. Meyer, qui distinguait (Primitiœ Fl. Esseq., p. 403) la plante asiatique des espèces américaines. Cependant, on n'a pas suivi généralement cet auteur, et je soupçonne que, s'il y a une espèce asiatique différente, ce n'est pas, comme le croit Meyer, la Batate décrite par Rumpbius, que celui-ci dit apportée d'Amérique, mais la plante indienne de Roxburgh.

On cultive en Afrique des Bâtâtes; mais, ou leur culture est rare, ou les espèces sont différentes. M. Robert Brown (Bot. Congo, p. 55) dit que le voyageur Lockhardt n'avait pas vu la Batate, dont les missionnaires portugais avaient mentionné la culture. Thonning (Pl. Guin.) ne l'indique pas. Yogel a rapporté une espèce cultivée sur la côte occidentale, qui est certainement, d'après les auteurs du Flora Nigritianayh Batatas paniculatus, Choisy. Ce serait donc une plante cultivée pour ornement, ou comme espèce officinale, car la racine en est purgative (Wall, dans Roxb., Fl. lnd.,11, p. 63).

On pourrait croire que, dans certains pays de l'ancien ou du nouveau inonde, l'Ipomœa tuberosa, L., aurait été confondu avec la Batate ; mais Sloane (Jam., I, p. 152) nous avertit que ses énormes racines ne sont pas bonnes a manger.

M. de Humboldt(.Yo«p. -£>/)., 1. c.)mentionne \e Convolvulus platanifolius, Vahl, comme cultivé en Amérique, sous le nom de Batate, avec la véritable Batate. M. Choisy (Prodr., IX, p. 380) rapporte cette espèce à Vlpomœa fastigiata, Sweet, dont le type est une plante de l'Inde, le Convolvulus fastigialus , Roxb., qui ne parait pas avoir de tubercules. Je reviendrai sur cette espèce douteuse (voy. la tab. alphab. finale). Je ne vois, d'ailleurs, aucune preuve que la plante décrite par Vahl ail une grosse racine et soit cultivée.

Une Convolvulacée a racine comestible, qui peut bien être confondue avec la Batate; mais dont les caractères botaniques sont pourtant distincts,

est Ylpomœa mammosa, Choisy (Convoi vulus mammosus, Lour. ; Buta ta mammosa, Rumph., Amb.y 1. IX, tab. 131). Cette espèce croit spontanément près d'Amboine (Rumph.), où elle est aussi cultivée. Elle est estimée en Cochinchine. M. Choisy lui rapporte, avec doute, leConvolvuïus chrysorhizusy Solander, variété de la Hatate ordinaire, selon Forster, qui est l'espèce cultivée sous le nom de Umara, Gumarra ou Gumaïla, dans les îles d'O-Taïti, à l'île de Pâques et dans la Nouvelle-Zélande septentrionale (Forst., PL esc, p. 56).

Quant à la Hatate (Batatas edulis), personne, à ma connaissance, ne dit l'avoir trouvée sauvage, ni dans l'Inde, ni en Amérique (a). Clusius (Uist., II, p. 77) prétend bien qu'elle croit « spontanée dans le nouveau monde et dans les îles voisines » ; mais il ne donne pas de preuve de son assertion.

Heiianthus tuberoaua, L. — La racine appelée Topinambour en français, Jérusalem (b) artichoke en anglais, Pataca, en espagnol (Herrera, Agric, III. p. 246), a été cultivée en Europe depuis le commencement du xvir siècle, comme venant d'Amérique. Columna, qui en a parlé un des premiers, en 1616, l'avait vue dans le jardin du cardinal Farnèse, et la nomme Aster peruanus tuberosus (Col., Ecphr., II, p. 11). Bauhin (PfWr.,p. 70), en 1619, l'appela Chrysanthemun latifolium brasilianum. Parkinson lui donna le nom de Battatas canadensis. Plusieurs auteurs de cette époque donnèrent vaguement Pépithète de indicum. Linné (H. Cliff.i p. 420) a adopté l'opinion de l'origine canadienne, qui est décidément une erreur, au moins quant au Canada proprement dit ; mais qui pourrait bien s'appliquer aux districts plus méridionaux compris autrefois, d'une manière vague, sous le nom de Canada. La plante n'a été trouvée sauvage nulle part. D'après sa manière de vivre, elle doit provenir d'une région tempérée, et, d'après tous les témoignages, d'Amérique. Je doute que ce soit du Brésil, car sur 40 espèces décrites dans le Prodromusy il n'y en a pas une seule de ce pays. L'origine péruvienne a, en sa faveur, le nom du jardin Farnèse au moment de l'introduction, et le fait qu'il existe deux ou trois Helianthus dans la chaîne des Andes (Meyen, Nov. act. Acad. nat. cur., XIX, Suppl., I; DC. , Prodr., V, p. 585).

Cependant M. dellumboldt (Nouv.-Etp., 2* édit. , vol. II, p. 473) n'a vu l'espèce cultivée dans aucune partie des colonies espagnoles, et la grande majorité des espèces du genre provient du Mexique et des États- Unis. M. de Martius {Syst. mat. med. Brasil.) n'a pas vu le Topinambour au Brésil. Je ne puis rien découvrir dans les noms vulgaires qui indique

ta) Le n" 701 de Schomburpk, Coll., I, est spontané dans la Guyane. Selon M. Choisy, c'est une variété du Batatas edults; selon M. Benlham (Hook., Journ. bot., V, p. 352), c 'est le Batatas panieulata. Mon échantillon, assez imparfait, me semble différer des deux.

ib) Par corruption de Girasol, des Italiens (Phillips, Comp. Ktich. gard., 1, p. 294.)

l'origine. MM. Torrey et Gray (Fl. N.-Amer.t II, p. 332) parlent de l'espèce comme cultivée aux États-Unis et se naturalisant quelquefois dans les haies, etc. Je ne la vois pas dans les Plantœ Fendlerianœ, de M. Gray. Elle manque à nos Icônes ined. Florœ mexicanœ, de Mocino

et Sessé.

