C. Plantes cultivées pour leurs feuilles
1° Comme fourrages.
Il est assez inutile de prouver que les Graminées qui constituent certaines de nos prairies artificielles se trouvent toutes dans un état véritablement
(a) Voyez le calendrier rural de Harib, écrit dans le \* siAole, pour l'Espagne, traduit par M. Dureau de la Malle, dans sa Climatologie de l'Italie et de l'Andalousie, p. 71.
spontané et reconnaissable. On dira peut-être que les caractères n'ont pas changé par la culture, parce que celle-ci est peu ancienne. lien résulte cependant le fait curieux et important à noter, que beaucoup de Graminées ne varient pas pendant la première période de la culture. Nous verrons que les Trilicum, Hordeum, Avenu, etc., ont peu varié depuis trois ou quatre mille ans qu'on les cultive en vue des «naines; et s'ils se sont comportés, à l'origine de la culture, comme les graminées-fourrages, il en résulterait qu'à une époque excessivement reculée, ces espèces ont été probablement ce qu'elles sont aujourd'hui.
Les seules plantes en dehors do cette famille qu'on cultive depuis plusieurs siècles pour fourrages, sont des Légumineuses. Klles se retrouvent toutes spontanées, comme on va le voir.
nediea*o «ativa, t. — La Luzerne était connue des Grecs et des Romains, qui l'appelaient Mulot*, Herba medica, Medica, parce qu'ils la regardaient comme apportée de liédie (Plin., 1. xvm, c. 10; Link, Urtc; Hillerb., Fl. class., p. 197; Fraas, Syn. Fl. class., p. 63). Les Romains la cultivaient fréquemment, d'après Yarron, Virgile, etc. Les habitants de la Grèce la cultivent très rarement aujourd'hui, quoi qu'en dise Sibthorp (Fraas, /. c). Du temps d'Olivier de Serres, on la cultivait principalement en Espagne et dans le midi de la France (77». d'agr., édit. 1029, p. 238). On l'appelait Sainfoin ou Luzerne. Le premier de ces noms est resté dans quelques localités, par exemple, à Genève; niais il s'applique ordinairement a l'Onobrychis saliva. Le second venait, dit-on, de la vallée de Lucema , en Piémont ; cependant les Italiens appellent l'espèce Medica, ou Erba spagna ,xcedranyola, Fienod'Ungheria, foin de Hongrie (Targ. Tozz., Diz. Bot.). Le nom espagnol Alfa fa, d'origine arabe, prouve que les Maures n'avaient pas négligé cette plante précieuse. Les Espagnols l'appellent également Mielga ou Melga (de Medica?). Ils avaient aussi un vieux nom Eruaye, cité par J. Bauhin (Hist., II, p. 381), et les Catalans disent Userdas (Colm., Cal.), d'où vient peut-être le nom patois du midi de la France, Laouzerdo* et le nom français Luzerne, puisque la culture s'était conservée en Espagne plutôt qu'en Italie. L'espèce n'a pas de nom sanscrit, quoiqu'elle existe au nord de l'Himalaya. Elle se trouve, avec les apparences d'une plante spontanée, indigène, dans toute la Sibérie (Ledeb., Fl. Ross., 1, p. 524), dans le Cachemir (Royle, ///. Mm., p. 192-197), la région du Caucase (Bieb., FL, H, p. 224), le midi de la Russie (Ledeb., /. c). En Allemagne (Koch, Syn., 2' édit., p. 175), en Suisse, en France, et surtout en Espagne (Boiss., Voy., Il, p. 104), elle est spontanée; mais l'abondance et l'ancienneté des prairies artificielles ne permettent pas de savoir jusqu'à
quel point la plante est aborigène. Elle paraît plus rare en Italie, en Sar-* daigne (Moris, FL, I, p. 437), en Algérie (Munby, FL Àlg., p. 84), en Grèce, quoique dans ces pays la culture ensuit très productive, au moins dans les endroits arrosés. M. Gussone (Syn. FL Sic.) ne l'indique pas, même comme plante spontanée ou naturalisée en Sicile. Ainsi, contrairement à l'opinion commune que la Luzerne est une plante d'Espagne et du midi de la France (Linn., Sp., p. 1096), je la crois originaire de l'Asie tempérée et des provinces au sud-est de la Russie, introduite «le l'Orient en Grèce, comme le disaient les anciens ; et, enfin, naturalisée dans le midi de l'Europe et jusqu'en Algérie, par reflet d'une culture fréquente et de vieille date.
Trtfoiiwn pratea«e, L. — La culture du Trèfle n'existait pas dans l'antiquité, quoique sans doute la plante fût connue de presque tous les peuples de l'ancienne Europe. L'usage s'en est introduit dans le xvi* siècle en Allemagne (Link, Une, p. 422). Olivier de Serres n'en parle pas dans son ouvrage (Théâtre d'agric, 1629), où il mentionne cependant la Luzerne et le Sainfoin. Le Trèfle est indigène dans toute l'Europe, dans la Sibérie occidentale et centrale (Ledeb., FI. Ross., I, p. 548), dans le Cacbemir (Royle, ///. Mm., p. 198), l'Arménie et le Caucase (Ledeb., /. c). 11 ne parait pas que deux siècles et demi de culture l'aient fait varier; du moins, on trouve sauvages des variétés semblables au Trèfle cultivé.
Onobrjehu «ativa, Lam. — Le Sainfoin ou Esparcette est d'une culture contemporaine au Trèfle. Elle a commencé plus au midi de l'Europe. Ainsi, à l'époque d'Olivier de Serres, elle était commune dans le sud-est de la France (Th. d'agr., 102V), p. 242). L'espèce croît spontanément en France, en Italie, en Allemagne, dans la Russie méridionale, au Caucase (Ledeb., Fl. Hoss.)\ mais on ne l'indique ni dans le midi de l'Espagne (Boiss., Voy.), ni en Algérie (Munby, FL Alg.), ni en Sardaigne (Moris, Fî.), ni en Grèce (Sm., Fraas). Les Bretons leur donnent un nom quisignilie herbe ou foin français, ce qui montre une origine récente et étrangère à eux (Keynier, Econ, Cclt., p. 441).
2" Comme légumes.
Braanica oicrnom, l. — On s'accorde à regarder comme le type du Chou ordinaire et de ses innombrables modifications la plante sauvage des eûtes d'Angleterre (Bab., Man. Brit. bot. ,2* édit., p. 24), du Danemark, (Fries, Summa, p. 28), de la Zélande (Dod., Pempt.. p. 626), du nordouest de la France (Bosc; DC, On thediff. sp. of Brassica, dans Trans. Soc. Linn. Lond., 1821 ; Brebisson, Fl. Normand., 2« édit., p. 18).
C'est en Angleterre, principalement, que le qualité spontanée sur les falaises est bien certaine. Les Flores de l'intérieur de l'Europe et de la Russie méridionale n'indiquent pas l'espèce à l'état spontané, non plus que les ouvrages sur lo Caucase, la Sibérie et la Chine septentrionale. Dans la région de la mer Méditerranée, on trouve trois espèces qui ont été rapportées quelquefois au B. oleracea, ou confondues avec lui. Ce sont les B. balearica, Camb., des Iles Baléares; B. insularis, Moris, de Sardaigne, et B. cretica, Lam., de Grèce. M.Bertoloni (Fl. //., VII, p. 1 A«) rapporte le B. balearica Badaro (non Camb.), de la côte de Ligurie, au B. oleracea ; mais c'est une opinion à examiner. M. De Notaris (Prosp. Fl. Ug., 1840) admettait auparavant le B. balearica comme venant sur les côtes de Gènes, Le Brassica des rochers maritimes du mont Athos, que Sibthorp et Smith (Prodr.y II, p. 20) rapportaient au B. oleracea, parait Hro le B. cretica du moins celui-ci est le seul qu'on ait trouvé dans la localité (Griseb.,5pici7.,p. 265), et M. Fraas(%n. Fl. r/au., p. 121) n'a pas vu le B. oleracea sauvage en Grèce. Il est donc très douteux que le type de l'espèce existe ou ait existé dans l'Europe méridionale, à moins que certaines variétés cultivées ne soient venues de ces Brassica de la Méditerranée, estimés généralement des espèces distinctes.
Les documents historiques et linguistiques conduisent également A des origines multiples pour les Choux cultivés.
Théophraste indiquait seulement deux variétés (Heynier, Econ. des Grecs, p. A82). M. Fraas (Syn., p. 121) énumère trois noms différents de l'ancienne Grèce, comme se rapportant au Brassica oleracea : k«v).«>v, Arist.; Pâwa.o; (non p<*<paviî)>Tl,eoPnr-i et Kp*^ ou Kpâufav, Diosc, ce qui suppose trois variétés. Pline (1. xx, c. 9) dit bien que les Grecs en connaissaient trois. De son temps, on en cultivait au moins le double en Italie (I. xix, c. 8), et on leur appliquait généralement le mot Brassica, quoique les noms Caulis et Crambe, qui rappellent les noms grecs, fussent aussi employés par les Bomalns.
Le mot Bratsica, n'étant point tiré du grec, et se trouvant chez un auteur tel que Pline, postérieur à la conquête des Gaules, me parait venir du Celte, car Bresic voulait dire chou en langue celtique (Origines gauloises, d'après de Theïs (Etym., p. 07). M. Le Gall m'écrit que ce nom est cité dans le Dictionnaire du père Rostrenen, comme tombé en désuétude chez les Bretons, et que le nom ordinaire actuel est Kaol, soit dans les anciens Dictionnaires, Caul. On retrouve sous cette forme le K*ul('ov des Grecs et lo Caulis des Latins. Le mot Caul auChaulx, des peuples celtiques, selon Pezron et Bullet (de Theîs, signifiait aussi légume. Ces mots gréeo-reltps, dont la racine est Cauh ont eu pour descendants le
Cavolo des Ilalieus, le Caou des patois du midi de la France, le Chou des Français, et leur affinité est grande avec le Kohi des Allemands, le Kale des Anglais, le Kaal des Norwégiens, le Kol des Suédois, le Col des Espagnols; on le retrouve môme en persan, sous la forme de Kelum (Ainslies, Mat. tned. Ind,, I, p. 46). Je ne sais si les Grecs avaient reçu ce nom des peuples germains et celles, ou si les Germains et les Celles l'avaient reçu des Grecs, ou si les uns et les autres le tenaient d'une origine commune très ancienne.
Le nom grec K&apCvj, traduit, en latin, par Crambe, se retrouve dans le Krumb, Karumb ou Koromb des Arabes (MoriUi Dict. inéd. des noms vulg,; Delile, ///., p. 19), et peut-être avait-il une connexion d'origine avec le mot Kraut des Allemands, qui s'applique au Chou et à toute espèce d'herbage, le Chou étant le légume principal des peuples germains,
Le mot pàtcvo; des Grecs n'a laissé aucune trace dans les noms subséquents des variétés de Choux, ce qui me fait craindre une erreur dans l'opinion de ceux qui regardent ce mot comme différent du Pay«vi;, et comme un des synonymes du Brassica oleracea, opinion qui remonte cependant à Aristote (J.Bauh.,#ûf., II, p. 829).
Les mots celtes et latins Bretic et Brassica, ont eu pour descendance le Berza des Espagnols, les Bersa et Verra des Portugais, le Bersych des Gallois, le Broskxoa des WyrieiM (MoriUi, Dict. inéd.), le Brocvoli des Italiens.
Il existe une autre source de noms de l'espèce dans les langues asialicoeuropéennes. La racine en est la syllabe Kap ou Cap, qui signifie tête en celte (de Thels, Gloss. bot., p. <J7), de même qpeCaput en latin. Les noms qui s'appliquent probablement aux variétés de Choux en tête sont, en français, Cabus, Choux rabus; en anglais, Cabbage; en vieux allemand, happes Kraut (J. Bauhin, lit si., II, p. 820); en letton i en, Kapost (Moritzi, Dict. inéd. des noms vulg.); en esthonien, Kappust (id.)\ en illyrien, Kappust (id.)\ en hongrois, Kaposta (tW.)| en bohème el en russe, Kapusta (id.) ; en tartare, Kapsta (id.), et môme en bengali et hindustani, Kopee, soit Kopi (Piddington, Index, p. 18).
L'absence de nom sanscrit montre que la culture du Chou, dans les provinces septentrionales de l'Inde, n'est pas fort ancienne, quoique son introduction soit antérieure aux Kuropéens (Royle, lll. Him., p. 70). Loureiro (Fl. Coch., p, 481) avait vu le Chou ordinaire cultivé en Chine et en Cochinchine, et il doute, non sans raison, qu'il y soit indigène. Thunberg ne l'indique pas au Japon, d'où l'on peut inférer que l'introduction en Chine est récente, comme dans l'Inde septentrionale. Ces détails nous ramènent aux noms usités en Europe cl dans la partie adjacente «le l'Asie.
Ceux que j'ai cités appartiennent aux langues celtes et slaves, et même à des langues plus anciennes asialico-européennes. Il reste quelques noms dont je ne puis retracer l'origine, tels que Repollo, qui signilie Chou cabus en espagnol (fiattel, Dict. E.tp.) et se retrouve en portugais (Morilzi, Dict.), Jarmuz en polonais («/.), Sjami en arabe (Forsk., p. uv), Aaxow ou en grec moderne (Sibth., Prodr., Il, p. 29; Fraas, Syn. 11.
class., p. 121). Ce sont «les noms, on modernes, ou extrêmement locaux, et peut-être concernant des variétés particulières.
Sans nous arrêter à ces mots exceptionnels, nous pouvons dire que la grande masse des noms appliqués aux variétés du Brassica oleracea dérivent de quatre racines distinctes : une celto-slave. Cap ; une celtique, Rresic; une celto-gerniano-grecque, Caul; enfin, une gréco-germaniques Cramb. Ces faits sont incompatibles avec l'idée que toutes les races de Choux viendraient du Brassica oleracea sauvage sur les côtes occidentales de l'Europe. Les peuples primitifs de notre continent avaient bien peu de communications les uns avec les autres, et leurs migrations n'ont point été des côtes de l'océan Atlantique vers la mer Noire et la mer Méditerranée. Il faut donc, ou que l'habitation de l'espèce ait été jadis plus étendue, ou que les variétés cultivées dérivent, les unes de la plante des côtes d'Océan , d'autres d'une plante de la Russie méridionale , d'autres, enfin, de la région gréco-latine. Il serait bien possible que l'habitation ancienne du Brassica oleracea s'étendit de l'Océan jusqu'à la mer Noire et la mer Caspienne, à une époque où ces régions étaient plus boisées, plus humides, plus imprégnées de sel et inoins cultivées qu'à présent (a). Il se pourrait aussi que les Grecs et les Romains eussent commencé par cultiver les Brassica cretica, Brassica balearica et Brassica insularis, propres à la région de la mer Méditerranée; que certaines variétés vinssent de ces plantes si voisines du Brassica oleracea, et que, plus tard, le mélange des Choux cultivés, l'hybridation qui en résulte et la formation d'un nombre croissant de variétés, aient rendu la distinction des origines impossible aux botanistes.
Le nombre des variétés cultivées déjà dans le xvi" siècle est très remarquable. On peut voir dans un travail de mon père, couronné par la Société d'horticulture de Londres (Mem. on the diff. speexes, races and varietics of Brassica, dans Trans. hortic. Soc), et dans le deuxième volume du Systema, une classification complète de ces modifications diverses, et à
(a) l'allas mentionne un Brassica oleracea sauvage dan* le midi de la Itussie, mais LrdelKHir (FI. Hoss., I, p. 218) n'a pas pu s'assurer du fait et vérifier la détermination de l'espèce.
l'appui de la plupart d'entre elles, des figures de Dodoens, liauhin, etc., aussi exactes que si on les faisait aujourd'hui.
Laetuea Scarlola, var. aatl va, Morte. — De Caildollc (Prodr. VII, part, i, p. 138, dit: « Patria dubia, furie India orientalis. » Il ajoute : c Wallich, Cat. Compos.y n" 354, an sponlanea? » Dans la liste autographiée du docteur Wallich, ce numéro est devenu la plante n* 3'2M, originaire des herbiers de Madras et de \Yight;d'où il ressort que rien ne prouve sa qualité spontanée. Len° 353 du Catalogue des Composées (3243 de la liste) venait du Népaul, et se trouve rapporté dans le Prodromus, avec doute, au Lactuca saliva. 11 n'est pas certain non plus qu'il soit spontané. Le docteur Koyle(///. Htm*, p. 247) dit que la Laitue ordinaire se trouve dans les jardins du nord de l'Inde. Hoxburgh (Pl. Ind.t édit. 1832, III, p. 403) l'indique aussi dans les jardins et dit ignorer le pays natal de l'espèce. Comme elle n'a pas de nom sanscrit, mais qu'elle est connue dans l'Inde moderne sous le nom de Kahou (Koxb. ; l'iddington, Ind.; Koyle), commun avec la langue persane (Hoxb.) et analogue à l'arabe khuss (Hoxb.), Chass (Forsk., p. Lxxn),jene puis admettre une origine indienne, ni même une culture fort ancienne dans l'Inde. Loureiroet Thunberg avaient vu l'espèce cultivée en Cochinchine et au Japon; iiKiis rien ne prouve qu'elle y fût connue de toute ancienneté ; au contraire, Loureiro dit que les Européens l'avaient introduite à Macao. M. fiunge (Enum. pt. Chin.) ne l'indique pas dans la Chine septentrionale.
Il faut donc revenir à l'Asie occidentale ou l'Kurope comme patrie probable, d'autant plus que la culture de l'espèce était ancienne et générale dans l'étendue de l'empire romain, dans la Grèce antique et chez les Perses du temps de Cambyse, d'après Hérodote (a).
La plante se propage assez souvent hors des cultures cl persiste au point de paraître spontanée (Boreau, /*'/. centr. France, II, p. 27(5; Kocli, Syn. Gcrm., 2e édil., p. 494; Trautv., dans Ledeb., Pl. Ross., 11, p. 800); mais je ne connais aucune localité où l'on puisse dire qu'elle offre réellement les caractères d'une plante spontanée.
Il parait donc probable que la Laitue cultivée n'est qu'une forme du Lactuca Scariola, si commun en Kurope et jusque dans les régions du Caucase et de l'Altaï (Ledeb., Pl. Ross., Il, p. 805; llohen., En. Talysch., p. 40). Dioscoride déjà les distinguait seulement comme Thridax et Thridax sauvage (Fraas, Syn. Pl. c/<m.,p. 199). MM. Koch (/. c), Moris {Pl. Sard., II, p. 532) et liischoff {BeHragc z. Pl. Deutschl., p. 189)
(a) Philippe, Hislory o( cultivaled vegetables, 2* édil., sol. I, p. 315. Cet auteur, malheureusement, a négligé, dans la plupart des cas de citer les ouvrages anciens qu'd a consultés.
8;lA OKIGIM-; GFOnUAPMlOl K DES ESPÈCES CULTIVÉE?.
ont donné îles raisons péremptoires pour l'identité spécifique de ces deux plantes. Il parail plus certain encore que lest, tapitata, L. crixpa et L. laciniata, dont on ne connaît pas d'échantillon? sanvages, sont de pures modifications de la Laitue cultivée. La Laitue pommée (capitata) existait déjà chez les Grecs (Fraas, t. c), et leur variété areuHlesde«é)uî«; (Theophr., vu, c. A), était probablement h feuilles laciniées, ou du moins à angles aigus, comme nos Laitues crispées. Pline (1. xx, c. 8) énumère beaucoup de variétés, dont une est dite crtspa.
La patrie actuelle de la plante spontanée, le Lactuca Scnriola, est vasle; mais en Europe, les localités sont souvent suspectes (p. 672), et la patrie primitive était peut-être au midi du Caucase et dans quelques pays adjacents.
t-tchoriiiiu im? L. — Sauvage dans tonte l'Europe (excepte en
Laponie), en Sibérie, jusqu'au lac Baftal (Ledeb., FI. Ross., H, p. 774), au Japon (Thunb., >7., p. 304), dans le Caucase (trf.), le pays de Talosch (i</.), ftëgyptc(h. DC). Ses limites, du côté sud-est, ne sont pas encore connues. Je ne vois pas pourquoi l'habitation ne se prolongerait pas dons la Perse et le Caboul. M. Royle (///. fftm., p. 247) rejrarde l'espèce cotnme introduite dans le nord de l'Inde, pour ses propriétés médicales ; mais il In réunit an Cicborium Cosnia, Ham.,soit Cichorium Rndivia, L., ce qui est à examiner. M. Bunge(£nMm. pl. Chin. bar.)* vu le Cichorium [ntybusftattfi les jardins et les décombres à Péking, on. on le regarde comme d'origine étrangère. - La culture de la Chicorée amère est probablement fort ancienne. Il est difficile de savoir si elle a commencé en tëgyptc on en Grèce. Aujourd'hui, l'espèce s'appelle, en arabe, Sjihuric (Forsk., p. lxxît) ou Chikouryth (Del., ///., p. 24). Or, Pline disait déjà (I. xix, c. 8) : « Ext et rrratirum futuhum, quart* in .Eyypta Cirharium vacant. » Et ailleurs (I. xx, c. 8) : « Erraticmn (Intubnm) apun* nax quidam Ambuyiam appetlarerr. 1 n .Eyypta Cichnrittm t arant, pion* syfvrxtre xi t. Satirum antnn Serin, quart* est minuit et renrnoxiu*. Cichorium réfrigérât. !n cibn sumptum, etc. » Théophraste (Bisl., t. VU, c. 14) parlait aussi du Kuwtt»/, mais sans donner les détails qui seuls permettraient de reconnaître l'espèce. De Theïs [Dict. élym., p. 113) croit que les Grecs avaient tiré le nom de PÉgypIe. Il rite Maillet (Detcr. Egypte, p. 12), d'après lequel, dans le siècle dernier, le peuple égyptien aurait fait une grande consommation de chicorée. Reynier, qui avait fort bien observé l'agriculture de l'Egypte lors de l'expédition française, n'en parle pas (Econ. pnbl. Egypt., I, p. 80). Dioscoridc (1. h, c. 160) mentionne trois ïtpiç, l'une sauvage (Kkw?c»v), et deux cultivées (à larges feuilles cl à feuilles étroites cl amères). Ceci me conduit à parler du Cichorium Endivia, confondu souvent avec le Cichorium Intybus.
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLI S GÉNÉRALEMENT ClLTlVÊES. 8Â5
cichorinm i ndivin, l. — La différence la plus apparente d'avec lé Cichorium Intybus est d'être annuelle ou bisannuelle, non vivace. La diversité des feuilles supérieures est peu de chose en elle-même, ou quand on examine la variété intermédiaire du Cichorium Intyhus, appelée divanca la [€. dwartcatum, Schoush.). Il y a une autre source de différences que M. Bischoff a signalée (Beitr. tur Ft. Dcutseh., p. 27), dans la nature du pappus. Celui du Cichorium Intybus est excessivement court, et a deux rangées fort inégales ; le pappU9du Cichorium Endîvia, au contraire, est de un tiers environ de la longueur de l'akène, et sur deux rangs peu inégaux. M. Schulte(dans Phytogr. Canar., sect. il, p. 391) admet les Cichorium Entybus et Endivia, comme deux espèces, Tune vivace, l'autre annuelle; mais il divise l'Endivia en plusieurs variétés, dharicata, puis humili* et nana> spontanées en Sicile, et la forme cultivée, qui refait ainsi originaire de la région méditerranéenne.
Le Cichorium Endivia n'a été d'abord connu que dans les jardins, ftû il est recherché plutôt comme légume que comme salade, a cause de son goût peu amer. Linné (Sp., p. 1148) et de Lamarck (Dict., I, p.. 732) ignoraient son origine. Bosc (Dict. agr., V, p. 194) le disait de l'Inde, snns citer d'autorité. De Candolle (Prodr., VII, part. ï, p. 84) ayant constaté l'identité du Cichorium Cosnia, lîam., distribué par le docteur Wallich, sous le n° 3241 (351 des Composées), la patrie est devenue certaine. En effet, cette plante, nommée en hindustani, Kasni (Hoyle, Ht. ttim.t p. 247), en tamul, Koshi (Piddington, index), croit à Patma, à Kamaon et dans le Népaul (Wall., h. DC, et liste). Mes échantillons ont bien l'apparence d'une plante spontanée. J'en possède aussi un de Chine, rapporté par sir G. Slaunton; mais il a l'apparence d'une plante cultivée, et deux de Cachemir, rapportés par le docteur Hoyle, dans lesquels les feuilles inférieures manquent. J'ai vérifié le caractère du pappus dnns les échantillons de Kamaon qui paraissent le plus spontanés. C'est bien le pappus comparativement plus long du Cichorium Endivia. Le docteur Royle, qui ne distingue pas les Cichorium Intybus et Cichorium Endivia (///., p. 247), parait les regarder comme introduits dans l'îndc. Il y a un lait grave a l'appui de cette manière de voir, c'est l'absence de nom sanscrit pour l'une et l'autre Chicorée (Tloxb,, Fl Ind. ; Pidd., Index) et l'existence d'un seul nom moderne indien. D'un autre côté, le Cichorium Endivia est indiqué comme cultivé dans la Chine septentrionale (Lour., tti Coch.y p. 583), quoique Bunge n'en parle pas (Enum. pl. Chin; sept.), et Thnnberg (Fl. Jap.y p. 304) dit : c Crescit propeledo. > La présence, bu Japon, suppose de l'ancienneté, soit d'existdnee spontanée, soit de culture, car ce pays avait eu, à l'époque de Thunbcrg, peu de rapports avec
l'étranger, et ses plantes cultivées étaient ordinairement celles usitées par les Chinois depuis longtemps. Les Égyptiens confondent le Cichorium Endivia cultivé avec le Cichorium Inlybus cultivé, sous les noms de liendeby Hendibe, Hendcbch (Forsk., p. lxxu; Del., ///., p. 24), qui parait l'origine du mot français Endive, du mot botanique Endivia, et qui semble aussi avoir une relation originelle avec YEnlubum, de Pline.
Les botanistes du xvT siècle distinguaient déjà nos principales variétés des deux Cichorium. J. Bauhin (Hist., Il, p. 1007) est très complet à cet égard. BlackweU a'figuré très bien le Cichorium lnlybus sauvage (lab. 183); une Chicorée cultivée (tab. 177), qu'il dit annuelle, et qui serait par conséquent l'Endivia ; enfin (tab. 37S), une Endivia cultivée à feuilles larges et crispées.
spinacia oieracea, L — L'Épinard était inconnu aux Grecs et aux Romains (J. Bauh., Hort., II, p. 964 ; Fraas, Syn.t FL clasg.). 11 était nouveau en Europe dans le xvie siècle (Brassavola, p. 170), et Ton discutait pour savoir s'il devait s'appeler Spanacia, comme venant d'Espagne, ou Spinacia, à cause des épines du fruit (Matth., édit. Yalgr., p. 343). La suile a montré que le nom venait de l'arabe Isfânâdsch (Ebn Baithar, ùbersetz., von Dr v. Sondtheimer, I, p. 34), Esbanach (Forsk., p. lxxvii), Sebânakh (Delile, ///. JEy., p. 29). Les Persans disent hpanj ou Ispanaj (Roxb., Fl. Ind., édit. 1832, III, p. 771, si le Spinacia tetrandra, Roxb., est bien l'Epinard commun, comme la description et l'usage culinaire l'indiquent). Les Hinduslanis disent Isfany ou Palak (Pidd., Index) ou encore Pinnis (Roxb., Pidd.). L'absence de nom sanscrit indique une culture peu ancienne dans l'Inde. Loureiro (FL Coch., p. 757) avait vu l'Epinard cultivé à Canton, mais M. Bunge ne l'a pas rencontré dans le nord de la Chine, et Thunberg n'eu parle pas dans la Flore du Japon. La culturelle semble pas ancienne dans l'Asie orientale. Il est probable qu'elle a commencé chez les Persans ou les Arabes depuis l'époque des Romains. Je n'ai pas de preuve qu'elle ait pénétré en Europe par l'Espagne plutôt que par tout autre point. Au contraire, l'ouvrage de Herrera sur l'agriculture espagnole, édition de 1S19, ne mentionne l'espèce que dans un supplément moderne (III, p. 239), d'où il est probable que l'édition primitive de 1513 n'en parlait pas. Ebn Railhar, qui vivait en 1235, était de Malaga, mais les ouvrages arabes qu'il cite ne disent pas où la plante était cultivée, si ce n'est l'un d'eux, qui parle de sa culture générale à Babylonc et à Ninive.
M. Moquiu (Prodr., XIII, part, u, p. 118) regarde avec raison l'Epinard comme iVOrient, mais il ne cite aucun échantillon spontané, si ce n'est une variété farinosa trouvée par M. C. Koch dans la Géorgie cauca-
sienne (Sp. spinosa farinosa, C. Koch, Linn., 1843, p. 118). Aucun des auteurs sur les plantes du Caucase (C. A. Mey., Hohen., Bieb.) n'en parle, mais c'est le pays de la seconde espèce du genre, le Spinacia tetrandra. Ledebour (Fl. Ross., III, p. 712) adopte l'opinion que la plante trouvée par Koch est l'état primitif et spontané de l'espèce. Les auteurs du Bon jardinier disent l'épinard originaire de l'Asie septentrionale sans donner de preuve. Je ne pense pas qu'il puisse vivre en Sibérie. D'après Bosc (IWcf. ojric, V, p. 234), le voyageur Olivier avait rapporté de son voyage en Perse et en Anatolie des graines d'épinard recueillies dans la campagne. Il est donc à peu près certain que l'épinard à fruits épineux ordinaire, croit dans la région comprise entre le Caucase et le golfe Persique, peut-être aussi dans l'Asie Mineure.
Le Spinacia glabra, Miller (Spinacia oleracea, (5, L), appelé gros épinord ou de Hollande, me paraît une race produite par la culture. Il diffère par sa taille, ses feuilles arrondies et surtout par l'absence de piquants, modifications assez ordinaires dans les plantes cultivées. Non-seulement personne ne l'a trouvé sauvage, mais encore il n'est mentionné que dans les cultures européennes et semble s'être produit après l'introduction de la plante ordinaire. Tragus doit en avoir parlé le premier, d'après J. Bauhin (flist., II, p. 065), mais Matthiole, contemporain de Tragus, n'en parle pas (édit. Valgr., p. 343). C. Bauhin (Pin., p. 114) l'ajouta dans son édition subséquente de Matthiole.
Inmrx aee«oau«, L. et Romex Pat ir ni la L. — Ces deux espèces
d'oseilles sont bien spontanées en Europe, et personne n'a de doute sur l'identité spécifique des plantes sauvages et cultivées. Les Grecs et les Romains les employaient déjà. On croit (Kraas, Syn. Fl. class., p. 231) que le Rumex sativus de Pline était le Rumex Patientia, aujourd'hui moins cultivé que le Rumex acetosus.
Alilum Porram, L — D'après une monographie très complète de M. Gay (Ann. se. nat., 3» sér., YIII, tirage à part, p. 22), le poireau cultivé ne serait qu'une variété de l'AUium Ampeloprasum, L., si commun dons la région de la mer Méditerranée, spécialement en Algérie (Gay, l. c), et qui dans l'Europe tempérée se naturalise quelquefois dans les vignes et autour des anciennes cultures (Koch, Syn.', Babingt., Man.; Engl. Bot., etc.). M. Gay semble se délier de beaucoup d'indications de Flores méditerranéennes, car, à l'inverse des autres espèces dont il énumère les localités hors de l'Algérie, il ne cite dans le cas actuel que les localités algériennes, admettant néanmoins la synonymie des autres. L'AUium Anjpeloprasum n'est pas indiqué au Caucase, dans la Sibérie ni dans l'Inde. Voyons si les documents historiques sur l'AUium Porrum confirment la réunion.
848 ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CrLTIVÉES.
Les anciens Grecs le cultivaient sous le nom de ïlpim*, confirmé par le mot xa IWa des Grecs modernes (Fraas, Syn. FI. class., p. 290), et ils le distinguaient de l'Allium Ampeloprasum, qu'ils appelaient Xputkliq»*». Les Latins employaient le mot Porrum (Pline, xx, c. (\ De Porro sectivo et capilato et de Allio). Ge mot, duquel sont dérives nos noms modernes européens, est assez voisin du nom arabe Korrdt (Forsk., Delile) ou Kurrdth (Kbn Paithar, auteur du xuie siècle, I, p. 363). Hasselquist (Voy. and irai., p. 290) le voyant cultivé partout dans l'Orient, ne doute pas qu'il ne fût déjà chez les Égyptiens de l'antiquité. Hiller (Hieroph., II, p. 36) dit que c'est le Choisir des Hébreux, et que le nom vient d'un mot qui signifie couper, comme les Latins disaient Porrum sectile. Selon Bosenmuller (Handb. bibl. Aller!., IV, p. 94), ce nom, qu'il écrit Ckazir, signifiait en hébreu de la verdure, de l'herbe, et s'appliquait à l'espèce actuelle. On ne connaît pas de nom sanscrit (Roxb., Fl. /««/., édit. 1832, II, p. 142; Pidd., Index), et la culture de l'Allium Porrum n'est pas indiquée en Gochinchine, en Ghine et au Japon, par Loureiroet Thunberg. Le nom bengali est notre nom arabe et latin Purou (Pidd., Index, p. 3), car le nom de Gunduna, indiqué par Roxburgh, s'applique à une autre espèce, selon Piddington.
On ne peut douter, d'après ces faits, que la culture de l'Allium Porrum ne soit sortie de la région de la mer Méditerranée : ainsi la plante cultivée est issue de la région de l'Allium Ampeloprasum, ce qui confirme l'opinion de M. Gay, fondée sur l'examen purement botanique des formes, opinion déjà confirmée par l'étude géographique de l'Allium Ampeloprasum dans les îles Britanniques. (Voy. p. 093.)
3° Feuilles employées à divers usages.
Nlcoiinna Tahacnm. L. — Il est bien certain que l'espèce est originaire du nouveau monde. Les circonstances de son introduction en Europe sont si connues, elles se trouvent dans un si grand nombre d'ouvrages, qu'il est inutile de les rappeler ici. En revanche, il y a de l'intérêt à savoir si la plante existe spontanée en Amérique, et dans quelle partie de ce vaste continent. Sur ces questions j'ai consulté une foule d'ouvrages anciens et modernes sans découvrir de faits précis. La plupart des auteurs ne distinguent pas suilisaminent les échantillons cultivés et spontanés, soit par négligence, soit parce que les graines s'échappent souvent des cultures et naturalisent la plante d'une manière plus ou moins durable dans presque toutes les régions chaudes de l'Amérique et d'autres pays. Hernandez, Piso, Sloane, Ruif et Pavon, M. île Humboldt, donnent des détails intéressants
sur les noms primitifs, sur l'extension de la culture en Amérique avant les Européens, etc.; mais ils ne disent pas avoir vu la plante spontanée. M. de Martius regarde l'espèce comme introduite au Brésil (Syst. mat. med. Bras., p. 120 ; Sendtn., dans FI. Bras., VI, Solan., p. 16(5): Dans mon herbier je vois quelques échantillons vérifiés par M. Dunal qui peuvent avoir été spontanés , mais les preuves positives manquent. Le n° 3223, A, recueilli par Blanchet dans la partie méridionale de la province de Bahia, est celui qui, d'après la localité, semble le plus spontané.
Mrotiana ru*tira i — D'origine américaine, comme le précédent, il était plus souvent cultivé chez les anciens Mexicains (Humb., Nour.- Eap., 2* édlt., III, p. 50). Au contraire, dans l'Amérique méridionale, c'est le Nicotiana Tabacum qui est surtout employé, car Ruiz et Pavon (F/., II, p. 10) ne mentionnent pas le Nicotiana rustica au Pérou, ni M. de Martius (Mat. med. Bras., p. 120) au Brésil.
Aucun auteur, à ma connaissance, ne dit l'avoir trouvé vraiment spontané. Je possède un échantillon recueilli dans la Nouvelle-Cal ifornie par Douglas en 1833, époque où le pays était bien peu habité. Bien ne prouve que cet échantillon ne provienne pas de graines échappées d'une plante cultivée ; mais la probabilité est bien en faveur d'une origine mexicaine. M. Bertoloni (FI. lt., II, p. 617) croit cette espèce originaire de l'ancien monde, probablement des bords de la mer Méditerranée. Son principal argument est que Ciesalpinus, en 1583, décrivait cette plante sous le nom de Quœdam congener Tornaboiiœ (lib. vin, cap. A4), et la disait de l'ancien monde. Cœsalpin ajoute cependant : « Apud nos peregrina. » On peut hésiter sur la partie de l'Amérique d'où l'espèce est originaire, mais non, ce me semble, sur l'origine au nouveau monde.
Nicotiana caia«n»la, Flach. Bu. (Prodr., XIII, part. I, p. 559), et
Nleotiana persica, Daa. (Prodr., XIII, part, i, p. 507). — A l'occasion de ces deux espèces, il faut examiner une question curieuse, controversée depuis longtemps, celle de savoir s'il y a des tabacs d'origine asiatique. À l'époque de l'introduction en Europe des N. rustica et N. Tabacum, dont l'origine était évidemment américaine, on ne pensait pas a cette question. Bumphius (Amb., V, p. 225) a émis, le premier peut-être, des doutes fondés sur l'ancienneté de divers noms de tabac cultivés dans les îles de l'archipel indien et sur l'opinion de quelques habitants âgés de ce pays. Loureiro(F/. Coch., p. 136) a présumé également que son N. fruticosa rapporté aujourd'hui (avec doute) au N. chinensis serait originaire d'Asie. M. Brown laissa tomber incidemment la phrase suivante dans son Mémoire sur le Congo (p. 53), et de sa part je ne pense pas que ce fût sans examen : « Toutes les espèces de Nicotiana paraissent être d'Amériqne, ex-
cepté le N. Australasia» (N. undulata, Veut., el Prodr. Nov.-HoU., non FI. Perur.), qui est certainement de la Nouvelle-Hollande (a). » Enfin, les doutes ont augmenté depuis que des auteurs anglais ont prétendu connaître un nom sanscrit pour le tabac (Pidd., Index), et ont cité des auteurs persans comme ayant parlé de la culture du tabac avant la découverte de l'Amérique (Hoyle, ///. fftm., p. 282).
Étudions la question d'abord au point de vue botanique et ensuite au point de vue historique el linguistique.
Les considérations de géographie botanique pure conduisent sans hésiter à l'hypothèse d'une origine américaine de toutes les espèces cultivées du genre Nicoliana. Kn effet, 1° les N. chinensis (compris le N. fruticosa, Lour.) et N. persica ne sont connus qu'à l'état de plantes cultivées, du moins aucun auteur n'allirme les avoir trouvées à l'état spontané (Lehm., Nirot.; Lour., /. c; Dunal, Prodr., XIII, part, i, p. 559, 567); 2° le genre se compose actuellement de cinquante espèces, en excluant les douteuses de caractères ou de patrie (Dunal, /. c), et sur ce nombre quarante-huit sont d'Amérique, deux de la Nouvelle-Hollande, et aucune d'Asie ou d'Afrique; 3° les espèces supposées asiatiques appartiennent à une section qui comprend les espèces de la Nouvelle-Hollande, il est vrai, mais en même temps plusieurs espèces d'Amérique; section d'ailleurs peu distincte, à ce qu'il me parait.
Les arguments historiques de Humphius (Âmb.t V, p. 225) ont quelque force. En parlant du tabac (qu'il regarde comme l'espèce cultivée en Europe), il dit : n Je ne sais si dans l'Inde orientale il est exotique ou indigène, car il se trouve dans des localités où aucun Espagnol, ni Portugais n'a résidé, et dans presque toutes les îles et provinces. Ceux même qui ont été au Japon avec le célèbre voyageur Martin Gerritzen de Vrieze ont trouvé l'habitude de fumer chez les cruels Tartares de l'île de Ese ou Jedso. J'ai ouï dire à de vieux Javanais, qui tenaient la chose de leurs parents, que le tabac était connu à Java antérieurement a l'arrivée des Portugais, c'est-à-dire avant 1406, non il est vrai pour fumer, mais comme plante ollicinalc. Les Indiens affirment généralement que l'usage de fumer le tabac leur a été montré par les Européens. La pratique médicale ancienne du pays était d'employer les feuilles pour les ulcères invétérés... On peut dire, en sens opposé, que dans l'Inde entière il ne se trouve à peu près d'autre nom que celui de Tabaco ou Tambaco, tandis que si la plante était indigène, elle aurait un nom dans chaque province. La cause de ce fait devra être cherchée. »
(a) L'espèce pu question recevait la menu* anm'-o à Hambourg, dans la Monographie de M. I.ehmann, le nom de suaveolens.
Pour apprécier la valeur de ces réflexions, il faut en remarquer la date. Rumphius a écrit dans la seconde moitié du xvn* siècle , c'est-à-dire presque deux siècles après l'arrivée des Européens. Dans un laps de temps aussi considérable, les traditions des indigènes avaient pu s'altérer, et la culture du tabac, toujours si aisée et si prompte à se répandre, avait pu pénétrer dans les provinces les plus éloignées, même en supposant la plante d'origine américaine. Le voyage de Gerritzen était plus ancien que ceux de Rumphius, mais sans doute plus récent que les découvertes des Portugais en Chine et au Japon. Ceux-ci avaient abordé en Chine dès 1518, et au Japon dès 1542 (Malte-Brun, Géog.y I, p. 496), et ils avaient découvert les côtes du Brésil de 1500 à 1504 ; par conséquent le tabac peut avoir été apporté par eux dans les Indes orientales longtemps avant l'époque des Hollandais. Les Chinois appelaient le tabac Hun , selon cet auteur (V, p. 226), mot qui ne ressemble pas mal au nom brésilien Petume ou Petum (Piso, édit. 1658, p. 206), sous lequel les Portugais le connurent d'abord. — Loureiro dit de son N. fruticosa (probablement le N. chinensis,Fisch.) : « Ubique culta in Cochinchina et China, ubi vernaculis ncminibus nominatur, tanquam indigena : nec ex America translatam fuisse suspicantur. » Les noms vulgaires qu'il mentionne sont : Cay thune an et Yen ye. Cay est évidemment un mot qui signilie herbe ou quelque chose d'analogue, car il est répété pour plusieurs espèces ; Thune n'est pas très différent des variations des mots Tahne, Tambacn et autres dérivés de Tobago ou Tabacn. Thunberg (FI. Jap., p. 91) ne mentionne qu'une seule espèce au Japon; il la nomme N*. Tabacum, L., vulgairement Tabaco, et la dit introduite sans aucun doute par les Portugais avec l'usage de fumer. Or si les Chinois avaient connu de toute ancienneté une plante du genre Nicotiana, même en supposant qu'elle eût été employée uniquement comme officinale, les Japonais l'auraient reçue probablement depuis un temps reculé à cause des communications habituelles entre les deux peuples. Il serait intéressant de constater par les ouvrages chinois depuis quelle époque et sous quels noms le tabac y est mentionné, sans oublier que la plante a pu avoir un emploi insignifiant jusqu'à ce que les Européens eussent montré les usages, assez bizares en eux-mêmes, de fumer et de priser, usages qui ont dû se répandre rapidement chez un peuple sensuel comme les Chinois aussitôt qu'il en a eu connaissance (a).
Rheede et Roxburgh n'ont pas mentionné le tabac. C'est indiquer suffisamment qu'ils le regardaient comme cultivé et d'origine étrangère sur le
(a) M. Stanislas Julien a eu l'obligeance de me dire que dans ses éludes de la langue chinoise, il n'avait pas rencontre d'indice de la présence ou au moins des usages du tabac avant le contact des Européens.
continent indien. Des auteurs plus récents ont attribué au Nicotiana Tabacuin divers noms indiens et même sanscrits! Piddington (Index, p. 60) cite Dhumrapatra et Tamrakoota comme les noms sanscrits. Ce dernier ressemble beaucoup aux noms bengali et hindustani du tabac, Tumak et Tambaca, qui sont évidemment des dérivés de Tabaco et Tambaco, ce qui me fait douter de son ancienneté. Resterait le premier, qui est évidemment un mot composé et sur lequel j'ai consulté mon ami M. Adolphe Pictet, philologue bien connu. « Ce mot, m'a-t- il répondu, n'est pas dans le Dictionnaire de Wilson; il signifie feuille à fumer et a tout l'air d'un composé d'origine moderne pour désigner le tabac, dont d'ailleurs il n'est question nulle part dans les livres anciens. » Si le nom Dhumrapatra était véritablement sanscrit et s'appliquait à un Nicotiana quelconque* il est probable qu'on en trouverait des dérivés dans une foule de langues modernes de l'Inde. On attribue d'ailleurs ce mot non point à une espèce particulière de Nicotiana qui serait asiatique, mais au N. Tabacum, c'està-dire à l'espèce ordinaire, dont l'origine américaine est certaine.
Les Cyngalis ont un nom dont j'ignore l'origine, Doonkola (Pidd., ti.). Vu la prononciation Doun de Doon, il se rattache peut-être à Petum (prononcez Peluum) des Américains. Le nom telinga Pagkako est presque Tobaco; le nom hindustani Bujjirbhang indique simplement une comparaison avec le chanvre, Bhany, que l'on fume à la manière du tabac dans l'Asie méridionale.
Le tabac de Shirai est obtenu de la culture du Nicotiana persica. Rien ne prouve cependant que cette induslrie soit antérieure à la découverte de l'Amérique. Kbn Raithar, médecin maure du sur siècle , qui connaissait bien les plantes ollicinalcs des pays musulmans, ne mentionne aucune espèce de Nicotiana (trad. allem. par de Sontheimer, 2 vol. in-8*, 1842). Rauwolf avait parcouru l'Orient de 1573 à 1575, et il n'est question d'aucune espèce de tabac dans sa Flore publiée par Gronovius. Enfin, le docteur Royle*(///. Ui m., p. 282) affirme que d'après des ouvrages persans de matière médicale, la culture du tabac aurait été introduite dans l'InoV en 1(505, ce qui fut confirmé par une proclamation subséquente d'un prince nommé Jehangeer. Le nom arabe du tabac est le même que le nom turc, savoir Tuttun (Forsk., p. cvi), qui ne ressemble pas mal à Petum, nom primitif brésilien, lin autre nom arabe assez répandu est Docchan, qui veut dire fumée (Forsk., p. lxiii).
En définitive, les indices historiques et linguistiques d'une origine asiatique, sont tous légers, contestables, et ne peuvent pas balancer les indices de toute nature favorables à l'origine américaine. J'ajouterai, comme conséquence, que la valeur des deux Nicotiana supposés d'Asie, est forte-
ment ébranlée au point de vue de la distinction spécifique. On trouvera probablement, en étudiant de plus près, que ces deux plantes sont simplement des espèces américaines, ou modifiées par le climat, ou semblables à <Jes espèces encore mal connues, qui auraient été transportées d'Amérique avec les tabacs ordinaires (a).
Thrm chinenaU , ttim». — Sans rechercher si le Thé comprend deux espèces : Thea viridis et Thea Bohea, ou si ce sont deux variétés, je dirai que l'on cultive en Chine et au Japon, depuis des milliers d'années, plusieurs variétés de Thé. On en retrouve une au moins, parfaitement sauvage, et cependant bien reconnaissable, dans le pays d'Assam (Griflith, Heports). Probablement, la patrie actuelle, ou ancienne, s'étendait sur plusieurs provinces aujacentes en Chine, Cochinchine et pays d'Ava ; mais ou ne pourra jamais peut-être le constater, parce que le Thé a pu se semer par accident hors des cultures. Thunberg (Fl. Jap.,p. 220) dit du Thea (iohea. : « Crctcil ubique tponte et culla ad margine* agrorum. » ^oureiro (fl. Çoch.y p. 41$) se sert d'expressions analogues (habitat cult,a et inculta), pour les deux espèces cultivées en Cochinchine et à lia n ton. Quant à M. Fortune, dont la relation est si intéressante au point de vue de la fabrication du Thé (6), il ne parle pas de la plante sauvage.
Quoique l'usage du Thé remonte à des légendes fort anciennes des Chinois, il ne s'était pas répandu vers le pays indien, car la langue sanscrite n'a pas de nom pour cette feuille (Pidd., Index; Koxb., Fi.).
lu-* p«r«f aarirnala, s«tnt-Hll. — Le Malé est cultivé au Paraguay depuis un temps que l'on ne peut guère préciser. L'usage de recueillir les feuilles de la plante sauvage qui croit dans le Paraguay et au Brésil (Saint-p., Mêm. .!/«*., IX, p. 351 ; Ann. se. nat., Z' sér., XIV, p. 52 ; Jlook., îond.journ. of Bot., I, p. 34), pour en faire du Thé, est ancien che* les indigènes. On a trouvé quelques différences, dans la forme des feuilles, entre des échantillons cultivés au jardin de Hio et d'autres spontanés, et aussi entre des échantillons spontanés de diverses localités; mais un examen attentif a conduit A. de Saint-Hilaire, et plus tard sir W. Hooker, à les considérer comme appartenant à la môme espèce.
(o) Au moment de livrer mon manuscrit à l'impression, je reçois le Journal of tke horticultural Society, vol. IX, p 3, dans lequel M. Bcntham, rendant compte d'un travail de M. Targioni, sur l'introduction des plantes cultivées en Italie, avance que le N'icoliana persica est une variété du N. longiflora, espèce américaine. La comparaison des planches du Bot. reg., lab. 151)2, et de Sweet, lirit. (loiv. yard.. T série, tab. 196, ne me permet pas d'adhérer à cette opinion, mais je vois avec plaisir que l'auteur n'admet pas l'origine prétendue européenne ou asiatique de certains Nicotiana.
(b) Three ycars waniertny tri China, 1 vol. in-8. L'auteur a observé que le thé vert »e fabrique avec le Thea bnhea ou le Thea viridis à volonté. Il admet néanmoins la distinction botanique des deux espèces.
Le Maté est plus commun aujourd'hui à l'état sauvage qu'à l'état cultivé. Vienne un temps où le Paraguay et le Brésil méridional soient cultivés comme la Chine, on ne trouvera presque plus de Maté sauvage, et les pieds, qui paraîtront indigènes, seront peut-être soupçonnés de sortir d'enclos cultivés, ainsi que cela arrive pour le Thé et bien d'autres plantes cultivées.
Erythroxylon loen, Lam. — Les indigènes du Pérou et des provinces voisines de l'Amérique, cultivent abondamment le Coca, pour les feuilles, qui se mâchent comme le Bétel dans l'Inde. Joseph de Jussieu a, le premier, fait connaître cette plante. Selon lui, « elle vient abondamment dans la province de los Jungas, au Pérou. » (Lam., Diet,% II, p. 393). M. Weddell a publié récemment (Ann. se. nat., S* sér., v. XIII, p. 88) des détails intéressants sur sa culture. Les indigènes de la Bolivie seule en consomment 0 millions de kilogrammes de feuilles par année, et l'on voit dansJ. Acosta (Jiist. nat. Intl., trad. franc., p. 17*2), que, vers la fin du xvr siècle, les Péruviens en faisaient un grand usage. La plupart des auteurs anciens et modernes ont négligé de dire si l'espèce croît spontanément et dans quelles parties de l'Amérique; mais le docteur Pœppig en a trouvé près de Cuchero et au sommet du Cerro de San-Cristobal, au Pérou, qui, selon lui, peuvent avoir été indigènes (Hook., Camp. bot. mag., Il, p. 25).
l/lndigofera tinctorial, L., qui a un nom sanscrit, iViït (Roxb., FL Ind.,\. III, p. 379), est sûrement une plante asiatique d'origine probablement indienne. Le mot latin Indicum, montre déjà que les Romains connaissaient l'indigo pour une substance originaire de l'Inde. Quant à la qualité spontanée de la plante, Hoxburgh dit : t Lieu natal inconnu, car quoique commune maintenant à l'état sauvage dans la plupart des provinces de l'Inde, elle n'est cependant pas éloignée ordinairement des endroits où elle est cultivée actuellement, ou l'a été. » Wight et Arnott (Prorfr., p. 202), Wight (ic, tab. 365),Royle (///. Htm., lab. 195), n'apprennent rien à cet égard. Plusieurs espèces voisines sont décidément spontanées dans l'Inde, entre autres 17. eœruleay Roxb., FLy III, p. 377, que l'on cultive aussi. L7. tinctoria a été introduit en Afrique et en Amérique. On lui rapporte certaines variétés cultivées dans ces régions; mais à moins d'une étude spéciale, approfondie, on ne peut avoir la conviction de l'identité spécifique, et cela importe peu au point de vue qui nous occupe.
L'iadigofera argentés, L., qui se cultive beaucoup en Egypte, est spontané en Abyssinie (Rich., Tent. VI. Abyss., p. 184). Il n'était pas de l'Inde, comme le disait Linné (Voyez Wight et Arn., Prorfr., p. 202). Sous la domination romaine, les Juifs paraissent avoir cultivé un indigo (Rcynier, Econ. des Juifs el Arab., p. A39), dont les Romains, cepen-
dant, n'ont pas parlé. C'était peut-être l'Indigofera argentea. Cependant, en Egypte, la culture de l'indigo ne parait pas plus ancienne que le moyen âge(Reynier, Eeon. des Egypt., p. 354).
isdlgofera Anli, i.. ? — On cultive en Amérique un, deux ou même trois Indigofera, qui paraissent originaires de cette partie du monde, et que l'on rapporte, sans preuves suffisantes, à l'Indigofera Anil de Linné. Ce dernier, qui est décrit dans le Mantissa, p. 273, est dit de YInde. Je ne puis croire que Linné ait écrit India pour les Indes occidentales, d'autant plus que le mot Anil devait être connu comme asiatique (NiU en sanscrit et dans plusieurs langues modernes de l'Inde; .Y/7 en cingalit attribué par Piddington à l'Indigofera tinctoria ; IfiU en tamul à l'Indigofera Anil; Nil elAniren arabe, et delà chez les Espagnols). Malheureusement, Linné ne cite ni le collecteur, ni la localité précise de son échantillon type, et l'absence de tout synonyme ôte encore un moyen de connaître la plante qu'il a nommée. Il est à désirer qu'on s'en assure dans son herbier, si possible. Les botanistes anglo-indiens ne savent ce qu'est l'Indigofera Anil de Linné. Roxburgh (Fl. fnd., v. III) l'omet, et Wight et Arnott (Prodr. peu., p. 202) ont vu dans l'herbier de Smith (qui devait connaître mieux que personne la plante de Linné), un échantillon intitulé : Indigofera Anil , qu'ils donnent, eux, pour synonyme de l'Indigofera paucifolia, Delile.