itaphann» utNw, L. — Les radis et raiforts se trouvent quelquefois spontanés dans la région de la mer Méditerranée, par exemple en Espagne(Lag. dansDC, Sy$/.,II, p. 663), dans l'île de San Pietro,près delà Sardaigne (Moris, Fl. 5an/., I, p. 99), plus fréquemment encore en Grèce (Fraas, Syn. Fl. class.y p. 123), où l'on présume que c'est le poyavi; âyptec de Théophraste et de Dioscoride, le même nom étant appliqué dans la Grèce moderne au Raphanus sativus sauvage (Fraas, l. c). D'après Dioscoride (I. u, c. 138), la plante se nommait chez les Homains Armoracia. Le nom ancien s'est conservé en Italie sous la forme âeRamoracia (Targ., Dizz.y p. \hh). A défaut d une ancienneté démontrée, la fréquence de la plante dans ce pays, indique une origine spontanée, tandis que vers le centre et l'ouest de la région méditerranéenne, elle se serait plutôt naturalisée çà et là, par l'effet de la culture. On l'indique aussi en Crimée (Lerche, cité parLedeb., Fl. Ross.,\, p. 225) et au mont Ararat(Hehn, 16.), ce qui, du reste, concorde avec l'assertion de Pline (1. xix, c. 5), que le Raphanus appelé 5ypia par les Grecs, avait un nom particulier dans le Pont, Armon (a). D'après Dose (Dict. agric, XI, p. 39), le voyageur Olivier l'au- • rail trouvé sauvage en Perse ; mais Bosc a attribué souvent à Olivier des faits analogues, sans en être probablement bien sur. Linné (Sp., p. 935) avait eu connaissance de la variété chinoise oléifère, et il dit de l'espèce « habitat in China *. Cela ne prouve pas qu'elle y fût spontanée. Thunberg(f7. Jap.y p. 263) dit qu'au Japon : « crescit juxta vias, colitur ubi- » que. » M. Bunge ne l'a pas rencontré dans la Chine septentrionale. Roxburgh (Fl. Ind.y III, p. 126) en parle comme d'une plante cultivée dans l'Inde, à racine grosse comme la jambe d'un homme, sortant en partie de terre et ayant un nom sanscrit Mooluka. Cela ne peut guère s'appliquer au radis. Wight et Arnott (Prodr. Fl. pen., vol. I, p. 19), de même que

(a) Armon parait la source du root latin Armoracia. Gelui-ci a été transporté d'une manière fatale par les modernes au Cochlearia dit Armoracia, le Cran ou Chren des Slaves et de plusieurs dialectes allemands et français. Matthiole (édit. 1570, p. 333) avait averti déjà que l'Armoracia de» anciens n'était pas le Cran, mais Linné n'en a tenu compte, et a propagé l'erreur de quelques botauistes du xvr siècle, en établissant le nom spécifique Cochlearia Armoracia. C'est par une seconde erreur que l'on a traduit souvent en français le nom de Cochlearia Armoracia par Cran de Bretagne, tandis que : 1" l'espèce n'est pas spontanée dans ce pays, et 2 ' l'adjectif du mot Armorique serait armorwu», iea, et non Armoracia. J'ai donné, page 654, les preuves détaillées de l'origine et de la patrie du Cran, espèce de la Russie méridionale et des provinces voisines, introduite daus l'ouest.

820 OMGINK GÉOGRAPHIQl'E 1»KS ESPÈCES Cl'LTIVKES.

Loureiro (/«'/. Coch.) citent le R. sativus comme cultivé, non spontané. Il existe en Chine plusieurs races oléifères ou à racines charnues. De ces dernières, le jardin de Paris a reçu diverses lionnes qualités, qui se maintiennent. Le nombre de ces races, en Chine et en Europe, l'ancienneté probable de la culture par les Grecs et les Romains, me font soupçonner <pie l'habitation primitive était fort étendue, peut-être de la Chine à la Grèce. Une aussi grande extension ne serait pas extraordinaire pour une plante de cette famille (a).

Braaalca compestria, L. B. campestris et Râpa, \ II . : , et Br. Vnpus, L.

— Les auteurs les plus récents s'accordent assez à réunir les R. rapa et campestris (Ledeb., FL Ross.yl, p. 21(5; Rab., Man.t 2e édit., p. 2h ; Fries, Summa veg. Scand., p. 29, etc.). Quelques-uns doutent qu'on puisse distinguer le R. Napus par des caractères positifs (Rab., /. c). Quoi qu'il en soit, deux choses seulement nous intéressent et n'offrent pas d'incertitude : 1° l'ancienneté de la culture des raves, navets et de la plupart de leurs modifications ; 2° le fait qu'on en retrouve les types à l'état sauvage.

L'agriculture des Celtes et des Germains reposait en partie sur ces racines, usitées comme légume ou comme nourriture des bestiaux (Reynier, Êcon. Celt.y p. 438). Les Grecs et les Romains les cultivaient aussi, quoique d'une manière moins générale, à cause de la température plus élevée des pays qu'ils habitaient (Rillerb., FL cluss., p. 170; Fraas, Syn. FL class.y p. 122). Le grand nombre de figures et de synonymes à l'époque de la renaissance montre combien il existait de races de navets en Europe, à la fin du moyen Age (DC, Syst., Il, p. 590).