Le genre Indigofera a quelques espèces spontanées en Amérique, quoique la grande majorité soit de l'ancien inonde. Il n'est donc pas surprenant que la culture de certaines espèces fût en Amérique antérieure à la découverte. Ferdinand Colomb, dans la biographie de son père, nomme l'Indigo parmi les productions de Haïti (Humb., Nour.-Esp., 2- édit., III, p. 54). Sloane (Jam., II, p. 37, lab. 170, f. 3), a décrit et figuré très mal un Indigofera spontané aux Antilles, que l'on a souvent rapporté à l'Indigofera t~f , Anil, L., et dont Hughes {Jam., p. 203) et Maycock(f7. Barbad., p. 304) % font mention comme d'une plante ancienne. Il semblerait spontané aux Antilles. Selon M. de Humboldt (l. r.), les peintures hiéroglyphiques des anciens Mexicains montrent l'emploi de l'Indigo. Joseph Acosta (Hist. nat. Ind.y trad. franç.,édit. 1508, p. 175) dit qu'on en exportait beaucoup de la Nouvelle-Espagne à son époque. Si les peintures mexicaines représentent la plante de l'Indigo, je me range à l'opinion de M. de Humboldt, mais si l'on juge de la plante d'après la couleur bleue, cela ne prouve rien, car l'espèce tinctoriale figurée par Hernandez(7'Ar*.,p. 108) comme cultivée et spontanée au Mexique, est évidemment différente de tout Indigofera. Aug. de Saint-Hilaire (Nour. Ann. des voy., 1833; Ann, se. nat.y 2' sér., VII, p. 112) a vu au Brésil un Indigofera
propre à la teinture, mais seulement dans le voisinage des habitations.
Moro« nihn, i.. — Le Mûrier blanc était connu des anciens Grecs, de même que le Monts niyra, L. Sur ce point, les savantes recherches de M. Fraas (Syn. Fl. class., p. 236) ne peuvent laisser aucun doute. On sait que les vers à soie furent apportés en Europe sous Justinien, par des moines qui venaient de l'intérieur de l'Asie. Dès lors, le Mûrier blanc et les vers à soie furent transportés successivement dans toute l'Europe méridionale et tempérée.
Les Morus alba et nigra croissent spontanément dans l'Asie Mineure, en particulier dans le Pontet l'Arménie (Fraas, /. c, p. 237-239). Le Morus alba est indiqué en Thrace (Griseb., Spicil., II, p. 330), en Tbessalie (Fraas, l. r.), et ailleurs en Grèce, en Italie (Poil., Fl. Ver., III); mais dans ces localités, il est fort probable qu'il s'est naturalisé à la suite du transport si fréquent des graines par les oiseaux ou par l'homme. Le Morus alba paraît commun et spontané au midi et au sud-ouest de la mer Caspienne (C. A. Mey., Vers., p. 45 ; Hohen., Pl. Talusch, p. 31); peutêtre au nord du Caucase n'est-il que semé et naturalisé, malgré sa spontanéité actuelle (Ledeb., Fl. Ross., III, p. 643). Le Morus nigra est indiqué près de Lenkoran, et, eu général, au sud-ouest de la mer Caspienne et au midi du Caucase (Ledeb., Fl. Ross., III, p. 644). Le docteur Wallich, List, n. 4048) rapporte, avec doute, au Morus alba, un laurier de Kamaon et Sirmore, dans l'Inde septentrionale ; mais l'espèce et la qualité de plante spontanée sont incertaines. Le docteur Royle (IU. //imi., p. 337) dit : « Le Morus alba est rare dans l'Inde et cultivé dans peu de jardins seulement. » M. Bunge l'a trouvé dans les montagnes au nord de la Chine « quasi spontané. » (Enum.t p. 60). Vu sa nature robuste, il ne serait pas étonnant qu'il eût existé dans une grande partie de j'Asie tempérée, avant la naissance de l'industrie des vers à soie. Le Morus nigra n'est pas indiqué par les auteurs anglo - indiens. D'après les recherches de M. Ant. Targioni (a), les premiers vers à soie élevés en Italie auraient £lé nourris avec le Morus nigra ; cela résulte des expressions de Pier Crescenzio, qui écrivait en 1280. Les vers à soie existaient à Florence avant 1266, et ils avaient été introduits en Sicile dès 1148. Dans le xvn' siècle, jes feuilles du Mûrier blanc avaient remplacé celles du noir, et l'on croit communément, selon M. Targioni, que des boutures du Morus alba avaient é}é apportées d'Orient, en 1434, par Fr. Buonvicini.
Mo™» indic wiiid — Ce Mûrier, dont le fruit est noir, est celui que
(a) Cenni storici $ulla introd. di varia piaule neli agric. edort. losc., Firenre, 1850. Je ne ronnai> malheureusement cet écrit que par un extrait donné dans le Journal of il.e hurtic. Soc., en l$jt.
l'on cultive dans toute l'étendue de l'Inde. Il est le seul dont on connaisse un nom sanscrit (Roxb., FL, édit. |832, v. III, p. 596; Pidd., Index). Roxburgh ne l'avait vu que cultivé. Le docteur Wallich, List, n. 4645) indique plusieurs localités, Népaul, Moalmyne, Ava; mais sans dire jusqu'à quel point les pieds observés y étaient spontanés. Je les crois tels, car les régions de l'Inde renferment d'autres espèces (ou variétés) de Mûriers, qui sont certainement indigènes.
D. Plantes cultivées pour leurs fleurs ou leurs bractées.
■nmoiaa Lapaïas, l — Les Celtes et les Germains faisaient usage du houblon (Reynier, Econ. Celt., p. 433), mais peut-être allaient-ils le chercher dans la campagne sans le cultiver. Les Romains et les Grecs ne l'employaient pas. Sa culture remonte au moins à quelques siècles dans l'Europe centrale. Elfe a amené plusieurs variétés de la plante. Cependant personne n'hésite à reconnaître les houblons cultivés pour la même espèce que le houblon sauvage qui. woft en Europe, au Caucase et en Sibérie (Ledeb., FI. Ross., III, p. 6$5). Il n'existe pas sur le revers méridional de l'Himalaya (Royle, III. Him., p. 335) et n'a aucun nom sanscrit.
Comme l'espèce était répandue sur une vaste région , chacune des langues primitives européo-asiatiques de cette région lui avait donné un nom différent. Les Germains ont dit Hopf, d'où le Hop des Anglais. Le houblon des Français, le Humleées Danois, etc., sont analogues au mot allemand et aussi au mot Humala des Esthoniens et au Kumalak des Tartares. On croit que le houblon est désigné par Pline (l. xxi, c. 15) sous le nom de Lupus salictarius, ce qui est confirmé par le nom italien Lupulo, Lupolo (Targ. Tozz. Dict., p. 54 ). A la renaissance on en tira le nom générique Lupulus, usité jusqu'à Linné, qui prit celui de Humulus (GVn., iw éd., ann. 1737, n. 750; //or/. Cliff'., p. 458) et nomma l'espèce Humulus Lupulus (a). Les Slaves disent Chmel, qui se retrouve en russe, bohème, serbe, etc., et n'est pas éloigné du Kir,?* des Grecs. Les Leltoniens ont le mot Api ni (Moritzi, Dict. des noms vulg.), mot tout à fait distinct, .le note cette variété de noms pour une plante à grande habitation, parce que, dans d'autres cas, l'unité de nom sera l'indice d'une originé restreinte.
Crocus MtivM, i„ — La culture du safran est très ancienne dans
(a) Linné tût venir le nom Humulns de Humus (Gen.,1. c), mais la concordance entre le nom suédois du houblon Uumhle (Fi. Suce, p. 297) et le nom danois Humle est si grande, i|u'on ne peut la croire fortuite. Evidemment Linné avait (ait le nom Humulus par un de ces calembours étymologiques, indiqués déjà dans sa Critica botanica, en 1737, p. 49, développés ensuite dans sa PhUowphia, n" 229; seulement il disait tolérer les noms déjà faits : dans le cas actuel il eu a forgé un lui-même.
858 ORIGINE GKOGRAIMIIQl'E DES ESPECES CULTIVÉES.
l'Asie occidentale. Les Homains vantaient le safran de Cilicie; ils le préféraient à celui cultivé en Italie (Pline, I. xxi. c. 6). L'Asie Mineure, la Perse et le Cachemir sont depuis longtemps les pays qui en exportent le plus. L'Inde le reçoit aujourd'hui du Cachemir (Hoyle, / // ■ ., p. 372). Roxburgh et Wallich ne l'indiquent pas dans leurs ouvrages. Les deux noms sanscrits mentionnés par Piddington (Index, p. 25) s'appliquaient probablement à la substance du safran importé de l'Ouest , car le nom Kasmirajamma semble indiquer le pays d'origine Cachemir, et le nom Kunkuma peut avoir la même source que le nom persan Kfrkum et le nom hébreu Karkom, mentionnés par Hoyle («•). Le nom grec Koôxoç est évidemment dérivé de ceux-ci; mais le nom Safran, qui se retrouve dans toutes nos langues modernes d'Europe, fjfOit de l'arabe Sahafaran (J. Bauh., II, p. 637), Zafran (Hoyle, /. r.). Les Espagnols, plus
près des Arabes, disent Azafran. Le nom arabe .lui-même vient de Assfar, jaune, d'après Mérat (Dict. mat. méd., II, p. 467).
Le Crocus sativus est spontané en Grèce (fcityhjV PWr. ; F^bjJs; ^Sifk': - j Fl. class., p. 202; Herbert, dans Jnurn. of hartic. Sur., II, p. 267) et très vraisemblablement aussi dans l'Asie Mineure et la Perse. On l'indique dans lesAbbruzzes prèsd'Ascoli (J. Gay, cité par Babington, Man. lirit. Fl.). Sa cultùre, dont les conditions sont exposées d'une manière très intéressante par M. de Gasparin (Cours d'agric, IV, p. 207) devient de plus en plus rare en Europe et en Asie (Jacquemont, Voy.y III, p. 238). Elle a eu quelquefois pour effet de naturaliser, au moins pendant quelques années, l'espèce dans des localités où elle semble sauvage.
i ar>opi.Tiius aronuiico*. L. — Le giroflier doit être originaire des Moluques, ainsi que le dit Humphius (II, p. 3), car la culture en était limitée il y a deux siècles à quelques petites îles de cet archipel. Je ne vois cependant aucune preuve qu'on ait trouvé le giroflier véritable, à pédoncules et boutons aromatiques, dans un état spontané. Rumphius regarde comme la même espèce une plante qu'il décrit et ligure (II, lab. 3) sous le nom de Caryophyllum sylvestre, et qui se trouve spontanée dans toutes les Moluques. Un indigène lui avait dit que les girofliers cultivés dégénèrent en cette forme, et Rumphius lui-même avait trouvé un de ces girofliers
(a) Je remarque une certaine coofiufon cher, les Arabes entre le safran cl le rarthamc, dont les fleurs donnent aussi une teinture jaune et qui est cultivé en Egypte, où le safran ne l'est pas (Forsk., Delile, Reynier). Le nom du Carthamus tinctorius en arabe est qortom (Delile, III., p. 24), celui de la fleur de cette plante o'sfour (id.), œ/for (Forsk., p. lui). Le premier de ces noms rappelle le nom hébreu et persan du Crocus ; le second vient de sa couleur et de l'analogie avec le safran. Le Carthame a reçu dans le commerce le nom de safranon ou faux safran. On voit dans les anciens auteurs (Cœsalp , i. Bauh., III, p. 76), et déjà dans Pline, que des emplois analogues ont fait de tout temps rapprocher et désigner semblablcment ces deux plantes.
sylvestres dans une ancienne plantation de girofliers cultivés. Cependant la planche .1 de Humphius diffère de la planche 1 du giroflier cultivé, par la forme des feuilles et des dents du calice. Je ne dis rien de la planche 2, qui parait une monstruosité du giroflier cultivé. Rumphius dit que le giroflier sylvestre n'a aucune qualité aromatique (p. 13); or, eu général, les pieds sauvages d'une espèce ont les propriétés aromatiques plus développées que celles des plantes cultivées. Sonnerat {Voy. Nouv. -Guinée , tab. 19 et 20) publie aussi des figures du vrai giroflier et d'un faux giroflier, d'une petite île voisine de la terre des Papous; il est aisé de voir que son faux giroflier diffère complètement par les feuilles obtuses du vrai giroflier, et aussi des deux girofliers de Humphius. Je ne puis me décider à réunir ces diverses plantes sauvages et cultivées , comme le font tous les auteurs (Thunb., fiik, II, p. 326; DC. , Prodr., III, p. 262; Hook., Bot. mag., tab. 27A9; Hassk., Cal. h. Bogor. Alt., p. 261). Il est surtout nécessaire d'exclure la planche 120 de Sonnerat qui est réunie dans le Botanical Magazine. On trouve dans cet ouvrage et dans les dictionnaires d'histoire naturelle l'exposé historique de la culture du giroflier.
E. Plantes cultivées pour leurs fruits.
Anona «qnamosa , l. (en français Pomme -caneile , Marie baise, Attier; en anglais Stceet sop, sugar Apple, et dans l'Inde abusivement Custard Apple). — La patrie de cette espèce, ainsi que d'autres anonacées cultivées, a suscité des doutes qui en font un problème intéressant. M. R. Brown (Bol. Congo, p. 6) établissait en 1818 le fait que toutes les espèces du genre Anona, excepté l'Anona senegalensis, sont d'Amérique et aucune d'Asie. Aug. de Saint-Hilaire (Pl. us. des Brés., 6# livr., p. 5) dit que d'après Vellozo, l'A. squamosa a été introduit au Brésil , qu'il y est connu sous les noms de Pinha, venant de la ressemblance avec les cônes de pin, et dM/a, t évidemment emprunté aux noms Alloa et Atis, qui sont ceux de la même plante en Asie, et qui appartiennent aux langues orientales. Donc, ajoute de Saint-Hilaire, les Portugais ont transporté l'A. squamosa de leurs possessions de l'Inde dans celles d'Amérique, etc. » Ayant fait en lS32une revue de la famille des Anonacées (Mém. soc. Phys. et d'hisl. nat. de Genève), je fis remarquer combien l'argument botanique de M. Brown devenait de plus en plus fort, car malgré l'augmentation considérable des Anonacées décrites, on ne pouvait citer aucun Anona, et même aucune Anonacée à ovaires soudés qui fût originaire d'Asie. J'admis (p. 19 du mém. tiré à part) la probabilité que l'espèce venait des Antilles ou de la partie voisine du continent améri-
86Ô ORtr.iNfc Gêo'graMnqie Dks espèces cultivées.
cain; mais par inattention j'attribuai cette opinion à M. Brown, qui s'était borné à revendiquer une origine américaine en général (a).
Depuis, des faits de diverse nature ont confirmé cette manière de voir.
L'Anona squamosa, L., a été trouvé sauvage en Asie, avec l'apparence plutôt d'une plante naturalisée; en AfVique, et surtout en Amérique, avec les conditions d'une plante aborigène. En effet, d'après le docteur Roylè (fil. Himal., p. 60), cette espèce a été naturalisée en plusieurs localités de l'Inde; mais il ne l'a vue, avec l'apparence d'une plante sauvage, que sur les flancs de la montagne où est le fort de Adjeegurh, dans le Bundlecund, parmi des pieds de Teck. Lorsqu'un arbre aussi remarquable, dans un pays aussi exploré par les botanistes, n'a été signalé que dans une seule localité hors des cultures, il est bien probable qu'il n'est pas originaire du pays. M. Hooker fils l'a trouvé dans l'île de Santiago, du cap Vert, formant des bois sur le sommet des collines de la vallée de Saint-Dominique (Webb, dans Fl. Nigr., p. 97). Comme l'A. squamosa n'est qu'a l'état de culture sur le continent voisin (Flor. Xigr., p. 204); que même il n'est pas indiqué en Guinée par les collections de Thonning (/'/. Guin.), ni au Congo (Br., Congo, p. 6), ni dans la Sénégambie (fluill. Perr. et Rich., Tent. Fl. Seneg.), ni en Abyssinie ou en Kgypte, ce qui montre une introduction récente en Afrique; enfin, comme les lies du cap Vert ont perdu une grande partie de leurs forêts primitives, je crois dans ce cas à une naturalisation par des graines échappées de jardins. Les auteurs s'accordent à dire l'espèce sauvage à la Jamaïque. On a pu autrefois négliger l'assertion deSloane (Jam., II, p. 16S) et de P. Brown (Jam.y p. 257), mais elle est confirmée par M. Macfadyen (Fl. Jam., p. 9). M. de Martius a trouvé l'espèce dans les forêts de Para (Fl. Bras., fasc. 2, p. 15), localité assurément d'une nature primitive. Il dit même : « Sylvescentcm in nemoribus paraé'nsibus invcni, » d'où l'on peut croire que les arbres formaient à eux seuls une forêt. Splitgerber (Nederl. Kruidk. Arch., I, p. 230) l'avait trouvé dans les forêts de Surinam et l'indique an spontanea?Le nombre des localités dans cette partie de l'Amérique est assez significatif. Je n'ai pas besoin de rappeler qu'aucun arbre, vivant ailleurs que sur les côtes , n'a été trouvé véritablement aborigène à la fois dans l'Asie, l'Afrique et l'Amérique intertropicales (chap. X). L'ensemble de mes recherches rend un fait pareil infiniment peu probable, et si un arbre était assez robuste pour offrir une telle extension, il serait excessivement commun dans tous les pays intertiopicaux.
D'ailleurs les arguments historiques et linguistiques se sont aussi ren-
[a) Voy« Bot. of Congo, cl la traduction allemande des œuvres de Brown, qui a de» tables alphabétique».
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLfS GÉNÉRALEMENT 'ctlttritlft. ftfll
forces dans lé sens de l'origine américaine. Les détails donnés par Rumphius (I, p. 139) montrent que l'Anona squamosa était une plante nouvellement cultivée dans la plupart des îles de l'archipel indien. Forster n'indique aucune Anonacée comme cultivée dans les petites îles de la mer Pacifique (Plant, escul.). Rheede (Malab., 111, p. 22) dit l'A. squamosa étranger au Malabar , mais transporté dans l'Inde d'abord par les Chinois et les Arabes, ensuite par les Portugais. Il est certain qu'il est cultivé en Chine et en Cochinchine (Lour., Fl. Coch., p. 427), ainsi qu'aux Philippines (Blanco, Fl.); mais depuis quelle époque? C'est ce que nous ignorons. Il est douteux que les Arabes le cultivent (a) ; mais dans l'Inde on le cultivait du temps de Roxburgh (Fl. Ind., éd. 1832, v. II, p. 057), qui n'avait pas vu l'espèce spontanée, et qui ne mentionne qu'un seul nom vulgaire de langue moderne (bengali) , le nom Ata , qui est déjà dans Rheede. Plus tard on a cru reconnaître le nom Gunda-Gatra comme sanscrit (Piddington, Index, p. (V); mais le docteur Royle (///. Htm., p. GO) ayant consulté le célèbre ^'ilson, auteur du Dictionnaire sanscrit , sur l'ancienneté de ce nom , il lui a été répondu qu'il avait été tiré du Sabda chanrika, compilation moderne comparativement. Les noms de A(«. Ati, se trouvent dans Rheede et Rumphius (I, p. 139). Voilà sans doute ce qui a servi de base à l'argumentation de Saint-Hilaire , mais un nom bien voisin est donné au Mexique à l'Anona squamosa. Ce nom est Ate, Ahate de Panucho, qui se trouve dans Hernandez (p. 3A8 et hbh) avec deux figures assez semblables et assez médiocres, qu'on peut rapporter ou à l'A. squamosa, avec M. Dunal (3Iém. Annn., p. 70), ou a l'A. Cherimolia, avec M. de Martius (Fl. Bras., fasc. 2, p. 15). Oviedo emploie le nom de A non (6). Il est très possible que le nom de Ata soit venu au Brésil du Mexique et des pays voisins. Il se peut aussi, je le reconnais, qu'il vienne des colonies portugaises des Indes orientales. M. de Martius dit cependant l'espèce importée des Antilles au Brésil (Fl. Bras., I. c). Je ne sais s'il en a la preuve ou si elle résulte do
(a) Cela dépend de l'opinion qu'on se formera sur l'A. glabra Forsk. (A. asiatka, p. Don., Anon., p. 71 ; A. Forskalii, I>C, Syst., I, p. 472), qui était cultivé quelquefois dans les jardins de l'Egypte lorsque Forskal visita ce pays, sous le nom de Keschla, c'est-à-dire lait coagulé. ta rareté de la culture et le silence des anciens auteurs montrent que c'était une introduction moderne en Egypte. Ebn Baithar (trad. al m de Sontheimcr, 2 vol. 1840), médecin arabe du Xlll* siècle, ne parle d'aucune Anonacée et ne mentionne pas le nom de Keschta. Je ne vois pas comment la description et la flgure de Forskal (Dwcr., p. 102, ic. lab. 15) diffèrent de l'A. squamosa. l/échanlillon de Coquebert, cité dans le Syslcma, concorde assez a\ec la planche de Forskal, mais comme il est en fleur et que la planche donne le fruit, l'identité ne peut être bien prouvée.
(h) Do là vient le nom de genre Anonay que Linné a changé en Annona (provision), parce qu'il ne voulait aucun nom des langues barbares, et qu'il ne craignait pas les jeux «le mots (voy. la note p. 857).
l'ouvrage d'Oviedo, qu'il cite et que je ne puis consulter. L'article d'Oviedo transcrit dans Marcgraf (p. 9à) décrit l'A. squamosa sans parler de son origine.
L'ensemble des faits est de plus en plus favorable à l'origine américaine. La localité où l'espèce a paru le plus spontanée est celle des forêts de Para. La culture en est ancienne en Amérique, puisque Oviedo est un des premiers auteurs (1535) qui aient écrit sur ce pays. Sans doute la culture est aussi d'une date assez ancienne en Asie, et voilà ce qui rend !e problème curieux. Il ne m'est pas prouvé cependant qu'elle soit antérieure à la découverte de l'Amérique, et il me semble qu'un arbre fruitier aussi agréable se serait répandu davantage dans l'ancien monde s'il y avait existé de tout temps. On serait d'ailleurs fort embarrassé d'expliquer sa culture en Amérique au commencement du xvi« siècle en supposant une origine de l'ancien monde.
Anona mnricata, i.. (en français Corossol, Cachiman; en anglais Sour sop). — Cette espèce , à laquelle M. Brown (Congo, p. 6) réunit TA. asiatica, L., parait spontanée aux Antilles. Swartz(06*., p. 221) dit : « Habitat campos Jamaica? et Hispaniok». » Macfadyen (Fl. Jamaic, p. 7) la dit commune partout. Selon P. Brown (Jani., p. 255), c'est une des espèces les plus communes dans les savanes de la Jamaïque, et les nègres seuls en recherchent le fruit. Splitgerber ( Ned. Kruidk. Arch., I , p. 226) la dit sauvage à Surinam, mais autour des plantations, et M. de Martius (Fl. Bras., fasc. 2, p. h), qui la dit importée au Brésil, ajoute qu'elle a de la disposition à se répandre hors des cultures. La même espèce est cultivée à Sierra-Leone (Fl. Nigr., p. 204), peut-être par suite d'une introduction récente.
L'A. asiatica, L., fondée sur l'A. sylvestris, etc., de Burman (Linn., H. Cliff., p. 222 ; Sp., II, p. 738), est une plante de Ceylan, associée par Linné à des synonymes américains, et considérée par M. Brown (Congo, p. 6) comme l'A. muricata. Elle est incertaine pour les botanistes indiens (Moon, Cal. Cegl. ; Roxb., Fl,, éd. 1832; Wight, ///., p. 16) comme pour nous (a). Boxburgh et Wight n'ont pas vu l'A. muricata cultivé en Asie.
tnuno rrtiruintn, L. (en français Cœur de bœuf, en anglais (' ustard upplf). — Sa patrie primilive est aux Antilles, par exemple à la
(a) L'échantillon de l'herbier de Linné mentionné par mon père (Sytt., I, p. 473 et 476), paraît avoir été reçu par Linné depuis qu'il avait nommé une espèce A. asiatica, d'après ce que dit M. Brown (Bot. Congo, p. 6), et ne serait donc pas authentique. J'ai deux échantillons nommés A. asiatica, L., mais aucun n'offre la moindre authenticité. L'un, à feuilles non ponctuées, est probablement l'A. squamosa ; l'autre, de Java, à feuilles ponctuées et pubescentes, est difficile à classer vu l'absence de fruits. L'A. asiatica de Linné parait une espèce fabriquée avec des synonymes et qui serait à détruire.
Jamaïque, où il croît dans les montagnes (Macfadyen, Fl. Jam.y p. 10; Jacq., 06*., p. 223). Il est cultivé au Brésil (Martius, Fl. Bras., fasc. 2, p. 15) et dans l'Asie tropicale, mais pas encore en Afrique (Hook., FI. Mgr., p. 206), si ce n'est à l'île Maurice (Boj., U. Maur.). Rheede (III, lab. 30, 31) l'avait vu cultivé au Malabar, où les habitants le considéraient comme importé de l'étranger. D'après ce que dit Huniphius (I,p. 136), on voit bien que l'espèce était cultivée et peu ancienne dans les îles asiatiques. Roxburgh ne connaissait aucun nom sanscrit ou même un peu ancien, car le nom bengali Noona vient évidemment de Anona. Il pensait, avec raison probablement, que l' Anona asiatica, Lour. (non L.), cultivé en Cochinchine, est la même espèce.
Anonn Cherimoila, Lam — Le Cherimolia estindiquépardcLamarck, et M. Dunal, comme croissant au Pérou ; mais Feuillée, qui en a parlé le premier (06*., III, p. 23, lab. 17), le mentionne comme cultivé. Macfadyen (FL Jam., p. 10) le dit abondant aux montagnes de Port-Royal, de la Jamaïque ; mais il ajoute qu'il est originaire du Pérou et doit avoir été introduit depuis longtemps, d'où il semble que l'espèce est cultivée dans les plantations des parties élevées de l'île plutôt que spontanée. Sloane n'en parle pas. MM. de Humboldt et Bonphud l'ont vu cultivé dans le Venezuela et la Nouvelle-Grenade; M. de Martius, au Brésil (FL liras. , fasc. u, p. 15), où les graines en avaient été obtenues du Pérou. L'espèce est cultivée aux îles du cap Vert et sur la côte de Guinée (Hook., Fl. iïigr., p. 205) ; mais il ne parait pas qu'on l'ait répandue en Asie. Son origine américaine est évidente. Je n'oserais pourtant pas aller plus loin et affirmer qu'elle est du Pérou plutôt que de la Nouvelle-Grenade, ou même du Mexique. On la trouvera probablement sauvage dans une de ces régions. Meyen ne l'a pas rapportée du Pérou(iV«r. act. uat. cm/-., XIX,suppl. 1).
Oranger» et citronnier*. — Après les recherches consciencieuses et savantes de Gallesio (a), je n'ai pas à revenir en détail sur l'histoire des différentes espèces ou variétés du genre Cilrus. Il me suflit de renvoyer à son ouvrage pour plusieurs des faits dont il parle, et d'ajouter quelques renseignements plus modernes sur les espèces cultivées ou spontanées dans l'Asie méridionale.
citrusmedien, «*u. — Le Cédrat (6) est l'espèce parfaitement bien
(o) G. Gallesio, Traité du Cilrus, in-8. Pari*, 1811. Dans cet ouvrage, la notion d'espèce est confondue avec celle de race, mais toutes les observations sur les semis et la culture des orangers, ainsi que les recherches historiques, méritent le* plus grands éloges. Le mémoire de Risso (Ann. du Muséum, vol. XX>, est de 1813. Il renferme beaucoup moins d'informations.
(b) J'évitô le nom de Citronnier appliqué par Gallesio au C. medica, pan e que malheureusement en français nous avons transporté ce terme au C. Limon uni. Ce dernier est appelé dans toutes le* langue», excepte dans la notre, Umnn, ou hm »». ou quelque
décrite par Théophrasle (1. iv, c. A) comme abondante en Médie, c'est-àdire dans la Perse septentrionale. On en recevait des fruits à Home dans les premiers temps de Père chrétienne, et peut-être auparavant. Les teutafives de culture avaient d'abord échoué en Italie, et l'introduction ne fut acquise que vers le in* ou ivc siècle, d'après Oallesio (p. 218). Le nom Citria, Citrus, est d'origine latine (Diosc, Mat. mcd.y I, p. 132; Oallesio, p. 263), et s'appliquait aussi à d'autres arbres très différents (a). Les Hébreux cultivaient le Cédratier du temps de la domination romaine, et se servaient de son fruit, comme ils le font encore à présent dans la fétc des tabernacles; mais rien ne prouve qu'ils aient connu cet arbre du temps de Moïse (Call., p. 195, 209). 1! est probable qu'ils l'avaient trouvé à Rabylone à l'époque de la captivité, d'où ils l'avaient rapporté. Quoi qu'il en soit de la diffusion de l'espèce dans l'Asie occidentale, à cette époque reculée, rien ne prouve qu'elle exislAI spontanée et originaire, en Médie. Les voyageurs modernes ne l'ont pas rencontrée sauvage en Perse. Ce pays, il est vrai, a été peu visité par les botanistes, et ses forets ont peut-être diminué depuis quelques siècles par un effet des dévastations et de la sécheresse. Le docteur Royle a trouvé le Citrus médira sauvage dans les forêts du nord de l'Inde (lit. ffima/.,p. 129).
Les habitants l'appellent Bijnurec (prononcez Bijouri); en anglais, Citron. Roxburgh (f 2, Inri., 2e édit., v. III, p. 392) avait reçu des montagnes de (îarrow des graines de trois variétés ou espèces, dit-il, de citron, qu'il avait semées au jardin botanique de Calcutta. Le nom sanscrit du
Citrus medica, d'après Roxburgh, est Breja-nimra,eK le nom hindustaui, Bejovra. On voit dans Beeja (prononcez Bija) la source du nom cité par Royle. Les noms persan Titrrrr et arabe L'trrj, cités par Roxburgh, sont entièrement différents. On cultive le Citrus medica en Cochinchine et en Chine (Lour., Fh Cor//., p. 5(58); mais il n'est pas indiqué au Japon par Thunberg. D'après cet ensemble de faits, il est clair que l'espèce est originaire du nord de l'Inde. Comme l'habitation de chaque Aurantiarée est
chose d'analopue. La langue française n'a respecté l'usage universel que par l'emploi du mot limonade.
(a) Le < itrus atlantica, dont on faisait le» belles tables, mensa citreo, d'Afrique, était probablement l'espère de lèilre, Cedrus atlanliva, que nous savons maintenant exister dans l'Atlas, l ue pareille confusion de nom était bien possible, puisque dan» notre siècle, où l'on a de si grandes prétentions à tout connaître, on ne sait pas encore de quel arbre provient le palnsandre ou rose wood, du Urésil, avec lequel on fabrique une immense quantité de meubles. Les articles des dictionnaires de commerec sont absurdes sur ce point, et les botanistes n'ont eu des renseignements un peu plus exacts qu'en 18ï»3. Palissandre vient probablement des mots l alo santo, bois saint. Il parait que l'arbre est une léguinineuse du Brésil, du genre Machnnïum | voy. llook., Journ. of 6ol., sept. 18:>3, et mon artiele dans In Hibliothèquc universelle, juin 18:i4), mais l'espèce est douteuse.
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLUS GÉNÉRALEMENT CULTIVES. $(î5
naturellement assez restreinte, je ne pense pas qu'elle s'étendit de l'Inde à la Perse septentrionale. Probablement, on l'a transportée de bonne heure dans cette direction, de môme qu'en Chine. Les graines se sèment naturellement dans les colonies, par exemple, à la Jamaïque (Macfad., F/.).
Citrus Llmonom, Bi«»o (Limonier, Gall., p. 105). — Le Limon, que nous appelons mal à propos, en français (voy. la note p. S(53), Cilronf est un fruit bien caractérisé par sa forme ovoïde, mucronée, sa couleur jaune claire et sa pulpe très acide. D'après le docteur Koyle (/{/. Him., p. 130), le nom ordinaire vient du sanscrit imboofca (prononcez Ximbouka), d'où est venu en bengali Aeeboo (prononcez Nibou), en indoustani Xcemoo, Lecmoa, Leehoo (prononcez Nimou, Limon, Libou), en arabe Limoun (Gall., p. 105), en italien Limo/ic, en vieux français Limon (Oliv. de Serres), en anglais Lemon. Le docteur Rovle l'a trouvé sauvage dans les forêts du nord de l'Inde. Un fruit aussi acide ne devait pas attirer l'attention des agriculteurs et des voyageurs. Il n'est pas étonnant que l'antiquité romaine et grecque ne l'ait pas connu. Sa culture ne s'est répandue vers l'occident que par la conquête des Arabes. En «'étendant sur de vastes régions de l'Asie et de l'Afrique, ils ont propagé partout les Orangers et le Limonier. Ce dernier a été porté par eux, dans le Xe siècle de notre ère, des jardins de l'Oman, en Palestine et en Kgypte (Gall., p. 251). Jacques de Vilry, dans le xni* siècle, décrit très bien le Limon qu'il avait vu en Palestine, et sans doute, ce sont des Croisés qui l'apportèrent en Italie, sans que l'on puisse fixer précisément dans quelle année. Du côté de l'est, le Limonier s'est répandu en Cochinchine (Lour., /•'/.,. p. 568), et probablement en Chine. Thunberg ne l'indique pas au Japon. Il se propage et se naturalise de graines dans les colonies d'Amérique, par exemple, à la Jamaïque (Macfad., I L).
ch™» Aarantium, L . — L'Orange amère ou Bigarade (Cilrus Bigaradia, Duham.; Citrus vulgaris, Risso) et l'Orange douce (Citrus Aurantium, Risso), se conservent régulièrement de graines, d'après les expériences de Gallesio et de plusieurs horticulteurs des environs de Finale (Gall., p. 30), contredites, il est vrai, par Macfadyen (a).
Comme le seul caractère distinctif, d'après Gallesio lui-même (p. 122 et 1A9), est la saveur de la pulpe, je suis disposé, au point de vue bota-
(o) 11 est vraiment curieux de mettre en opposition les passages suivants : Gallesio (p. 32). « J'ai semé pendant une longue suite d'années des pépins d'orange douce, tantôt pris sur des arbres francs, tantôt sur des orangers groffés sur bigaradiers ou sur limoniers : j'ai toujours eu des arbres à fruits doux. Ce résultat est constaté depuis plus de CO ans par tous les jardiniers du Finalais. 11 n'y a pas un exemple d'un bigsiradier sorti des semis d'orange douce, ni d'un oranger à fruits doux sorti de la semence de bigamie. • Voje* aussi In pape 67, où l'auteur répète le même fait. Il raconta ailleurs
nique, à voir là deux races et non deux espèces. Linné les réunissait sous le nom de Citrus Aurantium. Examinons cependant séparément ces 'deux races ou espèces. L'étude de leur origine géographique pourra peut-être jeter quelque jour sur l'importance de leur caractère distinctif.
Le Bigaradier (Citrus vulgaris, Risso), de même que le Limonier et l'Orange douce, était inconnu aux Grecs et aux Romains, et comme ces derniers avaient étendu leurs relations jusque vers la péninsule indienne et même l'île de Ceyîan, Oallesio (p. 241) en tire l'induction que ces arbres, en particulier le Bigaradier, n'étaient pas cultivés alors dans la partie occidentale de l'Inde. Il a étudié, sous ce point de vue, les anciens géographes et voyageurs, tels que Diodore de Sicile, Marque, Arianus, et n'a trouvé aucune mention des Orangers. Cependant, la langue sanscrite, bien plus ancienne que les Romains et les Grecs, avait un nom pour l'Oranger, Nagarunga (Roxb., FI. Ind.t édit. 1832, vol. II, p. 392), ou Nagrungu (Royle, 111. Hima1.tp. 130). C'est même de là qu'est venu le mot orange, car les Hindustanis en ont fait le nom Narungee (Royle, t'o.), que nous devons prononcer Naroundji, les Arabes ont fait Martin] (Gallesio, p. 122) et les Italiens Xaranzi, Arangi (Gall., îè.). Dans le moyen âge, les auteurs ont dit en latin Arancium, Ârangium, puis Aurantium (Gall., p. 123, 124). Je ne trouve pas dans les auteurs anglais la preuve que le mot sanscrit s'appliquât à l'Orange amère plutôt qu'à l'Orange douce (a) ; mais cela semble probable, car les Arabes qui ont transporté les Orangers de l'Inde vers l'occidènt, ont connu d'abord l'Orange amère et lui ont appliqué le mot Narunj (Gall., p. 122 et 248). Les médecins
(p. 355) comment la gelée de 1 709, ayant fail périr les orangers de Finale, on avait pris l'habitude dans le pays d'élever des orangers à fruits doux de semences. « Il n'y eut pas une seule de ces plantes qui ne portât des fruits à jus doux (p. 357). »
Mncfadyen (FL Jam., 1837, I, p. 129) : « C'est un fait établi, familier à tous ceux qui ont vécu quelque temps dans cette Ile, que la gTaine des oranges douces donne très souvent des arbres à fruits amers (bilter), ce dont des exemples bien prouvés sont arrivés à ma connaissance personnelle. Je n'ai pas ouï dire cependant que des graines d'oranges améres aient jamais donné des fruits doux.... Ainsi l'oranger amer était le type primitif. «• Il ajoute (p. 130) que dans les districts à sol calcaire les oranges semées sont toujours douces, et que dans ceux d'une autre nature, elles sont plus ou moins acides ou amères, même quand elles viennent de» meilleures oranges. Le mémo auteur avait déjà publié ces faits en 1830 (Hook., Bot. mue., I, p. 303). 11 disait alors que les districts non calcaires sont du trap ou des formations secondaires. Dans ces localités, les fruit* ont plus ou moins d'acidité (acridity). Cette dernière expression peut faire penser que les oranges produites mûrissent mal, sont acides, comme les oranges douces de Hyéres, ce qui est bien différent de la qualité amére du bigaradier. Le mot jour en anglais veut dire acide et bitter amer, et l'auteur emploie presque partout le mot bitter. A la page 130 seulement, il parle d'oranges tour ou bitter , comme de choses analogues. Il ne cite pas Gallesio, dont l'autorité me parait supérieure, vu la spécialité de ses étude» sur les orangers.
(o) Cette preuve m'a été fournie récemment par M. Adolphe Pictet. Vover la note plus loin, p. 870.
arabes ont employé dans leurs prescriptions le suc amer du Bigaradier dès le x" siècle de notre ère (Gall., p. 267). Les recherches approfondies de Gallesio montrent que l'espèce s'était répandue depuis les Romains dans la direction du golfe Persique, probablement par l'effet des expéditions des Arabes dans l'Inde. Ce peuple, agriculteur et conquérant, a transporté le Bigaradier en Arabie dès la fin du ix* siècle de l'ère chrétienne. Ce fut par l'Oman, Bassora, Irac et la Syrie, d'après l'auteur arabe Massoudi (Gall., p. 315). Les Croisés virent le Bigaradier en Palestine, et on le cultivait en Sicile dans l'année 1002, ce qui n'est pas étonnant, puisque les Arabes avaient envahi cette île en 828. Us l'avaient aussi porté en Espagne (Gall., p. 257 et 288). Ce sont eux, probablement, qui l'avaient répandu dans l'Afrique orientale. Les Portugais le trouvèrent en Ethiopie en 1520 (Gall., p. 289) et sur la côte orientale d'Afrique, lorsqu'ils doublèrent le Cap de Bonne-Espérance eu 1498 (»</., p. 240). Rien ne peut faire penser que l'Orange amère ou douce existât en Afrique avant le moyen âge. La fable du jardin des Hespérides doit concerner un autre pays ou un autre fruit, et peut-être n'est-elle qu'un jeu de l'imagination fertile des Hellènes (Gall., p. 223).
Aucun botaniste moderne, à ma connaissance, n'a trouvé le Bigaradier sauvage dans l'Asie méridionale, qui doit être cependant sa patrie. Roxburgh, Royle, Griffith, Wight, n'en parlent pas. Le docteur Wallich (List, n. (5384) est le seul qui indique une localité, Silhet, au nord-est du Bengale; mais il ne donne ni description, ni détail sur la station des individus observés. Le Citrus fusca, de Loureiro {FI, Coch., p. 571), qui habite latissime in Cochinchina, rarius in China, s'en rapproche; mais il a un fruit de 2 pouces seulement de diamètre. L'intérieur de la Chine est trop peu connu pour que, du silence des auteurs, on puisse rien conclure. Je crois, en définitive, le Bigaradier originaire de l'Inde au delà du Gange, comme le soupçonnait Gallesio, et même je reculerai l'habitation probable jusque vers Sillet, le pays des Birmans et la Cochinchine. Les véritables motifs sont, en résumé : 1° que l'espèce était peu ou point cultivée dans le temps des Romains à l'occident de l'Inde; 2° que les botanistes ne l'ont pas trouvée sauvage ou naturalisée dans la péninsule indienne et dans le Bengale.
Il ne semble pas que le Bigaradier se sème aussi facilement que le Limonier et le Cédratier dans les colonies américaines. Macfadyen (Fl. Jom., p. 128) l'indique seulement comme cultivé; les autres Citrus comme cultivés et naturalisés.
LOrange douce vient spontanément dans les forêts de Silhet et sur les pentes des monts Nilgherries (Royle, III. Himahj p* 129). Turner en
868 0IUU1NE GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CULTIVEES.
rfnnvà d'excellentes au pied des collines de Duxedwar (Turner, Voy. au Thibet, p. 20 et 387, d'après Iloylc), et cette localité est au nord-est de Rungpoor, dans le Bengale. Le docteur Wight (IU. Jw/., p. 107) dit, mais sans détails et sans préciser la saveur du fruit, que l'Oranger se trouve sauvage dans les jungles des montagnes de la péninsule. Loureiro (Fl. fcorA., p. 560) décrit un Citrus Aurantium, a pétiole presque toujours ailé et à pulpe « acido-dulcis. * qui paraît bien l'Orange douce; et il ajoute: « Habitat cuUa incul laque in Cochinchina et China. » Ces faits prouvent que l'Oranger à fruit doux se maintient habituellement, si ce n'est constamment, comme le dit Gallesio, parle semis des graines, et qu'il est ou sponlané d'origine dans une grande étendue de l'Asie méridionale, ou naturalisé dans une portion au moins de cette vaste région, â la suite d'une culture ancienne et générale.
Afin d'éclaircir ce dernier point, il faut chercher dans quel pays la culturc a commencé et comment elle a marché. Un fruit aussi gros et aussi agréable n'a pas pii exister dans une région sans que l'homme eût essayé tfe le cultiver, et cette réflexion inspire dsscz de sécurité dans les recherches «pi'on peut faire. Celles de Gallesio ne laissent rien à désirer. Il prouve d'abord (p. 287) que l'Oranger apporté de l'Inde, par les Arabes, en Egypte, en Palestine et dans le midi de l'Europe, n'était que l'Oranger ;1 fruit amer, soit bigaradier. Les citations des textes arabes sont très concluantes. De même pour le midi de l'Europe jusqu'au xv« siècle (p. 29*2). Du X' au xv« siècle, les chroniques parlent souvent de l'Oranger, mais toujours a fruit aigre. C'est aussi celui que les Portugais trouvèrent sur la côte orientale de l'Afrique après avoir doublé le Cap (M., p. 240). Eh arrivant dans l'Inde, ils trouvèrent des Orangers a ft-uits doux. Le Florentin, (|ui accompagnait Vasco île Cama, et qui a publié la relation du voyage, dit : « Sonvi melarancie assai, ma tulle dolci. > (Il y a beaucoup d'Oranges, mais toutes douces.) Ni ce voyageur, ni ceux qui suivirent ne témoignèrent plus de surprise d'une espèce d'Orange aussi agréable. Gallesio en infère que les Portugais n'ont pas été les premiers ;ï rapporter l'Oranger doux de l'Inde, où ils arrivèrent en 1A98, ni de Chine, oïl ils parvinrent en 15Ï8 (Gall., p. 30t>). D'ailleurs, une foule d'écrivant du commencement du xvi* siècle parlent de l'Orange douce comme d'iin fruit déjà cultivé en Italie et en Espagne. Il y a plusieurs témoignages pour les années 1523, 1525 (Gall., p. 302). Ainsi, l'opinion de ceux qui regardent les pieds cultivés en Portugal comme les plus anciens, n'est pas fondée. L'Orange douce est probablement venue au travers de l'Asie, de proche en proche, [wr l'influence des Arabes, et plus tard par l'effet des relations si fréquentes du midi de l'Europe, surtout de Gènes cl de Venise, avec
l'Orient (GalL, p. 315). Comme la rivière de Gènes est devenue de bonne heure le centre du. commercé des Oranges, on peut croire que les Cénois ont été les principaux agents de cette introduction. Le nom d'Orange de î*ortugal donné souvent aux meilleures Oranges douces, viendrait simplement de ce que le climat de Portugal leur est favorable, ou de ce que les Portugais auraient introduit de Chine, «à une époque moins ancienne, des Orangers de qualité distinguée.
Rien ne prouve que l'Oranger à fruit doux fût ancien dans l'Inde. Au contraire, s'il avait été spontané ou cultivé de toute ancienneté dans ce pays, surtout dans la péninsule et à Ceylan, on ne peut douter que l'expédition d'Alexandre, les communications avec la Perse, les voyages des Romains par la mer Rouge, ne l'eussent fait connaître dans l'occident beaucoup plus iôt. Assurément, on l'aurait choisi, cultivé et propagé de préférence au Limonier, au Cédratier et au Bigaradier. Roxburgh (Fl. InJ.'y 2e édlt., v. Ili, p. 393), si explicite pour les fruits de l'Inde, en parle 3 peine.
Dans l'Archipel indien, l'Oranger à fruit doux était considéré comme venant dé Chine (Rumph., Ami)., II, c. A2). Il était peu répandu dans les lies orientales de la mer Pacifique (Forst., Pl. esc, p. 35). Les Chinois, au contraire, les Cochinchinois et les Japonais (Thunb., Fl.f p. 292) cultivent l'Oranger à fruit doux en abondance et depuis un temps immémorial. Probablement, l'habitation primitive se trouvait dans la Chine méridionale, la Cochinchine, le pays des Birmans ; peut-être Sillet, où le docteur Wallich parait avoir vu la plante spontanée, comme Loureiro en Chine et en Cochinchine. Quant aux localités du Bengale, et surtout de la péninsule indienne; je les crois plutôt l'eflel de la dispersion de graines jetées hors des cultures.
Dans les colonies, on sème l'Oranger et il se répand quelquefois de luimême (Macfadyen, Fl. Jàm., p. 128). J'ai dit que, d'après des expériences directes de Gàllesio, il conserve toujours de graines sa qualité, tandis que Macfadyen (voyez la note ci-dessus) nie positivement que cela soit constant. Les deux assertions peuvent se concilier si l'on suppose que Gallesio à écarté toute chance de croisement avec le Bigaradier et que les cultivateurs de la Jamaïque ne s'en sont pas préoccupés. Il se peul aussi que Macfadyen appelle orange amère une orange acide plutôt qu'amère à la feron du Bigaradier (voy. la note p. 866).
Ceci me ramène à la question de l'espèce, question que les semis né peuvent jamais trancher. Le Bigaradier et l'Oranger à fruit doux ayant, selon les probabilités exposées ci-dessus, la môme habitation primitive, j'y vois un argument de plus en faveur de l'opinion qui réunit les deux races
en une seule espèce. Dans cette hypothèse, l'Orange douce serait une modification du Bigaradier née en Chine ou en Cochincbine, à une' époque très reculée, sans doute, mais historique et non antérieure à l'homme (a). L'hypothèse me semble cependant un peu moins probable que celle qui fait dériver la Pèche lisse de la Pèche velue (p. 3.86). ' ,
cifrun japonica, Thanb. — Cette espèce, à fruit gros comme une cerise et très doux, parait distincte. Elle croît au Japon, où on la cultive, de même qu'en Chine (Thunb., F/., p. 293 ; Fortune, Journ. hortic. Soc, III, p. 239).
ciirui juinnifii. Biumr ( Bijdr., p. 140). — Rumphius l'a figuré (II, pl. 29). Il parait une bonne espèce, à feuilles larges, fleurs solitaires, fruit petit, arrondi, et peu acide. Il est cultivé à Java; mais on le trouve aussi sauvage, près des habitations, dit Rumphius; sur le mont Salak, dit M. Blume.
Indépendamment de ces espèces bien tranchées, il existe dans les cultures, en Europe et en Asie, une multitude de formes plus ou moins intermédiaires, assez souvent monstrueuses ou stériles, qui ne paraissent pas avoir été trouvées à l'état sauvage et sur lesquelles l'opinion des monographes n'est pas fixée. Les croisements hybrides ont probablement joué un grand rôle dans leur histoire. Je rappellerai seulement les principales d'entre elles et les plus caractérisées.
cura* decomana, wiiid (Pampcl-moes, Rumph., II, tab. 24, f. 2; S haddock des Anglais). — C'est une des catégories les plus abondantes dans les cultures de l'archipel indien. Les formes en sont peu fixées, d'après ce que dit Rumphius ; mais la variété à très gros fruits dont il parle (p. 98) paraît se mainlenir de graines, et plusieurs auteurs en font le type d'une espèce (Blum., Bijdr., p. 140; Forst., Pl. etc., p. 35). D'après Rumphius, le pays d'origine serait la Chine méridionale. Loureiro (FI. Coch.t p. 572), dit : « Habitat fréquenter in C oc hin china et China ; » mais cela ne signifie pas qu'elle soit spontanée, car ailleurs (voy. C. Aurantium) il a soin de dire si une plante cultivée est aussi spontanée. On la cultive certainement beaucoup en Chine, dans le midi et sur le littoral. On envoie les fruits de là à Pékin (Bunge, Enum., p. 9). Au Bengale, on l'a reçue de Batavia (Roxb., Fl. Ind., 2* édit., v. III, p. 393). Elle a été
(a) H. Adolphe Piclet vient de me fournir un indice de la dale peu reculée de l'Orange douce. Il a cherché dans les ouvrage» sanscrits les noms significatifs donné» a l'Orange ou à l'Oranger. Ils sont au nombre de 17, qui tous font allusion à la couleur, à l'odeur, la qualité acide [danlacalha, nuisible aux dents), le lieu de croissance, etc., jamais à une saveur douce ou agréable. Cette multitude de noms, indépendamment du nom ordinaire Nagaranga, montre un fruit ancien dans le pays, mais différent pour la saveur, de l'Orange douce,
transportée d'Asie en Amérique par un capitaine Shaddock, d'où vient le nom anglais (Pluk., Âlmag., p. 239; Sloane, Jam., I, p. Al). Il paraît que les premiers pieds vinrent de graines laissées aux Barbades par ledit Shaddock (Sloane, /. c). A la Jamaïque, on continue d'en semer (Macfad., Fl. Jam., p. 131). Si Gallesio avait eu connaissance de ce fait, il aurait sans doute admis l'espèce, car son principe était de regarder toute forme constamment héréditaire comme spécifique. Il n'avait pas vu le vrai Citrus decumana d'Asie, et d'après les descriptions, il le rapportait au Citrus Aurantium à fruit doux (p. 161). Il s'efforce de le distinguer de la Pomme d'Adam, qu'il regarde comme une hybride de l'Oranger et du Cédratier (p. 141). Je suis disposé à admettre le Citrus decumana comme espèce, non pas précisément à cause de l'hérédité qui est propre aux races et aux espèces, ni à cause de la grosseur du fruit, caractère susceptible de transitions, mais peut-être à cause des feuilles pubescentes en dessous (Rumph., Blume, Macfad., I. c.) et légèrement ciliées sur les bords (Blume), ce qui, dans un genre à feuilles essentiellement glabres et lisses, me parait avoir quelque valeur. Le Citrus decumana réussit dans les lieux très humides, autre différence d'avec les Orangers (Macfad., I. c). Si on admet l'espèce, il faut reconnaître en môme temps qu'elle s'est" modifiée dans les cultures , et qu'il s'est formé souvent des hybrides avec les autres espèces cultivées.
La Pomme d'Adam, connue déjà des Arabes à l'époque des croisades, présente les indices d'une plante hybride (Gall., p. 141). Le lu™* ■obilia, lour., ne diffère du Citrus Aurantium à pulpe douce que par le fruit légèrement déprimé, caractère bien insuffisant pour une espèce. Le « ii rus LimectA, Mmo (Ann. Mus., XX, p. 195), est évidemment composé de plusieurs formes distinctes, que Gallesio a séparées avec méthode et a rapportées à diverses espèces comme variétés ou hybrides. En particulier, la Bergamotle est, selon lui (p. 118), une hybride du Limonier et de l'Oranger, je suppose de l'Oranger amer. Il n'en donne aucune preuve directe ; mais la circonstance qu'on possède plusieurs de ces intermédiaires en Asie et en Europe, et le fait qu'on ne les trouve pas sauvages, rendent vraisemblable l'opinion de Gallesio sur les quatre types primitifs de nos fruits cultivés du genre Citrus.
Je termine en remarquant la facilité avec laquelle les Aurantiacées se sont naturalisées de semis en Amérique, dès les premiers temps de la conquête. J. Acosta (Hist. nat. Ind., trad. franc., 1598, p. 187) en était déjà surpris, et une foule d'autres voyageurs également.
HaogottM. — Le Ciarclnia Mangoatana, i. , croît dans les forêts de
quelques-unes des îles orientales de l'archipel indien, par exemple, à
Baleya (Rumph.,I, p. a 33). Il est très local, soit comme plante spontanée, soit même comme plante cultivée. L'excellence du fruit a, sans doute, engagé les habitants de plusieurs pays à le cultiver; mais ou ne peut réussir que dans les régions très chaudes et très humides. Roxburgh n'a jamais pu obtenir le Mangostan au delà du 23* degré 1/2 de latitude dans l'Inde (Royle, III. Mm., p. 133). Transporté à la Jamaïque, il ne donne que des fruits médiocres (Macfad., Fl. Sam., 1, p. 134).
Mammea amerlcana, Jaeq. — Le Mamec mi Mammee des colons anglais et espagnols ; Y Abricotier d'Amérique des colons français, dont le fruit est assez estimé, se trouve sauvage dans les îles Antilles (Sloane, Jam.y I, p. 123; Jacq., Amer., p. 262; Macfad., p. 135) et sur le continent voisin (Jacq., ib.). On le cultive dans ces pays, mais on a peu essayé de le transporter ailleurs. Il n'existait pas même dans les jardins de l'île Maurice en 1837 (Boj., H. Maur.), ni à Calcutta du temps de Roxburgh (F/.,édit. 1832).
t'itla vinifera, l. — La Vigne est spontanée dans toute la région inférieure du Caucase, au nord, et surtout au midi de la chaîne, en Arménie, et au midi de la mer Caspienne, d'après plusieurs auteurs cités par Ledehour (FI. Ross., î, p. 458). Les notions historiques ne permettent pas de douter que ce ne soit la patrie originaire de l'espèce. S'étendait-elle beaucoup vers lemidide la Russie, l'Anatolie, la Perse et lesmontagnes du Caboul? C'est ce que les recherches botaniques ne peuvent plus nous apprendre. La Vigne se sème et se naturalise aisément dans les régions tempérées de l'ancien monde. Quand on trouve des pieds sauvages dans les haies, les broussailles, rien ne peutapprendre s'ils descendent de raisins cultivés ou de raisins spontanés, et plus on se rapproche de l'habitation originaire, plus l'incertitude augmente. La conformation des feuilles, la grosseur et la saveur des fruits sont des indices trompeurs à cet égard, puisque des Vignes livrées à elles-mêmes, non taillées, venues de semis au lieu «le boutures, peuvent très bien offrir des caractères distincts, tout en provenant de Vignes cultivées. Il est certain que l'espèce prospère dans toute l'Asie occidentale tempérée, notamment au Caboul, en Cachemir et dans le pays de Kunavvur (Royle, ///. Him., p. 148). Elle a un nom sanscrit, Draksha (a), qui montre
(a) M. Adolphe Pictcl m'apprend que le raisin se nomme en sanscrit Rasa ou Rasalaî savoureux, abondant en jus. Il remarque l'analogie avec le mot raisin. Celui-ci est *up- Pô** venir du latin racemu*, ou du grec p*;, grain de raisin (Rescherello, Dicl. Fr.). Je croirais que le mot grec et le mol sanscrit dérivent d'une, origine commune, remontant à la dispersion des peuples indo-européens, sortis de la région caucasique, patrie de la vigne. Toutefois, à l'inverse du chanvre (p. BSS), lu vigne et le raisin ont reçu des noms extrêmement différents dans les langues d'Asie et d'Europe, ce qui lait supposer une habitation primitive fort étendue.
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l'ancienneté de son existence ou de sa culture dans l'Inde septentrionale. M. Bunge l'a vue dans le nord de la Chine, cultivée seulement (Enum., p. 11). Le progrès de la culture dans l'Europe occidentale, par l'influencé des Grecs èt des Humains, est résumé dans l'excellent ouvrage de ReynierJ sur l'Économie publique et rurale des Celtes et des Germains (1 vol. ln-8», Genève, 1818, p. 472).
Anncàrdlum occidentale, t.. — Le Pommier d'acajou, Cashew des Anglais, est ainsi nommé par le hasard d'un nom des indigènes d'Amérique Acaju, Acajaiba (Piso, fi ras., p. 57), sans rapport avec l'acajou, bois de construction. La partie mangeable est le pédoncule renflé qui supporte là noix. L'espèce est sauvage dans une grande partie du continent américain, savoir : au Brésil (Piso, /. c), à la Guyane (Aubl., p. 392), et aux Antilles (Jaeq., Amer., p. 124; Macfad., Fl. Jam., p. 210). On l'indique aussi entre Panama et Guyaquil (Benth., Bol. Sulph., p. 70), à Nicaragua (/c. M ex. ined.l) ; mais à défaut de renseignements, je ne puis dire s'il est cultivé ou spontané dans toutes ces localités. MM. de Uumboldt et Bonpland ne l'ont rencontré que cultivé (Not\ gei\., VII, p. 5). M. Aug. de Saint-Ililaire (Atin. se. nat., XXIII, p. 268) ne l'a pas trouvé sauvage' « entre le 13' degré de latitude sud et le Rio de la Plata. Évidemment, c'est une espèce qui s'éloigne peu du littoral et de la zone équatoriale. D'après1 Piso, les indigènes du Brésil en faisaient grand usage; donc, l'espèce est bien américaine. On l'indique cependant aussi comme spontanée en Asie et en Afrique. Voyons ce qu'il faut en penser.
D'abord, quant ô l'identité spécifique, elle est admise par tous lesauteurs qui ont vu la plante vivante, Rumphius, Rheede, Roxburgb, Loureiro, Blume, Hasskarl, etc.). Mon père (Prodr., II, p. 62) a fait naître des doutes, en constituant une variété avec les échantillons indiens, et en ajoutant < Arl species distinctœ? i> Il signale deux caractères différentiels. L'un est \ê pédoncule dix fois environ plus long que la noix dans la plante américaine, à peine trois fois plus grand, dans la plante d'Asie; or, ce caractère varie, suivant l'état de maturité, probablement aussi suivant la variété cultivée ; d'ailleurs, entre la plante de Rheede (III, tab. 54, fig. infér.) et celle de .laequin (Amer., tab. 35) ou de Catesby (Car., Append., IX, tab. 0), je ne1 vois pas de différence. Le second caractère est : dans la plante américaine, filnmentô longiorc anlhera orbato apice sitbdilatato;dm\s la plante asiatique, filamento lonyiore anlhera crassa donato cœteris subeffœtis; puis l'auteur ajoute : « An chur. staminum ex mets staminibus desumpttim conslansf » Les échantillons authentiques de mon herbier ne permettent guère de lever le doute, car le filet saillant, hors de la fleur, est fréquemment brisé. D'ailleurs, il s'agit d'un genre (»olygamo-dioïque, où
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des variations de celle nature sont peu de chose, surtout si les échantillons viennent de pieds cultivés. Il est certain que Roxburgh (FL 7 ru/., édit. 1832, II, p. 313, publiée depuis le Prodr.) décrit bien l'étamine principale comme fertile, tandis que selon Jacquin (imer.) elle serait stérile. Je n'ai su voir qu'une seule différence dout on puisse bien juger dans l'herbier. Mes échantillons d'Amérique (ceux d'une origine certaine) ont tous le limbe des feuilles, au premier coup d'œil, arrondi à la base, en réalité, arrondi cl brusquement atténué en petites bordures du pétiole, • comme dans la ligure de Catesby ; quelquefois non décurrentes sur le pétiole, comme dans une des feuilles figurées dans Lamarek,//*., tab. 322, et dans la planche de Piso. Mes échantillons d'Asie (l'un du jardin de Calcutta ; l'autre de même origine, reçu plus lard, n° 990, Wall., Lût) ont le limbe plus également atténué et cunéiforme à la base, comme dans les planches de Rumphius (I, tab. 69) et de Rheede (III, tab. 54). Je n'oserais pas établir une espèce sur cette diversité de quelques échantillons; je me borne à la signaler.
Les arguments historiques auront peut-être plus de force. D'après Rumphius (I, p. 177) le nom malais est tiré du nom portugais cadju, qui est lui-même américain ; le nom d'Amboine signifie fruit de Portugal ; le nom Macassar est tiré d'une ressemblance avec le fruit du Jambosa; l'espèce n'était point très répandue alors; Garcia ab Orto ne Pavait pas trouvée à Goa en 1Ô50, mais Acosta l'aurait vue ensuite à Couchin, et les Portugais l'auraient multipliée et répandue dans l'Inde et l'archipel indien. Tout cela montre une origine récente en Asie. D'après Blume (Bijdr., p. 1155) l'espèce est cultivée à Java. Rheede (III, p. 66) dit: c Provenu ubique in Malabar. » Cependant il indique un seul nom qui paraisse indigène, Kapa-mava ; les autres sont dérivés du nom américain. Wight et Arnolt (Prodr. penins. Ind., p. 168) marquent l'espèce du signe des plantes probablement étrangères. Piddington (Index) ne mentionne qu'un seul nom vulgaire de langue moderne, et aucun sanscrit. Loureiro (Fl. Coch.y p. 304) avait vu l'espèce sur la côte orientale d'Afrique, au Malabar et au Bengale, mais il ne doute pas de l'origine américaine. Roxburgh (Fl. Ind., 2* éd., /. c.) ne traite pas la question d'origine. Il ne cite qu'un nom de langue indienne moderne, aucun sanscrit. L'espèce n'est pas indiquée au Japon par Thunberg, ni aux îles Philippines par Blanco (1M éd.), ni aux lies de la mer Pacifique (Forst., Pl. esc.; Guillem, Zéphyr. Tait.). Enfin, le docteur Wallich (List, n° 990) indique plusieurs échantillons de Tavoy et Penang, sans dire s'ils étaient cultivés ou considérés comme un arbre du pays. Cet ensemble est tout en faveur de l'origine américaine. Un arbre aussi remarquable aurait été répandu de
bonne heure dans l'Asie méridionale et dans les îles de la mer Pacifique, s'il était d'origine asiatique.
L'existence en Afrique me parait plus récente encore. Lourciro l'a indiquée il est vrai sur la côte orientale, mais en ajoutant qu'il suppose l'origine américaine. L'Anacardium n'est pas en Abyssinic (Rich., Tent. Fl. Abysx.). Thonning ne l'indique pas en Guinée, ni M. Brown au Congo (Bot. Congo, p. 12 et 49), et si on l'a trouvé plus récemment à Saint- Thomas et Fernando-Po (Ilook., Fl. Nigr., p. 283) il est probable que l'introduction n'en est pas ancienne. Quatre autres espèces du genre Anacardium sont d'Amérique, une cinquième, A. dubium, Roxb., est de Sumatra, selon l'auteur, mais la plante était probablement cultivée dans le jardin de Calcutta, et d'ailleurs son genre est douteux.
L'Anacardium occidentale est donc probablement une espèce cultivée et spontanée en Amérique, ayant une variété transportée en Asie.
Riangifera indien L. — On ne peut douter que le Manguier (Mango frw, des Anglais) ne soit originaire de l'Asie méridionale ou de l'archipel indien quand on voit la multitude de variétés cultivées dans ces régions, la quantité de noms vulgaires et anciens, en particulier un nom sanscrit (Roxb., Fl. Ind., éd. Wall., II, p. 435; Pidd., Index), et l'abondance extraordinaire de cet arbre dans le Bengale, la Péninsule indienne et Ceylan, même à l'époque de Rheede. Du côté de la Chine, la culture était peut-être moins répandue, car Loureiro mentionne l'espèce seulement en Cochinchine (Fl, Coch., p. 198). D'après Rhumphius (I, p. 95) elle avait été introduite de mémoire d'homme dans certaines îles de l'archipel asiatique. Forstcr ne mentionne pas l'espèce parmi les plantes à fruit comestible des petites îles de la mer Pacifique. Le nom vulgaire aux Philippines, Manga (Blanco, Fl., p. 181) montre une origine étrangère, car c'est le nom malais et espagnol. Le nom vulgaire à Ceylan, où l'espèce est sauvage (herb. Lugd. Bat., d'après Blume, Mus, Lugd. Bat., I, p. 194) est Amhr ou Elle Ambe; analogue à l'ancien nom sanscrit Amra, et d'où viennent les noms persan et arabe Amb (Rumph., /. c; Forsk., p. CVll), les noms indiens modernes et peut-être, par une dérivation plus éloignée, les noms malais Mangka, Manga et Mampelaan (Rumph., /. r.). Il y a cependant plusieurs autres noms usités dans les îles de la Sonde et des Moluques (Rumph., /. c; Blume, Mus. Lugd. Bat., I, p. 191), et en Cochinchine (Lour., I. c.) qui ne peuvent se rattacher nullement à cette source. La multitude et la variété de ces noms indiquerait une origine ou au moins une culture fort ancienne dans l'archipel indien.
Rumphius (I, p. 94) mentionne deux variétés à petits fruits sauvages à Macassar et h Java. M. Blume (Bijdr.% p. 1157) en indique une sauvage
sur le mont Salak à Java, mais dans un écrit plus récent (Mus. Lugd. $at., I, p. 194) il la rapporte à une autre espèce, et regarde le M. indica comme spontané à Ceylan, et non dans l'archipel. Rheede n'avait certainement pas trouvé le Mangifera indica spontané, d'après ce qu'il dit d'une espèce sauvage à propriétés vénéneuses (IV, p. 2); Roxburgh non plus (pl. /nd., éd. 1832, v. 1, p. 641), mais il décrit sous le nom de Mangifera sylvatica, un arbre de Sillet, qui pourrait bien être simplement une variété, malgré le fruit pointu et une différence dans le nectaire. Le docteur Wallich parait n'avoir pas eu connaissance de cette espèce de Sillet, car il transcrit simplement la description de Roxburgh (éd. Wall., JI, p. 438) et la plante n'est pas dans la table de ses Liste*. Lui-même en parlant du M. indica, dit: « J'ai rencontré, en apparence sauvage, près de Helounra, sur les bords du ruisseau appelé Karra ou Karrara, un arbre que je prends pour le Mango commun ; il n'était pas en fleur. » dette phrase et le silence de Loureiro, Wight, Royle et Griflilh, montrent que le Mangifera indica, s'il est spontané sur le continent asiatique, y est du moins bien rare. Cela n'es} pas aisé à concilier avec l'existence d'un nom sanscrit.
Le M. indica s'est peu répandu vers l'Occident. Il a des noms arabe et persan, mais Delile ne l'a pas vu en Égypte (Fi. ,£g. ill.)t et je ne le vois indiqué dans aucun des ouvrages sur l'Afrique continentale, même dans le Flora Nigritiana et le Tcnlatnen Fl. Âbyssinicœ récemment publiés. Ebn Raithar, médecin arabe du xm* siècle, qui énumère les plantes connues des Musulmans, n'en parle pas (trad. allem. de Sonlheimer, 1840). Tout cela indique une expansion peu ancienne sur le continent asiatique. Le fruit est excellent; l'espèce se multiplie de semis. Avec de pareilles conditions, il est difficile de s'expliquer comment elle n'a pas été transportée soit dans l'antiquité, soit par les Arabes dans le moyen Age, d'Arabie en Nubie, de là en Guinée, si l'espèce était connue de toute ancienneté dans l'Inde et à Ceylan. Ces réflexions, et la rareté ou l'absence de pieds sauvages de l'espèce sur le continent indien, me font croire que l'île de Ceylan est la vraie patrie de l'espèce. Toutefois le M. laurina, Blume, spontané dans les îles de Java, etc., en est excessivement voisine et se croise avec elle, si même elle n'est une simple variété.
On cultive à Maurice une multitude de variétés (Bojer, II. Maur., p. 73). A la Jamaïque, l'introduction date seulement de 1782 (Macfad., I, p. 221), mais l'espèce a réussi parfaitement et donne par les graines beaucoup de variétés. A Cayenne, elle n'existait pas avant les premières années du siècle actuel (Aubl., Dicl. agric, VIII, p. 172). L'introduction était plus ancienne au Brésil , car c'est de là qu'on lit venir des graines à la Barbade au milieu du siècle dernier (Hughes, Rarb., p. 177).
Fra^aria vcsm. l. — Rnbum id«rnM, !.. — Le fraisier et le framboisier se cultivaient déjà dans le moyen Age, quoique les anciens en aient parlé seulement comme de plantes spontanées. Les variétés sont devenues nombreuses, surtout celles du fraisier, dépendant personne n'hésite à reconnaître au milieu d'elles les espèces si communes dans les régions tempérées de l'Europe et de l'Asie. L'introduction moderne de fraisiers d'Amérique parmi les variétés de la fraise ordinaire n'empêche pas de constater l'origine et l'identité spécifique de celle-ci.
Cerinier». — Des auteurs modernes très estimables (Koch, Syn. Fl. Germ.; Ledeb., Fl. Hoss.y etc.) s'accordent à classer toutes les variétés de cerisiers sous les deux espèces de Linné ; Prunus avium et Prunus Cerasus. La première est spontanée en Europe et au Caucase (Ledeb., Fl. Ross., II, p. 6). La seconde se trouve dans les forêts au midi du Caucase (Ledeb., /. c). On l'indique aussi «r comme spontanée » en Crimée (Ledeb., /. c), en Bithynie et dans la Macédoine (Griseb., SpiciL, I, p. 87), et même (par naturalisation?) en Volhynie et Lithuanie (Ledeb., I. c). D'après la compilation de Pline (éd. 1631 , 1. xv, c. 25), la cerise manquait à l'Italie avant Lucullus, qui l'apporta du Pont. On ne peut douter qu'il ne s'agisse d'une des variétés du Prunus Cerasus (Reynicr, Êcon. des Perses, p. 298), car le Prunus avium est décidément spontané en Europe, notamment en Grèce (Fraas, Syn. FL class., p. 68), et il l'était déjà anciennement. Théopbraste n'a pas pu entendre autre chose en parlant d'un cerisier de très haute taille (I. m, c. 13). D'ailleurs le nombre des variétés de cerisiers dont parle Pline indique une culture déjà ancienne à son époque.
Les noms vulgaires confirment l'existence primitive de plusieurs espèces ou variétés, répandues en divers pays de l'Europe et de l'Asie occidentale. Presque tous les noms du midi de l'Europe et des langues germaniques sont dérivés duKt><wo;des Grecs; d'autres expriment la qualité amère (omarasca dans la haute Italie), ou acide (griotte, autrefois ayriottey en France, d'après Olivier de Serres, mot venant de acris) (a); une troisième source est dans les langues slaves, Wischenka en russe, Wisné en Bohême, Wischna en serbe, d'où Weirhsel, nom allemand de la griotte; enfin le
(a) Le mot griotte est pris dans des sens différents suivant les provinces. Dans la Suisse française, où les griottes sont arides, l'étymologie d'Olivier de Serres, fondée sur le* griottes de la France orientale, nous parait très claire. A Paris, ou nomme griotte une cerise douce (Duliam., V, p. 27); aussi depuis longtemps s'est-on escrimé à inventer une autre élymologie. Ménage (l)ict.) fait venir le nom d'une suite de modifications de Cerasa, par Cerasia, Cerasiola, Crasiuta, Craiota, Criota, Griota, intermédiaires fktUY Bescherelle (Dicf., eu 1849) dérive de a privatif grec, et d'flcer, aigre, parce que, dit -il, l'espèce est plus douce qu'une autre. Singulière idée de combiner un mot grec et un mot latin pour faire un mot français! Scion moi, ou les griottes ont changé ou le sens du mot a été transposé dans la France occidentale.
mot français Guigne, Guinie, vient du celte. En Bretagne la cerise douce se nomme Kignez (Le Gall, lettre). De là aussi le mot Guinder des Espagnols, Guingeira des Portugais. Du reste les noms s'appliquent ici à une variété, là à une autre.
Les cerisiers à fruits mangeables ne croissent pas dans la chaîne de l'Himalaya, mais on cultive dans le Cacheniir sous le nom de Âlou-balou (Aloo-baloo, orthographe anglaise), un cerisier que le docteur Lindley regarde comme l'espèce commune, sans dire laquelle (Royle, III., p. 85). Ce nom Ralou est presque celui appliqué au cerisier par les peuples au midi du Caucase, Bali (Moritzi, Dict. inéd. noms vuîg.). Le nom hindustani Padam, que Piddington attribue au Prunus Cerasus, doit être le Cerasus Puddum, DC, qui n'en a pas le bon goût, et dont la fleur est rose. Je doute beaucoup que le cerisier spontané et cultivé au Japon, désigné par Thunberg (F/., p. 201) sous le nom de Prunus Cerasus soit vraiment le cerisier ordinaire. Selon lui, les feuilles en sont très ncuminées. M. Bungc ne mentionne pas de cerisier dans le nord de la Chine, ni Ledehour {Fl. Ross.) dans la Sibérie orientale ou la Daourie.
Pruniers. — Toutes les variétés de prunes et pruneaux cultivés sont rapportées par Linné au Prunn» domestica et par quelques modernes (Koch, Syn. Fl. Germ.; Ledeb., Fl. Ross.) au Pr. domestica et au Pr. iasituia, L. La classification des variétés nous importe peu, car on s'accorde à dire que le Pr. domestica est spontané autour du Caucase et des monts Talysch (Pall., Fl. Ross., I, p. 18; Ledeb., /•'/. Ross., II, p. 5), et le Pr. insititia dans le Caucase (û/.), la Grèce (Fraas, Syn. Fl. c/om., p. 69), et l'Europe tempérée (Linn.; Sm., Engl. Rot.; Bertol., Fl. lt., V, p. 133). Il est souvent dilticile, en Europe, de savoir si les pruniers sauvages sont vraiment d'origine spontanée, ou proviennent de noyaux jetés dans la campagne. Pline (1. xv, c. 13) dit déjà que le nombre des variétés était immense « ingens turba prunorum. » Ainsi la naturalisation dans quelques parties de l'Europe peut remonter bien haut.
La multiplicité et la diversité des noms vulgaires anciens indiqueraient plutôt une existence primitive assez étendue, en Europe et dans l'Asie occidentale. Si je consulte le dictionnaire où nous avons fait relever par Moritzi les noms vulgaires de toutes les Flores, voici ce que je trouve: 1° la grande majorité des noms dérive du qpouwg des Crées dans les langues latines, germaniques et même en lettonien (Pluhme); 2' les langues slaves ont tiré leurs noms d'une racine très différente, car on dit Slica en Bohême, Slivonik en russe, etc.; 3° lesTartares et les Turcs disent Erik et Vruk, pour prune, et, chose très remarquable, c'est presque le mot celte des Gallois, Eirin (Davies, Welsh fiolan., p. 47); h° quelques noms viennent
de l'épithète prune de Damas, comme Damson en anglais, Darmassin en piémontais ; 5° le nom grec KoxxvfnjXca n'a laissé pour ainsi dire aucune trace dans les langues modernes; 0° les noms arabes Barkouk (Forsk., p. 07 et 113) et ,4'»'» (Munby, FL Alg.) sont entièrement distincts, si ce n'est que la fin du premier ressemble au commencement du nom grec KaanymXrâ; 7° les Bretons (M. Le Gall, lettre) emploient le nom de Prun, qui est le mut grec et latin. Ils ont d'autres noms, Bolossc ou Belosse, pour le fruit sauvage du Prunus insititia, et Uirin ou Irin pour celui du IV. spinosa. Dans la Suisse française nous avons le mol Bclossc pour le fruit du Prunus spinosa. Le mot anglais BuUacc% pour prune, a la même origine. Les Gallois ont conservé le vieux mot celte II irin (E irin) , en le transposant peut-être d'une prune sauvage à une espèce cultivée. Tout cela démontre l'ancienneté des pruniers dans toute l'Europe tempérée et autour de la mer Méditerranée. Nos pruniers ne paraissent pas s'être répandus anciennement du côté de l'Asie orientale. M. hunçc (Enum. pl. China: bor.) rapporte, avec doute, au Pr. domestica, un prunier cultivé rarement dans le nord de la Chine. Il est plus que douteux que le Pr. domestica, Thunb., nommé par Kœmpfer Malus persica, soit un de nos pruniers. Enfin, on ne connaît aucun nom sanscrit pour la prune ou le pruneau (Pidd., Index).
Abricotier. — Le Prtinn» nrnaenlaca, L. (Armeniaca vulgaris, Lam.) croit spontanément en Arménie, et en général autour du Caucase, soit au nord, soit surtout au midi de celte chaîne (Pall., FL Ross., p. 16; Ledeb., FL Ross., II, p. 3, qui a vu des échantillons et cite Gûldenst. et Hohen. ). M. W. J. Hamilton dit l'avoir trouvé sauvage près de Ourgou et Outch- Hisar, dans l'Anatolie (Aour. ann. des voy., février 1839, p. 176), mais j'ignore si celle assertion a été vérifiée par un botaniste. Il en est d'elle, peut-être, comme de celle de M. Eusèbe de Salle {Voyage, I, p. 1A0) qui dit avoir trouvé l'Abricotier sauvage autour des ruines de Balbeck , mais qui décrit l'arbuste comme ayant 1 pied 1/2 de hauteur, les feuilles linéaires, et le fruit de la grosseur d'une noisette, avec un goût austère, d'où il résulte que c'est une autre espèce. Reynier (Êcon. des Egypt., p. 371), qui était botaniste, a trouvé l'Abricotier « presque sauvage > dans les oasis de la haute Egypte. M. Munby l'indique en Algérie spontané et cultivé (FL Alg., p. A9). Ce sont probablement des naturalisations par suite d'une culture très générale. 11 en est de même au midi de l'Himalaya, car l'Abricotier ne s'y trouve sauvage que sur l'emplacement de villages abandonnés (Royle, ///. Him., p. 205). Le témoignage des botanistes Pallas, Guldenstadt, Hohcnacker et Ledebour en faveur de la région du Caucase est bien plus sûr, d'autant qu'il s'accorde avec la tradition selon laquelle la piXa àflAtWa des Grecs, le Malum armeniacum et le Prœ-
cor l'a des Romains, étaient l'abricot. La patrie de l'espèce, vérifiée par les modernes, me paraît ici plus certaine que le sens des mots grecs et latins, car le peu de caractères donnés par les anciens sur les Malum armeniacum et les Prœcocia s'appliquent également aux abricots et aux variétés précoces de pêches (Spreng., Comm. in Diosc.y II, p. 416).
Cette question de nomenclature a quelque intérêt à cause de l'origine contestée de notre nom abricot. Les uns le font venir de l'arabe Barkouk, les autres du mot latin Prœcocci a, écrit quelquefois Prœcoqua. Voyons ce qui est le plus probable.
Les Grecs du temps de Théophraste ne connaissaient ni le Pêcher, ni l'Abricotier, car le seul arbre, selon cet auteur (Ilist. pl., 1. vu, c. 12), qui émît ses fleurs avant ses feuilles était l'Amandier. Dioscoride , trois siècles et demi plus tard, c'est-à-dire dans le premier siècle de l'ère chrétienne, parle du Pêcher et ajoute (1. t, c. 165) : « Le fruit plus petit que la pêche que l'on nomme Armeniaca et que les Romains appellent Prœcocia (îrpaixôxia) convient mieux h l'estomac. > Pline, son contemporain, mentionne ce fruit sous le nom unique de Prœcocia (I. xv, c. 12). Il dit que les pêches mûrissent en automne, et les Prœcocia en été, que ceux-ci avaient été introduits depuis trente ans. Galien (De alim., 1. n, c. 20) dit que les uns distinguent les Armeniaca et les Prœcocia, tandis que d'autres les réunissent sous le nom à' Armeniaca. Il est à regretter qu'aucun de ces auteurs ne parle ni de la nature des noyaux, ni de la couleur des fruits. Le peu de caractères indiqués me paraissent convenir à l'abricot, sans vouloir nier que cela convient aussià la pêche précoce. Les Grecs modernes appellent l'abricot Ilpcxoxxiaet Bip txoxxta (Fraas, Syn. Fl. class., p. 69); les Italiens disent Armellini, et plus ordinairement Albicocca, Albicocco; une variété se nomme Albicocca biricola (Targ., Diz., II, p. 79). Dans l'Ile de Sardaigne, où les traditions latines sont bien conservées, on dit Piricoccu (Moris, FL Sard., II, p. 8); dans le pays de Venise, Baricocolo (Moritzi, Dict. inéd. noms vulg.). Tous ces noms ont certainement l'apparence de descendre de Armeniaca , de Prœcocia , ou quelquefois de Arbor prœcox, qui s'appliquerait bien à l'abricotier, soit pour les fleurs, soit pour le fruit comparé à la pêche. En vieux français on disait Armègne et Abricot (J. Bauh., Hist., I, p. 168); envieux allemand, Armencllcn, Marillen, etc. (*</.), qui semblent dériver toujours de l'un ou l'autre des noms grec et latin.
Les partisans d'une origine arabe font dériver abricot de Barkouk ; mais il faudrait pour cela : 1° que la culture de l'Abricotier fût ancienne dans les pays arabes; 2° que le mot Barkouk s'appliquât ordinairement à l'abricot ; or, ni l'une ni l'autre de ces conditions n'est exactek La culture
OKIUIMK I»KS KSPÈCKS I.K l'I.l'S OÉNÉRALEMBHT CULTIVÉES. 881
de l'Abricotier ne semble pas très ancienne dans le midi de l'Asie et en Egypte. Il n'existait point de nom sanscrit (Pidd., Index), quoique l'abricot soit aujourd'hui abondant on Cachemir, et dans le nord de l'Inde. Les noms indiens sont eux-mêmes peu nombreux. Je n'ai vu citer aucun nom hébreu. Si les anciens Égyptiens avaient eu l'abricot, certainement les Grecs et les Romains Pâtiraient cultivé avant l'ère chrétienne. Ainsi, les Égyptiens ont dû le recevoir depuis cette époque, soit par les Romains, soit par la Perse et la Syrie. Dans le moyen iige, le mot arabe Barkmtk s'appliquait bien à l'abricot, mais seulement en Afrique et en Andalousie, selon Ebn Baitbar, médecin arabe, né à Séville, qui avait été jusqu'en Perse dans le commencement du xm* siècle. 11 avait trouvé ce nom appliqué en Syrie, à une petite espèce de prune (Ebn Baithar, trad. allem. de Sondtheimer, I, p. 132). J. Bauhin avait déjà dit * Uist., I, p. 168) que le nom arabe ordinaire de l'abricot était Mermcx, Mirmix, Mex, Mesmes, M 'rmis. Forskal (p. cxiii) et Delile (///.) confirment que Mischmisch est le nom de l'abricot, et Barkouq celui d'une prune. Il est probable que les Andalous l'avaient confondu avec les noms dérivés dn mot latin prœcox. Le mot espagnol actuel, pour l'abricot, est Albaricoque, très semblable aux noms italiens, malgré sa tournure arabe. Ainsi, en définitive, je crois le nom abricot d'origine latine, et les noms arabes Mermex, Mesmes, etc., me paraissent dérivés de l'autre nom gréco-latin Armeniaca, d'où l'on a tiré, en Europe, Armegnes, Armcndlcn, etc. Peut être le nom arabe vient-il du persan, car on dit aussi en Perse Misrhmiseh (Roxb., Fh ind., II, p. 501).
II est inutile de réfuter l'opinion d'un auteur moderne (Rescherelle, Dict. franç.), qui fait venir abricot d'un mot celte, abred , signifiant précoce. Les Celtes ne connaissaient probablement pas l'abricot.
pêchers. — Les Grecs et les Romains ont reçu le Pécher, Amygdata» Pmiea, l. (Persica vuigaris, Mill.), à peu près au commencement de l'ère chrétienne. Le nom de Persica, Mahtm persicum, indiquait d'où ils l'avaient tiré. Je ne reviens pas sur ces faits si connus (Théophr., Rist., IV, c. rv; Diosc, 1. !, c. clxiv ; Pline, édit. Genève, 1. xv, c. xm).
On cultive aujourd'hui divers Pêchers dans le nord de l'Inde (Royle, ///. Him., p. 204); mais, chose remarquable, on ne leur connaît aucun nom sanscrit (Roxb., FI. Intl., 2' édit., H, p. 500; Piddington, Index; Royle, i. c); d'où l'on peut inférer une existence et une culture peu anciennes dans ces régions. Roxburgh, ordinairement si explicite pour les noms indiens modernes, ne mentionne que des noms arabes et chinois (a). Piddington n'indique aucun nom indien, et Royle, seulement des
(a) Ruse, chef du commerce français à Canton, les avait recueillis d'après des maiius-
882 origine géographique des ESPÈCES cultivées.
noms persans. Le Pêcher ne réussit pas ou exige de très grands soins pour réussir dans le nord-est de l'Inde (Hook. f., Journ. of Bot., 1850, p. 54). Kn Chine, au contraire, sa culture remonte à la plus grande antiquité. Il existe dans ce pays une foule d'idées superstitieuses et de légendes sur les propriétés de diverses variétés de pèches ; le nombre de ces variétés est très considérable (Lindl., Trans. hort. Soc, V, p. 121); en particulier, on y trouve la forme singulière de la pèche déprimée (Tram. hort. Soc. LomL, IV, p. 512, lab. 19), qui parait s'éloigner plus qu'aucune autre de l'état naturel de l'espèce ; enfin, un nom simple, celui de To, est donné à la pèche ordinaire (Uoxb., I. c).
D'après cet ensemble de faits, je suis porté à croire que le Pêcher est originaire de Chine plutôt que de l'Asie occidentale. S'il avait existé de tout temps en Perse ou en Arménie, la connaissance et la culture d'un arbre aussi agréable se seraient répandues plus tôt dans l'Asie Mineure et la Grèce. L'expédition d'Alexandre est probablement ce qui l'avait fait connaître à Théophraste (322 avant J.-C), qui en parle comme d'un fruit de Perse. Peut-être celle notion vague des Grecs remonte-t-elle à la retraite • des Dix mille (401 avant J.-C.) ; mais Xénophon ne parle pas du Pécher.
Les livres hébreux n'en font aussi aucune mention. Le Pécher n'a pas de nom en sanscrit, et cependant le peuple parlant cette langue était venu dans l'Inde du nord-ouest, c'est-à-dire de la patrie ordinairement présumée pour l'espèce. En admettant cette patrie, comment expliquerait-on que ni les Grecs des premiers temps de la Grèce, ni les Hébreux, ni le peuple parlant sanscrit, qui ont tous rayonné de la région supérieure de l'Euphrate ou communiqué avec elle, n'auraient pas cultivé le Pécher? Au contraire, il est très possible que des noyaux d'un arbre fruitier cultivé de toute ancienneté en Chine aient été portés au travers des montagnes, du centre de l'Asie en Cachemir ou dans la Bouckarie et la Perse. Les Chinois avaient découvert cette route depuis un temps très reculé. L'importation aurait été Yaite entre l'époque de l'émigration sanscrite et les relations des Perses avec les Grecs. La culture du Pécher, une fois établie dans ce point, aurait marché facilement, d'un côté, vers l'occident, de l'autre, par le Caboul, vers le nord de l'Inde, où elle n'est pas très ancienne.
crits chinois, et Noisette (Jard. fruit., I, p. 76) a transcrit textuellement une p.irlic de son mémoire. Ce sont des faits dans le genre de ceux-ci : Les Chinois considèrent les poches allongées en pointes et bien rouges d'un côte, comme le symbole d'une longue vie. En conséquence de cette antique persuasion, ces pèches entrent dans tous les ornements en peinture et en sculpture, et surtout dans les présents de congratulations, etc.. Selon le livre de Chin-noug-King, la pèche Yu prévient la mort; si l'on n'a pas pu la mangera temps, elle préserve au moins le corps de la corruption jusqu'à la fin du inonde. On cite toujours la pèche dans les fruits d'immortalité dont on a bercé les espérances de Tsinrhi-Hoang, de Vouly, des Han et autres empereurs qui prétendaient à l'immortalité, etc.
A l'appui de l'hypothèse d'une origine chinoise, on peut ajouter que le Pécher a été introduit de Chine en Cochinchine (Lour., Fl. CV/i.,p. 3S(i), et que les Japonais donnent à la pèche le nom chinois de T oo (Kainpf., Amœn., p. 798 ; Thunb., FL Jap., p. 199) (a). M. Stanislas Julien a eu l'obligeance de me lire en français quelques passages de Y Encyclopédie japonaise (liv. lxxxvi, p. 7), où le Pécher, 7'ao,est dit un arbre des contrées occidentales, chose qui doit s'entendre de la Chine à l'égard du Japon, ou plutôt des parties intérieures de la Chine, relativement à la côte orientale, puisque le fragment est tiré d'un auteur chinois. Le Tao est déjà dans les livres de Confucius, V siècle avant l'ère chrétienne, et même dans le Rituel, du x' siècle avant J.-C. La qualité de plante spontanée n'est pas spécifiée dans Y Encyclopédie dont je viens de parler; mais, à cet égard, les auteurs chinois sont peu attentifs.
Les noms vulgaires des Pêchers dérivent des sources suivantes : 1° La plupart des noms européens viennent du mot grec et latin Persica; 2* dans les langues slaves, il y a quelque racine comme Bresk ou Brosk, car on dit en Bohème, Breskew ou Brcskowy, en polonais Broskteinia, en illyrien Brcskwa ou Praska (Moritzi, Dict. inéd. des noms vulg.) : si ces noms ne sont pas une corruption étrange de Persica, ils indiqueraient une transmission du Pêcher dans l'Europe orientale différente de celle par la Grèce; 3° le nom latin d'une variété dite Duracina (Pline) se retrouve dans l'espagnol Durazno (Moritzi, t'6.) ; à* le nom grec moderne P&«5au7j/a(Fraas, /. c.) remonte à une ancienne expression tirée de la couleur des fleurs ou peut-être de la chair ; 5° les Arabes ont un nom tout à fait distinct, Chauwk, Chôwk (Forsk.) qui se trouve déjà dans Ebn Baithar, au xnr siècle (trad. allem., I, p. 399); 6° les Persans disent Shuftalou (voyez la note à la page suivante); 7° les Chinois disent To; 8° notre nom vulgaire français, pour la pêche lisse, Brugnon ou Brignony n'est pas dans les autres langues. Il vient peut-être de Brun, à causé de la couleur du fruit, comme les Espagnols ont appelé certaines pêches, Brunoles (Mor., Dict.). Du reste, le nom de Brugnon est peu ancien en français, ou était autrefois peu répandu, car je ne l'ai pas rencontré dans Bauhin, Matthiole et autres auteurs de cette époque. J'ai voulu donner ces détails linguistiques pour compléter le sujet; mais ils ne conduisent pas précisément à une conclusion. L'absence de noms sanscrits et hébreux reste le fait le plus important, duquel on peut inférer une introduction du Pécher dans l'Asie occidentale, venant de plus loin, c'est-à-dire de Chine.
(a) Kœmpfer et Tliunberg indiquent aussi le nom de A/omu, mais M. de Sfebold (FL Jap., I, p. 29) allnbue un nom assez semblable, Alumc, à un Prunier, l'rwius M unie. Sieb. et Z.
Les indices botaniques ne sont pas aussi clairs. Le Pécher a été trouvé spontané dans plusieurs points de l'Asie; mais on peut toujours se demander s'il y était d'origine primitive, ou par le faitde la dispersion des noyaux provenant de pieds cultivés. La question est d'autant plus nécessaire que ces noyaux germent facilement et que plusieurs des modifications du Pécher sont héréditaires (Noisette, Jartl. />*., p. 77 ; Trans. Soc. linrlic, Lotul.y IV, p. 513). Des pieds en apparence spontanés ont été trouvés fréquemment autour du Caucase. Pallas(/*7. Hast., p. 43) en a vu sur les bords du Tcrek, où les habitants lui donnent un nom qu'il dit persan, Scheptala (a). Les fruits en sont velus, âpres (austeri), peu charnus, à peine plus gros que ceux du noyer; la plante petite. Pallas soupçonne que cet arbuste provient de Pêchers cultivés. Il ajoute qu'on le trouve en Crimée, au midi du Caucase et en Perse; mais Marshall Bie~ berstein, C.-A. Meyer et Hohenacker n'indiquent pas de Pécher sauvage autour du Caucase. D'anciens voyageurs, Gmelin, Gùldenstadt et Georgi, cités par Ledebour, en ont parlé. M. C. Koch (Ledeb., Fl. /{o**.,I,p. 3) est le seul botaniste moderne qui dise avoir trouvé le Pécher en abondance dans les provinces caucasiennes. Ledebour ajoute cependant, avec prudence, an sponte? Les noyaux que Druguière et Olivier avaient apportés d'Ispahan, qui ont été semés à Paris et ont donné une bonne pèche velue, ne venaient pas, comme le disait Dose (Dict. dagric, IX, p. 481), d'un Pêcher sauvage en Perse, mais d'un Pécher des jardins d'Ispahan (Thouin, Ann. Mus., VIII, p. 433). Je ne connais pas de preuve d'un Pêcher trouvé sauvage en Perse, et si des voyageurs en indiquent, on peut toujours craindre qu'il ne s'agisse d'arbres semés. Le docteur Royle (///. Htm., p. 204) dit que le Pêcher croît sauvage dans plusieurs endroits du midi de l'Himalaya, notamment près de Mussouri; mais nous avons vu que dans ces régions la culture n'en est pas ancienne, et ni Roxburgh, ni le f7ora Nepalensisiie Don, n'indiquent de Pêcher sauvage. M. Bunge (Enum. pl. Chin.y p. 23) n'a trouvé dans le nord de la Chine que des pieds cultivés. Ce pays n'a guère été exploré, et les légendes chinoises semblent indiquer quelquefois des Pêchers spontanés. Ainsi, le Chou-y-ki, d'après l'auteur cité précédemment, porte : « Quiconque mange des pêches de la montagne de Kouoliou, obtient une vie éternelle. » Thunberg (Fl. Jap., p. 199) dit : « Crtscit ubique vulgaris, prœcipue juxta Nagasaki. In omni horto colitur ob elegantiam florum. » Il semble, d'après ce passage, que l'espèce croît hors des jardins et dans les jardins; mais peut-être s'agit-il seulement, dans le premier cas, de Pêchers cultivés en plein vent.
(a) Shuft-aloo (prononcez Schouft-alou), est le nom persan rie la pêche lisse, d'après le ilnrleur Rojle (III. Him., p. 204).
Je n'ai rien dit encore de la distinction à établir entre les différentes variétés ou espèces de pêchers. C'est que la plupart sont cultivées dans tous les pays, au moins les catégories bien tranchées que Ton pourrait considérer comme des espèces botaniques. Ainsi la grande distinction des pèches velues et des pèches lisses, sur laquelle on a proposé deux espèces (Persica vulgarité Mill., et P. lœvis, DC.) se trouve au Japon (Thunb., FI., p. 199) et en Europe, ainsi que dans la plupart des pays intermédiaires (a). On accorde moins d'importance aux distinctions fondées sur l'adhérence ou non-adhérence du noyau à la chair, sur l'adhérence ou non-adhérence de la peau superficielle, sur là couleur blanche, jaune ou rouge de la chair, et sur la forme générale du fruit. Les deux grandes catégories de pêches, velues et lisses, offrent la plupart de ces modifications, et cela en Europe, dans l'Asie occidentale et probablement en Chine. Il est certain que dans ce dernier pays la forme varie plus qu'ailleurs, car on y voit, comme en Europe, des pêches allongées, et de plus des pêches dont je parlais tout à l'heure, qui sont entièrement déprimées, où le sommet du noyau n'est pas même recouvert de chair (Noisette, /. c; Trans. Suc. hort., IV, p. 512, tab. 19). La couleur y varie aussi beaucoup (Lindl., Trans. hort.Soc, V, p. 122). En Europe, les variétés les plus distinctes, en particulier les pêches lisses et velues, à noyau adhérent ou non adhérent, existaient déjà il y a trois siècles, car J. Dauhin les énumère avec beaucoup de clarté (//i«f ., I, p. 162 et 163), et avant lui Dulechamp, en 1587, indiquait aussi les principales (Hist., I, p. 295). A cette époque les pèches lisses étaient appelées Nucipersica, à cause de leur ressemblance de forme, de grosseur et de couleur avec le fruit du noyer. C'est dans le même sens que les Italiens l'appellent encore Pcscanoce.
J'ai cherché inutilement la preuve que cette pêche lisse existât chez les anciens Romains. Pline (I. xv, c. 12 et 13), qui mélange dans sa compilation des pêchers, des pruniers, le Laurus Persca et d'autres arbres peutêtre, ne dit rien qui puisse s'entendre d'un fruit pareil. On a cru quelquefois le reconnaître dans les Tuberes dont parle Pline (De div. yen. malorum, 1. il, c. 14). C'était un arbre fruitier apporté de Syrie du temps d'Auguste. •Il y avait des Tuberes blanches et de rouges. D'autres (Tuheres? ou Mala?) des environs de Vérone étaient velues. Le reste du chapitre paratt concerner les Mala seulement. Des vers élégants de Pétrone, cités par Dalechamp (I, p. 358) prouvent clairement que les Tuberes des Romains du temps de Néron étaient un fruit glabre, mais ce pouvait être le jujubier (Xizyphus), le Diospyros, ou quelque Crataigus, aussi bien que le Pêcher à
(a) Un relations sur la Chine, que j'ai consultées, ne parlent pas de la pèche lisse ; mais comme elle existe au Japon, il est infiniment probable qu'elle est aussi en Chine.
Oruil lisse. Chaque auteur, à l'époque de la renaissance, a eu son opinion à cet égard ou s'est mis à critiquer l'assertion des antres (Dalech. , I. c; Mallh., p. 122; Cirsalp., p. 107; J. Bauh., p. 163, etc.). Peut-être y avait-il des Tuberes de deux ou trois espèces, comme le dit Pline, et l'une d'elles qui se greffait sur les pruniers (Pline, p. 17, c. 10, à la fin) est-elle la pêche lisse? Je doute qu'on puisse jamais éclaireir celte question (a).
En admettant même que le Nueipersica eût été introduit en Europe seulement au moyen âge, on ne peut se refuser à constater le mélange dans les cultures européennes depuis plusieurs siècles, et au Japon depuis un temps inconnu, de toutes les qualités principales de pêches. Il semble que ces qualités diverses se soient produites partout au moyen d'une espèce primitive, qui aurait été la pêche velue. S'il y avait eu d'origine deux espèces, ou elles auraient été dans des pays différents, et leur culture se serait établie séparément; ou elles auraient été dans le même pays, et dans ce cas il est probable que les anciens transports auraient introduit ici une des espèces, ailleurs l'autre. Je fais autant de cas de ce genre d'arguments que de certains faits horticoles au moyen desquels on appuie l'opinion d'une identité originelle des pèches lisses et des pêches velues (b).
Je suis bien loin d'incliner à une opinion de Knight (Trans. hort. Snc. Lond.y III, p. 3, extr. dans Ann. phys. et chim., XIII, p. 329), d'après laquelle le Pécher serait un produit de l'horticulture obtenu graduellement de l'Amandier. Ce savant ingénieux a croisé un Pêcher et un Amandier, et le semis a donné un arbre sur lequel on a recueilli des pèches déhiscentes à la manière des amandes et des pèches ordinaires. Le croisement prouve
(a) Je n'ai pas pu découvrir un nom italien do fruit glabre ou autre qui dérive de tuber ou luberes. C'est une chose singulière, car, en général, les anciens noms de fruits se sont conservés sous quelque forme.
(6) Lei deux catégories, dit-on, se croisent facilement, mais on peut aussi croiser l'Amandier et le Pécher, et beaucoup d'autres espèces reconnues comme distinctes. On cite plusieurs cas (Trans. hortic. Soc. Lond., I, p. 103, H, p 59) où sur le même pied, que dis-jc, sur le même rameau, il s'est développé des pêches velues et des pêches lisses (Nectarine des Anglais). Ce serait, au premier aperçu, l'origine de la pêche lisse, mais on peut aussi l'expliquer par un croisement antérieur de deux espèces ou de deux variétés préexistantes. Ainsi le Cytisus purpurcus est, de l'aveu de tout le monde, une espèce bien distincle du C. Uaburnum. Cependant sur les pieds de l'hybride, appelé communément Cylisus Adami, on voit assez souvent se développer dos branches à fleurs rouges du C. purpureus, à fleurs jaunes du C. Laburnuin, et à fleurs intermédiaires de l'hybride. Cela varie sur le même pied d'une année à l'autre. De même dans ret tains orangers hybrides (Callesio, Citrus, p. i4). — Un argument plus fort est l'assertion de quelques culUvateurs, que la pêche lisse vient parfois de semis de la pèche ordinaire. Ce serait le cas du Hoston nectarine (Tians.horl. Soc.y i" série, VI, p. 394 ; Lindl., Jour», nf hort. Soc.. V, p. 28). Malheureusement la filiation repose sur des souvenirs ou des propos d'horticulteurs, cl non sur des expériences directes bien constatées. Dans un autre cas, M. Calver, de Hoyalton, aux États-t nis. aurait obtenu par semis des pèches et des brugnons sur un même arbre (Phytologisl, septembre 1851, p. 299 ; dans un extrait du Gardener's Mog., parle Phylol.).
l'affinité de deux espèces, et rien de plus. Quant aux interprétations, dans le mémoire de Knight, des auteurs grecs et latins à l'égard de la pêche et des Tuberesy elles sont presque toutes erronées, faute d'avoirconsulté les botanistes de la renaissance, tels que Matthiole, Dalechamp et J. Bauhin, qui avaient parfaitement éclairci les textes originaux. Les pêches cultivées du temps de Pline n'étaient pas mauvaises, ni médiocres, et si les expressions de l'auteur ne sont pas assez précises à cet égard, la réflexion fait comprendre que les anciens ne se seraient pas donné la peine d'apporter de pays éloignés et de cultiver un fruit de peu de valeur.
Enfin, la grande facilité avec laquelle nos pêches se sont multipliées de semis en Amérique et ont donné sans le secours de la greffe des fruits charnus, quelquefois très beaux , me fait croire que l'espèce est dans un état naturel, peu altéré par une longue culture et par des fécondations hybrides. En Virginie et dans les Etats voisins on a des pèches provenant d'arbres semés, non greffés, et leur abondance est si grande, qu'on est obligé d'en faire de l'eau-de-vie (Braddick, Tram» hort. Soc. Lond.y II, p. 205). Sur quelques pieds les fruits sont magnifiques (t'A., pl. 13). A Juan-Fernandes, dit Bertero (Ann. se. nat. , XXI, p. 350), t le Pécher est si abondant, qu'on ne peutse faire une idée de la quantité de fruits qu'on en récolte; ils sont en général très bons , malgré l'état sauvage dans lequel ils sont retombés. » D'après ces exemples, il ne serait pas surprenant que les Pêchers sauvages , à fruits médiocres, trouvés dans l'Asie occidentale, fussent tout simplement des pieds naturalisés sous un climat peu favorable, et que l'espèce fût originaire de Chine, où la culture parait la plus ancienne.
Amandier. — L'Amygdains communia est mentionné par Pline (I. XVI, c. 25, à la fin , et 1. xv, c. 22) sous le nom grec Amygdala. D'après le chapitre 22 du livre xv, dont la rédaction est assez confuse, il paraît que les Romains appelaient aussi l'Amandier Nux, et le rapprochaient ainsi du Juglans. Pline doute que l'Amandier existât en Italie du temps de Caton, parce que celui-ci l'appelait Nux grœca. Peut-être, cela prouve-t-il seulement qu'on avait introduit l'espèce par la voie des Grecs. On cite {Nouv. Duhamel, IV, p. 110) des vers du premier livre des Géorgiques dans lesquels le mol Nux s'applique à un arbre fruitier qui fleurit au printemps. La culture de l'amandier était répandue en Grèce, surtout dans les Iles de l'Archipel. Théophrasle et Dioscoride en parlent souvent. La distinction des amandes amères et des amandes douces existait chez les anciens, et l'on attribuait à certaines pratiques horticoles l'effet de transformer les unes dans les autres (Théophr., Hist.t II, c. 8, à la fin). Je doute de l'efficacité de ces moyeus ; d'autant plus qu'un horticulteur exact, M. Gallesio (Traité du CUr us y p. 31), ayant semé souvent des amandes douces, n'a jamais
obtenu u,ue des amandes douces. Les Hébreux cultivaient l'Amandier et avaient aussi les deux catégories d'amandes (Hiller, Hierophyt., I, p. 215; Roynier, Êcon. des Arabes, p. A77). Aujourd'hui encore on cultive beaucoup l'Amandier en Syrie (Delilo, Fl. /Eg. ///.). Il ne réussit pas dans l'Inde (Hoxb., /«V. Jnd., édit. 1832, II, p. 500; Royle,///. Himal, p. 204). Ses fruits ne mûrissent pas dans le nord de ce pays, et il fait probablement trop chaud dans le midi. On importe des amandes du nordouost et de l'ouest. Les auteurs n'indiquent aucun nom vulgaire indien ni sanscrit (Hoxb.; Piddington, Index). M. Bunge (Enum., p. 21) l'a vu cultivé dans le nord de la Chine. Thunberg {Fi. Jap.) ne l'indique pas au Japon. Loureiro (FL Coch., p. 386) dit que les deux variétés, douce et amère, sont cultivées en Chine, mais il ne les avait pas vues en Cochinchine.