(a) J'avais rédigé cet article lorsque M. J. Gay m'a adressé la note suivante qui modifie partiellement ce que j'ai dit : « Vous pense/, que ce doit être une rave ou un radis, et probablement le Raphanus sativus, qui, suivant Fraas, croît spontanément en Grèce, où on l'appelle Rapania agria. J'ai déjà eu l'occasion de vous dire que, sui\ant moi, le Rhaphanus sativus venait de beaucoup plus loin, et peut-être de Chine. Quant au Rapania agria des Grecs modernes et à V Artnoracia des Latins, j'ai tout lieu de véhémentement soupçonner que c'est le Raphanus maritimus, Smith, lequel se promène sous divers noms depuis la mer Caspienne jusqu'à Gibraltar, d'où il suit les côtes de l'Océan jusqu'en Angleterre, à la faveur du climat tempéré qu'il y trouve en hiver. En Angleterre et en France, c'est le Raphanus sativus, Smith. En Italie, c'est le Raphanus Landra, Moretli. Sur les bords de la mer Caspienne, c'est l<> Raphanus roslratus, OC. On le cultive, même, en Provence, en Sibérie, et sans doute en beaucoup d'autres lieux, et alors c'est le Raphanùtrum Gayanum, Fisch. et Mey., Ind. sem. hort. f'elrop., fasc. *, p. 44 (dont j'ai fourni les graines aux auteurs, a\cc observations détaillées). J'ai moi-même cultivé ou vu vivantes ces quatre plantes, et je ne puis y voir qu'une seule espèce qui diffère du R. Raphanislrum par sa racine bisannuelle, devenant facilement vivace et fournissant la seconde année un navet très puissant. Cette plante diffère génériquement du Raphanus salivut, qui est d'ailleurs annuel, par son fruit articulé vers la base, et non pas d'une seule pièce. Il y a 3 espèces et 2 genres, Raphanus sativus, Raphanistrum arvense et

La patrie originaire a été regardée comme douteuse (DC, i'/>.), probablement à cause de la facilité avec laquelle ces plantes si communes se répandent hors des cultures. Depuis quelques années, une exploration plus exacte des pays septentrionaux et orientaux de l'Europe ne laisse pas de doute. De Ledebour {FI. Ross., I, p. 217) n'hésite pas à indiquer le B. rapa (auquel il réunit le B. campes tris) spontané dans toute l'étendue de la Kussieet de la Sibérie, et le B. Napus dans la Russie tempérée, l'Arménie et peut-être la Sibérie. M. Fries {Summa veg. Scand., p. 29) admet ces deux espèces dans la péninsule Scandinave, comme plantes spontanées, la première partout, la seconde dans le midi. L'habitation s'élendant de la mer Baltique au Caucase, il n'est pas surprenant que les peuples du centre et du sud-est de l'Europe aient essayé la culture de ces espèces, depuis une époque reculée, peut-être sans communication les uns avec les autres.

DaarDM carotta, i . — La carotte était peu cultivée chez les Grecs et les Rdmains (Cffisalp., I. vu, c. 21 ; Billerb., FI. class., p. 07; Fraas, Syn., p. 140), mais à mesure que l'agriculture s'est perfectionnée, elle a pris une place plus importante. Du temps d'Olivier de Serres, on cultivait déjà les deux variétés jaune et blanche. Je me borne à faire remarquer combien la plante spontanée est commune en Europe, et combien peu elle a varié par la culture. On sait, par les expériences de M. Vilmorin, que la carotte sauvage semée en bon terrain devient semblable à la carotte cultivée, au bout de quelques générations, et que, inversement, la carotte cultivée devient sauvage par quelques générations en mauvais terrain.

Paatlnaea saliva, L (Panais).

< ampanula Rapnm • s (Raiponce).

La culture de ces deux racines a beaucoup diminué depuis l'introduction de la pomme de terre. Le panais était cultivé quelquefois eu grand ; la raiponce, plutôt comme légume, dans les jardins; mais on peut voir dans Olivier de Serres (édit. 1629, p. 471) combien on en faisait cas il y a deux siècles. Je mentionne ici ces espèces pour constater qu'elles croissent spontanément dans une grande partie de l'Europe, et qu'une culture assidue pendant plusieurs siècles ne les avait pas altérées sensiblement.

Arra«*acha rwrnirntu, HnncToft. — Celle Ombellifère est cultivée assez en grand, pour la nourriture de l'homme, dans la Nouvelle-Grenade. On connaît encore trop peu la région d'où elle est probablement originaire pour savoir si elle se trouve sauvage et jusqu'à quel point elle a été modifiée par la culture.

Je ne dis rien des Tacca plnnatlllda, L., Drararna terminal!», et Drarontinm poijphjiiam. i... dont les racines servent à la nourriture

des indigènes dans les îles de la mer Pacifique. Ce sont des plantes moins cultivées que spontanées, et qui ne sont guère répandues hors de leur pays d'origine.

i AUlum Ccpa, L. — L'oignon est une des espèces le plus anciennement cultivées. Son habitation primitive est inconnue, d'après Kunth (Enum., IV, p. 394). Voyons s'il est possible de la découvrir au moyen des faits actuellement constatés. Les Grecs modernes appellent x^^it l'Allium Cepa, qu'ils cultivent beaucoup (Fraas, Syn. FL class., p. 291). C'est une bonne raison pour croire que le x;oUUUOV de Théophraste(£/i'jf., 1. vu, c. A) est la même espèce, comme les auteurs du xvi* siècle le pensaient déjà (J. Bauh., Mit., II, p. 548). Pline (1. xix, c. 6) traduisait ce mot par Cœpa. Les anciens en connaissaient plusieurs variétés, qu'ils distinguaient par des noms de pays: Cyprium, Cretense, Samothracia\ etc. On en cultivait une en Egypte (Pline, /. c), si excellente, qu'elle recevait des hommages, comme une divinité, au grand amusement des Romains (Juven., Sat., xv). Les Égyptiens modernes désignent l'A. Cepa sous le nom de Basai (Forsk., p. lxv) ou Bussul (Ainslies, Mat. med. ïnd., I, p. 269), d'où il est probable que le Betsalim ou Bezalim des Hébreux est bien la même espèce, comme le disent les commentateurs (Hiller, Hieroph., II, p. 36; Rosenmfiller, Uandb. bibl. Alterk., IV, p. 96). Il y a des noms sanscrits tout à fait différents : Palandu, Latarka, Sukandaka (Piddingt., Index; Ainslies, /. c), et une foule de noms indiens modernes. L'espèce est généralement cultivée dans l'Inde, en Cochinchine et en Chine (Roxb., Fl. Ind., II;Lour., Fl. Coch., p. 249), môme au Japon (Thunb., Fl., p. 132). Ainsi la culture remonte, dans l'Asie méridionale et dans la région orientale de la mer Méditerranée, à une époque partout très reculée ; de plus, les noms chinois, sanscrits, hébreux, grecs et latins n'ont pas de connexité apparente. De ce dernier fait, on peut déduire l'hypothèse que la culture aurait été imaginée après la séparation des peuples indo-européens, l'espèce se trouvant à leur portée dans divers pays à la fois. Ce n'est pourtant pas l'état actuel des choses, car on trouve à peine des indices vagues de la qualité spontanée de l'A. Cepa. Je n'en ai point découvert dans les Flores européennes ou du Caucase ; mais Hasselquist a dit (Voy. and trav., p. 279) : c II croit dans les plaines près de la mer, aux environs de Jéricho. » Le docteur Wallich a inséré dans sa Liste de plantes indiennes, n* 5072, des échantillons qu'il indique avec des localités du Bengale, sans dire qu'ils fussent cultivés. Cette indication, peu suffisante, j'en conviens, unie à l'ancienneté des noms sanscrits et hébreux et aux communications qui existaient entre les peuples de l'Inde et les Égyptiens, me fait présumer que l'habitation était dans une vaste étendue de l'Asie occidentale, peut-