Les noms de l'Amandier n'indiquent pas une transmission de peuple à peuple. Ils semblent avoir des racines différentes. Les Grecs ont dit Àfr.yîaÀY), Auuyàrytot, d'où viennent les noms européens môme dans les langues slaves; les Hébreux disaient Batnîm, qui s'appliquait à différents fruits analogues (Reynier, /. c); et surtout Schaked, exprimant la précocité, et Luz (Hiller, Uieroph.y I, p. 215) ou Lus (HosenmiiUer, Handb. bibl. Altert.y IV, p. 262). De ce dernier nom les Arabes disent Louz (Delile, /. c; Munby, Fl. Alg.). Les Persans disent Badam (Hoxb., /. e.) ou Badanie Farsie (Ainslies, Mat. med., I, p. 7); les Chinois, Him et Hanh (Lour., /. r.); les Javanais Kaleping (Ainslies, xb.). Celte diversité peut faire croire que la patrie primitive de l'Amandier était vaste, et que différents peuples ont eu isolément l'idée de le cultiver.
On a trouvé l'Amandier sauvage très fréquemment au midi du Caucase. Tous les auteurs l'indiquent, et la plupart ne soupçonnent pas qu'il provienne des arbres cultivés dans les jardins (voy. Hieb. ; C.-A. Mey., Verz.)> ce qui pourtant est possible. Ledebour (Fl. Ross., II, p. 3) ajoute avec prudence : an vere spontanea? Cependant l'espèce étant indiquée dans des localités de montagnes et par divers botanistes, comme spontanée, je suis disposé à l'admettre pour telle. Il est très possible que la patrie d'origine s'étendit sur la Perse, l'Asie Mineure, la Syrie et même l'Algérie, comme nous allons le voir, mais nous n'en avons aucune preuve. Les Amandiers sauvages de Grèce et d'Italie sont assez ordinairement regardés comme natulisés, à la suite d'une culture ancienne et fréquente. Cependant M. Fraas (Syn. Fl. class,, p. 67), qui a observé la plante en Grèce, croit que l'amande douce est naturalisée et l'amande amère vraiment spontanée. M. Hertoloni (Fl. It., V, 125) cite l'Amandier sauvage des montagnes de Terracine, mais il n'émet aucune opinion à cet égard. M. Moris (Fl. Sard.>
II , p. 6) ne l'a pas trouvé hors des cultures en Sardaigne. Il croit on Sicile sur les rochers du bord de la mer (Guss., Syn., I, p. 552). Enfin, Rauwolf l'a trouvé jadis près de Tripoli, dans les haies, ce qui a fait dire à Linné que l'Amandier habite la Mauritanie (II. Cliff.y p. 18(5; 5p., p. 677). Desfontaines (/•'/. Atl.y I, p. 393) dit que l'Amandier croit spontané en Algérie, mais in arvis. L'éditeur du Nouveau Duhamel (IV, p. 110) dit l'avoir trouvé sauvage en Barbarie, et ajoute que les fruits avaient tous les amandes amères. Selon M. Munby (Fl. Alg., p, 49), « cet arbre se trouve quelquefois à l'état sauvage, mais toujours échappé des jardins. » Enfin, M. Cosson a trouvé récemment des bois d'Amandiers, avec toute l'apparence d'une espèce sauvage, à Saïda, en Algérie (Ann, se. nat., 1" sér., XIX, p. 429). Les localités de Sicile et d'Italie me semblent un effet de naturalisation , car si l'espèce avait existé primitivement dans cette Ile, les Homains l'auraient cultivée plus tôt, et ne l'auraient pas reçue tardivement de la Grèce.
Poiriers. — Le Pyrua communia, L. , est bien spontané dans l'Europe tempérée et dans la région du Caucase (Ledeb., Fl. Ross., II, p. 94). Les Romains du temps de Pline (1. xv, c. 15) cultivaient déjà un très grand nombre de variétés. Leur mot Pyrus venait du celte, Peren, d'où les Français ont fait Poire, et les Anglais Pear (de Theïs, Gloss., p. 387). Les Grecs employaient les mots Axpàç ou Oymxi (Bilberb., / V . class. ; Eraas, Syn. Fl. clos».) et aussi Atchç, pour le Poirier cultivé (Fraas, /. c.) Le mot allemand Birn a peut-être la même origine que le mot celte. Les noms slaves sont tout différents : Gruscha en russe, Krusska en Bohême. Les noms persans, arabes, chinois, sont encore tout autres. Probablement la patrie primitive était vaste, et la culture très ancienne, avec une infinité de variétés, qui amenaient des noms divers. 11 n'y a pas de noms sanscrits. Cela se comprend, car aujourd'hui la culture du Poirier s'étend jusque dans les régions centrales de l'Asie et dans le nord de la Chine (Bunge, Enm.), mais non dans l'Inde septentrionale (Royle, Mm., p. 202).
Pommier. — Le PyraaMaiua,L., qui parait la source de toutes les variétés acerbes et douces de nos pommes (Koch, Syn. Fl. Germ., I, p. 261), croit dans l'Europe tempérée et la région du Caucase (Ledeb., FL Ross. y II, p. 96). Les Romains (Plin., 1. xv, c. 14) et les Grecs en cultivaient plusieurs variétés sous les noms de Malum, MuXca. Le mot Pomum s'appliquait en latin à tous les fruits arrondis et charnus. Le nom de Pomme d'api vient probablement de la variété Appiana, introduite par Appius, d'après Pline.
Las noms du Pommier diffèrent moins les uns des autres dans les
anciennes langues de l'Europe que ceux du Poirier, ce qui fait soupçonner une patrie primitive moins vaste, des variétés moins nombreuses ou une culture transmise de peuple à peuple par imitation, plutôt que native dans chaque pays. La racine de presque tous les noms est Ab, Ap, Al, Av, Af. Les Tartares, les Hongrois et les Turcs disent Aima (Moritzi, Dict. inéd. des noms vuly.); les Bretons et les habitants de Cornouailles disent Aval, Avalen(ibid.); les Gallois Afalen (Davies, Wehh Bot., p. 49); les Allemands Apfel ; les Anglais Apple, les Russes Jablon, les Polonais Gabion, les Illyriens Jabluka (id.); les Latins Malum, qui diffère peu du mot grec MijÀijt; les habitants de la Biscaye disent Sagara (Mor., îbid.).
Le Pommier est cultivé dans le nord de la Chine (Bunge, Enum., p. 27), quelquefois dans le nord de l'Inde (Royle, ///. Him., p. 206), mais plus abondamment dans le Cachemir et les pays voisins. On cite pour la pomme un nom sanscrit, Seba (Piddington, Index), qui n'est pas très éloigné des noms européens, entre autres du nom basque. Le nom arabe Tu fa, et surtout le nom chinois Pim-Po (Lour.), en sont très différents. Thunberg (Fl. Jap.) n'indique pas le Pommier au Japon, ce qui me fait présumer qu'il n'est pas ancien en Chine.
Coffnn»«icr. — Le Cydonin vulgnrU, i , croît spontané sur les collines et dans les bois en Italie (Bertol., Fl. It., V, p. 172), en Sardaigne (Moris, FL, II, p. 55), en Grèce (Sibth., fVo.'/r., p. 344; Fraas, Syn. Fl. class., p. 74), à Constantinople (Castagne, mss.; Brunn., dans Griseb., Spiril., I, p. 94) , probablement dans l'Asie Mineure, car on le cite fréquemment en Crimée et au midi du Caucase (Ledeb., Fl, Ross., II, p. 101). Autour de ces localités, par exemple, en Sicile (Guss., Syn., I, p. 558), dans le midi de la France, en Espagne, en Algérie (Munby, F1.t p. 50), il est indiqué dans les haies, près des habitations, et semble plutôt introduit par l'extension de la culture.
Les Grecs et les Romains en distinguaient déjà plusieurs variétés. Us curent l'idée de greffer sur une qualité commune, StjkvOûv. Slruthia (Tbeophr., I. h, c. 3 ; Plin., xv, c. U) une variété plus belle venant de Cydon, dans l'île de Crète. De cette variété, appelée Ku&vm, Kv&mrâ, vient le nom Malum cotoneum (Plin.), Cydonia et tous les noms modernes Codoyno (It.), Coudougner (vieux français), Coing (Fr.), Quitte (Allem.), même en bohémien Kdaule ou Gdaule (Mor., Dict. inéd. des nomsvulg.). Il y a cependant chez les peuples slaves des noms tout différents : Piywa en polonais, Air a en russe (Moritzi, t'6.). Le nom arabe et persan, Bedana, est encore tout autre. Cette diversité de noms s'accorde avec l'étendue de l'habitation, de la Perse à l'Europe orientale. On a
trouvé récemment en Imérétie, une variété spontanée dont le fruit est de la grosseur d'um' tête d'enfant (Ledeb.,/. c); preuve que les formes attribuées à la culture sont quelquefois tout à fait naturelles. Le Cydonia vulgaris est cultivé dans le Cachemir, et actuellement dans l'Inde septentrionale (Roxburgh, 2e édit., II, p. 511; Royle, ///. Him.y p. 205). Peut-être sa patrie primitive s'étendait-elle jusque vers l'Hindu-Kuscb. L'espèce n'a pas de nom sanscrit. Elle n'est pas cultivée dans le nord de la Chine, où M. Bunge n'a vu que le Cydonia sinensis, Thon in, espèce fort inférieure quant au fruit (Roxb., /. c). On cultive cette dernière espèce et le Cydonia japonica, Pers., plutôt pour la beauté des fleurs que pour le fruit.
JLoquhnt (Mcspllu» japonica, Thnnlt., Krlohotrya Japonica, Llndl ).
— Ce fruit, d'un parfum délicieux, est cultivé en Chine et au Japon. Il s'est répandu au Bengale du temps de Roxbufgh (Fl. Ind., 2* édit., vol. II, p. 510). Les auteurs ne disent pas assez clairement l'avoir trouvé sauvage. Thunberg (F/., p. 206, dit : « Crescii in pluribtu regni pro- * vinciis vulgaris. » Kœmpfer est moins explicite encore.
Grenadier — Le Panica Uranatnm est considéré par les auteurs comme originaire de la côte septentrionale d'Afrique, sans doute parce que les Humains avaient tiré l'espèce de Carthagc et avaient appelé son fruit Granatum, à cause de ses grains, ou Mulum punicum, à cause de l'origine (Plin., 1. un, c. 191 ; 1. xv, c. 11 ; 1. xxiu, c. 6). Desfontaines, dans sa Flore de V Allas (I, p. 391), a bien dit : « Sponte crescit in montibus; » mais M. Munby (Fl, Alger., p. 49), plus récemment, s'exprime ainsi : « Vient spontanément, mais toujours aux environs des jardins. » Il est cultivé, non spontané, en Abyssinie(A. Rich.,7>«/. FL Abyss., p. 285). Le nom arabe Rutnmân, Rumdn (Forsk., p. lvii et cxm), Roummân (Delile, ///., p. 15), Chedjerat erommana (Munby, /. c), Rana ou Ruman (Roxb., Fl. Ind.> 2' édit., p. 499), vient de l'hébreu Rimnon (Hiller, Hierophyt., I, p. 143) et du chaldéen Rimmonna (J. Bauh., Eft«f.,I, p. 78). L'Ancien Testament mentionne souvent le Grenadier, dont l'écorce et les fruits avaient des significations allégoriques. La terre promise est annoncée (Deut., vin, 8) comme abondante en Vigne, Figuier et Grenadier. Plusieurs villes ou localités de la Palestine tiraient leur nom de celui du Grenadier (Hiller, /. c). Ainsi, sans vouloir nier que l'espèce existât primitivement à Cartlia^e, d'où Pline dit que les Romains l'avaient tirée, je crois plutôt qu'elle était spontanée d'origine en Palestine, et que les Carthaginois l'avaient reçue de Tyr. Elle se serait ensuite naturalisée, jusqu'à un certain point, dans l'Afrique septentrionale, comme cela se voit assez souvent aujourd'hui en Espague, en Italie, dans le midi
de la France et en Grèce (Fraas, Syn. FL class., p. 80). Dans re dernier pays cependant, sa culture remonte à une grande antiquité. Le nom de Potà, qui a peut-être une origine commune avec le mot hébreu, est déjà dans YOdyssév, et la mythologie parle de la grenade (voy. Agdeste).
Le Zendavesta des Persans la mentionne aussi (Reynier, Econ. Ârab., p. 474). Cela n'a rien de surprenant, car le Grenadier est sauvage dans l'Asie Mineure (Boiss., Voy. Esp., Il, p. 210), en Arménie et au midi du Caucase (Lcdeb., Fl. Ross., II, p. 104), et Burnes en a trouvé des bois entiers dans le Mazanderan (Roylc, ///. i/rm., p. 208). Le nom persan est Auar (Ainslies, Mal. med. /nrf., I, p. 322), d'où vient le mot turc Nar (u/.),ct quelques noms indiens. Ceux-ci dérivent plutôt du nom sanscrit, Darimba (Roxb., FL /nrf.,édit. 1832, II, p. 4î>9 . On trouve l'espèce ou spontanée d'origine, ou naturalisée, dans le nord de l'Inde (Royle, /. c). M. Bunge l'a vue cultivée dans le nord de la Chine (Enum., p. 28).
En résumé, je regarde l'espèce comme originaire de l'Asie occidentale, entre les montagnes du centre et la mer Méditerranée, le Caucase et le golfe Persique. Ce sont probablement les peuples anciens qui l'ont répandue à l'est vers l'Inde septentrionale et la Chine, à l'ouest dans la région de la mer Méditerranée, et elle s'est naturalisée complètement ou imparfaitement dans plusieurs de ces régions.
j.mhoM ndgari* »c (Engeaia Jamboi, l.) — Cette espèce est bien figurée dans Rheedc {Malab., I, lab. 17, et Wight, ///., tab. 435). D'après le nom usité au Malabar, Malacea-schambu (Rheede, /. r.), elle serait venue de Malacca. Quoique Rheede indique des noms persan et arabe, je ne vois aucune preuve que l'espèce se soit répandue du côté de l'Arabie et de l'Egypte (Forsk., Delile). Au Malabar et à Ceylan (Moon, Cat.y p. 38), cite n'est que cultivée. On peut inférer de ces faits une origine étrangère et pas très ancienne dans la péninsule. Le nom sanscrit Jamba, qu'on lui attribue (Roxb., Fl. Ind., 2« édit., II, p. 404), a peu d'importance, parce que, probablement, c'était un nom générique dont on trouve la trace dans les noms vulgaires indiens des espèces voisines (Piddingtnn, Index, p. 34). M. Blume ne l'a vue que cultivée à Java {Bijdr., p. 1035). Le docteur WaHich {List, n. 3615, h. et f.) l'indique dans le Bengale, à Sirmore et Kamroop, et aussi à Penang, sans dire si elle était cultivée ou spontanée. Loureiro (Fl. Coch*y p. 375), dit : «r Habitat in Cnchinchinâ et in muîtis Indice tocis. » Mats, comme il attribue à la plante un fruit pyriforme, on petit craindre une confusion avec l'espèce suivante. Je suis dispose a admettre que l'espèce croît spontanément dans la péninsule malaie et à Penang. On Ta introduite a l'île Maurice (Boj., H. Maur., p. 143), à Sierra-Leone et à Saint-Thomas
(Hook., Fl. Nigr.j p. 359); mais il ne m'est pas prouvé qu'on la cultive en Amérique, car le Rose apple de la Barbade est rapporté par Maycock (Fl. Barb.,Tp. 213) au Jambosa macrophylla, DC, avec des synonymes qui me font douter de l'assertion.
JnmhoM nialacrcn*!* , Wlght et A m (Engcnia malaccenal» , I
non Lour.). — Les planches de Rheede, Malab., I, tab. 18, et Rumphius, Amb., I, tab. 37 et 38, f. 1 et A, me semblent concorder pour cette espèce à grappes axillaires, à fleur rose et fruit pyriforme, tandis que dans la précédente les grappes sont terminales, les fleurs blanches et les fruits sphériques. Sa culture est répandue depuis longtemps dans les îles de l'archipel asiatique, jusque dans les lies Sandwich , Marquises, etc. (Forst., Pl. esc. y p. 36). On la cultive aussi à Ceylan et dans la Péninsule indienne, mais les noms vulgaires indiqués par les auteurs ne sont ni nombreux, ni très anciens. Aucun n'est sanscrit. Elle est spontanée dans les îles indiennes, principalement dans les plus orientales (Rumph., I, p. 195), ce qui concorde bien avec l'extension de la culture vers les îles de la Société, etc., de même qu'avec le peu d'ancienneté du côté de l'Inde. M. Blume ne l'a pas trouvée sauvage dans l'île de Java (Bijdr., p. 1034), et il semble que Loureiro ne l'a vue ni sauvage ni spontanée. Elle est cependant cultivée en Chine, si la détermination est exacte (Beechey, Voy., p. 188). On l'a transportée à l'île Maurice (Boj., H. Manr.). Quant aux colonies américaines, je ne saurais où trouver une détermination précise des Jambosa cultivés, et je crois leur introduction peu générale et peu ancienne.
Les difficultés de nomenclature m'empêchent de parler d'autres Jambosa cultivés dans l'Asie méridionale, qui ont une importance moins grande.
«•javier. — On sait que la couleur de la chair est un caractère de peu d'importance dans les goyaves, comme dans la pèche, mais la plupart des auteurs admettent comme source de distinction spécifique la forme ouobovée, ou sphérique du fruit (Psidium pyriferum,L.fet P. pomiferum, L.). Raddi, ayant observé ces arbustes au Brésil, prétend avoir vu sur le même pied des fruits pyriformes et des fruits presque ronds (Di atcuni spec. di Pero i ndiano, in-A°, Bologna, 1821, p. 1). Il réunit les deux catégories sous le nom de Psidium Guajara. L'opinion de Raddi a été suivie par trois botanistes, M. de Martius (Syst. mat. med. Bras., 18A3, p. 82), M. Hasskarl (Flora, 1*44, p. 589), et M. Blume (Mus. Lugd. Bat. y I, p. 71), qui ont vu les goyaviers vivants. Cette opinion s'appuie sur une observation directe, au moins celle de Raddi. Pour la contredire ou la rejeter, comme font plusieurs botanistes, il faudrait d'autres observations ou expériences positives. Il aurait fallu, par exemple, nous dire si les pépins de goyaves sphériques donnent toujours des goyaves
sphériques, et ceux des goyaves pyriformes des goyaves pyriformes. Cela sérail d'autant plus aisé à vérifier que les graines conservent longtemps leur faculté de germer (Raddi, p. 5) et multiplient la plante avec facilité, soit dans les cultures, soit ailleurs (Jacq., 06*., II, p. 7; Bojer. H. Maur., p. 130). Si la forme du fruit est héréditaire, les deux goyaves seraient des espèces, ou au moins des races; si elle n'est pas héréditaire, ce ne sont que des variétés dans l'acception pure du mot. Le silence des auteurs sur toute transformation par l'effet des semis peut faire croire à l'hérédité, d'autant plus que les jeunes pieds donnant des fruits dès la troisième année (Rheede, Malab., III, p. 32), les transformations auraient été facilement remarquées. Voyons si la distribution géographique conduit à distinguer deux espèces.
Psidium pyriferum, L. — La goyave pyriforme est commune aux Antilles (Jacq., Obs.f II, p. 7). Les Français la nomment Goyure du pays (id.). Elle abonde hors des cultures, parce que les animaux en sèment les graines avec leurs déjections {id.). A la Barbade, on lui donne le nom de Goyave française (Maycock, Fl. Barbad., p. 206). En lisant Sloane (II, p. 161), le plus ancien auteur sur la Jamaïque, on peut douter qu'il ail vu des goyaves pyriformes, tandis que plus tard Hughes (Jam., p. 132) les indique dans cette île. Ces faits conduisent plutôt à l'idée d'une origine étrangère et d'une naturalisation dans les lies Antilles. Hernandez {M oc. Ilisp. thes., p. 85), un des premiers auleurs sur l'Amérique, parait mentionner le Ps. pyriferum comme ayant un fruit beaucoup plus gros que le pomiferum et une absence de mauvaise odeur qui le faisait rechercher dans les jardins. Il dit que les deux espèces croissent : « In calidis locis mon- »tosis, et campeslribus, et pnecipue Quauhnahuaci. » Plusieurs auteurs, Aublet, de Humboldt et Bonpland (Nov, yen., VI, p. 152), Schomburgk (Jour/i. of Bot. y II, p. 318), Bentham {Bot. Sulph., p. 97), indiquent le Ps. pyriferum à la Guyane, à Cumana, à Guyaquil, sans dire s'il était cultivéou spontané. Pison (Hist. liras., p. 74) le décrit bien sous le nom de Guaiaba. Il paraît l'avoir vu sauvage au Brésil, car il dit : « Montibus »autsylvisdensioribusnoninnascilur, sedplanitiemet campos amal. Agrestis » esse desiit, villicorum quippe industria viridariis illata, numerosas plantas » concipit et procréai ut nihil frequentius occurrat. » Mais il ajoute : « Kruc- » tuum enim grana ab avibuset pecoribusdeglulita, et inox per alvum cum » excrementis deposita , locis licet arenosis et trislioribus, allissime ger- » minant maximeque luxuriant. Aliis Indiarum regionibus communis hajc » arlwr, ac proinde hic patriam Brasiliani negant, sed tractu temporis inter l illas habita est. » Macgraf {Bras., p. 104) le dit aussi apporté au Brésil soit du Pérou, soit de l'Amérique septentrionale (ce qui peut s'entendre des
Antilles et du Mexique). H est commun aujourd'hui au Brésil, cultivé et spontané, selon Raddi (Mem.> p. 3).
En définitive, quoique cet arbuste soit très ancien et très répandu en Amérique, nous ne pouvons discerner nulle part d'une manière satisfaisante s'il est spontané, ou s'il est naturalisé par l'effet des cultures. En admettant le dire des anciens auteurs, il aurait été spontané au Brésil et au Mexique, à une époque où les cultures n'étaient pas aussi nombreuses qu'a présent.
On ne peut guère douter qu'il n'ait été introduit dans l'archipel indien par les Portugais ou les Espagnols dès leurs premiers voyages, quand on lit l'article de Rumphius (I, p. làl) et qu'on remarque les noms vulgaires usités dans cette région, presque tous dérivés du nom américain Guiava. Rheede (Malab., III, tab. 34) indique l'espèce comme cultivée dans la péninsule indienne. Elle n'a point de nom sanscrit (Roxb., Piddington). Forster ne la mentionne pas dans ses Planta esculenlœ des lies de la mer Pacifique, niThunberg dans son Flora Japonica. Loureiro (Fl. Coch., p. 379) prétend l'avoir vue cultivée et spontanée en Cochinchine, mais l'espèce qu'il décrit est douteuse, ayant le fruit ovoïde, quelquefois arrondi, rarement pyriforrae. D'ailleurs, nous savons que les graines se sèment facilement hors des jardins.
Piridlom pomiferum, t.. — Selon Jacquin (Obs.y II, p. 7), il était moin» cultivé aux Antilles que le précédent, et on le nommait à la Martinique Goyavier de Cayenne. Il semble, au contraire, d'après Sloane (II, p. 161) et Maycock (Fl. Barbad., p. 206) être plus répandu aux Antilles. A la Barbade, on le nomme Goyavier commun ou de jardin. D'après J. Acosta (BiH, Ind.t trad. franc., 1598, p. 176) cet arbre se serait introduit et naturalisé à Saint-Domingue depuis l'arrivée «les Espagnols. Hernandez (Nov. Hitp. thes., p. 85) en donne une description et une figure très reconnaissables. Selon cet auteur, presque contemporain delà conquête du Mexique, le Ps. pomiferum croissait € in calidis locis monlosis, et campestribus, et praccipue Quauhnahuaci. » Kegel l'a trouvé dans la Guyane hollandaise, spontané, car il dit : c In fruticctis prope Paramaribo copiose, Guayava incolarum. » (Schauer in Imn., XXI, p. 272). Aublet (Guy., p. 487) le nomme Goyavier des savanes. Raddi lui rapporte YAraca quant de Piso (Bras. , p. 75) et de Marcgraf (p. 105). Ces auteurs ne s'expliquent pas sur l'origine et la nature spontanée. La Flore du Brésil de Saint-Hilaire (II , p. 282) n'en parle pas, mais l'espèce appelée Ps. Larruotteanumy pourrait bien, selon Cambessèdes lui-même, être le Ps. pomiferum sauvage, à petit fruit. Selon Raddi (.Ifem., p. 3) il est cultivé et spontané au Brésil, sans doute près de Rio.
Ce même Psidium pomiferum est extrêmement répandu en Asie et dans
l'archipel asiatique. Rumphius (I, p. 1A2, tab. 48) l'appelait Cujarus ou Gujavus agrrstis, parte qu'il le voyait dans les îles Moluques, parmi les buissons, dans des lieux incultes. On le cultivait aussi, et alors ses fruits étaient plus gros. Les habitants le regardaient comme d'origine étrangère, parce qu'il se trouvait surtout dans le voisinage des premiers établissements portugais, et qu'ils ne lui connaissaient aucun nom indigène. Rumphius (p. 144) inclinait à cette opinion, car, disait-il, on ne voit pas beaucoup de buissons de cette espèce; il se pourrait que les oiseaux l'eussent transportée de Manille aux Moluques, et auparavant d'Amérique dans quelqu'une des îles du grand Océan. Cette supposition est bien improbable, et l'auteur aurait dû parler plutôt des hommes. A Java, le Psidium pomiferum est abondant soit dans les jardins, soit dans les taillis (Blume, Bijdr., p. 10U3; Hassk., dans Flora, 1844, p. Ô88).
A l'appui de l'idée qu'il est d'origine étrangère dans tout cet archipel , je dirai que Forster ne l'a pas rencontré dans les petites îles de la mer Pacifique (Planlœ mcu/.; Guillem, Zéphyr. Tait.). Si c'était une plante originaire des Moluques ou de Java, ou une plante commune à ces îles et à l'Amérique, elle aurait existé probablement ou aurait été introduite de bonne heure dans les îles de la Société, etc. Rheede l'a figurée dans son Jlorlus Malaburicus (III, tab. 35). C'était un fruil étranger au Malabar, désigné comme venant de Malacca, et qui pouvait venir aussi bien, disait-il, des Moluques, de Chine ou d'Amérique. On ne lui connaît aucun nom sanscrit et fort peu de noms indous modernes (Roxb., Piddington). Loureiro (Fl. Covh.y p. 37v>) prétend l'avoir trouvé dans les forets de la Cochinchine et de la Chine. Le fruit n'a qu'un pouce de diamètre au plus. On l'indique à la Chine (Hook. et Arn., Bol. Beechey, p. 188), sans dire s'il y est cultivé ou spontané. Le Ps. aromaticum de Blanco (FL Filip., lre édit., p. 416) paraît être le pomiferum. L'auteur assure qu'il est indigène aux Philippines « quoiqu'on dise communément le contraire. » Thunberg n'en parle pas dans sa Flore du Japôn, ce qui fait présumer une existence peu ancienne en Chine et aux Philippines.
Kn résumé, le Psidium pomiferum se trouve cultivé et quelquefois spontané en Amérique et en Asie ; mais en Amérique sa culture parait avoir été générale du Brésil aux Antilles et au Mexique dès le commencement du xvir siècle, l'espèce avait été trouvée sauvage dans le Mexique peu de temps après la conquête, enfin on lui donnait des noms vraiment indigènes. Au contraire, en Asie, environ un demi-siècle (Rheede) ou un siècle plus lard (Rumphius, 1750), la culture n'avait pas pénétré dans les petites îles de la mer Pacifique, les habitants du Malabar et des Moluques regardaient la plante comme d'origine étrangère, et lui donnaient des noms tirés des
langues européennes ou de comparaisons avec d'anciens fruits de leur pays. Ajoutons que sur 59 Psidium connus (DC, Prodr., III; Walp., II, p. 170), 57 sont d'origine américaine sans contestation; un (Ps. guineense), qu'on disait de Guinée, n'a pas été retrouvé en Afrique (Hook., FL Niffr., p. 359); enfin le Ps. puinilum, Wald (Ps. caninum, Lour. ? Hook. et A ni., Bot. Bcech., p. 188), qu'on dit spontané à Amboine (Kumph., I, lab. 49), à Java (Hlume, Bijdr., p. 1093) et à Canton, pourrait bien, d'après la nature de ses noms vulgaires, ses localités maritimes ou voisines d'établissements européens et la diffusion fac ile des graines de Goya-, viers être encore d'origine américaine (a).
Le Psidium pomiferum a été rapporté de la côte occidentale d'Afrique (Hook., Fl. Nigr.y p. 359), probablement de cultures. 11 est cultivé et presque naturalisé à l'île Maurice (Bojer, //. Maur., p. 138).
Je reviens à la question de la division ou de la séparation des Goyaviers en deui espèces. La géographie botanique est plutôt favorable à la réunion, car 1° les deux formes paraissent originaires du même pays, le Mexique probablement, ou en tout cas l'Amérique intertropicale ; 2° elles sont mélangées presque partout, et depuis deux siècles, dans les cultures. On peut en inférer, comme des pèches lisses et velues, et des oranges douces et amères, ou qu'elles sont arrivées partout ensemble, venant d'un même centre, ce qui serait singulier, ou qu'elles se transforment l'une dans l'autre par l'effet des semis. Le Goyavier à fruit arrondi parait plus robuste, à saveur el odeur plus forte ; il est plus disposé à se naturaliser. H serait donc la souche, en admettant une seule espèce. Il est probable néanmoins que les formes sont devenues héréditaires, comme dans les pèches lisses et velues, comme dans les cotons blancs et jaunes, dans les pavots à graines blanches et graines noires, etc.; car aucun auteur ne signale de transformation à la suite de semis.
Ugcotri» vnlgarls, Scr. (Cururblla L»gcn«ria, i l — Les gourdes
et cougourdes forment une espèce dont l'origine paraît avoir été méconnue. Linné (H. CHfl., p. 431 ; Sp., p. 143A) dit qu'elle croit en Amérique, dans les lieux humides. M. Seringe (Prodr., ni, p. 299) s'est borné à dire : entre les tropiques. Elle me parait originaire de l'Inde comme mou père le soupçonnait déjà en 1805 (Fl. Fr.y III, p. 692). Voici les motifs.
1° L'espèce a été trouvée sauvage dans l'Inde (Roxb., Fl. Ind.. édit. 1832, vol. III, p. 719), dans les forêts humides qai s'étendent vers Devra Doon (Royle, ///. JlimaL, p. 218). C'est une variété à fruit amer.
(a) Mo» père l rapporte au Ps. pumilum un échantillon de la Guadeloupe, dont il lait une variété (JVorfr., III. p. 233). Il est dans un état si incomplet que je ne saurai s ^mettre une opinion.
Hheede l'indique aussi spontanée dans tout le Malabar (VIII, lab. 1 et 5). La même, selon lui, est cultivée dans les jardins pour être mangée; d'où il semblerait que la plante sauvage, dans cette région, n'est pas amère. En Europe, la variété dite trompette est bonne à manger (Duchesne, Dirt. enc, II, p. 100). Il se pourrait que la plante ne fût pas bien spontanée, ou qu'elle fût naturalisée dans l'Inde par l'effet des cultures; mais il y a d'autres preuves.
2* La variété sauvage dont parle Roxburgh a un nom sanscrit, Kutoo- Toombee (Roxb., I. c), la variété cultivée se nommant en sanscrit Ulara (Roxb.), lllavoo (Piddington, Index), et en bengali Kudoo et Laoo (Roxb.), aussi Toombo (Pidd.). On voit que les noms modernes indiens dérivent des deux noms sanscrits; que, par conséquent, on a admis de tout temps l'identité de la variété sauvage et des variétés cultivées. La culture doit remonter à une grande antiquité, d'après les noms sanscrits.
3° L'espèce est cultivée depuis un temps qu'on ne peut préciser, dans tous les pays de l'Asie méridionale qui ont pu la recevoir de l'Inde. Ainsi, Loureiro (FI. Coch., p. 72S) décrit parfaitement les trois variétés admises par Duchesne.
Il note que la grande gourde-bouteille a la chair amère, et la gourdetrompette, la chair douce, ce qui coïncide avec les observations faites en Europe. Les Icônes plantarum sponlein China, de VanRraam, donnent une très bonne figure de la gourde-bouteille ou des pèlerins. D'après le titre de l'ouvrage, on peut croire que la plante est indigène en Chine ; mais cela demande confirmation. Kœmpfer et Thunberg (Fl. Jap., p. 3*23) indiquent l'espèce au Japon sous deux formes. Rumphius (V, tab. ihh) décrit la gourde-bouteille comme souvent cultivée dans les îles Moluques, ainsi que la gourde-trompette et la grande calebasse. Les indigènes lui donnent des noms variés, dont un, Balo, se retrouve à Ceylan sous l'orthographe Balu (Moon, Cat., p. 66).
4° Au contraire, en Amérique, le Lagenaria n'est indiqué par aucun vieux auteur. Je l'ai cherché inutilement dans Hernandez, Piso et Marcgraf. Sloane (/am., I, p. 225, 226) en décrit deux ou trois variétés comme cultivées à la Jamaïque vers la fin du xvip siècle ; mais on ne peut conclure, ni de ses synonymes, ni de ses expressions, que l'espèce fût spontanée ou seulement très répandue dans les cultures en Amérique. Hughes n'est pas plus aflirmalif. Plus tard, P. Browne [Jam.t 2'édit., p. 354) énumèredeux gourdes, l'une grande, cultivée; l'autre petite, cultivée, ou sauvage en plusieurs points de la Jamaïque, ayant une pulpe purgative, amère.
Rien ne prouve que ce soit le Lagenaria vulgaris, car Tauleur ne donne
OftlGUNK UKïî KSPÊCKS LK PLUS (i Ê N KKALK M K 4N T CULTIVÉES. 899
qu'un seul caractère, celui d'avoir une coque dure, servant de coupe ou de bouteille. Maycock (FI. Barbari., p. 373) admet ce synonyme; mais il ne dit pas que l'espèce soit spontanée à la Barbadc. Joseph Acosta (Uist. nat. lnd.y trad. franc., p. 167) parle de calebasses, usitées en Amérique, probablement au Pérou, connues sous le nom de Capallos, qui servaient de vases ; mais il est impossible de savoir si ce n'est pas une autre espèce. J'en dirai autant des Zucchr dont parle Oviedo (trad. de Ramusio, III, p. 11*2), qui étaient cultivées si abondamment aux Antilles et à Nicaragua, à l'époque de la découverte de l'Amérique, pour en faire des vases et des bouteilles. Ce devait être une Cucurbitacée, voilà tout ce qu'on peut aflirmer.
Enfin, les botanistes des États-Unis (Nutt., Gen., II, p. 228 ; EU., Sketch. Gcog., H, p. 663 ; Torr. et Gray, Fl.f I, p. 544) répèlent, sans donner de preuve, que les indigènes de leur pays cultivaient la grande gourde à l'époque de la découverte, et qu'elle s'est naturalisée en partie autour de leurs habitations. Elliott, qui parait le plus attentif sur ce point, dit : « Elle se trouve rarement dans les bois et n'est certainement pas indigène. Elle parait avoir été apportée par les anciens habitants de nos contrées d'un pays chaud. Maintenant, elle croit spontanément autour des établissements, surtout dans les lies près de la côte (sea islands). »
5° Malgré celte prétendue origine américaine, la gourde parait avoir été connue en Europe avant la découverte de l'Amérique. Herrera, qui écrivait peu' de temps après cet événement, en 1513, la mentionne dans le nombre des Calabazas cultivées en Espagne, et ne dit point qu'elle fût nouvelle (édit. 1819, III, p. 77). La gourde des pèlerins (bivenlricosa) est ligurée très clairement eu 1539 par Brunfels (Uerb., III, p. 189), comme étant le Cucurbita des Anciens. Elle est ligurée aussi dans le frontispice de l'ouvrage de Ruellius, de 1536. Plus tard, Lobel (Uist., p. 366 et Advers.y p. 287) remarque l'usage, très fréquent dans le raidi de l'Europe/., ; de porter le vin dans de petites gourdes. Il nie semble avoir vu d'anciennes images de pèlerins qui en représentaient. Peut-être avaient-ils pris dans l'Orient l'habitude de s'en servir. Cependant, les Romains, au commencement de l'ère chrétienne, employaient à cet usage une espèce de Cucurbitacée qui servait aussi à soutenir les nageurs sans expérience. Cela résulte de vers de Columelle, qui sont cités par Tragus(Sfi r/>., p. 825) et Ruellius (flwf.,p. A98), en parlant des Cucurbita. Elles fournissent :
Naricia« picis aut AcUei melli» Hymcti
Aut babilem lymphis bamulam, Baccbo vu lagcnam.
Tum pueros eadem fluviis innare docebil.
riine (I. xix, c. 5) dit également qu'on en faisait des vases, urcei, et
900 OHIGINK «IKOGKAl'HIQUK DKS ESPÈCES CULTIVÉES.
des barriques pour le vin, eadi ad rina condenda. Comme les autres espères de Cucurbitacées sont impropres à ces usages, je présume, malgré le silence des auteurs classiques modernes (ïhïlerb., Fl. class.; Fraas, Syn, Fl, class.), que les Anciens connaissaient l'espèce. La savante traduction de Kbn Baitbar, médecin arabe du xm' siècle, par M. de Sondtheimer (o), n'en parle pas; mais l'espèce n'est pas précisément officinale. Rauwolf, qui avait visite l'Orient en 1 57A, l'avait vue dans les jardins de Tripoli, d'Alep et deDeera(f7. Or., édit. fîronov.,p. 125). Or, dans ce temps, les plantes d'Amérique ne pénétraient pas promptement dans les régions asiatiques. Forskal (p. c.xxn) indique un nom arabe, Dubba Dybbe, dont l'élvmologie m'est inconnue. L'espèce parait peu répandue sur le continent africain. Kilo n'est pas dans le Flora Nigritiana. À. Richard (Tent. Fl. Abyss.y p. 293) a cru la reconnaître dans les plantes d'Abyssinie de Schimper, sect. iff, n. 1571, mais sans fruits la détermination est diflicile, et d'ailleurs rien ne fait présumer que l'espèce soit spontanée en Afrique.
6° Knfin, les autres espèces du genre, peu nombreuses, il est vrai, sont d'Asie et non d'Amérique.
L'ensemble de ces faits est en faveur de l'origine asiatique.
Les noms deZtirrAcr (h) en italien et de Calebaza (c) en espagnol, d'où Calebasse en français, s'appliquaient à cette espèce et à d'autres Cucurbitacées. Le dernier a été donné aussi aux fruits de Crescentia et de Baobab, à cause de leur ressemblance avec les gourdes. Le nom lui-même de gourde ne peut guère venir d'un mot celte, signifiant lourd, pesant, comme le prétend de Theïs (Gloss. bot., p. 14'2), par la raison toute simple que les Celles ne connaissaient probablement du Lagenaria, ni la plante ni le fruit. Ce nom est un abrégé de Cougourde, qui était usité autrefois, et tous deux viennent de Cucurbila (prononcé à la manière latine eoucourbita). Le mot latin, de même que celui de Cueumis, concombre, ne vient pas du grec ; mais probablement, comme cucullus, d'une racine qui veut dire eurvus ou caeus. Par une coïncidence qui n'est peut-être pas fortuite, une espèce de Cucurbila (C. Pepo, Iloxb., non L.) se nommait en sanscrit Kurtaroo (prononcée Kou rtarou), et le Lagenaria, en bengali, Kudoo (prononcez Koudou).
C ucurhlln ntaxlmn. Rncli (C'iicnrhitM Prpo a. Linné) — La grosse Courge ou Potiron à corolle évasée jusque dans le fond, est une plante
(a) Zusammenstellung Ueil-und SahrungxmUtet von Ebn Raithar, traduit de l'arabe
par le docteur J. von Sontheimer, 2 vnl. in-S, Stuttgard, 1830. \b) Vient du mot grec Iv/.jx appliqué .'i des cuenrbilacées.
ici Vient peut-élrf de ces noms arabes ,|c cucurbitacée» cités par Mallliiole (éd. Yalgr., p. litid), llaraha. Haro, I ' arht.
dont les auteurs ignorent l'origine (Duchesne, Dict. enc, II, p. 151; Ser., dans Prodr., III, p. 316); seulement, comme l'observe Duchesne, les noms de Courge d'Inde, Courge marine ou tYoutre-mer, donnés au xvr siècle, montrent une origine lointaine. J. Bauhin (Hist., II, p. 219) indique effectivement ces noms et montre l'incertitude où l'on était alors sur l'origine des Cucurbitacées cultivées. Les auteurs mélangeaient diverses espèces que les modernes ont essayé de distinguer; mais au milieu de leurs énumérations de formes, on reconnaît le Potiron, si bien caractérisé par Sauvages, Sphœra polis compressis, meridianis sulcatis, figuré par Lobel(/c, tab. 641, Pepo ma xi mut indicus camprcsxus) et parDodoens (p. 666, Pepo rotundus major),
Il est difficile de savoir si les Grecs et les Romains connaissaient cette plante, au milieu des variétés si nombreuses et si mal décrites des Cucurbitacées qu'ils cultivaient. Pline (I. v, c. 5) parle de fruits gros et même très gros. Il les nomme Pepones, mais il ne dit rien de leur forme.
L'espèce ne paraît pas d'origine américaine, quoique M. de Martius lui rapporte le Jurumu de Piso, Bras., édit. 1658, p. 264; Marcgraf, édit. 1648, p. A4. La planche de ces auteurs ne ressemble pas mal, mais elle est fort réduite et la description en est insignifiante. Le fruit n'est pas déprimé. Il était cultivé par les indigènes, mais il pourrait avoir été introduit chez eux par les Portugais, avant le voyage de Marcgraf. Kn général, les Flores américaines parlent de l'espèce comme d'une plante cultivée, sans donner des noms indigènes, sans citer des auteurs contemporains de la découverte, en un mot sans aucun indice d'ancienneté (Pepo maximum indicus compressus, Sloane, Jaw., I, p. 226; Cucurbita Pepo, Aubl., p. 887; Maycock, Fl. Barb., p. 380). M. Darlinglon (igric. bot., p. 60) dit que c'est une espèce cultivée aux Étals-Unis, mais originaire de IV.?/.
On la cultive en Abyssinie (Acb. Rich., Tent. Fl. Abgss., p. 205) sous le nom arabe Doubba, qui montre une origine de l'Orient, car le mot est arabe. D'ailleurs l'espèce n'est pas indiquée dans le Flora Nigritiana, et rien ne peut faire présumer une origine africaine.
Par exclusion, on arrive à l'Asie tempérée ou méridionale. L'espèce n'est pas indiquée dans les Flores du Caucase (Ledeb., Fl. Ross., II). D'un autre côté, je ne puis la reconnaître dans aucune des espèces de Thunberg (Flora Japonica). M. Bunge ne l'a pas vue dans la Chine septentrionale (Enum., p. 31). Ainsi, par exclusion encore, nous sommes rejetés vers le sud-ouest ou le midi de l'Asie. Les ouvrages sur l'Inde et l'archipel indien donnent des descriptions et des planches , qui s'accordent assez avec la plante cultivée en Europe, sans cependant coïncider exactement. Rumphius (Amb., V, tab. 145) décrit et ligure sous le nom de Pepo indicus
902 ORIGINE CÊOGKAI'HIQUK DES ESPÈCES CULTIVÉES.
compressas maxiwus. appliqué à l'espèce, une plante cultivée très généralement dans l'archipel indien, qui ressemble à la nôtre, excepté quant au fruit ovoïde plutôt que sphérique, à peine déprimé. Ce doit être le Cucurbila Melopepo, Lour., Fl. Coch., p. 729, d'après la description et les synonymes. Elle est « late culta in Cochinchina et China. » Rheede(Afo/a6., VIII, lab. 2) ligure une plante de Malabar, dont il dit: « Inter edulia habelur et ubique invenitur. » Elle offre des lobes du calice, dans la fleur femelle, étalés, égalant la moitié de la longueur de la corolle, divisés en pétiole et limbe. M. Wight (ic. 507, et III. Ind., II, tab. 105 ou 121) ligure le même calice que je ne me souviens pas d'avoir vu dans notre espèce cultivée en Europe (a). Roxburgh (Fi*. Ind., édit. 1822, III, p. 719) parle aussi de cette plante sous le nom de C. Melopepo. Ni lui, ni les auteurs anglo- indiens plus récents, ne mentionnent un nom sanscrit et n'indiquent l'espèce comme spontanée.
Ainsi le Cucurbita maxima : 1° doit être originaire de l'Asie méridionale; 2" n'a pas été découvert encore à l'état sauvage. N'ayant pas eu de nom sanscrit, il est probable que son pays d'origine est au delà du Gange ou dans quelqu'une des iles de l'archipel asiatique. Il se peut que ce soit une espèce modifiée par la culture, au point de ne pouvoir être reconnue dans l'état spontané. Enfin, ces doutes ramènent à l'opinion de Linné qui connaissait la plante comme une forme de l'espèce suivante.
Cucurbita Pepo, Ducb. — Ici viennent se ranger les nombreuses formes de courges appelées Cucurbita Pepo par Duchesne (Dict. enc ., H, p. 152) et divisées dans son énuinération en deux groupes, Pepo moschata et Pepo polymirpha . Elles ont pour caractère commun une corolle rétrécie à sa base et non évasée comme dans l'espèce précédente. M. Seringe (Prodr., III, p. 317) a détaché les Cucurbita moschata, C. verrucosa, L., C. aurantia, Willd., C. ovifera, L., que Duchesne réunissait. J'ai voulu essayer de me former une opinion sur ce point, mais la multiplicité des formes, l'absence de bonnes planches modernes et l'absence plus complète encore d'échantillons dans les herbiers m'en ont empêché. Je me bornerai donc à quelques remarques historiques et géographiques, tout en réservant la question d'espèce.
1° Plusieurs de ces courges étaient connues des Grecs et des Romains, sous les noms de K&>.oxvv6j), Cucurbita et Pepo, comme le disent les auteurs de l'époque de la Renaissance et des temps modernes (Fraas, Syn. Fl. class., p. 104). Préciser quelles formes ils entendaient sous chaque nom,
(a) Je regrette d'avoir laissé passer la saison où j'aurais pu le vérifler. Cet organe des fleurs femelles est caduc ; je ne puis le voir dans mon herbier. J'en ai cherché inutilement la description ou la ligure dans les auteurs.
ORIGINE DES ESPÈCES LE l'LlS GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. 903
t'est ce que les expressions brèves et olrcures de Dioscorides, Pline et autres, ne nous permettent en aucune manière.
2° Le Cucurbita oui fera, L., Mant., que Duchesne regarde comme une des courges les plus franches, les plus susceptibles d'être détachées comme espèce, avait été trouvé sauvage près d'Astrakan , dans le siècle dernier (Linn., Mant., p. 120), mais personne ne l'a trouvé depuis dans les environs de la mer Caspienne et du Caucase (Ledeb., Fl. Roms., p. 142). Il est figuré déjà, en 1576, dans Lobel, Hisl., p. 367.
3° Le Cucurbita verrucosa, L. (C. polymorpha verrucosa, Duch.) est une forme qui semble une bonne espèce à cause de deux caractères, les verrues de l'écorce du fruit, et sa dureté, analogue à celles des gourdes. La plante a été figurée et décrite pour la première fois en Europe par Dalechamp (Hist., p. 617), c'est-à-dire en 1587. Elle est dans la Flore du Japon de Thunberg (p. 323), mais sans description suffisante et avec un synonyme de K;empfer. Or, ce dernier auteur désigne la plante sous l'épithètede Cucumis major long issi mus verrucosus, multis fissuris dehiscens, tandis que le C. verrucosa offre un fruit arrondi ou à peine oblong. Ce peut être un Cucumis, un Momordica. Rien ne prouve que notre plante cultivée en Europe ail été vue ailleurs.
4* Le Cucurbita moschala, Ser., a été considéré dès le xvi* siècle comme venant d'Amérique. En 1587, Daléchamp (p. et tab. 616) disait : « Sunt cucurbitarum gênera peregrina, quas ferunt ab occidentalibus Indiis asportatas fuisse, unde cucurbitœ indicé à multis cognominantur. Ihr magnitudine, figura, colore differunt, oranes tamen ad melopeponum liguram accedunt. » Puis il ligure le C. moschata sous le nom de Cucurbita indira rotunda, et ensuite un Cucurbita indica longa, qu'il dit être le Cucumis turcicus de Fucbsius, et qui parait un Giraumon commua oblong. Ce rapprochement iudique une grande incertitude sur les origines. Poiret(Di'c/. se. nat., XI, p. 234) dit en parlant du C. moschata : c M. de Chanvalon est le premier qui, dans son voyage de la Martinique, ait parlé de cette plante. » J'ignore la valeur de l'assertion et la date du voyage. En outre, il m'est impossible de découvrir dans les auteurs américains aucun indice quelconque sur celte plante.
5° Jusqu'à présent on ne connaît aucune espèce bien certaine de Cucurbita en Amérique. Le C. asperata, Gill., voisin du C. mammosa (presque inconnu) de Molina, est du genre Chizostigma, A ni. , dans Hook., Journ. bot., III. Le C. fœtidissima, Kunth, dans H. et B., est très mal connu, d'après l'auteur lui-même. Rien ne peut faire présumer une culture ancienne du C. Pepo en Amérique, si ce n'est le fait isolé, sans preuves, sans confirmation récente, que lç C. verrucosa, espèce ou variété du C. Pepo,
QOfl ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.
aurait été cultivé par les indigènes voisins des sources du Missouri (Nutt., Gen.t II, p. 228). Tout ceci porte à croire que les Cucurbita, en particulier les formes du Pepo, sont sans exception de l'ancien monde.
6B M. Hasskarl décrit deux espèces distinctes et spontanées de Cucurbita dans l'île de Java (Cal. h. Bogor. ait., p. 190); cependant M. Blume (liifdr.y p. 930) ne mentionnait que des espèces cultivées. Rumphius, Hheede, Roxburgh, Loureiro, Thunberg (Fl. Jap.), Wight ne citent comme spontanée dans l'Inde ou l'archipel indien aucune plante qu'on puisse rapporter à l'une de nos formes du C. Pepo. La plante nommée C. Pepo par Roxburgh (Pl. Ind.y édit., p. 1832, III, p. 718) parait différente, d'après le synonyme cité de Rheede, qui est le Benincasa cerilera. Le C. Pepo de Loureiro paraît autre chose, d'après le synonyme de Rumphius, qui est le C. farinosa, Bl., et d'après la description. L'abondance de ces Cucurbitacées dans toute l'Asie méridionale fait présumer que la patrie originaire des Pepo est là. D'un autre coté, les espèces ou variétés figurées dans Rheede et Rumphius ne concordent jamais avec les nôtres.
7» Il semble, d'après les ouvrages, qu'il y a plus de formes duC. Pepo en Europe que partout ailleurs, et surtout qu'elles y sont plus anciennes. Leur nombre est remarquable dans les auteurs du xvi* siècle, tels que Dodoens, Daléchamp, Bauhin. Ce nombre ne paraît pas aussi élevé dans les ouvrages sur l'Inde et l'archipel indien. J'ignore si les Chinois en cultivent beaucoup. Forskal n'indique en Arabie et en Egypte que deux formes (p. i.xxvi et cxxn). Rauwolf (Fl. or., édit. Gronov., p. 124) ne mentionne même pas l'espèce, lui qui énumère les autres Cucurbitacées qu'il voyait en 1574, dans les jardins d'Alep, de Damas et de Tripoli. Pour l'Abyssinie(A. Rich., Tent. FI. Abyss.) et la côte occidentale d'Afrique (Hook., FI. Nigr.)\e C. Pepo n'est pas indiqué.
8° En résumé, je regarde comme certain que les formes rapportées au Cucurbita Pepo ne sont pas d'Amérique ; mais en me rappelant que le nom Cucurbita est vraiment latin, que les mots grecs KoXoxûvfa et ï«ûa, appliqués à des Cucurbitacées cultivées sont aussi d'une apparence hellénique propre, que l'espèce n'a pas de nom sanscrit (le C. Pepo, Roxb., étant différent); en réfléchissant au nombre probablement considérable de variétés du temps des Romains, et surtout au xvT siècle en Europe, j'hésite entre la région méditerranéenne et l'Asie méridionale comme habitation primitive. Dans tous les cas, assurément, l'espèce n'a pas été retrouvée sauvage. Peutêtre la découvrira-t-on dans l'Asie méridionale, en Chine,- par exemple? Alors, la question sernit décidée. Ces doutes, néanmoins, sur l'origine, en font naître d'autres sur la valeur de l'espèce, et font incliner à l'idée qu'elle aurait dévié d'un état primitif par l'effet de la culture.
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLl'S GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. 905
Coearbit* Melopepo, L. — Le Pastisson, Bonnet de prêtre, Bonnet d'électeur, est une courge plus large que longue, couronnée, au sommet, d'un renflement circulaire, au milieu duquel s'élèvent des protubérances plus ou moins saillantes. L'absence de vrilles, ou leur développement sous forme de feuilles, aident aussi à reconnaître la plante. Ces caractères sont assez bizarres. Ils indiquent peut-être une forme monstrueuse, dévenue héréditaire. On en voit de bonnes figures déjà, en 4587 (Daléchamp, p. 618), et plus tard dans Dodomeus (p. «66), et Bauhin (Bist., II, p. 224, qui les cultivait depuis 4561). Lobel semble indiquer cette plante dans ses Adrersaria, p. 287, sous le nom de Cucumeres latiores chjpei formes; mail il n'en donne aucune figure dans la série de planches de Cucurbitacées contenues dans ses Obtervationes, p. 364 et suivantes. Ces deux ouvrages sont cependant de \ 576. Je ne trouve rien qui se rapporte à l'espèce dans Ruellius (1536), Brunfels (1536-39), Brasavola (1539); d'où il semble qu'elle aurait paru en Europe au milieu du xvi« siècle. Les • noms des premiers auteurs ne font allusion qu'à la forme du ftruit et non à l'origine. La désignation de J. Bauhin, Cucurbita siciliana, est tout à fait arbitraire.
Je ne puis trouver aucune description ou figure, qui s'en approche le moins du monde, dans les ouvrages sur l'Asie méridionale, l'Afrique ou l'Amérique. Il ne semble même pas que la plante soit cultivée en Asie, car Bumphius, Rheede, Wight et Arnott (Prot/r.), Moon (Cat. Ccyl.), Blume (Bijdr.) n'en parlent pas, et les Cucurbita Melopepo de Roxburgh et de Loureiro sont autre chose, d'après les synonymes et les descriptions. Il est diflicile de croire qu'elle existe en Chine depuis plusieurs siècles, cardans ce cas elle aurait pénétré au Japon, où Thunberg ne l'indique pas, et dans l'Inde ou l'archipel indien.
Cet ensemble de faits me porte a croire que le Cucurbita Melopepo est une altération produite par la culture, en Europe, au xvm siècle.
i uramU Nelo, L. — Depuis l'époque de la renaissance (Brasavola, p. 153) jusqu'à nos jours (Fraas, Syn. FI. class., p. 103), la plupart des auteurs soutiennent que les Anciens cultivaient le Melon. Us ne sont pas d'accord sur les synonymes des Grecs et des Latins. Selon M. Fraas, l'auteur le plus récent, c'était le ïexûa de Théophraste, le rinruv de Dioscorides, le MTjXowtnwv de (ialien, le Melo de Pline. Malheureusement, les passages des auteurs sont très brefs et parlent des propriétés médicales plus que des-formes et des caractères botaniques. Galien {De ahm., 1. il, c. 5) dit cependant une chose qui ne s'applique pas du tout au Melon. « Les' Melopepones n'excitent pas le vomissement comme les Prpones. De là vient que, dans les Pepones, on s'abstient de la partie intérieure de la
906 OIUGINK GÉlRiHAIMNQl K 1»ES KSPÈCES CULTIVÉES.
chair où sont les graines, tandis que dans les Melopepones, on la mange. » Comme le dit très bien Matthiole (édit. Valgr., p. 368), après dépareilles expressions, on ne sait que penser. Je demeure comme lui dans le doute, après avoir lu les textes, et je voudrais trouver des indices d'une autre nature pour m'assurcr que les Anciens connaissaient le Melon.
Les meilleurs arguments sont peut-ôtre dans les noms vulgaires modernes et dans la tradition. En Grèce, le Melon est nommé aujourd'hui ricirwvta (Fraas, l. c); en Italie, on le nommait déjà en 1539 (Brasav., /. c.)et on le nomme encore maintenant Pepone, Melone, Mellone (Poil., Fh Ver., III, p. 145). Les Espagnols employaient déjà au commencement du xvi« siècle (Herrera) le terme de Melon. S'ils avaient reçu ce fruit des Arabes et non des Romains, il est vraisemblable qu'ils lui auraient donné un nom arabe, comme cela est arrivé pour le coton. En Sardaigne, où les traditions romaines sont bien conservées], on dit Meloni (Moris, Fl. Sard., II, p. 85). Il est certain que du temps de Matthiole, en 1570, on cultivait plusieurs variétés de Melons qui étaient excellentes. La planche de cet auteur (p. 368), celle de Daléchamp, en 1587 (p. 623), ne laissent aucun doute sur l'espèce. L'admiration des auteurs du xvf siècle pour le parfum et le goût exquis du Melon, comparée au silence des Romains, qui n'étaient pas peu gourmets, est assurément un indice de la nouveauté du fruit en Europe. Virgile, par exemple, n'en parle pas (Fée, Paulet, FL de Virg.). Les fragments de Pline, Columelle, Apicius, etc., sur le Melo, sont très brefs et insignifiants. D'après Olivier de Serres (Theatr. d'agric., édit. Genève, p. 477, en 1629), la culture du Melon s'était répandue considérablement dans le midi de la France, où elle était auparavant inconnue. « Pline, dit ce vieux et aimable auteur, prend le plus souvent le concombre pour le melon, confondant ces deux fruits sous même appellation, montrant par là lo melon être de son temps en Italie nouvelle viande. Nul autre ancien auteur de rustication n'en fait mention. » Le père de l'agriculture espagnole, Herrera, disait, en 1513 Agric. gen., édit. 1809, III, p. 116) avec une bonhomie qui n'exclut pas la malice : « Si le melon est bon, c'est un des meilleurs fruits qui existent, et même aucun ne lui est préférable. S'il est mauvais, c'est une mauvaise chose. On a coutume de dire que les bons sont comme les femmes bonnes , et les mauvais comme les mauvaises. »
Rien ne prouve que les Arabes aient cultivé le Melon ordinaire avant les Européens. On a supposé que leurs médecins du moyen âge en auraient 1 parlé quelquefois sous le nom de Kadl ou Chiar (Ebn Baithar, trad. de von Sondlheimer, Il , p. 280), sans aucune description du fruit ou de la plante; mais ce nom de Chiar, attribué au Melon par M. de Sondlheimer,
est le nom du concombre, Cucumis sativus, d'après Forskal (p. lxxvi) et Delile (FL JEg., p. 29). Le nom de Jialhich, dérivé évidemment de YAbatichim des Hébreux, attribué aussi au Cucumis Nelo (Sondth., ib.t I, p. 1 /j 5 > , doit être plutôt celui du Cucumis Citrullus, le nom arabe du vrai Melon étant Dummajri (Forsk., t'6.), Domeyri (Del., p. 29). Rauwolf, en 1574, n'avait vu le Melon qu'à Tripoli, car il le cite comme cultivé seulement dans cette localité, lui qui indique le Melon d'eau et la courge à Halep et à Tripoli (FL or., édit. Gron., p. 124). Je ne puis regarder ceci comme une preuve de non-exislence dans l'Orient ; mais n'oublions pas que les Hébreux, et peut-être les Romains du temps de Jules César, ne connaissaient pas l'espèce. Plus on marche vers l'Asie méridionale, moins la culture du Melon parait ancienne. On ne connaît aucun nom sanscrit (Roxb., Fl. Ind., édit. 1832, III, p. 720; Pidd., Index), et un seul nom moderne, à la fois bengali, hindustani et persan, Khurbooja, indique une origine persane. Point de planche dans Rheede. Rumphius (Amb., V, p. 404) dit que les Melons ont été apportés dans les îles de l'archipel asiatique par les Portugais. Ils sont médiocres eu Chine et en Cochinchine (Lour., p. 726). On les cultive beaucoup au Japon (Thunb., Fl. , p. 323) , ce qui indiquerait une date plus ou moins ancienne dans l'Asie orientale. Aucun des auteurs que je viens de citer ne parle de Melons sauvages, ni môme naturalisés par dissémination hors des jardins.
La culture de l'espèce n'étant pas fort ancienne, et la plante n'ayant jamais été trouvée sauvage dans la région de la mer Méditerranée, en Afrique, dans l'Inde et les îles de l'archipel indien, nous arrivons, par exclusion, a soupçonner qu'elle est originaire de la Tartarie ou des environs du Caucase. C'est aussi la seule région où l'on prétende avoir quelquefois rencontré l'espèce hors des cultures. Willdenow (Sp., IV, p. 613) disait : « habûat in Calmucchia, » sans indiquer de preuve, tandis que Linné (Sp.t 2" édit.) ne connaissait aucune habitation. M. de Steven {Mém. soc. Mosc, in-4°, IV, p. 70) dit l'avoir trouvé dans un endroit stérile, loin de toute habitation, sur les bords du fleuve Kour, dans le district de Schirvan ; mais il regrettait de n'en pas avoir conservé des échantillons desséchés, afin de vérifier exactement l'espèce, c Dans la Russie méridionale, ajoule-t-il, on le cultive en abondance et il ne s'échappe pas dans la campagne. » Bieberstein (III, p. 624) cite Steven, et il dit n'avoir pas rencontré la plante spontanée autour du Caucase. M. Hohenacker l'a trouvée près d'Élisabethpol (Ledeb., FL Itoss., Il, p. 142). Jusqu'à présent, MM. de Steven et Hohenacker sont les seuls qui l'aient trouvée ; mais leur témoignage, très digne d'attention, concorde aver les faits historiques, et
aussi avec la qualité exlraordinairement bonne des Melons cultivés autour du Caucase.
Les peuples caucasiens et slaves ont plusieurs noms spéciaux pour le Melon. Le Dictionnaire des noms vulgaires dressé par Moritzi , d'après les livres de notre bibliothèque, indique un nom turc et tartare Kaun, et un nom illyrien, qui pourrait avoir une origine slave, Ljubenika , Lubenika. Le nom russe ordinaire est Uina (birman, Retse, I, p. 235). Il se pourrait que l'habitation de l'espèce fût primitivement bornée aux vallées qui sont au midi du Caucase , en général aux environs de la côte méridionale do la mer Caspienne, et que la plante se fût répandue ailleurs tardivement. L'uniformité des noms tirés de Melo, dans toute l'Europe, est un indice d'introduction peu ancienne.
CncumU 4 if m ii us. s< r |Cu*urbita ciimiini», L ) — La Pastèque ou melon d'eau est une plante dont l'origine est incertaine d'après les auteurs. Linné (5p., p. 1435) dit: « Habitat in Apulia, Calabria, Sicilia. » Seringe (Prodr., 111, p. 301) dit : « in Airica et India. » Puis il ajoute une variété décrite au Brésil par Marcgraf, ce qui complique encore la question. Éclaireissons d'abord ce dernier point.
La planche et le texte de Marcgraf {Bras., p. 22) me paraissent bien s'appliquer à la Pastèque. D'un autre côté, rien ne prouve que la plante n'eût pas été apportée au Brésil par les Européens, si ce n'est le fait d'un nom vulgaire Jaee, mais l'argument n'est pas fort. Marcgraf cite aussi des noms européens. 11 ne dit pas que l'espèce fût spontanée, ni très généralement cultivée. Sloane l'indique comme cultivée à la Jamaïque (I, p. 226), sans prétendre qu'elle fût américaine, et assurément le sileuce des premiers auteurs, sauf Marcgraf, le rend bien peu probable.
Selon les commentateurs, depuis Matlhiole (Comm., p. 369) jusqu'à nos jours < Fraas, Syn. Fl. class., p. 105), la Pastèque était inconnue aux Grecs et aux Homains. Les auteurs du xvi* siècle la nommaient Citrullus, à cause de l'analogie avec les fruits de Citrus, ou Anguria, qui est le nom italien (Daléch., p. 625; Poil., Fl. Ver., III, p. 148) dérivé probablement, par transposition , de AyyoOjna, nom grec donné à d'autres Cucurbitacées (Fraas, Syn. Fl. class., p. 103; Margot et Reuter, Fl. Zani., p. 48). Le nom grec moderne de la Pastèque est Kapw*wo<« (Fraas), d'où vient peutêtre le nom russe Arbus (Erman, Reise, I, p. 235).
Evidemment les peuples du midi de l'Europe ont reçu la Pastèque des Arabes ou de l'Orient en général. Les premiers auteurs, tels que Daléchamp, ont eu soin d'indiquer les noms arabes Bather, Batheca, dont parle ensuite Forskal (Descr., p. 167) en écrivant Batlich. Ce nom, du reste, d'où vient celui de Pastèque, s'applique à diverses variétés (Dénie,
111. j£g.t p. 28) et môme à d'autres espèces (Forsk., p. 169). Rauwolf, en 1574, trouva la Pastèque en abondance dans les jardins de Tripoli, de Rama et d'Alep, sous les noms de Bathieca (Rauwolf, édit. (îronov., p. l*2/i ; Daléch., I. c), et Schareej, sans parler d'autres noms encore (Ainslies, Mat. med. Ind., I, p. 217). La raciue du mot Batlick est dans l'hébreu Abbaltichimy l'un de ces fruits d'Égypte que le peuple juif regrettait dans le désert. Les commentateurs ont traduit Abbatlichim par Pepo, Melopepo, Melo et autres noms de Cucurbilacées (Miller, Hieroph., II, p. 59), Cucumis Melo (Celsius), et ensuite par Cucumu Cùrullus, melon d'eau , pastèque (Rosenmûller, ilandb. bibl. AUcrl., IV, p. 93). La probabilité est pour ce dernier sens, à cause du nom arabe. D'un autre côté sLla Pastèque avait été cultivée en Egypte, à une époque aussi reculée, probablement les Grecs et les Romains en miraient eu connaissance et l'auraient introduite chez eux. Le nom espagnol de la Pastèque est Zandia (Herrera, Agric, III, p. 208), en Catalogne Cindria, Cindriera (Colin., Cal. y p. 55), qui se retrouve dans l'île de Sardaigne, Sindria (Moris, FI, Sard., Il, p. 85). Ces noms sont une énigme pour moi, car je ne découvre aucune origine arabe ou latine, et cependant rien au inonde ne peut l'aire penser que la Pastèque soit une plante d'Espagne. Les Persans disent Wnduanach (Ainslies, l. c), ce qui indique une origine indienne. L'espèce a un nom sanscrit, Chuya pula, d'après Ainslies (/. c.) et Piddingtou (index, p. 26). Cela n'aurait rien d'étonnant en soi, mais je m'en défie, parce que tous les noms indiens modernes en diffèrent complètement. L'espèce est si généralement cultivée dans l'Inde (Roxb., III, p. 719), la Cochinchine, la Chine (Lour., f7., p. 730), le Japon (Thunb., Fl., p. 323), les Iles de l'archipel indien (Rumph., Amb., V, tab. 1A6), que son pays d'origine doit être l'Asie méridionale.
Personne ne prétend l'avoir trouvée sauvage dans aucun pays. L'indication, faite bien légèrement par Linné, de la Pouille, la Calabre, la Sicile, est copiée de Matthiole (ttist., p. 369) qui dit simplement que les meilleures pastèques sont de ces provinces.
< nn. utifu, L. — Le Concombre soit Cornichon était cultivé déjà
par les Grecs et par les Romains. C'était le S wua; de Théophraste, et le Cucumii de Pline. Il est figuré avec soin par tous les auteurs du xvi' siècle (Daléch., p. 620; Matth., p. 367, etc.), Linné et de Lamarck (/>tc/., II, p. 72) regardent l'origine comme inconnue. M. Seringe a mis dans le Prodromus (III, p. 301): <• in Tataria et India oriental i. » L'indication de la Tartarie est lirée de Willdeuow (S/)., IV, p. 615), mais je ne sais quelle valeur elle peut avoir. Lcdebour (FI. Ross., II), si exact dans la citation des auteurs touchant la Russie et le Caucase, ne mentionne pas l'espèce.
Elle porte dans le midi de l'Europe des noms dérivés de Cucumis (prononcé à la manière des Latins, Coucoumis) : ainsi, Cocomero en italien, Cogombro en espagnol, etc. Les Allemands^ disent Kukummer, et aussi Gurke. L'origine de ce dernier mot paraît être dans les langues slaves, car les Bohèmes disent : Âgurka, et les Polonais Ogorek (Moritzi, Dicl. inéd. des noms rulg.). Les Esthoniens disent Ikkurilset Uritt. Cette diversité montre une diffusion ancienne dans l'Europe orientaîe et septentrionale. Le nom persan est Kyar (Roxb., Fl. Ind., III, p. 720), et le nom arabe Fakûs (Forsk., p. lxxvi). Il y a un nom sanscrit, Sookasa (Pidd., Ind.y p. 26), que nous devons prononcer Soukasa, et qui pourrait bien être l'origine des mots grecs Sixvoç, Strj*. Zixû«, appliqués a l'espèce actuelle et à d'autres Cucurbitacées. On cultive fréquemment le Concombre dans l'Inde (Roxb., III, p. 720; Wall., n. 6737), en Cochinchine (Lour., p. 726), en Chine (û/.), au Japon (Thunb., Fl,, p. S24), à Java(Blume, {Bijdr.y p. 930), en Arabie (Forsk.), en Egypte (Del.), en Abyssinie (A. Rich., Tent.y p. 294); mais, dans aucun de ces pays, on ne l'a rencontré sauvage, ni seulement avec l'apparence d'une plante échappée hors des cultures. L'existence d'un nom sanscrit indique une ancienneté très reculée dans le nord de l'Inde, et, comme l'espèce a été connue des Grecs avant plusieurs fruits de l'Asie méridionale, c'est probablement du nordouest de l'Inde, par exemple du Caboul ou de quelque pays adjacent , qu'elle est originaire. Tout fait présumer qu'on la découvrira un jour dans ces régions encore mal connues.
Riiiew diroNhuinrin, l. — La Groseille à maquereau cultivée dans les jardins n'est qu'une variété du Ribes l'va-crispa, si commun en Europe (DC, FL Fr.y IV, p. 408 ; Koch, Syn., 2'édit., I, p. 292 ; Ledeb., Fl. Ross., II, p. 195). On la trouve quelquefois sauvage (Engl. Bot., tab. 1292, 2057; Ledeb., /. c; Poil., Fl. Veron., I, p. 304); mais elle peut s'être échappée des jardins. Ni l'espèce ordinaire, ni la variété cultivée ne sont dans les auteurs grecs et latins. Probablement, elle manquait alors à l'Europe méridionale, où l'extension de la culture l'a naturalisée depuis çà et là.
Tous les auteurs du XVT siècle en parlent et la figurent sous les noms dû Uva-crispa, Uva-spina , Grossularia. Les Italiens et les Espagnols emploient communément la première oxpressiou, tirée de l'analogie avec le raisin. Le nom de Grossularia vient, dit-on, de Grossulusy petite figue mal mùre(Ruell., p. 283), et le mot français de Groseille, écrit autrefois Groiselle ou Groisselelz (Dod., p. 748), aurait la même origine. Cependant, comme l'espèce était inconnue aux Romains et se trouvait plus au nord que le Figuier, l'étymologie me paraît douteuse. Le nom de Groseille
vient plutôt de l'allemand Krausbeere ou Krauselbeere, qui signifie luimême baie crispée (à feuilles crispées). Matthiole (édit. Yalgr., p. 135) distinguait déjà la variété cultivée de la plante spontanée. Les langues slaves et celtes avaient des noms différents du nom allemand. L'ancien nom anglais était Feaberry et Feabes (Phillips, Account of fruits, p. 177). Le nom breton est 5pcsad(Legonid., Dict.). Cette diversité concorde avec une existence spontanée ancienne dans plusieurs pays. Le nom anglais moderne, Gooseberry, et le nom français à maquereau, viennent, selon Phillips (/. c), do cequ'on en faisait une sauce pour les oies et les maquereaux.
Riben ru i»ru m, i — Le Groseillier ordinaire, rouge, est spontané dans l'Kurope septentrionale et tempérée, de même que dans toute la Sibérie (Ledcb., FL Ross., II, p. 199) jusqu'au Kamtschalka, et en Amérique du Canada et du Vermont à l'embouchure de la rivière Mackensie (Torr. et (îray, FI. N. Am., I, p. 150)r. Comme le précédent, il était inconnu aux Grec* et aux Romains, et la culture s'en est introduite dans le moyen âge seulement. La plante cultivée diffère a peine de la plante sauvage. L'origine étrangère pour le midi de l'Europe, est attestée par le nom Groseille d'outre nier, donné en France (Dod., p. 748) au xvi* siècle. A Genève, la Groseille se nomme encore vulgairement Raisin de mare, et dans le canton de Soleure, Mecrlruhli. Je ne sais pourquoi on s'est imaginé, il y a trois siècles, que l'espèce venait d'outre-mer. Peut-être doit-on l'entendre dans ce sens, qu'elle aurait été importée par les Danois et les Normands, ou que ces peuples du nord, venus par mer, en auraient introduit la culture? .l'en doute, cependant, car le Hibes rubrum est spontané dans presque toute la Grande-Bretagne (Wats., Cyb.) et en Normandie (Breb., FI.); les Anglais, qui ont eu des rapports fréquents avec les Danois, ne cultivaient pas encore ce fruit en 1557, d'après une liste des fruits de cette époque, rédigée par Th. Tusser et publiée par Phillips (Account of fruits, p. 136), et encore du temps de Gerarde, en 1597 (llcrb., p. 11/|3), la culture en était rare et la plante n'avait pas de nom particulier (a) ; enfin, il y a des noms français et bretons qui font supposer une culture antérieure aux Normands dans l'ouest «le la France. Les vieux noms de celte contrée nous sont indiqués dans le Dictionnaire de Ménage. Selon lui, on appelait les groseilles rouges, à Houen, Gardes, à Caen Grades, dans la basse Normandie Gradilles, et dans son pays, en Anjou, Caslilles. Ménage fait venir tous ces noms de rubius, rubicus, etc., par une suite de transformations imaginaires, du mot ruber, rouge, des Latins. Legonidec {Dict. celto-breton) nous apprend que les groseilles rouges se nomment
(a) Celui de Currant est v«'nn plu* tard, par suite de l'analogie ave Ici rai>ins de Corinthe (Philluw, ib.}.
aussi Kastilez (a\ev l mouillée), en Bretagne, et il tait venir ce nom de Castille, comme si un fruit fort peu connu en Espagne et abondant dans le nord, pouvait venir de la péninsule. Ces mots répandus à la fois en Bretagne et hors de Bretagne, me semblent d'une origine celte, et a l'appui, je dirai que, dans le Dictionnaire de Legonidec lui-même, Gardiz, signifie en breton rude, âpre, piquant, aigre, etc., ce qui fait deviner l'étymologie. Le nom générique Ribes a donné lieu à d'autres erreurs. On avait cru reconnaître une planta appelée ainsi par les Arabes ; mais il vient plutôt d'un nom très répandu dans le nord pour le Groseillier, celui de Ut lis en danois (Mor., Dict. inéil. des noms vulg.)y Risp et Reps en suédois (Linné, fl. Suec.y n. J97). Les noms slaves sont tout différents et assez nombreux.
oiea europtra, i,. — V Olivier se naturalise avec une grande facilité partout où on le cultive. Devenu sauvage (var. syhestris ou OUasler), les fruits sont plus petits et rien ne peut le distinguer d'individus qui auraient été primitivement spontanés, de génération en génération. Le seul moyen de reconnaître la patrie originaire est donc de voir où l'espèce a été d'abord indiquée et cultivée. L'Olivier était un des fruits promis aux Hébreux dans la terre de Canaan. Les livres sacrés le mentionnent si souvent comme spontané et cultivé (Hiller, Hieroph., I,p. 175, 177; Hosenmûller, Uandb. bibl. Ait. IV, p. 258) ; son fruit et son huile sont tellement liés aux usages du peuple juif; l'espèce est encore si commune en Palestine, qu'on ne peut se refuser à voir dans la partie orientale de la région méditerranéenne le pays d'origine de l'espèce. Du coté de l'intérieur de l'Asie, elle ne s'étendait pas bien loin, car les Perses, du temps d'Hérodote, ne faisaient pas usaged'buile d'olive, ce qui étonna les Crées (Hérod.; Strab.; Reynier, Econ. des Perses, p. 28*2). L'Olivier n'a pas de nom sanscrit (Pidd., Index). Il est donc très probable que les Oliviers sauvages trouvés dans le Caboul (Klphinstone, p. hty et dans les régions basses ou abritées des bords de la mer Caspienne (Ledeb., Fl. Ross., 111, p. *3S>, proviennent d'une extension causée par les cultures.
La patrie primitive s'étendait probablement sur l'Asie Mineure, peutêtre môme en Grèce, car les plus anciens auteurs, Homère et Hésiode, parlent fréquemment de l'Olivier et de son huile (Reynier, Econ, des Grecs, p. I\ 40), et l'histoire de cet arbre se perd dans la mythologie des Hellènes. Selon les Romains (Plin., 1. xv, c. 1), il n'en existait pas encore en Italie, en Kspagne et en Barbarie à l'époque de Tarquin l'ancien (615 ans avant J.-C.), tandis qu'A celle de Pline on l'avait répandu dans les Gaules et en Kspagne.
R est difficile de croire que l'introduction sur la côte septentrionale d'Afrique ne fût pas très ancienne , si même l'espèce n'est originaire de ce pays, comme de Syrie. Théophraste (523 ans avant J.-C), mentionne
les nombreux Oliviers de la Cyrénaïque (I. rv, c. 3). D'anciens voyageurs aux îles Canaries, par exemple, Bontier, en 1403, onl indiqué l'Olivier dans cet archipel, où M. de Buch(C anar., trad. dans Arch. bot., I, p. 302), et MM. Webb et Berthelot (Mit. nat. Can., Géogr. bot., p. /,8), le regardent comme indigène, sans en donner cependant des preuves. On peut soupçonner une extension primitive de l'espèce dans l'Afrique septentrionale et jusqu'aux iles Canaries. Cependant, on peut croire aussi (pie les Phéniciens et les Carthaginois auraient porté l'Olivier, de Syrie, dans cette direction, de môme qne les Crées l'ont porté plus tard sur les côtes septentrionales de la mer Méditerranée. Les pieds sauvages seraient provenus de pieds cultivés.
Comme indice du peu d'extension de l'Olivier dons les temps anciens du côté de l'Ouest, je dirai que tous les noms vulgaires autour de la mer Méditerranée dérivent de deux sources uniquement, savoir : le mot Ylai-x des Grecs ou Olea des Latins, dont la base est dans la lettre I ; et le nom hébreu Za il ou Sait, qui a passé dans l'arabe Zaitun (Kbn Baith., trad., p. 549), Sjetun (Korsk., p. lix). Les deux noms, grec et hébreu, propagés sur les deux côtes, sont venus se réunir dans la péninsule ibérique. Les Espagnols disent Olivo, Oliveria, et en Andalousie Accytuno, pour l'Olivier cultivé; Aiebuche pour l'Olivier sauvage (Boiss., Voy. Esp., II, p. 407). Les Portugais disent Oliceira pour l'Olivier cultivé et lambugeiro (a) pour le sauvage (Brot., Fl. Lusit., I, p. 10). De la aussi cette singularité apparente de l'espagnol, que Aceyte signifie huile et non vinaigre, si ce n'est quand il s'agit des saintes huiles (Santos oleos), qui se rattachent au culte romain. Le mot Aceyte est exactement le mol hébreu et arabe pour huile, Zeil ou Seit.
Il est évident, d'après cette marche des noms vulgaires, que l'Olivier existait primitivement en Syrie et en Grèce ; que les habitants de ces deux pays ont commencé à en extraire l'huile et à cultiver l'espèce, sous des noms originaux distincts; que les Hébreux, lesTyriens et ensuite les Arabes ont porté l'Olivier sur la côte méridionale de la mer Méditerranée, comme les Greci, et ensuite les Romains, sur la côte opposée; enfin, que les deux importations se sont confondues dans la péninsule ibérique, où il ne se trouve aucune trace de nom cantabre, mais, au contraire, un mélange des noms grec et hébreu. D'après cela, les très vieux Oliviers qu'on a trouvés dans les lies Canaries viendraient d'une introduction par les navigateurs de Tyr ou de Carthage, plutôt que d'une origine spontanée.
Chryaophjiium c«inito, L. — Le Caïnitier ou Caïmilicr des Français , Star apple des Anglais , est cultivé aux Antilles, depuis un temps
(a) Les Arabes d'Alger disent lenboudje pour l'Olivier sauvage (Munby, Fl. Alg., |». %).
914 ûIUfilNF. GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.
qu'on ne peut fixer. Il n'est pas spontané à la Jamaïque, dit Sloane (Jam., II, p. 170), mais il se sème et se répand hors des cultures. Ceci doit nous rendre déliants sur les expressions des auteurs, par exemple sur celles de Jacquin (Amer., p. 52) : « Habitat in Martinica et Domingo... in Jamaica; » sur celles du Nova gênera de MM. de Humboldt, Bonpland, Kunth (III, p. 230) : * Crescit in prov. faracasana prope La X ictoria, in insula Cuba Los Guines, in Peruvia, etc., >» et sur d'autres analogues. Aucun ouvrage, à ma connaissance, ne certifie la qualité spontanée de l'espèce dans telle ou telle localité. iNe trouvant l'espèce, ni dans Piso et Marcgraf, ni dans Hernandcz, je la crois originaire des Antilles, plutôt que du continent américain. Il ne parait pas qu'on l'ajt transportée en Afrique (Hook., Fl. Nigr.\ Boj., //. Maur.), ni en Asie (Hoxb.; Wight et Arn.; Hassk., Cat. Bog.; Blanco, Fl. Filip.), peut-être parce que le fruit est peu estimé en Amérique.
Le même nom de Caimito s'applique au Lucuma Caimito, Alph. DC, Prodr., VIII, p. 107, arbre de la même famille des Sapotacées, à fruit comestible, croissant au Brésil.
I u m m lx mammuia, tiirrtn. (Achra* mammou, I- ). — La Sapote des Espagnols, Mammei-sapote des Français et des Anglais, est un arbre spontané dans les forêts des Missions de l'Orénoque (Humb. et B., Nov. gen., III, p. 240). Ou l'indique aussi à Carthagène (Jacq., Amer., p. 57) et dans plusieurs des îles Antilles (id.; Mayc, Fl. Barb., p. 146), mais sans préciser s'il est spontané ou cultivé. D'après ce que dit Sloane (II, p. 125), je le crois seulement cultivé à la Jamaïque et probablement aussi dans les autres îles.
On n'en a pas essayé la culture en Afrique et en Asie, si ce n'est aux îles Philippines (Acbras Lucuma, Blanco, Fl., p. 237). Le nom àeMamei qu'on lui donne dans cet archipel montre bien l'origine américaine, que Blanco cependant n'affirme pas. Le fruit est fade.
Sapota Arhras Ml II (Aehra» Sapola, L.). — Le Sapotier, Sapotil- Uer, Sapotiller, Sapodiller des Français, Zapota, Zapotilla, Nispero des Espagnols, un des arbres fruitiers les plus estimés en Amérique, se trouve spontané dans les forêts du Venezuela (Jacq., Amer., p. 59; Humb. et Bonpl., JV. gen., III, p. 239), dans une île près de Campêche (Sloane, Jam., II, p. 172), dans les forêts de la Jamaïque (id.). Comme il est cultivé depuis longtemps et fréquemment, je ne serais pas surpris qu'il fût naturalisé, et non originaire, dans quelques-unes des Antilles.
II a été introduit à l'île Maurice, dans les jardin , (Boj., H. Maur., p. 197), aux îles Philippines (Blanco, FL, p. 230, où il dit ignorer l'origine), à Java (Hassk., Pl. Jav. rar., p. 403) cl peut-être aussi dans
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quelques jardins de l'Inde (Roxb., Fl.t II, p. 185; Wall., List, n° 4148, F). La rareté dans les plantations de ces pays, la nature des noms vulgaires, le silence des premiers auteurs tels que Rheede et Rumphius, et celui de Loureiro, qui est pourtant plus moderne, ne laissent guère de doute sur une origine étrangère.
a plusieurs noms sanscrits (Wall. dans Hoxb., Fl. Ind.,\\, p. 2A8;Pidd., Index), ce qui prouve immédiatement une origine asiatique. Rheede (X, Lib. 74), Rumphius (V, lab. 85), Loureiro (Fl. Coch., p. 161) décrivent la plante comme généralement cultivée dans l'Asie méridionale et l'archipel indien. Ces auteurs ni d'autres plus récents ne disent l'avoir trouvée sauvage, mais Rumphius l'avait vue ordinairement près des habitations. Elle est arrivée en Europe depuis les Romains, sans doute par les communications de proche en proche avec l'Orient. Rauwolf (Fi. or., édit. Gron., p. 26) l'avait vue cultivée, en 1574, dans les jardins d'Àlep, sous les noms de Melanzana, d'où vient Melongena, et de Bedengiam, que Forskal ip. lxiii) écrit Badindjân. Ce dernier nom, qui tire son origine de l'hindoustani Baingan, Badanjan (Pidd., Ind., p. 82) et du sanscrit Bhuntakee (Wall., /. c), paraît la source de notre nom Aubergine. Les plus anciennes descriptions des auteurs européens ne datent que du commencement du xvir* siècle (Dun., Mon. Sol., p. 209), mais Ebn Baithar, médecin arabe du xm" siècle, en parlait déjà et citait Rhazès (Ebn Baithar, trad. allem., I, p. 116).
L'espèce est cultivée sur la côte occidentale de l'Afrique (Hook., FI. Nigr., p. A73) ; à l'île Maurice, sous le nom de Bringelle (Boj., //. Maur., p. 240), et en Amérique; mais pour cette région, le plus ancien synonyme indiqué par les auteurs est celui de Hughes, et encore il n'est pas bien sûr et ne remonte qu'au milieu du xvmc siècle.
La difficulté de distinguer l'espèce du S. insanum, rend la recherche dans les anciens auteurs très difficile. Elle a, du reste, peu d'importance au point de vue qui nous occupe, car nous sommes certains : 1' de l'origine asiatique ; 2° que la plante n'a pas été jusqu'à présent trouvée sauvage.
Lycoper»ie«m ««ralentirai, HB. — La Tomate ou Pomme d'amour, appartient à un genre dont toutes les espèces sont américaines. Elle n'a point de nom sanscrit, ni même de nom indien moderne, d'après le silence de Roxburgh (FI. Ind., édit. 1832, 1, p. 565) et de Piddington (Index). Elle n'avait pas pénétré au Japon du temps de Thunberg (Fl. Jap.), ce qui montre qu'elle n'existait pas anciennement en Chine. Rumphius (Âmb., V, p. 416) indique le nom de Tomatle, comme usité par les Malais, et ce nom est américain, car Guilandinus, dans le xvir siècle, appelait la
plante T u ma tle America norum(C. Bauh., Pin., p. 167). Les auteurs des xvi' et xvii* siècles décrivent l'espèce, cependant rien ne peut faire supposer qu'elle fût connue avant la découverte de l'Amérique. Un tel ensemble de faits prouve suflisamment l'origine américaine, quoique peut-être la plante ait été trouvée, avec une apparence plus ou moins spontanée, dans quelques localités africaines et asiatiques (a).
Parmi les noms qu'on lui donna en Europe il y a deux siècles, les seuls qui indiquent l'origine sont ceux de Mala peruviana (Eyst. dans Bauh., fftff., III, p. 621), Pomi del Peru (Bauh., 16.). Je crois d'autant plus a l'origine péruvienne que l'espèce manquait à la Jamaïque du temps de Sloane et qu'elle a été introduite à la Barbade, du Portugal, il n'y a guère plus d'un siècle (Hughes, Barb., p. 148). Cependant M. de Humboldt (Nouv.-Esp.y 2" édil., II, p. 472) regarde les tomates comme une ancienne culture du Mexique.
Jusqu'à présent personne n'aflirme l'avoir trouvée sauvage en Amérique. On la cite quelquefois, par exemple à Tepic, dans le Mexique, mais sans donner de preuve qu'elle ne fut pas cultivée (Benth., Bot. Sulpk., p. 142). Le docteur Hooker (Tram. Lin. Soc, XX, p. 202) énumère une variété du L. esculentum parmi les plantes trouvées aux Galapagos, mais dans Pile où existent des cultures, celles de James. Il ajoute : t L'herbier de Hooker contient des échantillons de cette plante, exactement semblables, du continent de l'Amérique méridionale et des lies de la mer du Sud. Ils sont tous plus petits (de fruit?) que l'étal commun de l'espèce. » Ceci doit s'entendre probablement d'une plante spontanée, mais est-ce bien l'espèce? n'est-elle point échappée des cultures? Meyen (Nov. act. nat. cur., XJX, suppl., p. 391) n'a pas trouvé l'espèce en Amérique.
Perse* fraUMlma, tiavrta. (Uurni Pen.cn. L ). — V Avocatier des
colons français, Avocado des Espagnols, Alligator pear des Anglais* n'a rien de commun avec le ncp«'« des Grecs, qui était un Cordia. C'est un des meilleurs fruits de l'Amérique tropicale. Cependant il n'était pas encore introduit dans les cultures de l'Inde au commencement du siècle actuel (Boxb., Fl.) et son introduction dans l'archipel indien ne remonte pas au temps de Bumphius. On le cultive beaucoup à Bourbon et à l'île Maurice, depuis 17Ô8 (Aubl., p. 364), mais il n'est pas indiqué sur la côte occidentale d'Afrique (Hook., Fl. Nigr.).
Clusius (llist., p. 2) décrit le Persea, en 1601, comme un arbre fruitier, rare, d'Amérique, apporté dans un jardin en Espagne, et s'appelant
(a) J'en ai de l'Ile Maurice. Les échantillons d'Asie que M. Nées (Trans. Linn. Soc., XMi,p. 61) et le docteur Wallich (0. 268, suppl. et 2611) rapportaient à cette espèce le snnt par M. Ounal (Prodr.y XIII, pari, i, p. 26) au L. cerasiforme, espèce très voisine,
Aguarate. Hernandez (p. 89) parle d'un fruit indigène et cultivé au Mexique, sous le nom de Ahuaca Quarhitl qui semble être le même. M. Nées (Laur., p. 129, et Beitr. ,£quin. Laurin., in Li nnœa) cite des échantillons trouvés dans les forêts de Para et dans les lieux incultes de Caripe, de Cumana, qui doivent bien être spontanés. On peut craindre que ceux venant de pays cultivés, comme Caracas, le Mexique, les îles Antilles, ne soient ou cultivés ou échappés des cultures. Jacquin les disait introduits du continentaux Antilles (06*., I, p. 38). Sa patrie s'étend peut-être jusqu'au Mexique, car on le rapporte souvent de ce pays.
Pnpnjn » nlgart». IH (Dit t. £«C.,V,p. 2), Carte» Pnpaya,L L'origine du Papayer est encore douteuse d'après les auteurs. Il y a du moins des dictionnaires où l'on répète que l'espèce est asiatique , tandis que M. Brown a prouvé depuis 1818 l'origine américaine (Bot. of Congo, p. 52). Ses arguments sont que l'espèce n'a pas de nom sanscrit; que les habitants de l'archipel indien la regardaient , d'après Rumphius, comme d'origine étrangère, introduite par les Portugais; enfin que les autres espèces du genre sont toutes américaines. Les détails donnés par Rumphius (Amb., I, p. 1 hl) ont une grande force, car outre l'opinion répandue sur l'origine exotique, il dit que l'espèce tantôt n'a pas de nom vulgaire, tantôt reçoit des noms exprimant seulement l'analogie avec d'autres plantes ou une importation étrangère. Depuis les réflexions de M. Brown, il a été découvert d'autres espèces, mais toujours en Amérique. Roxburgh (FI. /nrf., édit. 1832, III, p. 826) avait vu fréquemment le Papayer dans les jardins de l'Inde, mais il ne cite, en fait de nom vulgaire, que celui de Papaya, qui est américain. Il ne paraît pas que dans le siècle dernier l'espèce eut pénétré jusque dans les petites îles de la mer Pacifique, car Forster (Planta escul.) n'en parle pas. Thunberg ne l'indique pas non plus au Japon, mais Loureiro (Fl. Cock., p. 772» l'avait vue en Chine, en Cochinehinc et en Afrique. Elle est cultivée effectivement en Afrique, par exemple sur la cote occidentale (Br., Congo, p. 52), aux lies Mascarenhes (Boj., H. Maur.) et en Arabie (Forsk., p. cxxin. Toutefois rien ne peut faire présumer que ce soit depuis un temps bien long, et il est certain que les Grecs et les Romains n'en ont pas eu connaissance , quoique l'arbre soit bien remarquable.
Tout en reconnaissant la force des faisons en faveur d'une origine américaine , il semble que le transport a du se faire en Asie à l'époque des premiers voyages des Européens, car en 1626, de Valle en avait rapporté des graines a Naples, de l'Inde orientale. Elles avaient levé et l'arbre est figuré par Columna, à la fin de l'ouvrage de Hernandez (7'Am., p. 870).
Quand on ouvre les vieux ouvrages sur l'Amérique, on trouve plusieurs
918 0H1UINK OKOGHAIMllyllK DL» ESPÈCES CULTIVÉES.
descriptions ou figures du Papayer. Sloane (Jam., II, p. 164), Hughes (Barbad., p. 181, lab. 14 et 15) n'allirnieiit pas que la plante soit indigène dans les Antilles, mais Browne (Jam., p. 3(50) le dit positivement pour la Jamaïque. Hemandez (Thes., p. 99) mentionne le Papaya comme indigène à Saint-Domingue. Ximenès l'aurait vu au Mexique (Margr., Bras., p. 104), mais sans alïirmer qu'il fût spontané. Le voyage de Beechey {Bot. y p. 425) l'indique aussi à Ilealejo du Mexique; nous ignorons s'il y était spontané. Marcgraf (/?ra*., p. 103), en 1648, décrilel figure l'espèce sous le nom de Papay ou Mamorira des Portugais. Il dit : «t Masubique in sylvis obvia; fxmina haud ita frequens et in hortis tantum abondai. » Piso (édit. 1658, p. 159) répète cette phrase. Sir W. Hooker (Bot. mag.y lab. 2898) ne donne aucune localité pour la plante spontanée. J'en ai cherché inutilement dans Aublet, de Martius et autres auteurs. Ainsi l'assertion de Marcgraf, en faveur de l'habitation spontanée au Brésil, est encore la plus positive. Celles de Hernandez et de P. Broun, en faveur des îles Antilles, me paraissent moins certaines. Cependant on peut hésiter entre ces deux pays, comme origine de l'espèce.
Figuier. — L'ancienne espèce de Linné, Ficus Carica, a été divisée en plusieurs par M. Gasparrini (Uicerche sultanat, del Caprifico e del Fico, in-4°, Napoli, 1845, p. 76), et M. Miquel, après examen attentif, admet cette division (Hook., Lond. joùrn., 1848, p. 222). Le premier ne donne aucun détail historique sur l'ancienneté et l'origine des espèces qu'il admet ; le second se borne à une énumération, plus abrégée encore sous ce point de vue. La plupart des ligues cultivées aujourd'hui en Italie étaient probablement connues des Anciens; mais il faudrait une étude spéciale pour s'en assurer, et M. Gasparrini est presque le seul qui pût la faire. Danscet état, je me borne à quelques réflexions seulement :
1° Le Figuier est indiqué déjà dans Homère, Théophraste et Dioscorides, avec la distinction de Figuiers sauvages et Figuiers cultivés (Fraas, Syn. FL class., p. 242); 2° les livres des Hébreux en parlent souvent; 3° on attribue un nom sanscrit au Ficus Carica, L. (Piddington, Index, p. 37). Je vois cependant que Roxburgh, ordinairement si attentif aux noms anciens et modernes de l'Inde, ne mentionne que des noms bengali, persan et arabe (Fl. Jnd., édit. 1832, III, p. 528). 4° Un très grand nombre d'espèces du genre Ficus, tel que Gasparrini et Miquel le limitent, se trouvent spontanées dans l'ancien monde. 5° M. Gasparrini indique comme spontanés en Italie ses Ficus leucocarpa, Ficus Dottata et Ficus polymorpha. Plusieurs autres sont seulement dans les jardins. 11 est vrai qu'on n'a probablement pas cherché à les distinguer parmi les Figuiers spontanés dans les pays voisins. 6° Les graines de Figuier passent
intactes dans les organes digestifs de l'honiine et des oiseaux, qui peuvent ainsi les semer hors des cultures. Les pieds indiqués eomme spontanés, par If. Gasparrini, par exemple, se trouvent souvent sur de vieux murs, près des habitations. Il est bien difficile d'estimer jusqu'à quel point des Figuiers sauvages sont d'origine ancienne dans un pays où ils sont naturalisés par l'effet des transports accidentels. 7° Enfin, il est vraisemblable, d'après cet ensemble de faits, que les Figuiers cultivés sont tous originaires de l'Asie occidentale, en particulier de la Perse, de la Syrie, de l'Asie Mineure, peutêtre aussi du sud-est de l'Europe et de la côte septentrionale d'Afrique.
Artoearpn» incisa, l. — L'Arbre à pain est indiqué par les anciens voyageurs comme cultivé et donnant une des bases de la nourriture dans toutes les îles orientales de la mer Pacifique, par exemple, à O'Taïti, à la Nouvelle-Guinée, aux Célèbes, aux Moluques. Les indigènes en possédaient plusieurs variétés, notamment celle dont les fruits sont dépourvus de graines, ce qui indique une très ancienne culture.
Sonnerai a transporté l'Arbre à pain à l'île de France (Voy. à fa iYoiu\- Guinée, p. 100), où l'intendant Poivre le répandit. Le capitaine Bligh avait pour mission de le transporter dans les colonies anglaises d'Amérique. On sait qu'une révolte de son équipage l'empêcha de réussir la première fois; mais, dans une seconde expédition, il fut plus heureux. En janvier 1793, il débarqua 150 pieds d'Arbre à pain dans l'île de Saint-Vincent, d'où l'on a répandu l'espèce en Amérique (Hook., Bot. mag. yiab. 2809).
La structure, les usages et le transport de pays en pays sont très bien connus (voyez Forsk., Plant, esc; Ilumph., Arnb., I, p. 112; Hook., /. c.,etc); mais je ne puis découvrir dans aucun auteur raflirmation que l'espèce soit spontanée quelque part.
L'amiral Anson ne l'avait vu que cultivé dans l'île de Tinian (Foy.,trad. franç., 111, p. 51), quoique Sonnerai le cite pour une assertion contraire. Les auteurs dont je viens de parler, non plus que Guillemin (Zéphyr. Taït.), Trécul (Mon. des Artoc, dans Ann. se nat., 3e sér., VIII, p. 110), Endlicher (Ann, Wien. Mus.) ne parlent que de pieds cultivés, ou se taisent sur ce point. Rumphius seul indique un arbre sauvage de l'île de Banda, comme type de l'espèce; mais la figure qu'il en donne (1, tab. 34) n'a pas les feuilles découpées, et je vois que MM. llasskarl (Cal. h. Bog. ait., p. 78), Trécul (/. c.) et Hooker(/. c.) ne citent pas cette planche.
Artocarpoaintefrifoiia, L. — Le Jacquier, Jack tree des Anglais, qui tire son nom des noms vulgaires indiens Jaca, Tsjaka, est très répandu dans les cultures de l'Asie méridionale, depuis un lemps immémorial. On ne lui connaît pas de nom sanscrit (Piddington, Index); par conséquent, il n'était pas cultivé autrefois dans les plaines du nord de
l'Inde. D'après Huniphius (I, p. 105), il est commun dans les îles occidentales de l'archipel indien ; mais il devient rare vers les îles orientales, où il n'a plus de nom vulgaire. Dans le siècle dernier, il n'existait pas dans les cultures des petites Iles de la mer Pacifique, telles que O'Taïti, les Marquises, etc., car Forster(/'/afi/. esc, et (iuillem., Zéphyr. T aï t.) ne l'indiquait pas. Ainsi, l'espèce ne peut être originaire que de la péninsule indienne, des lies occidentales de l'archipel asiatique, de la péninsule malaie, de la Cochinchine ou de la Chine méridionale, pays où elle est cultivée très généralement.
Rumphius assure qu'elle est spontanée dans les forêts de Ceylan : « In Zeylana frequentissime occurrunt hœ arbores, ibique crassissimœ el gravissimœ in sylvîs crescunt, uti alite arbores sylvestres » (Âmb., I, p. 100). La variété de Huniphius, I, tah. 31, que l'on rapporte à la même espèce (Trécul, Ann. se. nul., 3r sér., VIII, p. 116), est probahlement sauvage également dans les îles occidentales de l'archipel, d'après ce que dit l'auteur (p. 108). Uheede (//. Malab., 111, p. 18) n'est pas explicite sur sa qualité spontanée. Il dit : « Nascilur har arbor ubique in Malabar et per totam Ituliam. > Koxburgh (Fl. /w/.,édit. 1832,111, p. 522) déclare ignorer la patrie originaire; mais M. Wight (ic. Il, n. 678) nous dit heureusement : « Comme j'ai trouvé à plusieurs reprises cet arbre dans les jungles les plus sauvages et sur les escarpements les plus difficiles à atteindre, j'ai pensé qu'il doit être véritablement originaire de l'Inde. Cependant, cette opinion peut n'être pas fondée, car un arbre dont le fruit est si généralement estimé, pourrait avoir été Iransporté et propagé dans les endroits les plus sauvages. » Malgré ce doute, je suis disposé à regarder la péninsule indienne el Ceylan comme la patrie primitive et actuelle de l'espèce. Les témoignages de Rumphius et de Wight, d'accord avec les inductions historiques, me suffisent, d'autant plus que Loureiro (Fl. Coch.) n'a trouvé l'espèce que cultivée en Cochiuchine et en Chine. M. Blume (tiijdr., p. A82) parle d'une variété spontanée à Java.
Le Jacquier a été introduit dans l'Ile Maurice et tend à s'y naturaliser, c'est-à-dire à devenir spontané (Bojer, //. 3Iaur.y p. 260). On le cultive aux Antilles anglaises depuis la fin du siècle dernier (Hook., Bot. mag., tah. 2833). Il ne parait pas qu'on le cultive sur la côte occidentale de l'Afrique (Br., Congo; Hook., Fl. Nigr.).
Ph«-nix dnciTiifera, l. — Je ne cite le Dattier que pour rappeler : i« son importance dans le nord de l'Afrique et dans plusieurs contrées voisines(voy. p. SAS); 2* sa culture fort ancienne; 3» sa qualité d'arbre spontané, non contestée, principalement sur tout le revers méridional de l'Atlas.
Mu** »«plcnlum, Br. {Bot. of Congo, p. 51),Mu»« parndinlac* et
OlUGINE DES ESPÈCES LE PLUS GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. 921
wu*« Troïiodjtar,,,,,, Linné (5p., p. 1478). — On regardait asse« généralement le Bananier, ou les Bananiers, comme originaires de l'Asie méridionale et comme transportés en Amérique par les Européens, lorsque M. de Humboldt est venu jeter des doutes sur l'origine purement asiatique. U a cité, dans son ouvrage sur la Nouvelle-Espagne (1M édit., II, p. 360), d'anciens auteurs d'après lesquels le Bananier aurait été cultivé en Amérique avant la découverte.
Il convient que, d'après Oviédo (Uist. naf., 15Ô0 (a), p. î 12-11 4), le père Thomas de Berlangas aurait transporté, en 1516, des îles Canaries à Saint-Domingue, les premiers Bananiers* introduits de là dans d'autres lies et sur la terre ferme (/>). Il reconnaît que, dans les relations de Colomb, Alonzo Negro, Pinzon, Vespuzzi et Cortez, il n'est jamais question du Bananier. Lesiiencede Hernandez, qui vivait un demi-siècle après Oviédo, l'étonné et lui parait une négligence singulière, « car, dit-il (2* édit., p. 385), c'est une tradition constante au Mexique et sur toute la terre ferme, que le Platano arton et le Dominieo y étaient cultivés longtemps avant l'arrivée des Espagnols. * L'auteur qui a marqué avec le plus de soin les différentes époques auxquelles l'agriculture américaine s'est enrichie de productions étrangères, le Péruvien Garcilasso de la Vega (Commentarios reaies, I, p. 282), dit expressément que, du temps des Incas, le maïs, le quinoa, la pomme de terre, et dans les régions chaudes et tempérées, les bananes faisaient la base de la nourriture des indigènes. Il décrit le Musa de la vallée des Andes ; il distingue même l'espèce plus rare, à petit fruit sucré et aromatique, le Dominico, de la banane commune ou Arton. Le père Acosta {Hitt. nat. de Indias, 1008, p. 250) affirme aussi, quoique inoins positivement, que le Musa était cultivé par les Américains avant l'arrivée des Espagnols. Enlin, M. de Humboldt ajoute, d'après ses propres observations : « Sur les rives de l'Orénoque, du Cassiquiare ou du Beni, entre les montagnes de l'Esmcralda et les rives du fleuve Carony, au milieu des forêts les plus épaisses, presque partout où l'on découvre des peuplades indiennes qui n'ont pas eu des relations avec les établissements européens, on rencontre des plantations de Manioc et de Bananiers. » M. de Humboldt, en conséquence, a émis l'hypothèse qu'on aurait confondu plusieurs espèces ou variétés constantes de Musa, dont quelques-unes seraient originaires du nouveau monde.
Mt Desvaux s'empressa d'examiner la question spécilique et dans un travail vraiment remarquable, publié en 1814 (Desvaux, Journ. bot., IV*
(a) Le premier ouvrage d'Oviédo est de 1526. C'est le plus ancien voyageur naturaliste cité par Dryander / V <l. banks.) pour l'Amérique.
(6) J'ai lu ce pacage également dans la traduction d'Oviédo par Ramusio, vol, 111, p. 145.
922 UIUGLNK tiKOOlUl'Uigl'K 1>KS KSI'KCES CULTIVKKS.
p. 5), il établit que tous les bananiers cultivés pour leurs fruits peuvent être rapportés à une seule espèce. Dans cette espèce il distingue àh variétés qu'il dispose en deux séries, les bananes à gros fruits (7 a 15 pouces de longueur), cl celles a petits fruits (l à 0 pouces) appelées vulgairement figues bananes. M. R. Brown, en 1818, dans son ouvrage sur le Congo (p. 51), soutient aussi qu'aucune circonstance dans la structure des bananiers cultivés en Asie et en Amérique, n'empêche de les considérer comme appartenant à une seule espèce. Il adopte le nom de Musa sapientum, qui me parait effectivement préférable à celui de M . paradisiaca, adopté par M. Desvaux, parce que les variétés à petits fruits fertiles rapportées au M. sapientum, L., semblent plus près de l'état des Musa spontanés qu'on a trouvés en Asie.