ORIGINE DES ESPÈCES LE PLl'S GENERALEMENT CULTIVÉES. 829

Mre de la Palestine à l'Inde. Des espèces voisines, prises quelquefois pour le Cepa, existent en Sibérie (Ledeb., FL Wom., IV, p. 1f9).

M. deHumboldt (Nouv.-Esp.> 2'édit., vol. II, p. 476) dit que les Américains connaissaient de tout temps les oignons, en mexicain Xonacatl. c Cortès, dit-il, en parlant des comestibles qui se vendaient sur le marché de l'ancien Tenochtitlan, cite des oignons, des poireaux et de l'ail. » Je ne puis croire cependant que ces divers noms s'appliquent à nos espèces cultivées en Europe. Sloane, danslexvn* siècle, n'avait vu qu'un seul Allium cultivé a la Jamaïque (A. Cepa), et c'était dans un jardin, avec d'autres légumes d'Europe (Jam., I, p. lxxv). Le mot Xonacatl n'est pas dans Hernandez, et J. Acosta (Hiêt. Ind., trad. fr., p. 165) dit expressément que les oignons et les aulx du Pérou sont originaires d'Europe. Les espèces du genre Allium sont rares en Amérique.

Allium ascalonicum y L. — Le nom vient de la ville d'Ascalon en Judée, et il s'est conservé sous le nom moderne échalote. Théophraste a parlé d'un Ca?pa, ou xpôppuov, sous le nom de ànaXùvw jçépfMM», et Pline sous celui de Ascalonia (II. ce). La traduction et les expressions des auteurs anciens ont conservé cette désignation pour l'échalote, sans que l'on fût peut-être bien certain de l'identité. D'après Roxburgh (FL Ind., édit. 1832, vol. II, p. 142), on cultive beaucoup l'Allium ascalonicum, L. dans l'Inde. On lui attribue le nom sanscrit de Pulandoo (prononcez Poulandou), mot presque identique avec Palandu, attribué à l'Allium Cepa (Piddington, Index). Évidemment la distinction entre ces deux espèces n'est pas claire dans les ouvrages indiens ou anglo-iiidiens.

Loureiro dit avoir vu l'Allium ascalonicum cultivé en Cochinchine (FL, p. 251), mais il ne cite pas la Chine, et Thunberg n'indique pas cette espèce au Japon. Ainsi, vers la région orientale de l'Asie, la culture n'est pas générale. Ce fait et le doute sur le nom sanscrit me font croire qu'elle n'est pas ancienne dans toute l'Asie méridionale. Malgré le nom de l'espèce, je ne suis pas persuadé qu'elle existât non plus dans l'Asie occidentale. Rauwolf, Forskal et Delile ne l'indiquent pas en Syrie, en Arabie et en Egypte. Linné (Sp., p. 429), cite Hasselquist comme ayant trouvé l'espèce en Palestine. Malheureusement il ne donne pas de détails sur la localité ni sur la condition de spontanéité. Dans les voyages de Hasselquist (Koy. and frat?., 1766, p. 281, 282), je vois un Cepa monlana croissant au mont Thabor et sur une montagne voisine ; mais rien ne prouve que ce soit l'espèce. Dans son article sur les oignons et aulx des Hébreux (p. 290), il ne mentionne que l'Allium Cepa, puis les Porrum et sativum. Sibthorp ne l'a pas trouvé en Grèce (Prodr.), et M. Fraas ne l'indique pas comme cultivé actuellement dans ce pays (Syn. FL clast., p. 291).

830 ORIGINE f.KOGRÀPHIÛUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.

D'après Koch (Syn. FL Germ., 2* Mit., p. 833), il s'est naturalisé dans les vignes près de Fiume. Toutefois M. de Yisiani (FL Daim., p. 138) n'en parle que comme cultivé en Dalmatie.