M. II. Brown remarque, sur la question d'origine, que toutes les autres espèces du genre Musa sont de l'ancien monde; que personne ne dit avoir trouvé en Amérique, dans l'état sauvage, des variétés a fruits fertiles, comme cela est arrivé en Asie; enfin, que Piso et Marcgraf ont regardé le Bananier comme introduit du Congo au Brésil. Malgré la force de ces trois arguments, M. de Humboldt, dans la seconde édition de son Essai sur la IS'mivellc-Espagne (11, p. 397), ne renonce pas tout à fait à son opiuion. Il dit que le voyageur Caldcleugh (Trav. in S. Amer., 1825, I, p. 23) a trouvé chez les Puris la tradition établie que sur les bords du Prato, on cultivait longtemps avant les communications avec les Portugais une petite espèce de banane. Il ajoute qu'on trouve dans les langues américaines des mots non importés, pour distinguer le fruit du Musa, par exemple Paruru en tamanaque, etc., Arata en maypure. J'ai lu aussi dans le voyage de Stevenson (I, p. 328) qu'on aurait trouvé dans les huacas ou tombeaux péruviens antérieurs à la conquête, des lits de feuilles des deux bananiers cultivés habituellement en Amérique, mais comme ce voyageur dit avoir vu dans ces huacas des fèves (I, p. 363), et que la fève est certainement de l'ancien monde, ses assertions ne méritent aucune confiance au point de vue botanique. M. Boussingault (C r. Acad. Se, Paris, 9 mai 1836) pensait que le Platano arton, au moins, est originaire d'Amérique, mais il n'en a pas donné les preuves. Moyen, qui avait aussi été en Amérique, n'ajoute aucun argument à ceux qui étaient connus avant lui (Pflanz. geog.y 1836, p. 383). 11 en est de même de M. Ritter (Erdkundc,l\, p. 870 et suiv.) qui reproduit simplement pour l'Amérique les faits indiqués par M. de Humboldt.
Je n'ai pas moi-même d'argument nouveau et direct à apporter, mais l'étude préalable de questions analogues et celle de nombreux faits concernant les plantes spontanées, me conduisent à énoncer une
opinion. Je le ferai en insistant sur les détails concèrnant l'habitation asiatique.
Et d'abord l'ancienneté et la spontanéité du Bananier en Asie sont des faits incontestables. Il y a plusieurs noms sanscrits (Roxb. et Wall., Fl. lml. , II, p. AS5; Pidd., Index). Les (îrees et ensuite les Arabes en ont parlé comme d'un arbre fruitier remarquable de l'Inde (Rumph., Amb., V, p. 133; Ritter, Erdk., IV, p. 880). Le Bananier offre dans le midi de l'Asie, soit sur le continent, soit dans les lies, un nombre de variétés immense ; la culture de ces variétés remonte dans l'Inde, en Chine, dans l'archipel indien, à une époque impossible à apprécier; elle s'était étendue jadis, même dans les petites îles de la mer Pacifique (Forst., Plant. t$c.. p. 28) et sur la côte occidentale d'Afrique (Clus., Exot., p. 229; Br., Bot. Congo, p. 51); enfin, les variétés portaient des noms distincts dans les langues asiatiques les plus séparées, comme le sanscrit, le chinois, le malaiv Tout cela indique une ancienneté prodigieuse de culture, par conséquent une existence primitive en Asie, et une diffusion contemporaine avec les races d'hommes ou antérieure.
On dit avoir trouvé le Bananier spontané en plusieurs points, et cela mérite d'autant plus d'être noté que les variétés cultivées ne donnant souvent pas de graines et se multipliant par division, l'espèce ne doit guère se naturaliser par semis hors des cultures, Roxhurgh l'avait vu dans les forêts de Chittagong (Corom., tab. 275; FL Ind., 1. c), sous la forme du M. sapientum, L. Rumphius (Amb., Y, p. 139) décrit une variété à petits fruits sauvage dans les îles Philippines. Loureiro (Fl. Coch., p. 791) parle probablement de la même sous le nom de M . srminifera agrestis, qu'il oppose au M. seminifera domrstica, et qui serait donc sauvage en Cochinchine.Blanco indique aussi un Bananier sauvage aux Philippines (F?., dr,édit., p. 247), mais sa description est insuffisante. Finlayson (Journ. to Siam, 182(5, p. 8l\ d'après Ritter, Erdk., IV, p. 878) a trouvé le Bananier sauvage, en abondance, dans la petite lie de Pulo Ubi, à l'extrémité sud du pays deSiam.Moon (Cat. Ceyl., p. 71) énumère une multitude de variétés de l'île de Ceylan, dont huit au moins, d'après les noms et l'absence d'indication de plante cultivée, seraient sauvages dans cette île.
Transportons-nous maintenant en Amérique : les faits sont tout autres. On n'y a jamais vu le Bananier sauvage, excepté à la Barbade (Ilughes, Barb., p. 182; Maycock , Fl. Barb., p. 390), mais là c'est un arbre qui ne mûrit pas ses fruits et qui est par conséquent, selon les probabilités, le résultat de graines de variétés cultivées peu abondantes en semences. Le Wild plantain de Sloane(II, p. 1 A8) paraît une plante très différente des Musa. Les variétés qu'on prétend pouvoir être indigènes en Amérique,
sont au nombre de deux seulement, et en général on y cultive infiniment moins de variétés qu'en Asie. La culture du Bananier est, on peut dire, récente dans une grande partie de l'Amérique, car elle ne remonte guère à plus de trois siècles. Piso (édit. 1648, Uist. nat., p. 75) dit positivement que la plante a été importée au Brésil, et n'avait pas de nom brésilien. Il ne dit pas d'où elle venait. Nous avons vu que, d'après Oviédo. l'espèce a été apportée des Canaries à Saint-Domingue. Ceci, joint au silence de Hernandez, généralement si exact pour les plantes utiles, spontanées ou cultivées; du Mexique, me persuade que le Bananier manquait, lors de la découverte de l'Amérique, à toute la partie orientale de ce continent.
Existait-il dans la partie occidentale, sur les bords de la mer Pacifique ? Cela est très invraisemblable quand on pense aux communications qui existaient entre les deux côtes vers l'isthme de Panama et à l'activité avec laquelle les indigènes avaient répandu dans toute l'Amérique les plantes utiles, par exemple le manioc, le maïs, la pomme de terre avant l'arrivée des Européens. Une espèce telle que te Bananier, dont ils font tant de cas depuis trois siècles, qui se multiplie si aisément par les drageons, qui a une apparence si frappante pour le vulgaire, n'aurait pas été oubliée dans quelques villages, au milieu des forêts ou sur le littoral.
Je conviens que l'opinion de lîarcilasso , descendant des Incas , auteur qui a vécu de 1530 à 15(58, est d'une certaine importance, lorsqu'il dit que les indigènes connaissaient le Bananier avant la conquête. Écoutons cependant un autre auteur bien digne d'attention, Joseph Acosta, qui avait été au Pérou, et que M. de Humboldt invoque à l'appui du précédent. Ses expressions me conduisent plutôt à une opinion différente (a). Il s'exprime ainsi dans la traduction française de 151)8 (1. IV, c. 21) : « La cause pour laquelle les Espagnols l'ont appelé plane (car les naturels n'avaient point de tel nom) a été comme ès autres arbres, pour autant qu'ils ont trouvé quelque ressemblance de l'un à l'autre. » 11 montre combien le plane (Platanus) des Anciens était différent. Il décrit très bien le Bananier, et ajoute que cet arbre est très commun aux Indes (ici cela veut dire en Amérique) t quoiqu'ils disent (les Indiens) que son origine soit venue d'Ethiopie... Il y a d'une espèce de petits planes blancs et fort délicats, lesquels ils appellent en l'Espagnolle (6) Dominique. Il y en a d'autres qui sont plus forts et plus gros, et d'une couleur rouge. 11 n'en croit point au Pérou, mais on les y
(a) M. do Humboldt a cité l'édition espagnole de 1608. la première édition est de 1591. Je n'ai pu consulter que la traduction française de Regnault, qui est de 1598, et qui a tous les caractères de l'exactitude, indépendamment du mérita au point de vue de la langue française.
(6) C'est-à-dire probablement à Hispaniola, soit Saint-Domingue, car s'il avait voulu dire en langue espagnole, on aurait traduit par castiUan et sans lettre capitale. Voyez d'ailleurs la page 168 de l'ouvrage.
apporte des Indes (a), comme au Mexique de Cuernavaca et des autres vallées. En la terre fenne et en quelques îles, il y a de grands plana res, qui sont comme boqueteaux (bosquets) très épais. » Assurément, ce n'est pas ainsi que s'exprimerait Fauteur pour un arbre fruitier d'origine américaine. Il citerait des noms américains, des usages américains. Il ne dirait surtout pas que les indigènes le regardent comme d'origine étrangère. La diffusion dans les terres chaudes du Mexique pourrait fort bien avoir eu lieu entre l'époque de la conquête et celle où écrivait Acosta, puisque Hernandez, dont les recherches consciencieuses remontent aux premiers temps de la domination espagnole à Mexico (quoique publié plus tard à Home) ne dit pas un mot du Bananier (b). L'historien Prescott a vu d'anciens ouvrages ou manuscrits, selon lesquels les habitants de Tumbez auraient apporté à Pizarre des bananes lorsqu'il débarqua sur la côte du Pérou, et il croit aux feuilles trouvées dans les huacas, mais il ne cite pas ses preuves (c).
Quant à l'argument des cultures faites par les indigènes , à l'époque actuelle, dans des contrées de l'Amérique très séparées des établissements européens, il m'est dillicile d'admettre que depuis trois siècles des peuplades soient restées absolument isolées et n'aient pas reçu un arbre aussi utile, par l'intermédiaire des pays colonisés.
En résumé voici ce qui me paraît le plus probable : une introduction faite de bonne heure par les Espagnols et les Portugais à Saint-Domingue et au Brésil, ce qui suppose, j'en conviens, une erreur de (iarcilasso quant aux traditions des Péruviens. Si cependant des recherches ultérieures prouvaient que le Bananier existait dans quelques parties «le l'Amérique avant la découverte par les Européens, je croirais à une introduction fortuite, pas très ancienne , par l'effet d'une communication inconnue avec les îles de la mer Pacifique ou avec la côte de Guinée, plutôt qu'à l'existence primitive et simultanée du Bananier dans les deux mondes. La géographie botanique tout entière rend cette dernière hypothèse extrêmement improbable, je dirai presque impossible à admettre surtout dans un genre non partagé entre les deux mondes.
Enfin, pour terminer ce que j'ai à dire du Bananier, je remarquerai
(a) Il y a ici probablement une faute d'impression pour Andes, car le mot Indes n'a pas de sens dans ce pansage, Le même ouvrage dit, page 166, qu'il ne vient pas d'ananas au Pérou, mais qu'on les y apporte des Andes, cl page 173, le cacao vient des Andes. Cela signifiait dune les régions chaudes. Le mot Andes a été .ippliqué ensuite à la chaîne des montagnes, par une transposition bizarre et malheureuse.
(6) J'ai parcouru l'ouvrage en entier pour m'en assurer.
(c) Conquête du Pérou, édil. de Baudry, I, p. 161, 83. L'auteur a consulté des sources précieuses, entre autres un manuscrit de Montesinos, de 1527, mais il ne cite pas ses autorités pour chaque fait , et il se borne à des indications vague» et collectives, qui sont loin de suffire.
combien la distribution des variétés est favorable à l'opinion de l'espèce unique, adoptée dans des vues de botanique pure, par Roxburgh, Desvaux et R. Brown. S'il existait deux ou trois espèces, probablement l'une serait représentée par les variétés qu'on a soupçonnées originaires d'Amérique ; une autre serait sortie, par exemple, de l'archipel indien ou de la Chine, et la troisième de l'Inde. Au contraire, toutes les variétés sont géographiquement mélangées. En particulier, les deux qui sont le plus répandues en Amérique diffèrent sensiblement l'une de l'autre et se confondent chacune avec des variétés asiatiques, ou s'en rapprochent beaucoup.
Anonon (Bromelln Jlnanaa, I. ). — L'Ananas Cultivé, dont Rumphius,
Commelyn, Plumier, faisaient un genre distinct, avec raison, d'après plusieurs modernes (Lindl., Bot. reg., tab. 1068; DC, Mim. Soc. phys. Genèv., VII), me parait, malgré les doutes élevés par quelques auteurs, une plante d'Amérique, introduite de bonne heure en Asie et en Afrique. Xana, d'après Marcgraf (Bras., p. 33), était le nom brésilien, d'où les Portugais avaient fait Ananas. Les Espagnols avaient imaginé le nom de Pinas ou Pomme de pin, à cause de l'analogie de forme avec le fruit du pin pignon (Oviédo,trad. de Ramusio, III, p. 113 ; Joseph Acosta, Hist. Ind., trad. franc., p. 106). Tous les premiers écrivains sur l'Amérique en font mention : Oviédo, Thevet, Pison, Marcgraf, J. Acosta, etc. Hernandez (Thés., p. 311) dit : « Alumna est Haitinœ insulœ, hujusque Nocœ Hispaniœ calidarum regionum montosisque in locis incola. » Il cite un nom mexicain, Matzatli. On avait apporté un fruit d'Ananas a Charles V (J. Acosta, I. c).
Rheede (Hort. Mal., XI, p. 6) ne doute pas que l'Ananas n'ait été transporté d'Amérique dans l'Inde. Après lui, Rumphius (Amb.,\, p. 228- 230) conteste, « parce que, disait-il , l'Ananas est cultivé dans toutes les parties de l'Inde, et môme on en trouve de sauvages aux Célèbes et ailleurs. » J'ignore si ces Ananas sauvages appartiennent a l'espèce. Ils peuvent, d'ailleurs, avoir été naturalisés, car l'Ananas donne quelquefois des graines (DC, /. c). Rumphius remarque cependant que l'Ananas n'a pas de noms asiatiques. Il n'en connaît pas, et celui de Rheede, Kapa-tsjakka, est évidemment tiré d'une comparaison avec le fruit du Jacquier. C'est sans doute par erreur que Piddington (Index, p. 14) attribue à l'Ananas un nom sanscrit, Anarush, car ce nom même paraît venir d'Ananas, et Roxburgh (Fl. Ind., édil. 1832, v. II, p. 116) remarquait l'absence de nom dansceltelangue.il ne pouvait même pas citer de nom moderne indien autre quecelui d'Ananas. Le Dictionnaire de Wilson n'indique pas le mol Anarush, et les auteurs indiens disent positivement que l'Ananas a été introduit dans le Bengale, sous le règne d'Akhar, en 159A (Royïe, ///., p. 376). D'aprèsKir-
cher, Chine illustrée ,trad. de 1670, p. 253), les Chinois cultivaient l'Ananas; mais on pensait qu'il leur avait été apporté du Pérou. Hernandez(7'Àe«., p. 311) cite Acosla comme ayant parlé du transport d'Amérique dans l'Inde; il est vrai que c'est Christophe Acosta (4rom., dans Clus. „Exot., c. xliv, p. 284), qui est une autorité bien moins grande que Joseph Acosta (a). Clusius(J£j:of., 1. c.) met en note que des navigateurs revenus de Java en 1599, avaient rapporté des ananas confits dans du sucre, avec la couronne, dont il public la figure. Il en avait vu les feuilles apportées do Guinée, quelque temps auparavant, sous le nom de Pinas, donné par les Portugais. Ceci n'est pas incompatible avec le transport d'Amérique ; seulement l'Ananas aurait été une des premières plantes répandues hors du nouveau monde en Afrique et en Asie.
M. R. Brown parle de l'Ananas comme existant sur la côte occidentale d'Afrique, mais il admet l'origine américaine (Congo, p. 50).
L'absence complète d'allusion à l'Ananas dans les ouvrages des Grecs, des Romains et des Arabes, montre son introduction dans l'ancien monde depuis la découverte de l'Amérique.
Si l'origine américaine n'est plus douteuse, il est moins aisé de constater où et dans quelles conditions l'Ananas se trouve sauvage. Il a des dispositions à se naturaliser, soit par les graines qu'il contient quelquefois, soit par les couronnes et les bourgeons que l'on jette hors des cultures. A Ceylan et près de Rangoon, dit le docteur Royle (///., p. 376), l'Ananas est si abondant qu'il parait sauvage, et le capitaine Turner en a trouvé beaucoup dans les jungles près de Teshoo-Loomboo. Rumphius a voulu parler peut-être de quelque plante naturalisée de celte façon, ou d'une espèce analogue, dans son article sur les Ananas sauvages des iles Célèbes, etc. (V, p. 228). Hughes (Barbad., p. 231) parle d'Ananas sauvages aux Barbades, et M. Maycock (Fl. Barbad., p. 135) affirme que c'est bien l'espèce. Hernandez (Thes.,\). 311) semble indiquer la qualité spontanée à Saint-Domingue et au Mexique ; mais les termes ne sont pas précis sur ce point. M a regra f {Bras., p. 33) et Pison (Bras., p. 88) mentionnent positivement un Ananas sauvage au Brésil, donnant beaucoup de graines. Il est difficile de savoir si c'est bien l'espèce. M. de Martius m'a écrit récemment avoir trouvé l'Ananas sauvage dans les Catingas de Bahia. M. de Humboldt (Nouv.-Esp., 2* édit., II, p. 478) dit : « Nous avons trouvé l'Ananas sauvage et du goût lo plus exquis, au pied de la grande montagne de Duida, sur les bords de l'Alto Orinoco. Souvent les graines
(a) On confond quelquefois les deux. Joseph Acosta avait #lé au Pôrou et a rëdip»' l'histoire naturelle des Inde» ; Christoval ou ChristophorUS Acosta était un médecin de Bnrgos, auteur du Tractado de las drogas (1578), traduit en latin par Clusius.
ne sont pas loutes avortées. » Une localité aussi éloignée des centres «le colonisation indique assez probablement l'habitation originelle de l'espèce, qui, du reste, pouvait s'étendre sur une région plus ou mojns vaste en Amérique.
M. Lindley (Bot. rey., tab. 10(58) admet quatre espèces distinctes dans les Ananas cultives. A l'une d'elles, il donne le nom de salira, qui est bien impropre, car on n'a pas l'habitude, ni même ordinairement la possibilité de semer les Ananas. Ce serait une conlirmation de la division, eu plusieurs espèces de pouvoir constater que les Ananas sauvages, au Itrésil, vers le haut Orénoque, aux Antilles et au Mexique sont différents et correspondent aux quatre principales variétés cultivées. Jusqu'à présent, nous n'en avons aucun indice; mais l'attention des voyageurs doitse porter sur cette recherche. Du temps de la découverte de l'Amérique, les indigènes cultivaient déjà trois variétés ou espèces d'Ananas (Oviédo, /. c).
F. Plantes cultivées pour leurs graines. 4 Nutritives.
Toutes les plantes à graines alimentaires sont annuelles et ne se multiplient que par semis, (l'est une condition qui doit les empêcher de s'éloigner notablement des types primitifs. Les graines, d'ailleurs, sont un organe important, qui varie peu dans la même espèce, et quand il varie, ce n'est que par des caractères accessoires, tels que la grosseur, la couleur, et jusqu'à un certain point la forme, hors même que les graines sont recouvertes d'un péricarpe, comme dans les Graminées, Polygonées, Salsolacées, cette membrane étant sèche et mince, ne varie pas au même degré que les péricarpes qui constituent les fruits de plusieurs Rosacées ou Légumineuses.
Le peu de variabilité des espèces de Triticum, Hordeum,Secale, Avena, jŒgilops, Lolium, etc., avait frappé M. Loiseleur-Deslongchamps (a), et lui avait suggéré des idées fort justes à l'égard des céréales cultivées. Je les crois, comme lui, peu éloignées de leurs types primitifs, malgré l'ancienneté de leur culture, et je m'appuie sur les motifs qui suivent :
1° Dans les jardins botaniques où l'on cultive les /Kgilops. qu'on a prétendu quelquefois se transformer en froments, chaque espèce se conserve, au contraire, sans modification pendant plusieurs années. Loiseleur-Deslongchamps avait questionné sur ce point le chef de l'école du jardin de Paris,
(a) Considérations sur les céréales, vol. m-8, Paris, pari. I et il, 1842-1843. Je ne connais pas d'ouvrage plus instructif sur les froments. L'auteur y fait preuve d'exactitude, d'érudition el de vues philosophiques sur les espèces à un degré remarquable.
M. Pépin, lequela certifié avoir semé pendant dix-huit ans les Egilops ovala, triuncialis et squarrosa, sans qu'ils aient \ arié en aucune manière, le même horticulteur n'avait vu se former aucune variété parmi les Graminées non céréales, depuis nombre d années qu'il s'occupait du jardin de Paris. Les Lolium varient cependant assez, mais les nidifications portent sur la taille, sur le nombre des fleurons et sur les arêtes, plutôt que sur les graines.
2° Les collections de céréales qu'on sème d'année en année, dans le même terrain, se conservent distinctes. Ainsi, au jardin de paris, on cultive 1 50 à 160 races de froment, depuis plus de trente ans (Loisel., p. 45). Un cultivateur du pays de Caux, appelé Tesnière, avait cultivé, à la lin du siècle dernier, le même blé pendant trente ans, sans aucun changement perceptible (Dict. d'agrie., VI, p. 200); enfin, les collections de céréales de MM. Vilmorin, maintenues avec beaucoup d'ordre et augmentées depuis un demi-siècle, sont une preuve du même genre.
3° Les grains de froment qu'on a sortis des plus anciens cercueils de momies d'Egypte, se sont trouvés semblables à certains froments actuels. Déjà Delile (Dureau, Ann. se. na/., IX, p. 71) en avait été frappé. De Gando|le a reconnu dans ces graines le Triticum turgidum (l'hys. réy., p. <>94). Raspail avait reconnu l'orge ordinaire torréliéc (Mèm. M us., XV, p. 150). Loiseleur avait examiné plus récemment des graines rapportées par le général Fernig, et déposées à Paris dans le Musée égyptien; il les avait trouvées identiques avec le blé blanc anglais de 1840 (Consid. sur les cérëal.y p. 08). Enfin, le blé rapporté par M. Prokeschau comte de Sternberg, comme ayant été pris dans un cercueil de momie, ce blé qui fut semé, et dont deux grains levèrent, après avoir été mis d'abord dans île l'huile, puis dans de l'eau, se trouva concorder avec le Tritieum vulgare, spica laxa mutica alba ylabra, de Metzger(voy. Flora, 1835, p. 4).
4" La fécondation des céréales a lieu dans le bouton de la fleur, avant que les étamines sortent et pendant que les glumes sont appliquées les unes contre les autres, ce qui exclut les fécondations hybrides (Loisel., p. 70). L'expérience des blés mélangés ou rapprochés montre qu'ils ne se croisent pas (Loisel., 16.). Les .Egilops seraient plus accessibles à ce genre de fécondation, d'après les observations de M. Godron, dont je parlerai tout à l'heure.
5° Gomme je le remarquais ci-dessus, on ne multiplie les céréales que de graines, par conséquent, plusieurs causes qui introduisent des variétés et des races dans d'autres plantes (boutures, greffes, etc.) n'existent pas pour celles-ci.
f> Les hommes n'auraient pas été tentés de cultiver les espèces de Triticum, Hordeum, etc., si les graines de ces plantes n'avaient été pesantes et
nourrissantes, à peu près comme elles le sont aujourd'hui. Voyons-nous des peuples barbares essayer la culture des .Egilopset de tant d'autres Graminées à graines médiocrement farineuses? Les hommes peu civilisés ontils jamais eu l'idée qu'une longue culture pût améliorer une espèce? Et s'ils arrivent à cette notion, leur état de société n'est-il pas un obstacle à une application efficace du principe? Plus on suppose l'agriculture ancienne et remontant à une époque d'ignorance, plus il est probable que les cultivateurs avaient choisi des espèces offrant, à l'origine même, un avantage incontestable.
7* Le nombre des céréales cultivées du temps des Romains était déjà assez élevé, on en reconnaît six ou sept qui correspondent aux espèces admises par les modernes (Loisel., p. 76). Il est vrai que chacune offrait moins de modifications qu'à présent ; mais n'est-il pas probable que si l'on avait apporté à Rome, du temps de Pline, les céréales cultivées en Perse, dans le nord de l'Inde, en Chine, etc., le nombre des formes se serait trouvé bien plus élevé ?
De toutes ces observations ou réflexions il faut conclure que, selon les probabilités, la plupart des formes tranchées (espèces ou races bien distinctes) de céréales, existaient déjà il y a trois ou quatre mille ans, et même avant qu'on eût essayé de les cultiver. L'opinion de Buffen et de plusieurs écrivains, que les céréales seraient un produit factice de l'homme, ne parait donc nullement vraisemblable. Je croirais plutôt que dans le nombre des plantes cultivées, ce sont les plus constantes. On doit probablement les retrouver spontanées, ou si elles ne se retrouvent pas , après des recherches plus attentives que celles qu'on a faites jusqu'à présent, il faudra supposer, non que les espèces ont changé d'une manière notable, mais plutôt que les localités d'origine ont changé. Elles peuvent, en effet, avoir été submergées ou être devenues trop sèches, ou avoir été envahies totalement par l'agriculture, au point qu'on ne pourrait plus y distinguer les pieds aborigènes des pieds issus de plantes cultivées.
Après ces considérations préliminaires qui s'appliquent aux plantes de la catégorie actuelle, plus qu'aux autres plantes cultivées, je vais passer en revue les espèces de céréales. Il faut bien les étudier une à une, si l'on veut savoir leur origine et constater celles qui ont été retrouvées à l'état spontané.
iruicum viiignrc — Il comprend les froments d'hiver et d'été (T. hybemum et T. œstivum de Linné) que les Romains connaissaient déjà et qui sont à peine des races, car ce n'est qu'en les semant à certaines époques qu'on parvient à les maintenir.
Il est prouvé que la culture du Froment remonte, dans l'ancien monde,
à l'origine même de l'agriculture. MM. Link (a), Reynier (6), Dureau de la Malle (r) et Loiseleur-Deslonchamps (</) ont réuni tous les faits historiques sur ce point, avec une érudition qui ne laisse rien à désirer.
En Chine, le blé fut cultivé dès l'année 2822 avant l'ère chrétienne (Stanislas Julien, dans Loiscleur, p. 29), et il l'était déjà alors en Palestine et en Egypte, d'après plusieurs passages des Livres sacrés. Son introduction dans l'empire chinois est connue. Elle est attribuée à un personnage réel, l'empereur Chin-nong. Dans l'Occident, au contraire, elle se rattache, d'après la Genèse, aux premiers actes de l'homme sur la terre, car il fut condamné à manger son pain a la sueur de son front; et, d'après les traditions païennes, à une divinité plus ou moins fabuleuse, Isis des Égyptiens, appelée Cérès par les Grecs, ce qui démontre une ancienneté des plus grandes. Je remarque aussi que le blé d'été a un nom en sanscrit (Roxb., Fl.\ Pidd., Index).
La culture du Froment doit donc être sortie de la région comprise entre les montagnes de l'Asie centrale et la mer Méditerranée.
C'est aussi dans cette région qu'on a dit souvent autrefois, et de nos jours, avoir trouvé du blé sauvage. D'après Diodore de Sicile (I. i, cap. ih) c'est à Nysa que « Osiris trouva le blé et l'orge, croissant au hasard dans le pays, parmi les autres plantes, » et M. Dureau de la Malle a établi que Nysa était en Palestine. Isis, femme d'Osiris, aurait transporté le blé en Egypte. Moïse (Deut., VIII) appelle la Palestine « la terre du Froment, de l'orge, de la vigne, où naissent le figuier, le grenadier, l'olivier. » Homère et Diodore parlent de la Sicile, comme de la patrie du froment. Diodore dit qu'on y voyait de son temps, du froment qui pousse de lui-même (trad. de Trrassan, II, p. 186, 190). Les Grecs croyaient aussi que le blé existait sauvage dans leur pays, avant que Cérès eût enseigné à le cultiver (Diodore, ibid., U, p. 322), mais il ne parait pas que Tbéophraste elles autres naturalistes de la Grèce aient eu cette opinion. Strabon dit qu'en Hyrcanie (Mazanderan) le blé se sème de lui-même « quod ex spicis decidit renasci » (édit. 1707, I, p. 124, et II, p. 770). II est plus aflirmatif pour une contrée de l'Inde septentrionale : « InMusicani regione frumentum sponte nasci, tritico persimile ait (Aristobulus) » (II, p. 1017). Bérose dit que dans le pays entre le Tigre et l'Euphrate, on trouve c frumentum agreste, hordeum, ochron > (Georgii Syncelli, Chronogr., fol. 1652, p. 28). C'est
(a) Link, i'eber die iHtere GewMchtë der Gelrcide Ai'tcn, dans Abhandl. der fortin. Akad. IViss., 1816, XVII, p. 122 ; 1826, |». 67, et «Uns DieUrweU und das Atterthum, 2* i-ilit., Berlin, 1834, p. 309.
(6) Keynicr, Économie des Celles et des Germains, I vol in-8, 1818, p. 117.
(t) Dureau do la Malle, Ann. se. nat., IX, 1826.
fd) Loi>e)cur, Considérations sur tes céréales, 1812, part, i, p. 52.
encore dans l'Asie occidentale que les modernes ont prétendu avoir retrouvé Te Froment spontané. Je ne sais ce que vaut l'assertion de Heinzelinann citée par Linné (Sp., I, p. i26), que le Froment d'été croit chez les Baschkirs ; personne ne l'a retrouvé au nord du Caucase depuis cette époque. Mais pour la Perse, il y a un témoignage d'Olivier que l'on reproduit dans tous les livres. Ce voyageur marchant sur la rive droite de l'Euphrate, au nordouest d'Anah, dans un pays impropre à la culture, dit : « Nous trouvâmes dans une sorte de ravin, le froment, l'orge et l'épeautre, que nous avions déjà vus plusieurs fois en Mésopotamie. » (Voy. dans l'empire othoman, 1807, III, p. 460). Enfin, on annonce (Bull. soc. bot. de fr., 1854. p. 108) que M. Balansa vient de trouver le blé (Trit. sativum) dans une herborisation au mont Sipvle, de l'Asie Mineure, et cela « dans des circonstances où il était impossible de ne pas le croire spontané. » La question serait de savoir s'il paraissait aborigène plutôt que spontané, car une plante semée par l'homme dans la compagne, ou provenant d'anciennes cultures, est spontanée sans être aborigène.
En résumé, les assertions sont anciennes et assez nombreuses pour la Mésopotamie; mais celle de M. Balansa, pour l'Asie Mineure, semble plus positive. Peut-être l'habitation primitive s'étendait-elle jadis de ce pays jusqu'au nord-ouest de l'Inde, et un changement de climat aurait diminué la fréquence de l'espèce? Jusqu'à présent les botanistes n'ont trouvé le Froment sauvage ni en Palestine, ni dans le nord de l'Inde. La variété extraordinaire des noms dans les langues anciennes d'Asie et d'Europe, indique une patrie primitive très vaste, et infirme l'idée d'un transport d'un point central par les peuples originels.
Au point de vue des changements que les espèces peuvent subir, en particulier quant au nombre et à la grosseur des graines, H est impossible de ne pas remarquer combien le Froment est stationnaire depuis des milliers d'années. Les elîorts incessants de l'homme ne l'ont pas rendu plus productif, et les blés de miracle ne sont pas plus communs ni (dus abondants qu'ils ne l'étaient à l'époque romaine (Pline, I. xvm, c. 10).
Cette dernière considération et celles énoncées plus haut (p. 928, 929) sur les céréales en général, auraient du rendre les botanistes plus défiants sur de prétendues transformations des Egilops sauvages en Trilicum. Des observations de M. Esprit Fabre (a), avaient fait croire h plusieurs personnes que l'.Egilops triticoides, Keq., peut devenir par la culture une sorte de blé, et cependant cet /Egilops triticoides lui-même parait
(a) Des .Egilops du midi de la France et de leur transformation, par E. Fabre, br. in-l, avec une courte introduction, etc., par Dunal, br. in-4, dans les Mém. acad. se. Montpellier, 1853.
être une modification de YM. ovata, si commun dans le midi de l'Europe. On doit à M. Godron («) d'avoir démontré que ces changements de formes dans des semis successifs tiennent tout simplement à des hybrides qui naissent entre les /Egilops sauvages et les Triticum cultivés. Ces hybrides sont irréguliers ; ils viennent quelquefois d'un seul grain parmi ceux d'un épi, et ils ne durent pas de génération en génération comme les races de blé.
Triticum turgirium L. (T. compoiltom, L.) Il était cultivé déjà
chez les anciens Égyptiens (DC, Phys. rcg., p. GNfl) et à Rome du temps de Pline (Loisel., p. 75). Il n'a pas de nom sanscrit (Iloxh., .F/.;Pidd., Index), et n'est pas même indiqué comme cultivé dans l'Inde moderne (Rcxb., FI. y édit. 1832; Royle, ///. llt'm., p. Al 8). La patrie primitive doit être vers le sud ou l'ouest de la mer Méditerranée, puisque l'espèce n'était pas même cultivée dans le nord de l'Inde, où les anciennes migrations du peuple parlant sanscrit et les rapports commerciaux auraient dû l'introduire si elle s'était trouvée en Perse et en Mésopotamie. Je ne connais aucun auteur qui aflirme l'avoir trouvée sauvage. M. C. Koch (Lirmœat 18Â8, XXI, p. h'2'7) mentionne bien la plante comme trouvée à Conslanlinople, Brussa, Trébizonde et le pays de Tschoruk ; mais il parle dans l'article qui précède du Triticum vulgare cultivé, et rien ne prouve que le Triticum turgidum ne soit pas également cultivé. Cet auteur est ordinairement explicite quand il mentionne les espèces spontanées. (Voy. ce qu'il dit du seigle.)
L'Épeantre (Triticum Spclta). — On pense que c'était le grain appelé (jXupa ou Zctà et Zt7 par les Grecs, d'où l'on a tiré le mot Zray appliqué mal a propos au maïs (unk, /. f . ; bureau, /. c.\ Billerbeck, FL class.; Fraas, Si/n. Fl. clau., p. 307).
Les commentateurs de l'Ancien Testament traduisent aussi le mot hébreu Ktissr'methj qui se trouve trois fois dans la Bible (Exode, ix, 31, 32; [sale, xxviii, 24, *25; fizéchicl, iv, 0), par épeautre (Rosenmûller, flandb. ti. bibl. Altert.y IV, p. 83); mais les qualités indiquées pour cette plante sont si vagues, qu'on pourrait attribuer le mot aussi bien au Triticum monococcum, dont je vais parler. L'épeautre n'est guère cultivée dans les pays chauds. En particulier, elle n'est pas connue aujourd'hui en ftgypte (Bureau, /. c; Heynier, Eg.y p. 337), et l'on n'en trouve pas de graines parmi celles extraites des catacombes, tandis que le passage de l'Exode suppose la culture du Kussémeth en Egypte.
Quoi qu'il en soit, l'Épeautre a toujours été moins cultivée, et cultivée
(a) Quelques notes sur la Flore de Montpellier, p. 7, Besançon, 1854, dans Mém. Soc. émul. Doute ; lettre conftrmative dan» Bull. Soc. bol. Fr., 1, p. 66. Voyez aussi le* critiques de Fabre. dans Jordan, De l'orig. des div. var. ouesp. d'arbres fruitiers, br. in-8, Paris, 1833, p. 62.
dans moins de pays que le blé ou l'orge. Elle paraît avoir existé anciennement chez les peuples germaniques sous le nom de Spalt et chez les peuples celtiques (Reynier, Celt., p. 4*21). Les habitants du Pont la cultivaient à l'époque de l'expédition d'Alexandre (Xénophon , trad. de Gail, IV, p. 252, cité par Loisel.), mais elle n'a pas de nom sanscrit (Roxb., 7*7. ; Pidd., Index), et aujourd'hui même il ne parait pas qu'on la cultive dans le nord de l'Inde (Royle, ///. llim., p. 418). Elle n'est pas une des cinq espèces de céréales que l'empereur Chin-nong introduisit en Chine, lorsqu'il fonda l'agriculture, l'an 2822 avant l'ère chrétienne (Stan. Julien, dans Loisel., Céréal., p. 29). Ainsi l'Épeautre ne peut pas avoir été découverte dans l'Asie orientale, et même si elle est originaire de Perse ou de Mésopotamie, on l'aurait cultivée seulement depuis les migrations de la race parlant sanscrit de l'Asie occidentale vers l'Inde. La difficulté de sortir le grain de la balle a dû retarder l'introduction de la culture de cette espèce.
Deux voyageurs modernes disent l'avoir trouvée sauvage en Mésopotamie et en Perse. L'un est Olivier, dans le passage cité tout à l'heure pour le blé. L'autre est André Michaux, qui l'aurait trouvée près de Hamadan et en aurait envoyé des graines a Bosc, lequel les aurait semées à Paris et en aurait obtenu l'épeaulre ordinaire (Lam., Dict. cnc, II, p. 560; Dureau, Ann. at. «a/., IX, p. 75). Ici les témoignages sont plus probants que pour le blé, car l'Épeautre est plus aisée à reconnaître, et il est moins probable que les pieds observés fussent originaires de pieds cultivés, à cause de la rareté de la culture.
Locular (Trlflcum monoeoceom, I ! — Sa culture a toujours été de
peu d'importance, et il est dillicile de savoir si elle est ancienne. L'espèce n'a pas de nom sanscrit (Roxb., Fl. ; Piddingt.) et parait n'être pas cultivée dans l'Inde aujourd'hui (Royle, ///. Himal., p. 418). Il est possible que ce soit la plante mentionnée dans la Bible, sous le nom de Kusscmelh (voy. p. 933), celle dont les Syriens et les Arabes faisaient le pain ordinaire, sous le nom de Kullestis, d'après Hérodote et Strabon (Reynier, Êron. des Arabe*, p. 418). Le Locular supporte mieux que l'épeautre les climats méridionaux. Ni l'épeautre, ni le Locular ne sont cultivés aujourd'hui en Egypte (Reynier, Êcon. Êgypt., p. 337). Quelques auteurs croient que le Locular est le Ttyij ou Att.\») des anciens Grecs (Billerbeck, /•'/. class. ; Fraas, Syn. Ft. class.). Aujourd'hui, on ne le cultive pas en Grèce (Fraas, ib.).
Rieberslein dit positivement {Ft, Taur. Cauc., I, p. 85) que le Triticum monoeoccum croilen Crimée, dans les plaines exposées au soleil, et dans le Caucase orientai, sur le liane des collines. Il indique certaines
différences d'avec la plante cultivée. M. Hohenacker n'en parle pas dans son Catalogue de la province de Talysch, ni M. C. A. Meyer, dans son VerzeichnisSj etc., de plantes du Caucase oriental. Kuntli (Euum., I, p. A39) cite Bieberstein, mais rien ne prouve qu'il ait vérifié sa plante. Ledebour (7*7. Ross.) n'a pas vu les échantillons sauvages dont parle Bieberstein; ainsi, cette origine est très douteuse.
■ordcum. — L'Orge parait une de ces plantes cultivées de toute antiquité en Egypte et en Palestine. Ilaspail (31 ém. AftM., XV, p. 150) s'est assuré que les grains torréfiés, extraits des Catacombes et déposés dans la collection Passalacqua, appartiennent à l'Orge commune et non au Froment, comme Kunlh l'avait dit. Je ne vois cependant pasde preuve quant à l'espèce d'Orge. Des grains torréfiés d'Hordeum hexastichon ou de Hordeum distichon auraient peut-être les mômes caractères sous le microscope, que ceux de l'Hordcum vulgare.
D'après Forskal (Fl. jF<j. Arab., p. lxi) , l'Hordeum hexastichon serait l'espèce cultivée aujourd'hui en Egypte, et Delile semble le confirmer en rapportant l'Hordeum hexastichon, Forsk., à l'Hordeum vulgare, L. (Del., Fl. JEg. ///., p. 5). L'Orge des Hébreux pouvait être l'Hordeum vulgare à quatre rangs, ou l'Hordeum hexastichon à six rangs. La seule espèce cultivée dans l'Inde et ayant un nom sanscrit, est l'Hordeum hexastichon (Pidd., Index; Hoyle, lll. Him.y p. àlS). L'Orge n'est pas mentionnée dans les cinq premières espèces de céréales cultivées en Chine, dès l'an 2822 avant J.-C. (Loisel., Céréal., p. 29). Les Romains cultivaient l'Hordeum distichon et l'Hordeum hexastichon (Columelle, cité par Link, lJrw.y p. 407). Les Grecs avaient l'Orge à deux, quatre et six rangs (II. distichon, vulgare et hexastichon), d'après Théophraste (Link, t'6.); mais aujourd'hui ils ne cultivent que les deux dernières espèces (Fraas, Syn. Fl. class., p. 305). Ainsi, contrairement à ce qu'on aurait supposé, l'Hordeum hexastichon, qui parait la forme la plus éloignée de l'état spontané d'une Graminée, est précisément celle qui a été le plus cultivée dans l'antiquité, car on la trouve chez les Égyptiens, les Grecs et dans le pays du sanscrit. Les autres espèces n'étaient cultivées que dans la région méditerranéenne. On peut croire, d'après cela que toutes sont des plantes dans un état primitif, non altéré p\r la culture, et qu'on avait commencé par cultiver l'hexastichon, à cause de son apparence plus productive.
Voyons où l'on a trouvé des Hordeum spontanés.
Les passages du Dculéronome et de Diodore de Sicile, mentionnés cidessus à l'occasion du blé, indiquent la Palestine comme la patrie à la fois de l'Orge et du Froment. Moïse de Chorène indique les bords du fleuve Kur en Géorgie, Bérose la Bahylonie, Marco Polo la province de Balas-
chiana, dans l'Inde septentrionale ; Théophraste et Pline mentionnent aussi l'Inde; enfin, Pausanias fait venir l'Orge, avec Cybèle, delà Phrygie (a); mais ces auteurs n'ont peut-être pas distingué suffisamment la plante spontanée de la plante cultivée, et, dans tous les cas, l'espèce d'Orge dont ils parlent est incertaine. Olivier (Voy. dans Vemp. olhoman, III, p. 460) dit aussi avoir trouvé plusieurs fois l'Orge (quelle Orge?) sauvage en Mésopotamie, et une fois ensuite près d'Anah, sur la rive droite de l'Euphrate. M. C. A. Meyer {Vvrzeirhn. Pflan. Caucas., p. 26) affirme quel'Hordeum distichon, L., croit spontanément entre Lenkoran et Daku, dans les prairies, vers la mer Caspienne. M. C. Koch ne croyait pas l'avoir trouvé au midi du Caucase, près du lleuve Kur, autrement que comme culture (Linn#a,XXI, p. 430) ; mais il a décrit (t'A.) un Hordeum spontaneum, sauvage dans les steppes de Schirvan, au sud-est du Caucase, qu'il pense être le type de FHordeum Zeocriton, L., et que Ledebour (Fl. Ross., III, p. 327) rapporte, après examen des échantillons, à l'Hordeum distichon, L., en particulier, à une variété trouvée parKotsrhy, dans la Perse australe (liord. distichum, var. Boiss., in Kotschy, n. 290). D'après tous ces témoignages, il faut bien regarder l'Hordeum distichon comme spontané et aborigène 411 midi du Caucase, du côté de la mer Caspienne, et probablement en Perse.
N'ayant pas été altéré par quelques milliers d'années de culture, il est probnble que les autres espèces sont restées également dans leur état primitif ou à peu près.
Willdenow (Sp., I, p.* 472) dit que l'Hordeum vulgare croit près de Marzameni en Sicile, et près de Samara en Russie. Il dit aussi que l'Hordeum distichon croit près du fleuve Samara, enTartarie. La première de ces indications est bien douteuse, car M. (îussone n'indique aucune des espèces d'Hordeum cultivées, comme étant spontanée en Sicile (Syn. Fl. Sic, Prndr. FI. Sic). La Tartarie est voisine de la région où M. C. A. Meyer a trouvé l'Hordeum distichon.
gec-nic céréale, i. — Le s«iffie est remarquable par sa fixité. Les modifications appelées Seigle de printemps, Seigle Marsais, Seigle trémois, reviennent au Seigle commun quand on les cultive selon la méthode ordinaire (Tessier, Dict. d'ayric.yW, p. 424). La qualité robuste de cette plante devait faire présumer qu'on la trouverait sauvage, dans l'état actuel de la plante cultivée. On a cependant été induit en erreur par les espèces voisines qui croissent dans le sud-est de l'Europe, et peut-être dans l'Asie occidentale. Ainsi, le Seigle spontané de Sicile est leSecalemontanum, duss.,
(a) Dm eau de l.i Malle, Ann. se. nat., IX, |». 75, cile les ouvrages de ces auteurs, où il est «juestion de l'Orge.
espèce vivace; le Seigle des îles de l'Archipel est le Secalc villosum, L. et Sibth. ; enfin, celui que Bieberstein avait trouvé dans la région du Caucase, et avait nommé d'abord Secale céréale, est une espèce voisine, nommée par lui-même Secale fragile.
Je ne sais sur quelle autorité Kunth (Enum., I, p. hh9) a dit que le Secale céréale (qu'il distingue bien du Secale fragile) croît t in deserlo Caucasico-Caspio. » M. C. A. Meyer ne l'indiqué pas dans son énumération des plantes caucasiennes, ni M. Hohenacker, dans ses plantes de Talysch. M. C. Koch semblait avoir enfin découvert le Secale céréale sauvage dans l'Arménie occidentale ( fÀnnœa, XXI, p. 427, année 1848); mais Ledebour (Fl. fi»w., III, p. 335) qui a vu sa plante, la rapporte au Secale anatolicum, Doiss. (Diagn., Y, p. 70). Cette nouvelle espèce, commune à ce qu'il parait dans l'Asie Mineure, entre la Bithynie et le Pont, se distingue par un épi grêle, caduc et par la forme des glumes (a).
Le Seigle paraît inconnu dans l'Inde, car Hoxburgb, Piddington (Index) et Boyle (///. Him., p. il 19) n'en parlent pas, et aucun nom sanscrit ou indien moderne n'est indiqué. Probablement il n'a été cultivé que depuis la migration du peuple parlant sanscrit de l'ouest à l'est. Les anciens Égy ptiens ne le cultivaient pas(Beynier, Eron. Eg.). Les Grecs ne le connaissaient que comme un grain cultivé dans la Thrace et la Macédoine, si c'est bien le BpjÇ« dont parle Galenus IAIim.y I, c. 13). Pline mentionne le seigle (Secale) comme usité au pied des Alpes, par les Taurini qui l'appellent Asia c Secale Taurini sub Alpibus Asiam vocant. » Ce nom si ancien est curieux comme indice d'origine (lib. xvm, cap. 16, p. 383 de l'édit. de 1631). Le mot Serale viendrait Ac Serai, nom celtique d'après Beynier { Êcnn. des Celtes, p. 4l9j ou Sega! (de Theïs, Gloss., p. 428); étymologie plus plausible que celle du mot latin sero, donnée assez souvent. Du reste, le Dictionnaire celto-breton de Legonidec ajoute au mot Segal un signe d'après lequel l'auteur soupçonnait une origine étrangère. Les mots Rog, Roggen(b), Rga des langues germaniques, et Zyto des langues slaves, montrent une culture très ancienne dans la région qui s'étend de la mer IS'oire à l'Océan , sans aucune communication avec les langues méridionales de l'Europe. Cela devait être, car dans les pays méridionaux le Seigle ne réussit que sur les montagnes. En Sicile, où quelques botanistes ont cru qu'il venait spontanément, il n'a été introduit comme culture que dans
(a) La crainte de confusion «le ce genre doit empêcher d'admettre le dire de voyageurs qui mentionnent le seigle sauvage, à moins que ces voyageurs n'aient rapporté des échantillons vérifiés par des botanistes, ou ne soient eux-mêmes des botanistes exacts. Je ne sais, par exemple, quel degré de confiance accorder à l'assertion du professeur Louis Ross, qui, dans un ouvrage publié à Halle, en 1850, dit avoir trouvé le seigle sauvage dans plusieurs endroits du l'Anatolie (Rot. Aeitung, 1850, p. 520).
(6) On reconnaît dans ces noms une analogie avec le nom celte.
938 UKIGLNE GÉOGRAPHIQUE DKS ESPÈCES CULTIVÉES.
le x\ m* siècle de notre ère, par le roi Victor-Amédée (Philippi, dans Imnœay VII). Ainsi les arguments historiques et linguistiques nous rejettent du côté de la mer Noire et de l'Europe centrale pour découvrir l'origine de l'espèce.
Voici un indice tout à fait concordant et auquel personne n'avait songé jusqu'à présent.
Dans plusieurs pays de l'Europe, en Suisse, en France, en Italie, d'après ce que j'ai pu voir et ce que disent les auteurs de Flores, le Seigle lève quelquefois dans les champs où il a été cultivé l'année précédente, mais non hors des terrains cultivés. Il n'en est pas de môme dans l'Europe tempérée orientale, en particulier dans les États autrichiens. Le Seigle s'y trouve au bord des routes et même dans les prairies. Cela résulte des assertions de plusieurs auteurs. Je ne parle point de Besser et de Bieberslein (Suppl., p. 93) qui avaient pris le Secale fragile pour le S. céréale; mais, par exemple, Sadler (Fl. Pesth., [, p. 80) dit en parlant du Secale céréale : « Occurril quoque spontaneum ad vias, in campis, etc. » Host (Fl. Austr., I, p. 177) dit aussi : « Occurrit in arvis, ad vias, sepes, » et il le dislingue pourtant bien du S. villosum et du S. fragile qu'il nomme S. sylvestre. Baumgarten (Fl. Tran.sylv., III, p. 225) dit : « In agris cultis passim, ad agrorum pratorumque margines et ad vias. » M. Neilrcich (Fl. ff'ien, p. 58) l'indique comme la céréale la plus cultivée autour de Vienne, et de plus « venant partout, même dans les près et les bois, où elle est devenue sauvage (verwildert). » Enfin, M. de Visiani [FL Daim., I, p. 97) tout en décrivant une nouvelle espèce à épi caduc, le S. dalmaticum, dit en parlant du S. céréale, à épi persistant : « Colitur in Dalmatia pnecipue montana et illic sponte occurrit ad sepes et vias agrestes. » iVest-cc pas un ensemble de faits curieux ? Puisque le Seigle ordinaire, plante qui, d'ailleurs, varie très peu et qui est robuste, se répand si aisément hors des cultures dans cette contrée; que de plus, la culture du Seigle était sortie de la Thrace, d'après les anciens, l'espèce ne serait-elle point aborigène de la région entre les Alpes et la mer Noire, spécialement de Hongrie, Dalmatie, Transylvanie? et les pieds que les auteurs disent échappés des cultures ne seraient-ils point le reste de pieds primitifs, ou plutôt les pieds cultivés et sauvages ne seraient-ils pas une descendance croisée des pieds aborigènes? La culture s'est promenée ou établie sur toutes les localités dans lesquelles la plante primitive pouvait se trouver; mais l'existence de pieds hors des cultures, quelle que soit leur source immédiate, me parait une présomption bien forte d'une origine dans cette partie de l'Europe.
Avmn mit va, L — L'Avoine n'était pas cultivée par les Hébreux, les Égyptiens, les aneieus Grec s et les Homains iBeynier, Êcun. Jes Celles >
p. 422; Link, Die [Jrwelt, 2eédit., p. 400 ; Fraas, Syn. Fl. class., p. 304). Aujourd'hui môme elle n'est pas cultivée en Grèce, si ce n'est comme objet de curiosité (Fraas, ibid.). On ne la cultivait pas non plus dans l'Inde (Royle, Himal., p. 410), mais quelques Anglais en ont semé pour la nourriture de leurs chevaux.
Il parait que les peuples germains en faisaient usage dans l'antiquité, car d'après Pline (lib. xvm, c. 17) leur pain était fait d'avoine, comme celui des Écossais modernes. Le mot Arena parait venir du mot allemand Ilafer, qui est bien voisin du mot russe et bohème Oves, Otces,i\u polonais Owies (Moritzi, Dict. étym. inéd.), d'où provient évidemment le mot anglais Oats. Dans le nord de l'Angleterre, on disait autrefois Uauer (Bulleyne, Book of simples, cité dans Jolmston , Bot. east. borders, p. 218). Les Tartares disent Sulu (Mor., ib.) ; les Hongrois Zab (ib.), et les Illyriens réunissent des noms de plusieurs origines Ocas, Zob, Silj, Pit-yJahri (Vis., Fl. Daim., I, p. 69), dont la multiplicité et la forme simple annoncent une existence très ancienne dans celle partie de l'Europe. (ialenus(A)f aliment, facult., I, c. 14) dit que l'Avoine était abondante en Asie, surtout en Mysie, au-dessus de Pergamc; qu'on la donnait aux chevaux, et que les hommes en faisaient aussi du pain dans les années de disette.
Ces détails montrent combien était fausse l'opinion que l'Avoine serait originaire de l'ile de Juan-Fernandez, opinion qui régnait dans le siècle dernier (Linné, Sp., p. 1 18; Lnm.,Dtcf. encycl.J, p. 831), et qui parait venir d'une assertion du navigateur Anson (Phillips, Cuit, veg., II, p. 4).