D'après l'ensemble des faits, je suis amené à l'idée que l'Ai Hum ascalonicum n'est pas une espèce. Il sullit, pour concevoir des doutes sur son existence primitive, devoir que : 1° Théophraste et les anciens en général en ont parlé comme d'un état de l'Allium Cepa, ayant même importance que les variétés cultivées en Crète, en Thrace et ailleurs; 2° on ne peut pas prouver qu'il existe à l'état sauvage; 3° on le cultive peu ou point dans les pays où l'on présume qu'il a pris naissance, comme la Syrie, l'Egypte, la Grèce; 4° il est ordinairement sans fleurs, d'où venait le nom Cepa sterilis, donné par C. Baubin, et la multiplicité des caïeux se lie tout naturellement à ce fait ; 5* lorsqu'il fleurit, les organes de la fleur sont semblables à ceux du Cepa, ou du moins on n'a pas découvert de différence jusqu'à présent, et d'après Kocb (Syn, Fl. Germ.), la seule différence d'avec l'Allium Cepa est d'avoir la bampe et les feuilles moins renflées, quoique listuleuses.

a n h»» MiWam, L. — Linné, dans son Species (p. 425), indique la Sicile comme la patrie de l'ail commun, mais dans son H or (us Cliffortianus, ordinairement plus exact, il ne donne pas d'origine. Le Synopsis Florœ Siculœ de M. Gussone et le Flora Italica de M. Bertoloni n'en parlent pas. De Candolle (FL /'V., III, p. 219) regardait comme spontané et comme type de l'espèce un Allium à bulbe simple trouvé sur le bord de la mer, près des îles d'Hyères, dont parle Gérard dans sa Flore de Provence. Mais MM. Hoberl (Cal. Fl. Toulon) et Castagne (Calai, de Marseille) ne mentionnent point cette plante ni aucun Allium sativum spontané. D'ailleurs une espèce aussi robuste, aussi généralement cultivée, se trouverait probablement dans une foule de localités de la région méditerranéenne si elle en était originaire, tandis que les Flores d'Algérie (Desf., Munby), d'Espagne (Boiss., Voy.; Colmeiro, Catal. pl. Calai, et de Castille), d'Italie (Berlol.), de Dalmatie (Vis.), de Grèce (Margot et Beut.; Sibth. et Sm.; Fraas, Syn. Fl. class.), ne l'indiquent pas comme spontanée. M. Fraas dit seulement qu'elle se naturalise en Grèce par l'effet des cultures. Je ne vois non plus aucune preuve que l'ail soit spontané en Egypte, comme le dit Kunth (Fnum., IV, p. 381). Le seul auteur qui l'indique sauvage est Ledebour (FL Alt., II, p. 4, et FL Ross, IV, p. 162) : c In australioribus deserti Soongoro-Kirghisici, » d'après des bulbes rapportées de ce pays et cultivées au jardin de Dorpat. Les Flores du Caucase (Bieb., C. A. Mey., Hohen.) n'en parlent pas, non plus que celles de l'Inde et P ^numération des plantes de la Chine septentrionale de M. Bunge

Voyons s'il est vraisemblable historiquement que l'ail soit originaire du centre de l'Asie.

Un pense que c'était le ïxopo&v de Théophrastfl et de Dioscoride et PA1lium de Pline. Le nom moderne grec ix^or/ (Fraas, Syn.> p. 290) le confirme, à défaut de bonnes descriptions chez les anciens. Les Hébreux cultivaient probablement l'ail sous le nom de Schum (Hiller, Hieroph., II, p. 3(3), Schumim (KoseninûUer, Uandb. 6/6/. Allerth., IV, p. 96), qui n'est pas éloigné du nom grec ni du nom arabe Thum (Ebn Baithar, libers, v. Sonthcîmer, I, p. 230), ou ToumTum (Delile ; Forsk, p. Lxv),etqui semble avoir môme racine que le nom sanscrit Mahonshudha (Boxb., Fl. /«</., 2" édit., p. 1/|2). De ce dernier découlent divers noms indiens modernes Luschoun , Hushoun, etc. (Pidd., Index). Les Basques ont un nom qui parait asiatique, Jiaratchouria (Morilzi, Dict. noms vulg. inéd.). On voit que plusieurs langues asiatico-européennes semblent avoir reçu le nom de l'ail «l'une origine commune, très ancienne, asiatique. La culture de l'espèce est aussi très répandue en Asie jusqu'en Chine (Lour., FL CocA.), mais Thunberg ne l'indique pas au Japon ; l'ensemble de ces documents concorde assez bien avec la présence signalée dans le désert Soongoro-Kirghisien , car les races indo-européennes sont parties d'une région qui en est peu éloignée.

Il resterait à savoir jusqu'à quel degré l'Alllnm Keorodopronum, L. (Allium Ophioscordon, Don), appelé Rocamboh en français, est différent de l'Alliuin sativum. De Candolle (FL /Y., III, p. 220), koeh (Syn.y 2r édit., p. 830) et d'autres, soupçonnent qu'il en est une variété. Spontané dans les îles de l'archipel grec (Siblh.; Fraas, Syn. FL class.), il l'est probablement ailleurs dans la région méditerranéenne. Je ne puis dans ce moment me livrer au travail monographique nécessaire pour vider cette question.

Bctn vaisarU, Rfoq. — Le type des bettes , cardes et betteraves se trouve, avec une racine fusiforme, peu volumineuse, dans les terrains sablonneux, aux Canaries, autour de la mer Méditerranée, en Perse (Moq., dans Prodr., XIII, part, u, p. 5.')), et jusque dans la partie de l'inde qui en est voisine (Jacquem., th.). Dans l'Inde proprement dite, elle est cultivée pour les feuilles*, mais non pour les racines, et elle n'a pas de nom sanscrit (Boxb., Fl. Ind., II, p. 50). Les Grecs, et surtout les Bomains, faisaient un grand usage des feuilles de Bette. Ils en distinguaient deux variétés, rouge et blanche (Cœsatp., IV, c. 22; Fraas, Syn. Fl. class., p. 233). Depuis cette époque, les races devinrent beaucoup plus nombreuses. C. Bauhin énumère la plupart de celles qu'on cultive aujourd'hui, en particulier les Betteraves à racines grosses et rouges. Olivier de Serres

(Mil. 1629, p. A70) décrit aussi fort bien la Betterave rouge qu'on cultive aujourd'hui en grand pour les bestiaux; il en parle comme d'un légume introduit récemment d'Italie en France. Si, comme le pense M. Moquin, tontes les bettes, cardes et betteraves proviennent d'une seule espèce, la culture aurait fait varier beaucoup cette espèce ; mais on peut conserver des doutes sur l'identité spécifique. Toutefois, si la Betterave, par exemple, est une espèce distincte, elle ne pourrait être originaire que du midi de l'Europe ou de régions très voisines qui sont bien explorées, et dans lesquelles on ne l'a jamais trouvée I l'étal sauvage ; par conséquent, la dérivation d'un autre état spécifique est plus probable. — Les transitions nombreuses de couleur et de forme sont en faveur de l'espèce unique, .l'ajouterai que la Betterave est une des plantes les plus flexibles , une de relies où les modifications deviennent le plus vite héréditaires, d'après des expériences dont M. L. Vilmorin a bien voulu m'entretenir.

Hubia tin<-< or uni. L — Les botanistes ne sont pas d'accord sur lalimite de l'espèce et sur le nombre des espèces du genre Rubia en général, mais il n'est pas douteux que la Garance cultivée ne soit sauvage en îtalie (Bert., PL /f., Il, p. 146), en Grèce (Decaisne, Reck. Garance, p. 58), sans parler de quelques pays voisins, de l'Orient et du midi de l'Europe, où elle peut avoir été introduite et où l'espèce n'a pas toujours été vérifiée suffisamment au point de vue botanique. L'identité de la plante cultivée et de la plante spontanée est intéressante parce que la culture de la Garance est déjà ancienne. Les Romains la pratiquaient (Pline, 1. xix, c. 3). Reynier {Econ. Celt., p. 318) pensait que le nom de Varantia, de la ba>se latinité, employé dans les Capitulaires, nom différent du nom latin Rubia, montre une ancienne culture chez les Gaulois. Il est possible cependant que l'usage fût de chercher les racines de la plante spontanée. La Garance est mentionnée assez souvent dans les actes français du moyen âge (de Gasparin, Traité d'agric, IV, p. 253), ce qui confirme l'idée d'une culture ancienne dans le pays. Plus tard elle y fut pour ainsi dire abandonnée, jusqu'à l'époque où Althen l'introduisit de nouveau dans le comté d'Avignon, au milieu du Xyiii* siècle, Elle avait fleuri davantage en Hollande, en Allemagne, et surtout dans la Grèce, l'Asie Mineure et la Syrie, d'où l'exportation était considérable. Le Rubia tinctorum n'est pas connfl dans l'Inde. Les noms sanscrits Vikusa, Arouna et Urouna, qui, par parenthèse, ont un certain air d'affinité avec les noms Varantia et Garance, s'appliquent au Rubia Munjistha, Roxb., espèce spontanée, non cultivée, du nord de l'Inde;

B. Plantes cultivées pour leurs tiges.

rnnnahu «ui»i, i — La culture du Chanvre est ancienne dans l'Inde, surtout dans les provinces septentrionales, suit comme plante textile, soit pour les propriétés exhilarantes des feuilles, fleurs et graines. Le* noms sanscrits étaient Bunga et Ganjika (Hoxb., #7. //«/., 2r édil., III, p. 772), Bhanga et Gunjika (Piddington, Index). La racine de ces noms ang, hang ou an, se retrouve dans toutes les langues asialicoeuropéennes; Bang en hindou et en persan (Hoxb., /. c), Ganya en bengali (id., i7>.), Kanab dans la langue des Celtes (Heynier, Econ. 6>//., p. 448) el en breton (Legon, Die t.), Cannabis en grec et en latin, llanf en allemand, Ilempen anglais, Chanvre en français, Cannab en «râla» (a).

La culture du Chanvre exislait chez les nations celtiques (Reynier, /. c), qui avaient tiré de Kanab le mot ramisia, chemise. Les Scythes, d'après Hérodote, les Grecs el les Romains cultivaient le chanvre. Au contraire, les Hébreux et les anciens Egyptiens ne le connaissaient pas, car on n'en découvre aucune trace dans les livres sacrés (RosenmûUer, Ilandb. bibl. Alterth.y IV), ni dans le* enveloppes de momies (l)utrochet, Comptes rend. Acad. se, 1837, 1er sein., p. 741). Encore, à la fin du siècle dernier, on ne cultivait le Chanvre en Egypte que pour le hachich, préparation enivrante (Forsk., Delile). Le recueil des lois judaïques, intitulé Michna, fait sous la domination romaine, parle du Chanvre, mais en expliquant setpropriétés textiles, comme une chose peu connue (Ueynier, Econ. des Arab.y p. 434).

Le Chanvre est spontané dans le nord de l'Inde (Hoxb., /. r.) el en Sibérie (Ledeb., IL Ross., III, p. 034). Bieberslein (/•'/., I, p. 4H»i, Huhenacker (Pl. Talysch, p. 31), C.-A. Meyer (Ver 3., p. 45), l'indiquent aussi au midi du Caucase, mais dans les décombres, autour des villages. M. Hungc l'a trouvé au nord de la Chine dans les mêmes localités. L'origine sanscrite des noms et le témoignage des botanistes concordent à établir que le pays primitif est l'Asie tempérée, probablement vers la nier Caspienne, et qu'une culture fréquente, répandue de tous côtés* naturalise quelquefois l'espèce dans le voisinage des habitations.

Mnum u*untii«,imum. tim — Les momies des anciens Égyptiens sont enveloppées d'étoiles de lin, et les peintures des Catacombes ne laissent pas île doute sur la culture de cette plante en Égypte dès une époque extré-

\a) Ayant vu le nom arabe érril «le différentes maniïtcx, j'avais coiimiM feu mon n>l- I<-guc J. Huinberl, professeur d'arabe, qui m'a indiqué Kan-nab, comme Je plus r.paiulu, el aussi Kon-nab, Han-nab> Ken-nab, Knnt&r, nuivanl les localité*.