Selon le Dictionnaire d'agriculture (II, p. 134), le voyageur Olivier aurait trouvé l'Avoine sauvage en Perse ; mais c'est, je pense, une erreur, car il n'en est fait aucune mention dans l'ouvrage d'Olivier. M. Bové l'a trouvée dans le désert du mont Sinaï; mais M. Decaisne (Ânn. se. nat., l' série, II, p. 13), en citant l'espèce, ajoute ces mots: « Nulle part, ni en tëgyple, ni en Arabie, l'Avoine ne se trouvant cultivée, l'échantillon rapporté par M. Bové doit provenir de graines apportées par les Européens. » Les peuples modernes de ces pays ne cultivent effectivement pas cette plante, qui était inconnue aussi aux Hébreux.
Voilà de bons motifs, assurément, pour repousser une origine du mont Sinaï, ou même de la Perse. Il faut chercher plutôt au nord du Caucase, en Sibérie, en Russie ou en Autriche, comme l'indiquent la variété des noms primitifs dans les langues slaves, la rareté et la nouveauté de la culture chez les peuples gréco-latins, juif et indiens. La nation qui parlait le sanscrit avait apporté le chanvre de l'Asie occidentale, probablement du midi du Caucase, dans le nord de l'Inde, pourquoi n'aurait-elle pas apporté aussi l'Avoine
040 oniGIXE GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.
si elle avait existé dans le même pays? D'ailleurs, les espèces du genre Avena, analogues à l'Avoine cultivée, sont des plantes d'Europe et de Sibérie.
J'ai l'ait d'abord des recherches sur ce dernier pays, sans découvrir dans les ouvrages aucun indice que l'Avoine y fût spontanée, ni même la preuve d'une culture ancienne et générale. La Flore de Ledebour n'en parle pas, non plus que Y E numération des piaules du nord de la Chine, de M. Bunge, où se trouve seulement Y Avena nuda rar. ckinensis. En Europe, au contraire, dans les pays qui dépendent aujourd'hui de l'Autriche, je remarque un indice très significatif, indépendamment de la multitude des noms et de l'ancienneté de la culture. Plusieurs Flores constatent que r Avena saliva se voit hors des terrains cultivés, dans les haies, terres vagues, etc. 11 en est de cette plante, dans ces pays, comme du seigle. Selon les auteurs, ce sont des pieds échappés des cultures; mais si l'Avoine se naturalise ainsi hors des terrains cultivés dans cette seule contrée, ne serait-ce point qu'elle en est originaire, et ces pieds sauvages ne seraient-ils point les restes de plantes aborigènes aussi bien que des individus sortis des champs? Si l'espèce est aborigène dans ce pays, la culture a certainement envahi son habitation primitive, surtout leslocalités qui lui conviennent; alors, comment distinguer aujourd'hui les pieds issus de plantes aborigènes et ceux issus de plantes cultivées ou de croisements inévitables entre les deux catégories?
Les auteurs sont affirmatifs sur la spontanéité dans les pays dont je parle. Baumgarten (Enutn. stirp. Trans., 111, p. 259), dit : « Ineultis et ad nemorum margines riasqueae passim admuros. * Host(/'7. Austral., I, p. 133). « Occurrit in cul lis et in ineultis. » Neilreich (Fl. Wien, p. 85) s'exprime ainsi : u Généralement cultivée, mais aussi naturalisée, partout dans les terrains incultes ou cultivés, au bord des chemins et dans les lisièresdes champs.» Enfin, M. de Yisiani(/<7. Daim., I, p. 60): « Sponte exit adsepes, agrorum aggeres et inter segetes. » Nous ne voyons rien de pareil dans le reste de l'Europe. J'arrive donc à la même conclusion que pour le seigle : Ou l'Europe occidentale tempérée, sans être le pays d'origine, est éminemment favorable à l'espèce, au point qu'elle se naturalise hors des cultures, et l'origine est impossible à deviner ; ou, plus probablement, la patrie primitive est précisément cette région, et la culture répandue sur les stations d'origine depuis des milliers d'années, a déterminé un mélange complet entre les pieds spontanés et les pieds cultivés, de sorte que ceux qui vivent aujourd'hui descendent des uns et des autres.
Les faits relatifs aux Avena orientalis et nuda ne sont point contraires ; seulement, il parait que ces espèces viennent de contrées plus orientales, ou ne sont que des modifications de l'Avena saliva.
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLt'S GÉNÉRALEMENT Ct'LTJVÉES. 9*1
Ainsi, l'itvrna orientai!*, gchreb. , n'avait pas été distinguée avant la fin du siècle dernier, ou peut-être n'avait pas pénétré en Kurope; mais le nom scientifique, ainsi que les noms vulgaires usités en Allemagne, Turkischer, Unyarischer H a fer, Avoine de Turquie , uV Hongrie , indiquent une introduction moderne par l'Orient. Le nom hongrois, donné par Baumgarten, Napkeleti zab, n'est que la traduction du nom botanique. L'espèce parait se répandre quelquefois hors des cultures, car Host dit : t Seritur et oecurrit inter végètes, ad vias, payus et in aliis locis. » Cependant, les autres auteurs n'en parlent pas, ou ne mentionnent rien de semblable.
L'Amena nu<la, souvent cultivée, ou mélangée avec l'Avoine ordinaire, n'en est probablement qu'une race ^Link, Enum., I, p. 81 1. Elle offre elle-même une modification appelée Avenu nuda, var. rhinensis [Kunth, Enum., I, p. 302) qui a été trouvée par M. Dunge « in ruderatis prope Pekinum » (Enum. plant, in China, p. 71). Les noms vulgaires de l'Avena nuda indiquent une existence peu ancienne. Je n'en connais qu'en allemand, et ils expriment des comparaisons avec l'Avoine commune, Sand Uafer, Gruthafer, Tatarischer, .Eyyptischer, Wehcher Hafer (Moritzi , Dict. noms vuly. inéd.). Elle ne sort point des cultures.
Je ne parlerai pas des Eieunine, Panicnm et Sorghum, dont la culture remonte à une grande antiquité dans l'ancien monde, parce que la difficulté de distinguer les espèces est un obstacle à toute recherche sur les origines. Plusieurs Panicum ont des noms sanscrits qui prouvent une culture très ancienne dans l'Inde. On sait aussi que l'empereur Chin-nong introduisit la culture de deux Millets dans l'année 282*2 avant J.-C. (Stan. Julien, dans Loisel., Cnns. sur les céréales, part, i, p. 29). Les Chinois modernes en cultivent encore deux, le P. italicum et P. miliaceum, d'après M. Bunge (Enum. pl. Chin., p. 70V D'après Diodore de Sicile, les anciens Éthiopiens se nourrissaient de millet, mais on ne peut pas préciser l'époque de l'introduction en Egypte (Reynier, Econ. des Ègypt., p. 352), pays dans lequel maintenant le Doura joue un rôle si important. Cette espèce, ou quelque plante voisine, avait été apportée à l'époque de Pline, de l'Inde en Italie (Pline, I. xvm, p. 7). Les Celtes et les (lermains cultivaient aussi des Millets (Ileynier, Êcon. Celt., p. A2A, d'après Strabon, etc.). Ces différentes Graminées ont évidemment plusieurs origines dans l'ancien monde, mais l'état de la science ne permet pas encore d'approfondir ce sujet.
Orysa «ail™, l. — La culturedu Riz remonte dans l'Inde à l'antiquité la plus reculée (Théophr., Hist., 1. iv, p. 5). C'est l'empereur Chin-nong qui l'a introduite en Chine, l'année 2822 avant J.-C. (Julien, dans Lois., Cons.
sur les céréales, part. I, p. 20). Klle s'est répandue depuis longtemps dans l'Afrique orientale. Les Grecs ne connaissaient le Riz que comme cultivé dans l'Inde (Link, Uncelt, 2* édit., p. 412). Le mol Oryza des Grecs ne ressemble pas mal au mot sanscrit Arunya (Piddington, Index, p. 63) et au mot cingali Ooruwee (ib.), prononcé Ouroui.
Du temps de Slrahon, le lliz était cultivé en Babylonie, dans la Bactriane, la Susiane et la Syrie (Slrab., Geogr., 1. XV; Reynier, Êcon. des Arabes et des Juifs, p. 450). Ce sont les Arabes qui l'ont propagé dans le bassin de la mer Méditerranée, en particulier dans la Sicile (Reynier, Êcon. des Arabes, p. 94). Les modernes l'ont porté en Amérique.
On trouve assez souvent le Riz spontané dans l'Inde. Comme il a une grande disposition à se naturaliser dans les pays ebauds et humides (Nées, dans Martius, Fl. Bras., in-8°, II, p. 518), il se pourrait bien que ces pieds spontanés fussent tout simplement le produit de grains dispersés par l'homme, les oiseaux, le vent ou les rivières. La localité primitive a dû être le bord des fleuves, qui sont justement les endroits les plus peuplés, ceux où le riz cultivé peut se répandre le plus aisément. Quelle que soit l'origine, il est certain que des pieds de riz se trouvent hors des cultures, et que ces pieds sont regardés par les auteurs les plus exacts comme appartenant à la même espèce. M. Link en a examiné plusieurs dans l'herbier royal de Berlin (Die Vrxcelt, 2e édit., p. 413). Quelques-uns venaient de lagunes au bord de la mer. Ils étaient identiques avec la race de Riz cultivé qui a un grain allongé. Roxburgh parle avec beaucoup de détails {Fl. Ind.y édit. 1832, II, p. 200) du Riz sauvage appelé Netcaree par les Telingas, qui se trouve en abondance au bord des lacs, dans le pays des Circars. Le grain en est recherché par les riches indous. Cependant on ne le cultive pas, parce qu'il produit moins que le Riz ordinaire. Roxburgh ne doute pas que ce ne soit la plante originelle. Dans ce même pays des Circars, on cultive le Riz en grande quantité.
/«■il nny», L. — Le Maïs est originaire d'Amérique et n'a été introduit dans l'ancien monde que depuis la découverte du nouveau. Je regarde ces deux assertions comme positives, malgré l'opinion contraire de quelques auteurs et le doute émis par le célèbre agronome Ronafous, auquel nous devons le Traité le plus complet sur le Maïs (a).
Au moment où cet ouvrage parut, j'en rendis compte dans un journal, et combattis par de forts arguments l'hypothèse d'une origine asiatique (6). La question me semblait résolue. Je n'en aurais plus parlé si je n'avais
(a) Histoire naturelle, agrlc. et économ. du Mais, i vol. in-folio, Paris et Turin,
(6) Bibliothèque universelle de Genève, aoot 1836.
appris indirectement qu'un auteur se propose de soutenir de nouveau l'origine asiatique, et si je n'avais des motifs à ajouter à ceux qui sont connus. On verra, je l'espère, combien les arguments en faveur d'une origine de l'ancien monde sont faibles , combien ceux d'une origine américaine ont une force prépondérante.
Il est certain que le Maïs manquait autrefois a l'Europe; mais ce qui est contesté, c'est la manière dont il s'y est introduit.
On s'est appuyé souvent sur une charte du xm- siècle, publiée par Mol inari (Storia d' Incisa, etc., I, Asti, 1810), pour soutenir que le Maïs avait été apporté alors de l'Asie Mineure à Incisa, dans le Haut-Montferrat, par deux croisés, compagnons d'armes de Boniface III, marquis de Montferrat. L'historien des croisades, Michaud, et ensuite Daru et de Sismondi, ont beaucoup insisté sur cette charte d'Incisa; mais Bonafous a démontré qu'elle ne parle pas du Maïs. Que dit, en effet, cette pièce? « Qu'en l'année 1204, au mois d'août, dans l'église de... en présence de... deux officiers au service de Boniface, de retour du siège de Conslantinople, ont rapporté et donnent à la ville... un morceau de la vraie croix..., plus une bourse pleine d'une sorte de graines ou de grains de couleur d'or et en partie blancs (a), inconnus auparavant dans le pays; ils disent les avoir apportés d'une province d'Asie appelée Natolie, où ils faisaient des incursions avec leurs cavaliers, pendant le siège de Conslantinople, que ces grains se nommaient Meliga, qu'ils rapporteraient beaucoup dans la suite, et seraient d'un grand avantage au pays, etc.. etc. »
Comme il y a une foule de graines de couleur dorée et un peu blanches, Bonafous n'admet pas, d'après cela seulement, qu'il s'agisse du Maïs; il cherche le sens du mot Meliga. Il le trouve, de même que ceux de M dira et do Melya, dans plusieurs documents authentiques du moyen âge. Ainsi, un compte de L'bertode Lucerna, seigneur de Morelta, en date de 1298, conservé dans les archives de Turin, mentionne le prix de diverses céréales, en particulier, du setier di Meliga (et ailleurs Melya). Muratori cite également le prix de ce grain dans une occasion. Crescenzio, un siècle avant Colomb, explique la manière de cultiver le Milicay et cette manière est la môme, dit Bonafous, que celle usitée aujourd'hui pour le Maïs. Delile,dans sa Flore d'Êgyple, a déjà fait remarquer que le sorgho ou millet d'Inde (Holcus Sorghum), cultivé de toute ancienneté dans l'Orient, a aussi des grains dont on peut dire de colore aureo et partim alb >. attendu que, sur le môme épi, il y en a de jaunes et de blancs. Cardan, au xvi0 siècle (De subtilitate libri XXI, Basile», 1553, p. 389), dit que le blé cultivé en
[a) Dunam uaam plenam de semine, 'eu grank de colore aureo, ei parilm albo,
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9Hh ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DES ESPECES CULTIVÉES.
Amérique, sous le nom de Maïs, ressemble, par son port, à la plante nommée en Italie Milica ou Sorghum. C. Bauhin, à la même époque, disait que les Lombards appelaient Meliga la plante que les Toscans nommaient Sûggina. Matthiole confirme et dit qu'ailleurs, en Italie, on la nomme aussi Sorgo. Georges de Turre (Dryadum, Àmadryadum, Clorisque triumphus, Patavii, 1685), dit que le Mais ou Blé turc, importé en Italie depuis peu d'années, offrait une tige ressemblant à celle de la plante nommée Meliga ou Sorghum. Les académiciens de la Crusca, dont l'autorité est d'un si grand poids en matière de langue italienne, rendent, dans leur Dictionnaire, l'expression de Meliga (en latin Melica), par celle de Saggina. Enfin, II. Targioni Tozzetli, auteur d'un Dictionnaire botanique justement estimé, traduit le3 mots Holcus Sorghum, L., par Mclega, Melicà, Melliga, Miglio indiano, Panico indiano . « Ce n'est que dans le dialecte piémontais, dit Bonafous, que le nom de MeUa ou Meliga se donne à la fois au Zea et à Y Holcus, en distinguant néanmoins cette dernière plante de la première par les mots de M e lia rossa ou M elïa de ramasse (Maïs rouge ou Maïs à balai ), tandis que dans la langue italienne, le Maïs reçoit les noms* de Grano turco, Sorgo turco, Formentone, Granone, Grano siciliano, Grano d'tndxh, éfe. » Ainsi, en définitive, l'acte d'Incisa ne prouve rien sur le Maïs, et le grain rapporté par les croisés était plutôt une variété de Sorgho inconnue alors dans le Montferrat.
Les noms de Blé de Turquie, Blé turc, donnés au Maïs dans presque toutes les langues d'Europe, ne démontrent pas mieux une origine orientale. Les désignalions de ce genre viennent souvent d'erreurs populaires au moment de l'introduction d'une espèce. Le coq d'Inde, originaire d'Amérique, a été appelé en anglais Turkey; le peuplier d'Italie ne croît pas sauvage dans ce pays ; le riz a été importé en Caroline, malgré le nom de riz de Caroline, etc. Le Maïs est appelé en Lorraine et dans les Vosges, Blé de Borne ; en Toscane, Blé de Sicile ; en Sicile, Blé d'Inde ; dans les Pyrénées, Blé d'Espagne ; en Provence, Blé de Barbarie ou Blé de Guinée. Tous ces noms, moins répandus que celui de Blé de Turquie, montrent que, dans chaque localité, on a désigné le Maïs, suivant le pays d'où on le tirait immédiatement, sans remonter à une origine plus éloignée. Les Turcs le nomment Blé d'Êgypte, les Égyptiens Douràh de Syrie, ce qui peut faire croire qu'il n'est originaire ni de Turquie, ni d'Égypte.
Heynius (Opusc. acad., I, p. 844 ; Gottingen, 1785), et quelques auteurs modernes ont supposé que le nom de Blé turc venait de ce que les épis du Maïs sont terminés par des houppes de stigmates, semblables aux
houppes des bonnets de Turcs. On a cru aussi que c'était une allusion à la barbe des Turcs, mais rien ne le démontre.
L'opinion de quelques auteurs du vif siècle sur l'origine orientale du Maïs, n'a pas plus de poids que les arguments tirés du nom de Blé de Turquie. Ce nom même a pu les induire en erreur, ou, du moins, donner à leur assertion plus de cours qu'elle ne méritait. Suivant Bonafous, le premier qui ait parlé du Maïs est Bock (Tragus), en 1532, c'est-à-dire quarante ans après la découverte de l'Amérique. Il aurait dit que cette plante fut apportée de l'Arabie heureuse en Allemagne, et qu'on la nommait Blé d'Asie, grand blé et grand roseau (Tipha magna) ; mais Bonafous n'avait pas vu l'édition originale, qu'il prétend être de 1532, et je doute qu'elle existe, car elle n'est pas indiquée dans Pritzel, Thésaurus litteraturœ. L'édition vue par Bonafous était la traduction de 1552, que j'ai acquise récemment, et où je vois qu'il a défiguré complètement le sens. Kn effet, l'auteur dit (p. 650) que l'Allemagne peut s'appeler en quelque sorte l'Arabie heureuse, attendu qu'elle s'enrichit de plantes étrangères, entre autres du FrumentuM Turcicum, etc., dont il donne une figure exacte. Il ajoute (p. 652) : « Hoc frumentum qund Germani W ehckkorn, hoc est Italicum (ita enim omnia peregrina et prius nostro orbi incognita appellare soient) vocant, jure equidem Tipha magna dici possit. Quia vero e scriptis veterum nullum nominis hnjus testimonium habemus, vocabimus interea Asiaticum frumentum. In Asia siquidem oltra Bactram fluvium adeo grande frumentum fieri tradunt, ut nucleos olivae sua sequiparet magnitudinc. > Des voyageurs lui avaient montré cinq grains de Maïs et lui avaient dit qu'ils venaient * ex India. » Enfin, dans le doute de savoir ce qu'est la plante de Bactriane, il se décide à appeler le Maïs : Typha magna, Trilirum magnum seu Asiaticum, en allemand, Turkùch ou Welschkarn. Il n'est pas question du Maïs dans l'opuscule du même auteur de 1531, reproduit dans le vol. Il de Brunfels, en 1536; ni dans l'ouvrage de Dorstenius (Francf., 15A0). Ruellius (Hist., 1536) dit en parlant du Maïs : « Hanc quoniam avorum nostrorum «etate e Gracia vel Asia venerit Turcicum frumentum nominant, » ce que Fuchsius (p. 824) répète en 15*À. Ce fut donc la première opinion admise; mais combien la base posée par Tragus était légère! Quelle bizarre idée de rapprocher le Maïs de cette plante inconnue, mnis bien différente, de Bactriane! Dodoens, en 1583 (Petript., p. 50*» ; Camerarius, en 1588 {Uort.y p. 06) ; Matthiole (édit. 1570, p. 305) et autres firent justice de ces opinions conçues à la hâte, et soutinrent de la manière la plus positive l'origine américaine. Ils adoptèrent de préférence le mot May s, qu'ils savaient être américain.
9A6 OIUr.IXE r.KOf.nAIMUOt'E des espèces celtivées.
Les voyageurs qui décrivirent les premiers les productions de l'Amérique (a), témoignèrent beaucoup d'étonnement de la culture du Maïs ; ce qui doit faire penser qu'ils n'en avaient point vu chez eux. Hernandez (Thes. M ex., p. 242), qui consacre un long chapitre au Maïs, exprime une sorte d'indignation de ce que les Espagnols n'avaient pas encore introduit chez eux une plante aussi utile; or, ce voyageur était parti d'Europe en 1571, suivant les uns, en 1593 suivant d'autres (Lasègue, Mus. Deless., p. 467).
Voyons maintenant si le Maïs n'était pas connu en Asie ou en Afrique, avant la découverte de l'Amérique; et, puisque les documents européens ne peuvent rien prouver à cet égard, c'est aux livres et aux monuments orientaux que nous aurons recours.
Le Zea des Grecs n'était point le Maïs, mais l'épeautre (p. 933). Les livres sacrés n'en font aussi aucune mention.
Le célèbre orientaliste d'Herbelot (Bibl. Orient., Piris, 1697, au mot Roux) a commis une erreur relevée par Bonafous ; il cite un passage de Mirkhond, historien persan du xv° siècle, d'après lequel Rous, huitième fds de Japhet, fit semer dans les îles de la mer Caspienne « le blé que nous appelons, dit d'Herbelol, Blé de Turquie, et que les Trrcs appellent encore dans leur langue Rous et Boulyar. » Recourant au texte de Mirkhond, à la Bibliothèque de Paris, Bonafous a vu, à l'endroit cité par d'Herbelot, que Khozar, fds de Japhet, fit semer sur les rives du Volga du Kaveres, espèce de céréale que les Dictionnaires traduisent par millet ; et que Rous, frère de Khozar, fit cultiver dans les îles du Volga, le Borgou, qui, d'après les mêmes, signifie une espèce d'arbre creux dont on fait des flûtes. Le mol Borgou aurait donc été confondu avec Borgoul ou Bolgour, que les auteurs rendent par alica, frumentum seu triticum, far decorticatum, etc. ; et du mot Bolgour, d'Herbelot aurait fait Boulgar, qui, d'après les vocabulaires, veut dire cuir, et non une graine quelconque. « Quant au mot rous, pris dans le sens de Maïs ou de grain, je n'ai trouvé nulle part, dit Bonafous, aucun terme qui justifie le récit de d'Herbelot. Ou cet auteur aura puisé à une autre source que celle qu'il indique, ou une étrange confusion se sera mise dans les notes qu'il avait rassemblées. »
Les voyageurs qui ont parcouru l'Afrique et l'Asie dans les temps qui ont précédé la découverte de l'Amérique, ne font pas mention du Maïs. Il est vrai qu'ils n'étaient ptfs nombreux, ni très exacts, et qu'Us n'avaient pas pénétré dans toutes les parties du continent asiatique.
Les monuments de l'ancienne Egypte n'indiquent aucune trace du Maïs. J'ai parcouru les planches de l'ouvrage de Caillaud, et n'ai pas aperçu le
(a) P, Martyr, Ercilte, Jrnn dp Lery, elf., qui «'rrivirenl do 1618 à ir»78.
moindre dessin qui pût le rappeler. On y reconnaît cependant à merveille le millet, la vigne et d'autres plantes. L'absence du Maïs, dans les catacombes et monuments anciens d'Egypte, est généralement admise (a). Voici cependant un témoignage contraire qui serait une grande découverte, s'il n'y a pas eu erreur ou supercherie. Les détails suivants, dit Bonafous, que j'extrais d'une relation inédite du voyageur Rifaud, méritent d'être rapportés littéralement : « Les grains et l'épi de Maïs, que j'ai découverts à Cournac (Tbèbes), se trouvaient, sous la tôtc d'une momie posée sur un oreiller de bois. Les grains étaient dans une coupelle de terre cuite ; la tige, de 18 pouces de longueur, conservait encore ses feuilles. Sur la partie gauche de la momie, on voyait de petits fruits nommés nabac en arabe, mêlés à des grains de blé et à des bulbes d'une plante dont les habitants se servent pour faire des grains de chapelet. Sur la partie droite de la momie, s'<>! ^- vaient des végétaux aquatiques, nommés resche en arabe. Il y avait aussi cinq ou six pains de froment. Une guirlande et une couronne de fleur de lotus ornaient le corps de la momie ; la couronne reposait sur la poitrine, et la guirlande serpentait autour du corps. Le cercueil, de bois de sycomore, et couvert de signes hiéroglyphiques, était renfermé dans un sarcophage de basalte; des figurines de terre cuite, au nombre de trois cent quatre-vingt-dix, entouraient la momie. La caisse, de bois, avait 5 pieds 7 pouces de long, et le sarcophage, de basalte, avait environ 0 pieds. Ce fut à la partie occidentale de Thèbes, sur le revers de la chaîne libyque, que je fis cette découverte tout à fait due au hasard, si l'on considère que la petite vallée qui recélait ce tombeau avait été explorée par les Arabes pendant plusieurs années. »
Je ne doute nullement de la véracité de Rifaud; mais je crains qu'il n'ait été victime de quelque supercherie. Remarquons d'abord que les Arabes ont exploré depuis plusieurs années la vallée dont il s'agit, et n'oublions pas que le Maïs est cultivé maintenant dans toute l'Égypte. Demandons-nous ensuite si les anciens Egyptiens, qui entendaient parfaitement l'agriculture, et qui liaient toutes leurs idées religieuses à des productions naturelles, auraient possédé le Maïs sans l'avoir cultivé autant et plus que le millet et l'orge, et auraient enfermé un grand nombre d'espèces de plantes dans des milliers de cercueils sans se souvenir de l'une des plus précieuses. Dans mon esprit, il y a contre l'opinion de l'existence du Maïs dans l'ancienne Thèbes, une preuve morale bien plus forte que le fait isolé découvert par Rifaud : c'est que le Maïs, introduit en Egypte, aurait dû s'y répandre partout, être figuré sur tous les monuments, se lier à toutes les
(a) Voy. Kunth, Ann. se. na/., VIII, p. 118, el Raspail, Notice sur la détermination spécifique des céréales trouvées par M. Patsalacqua dans un tombeau égyptien.
i'A8 OK1G1ISE CÉOGHAPHhJUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.
idées religieuses, se retrouver dans toutes les catacombes, comme ou y retrouve le blé, l'orge, le millet et la plupart des productions importantes de l'Egypte ancienne et moderne. Ce qui est arrivé en Amérique chez les Péruviens et les Mexicains, serait arrivé en Egypte, et il n'aurait pas fallu exploiter pendant des siècles ce pays couvert de monuments, pour y trouver une seule fois un seul épi de Maïs antique. Si les anciens Égy ptiens l'avaient possédé, ils l'auraient laissé perdre, car Prosper Alpin, qui décrivit l'agriculture de ce pays en Jôl)2, ne parle nullement du Maïs. A la fin du siècle dernier, cette plaute était encore peu cultivée en Egypte (Forsk., p. un) et n'avait pas de nom distinct des Sorgho. Ebn Baithar, médecin arabe du xni* siècle, qui avait visité les pays entre l'Espagne et le golfe Persique, ne parle d'aucune plante qui semble être le Maïs (trad. allem. de Sondtheimer).
« Ne pourrait-on pas entrevoir le Maïs, dit Bonafous, dans un passage de Diodorede Sicile, où cet historien raconte qu'un aventurier grec, nommé Jambol, visita, dans la mer des Indes, une île où croissait une espèce de roseau qui portait en abondance un grain précieux, semblable par sa forme à celui de l'orobe... » — «On le recueille, dit Jambol, et on le fait macérer dans l'eau jusqu'à ce qu'il ait atteint la grosseur d'un œuf de colombe ; ensuite, après l'avoir pilé et pétri avec les mains, on en apprête des pains que l'on fait cuire au four, et ces pains sont d'une saveur très douce. » — « Ce grain, inconnu à Diodore, dit Bonafous, pouvait être le Maïs, et l'île où Jambol l'observa, était la Taprobane des Anciens, aujourd'hui Ceylan, suivant les uns, ou Sumatra suivant les autres. »
Je ne reconnais guère le Maïs dans cette description insignifiante de Diodore de Sicile ; mais, ajoute Bonafous, « ce qui peut donner du poids à l'opinion qu'il s'agit de cette plante, c'est qu'elle est cultivée d'une manière générale, depuis un temps indéterminé, dans les îles de Java, Sumatra et autres de l'archipel indien. M. J. Crawford,qui a résidé neuf ans à Jaya, dit que le Maïs est, dans cette île, la production la plus importante après le riz ; qu'on le nomme Jarung, mot qu'il croit indigène et qui est répandu d'un bout à l'autre de l'archipel. Il s'appuie sur ce que les productions que l'on sait être d'une origine étrangère portent ordinairement des noms qui l'indiquent (Uistory of the Jndian archipclagn, Edimbourg, 1820, vol* I). » Or l'espèce est, au contraire, d'une introduction si récente dans ces iles que Kumphius n'en parlait pas l
Le Maïs est peu cultivé sur le continent indien. Il l'était surtout très peu dans le siècle dernier. Boxburgh, en effet, dans sa Flora Jndica (a), écrite il y a quarante ou cinquante ans, dit en parlant du Zea Maïs : t cul-
(«) Kyxb., FUir. Ind., ed. Seraoi|wre, 1832, vol. III, |». 5U8.
tivé dans différentes parties de l'Inde dans les jardins, et seulement comme objet de luxe ; mais nulle part, à ma connaissance, sur le continent indien comme objet de culture en grand. » Bonafous mentionne des cultures observées par l'évêque Heber au pied de l'Himalaya ; mais il est probable que c'était une introduction récente dans le pays. Le Maïs n'a pas de nom en sanscrit; du moins les botanistes anglais Roxburgh, et Piddington, si exacts à rapporter les noms de plantes dans les langues asiatiques, n'en citent aucun (a). En bengali, le nom est Mokka, en hinduslani fihottu e\ Bhuta, en telinga Mokajuna. Il serait intéressant de chercher si ces uoms indiquent quelque chose relativement à l'histoire de la plante. A Ceylan, le nom est Muwa, d'après Moon (Caf., 1821, p. (31), qui n'hésite pas à dire le Maïs d'origine américaine.
Le Maïs est cultivé en Chine \b) probablement d'une manière peu générale, et Bonafous a découvert un livre chinois qui en parle, quoique la date de sa publication soit de peu d'années postérieure à la découverte de l'Amérique, ^e titre de l'ouvrage est Phen-thsao~kang-mqu 1 lrail« général ^histoire naturelle), par Li-chi-^chin, 9 vol. in-8\ « 11 fut commencé, djt Bonafous, en 1552 et terminé en 1578. » L'édition qu'il en a consultée est de 1637; elle se trouvait dans la bibliothèque de Huiard. On y voit la ligure du Maïs avec son nom chinois. Bonafous a copié la planche et en (ait |e frontispice du chapitre sur la patrie du Mais. La ressemblance est asse* grande. L'auteur demande si le peu d'années écoulées entre la découverte de l'Amérique et l'époque où ce livre parut, ne permet pas de croire que ('introduction du Maïs en Chine était antérieure à celte découverte. Il s'appuie sur l'isolement des Chinois et sur la lenteur de leurs progrès agricoles. Il soupçonne que le Maïs aurait été porté, avant la découverte de l'Amérique, de l'archipel indien en Chine. J'avoue qu'avant de me ranger à celle opinion, je voudrais voir )a première édition du livre chinois, car il se pourrait qu'on eût introduit dans la seconde (1037j, une plante qui auraft été transportée depuis peu dans l'Asie orientale. Il serait à désirer a«ssi qu'un érudit en chinois voulût bien traduire le nom et la a>scripJion de Li-chi-tchin, s'il en a donné une. Il faudrait encore constater l'époque <|e la rédaction de ce livre, et chercher dans d'autres ouvrages du môme pays une confirmât jon de la découverte de Bonafous.
En général, les sinologues ne parlent point du Maïs. 11 n'est pas mentionné parmi les cinq espèces alimentaires dont l'empereur Chin-nong in-
(a) Piddington, English index to plants of India, in-8, Calcutta, 1832.
(b) M. Huchcne le nie dans son histoire du Maïs, et, en effet, la plupart des voyageurs n'en font pas mention, ('«pendant Macartney en parle, vol. III, p. 38 de la traduction francaue. ■ .
950 ORIGINE «ÉOURAfHKJL'fc: DUS ESPÈCES CULTIVÉES.
troduisit la culture longtemps avant l'ère chrétienne (Julien, dans Loisel., Consid. sur les céréales, p. 29); au contraire, il est indiqué dans une Encyclopédie chinoise du wir siècle comme apporté des pays occidentaux (Klaproth, dans Humb., Nouv. -Esp., 2* édit., p. 409). M.d'Hervey-Saint- Denys (Reck. sur l'agric. et Vhort. des Chinois y 1 vol. in-8°, Paris, 1850), qui a exploité surtout la grande encyclopédie Chcou-chi-thong~ khao, imprimée en 1737, et qui parle de l'ancienne agriculture des Chinois, mentionne un grand Sorghum qui, d'après la figure originale, tient également du maïs et du bananier (p. 231), mais il n'indique nulle part le Maïs. Thunberg (FI. Jap., p. 37) mentionne le Maïs comme cultivé au Japon, et, avec une légèreté digne de lui, il cite pour synonyme un nom de Kœmpfer, lequel, d'après la phrase même de Kœmpfer, doit être un Sorghum. Il attribue donc, par erreur, au Maïs ce que Kœmpfer dit de ce Sorghum, par exemple qu'il a été probablement transporté de Chine au Japon.
Le Maïs aurait pu à la rigueur être introduit en Chine à la date de l'Encyclopédie dont parle Bonafous, car les Portugais abordèrent à Java en 1496 (Rumph., Amb.t V, p. 525), quatre années après la découverte de l'Amérique; ils parvinrent en Chine dès 1516 (Malte-Brun, Géogr., I, p. 493), et le voyage de Magellan de l'Amérique australe aux Philippines eut lieu en 1520. Si je me refuse à supposer une introduction directe de cette manière, c'est que les Chinois auraient propagé extrêmement vite une plante aussi précieuse, et qu'on n'en aurait pas été à la fin du siècle dernier sur le continent indien à cultiver le Maïs comme une délicatesse d'amateurs (Roxb., Fl. /nrf., III, p. 569). Aujourd'hui encore il est moins répandu dans l'Inde qu'en Amérique (Roxb., ///., p. 420).
Les arguments de cette nature, quand il s'agit de plantes annuelles, faciles à cultiver, et d'une utilité évidente, me semblent plus forts que toutes les interprétations possibles de chartes du moyen âge et d'opinions d'anciens auteurs. On va s'en assurer en jetant un coup d'œil sur les faits relatifs au Maïs en Amérique.
La culture en était aussi générale dans cette partie du monde au moment de la découverte, que celle du blé ou de l'orge en Europe et en Asie (J. Acosta, Hist. nat. Ind.y trad. française, 1598, p. 160; Hernandcz, Thes. Mexic). Elle régnait du Chili à la Virginie, du Brésil à la Californie. Elle avait produit un nombre considérable de variétés, ce qui indique une culture déjà ancienne ; aujourd'hui encore c'est du nouveau monde que les agriculteurs ont fait venir presque toutes les variétés un peu distinctes de Maïs, et ils paraissent n'avoir pas encore épuisé cette riche mine. Les tombeaux des Incas, les catacombes les plus antiques du Pérou, contiennent habituellement des épis de Maïs, de même que celles
de l'Egypte contiennent des grains d'orge et de millet. Les cérémonies religieuses des anciens Mexicains et Péruviens exigeaient souvent l'emploi du Maïs. Au Mexique, une déesse portant un nom dérivé de celui du Maïs (Cinteutly de Cintlt), était adorée comme la Cérès des Grecs, car elle recevait les prémices des récoltes du Maïs, de même que la déesse grecque les premiers épis de nos céréales. A Cusco, les vierges du Soleil préparaient du pain de maïs pour les sacrifices. Rien ne montre mieux l'antiquité et la généralité de la culture d'une plante dans un pays que cette fusion intime avec les usages religieux des premiers habitants.
Les autres espèces du genre Zea sont américaines.
Le Maïs varie plus dans la forme et la couleur de ses graines que nos céréales de l'ancien monde. Ceci est digne d'attention, soit pour la recherche du Maïs primitif indigène, soit comme considération sur les modifications des espèces. 11 est assez curieux de voir une plante de la même famille que nos céréales, varier autrement qu'elles. Cependant le fait est certain, car il y a des Maïs à grains ronds, ovoïdes, pointus, à pointes recourbées (a), et enfin de couleurs très différentes, tandis que les grains de froment sont toujours ellipsoïdes et s'éloignent peu de la couleur jaune.
Jusqu'à présent on n'a pas retrouvé le Maïs, d'une manière certaine, à l'état sauvage. A. de Saint-Hilaire (Ann. se. naf., XVI, p. 1A3) avait cru le reconnaître dans la race qu'il nomme Zea May» tunicata, dont les grains sont entièrement cachés par des enveloppes allongées et aiguës. Le naturaliste américain, l'abbé Larranhaga, qui le lui avait donné, disait que les Indiens Guaycurus le cultivent ; mais, selon de Saint-Hilaire, ces sauvages sont au dernier rang de l'échelle, et ne se livrent à aucune culture. Un jeune Guarany, qui était né dans le Paraguay ou sur ses frontières, reconnut ce Maïs, et ajouta qu'il croissait dans les forêts humides de son pays. Le Maïs ordinaire étant la seule graminée dont les graines soient à découvert, Saint-Hilaire présume que la forme signalée serait l'état primitif de l'espèce. Bientôt Bonafous (Hist. nat. du Maï$} p. 30, pl. 5 bis) donna une figure de ce Maïs, qu'il nomma Zea cryptosperma. Il le regardait comme une espèce distincte. On lui en avait envoyé des graines de Buenos- Ayres sous le nom de Pinsingallo, en l'avertissant que « la culture n'en altère point les caractères, mais que la difficulté de séparer le grain de ses gl urnes empêche de le semer plus souvent. »
Le docteur Lindley, dix ans après la publication de Bonafous et sans en faire mention, donna la figure et la description du même Maïs (Journal of
(a) Z*a Mays rostrata, Bonafous, Compi. rond. Acad. se. Par., 1842, l*'»ein.,p. 683. Cette forme se perpétue de semis. Elle doit être ancienne, car ou en a trouvé dans une rivière du Pérou une imitation sculptée, qui a été envoyée à M. Robert Brown, d'après |« témoignage de Bonafous.
Me hortic. Soc, I, p. 114) dont la Société d'horticulture de Londres avait reçu des graines, par M. Floy, de New -York. Ce dernier disait les avoir reçues des montagnes Rocheuses'. (Rocky mounlains), et affirmait que deux ou trois ans de culture avaient fait perdre les glumes et donné les caractères du Maïs commun. Nous n'avons aucun moyen de véritier l'exactitude de M. Floy et surtout des personnes qui lui avaient remis les graines primitives. La localité est singulièrement éloignée du Paraguay. $i les faits sont exacts, si en môme temps le Maïs cryptosperme a été trouvé dans deux pays aussi distincts, je croirais volontiers que le Maïs ordinaire, quand il se sème dans les clairières des forêts et se naturalise, prend des glumes qui dépassent la graine. Ce serait un retour à un état primitif, comme ceux observés par M. Roulin pour les porcs et autres animaux domestiques redevenus sauvages. Peut-être l'espèce serait-elle spontanée, au Paraguay et naturalisée dans les montagnes Rocheuses ou plutôt dans le Mexique i Rien ne prouve sa spontanéité véritable. En définitive l'origine américaine me semble bien prouvée, mais la portion de l'Amérique d'où la plante est sortie est très douteuse. D'après les anciens usages des habitants, ce peut être le Mexique ou l'Amérique méridionale ; plutôt le .Mexique, à cause de la marche probable des populations du nord au midi.
c henopodium Quiuoa, Wiiiii — Le Quinoa formait la base delà nourriture des indigènes de la Nouvelle-Grenade, du Pérou et du Chili, dans certaines régions élevées à l'époque de la découverte. 4e l'Amérique. La culture en a continué dans ces pays, par habitude, et à cause de l'abondance du produit, car la farine est mélangée d'un principe amer, dont on a 4ç la peine à se débarrasser par des lavages à l'eau froide. On a distingué 4$ tout temps le Quinoa à graine noire et celui à graine blanche (Molina, H ist. nat. Chili, p. 101). Ce dernier est |e plus estimé. Molina parle des deux; le père Feuillée décrit et figure seulement le blanc ( Journ . dcsobs., édit. 1725; Plant, médic, p. 15, lab. 10). Il varie aussi par une teinte verdûtre ou rougeatre de toutes les parties (a). Dans l'Inde on ne cultive aucune espèce de Chenopodium pour le produit des graines; on se serf
(a) Je ne puis adopter l'opinion de M. Moquin (Prodr., XIII, part. Il, p. 67), qui rapporte (comme variété) le Quinoa blanc d'Amérique, à une espèce très douteuse, que l'on (lit originaire d'Asie, le Chenopodium purpurascens, Jacq. La plante que M. Moquin m'a donnée et que j'ai cultivée, comme le Quinoa blanc du jardin de Toulouse, ressemble beaucoup à la fig. 36*1 du Bot. mag. que sir W. Hooker et M- Moquin {Prodr.) rapportent au Ch. Quinoa. Les fruits sont un peu rugueux et ponctués, mais dans un Quinoa noir du Chili, je les ai vus légèrement ponctués. Ils sont plus arrondis dans le blanc, à cause de l'abondance de la farine. Le Ch. purpurascens, Jacq , //. Kind., III, t. 80, a des feuilles supérieures entières fort différentes et des étamines exsertes. Le Quinoa blanc est bon à cultiver en Europe, à cause de ses feuilles, qui valent celles de l'épinard, et qui ont l'avantage de pouvoir servir dans la saison la plus sèche quand l'épinard manque dan* les j.u «lins. La graine c«l aiuèrc, clic conviendrait probablement aux poules, d'après ce que dit Molina.
seulement des feuilles de quelques espèces (entre autres du Chenopodium album) pour légume (Roxb., Fl.y éd. 1S32, vol. II). Il est même remarquable qu'aucun Chenopodium n'a de nom sanscrit connu (Roxb., Fl.\ Pidd., Index), d'où l'on peut inférer que les espèces actuellement communes dans l'Asie méridionale sont des mauvaises herbes d'origine étrangère. Le Quinoa est certainement une plante américaine. Les deux races en sont probablement fort anciennes. On peut soupçonner que la moins colorée, qui est la plus farineuse, est une dérivation de l'espèce primitive. Ni Tune ni l'autre ne sont indiquées autrement que comme plantes cultivées, mais il s'agit de l'Amérique méridionale et des parties les moins connues de ce vaste continent.
Poiygonuin Fngopyrani, v. — Le blé noir ou blé sarrasin était inconnu aux anciens Romains et aux Grecs (Heynier, Êcon. Çelt., p. 425; Link, Die i rteelty p. 415; Fraas, Syn. FL class.). Il s'est introduit en Europe vers la lin du moyen âge. Cherchons à en découvrir l'origine.
On le cultivait au xvr siècle dans l'Odenwald (Tragus, édit. 1552, p. 648) sous le nom de Ueydenknrn. Caîsalpin (p. 166), en 1583, le décrit comme cultivé, probablement en Italie, sous le nom de Formcntone, aliis Saresinum. Dodoens (l'empl., éd. 1616, p. et pl. 512) dit qu'on le cultivait beaucoup eu Allemagne, ainsi qu'en Brabant. Le nom Fagopyron a été fabriqué par les érudits, d'après la ressemblance de la graine avec celle du hêtre (Uod., ib.; Reynier, t'6.); aussi est-il inconnu en Grèce (Sibth.; Reut. et Margot, Fl. de lant.; Fraas, Syn. fl. class.). On cultivait peu l'espèce en France il y a quelques siècles, car Olivier de Serres (éd. 1629) n'en parle pas. Le nom de blé sarrasin n'est pas indiqué dans J. Rauhin (Uist., 1651, II, p. 994), qui avait vu la plante cultivée à Montpellier et à Raie, et qui mentionne ordinairement les noms vulgaires avec exactitude. Il cite les noms de blé et dragée aux chevaux en français. Le nom sarrasin ne doit donc pas venir des mots celtes had rasin, signiliant blé rouge, comme le prétend Reynier (Êcon. Celt., p. 425), car il se trouverait dans tous les pays et idiomes anciennement celtiques. D'ailleurs, si les peuples celtes avaient connu l'espèce, Jules César en aurait parlé et les Romains l'auraient répandu partout après la conquête des Gaules (a). Il est plus probable que le nom sarrasin vient de la COUfa) M. Le Gall, conseiller à la cour de Rennes, a eu l'obligeance de m'écrire : « Comme vous je pense que le l'olygunum Kagopyrum a élé introduit dans les Gaules longtemps après la domination romaine. Il n'a point un nom celtique proprement dit, un nom simple. Il n'est indiqué en breton que par une sorte de périphrase, par un rapport certainement peu naturel. Il est introduit comme rival du froment, et son grain est noir ; il mérite d'être nommé £d-du, blé noir, (Itrinis-du, froment noir. Le mot sarrasin ou had rasin appliqué à une plante ne ligure pas, ù ma connaissance, dans les dictionnaire* bretons; ce serait d'ailleurs un mol compose. »
leur noire du grain, couleur qu'on attribuait populairement aux Maures et Sarrasins, ou de ce qu'on a cru que l'espèce aurait été introduite par les Sarrasins. Évidemment elle n'est pas ancienne dans l'Europe méridionale. Elle pourrait être arrivée ou par le midi ou par l'orient.
L'origine méridionale ne peut s'appuyer absolument que sur le nom vulgaire sarrasin, c'est-à-dire sur un indice très insignifiant. Il y a des raisons infiniment plus fortes pour ne pas l'admettre, quoique Bosc, dans le Dictionnaire d'agriculture (XI, p. 370) ait dit positivement, mais sans citer de preuves, que les Maures auraient transporté le Sarrasin d'Asie en Afrique, et de là en Espagne. Le Polygonum Fagopyrum est peu ou point cultivé dans les pays méridionaux. Desfontaincs (Fl. Allant.), M. Munby (Fl. d'Alger), M. Boissier (Voy. en Esp.) ne le mentionnent pas. Reynier (Êcon. des Celles, p. 425) remarquait déjà que cette culture manque à l'Afrique et à l'Espagne, et qu'elle est au contraire fréquente dans les provinces de la France où les Arabes n'ont pas pénétré. Ebn Baithar, médecin arabe, né à Séville dans le ira- siècle, n'en parle pas (trad. allemande de Sondtheimer). Dans le nord de l'Inde, où la plante est cultivée (Boyle, ///. Himal., p. 314), l'introduction ne peut pas être ancienne, car l'espèce n'a pas même de nom sanscrit (Roxb., Fl. Ind.; Pidd., Index), et àCeylan, elle n'a pas môme un nom indigène moderne (Moon, Cat. Ceyl., p. 32).
N'ayant pas été connue dans l'ancien empire romain, n'étant pas non plus d'origine méridionale, il faut que celte espèce soit arrivée en Europe par l'est ou le nord -est, selon l'opinion émise par Link. Les noms vulgaires et la qualité presque spontanée dans l'orient de l'empire russe le confirment. Les Polonais et les Bohèmes désignent l'espèce sous le nom de Tatarka (Mor., Dict. inéd. noms vulg.), les Esthoniens, sous le nom de Tattar ou Tatrikat, ce qui indiquerait une origine tartare. Un autre nom très répandu dans les pays slaves est, en russe Gretscha, Hrelscha (Mor., Dict.), soit Greczica (Link, Urw., p. 415), en polonais Gryka (Mor., ib.), en lithuanien Grikki (Mor., ib.), qui semblerait indiquer une transmission par les peuples grecs, mais ce serait alors par les Grecs de Byzance ou de la Tauride, car les anciens Hellènes ne cultivaient pas l'espèce. Les Hongrois disent Uajdena, Haritska (Mor., ib.); les Serbes Elda (Griseh., Spec. Fl. Hum., H, p. 315); les Allemands, dans certains dialectes, Haden, Haiden, Ileiden (Mor., t"6.); plus ordinairement ils emploient les noms tirés de l'analogie avec la graine du hêtre (Bûche), Buchweitzen (fromenl-hélre). Dans les dialectes occidentaux on a dit Bocktceydt ou Jiuekweydt (Dod., Prmpt., p. 512), qui vient ou de Bock, bouc, ou plutôt d'une corruption de Bûche, car je ne sais quel rapport la plante peut avoir avec les boucs. Les noms anglais Bucktcheai (froment
buck), et les noms français de quelques provinces Bouquette, Duc ail, Boketta (Mor., Dicl.) viennent des noms allemands. Les Italiens disent Faggina, de Fagus; les Catalans Fajol , et les Castillans Alforjon, Alforfon (Mor., Dict.) qui semblent aussi dérivés de Fagus. Ainsi les noms vraiment particuliers, ou indiquant une origine, se trouvent dans les pays slaves, et montrent une introduction par lf st.
Selon M. Grisebach (/. r.), Seslini aurait trouvé l'espèce spontanée près de Constantinople, mais aucun auteur ne confirme, et personne n'a indiqué la plante ni dans l'Asie Mineure, ni autour du Caucase. Ledebour (FL Ross., III, p. 517) l'indique dans la Russie moyenne (presque spontanée), dans les déserts de la Russie méridionale (d'après Falk seulement), dans la Sibérie baïkalienne, et peut-être en Daourie. Selon Bosc (Dict. d'agric, XJ, p. 379), Olivier l'aurait trouvée sauvage en Perse ; mais je ne puis en trouver la preuve dans la relation du voyage de ce naturaliste. L'indication dans la Russie orientale et la Sibérie n'a rien d'improbable. Cependant, il ne faut pas oublier que l'espèce se sème aisément et se maintient pendant un an ou deux dans les cultures ou aux environs, ce qui peut induire en erreur.
Poiygonom tatarieain, L. — D'abord confondu avec le précédent, ou peut-être introduit plus tard en Europe. Il croît sauvage en Sibérie, près du Jénissé (Cmel., f'/., III, p. 63, tab. 13, f. 1 ; Meisner, Prodr. monog. Polyg., p. 6*2). Linné (//. Cli/J'., p. 151), qui le regardait comme une variété du commun, dit que les graines en étaient venues de Russie. Dans le Species, il disait : « Habitat in Tataria. » Ledebour (Fl. Ross., Wl, p. 516) l'indique presque spontané dans la Russie moyenne, et spontané dans la Sibérie occidentale, centrale et orientale. Gmelin l'avait déjà trouvé en Sibérie. Il y a un nom tartare Dikusch (Moritzi, Dict. noms vulg.) et un nom russe et tartare a la fois Kgrlik (ib.).
Poiygonum rmarfcinatiim, Ro«h. — Il croit en Chine et dans le Népaul, pays où on le cultive avec les précédents (Meisner, Prodr. mon. Polyg., p. 62). M. Bunge (Enum. pl. Chin. bor.) ne mentionne ni les uns ni les autres. Don (Prodr. Fl. Xep., p. 74) dit que cette espèce, et le Polygonum talaricum sont regardés à peine comme spontanés dans le Népaul, parce qu'on les cultive depuis un temps immémorial sur les contins de la Chine et de l'Inde septentrionale. Dans ce cas, pourquoi ne citet-on aucun nom sanscrit ? S'il en existait pour cette espèce ou pour le Polygonum Fagopyrum, Roxburghet Piddington n'auraient pas manqué de les indiquer, car la forme des graines est très particulière. La culture des Polygonum doit être moins ancienne que celle de la plupart des céréales, en Asie comme en Kurope. Par ce motif, on ne peut douter que les espèces
956 origine cKor.nAPniQi f- des espèces celtivées.
n'existent quelque part dans la nature, et si l'on n'a pas retrouvé le Polygonum Fagopyrum et le Polygonum ernarginatum spontanés, d'une manière bien certaine, cela tient A ce qu'on n'a pas enrore assez exploré l'Asie, ou peut-être au mélange de pieds d'origine cultivée avec ceux d'origine sauvage, dans le pays primitif.
Faba vai«arL Mœn«-b> ( vih« Faba, i ). — La Fève était cultivée par les anciens Crées et les Romains (Link, Die l'nrelt, 2# édit., p. 417; Fraas, Syn. Fl. class., p. 55), par les Hébreux (Reynier, Êcon. des Arab. et Juifs, p. £28 ; Rosenmiiller, Tlandb. bibl. Altert., IV, p. 90) et les anciens Égyptiens (Delile, Hist. pl. cuit, en È$.t p. 12). Elle manque cependant aux gTaines qu'on retrouve dans les catacombes (DC, Physiol., p. «95 ; Kunth, Afin. se. nat., VIII; Musée du Louvre). Peutêtre cela vient-il de ce qu'elle était réputée abjecte et indigne de la nourriture des prêtres, ou de certains prêtres, par suite d'idées superstitieuses expliquées par les auteurs (Reynier, Rer. phil., 1807, Êcon. desÉgypt., p. 3A1).
La Fève que les (Irecs appelaient Fève d'Kgypte était le Nelumbium speciosum, comme on l'a fort bien prouvé <Reynier, Êcon. des Êgypt., p. 321 ; Delile; Link, l. c). La Fève ordinaire se cultive depuis quelques années dans l'Inde (Ainslies, Mat. med., I, p. 28; Royle, ///. Himal., p. 100; Wightet Arn. , Prodr. peu. Ind., p. 235), mais elle est inconnue dans l'Ile de Ceylan (Moon, Calai. ), et on ne lui connaît aucun nom sanscrit ou même indien moderne (Roxb., F/., édit. 1832, III, p. 323; Piddinglon, Index). La culture n'en est donr pas ancienne dans l'Asie méridionale. Ceci est d'autant plus extraordinaire que, d'après M. Stanislas Julien (dans Loiseleur, Consid. sur les céréales, part, i, p. 29), la Fève serait au nombre des cinq graines dont l'empereur Chin-nong avait introduit la culture en Chine, l'an 2822 avant notre ère. Bunge (Enum. pl. Chin.) l'a vue cultivée dans le nord de la Chine, de même que Kaempfer et ïhunberg au Japon.