moment reculée (Reynier, Econ. Egypt., p. 345; Dutrochet, Larreyet Costaz, Comptes rend. Acad. av., Paris, 1837, \ " sem., p. 739). Les Juifs (Reynier, Écon. des Arab., p. 433) cultivaient le Lin. Ils en tiraient aussi d'Egypte. Les noms Linon, Linum, sont grecs et latins. [N'ayant aucune ressemblance avec le nom chaldéen Chisma, le nom hébreu Pischta, ni avec les noms sanscrits (orthographiés en lettres latines), Ouma, Matousi, Atasi (Piddington, /m/., p. 52), fW(Hoxb., FI. Ind., 2« édit., H, p. 110), ni enfin avec les noms arabes Kattanc, Ketlane ou Kit" lane (a), il me semble que la culture du lin était originaire, ou du moins avait eu une origine distincte en Europe ou dans l'Asie Mineure. Les Égyptiens n'ont pas pu la recevoir de l'Inde; car, dans ce dernier pays, on ne cultive le lin, aujourd'hui encore, que pour faire de l'huile avec les graines (Roxb., /. c; lloyle, lll. Him., p. 82). Les Germains elles Celtes cultivaient le lin pour tissus (Reynier, Econ. Celt. , p. 451), et selon deTheïs (filon. Bot., p. 270), le mot celte Llin, signifiait/?/, et était l'origine des mots Lin en français, Linen en anglo-saxon, Lcin en allemand, Linon des Grecs, et Linum des Latins. Je vois aussi dans Rauhin (I/ist.. III, p. 451), que les Bohèmes disaient Lcn. Lue étymologie qui fait sortir la culture du lin de l'Europe tempérée, me plaît, parce que cette culture y réussit mieux que dans le midi. D'un autre côté, il faut reconnaître que les Allemands et les Anglais emploient plutôt les mots Flachs et Flux (h), qui n'ont aucun rapport avec lin. D'ailleurs, à une époque si reculée, où les forêts du centre de l'Europe n'avaient que de rares habitants, et aucune communication avec l'Egypte, comment serait-il arrivé que les Egyptiens eussent cultivé la même plante originaire de nos contrées?

La patrie du Linum usitatissimum était considérée naguère comme inconnue (Nouv. Dict. d'hist. nat., efc). M. IManehon, dans sa monographie récente des Linées (London Joum. of Bot., 1848, p. 165), se borne à dire : «r V erosimiliter ex Oriente ortum. » Ledebour (Fl. Ross., I, p. 425), l'indique comme quasi spontané dans la Russie centrale; puis il ajoute des localités du désert de la mer Caspienne et de la Sibérie occidentale, où la culture, assurément, est peu répandue. M. Hohenacker (Pl. Tahjsch, p*. 168), indique le Lin au midi du Caucase, près de Lenkoran, quasi spontané. La facilité avec: laquelle une plante aussi souvent cultivée

(a) V-cs noms m'ont été donné? par M. J. Humbort, professeur d'arabe, comme les plus habituels et probablement, d'après divers orientalistes, comme d'origine persane. Lis docteur tloylc indique le nom Kutan (prononcez À'onlan) comn»; persan (lloyle, Him., p. K2), et Akshoot (prononcez Akchoul) comme arabe. Il est singulier que le nom Kutan ou un nom analogue, soit presque celui du colon dans les langues arabiques. Est-ce une transposition , ou une confusion fondée sur un emploi semblable î

(h) Ce terme c>\ aussi dans les langues slaves.

peut s'échapper dans la campagne, et la confusion assez fréquente avec le Linum angustifolium, Huds., et surtout avec le Linum humilc, Miller («), me font accepter avec réserve les indications des auteurs. L'étymologie multiple des noms, l'ancienneté de la culture en Egypte, en Europe et dans le nord de l'Inde à la fois, la circonstance que, dans ce dernier pays, on cultive le lin seulement pour faire de l'huile avec les graines, me font croire que deux ou trois espèces d'origine différente, confondues sous le nom de Linum usitatissimum par la plupart des auteurs, ont été cultivées jadis dans divers pays, sans imitation ou communication de l'un à l'autre. Les progrès de la civilisation ont pu amener des transports de graines et «les mélanges, comme celui îles Linum usitatissimum et humile, en Europe. Je doute, en particulier, que l'espèce cultivée par les anciens Égyptiens fût l'espèce indigène en Russie et en Sibérie, qui réussit surtout dans les climats un peu froids. On cultive aujourd'hui en Ahyssinie, sous les noms de Tclba et Enlalieh, un lin que M. A. Richard nomme Linum usitatissimum (Tent. Fl. Abyss.,\, p. 51), et qui mériterait un examen attentif, la monographie de M. Planchon sous les yeux. Ce pourrait bien être le type du Lin cultivé dans l'ancienne Egypte, quoique les Abyssins d'aujourd'hui ne le cultivent ni pour les lils, ni pour l'huile, mais pour manger les graines torréliées.

Au surplus, la région où se trouve le Lin sauvage, le midi du Caucase, a été le point «le départ des peuples primitifs indo-européens. On peut croire qu'ils auraient emporté celte plante avec eux, dans toutes les directions. Ce qui rend cette hypothèse moins probable que l'autre, c'est la diversité des noms en sanscrit, en hébreu et dans les langues anciennes de l'Europe, ainsi mie la diversité des usages du lin selon les pays. Le chanvre est sorti de la même région, et il a conservé des noms indo-européens qui prouvent une origine unique; bien plus, il était inconnu aux Hébreux et anciens Egyptiens. Si ces peuples avaient reçu le Lin du nord, pourquoi n'auraient-ils pas obtenu le chanvre également?

Agave nmrrirann, l. — L'Agave mcxicana est cultivé depuis un temps immémorial au Mexique, sous les noms de Maguey et Melly pour en extraire le vin dit put que, au moment où la hampe florale commence à se former. M. de Humboldt a décrit très clairement cette culture (Nouv.- Ksp., 'Ie édit., Il, p. AS7); mais il ne nous dit pas s'il a vu l'espèce toutà fait spontanée au Mexique ou dans l'Amérique méridionale. Elle est si fréquemment plantée dans ces régions pour haies, ou pour en fabriquer le (il

(a) D'après M. Plant lion, le L humilc se distingue «lu usitatissimum par une capsuif notablement plus longue que le. calice, et à valves ciliées. || trouve mélange daru les champs de lin ordinaire. Sa patrie est inconnue.

830 omoiNR r.tfOGRAPHiorF pes espèces CrXTIVRES.

de pite, indépendamment du sue employé au Mexique seulement ; elle se multiplie si abondamment par des drageons, en particulier dans les localités arides, que la qualité de plante spontanée doit être difficile a constater. Nous restons ainsi dans le doute sur son état primitif et sur son origine géographique précise, évidemment, ce doit Otre l'Amérique, et très probablement le Mexique, d'après l'ancienneté do la culture dans ce pays et l'absence de communications dans les temps reculés entre l'Amérique méridionale et l'Amérique septentrionale (Humb., /. c, p. 460).

ftorrharam ofllclnarum, I N vlolaccum, Tas», et S. alnenae, Roxh

— Kunlb {Enum., I, p. 474) admet ces trois espèces dans les Cannes à sucre cultivées. Il distingue dans l'espèce ordinaire (S. offirtnarum), quatre variétés, entre autres celles d'OTaïti. Roxburgh (F/. Ind., 2* édit., I, p. 538) décrit les Saccharum oflicinarum et Saccharum sinense, cultivés de son temps en Asie. Il y aurait sans doute de l'intérêt ft rechercher, au point de vue botanique, jusqu'à quel degré ces espèces sont distinctes. Sous le rapport de la botanique géographique, la question est assez inutile, car toutes les espèces ou variétés cultivées sont originaires de l'Asie méridionale, et aucune n'a été trouvée A l'état sauvage. Ceci résulte du silence des botanistes modernes. L'assertion de quelques auteurs anciens (Piso, Bras,, p. 4P), qui disaient la Canne originaire des îles Canaries, et celle de Walkenaer (Cosmog., p. 496), qui la disait du Maroc, ne sont que des erreurs. L'ancienneté de la culture dans l'Asie méridionale indique l'origine, et doit ramener notre attention sur cette partie du monde.

La culture de la Canne à sucre est très ancienne en Chine. La plante, envoyée de ce pays à Roxburgh, en 1796, et qui fut introduite au jardin de Calcutta, comme l'espèce ou variété cultivée par les Chinois, était le Saccharum sinense, Hoxb. Les cannes cultivées dans l'Inde de toute antiquité étant différentes de celle-ci, on peut croire que la Chine et l'Inde avaient deux espèces primitivement spontanées et distinctes, et que l'idée de les cultiver est venue séparément dans les deux pays. Les noms sanscrits du Saccharum oflicinarum sont Ikshoo et Rusala, pour les variétés claires; Poondra et Kanguruka, pour les variétés" rouges, d'après Itoxburgh. Aucun de ces noms orthographiés en français (Ikckou, Poundra) ne ressemble aux mots de nos langues occidentales. On trouve l'origine des noms arabe, Sukkar (Delile, Fl. .Eg. M.), grec, Saccharon, et de tous les noms européens Eucker, Sucre, etc., dans le sanscrit, Sarkura (Royle, ///., p. 426), qui est bien un nom ancien, écrit plus souvent Cdrkarâ ou Cârka, d'après ce que m'a dit M. Ad. Pictet. Ce nom se retrouve dans Cherukoo (prononcez Cheroukou), en langue telinga (Roxb.,/. c), Sakkara en langue tamool (Royle, fit. Him., p. 426), Jaggeryen hin-

liustani moderne (Royle, iè.). La culture de la Canne à sucre ne parait pas très ancienne dans les lies de l'archipel indien, d'après le petit nombre des noms vulgaires de variétés (Humph., Amb.t V) et l'origine indienne de ces noms (Crawfurd, cité dans Marshall, Mem. Wern.Soc, Edinb., Y, part, i, p. 133).

Les livres hébreux ne parlent pas du sucre (Rosenmûller, Handb. bibl. Allerth., IV), d'où l'on peut inférer que ce produit n'était pas connu à Babylone. Plus tard, les Grecs et les Romains eurent connaissance de la Canne à sucre (Arundo indica), comme cultivée dans l'Inde, et même en Arabie. On avait élevé des doutes à cet égard ; mais les recherches complètes de MM. Fhilipps (Cuit. veg., 2" édit., II, p. 233) et Fingerhut [Flora, 1839, II, p. 529), ont confirmé que, sous le nom de Saccharon, lesanciens entendaient bien la Canne ù sucre, et non une espèce de bambou. Les Arabes se sont mis, pendant le moyen âge, à cultiver la canne de plus en plus, et l'ont introduite en Egypte, puis en Sicile et dans le midi de l'Espagne (a), où la culture en a été florissante, jusqu'à ce que l'abondance du sucre des colonies y fit renoncer. Dom Henri transporta, en 1420, la Canne à sucre de Sicile à Madère, d'où elle fut portée aux tles Canaries en 1503 (Buch, Canar. Ins.). De ce point, elle fut introduite au Brésil, dans le commencement du xvi* siècle (Piso, Bras., p. 49); elle a été portée à Saint-Domingue vers Tannée 1520 (Humb., Nouv.-Esp. , 2* édit., III, p. 3/|), et peu après au Mexique; à la Guadeloupe, vers 1044 (Not. itat. col. franç., I, p. 207); a la Martinique, vers 1650 (<6t> p. 29). Elle fut portée à Bourbon dès l'origine de la colonie (jVo/iV. stat. col. franç,, II, p. 83).

La variété dite A'O'Taïti, dans les colonies françaises, de Bourbon dans le* Antilles anglaises Macfadyen, dans Hook., Mise, I, p. 101 ; Mayc, FI. Barbad., p. 50), a été répandue en Amérique, comme plus productive, dès la fin du siècle dernier. Ses noms indiquent d'où on la croyait originaire. Il ne faudrait pas admettre, cependant, qu'elle fût spontanée à O'Taïti, comme certains auteurs l'ont supposé. Forster (Pl. esc, p. 77) dit positivement que la canne cultivée dans cet archipel n'y est pas à l'état sauvage.

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