Pline, 1. xviii, c. 12, edit. Geneva?, 1631), qui confondait évidemment plusieurs Légumineuses et le Nelumbium, sous le nom de Faba, dit : « ft'ascituret sua sponte plerisque in loris, sicut septentrionalis Oceani intulis, quasob id nostri Fabarias appellant. » (On ne sait où sont ces Iles, etM. Link soupçonne que la plante indiquée est le Pisum maritimum.) t item in Mauritania sylvestris passim, sed prœdura et quœ percoqui non possit. » (Ce ne peut donc être la Fève, qui, d'ailleurs, n'a pas été trouvée en Algérie.) «iïascitur et in Agypta... srapo quatuor cubitorum.... simile caput Papareri, colore roseo.... radix per quam lauta incolarum cihis, etc. (Évidemment le Nelumbium). » C'est proba-
origine des Espèces le plus généralement cii.tivkes. 95/
blement d'après ce passage que Linné donne, avec une singulière assurance, l'Egypte pour patrie de la Fève (Sp., p. 1039). Lui, ou Willdenow, auraient ensuite appris du voyageur Lerche, que la Fève croit sauvage près de la mer Caspienne, sur les confins delà Perse (Willd. 9Sp. ,111, p. 1111). Bosc (Dict. d'agric.,V, p. 512) dit : « Olivier l'a rencontrée sauvage en Perse; » mais je n'en vois pas la confirmation dans le Voyage même d'Olivier, et il semble que Bosc a cru, un peu légèrement, sur des conversations peut-être avec Olivier, que ce voyageur aurait trouvé la plupart de nos plantes cultivées dans l'intérieur de la Perse. Il le dit déjà du Polygonum Fagopyrum et de l'Avena sativa, dont il ne parait pas qu'Olivier ait parlé dans ses écrits. Sans vouloir contester l'assertion de Lerche, qu'il nfest impossible de contrôler, je remarquerai que Bieberstein n'indique pas la Fève dans la région du Caucnse,ni MM. C. A. Meyer i Verzeichniss, etc.) et Hohenacker (Plant. Talysch), dans les districts voisins de la mer Caspienne et de la Perse, où l'on dit qu'elle existe. Lcdebour (Fl. Ross., I), qui a recueilli tous les documents relatifs au Caucase russe, ne cite que l'assertion de DC. (Prodr.), qui est tirée de Willdenow. Mon herbier et celui de M. Boissier n'apprennent rien a cet égard.
Les noms de la Fève, dans l'Asie occidentale et en Europe, se rattachent à quatre sources : 1« Un nom hébreu, Phul (Miller, Hieroph.,\\, p. 129), ou Pol (Rosenmiiller, Bibl. Altert., IV, p. 90), d'où le nom arabe FM (Forsk., yfty., p. lxx), Foui (Delile, Fl. Mg.)\ 2° le nom celte Fa, Fao, Fav (Legon., Dict. celt. bref.), ou latin Faba, qui n'est pas éloigné du précédent, et d'où dérivent les noms italiens, français et espagnols*, 3° le nom slave Bob, qui est le même en polonais, en bohème et en iliyrien (Moritzi, Dict. inéd.), et qui a une parenté évidente avec le Bohne des Allemands et le Beau des Anglais; h" enfin, le nom grec Kùapz'ç, qui était un nom générique, car on appelait aussi la fève k . , . . êXXnvnâc (Hippocr.). On ose à peine dire que le nom grec moderne Kivxxt* (Fraas, /. c.) en dérive, tant il est différent. L'existence d'une racine slave et l'analogie des noms slaves, allemands et même celte, peut faire présumer une transmission de l'est à l'ouest par la Russie. Les Latins auraient reçu la plante, non des Grecs, mais plutôt directement d'Asie, ou indirectement par les Gaulois, car le nom F'aba est plus près des noms hébreu, celte et germain que du nom grec.
Emu« Lena, L. — La Lentille était cultivée chez les Grecs, les Hébreux, les Égyptiens, de toute antiquité. Il n'en était pas de môme dans l'Inde, car la plante n'a pas de nom sanscrit (Roxb., Fl., éd. 1832, III, p. 324; Piddingt., Index). On la cultive assez fréquemment aujourd'hui dans le Bengale.
M. C. A. Meyer (Verzeichn. Pl. Caucas., p. 147) dit en parlant des provinces russes au delà du Caucase : « Colitur, crescit etiam quasi sponte hinc inde circà pagos; » cependant M. Hohenacker, qui a visité la région au sud-est du Caucase, n'en parle pas (Enum. pl. Talysch). Ledebour (FL Ross. y I, p. 662) cite Georgi, comme ayant trouvé l'espèce dans la Russie méridionale. On la voit aussi en Europe, ça et là, dans les champs, mais elle parait plutôt une importation provenant de la culture. M. Koch (Syn. FL Germ.y 2° éd.) dit : « Colitur etoccurrit passim quasi sponte. » Sibthorp emploie les mêmes expressions pour la Grèce (Prodr. FL Gr.y II, p. 75). C'est bien une de ces espèces où la diffusion de la culture empêche de constater l'origine précise.
Le mot arabe Ads (Forsk., p. lxxi) vient de l'hébreu Adaschim (Mor., Dict. inéd.)\ mais les noms latin Lcns et grec **xô;,*«^ (Théop., Diosc., Fraas, Syn. Fl. class.} p. 56), n'ont aucun rapport entre eux. Peut-être ces différents peuples avaient-ils trouvé la Lentille indigène chez eux. Théophraste (Aïjf., I. iv, c. 5) la regarde comme une plante usitée en Grèce et manquant à la Bactriane, c'est-à-dire à la Perse. Les Allemands ont tiré le nom de la Lentille du latin, comme les Français. Les peuples slaves ont des noms tout autres, en polonais Soczttecka Siewna, en illyrien Socivika, en russe Tschetschevùza, d'où il semble qu'ils auraient reçu l'espèce de l'Asie occidentale, et non par les Grecs et les Romains.
ciecr n ri<- tin h m. L. — Le Pois chiche était cultivé par les anciens Grecs, Égyptiens et Hébreux, mais à la différence du précédent, il a un nom sanscrit (Pidd., Index) cl plusieurs noms indiens modernes (Roxb., FI. y éd. 1832), ce qui montre une culture plus ancienne. D'après cela, Théophraste (1. rv, c. 5) se trompait probablement en disant que le Pois chiche (Ept&vth,-') manquait aux régions asiatiques intérieures, telles que la Bactriane et l'Inde.
On le trouve quasi spontané dans les provinces autour du Caucase (Pallas, C. Koch, dans Ledeb., Fl. Ross. y I, p. 660), de même que dans les champs du midi de l'Europe (Linn., Sp.; DC, Prodr.). Il est impossible de dire si les pieds, en apparence spontanés parmi d'autres cultures ou dans le voisinage, sont d'origine vraiment spontanée.
L'espèce avait deux noms en grec (Théophr., Diosc; Fraas, Syn. FL clast.y p. 55), K&cÇvO); et Keco;, ce qui indique plutôt une origine du pays même. Le nom Cicer des Latins n'est pas sans analogie avec le Kp»ôç des Grecs, avec le Ketscch des Hébreux, qui était probablement le Pois chiche d'après Reynier (Êcon. des Arab.y p. A30); mais les noms arabes Homos, Ommos, Coîanfy Mtlan (Rauw., FL or., éd. Gron, n° 220; Forsk., p. lxxi), et le nom sanscrit Chrnnuka (Pidd., Index) sont plus éloignés
ou entièrement différents. Les Espagnols ont un nom particulier Garbanzo, qui est représenté dans quelques provinces françaises sous la forme de (iarvancc (Mor., Dict. ine'd.). Les noms allemands et français dérivent du latin. Les peuples slaves paraissent n'avoir pas de noms spéciaux pour celte espèce, dont la culture est plutôt méridionale; je note seulement un nom illyrien Slunutak (Mor., i6.), qui ne se rattache ni au grec, ni au latin. Une aussi grande diversité dans les noms fait présumer une patrie primitive très vaste.
liUpinui» ulhna, I — Lupinua Tcrmla, Forsk. — Lupinua hirautua, L.
— Les Lupins sont cultivés autour de la mer Méditerranée, soit pour les graines, soit pour enfouir la plante comme engrais. Tous les trois sont cultivés aujourd'hui en Kgypte (Delile, Mém. pl. cm//., p. 13; DC. Prodr., I, p. 407), mais je ne trouve pas de preuve que cette culture remonte ni aux anciens Égyptiens, ni aux Hébreux. Elle était inconnue autrefois dans l'Inde, car les Lupins n'ont pas de nom sanscrit (Piddingt., Index; Roxb., 7*7.), et le nom actuel hindustani Turmas (Pidd., 7 nef.) n'est évidemment que le mot grec 0t'f/io; ou le mot arabe Ter mis. M. Hoyle (///. Himal., p. 194) dit qu'aujourd'hui même on ne cultive aucun lupin dans le nord de l'Inde; mais qu'on en trouve des graines dans les bazars sous le nom de toormus. Les Grecs modernes cultivent seulement le L. hirsulus, et encore dans le seul district de Maina , d'où l'on peut inférer que le et'^o; des Anciens était cette espèce, indigène d'ailleurs en Grèce (Fraas, Syn. FL class., p. 51). La culture des Lupins semble donc d'origine grecque et romaine.
Le L. albus croit spontanément dans la région méditerranéenne, par exemple en Italie (Bertol., 77., VII, p. 412), en Sicile (Guss., Syn., II, p. 266), en Thrace (Griseb., Spicil., I, p. il), près de Constanlinople (Durv., ibid.; Castagne, Cal. mansc), et dans les provinces russes au sud-ouest du Caucase (Ledeb., 7*7. Ross., I, p. 511 ). Le L. Termis a été trouvé, bien spontané, en Sardaigne et en Corse (Moris, FI. Sard., I, p. 596), en Sicile (Guss., /. c). On l'indique aussi en Egypte (Delile, ///., p. 21), dans le midi de l'Espagne (Boiss., Yoy.), dans quelques points de l'Italie (Bertol. , 7*7., VII, p. Ail); mais les auteurs sont moins aflirmatifs sur la qualité de plante spontanée. Le L. hirsutus est décidément sauvage dans la région méditerranéenne du Portugal et de l'Algérie (Boiss., Voy. Esp., Il) jusqu'aux îles de l'archipel (Sibth.) et Constantinople (Castagne, mansc).
piaum aativum, L. — Pixiim aru-n«c, i. — Le premier était cultivé chez les Grecs anciens et les Romains (Billerb., 77 class., p. 185; Fraas, Syn. FL class., p. 52). Je n'ai pas de preuves qu'il Ip fût chez les
9G0 ORfAtNE GÉOGRAPHIQUE DES ESPECES CULTIVÉE».
Hébreux et chez les Égyptiens. Dans l'Egypte moderne, on cultive plutôt le Pisum arvense, le seul dont parle Delile (Plant, cm//., p. ili). D'un autre côté, il aurait un nom sanscrit et beaucoup de noms modernes dans l'Asie méridionale, d'après Piddington (Index, p. 71), ce qui indique une date très reculée pour ce pays. Hoxburgh (FI. Intl., édit. 1832, vol. III) et Wightel Arnott (Proâr., p. 235) ne mentionnent que le Pisum salivum, et non le Pisum arvense, comme cultivé aujourd'hui dans l'Inde; cependant, Piddington indique un nom moderne hindustani pour le Pisum arvense, et Hoyle dit aussi qu'il est cultive (lit. Himal., p. 100). Ce nom est rapporté par Hoxburgh au Pisum salivum, d'où il résulte que les Anglo- Indiens ont plus ou moins confondu les deux espèces. En Grèce, actuellement, on cultive le Pisum salivum (Fraas, /. c). On attribue tantôt à l'une, tantôt à l'autre espèce des noms très divers dans les langues slaves (7/ow/t, Uurnrhy elc), dans les langues germaniques (.4er/rr en suédois, Arbeiss, Arhe en allemand ancien, etc.), qui sont très différents des noms grecs, latins et celtes tKco;, Pisum et Piz. Probablement, les peuples du centre de l'Europe ont trouvé ces piaules chez eux, et ceux du nord les ont reçues de la Russie méridionale.
Quoi qu'il en soit de leur confusion dans les livres et dans les langues, les deux espèces se retrouvent à l'état sauvage. Le Pisum sativum est en Crimée, sur les collines, près du détroit (Bieb., /«'/., II, p. 151), ce qui, du reste, est la seule localité indiquée, et par un seul auteur. Le Pisum arvense esl décidément spontané dans la région méditerranéenne, depuis l'Espagne méridionale (Doiss., Voy.) jusqu'à la Russie méridionale (Ledeb., /'/. Ross., I, p. t>C5 1 ). Selon M. Grisebach (Spirif.ylt p. 09), le Pisum arvense, de Sibthorp et de Moris, doit èlre rapporté au Pisum elatius, Bieb. ; maispourla question de spontanéité, cela nousimporte peu, caries botanistes qui ont comparé les deux espèces, Ledebour, par exemple, les admettent toutes deux connue spontanées aujourd'hui dans les environs de la mer Noire.
Lnltiyrui» Mlhw, L. — l.athyrua Cirera, L Les Gesses Sont cultivées comme fourrage et pour les graines dans toute la région méditerranéenne; seulement, en quelques points, on sème la première espèce (Ég>'| te, d'après Delile, Pl. cuit. )\ ailleurs, plutôt la seconde (Grèce, d'après Fraas, .S'y». /■ /. c/tfJM.,p, 5*2); enfin, dans d'autres localités, on sème les deux espèces. D'après Billerbeck (/•'/. rla.ss., p. ISO) et Fraas /. c ), les Grecs et les Romains auraient eu les deux espèces. Ni l'une ni l'autre n'avaient de nom sanscrit ; mais le Lalkyrus sativusa des noms modernes bengalis ( Piddington. Index). Je n'ai aucune preuve qu'ils fussent cultivés par les Hébreux et les anciens Égyptiens. Les livres hébreux n'en parlent pas (Koseoniùller, Uibl. Altcrt., IV).
ORIGINE l*S ESPECES LE PLUS GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. 961
L'une et l'autre espèce croissent spontanément en Espagnc(Hoiss., \'oy., [i, p. 190), en Algérie (tt.), généralement dans le midi de l'Europe et jusqu'aux provinces caucasiennes (Ledeb., Fl. Ross., I, p. 681). Ordinairement, il est vrai, elles se trouvent dan» les champs, ou près des cultures, de façon que l'origine est douteuse. Toutefois, C. A. Meyer i Verz. Pflanz. Cauc, p. IA8) dit du Lathyrus sativus : « ln dumetis et hcis incullis circa payas pror. Lenkoran; a Taîuschenis copias? colîtur . » Et du Lathyrus Cicera : « In collibus propc Baku. » M. Fraas indique aussi des localités montueuses pour le Lathyrus sativus.
Wlcta saliva, L. — La Vesce peut être considérée comme fourrage ou comme plante nutritive. Par sa manière de végéter, elle se rapproche plus des Ervum, Cicer, Faba, etc., que des fourrages.
Les Grecs et les Romains la cultivaient sous les noms de h xi™ et Vicia (Billerb., Fl. class., p. 18S; Fraas, Syn. FI. clnss., p. 55). Des noms analogues au latin Vicia se trouvent dans les langues germaniques et slaves (Moritzi, Dict. incd. des noms vufg.); mais il y a des noms arabes tout à fait différents. Dans l'Inde, elle a plusieurs noms modernes, sans aucun nom sanscrit (Piddington, Index).
Elle croit, spontanée, au midi du Caucase, dans les prés (G. A. Meyer. Vers., p. \h~)\ en Grèce, parmi les buissons de la zone des arbres toujours verts (Fraas, /. c), et en général, dans le midi de l'Europe et en Algérie (Boiss., Voy. Esp. ; Munby, Fl. Ah/., etc.); mais dans l'Europe tempérée, elle vient plus ordinairement parmi les cultures, d'où l'on peut inférer qu'elle est introduite et non originaire.
Phnaeoiua — Dollchos — La distinction des espèces est trop diflicile, trop peu avancée dans ces deux genres pour que la recherche des origines puisse être faite convenablement. Si l'on ne connaît pas aujourd'hui telle espèce à l'état sauvage, il est fort possible que telle autre espèce ou variété considérée comme différente, en soit la souche. D'ailleurs, les pays d'origine sont nécessairement des régions tropicales peu explorées jusqu'à présent.
Selon Fraas {Syn. Fl.cfnss., p. 52 et5tf),les anciens Grecs cultivaient les Phaseolus vulgaris (àihyh;) et Phaseolus nanus (♦^«âo;). Ils connaissaient peut-être, comme plante indienne, le DolirhosCatjang. Le mot C.sar^ç, d'où vient peut-être notre mot Haricot («), s'appliquait à quelque espèce de
(a)Théophraste dit de V.izj./-.; « est f. umenlorum vitimii.» ce qui convient au Vicia villosa, mais nullement aux haricots. Par une coïncidence bizarre lê Pois, Pisiuii utivitm, *e nomme en sanscrit Hnrenso (Piddington, Index). Le mol haricot vieillirait - il <lr l'un de ces mots, transposes d'une légu mineuse à une autre? J'en doute beaucoup. Ce mot m vulgaire en français, ne Ment pas du celte, comme le prétend I'h .m herdlo dans sou l>ietionnairc étymologique de la langue française, car le haricot se nomme eu breton Fo-munud, qui veut dire fève menue ou Pis-iam, par comparaison avec le pois (Le
Vicia (Billerb., Fl. class.y p. 188; Fraas, Syn., p. 54). Les Égyptiens modernes cultivent le Phaseolus Mungo, L., et le Dolichos Lubia, Forsk. (Delile, Pl. cuit., p. 14); mais je ne sais si la culture en est ancienne en Egypte. L'Inde est une des régions où Von cultive le plus de ces espèces. Selon le docteur Royle (///. Htm., p. 100), ce sont les Phaseolus radiatus, Roxb., Mungo, Roxb. , aureus, aconitifolius, cuneatus% MaxycalcaratuSy des auteurs anglo-indiens, Dolichos Catjang, sinensis, Lablab, cullratus; puis, en Cacliemir, le Phaseolus vuîgarù, semblable à celui d'Europe. De toutes ces espèces, les seules qui aient un nom sanscrit, d'après Roxburgh et Piddiugton, sont les Phaseolus radiatus, Mungo et Lablab. Le Phaseolus vulyaris et le Phaseolus nanus étant rares dans l'Asie orientale, n'ayant pas de nom sanscrit et ayant été cultivés par les Grecs, doivent être originaires plutôt de l'Asie occidentale, contrairement à l'opinion reçue. Je note, à l'appui de cette hypothèse, que les noms allemands et anglais ne sont point fondés sur les noms grec et latin, et que les jardiniers flamands, en 1596, appelaient les haricots Fève turque (Phillips, Cuit, veg., 1, p. 7A).
Jusqu'à présent, personne ne dit avoir trouvé ces espèces à l'état sauvage. Roxburgh n'a vu spontanée, dans l'Inde, aucune des espèces cultivées; mais il y en a d'autres, en particulier, son Phaseolus su blobatus, dont les graines sont, dit-on, recherchées par les enfants, quoique la plante ne soit pas assez productive pour être semée. Quelques-unes de.ces plantes sont probablement originaires de la Chine méridionale, de la Cochinchine ou des lies de l'archipel indien ; l'absence de nom sanscrit le rend assez probable (a).
2° Graine* employées à différents muges.
Amcuii» h?poKH»u, l. — La Pistache de terre (Earth «uf, des Anglais) se cultive dans tous les pays chauds, soit pour manger la graine,
Gall, lettres mss.), genre de mots qui indique nne introduction peu ancienne. Le premier auteur français où je trouve le mot Haricot est Tournefort (Inst., p. 415). Bauhin, Matthiole et autres n'en parlent pas. Olivier de Serres (Théâtre, édit. 1629, p. 97) se sert du mot Fazéole. On voit qu'à son époque on cultivait l'espèce. — Ou attribue quelquefois l'origine du mot haricot à l'emploi qu'on faisait, dit-on, de ce légume pour le plat appelé haricot (Phillips, Hisl. cuit, veg., 1, p. 74, qui l avait probablement tiré d'un livre français), mais, en fait, le plat nommé haricot est composé avec du mouton seul ou du mouton et des navels (Met. Acad., édit. 1835, au mot Haricot). Ménage (Dict. é.'i/ro., 1694) fait venir haricot de Faba, par une série de transformations imaginaires.
(a) Le Phaseolus Caracalla aussi n'a pas de nom sanscrit, d'où il aurait été facile de conclure que l'espèce n'est pas d'origine asiatique. I nc fleur aussi curieuse n'aurait pas été négligée, elle aurait eu plutôt dix noms qu'un dans une langue telle que le sanscrit. MM. Wigbt et Amolt (Prodr. Fl. pen. Ind.. p. 244) ont du reste indiqué la véritable origine, d'après un échantillon spontané du Brésil. Avant eux on disait la Caracole d'origine asiatique.
soit surtout pour eu tirer de l'huile. Linné (5p., p. 1040) dit de l'Arachis : « Habitat Surinami, in Brasilia, Peru.» En 1818, M. R. Brown (Bot. Congo, p. 53) s'exprimait ainsi : « Elle a été probablement introduite de Chine, sur le continent indien, à Ccylan et dans l'archipel malai, où l'on peut croire, malgré sa culture aujourd'hui générale, qu'elle n'est pas indigène, particulièrement à cause des noms qu'on lui donne. Je regarde comme n'étant pas très improbable qu'on l'aurait apportée d'Afrique dans différentes régions équinoxiales de l'Amérique, quoique cependant elle soit indiquée dans quelques-uns des premiers écrits sur ce continent, en particulier sur le Pérou et le Brésil. D'après Sprengel, elle serait mentionnée dans ThéopRraste, comme cultivée en Egypte; mais il n'est pas du tout évident que l'Arachis soit la plante à laquelle Théophraste fait allusion dans le passage cité. Si elle avait été cultivée autrefois en Egypte, elle se trouverait probablement encore dans ce pays ; or, elle n'est ni dans le Catalogue de Forskal, ni dans la Flore plus étendue de Delile. Il n'y a rien de très invraisemblable, continue M. Brown, dans l'hypothèse que PArachis serait indigène en Asie, en Afrique, et môme en Amérique; mais si l'on veut la regarder comme originaire de l'un de ces continents seulement, il est plus probable qu'elle aurait été apportée de Chine, par l'Inde, en Afrique, que d'avoir marché dans le sens contraire. » Mon père, en 1825, dans le Prodromus (II, p. 474), revint à l'opinion de Linné. H admit l'origine américaine sans hésiter; mais peut-être le passage de M. R. Brown lui avait-il échappé. Reprenons la question avec les données actuelles de la science.
L'Arachis hypogœa était la seule espèce connue de ce genre singulier, lorsque M. Brown écrivait ce qui précède. Depuis, on a découvert six autres espèces, toutes du Brésil (Benth., Trans. Linn. Soc, XVIII, p. 159; Walp., Rep.y I, p. 727). Ainsi, en appliquant la règle de probabilité dont M. Brown a tiré le premier un si grand parti, nous inclinerons, à priori, vers l'idée d'une origine américaine. Rappelons-nous que Marcgraf iJ?raj., p. 37, édit. 1648), et Pison (édit. 1658, p. 256), décrivent et ûgurent la plante comme usitée au Brésil, sous le nom de Mandubi, qui paraît indigène. Ils citent Monardes, auteur de la fin du xvr\ siècle, comme l'ayant indiquée au Pérou, avec un nom différent, Anchic. Joseph Acosta {Bût. nat. lnd.y trad. franc., 1598, p. 165) ne fait que mentionner l'un de ces noms usités en Amérique, âtani, et en parle à l'occasion des espèces qui ne sont pas d'origine étrangère en Amérique. L'Arachis n'était pas ancienne à la Guyane, aux Antilles et au Mexique. Aublet (p. 765) la cite comme cultivée, non à la Guyane, mais à l'île de France. Hernandez n'en parle pas, et Sloane (7am., I, p. 184) ne l'avait vue que
i)64 (HUOINE GEOGRAPHIQUE DES ESPECES CULTIVÉES.
dans un jardin et provenant de graines de Guinée. Il dit que les négriers en chargeaient leurs vaisseaux pour nourrir les esclaves pendant la traversée, ce qui indique une culture alors très répandue en Afrique. Pison, dans la seconde édition (165S, p. 25(î, non dans l'édil. 1^68), figure un fruit très analogue, importé d'Afrique au Brésil, sous le nom de Mandobi, bien voisin du nom de l'Arachis, Mundubi. D'après les trois folioles de la plante, ce serait le Voandzeia, si souvent cultivé en Afrique ; mais le fruit me parait plus allongé qu'on ne l'attribue à ce genre, et il a deux ou trois graines au lieu de une ou deux. Quoi qu'il en soit, la distinction établie par Pison entre res deux graines souterraines, l'une brésilienne, l'autre d'Afrique, tend à faire penser que l'Arachis est du Brésil.
L'ancienneté et la généralité de sa culture en Afrique est cependant un argument de quelque force, qui compense jusqu'à un certain point l'ancienneté au Brésil et la présence des six autres Arachis dans ce seul pays. Je lui donnerais beaucoup de valeur si l'Arachis avait été connue des anciens Égyptiens et des Arabes; mais le silence des auteurs grecs, latins et arabes, l'absence de l'espèce en Egypte, du temps de Forskal, me font penser que sa culture en Guinée, au Sénégal (Guill. et Perr., Fl. Seneg.) et sur la cote orientale d'Afrique (Lour., Fl. Coch.), ne remonte pas à une date fort ancienne. Elle n'a pas non plus des caractères d'antiquité bien grande en Asie. En effet, on ne lui connaît aucun nom sanscrit, ou même bengali (Roxb., Fl. ind.j III, p. 280; Pidd., Index), mais seulement un nom hindustani. D'après Rumphius (V, p. fc2ti et à*27), elle aurait été importée du Japon dans plusieurs des îles de l'archipel indien; elle n'aurait eu alors que des noms étrangers, et le nom usité par les Chinois signifiait seulement fève de terre. A la (in du siècle dernier, elle était cultivée généralement en Chine et en Cochinchine. Cependant, malgré cette supposition de Rumphius, d'une introduction dans les îles par le Japon ou la Chine, je vois que Thunberg n'en parle pas dans sa Flore Japonaise. Or, le Japon a eu d'anciens rapports avec la Chine, et les plantes cultivées, originaires de l'un des deux pays, ont ordinairement passé de bonne heure dans l'autre. Elle n'est pas indiquée par Forster parmi des plantes usitées dans les petites îles de la mer Pacifique.
L'ensemble de ces données me fait présumer l'origine américaine, j'ajouterai même brésilienne.
• Aueiin îles auteurs que j'ai consultés ne dit avoir v u la plante sjiontanée, soit dans l'ancien, soit dans le nouveau monde. Ceux qui parlent de l'Afrique on de l'Asie ont soin de dire que la plante y est cultivée. Marcgraf ne le dit pas pour le Brésil, mais Pison indique l'espèce comme semée.
ScMnuim Indlcum, DC. (H. Indieum el S. orientale, I. ). — LeSésaillf
ORIGINE DES ESPÈCES l.L PLIS GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. 965
est une de ces irraines oléagineuses répandues depuis longtemps dans les régions chaudes de l'ancien monde. Pline (I. XVIII, c. 10) en parlant des cultures d'été des Egyptiens dit : « Sesama ;tb Indis venil : ex eo et oleurn faciunt. Colorejus candidus. » Il parle d'un Sésame sauvage, usité aussi en Kgypte pour de l'huile, et qui doit être le Ricin (I. xv, c. 1). Thénphraste (1. Vin, c. 1 , 5) et Dioscorides (1. u, c. 121 ) mentionnent aussi un Sésame, plante annuelle, dont les Kgyptiens tiraient de l'huile. Malgré ces témoignages concordants, je doute que la culture du Sésame fût bien antienne en Kgypte, car il ne parait pas qu'on en trouve des grains dans les cercueils de momies, et les commentateurs ne citent aucun nom hébreu qui se rapporte à elle (Hiller, llierophyton ; Roseniniiller, Bihl. Aller!., IV). Le nom de Sesamum est commun aux Grecs, aux Latins et aux Arabes (Forsk., p. lxviii), sauf quelques variations insignifiantes de lettres. Le nom sanscrit est Tila (Roxb., /•'/. fnd., IIÏ, p. 100). Il y a un nom malais Widjin (Rumph., V, p. 205), un nom chinois Moa {ih.)f un nom japonais Koba (Thunb., FI. Jap., p. 254). La diversité de ces mots dans des langues anciennes, montre l'antiquité de la culture et sa grande diffusion dès l'origine. C'est aussi une indication que les races considérées, par les uns, comme appartenant à la même espèce- par d'autres, comme formant plusieurs espèces ont peut-être une patrie primitive différente, et ce fait appuierait l'idée de plusieurs espèces. Roxburgh et le docteur Royle (///. Mimai., p. 294) qui ont observé la culture de divers Sésames et qui reconnaissent l'hérédité de leurs caractères, admettent une seule espèce. Dans ce cas, la plante primitive serait probablement celle à graines noires, à fleur rose, feuille peu large, entière ou sinueuse, que Rumphius (V, p. 204, *205) nous dit être la plus commune dans l'archipel indien et se propager hors des cultures, parce qu'on la bannit des jardins. Aucun autre auteur ne parle de Sésame spontané, et nous ne pouvons pas savoir si Rumphius lui-même entend une plante vraiment sauvage, ou une plante qui s'échappe des cultures par la facilité avec laquelle ses graines se répandent. Le nom malai vulgaire, Wicdjen allas, signifie Sésame sauxage (llassk., Cat. h. Bogor. ait., p. 152).
Le Sésame est cultivé sur la cote occidentale d'Afrique (Hook., Fl. Nigr., p. 464). C'est de là que les Portugais apportèrent au Brésil la variété à graine blanche et à feuilles étroites entières (Piso, Bras., édit. 1658, p. 2M). Comme toutes les vraies sésamées (Trib., I ; DC, Prodr., IX) bien connues, sont originaires d'Afrique ou d'Asie, je doute infiniment que les deux Sesamum encore mal connus, peut-être cultivés, et d'origine mal établie, qui sont à la fin du genre dans le Prodromus, soient véritablement indigènes en Amérique.
066 ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DKS ESPÈCES CULTIVEES.
Papnver •omniferum, !.. — I! est fait mention du P&TOt cultivé déjà dans Homère (Rillerb. ; Fraas, Syn. FL rlass.). Pline (1. xx, c. 18) en parle longuement. 11 distingue trois variétés : blanche, noire et sauvage. Cette dernière est probablement le P. setigerum, DC. que MM. Moris (Fl. Sard., I, p. 80) et Boissier (Voy. Esp., II, p. 16) regardent comme une race spontanée du P. somnilerum. Pline dit que la capsule en est plus allongée, plus petite et a des propriétés plus énergiques. Or, les qualités du P. setigerum sauvage en Espagne sont plus intenses que celles de la plante cultivée, d'après des essais de M. Hamselaer (Boiss., /. c).
L'ancienneté des races à graines blanches et à graines noires est un fuit curieux, parce que personne n'a proposé de les considérer comme deux espèces. Ce serait, selon tous les botanistes, une modification héréditaire «l'une seule espèce; mais alors, il faut en convenir, une moditicalion dont l'origine se perd dans la nuit des temps.
Les langues asiatico-européennes ont des racines très diverses pour le Pavot : 1° Mtïxtov en grec; 2" Papaver en latin ; 3° Kooknar en persan, Khus-Khash en arabe (Ainslies, Mat. méd. I mi., I, p. 326), d'où CascaU en espagnol (Mor., Dicl. inéd.), qui paraissent venir de Chosa en sanscrit (Piddington , Index) («); 4° Post en bengali et hindustani (Hoxb., FL /«</., édit. J 832, II, p. 571 ; Piddington, Index), et aussi en sanscrit (Ainslies, /. r.); Jeisoku et vulgairement Kes en japonais (Thunb., FL Jup.y p. 222). Loureiro n'a pas vu le Pavot en Cochinchine et dans la Chine méridionale. M. Bunge l'a vu cultivé au nord de la Chine (Enum. , p. h) ; mais je ne connais aucune preuve que cette culture remonte à une grande ancienneté dans l'Asie orientale. L'absence de nom hébreu (Hiller, llierophyton ; Uosenmùller, liibl. AUert.y IV) peut faire croire que les Juifs ne l'avaient pas, quoique du temps de Pline les Égyptiens fissent usage du suc de Pavot comme ollicinal (Pline, xx, c. 18).
D'après cet ensemble, je ne puis dire où la culture aurait commencé. Il est possible qu'elle soit très ancienne dans plusieurs pays, savoir : dans la partie orientale de la région méditerranéenne, dans l'Inde et la Chine septentrionale, enfin au Japon. L'habitation primitive de l'espèce avait peut-être une grande étendue, comme celle de plusieurs Papavéracées, et dans ce cas, divers peuples auraient imaginé séparément de cultiver la plante. En comparant les auteurs anglo-indiens avec ceux d'Europe, il me semble que les variétés sont plus nombreuses et plus généralement cultivées depuis des siècles dans le rayon de la Grèce et de l'Italie, ce qui ferait supposer l'habitation primitive vers la région méditerranéenne et
(a) Ou plutôt de Khaskhasa, qui est le nom ordinaire en sanscrit, d'aprvs une note que M. Ad. Pictct me communique.
une extension subséquente du côté de l'Asie orientale. Je reviens ainsi , par un grand détour, à l'opinion de MM. Moris et Boissier sur l'identité avec le P. setigerum qui croit spontanément dans tout le bassin de la mer Méditerranée, et qui serait le type primitif des Pavots cultivés. Il y a contre celte opinion la grande ancienneté des deux races cultivées à graine noire et graine blanche.
Les Pavots se sèment autour des champs, et il est impossible de savoir dans quel cas les pieds mériteraient d'être considérés comme sauvages. On assure que l'espèce vient dans les champs, en Grèce (Sibth., Prodr., I, p. 350; Fraas, Syn. Fl. class., p. 127), quoique sa culture n'y soit pas habituelle. A Genève, où on le cultive comme plante d'ornement, je l'ai vu persister dans des jardins, d'année en année, à l'état semi-double, au même degré que plusieurs mauvaises herbes.
Braufca caropesUrl» olclfera, ïM — Le COÎza CSt considéré comme
une forme du B. campestris , très voisine de l'état naturel de l'espèce (DC., Trans. hort. Soc. Lond., Y). Les navettes d'hiver sont aussi des modifications de la même espèce, maintenant que l'on réunit les B. Rapa et B. campestris (Koch, Syn.; Ledeb., Fl. Ross.\ Bab., Man.). J'ai dit (p. 826) que la patrie primitive du B. campestris était de la mer Baltique au Caucase. L'idée de cultiver ces plantes pour l'huile à extraire des graines n'a pu venir que dans les pays de l'Europe tempérée où l'olivier, le pavot, le sésame et même le noyer n'étaient pas introduits, ou donnaient des récoltes incertaines. Il y a deux siècles l'usage de l'huile de navette était très général dans le nord de la France, la Flandre et l'Angleterre (Olivier de Serres, édit. 1629, p. 469). On ne peut préciser à quelle époque il remonte (Reynier, Êcon. des Celtes, p. M6), mais il est probablement fort ancien.
Raphnnns «ntivu», l. — On le cultive en Chine pour extraire de l'huile des graines, et dans ce cas la racine n'est pas charnue. J'ai dit ailleurs (p. 825) quelle est la patrie probable de l'espèce.
Cameiina saliva, Crante. — La Cameline est spontanée dans presque toute l'Europe continentale tempérée (Koch, Syn. Fl. Germ. \ Bcrtol., Fl. It., VI; Ledeb., Fl. Ross., I, p. 196), dans la région du Caucase (Ledeb., 16.), en Sibérie jusqu'au lac Baical (»&.). Je doute beaucoup que le Myagros de Dioscorides et de Pline doive se rapporter à elle. Rien ne prouve qu'elle ait été cultivée par les Grecs et les Romains, mais dans le moyen âge la culture s'en est répandue. File a probablement commencé en Allemagne ou en Russie. Étant mélangée d'ordinaire parmi le lin , on l'avait appelée Leindolter en allemand (Lein, lin, dolter, jaune ; à cause de la graine). Les éruditsdu xvr siècle l'appelaient quelquefois Vseudolinum
f>6S ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.
(Lonic, p. 15 A), el peut-rire Camrlinr vient-il «le Chamœlinum qui exprimerait la même chose ; je ne vois cependant pas ce mot dans les vieux auteurs. Il y a des noms russes, bohèmes, lithuaniens, etc., assez variés, et différents des noms allemands.
Juginn« rrgia, !.. — Pline (I. xv, c. 22) dit expressément que le Noyer a été introduit de Perse en Créée : « Kt lias e Perside a regibus translatas, indicio sont gra?ca nomina. Optimo «juippe genus earum Pcrsieon atque Basilicon vocant. Caryon a capitis gravedine, propter odoris gravita tetn. » Théophrastc entendait bien le Noyer par Kô&uov et Kipjn pMtXocw ou rif(07«>:à, quoique M. Fraas paraisse en douter {Syn. Fl. class., p. 85), car les propriétés indiquées au livre i", chap. 178, vont bien à l'espèce, et il dit (I. i, c. Al » qu'on en tirait de l'huile. Le nom moderne grec Kv^t a, cité par M. Fraas, est une confirmation de l'ancien nom.
Les Romains appelaient le Noyer, JVm r, et le fruit, Jovis glans. On connaît l'usage de jeter des noix au-devant des épouses. Les Arabes semblent avoir eu connaissance du Noyer par les Romains, car ils lui ont donné le nom de Jowz (Ainslies, Mat. metl. Intl., I, p. A63) ou Jotrn (Roxb., Fl lml. , III, p. 301 > ou Dschautez (Ëbn Bailhar, trad. par Sondth., I, p. 2GB\ Il y a du reste d'autres noms arabes et indiens modernes qui paraissent se rattacher au sanscrit Vkshadu (Roxb.), Vnkotha (Pidd.', fn'lr.r). Le mot hébreu Eyos, qui se trouve une seule fois dans la Bible, est attribué au noyer i Rosenmùller, Bibl. Alt., IV, p. 226). Il offre une ressemblance singulière avec plusieurs noms du Noyer chez les peuples du Caucase (l'atlas, FL Ross., II, p. 3). L'existence de noms slaves. Oresak en bohème, Oraken illyrien (Vis., FI. Daim., I, p. 215), et d'un nom basque, Ençauria (Mor., Dict. inrd.), indiqueraient une culture antérieure aux Romains. Cependant le mot breton vulgaire Craouf (PC., manssc), ou plutôt Kranum et plus anciennement Knouen, hnou, Knau (Le Call, lettre) se rattache au Kâpwn des Crées.
Le Noyer est spontané dans la région au midi du Caucase (Ledeb., Fl. Ross., \, p. 007), d'après divers voyageurs, dans les forêts montueuses de Talusch (C. A. Mey., Verzeichn. Caucas.), et probablement en Perse et en Cachemir, car, d'après Roxburgh (Y. r.), il est natif des montagnes du nord et du nord-est de l'Hindustan. M. Runge, en parlant du Noyer dans la Chine septentrionale, «lit : « Occurrit bine inde (Enum., p. 62). » Ce qui semble indiquer un état non cultivé.
Throbromn torao, L — 11 croit sauvage dans une région étendue de l'Amérique méridionale, savoir : le bassin «lu fleuve des Amazones (M art., Vr.br r il. Canut, dans Buclm., Rc\k), et celui de l'Orénoque (Humb. et RonpL, \»> . t/ai., Y. p. :i|(V). La culture <Vst propagée dans d'autres
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLUS GÉNÉRALEMENT CULTIVÉES. 9f>0
localités chaudes, humides et fertiles du mairie continent et aux Antilles, mais il est très douteux que les ïheobroma spontanés de ces pays soient le véritable Theohroma Cacao. Les anciens Mexicains employaient les graines de Cacaoyer comme une sorte de monnaie et faisaient grand usage du chocolat (Humlt., Nuuv.-JSfp., 2* édit., III, p. 33). Hemandez (Xov. Hisp. thes.y 1. m, c. 40) parle bien du Cacaoyer comme croissant au Mexique « in calidis fervidisc|ue regionibus, etc. » Cependant aucun auteur moderne, à nia connaissance, n'a trouvé le T. Cacao, L., spontané au Mexique, aux Antilles, ni même a la Guyane, et il est probable que les indigènes de ces pays se servaient de diverses espèces analogues du genre Theobroma, dont quelques-unes ont peut-être des qualités aromatiques supérieures, d'après le prix considérable de leurs graines dans les villes du Mexique (Mari., /. c). On en tonnait plusieurs au Brésil, dans lu Guyane et au Mexique (Mari., /. c. ; DC, /VoaV., etc.). ,
Coffirn arahirn, I*. — Le Caféier croil spontanément en Abyssinie (A. Rich., Tcnt. FI. Abyss., I, p. 349), et dan> le Soudan, où il forme de grands bois ( Ritter, cilé dans Flora y 1846, p. 704). On l'indique même au midi du Niger, jusqu'à Sierra-Leone (Hitler, ib.) et sur la côte occidentale à Monrovia (Yogel, dans Ilook., Fl. \iyr., p. 4 13). Je ne connais pas de preuve qu'il soit spontané en Arabie. Cela n'aurait rien d'étonnant, vu la grande analogie du climat et de la végétation entre les deux cotés de la mer Bouge. Au surplus, dans le cas où des voyageurs le trouveraient véritablement sauvage en Arabie, on resterait peut-être dans le doute de savoir s'il csl aborigène, ou s'il provient de graines transportées par l'homme et les animaux des cultures dans la campagne. Les graines de café perdent rapidement la faculté de germer, mais elles se répandent aisément autour des terrains cultivés et naturalisent l'espèce. Ainsi Meyen a trouvé le Caféier naturalisé près de Hio-de-Janeiro, dans les bois du mont Corcovado (Geogr. bot., trad. anglaise, p. 384). Il est assez probable qu'il s'est naturalisé dans plusieurs autres régions.
L'usage du café paraît fort ancien en Abyssinie. Shehabeddin Ben, auteur d'un manuscrit arabe du xv' siècle (n" 944 de la Bibl. de Paris), cité dans l'excellente dissertation de John Kllis (An historical arrounl of Coflert 177.'i) dit qu'on employait le calé en Abyssinie depuis un temps immémorial. L'usage, même médical, ne s'en était pas propagé dans les pays voisins, car les croisés n'en eurent aucune connaissance , et le célèbre médecin Kbn Baithar, né ;'i Malaga, qui avait parcouru le nord de l'Afrique et la Syrie au commencement du XIIIe siècle de l'ère chrétienne, ne dit pas un mot du café (trad. de Sondtheiuier, 2 vol. in-8% 1**42). Kn l.VJ(>, lîcllus envoyait a de l'Krluse des graines dont les Égyptiens tiraient la
UMIGI.NK GÉOGRAPHIQUE 1»KS ESPÈCES CULTIVÉES.
lwisson du Curé (Epist. ad Clus., p. 300). A peu près à la même époque Prosper Alpin en avait eu connaissance eu Egypte même. Il désigne l'arbusle sous le nom de « arhor Bon, cuin fructu suo Butta. > Le nom de Bon se retrouve aussi dans les premiers auteurs sous la forme de Bunnu, Buncho, Bunca (Rauw., Clus.). Les noms de Cohue, Cahua, Chaulé (Rauw.; Bauh., Hi$t.% ï, p. 422), Coté (Bellus, /. c.) s'appliquaient en Égypte et en Syrie, plutôt à la boisson préparée, et sont devenus l'origine du mot Café. Le nom Bunnu, ou quelque chose d'analogue, est si bien le nom primitif de la plante, que les Abyssins l'appellent aujourd'hui encore ifot<ft(Rich., Tent. Fl. Abyss., p. 350).
Si l'usage du café est plus ancien en Abyssinie qu'ailleurs, cela ne prouve pas que la culture y soit bien ancienne. Il est très possible que pendant des siècles on ait été chercher les baies de café dans les forêts où elles étaient sans doute très communes. Selon l'auteur arabe cité plus haut, ce serait un muphti d'Aden, a peu près son contemporain, appelé Gemaleddin, qui, ayant vu boire du café en Perse, aurait introduit cette coutume à Aden, et de là elle se serait répandue à Moka, en Egypte, etc. D'après cet auteur le Caféier croissait en Arabie. Il existe d'autres fables ou traditions, d'après lesquelles ce serait toujours des moines ou des prêtres arabes qui auraient imaginé la boisson du café (Moue. dirt. d'hist. nat., IV, p. 352), mais elles nous laissent également dans l'incertitude sur la date première de la culture. Quoi qu'il en soit, l'usage du café s'étant répandu dans l'Orient, puis en Occident, malgré une foule de prohibitions et de conflits bizarres (Ellis, /. r.) , sa culture est devenue bientôt un objet important pour les colonies. D'après Boerhaave, le bourgmestre d'Amsterdam, Nicolas Witsen, directeur de la Compagnie des Indes, pressa le gouverneur de Batavia, Van Hoorn, de faire venir des graines de Caféier d'Arabie à Batavia, ce qui fut fait et permit à Van Hoorn d'en envoyer des pieds vivants à Witsen, en 1090. Ceux-ci furent placés dans le jardin botanique d'Amsterdam, fondé par Witsen. Ils y portèrent des fruits. En 1714, les magistrats d'Amsterdam en envoyèrent un pied en bon état et couvert de fruits, à Louis XIV, qui le fit soigner dans son jardin de Marly. On multiplia aussi le Caféier dans les serres du jardin du Roi à Paris. L'un des professeurs de cet établissement, Antoine de Jussieu, avait déjà publié en 1713, dans les Mémoires de l'Académie des sciences, une description intéressante de la plante, d'après un pied que Paneras, directeur du jardin d'Amsterdam lui avait envoyé.
Les premiers Caféiers d'Amérique furent introduits à Surinam par les Hollandais, en 1718. De la Motte-Aigron, gouverneur de Cayenne, ayant été à Surinam, en obtint quelques-uns en cachette et les multiplia en
1725 (a). Le Caféier fui introduit à la Martinique par de Clieu, officier de marine, en 1720, d'après Deleuze (liist. du Muséum, I, p. 20), en 1723 , d'après les Notices statistiques sur les colonies françaises (I, p. 30) (b). On l'introduisit de là dans les autres lies françaises, par exemple, à la Guadeloupe en 1730 (Notic. stat. col. /V., I, p. 209). Sir Nicholas Lawes le cultiva le premier à la Jamaïque (Martin, Statist. colon. Brit. Emp.). Dès 1718, la Compagnie française des Indes envoya des plants de café Moka à l'Ile Bourbon (Nouv. Dict. hist. nat.y IV, p. 136), et même selon d'autres {Notices stat. col. franç.y 11, p. 84), ce fut dès 1717, qu'un nommé Dufougerais-Grenier fit venir de Moka dans celte île des pieds de café. On sait combien la culture du Caféier s'est répandue à Java et au Brésil. Bien, si ce n'est le défaut de bras pour récolter les baies, ne l'empêche de se répandre dans la plupart des pays inlertropicaux, d'autant plus que le Caféier s'accommode des terrains en pente et assez arides où d'autres produits ne peuvent pas être obtenus. Il est dans l'agriculture tropicale un équivalent de la vigne en Europe et du thé en Chine.
Goosypium. — Après la savante dissertation de M. C. Bitter (c), il serait inutile de reprendre la discussion des noms employés dans les langues anciennes. D'ailleurs, le but de mes recherches m'en dispense, car
(o) Ce détail est emprunté à Ellis, Diss. Caf., p. 16. Les Sotices statistiques sur les colonies françaises (11, p. 46) disent : « Vers 1716 ou 1721, des semences fraîches de café ayant été apportées secrètement de Surinam, malgré la surveillance des Hollandais, la culture de cette denrée coloniale se naturalisa à Cavennc. »
(b) Le nom de ce marin est écrit Deelieux par Deleuze et par Kunth (Nov. gen., III), qui lui a dédié le genre Dcclieuxia, De dieux par les auteur* du Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, Duclieux dans le Dictionnaire classique, Desdieux par les auteurs des Notices statistiques sur les colonies françaises. J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir sur le nom exact de cet officier bien méritant de son pays. Je me suis adressé au Ministère de la marine et des colonies, et voici les renseignements qu'on a bien voulu me communiquer d'après les archives. Le sieur de ( lieu était cousin de Ducassc, marin célèbre, allié au comte de Maurepas par le comte do Reye son gendre, et par le duc d'Amville. II était né en Normandie, à une date non connue. D'après se* états de service, il était garde de la marine au Havre le '27 mars 1702, enseigne de vaisseau le 1*' novembre 1705, capitaine de troupes, puis major ;1726) à la Martinique, chevalier de Saint-Louis le 18 juin 1718, lieutenant de vaisseau en 1733, gouverneur particulier delà Guadeloupe le 1" juin 1737, capitaine de vaisseau le 10 juillet 1746, commandeur honoraire de Saint-Louis le 8 septembre 1750, retiré avec unn pension de 6,000 livres le 1" septembre 1752, rentré au service et ptflfé au Havre, par ordre, le 1" septembre 1753, retiré de nouveau sur sa demande le 21 mai 1760, avec pension de 2,000 livres, décédé Ters 1775. Services à la mer, l années ; trois campagnes. Des rapports au Roi, en 1752 et 1760, rappellent qu'il avait jwrté et planté le premier pied de café à la Martinique, et s'était toujours distingué par son zèle et son désintéressement.
Les différences dans la date indiquée pour l'introduction viennent probablement de ce qu'il fit deux fois le voyage avec une persévérance louable. Ine première fois les plantes périrent ; la seconde fois, il avait semé des graines en partant, et elles réussirent, grâce, dit-on, à ce qu'il prenait sur sa mince ration d'eau pour les arroser.
(c) Pie geoqraph. Verbrcitung der Haumwolle, br. in-4, Rerlin, 1852.
i>7'2 ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DES ESPÈCES CULTIVÉES.
je n'ai à parler des noms que pour éelaircir certaines origines de cultures ou d'espèces, et à cet égard, le problème est différent de ceux dont l'illustre géographe s'est occupé.
La langue sanscrite avait un nom très ancien pour le Cotonnier, celui de Karpàsi (Ritter, p. H), ou Karpastce (orthographe anglaise). Ceci nous prouve l'existence d'un Gossypium dans l'Inde septentrionale, probablement du Goufpium ktrbacrum, selon des indices dont je parlerai plus loin.
L'espèce connue des anciens Persans, déjà mentionnée dans le lnu\ Avesta, sous le nom de Pembeh (Ritter, p. 9), venait cependant d'un arbre, d'après le texte primitif, ce qui supposerait une espèce plus ligneuse que le Gossypium herbaceum. Théophraste (I. iv, c. 9) parle aussi d'un Cotonnier de l'Ile de Tylos, dans le golfe Persique (Malte-Brun, Géogr., III, p. 205 ; Ritter, /. r.), qui était un arbre, et Pline (1. xir, c. 10) dénaturant ce passage, et confondant peut-être avec un Bombax, ajoute que le fruit est de la grosseur d'une courge.
Les livres hébreux parlent d'étoffes de Carpas, de Schesch et de Buz, sur lesquelles ou a beaucoup discuté pour savoir si c'était du coton (xoy. Ritter, /. c.) Pour nous, la question est indifférente, puisque les Juifs pouvaient recevoir, ou d'Orient, oud'Égypte, des tissus de diverses natures, et que les livres sacrés ne décrivent pas les plantes d'où provenaient les fds.
Il serait plus important de savoir si les anciens Égyptiens employaient le coton. On n'en découvre aucune trace dans leurs peintures; mais les archéologues ont souvent cru le reconnaître dans le tissu qui enveloppe les momies. L'apparence est peut-être favorable à cette opinion ; cependant le meilleur critère, celui d'une observation des tils sous le microscope, a été dans le sens opposé. Le chimiste Thomson eut le premier l'idée de faire cette recherche, et ayant réuni des fragments de bandelettes de momies déposées dans plusieurs collections, il les soumit à Bauer, l'homme le plus qualifié de son temps pour résoudre une question de cette nature. Après examen, Bauer affirma de la manière la plus positive que tous les fils étaient du lin. Pour moi, qui ai connu l'exactitude et la persévérance de Bauer, cela me suffit. Du reste, Dutrochet a confirmé (Acad. se. Paris, 1 837, 1" sem., p. 7A0), ainsi que plusieurs micrographes allemands, cités par M. Ritter. On a trouvé cependant des graines d'un Gossypium dans le cercueil d'une momie, extraite par Rosellini lui-même et déposée au Musée de Florence (Ritter, p. '2'X). Ce serait en opposition avec les faits déduits «le l'étude des tissus sous le microscope, si des Gossypium n'existaient réellement, à l'état spontané, dans la haute Egypte.
OKICINE DES ESPÈCES LE PLUS GÉ.NÉIIALEMENT CULTIVÉES. i)7;l
Pline avait déjà dit : iSuperior pari Mgypti, in Arabiam cergens gtymt frulicem, quem alitfui Gossypion vocant, plures xglon et ideo Una inde facta xylina. Parvus est iimîlemque barbatœ nuci$ deferl fructum, cujus ex interiore bombyee lanvgo netur. Nec ulla sunt eis candore molitiare prœfcrunda. Vestes inde sarerdotibus .Kyyptiyrutissimœ. » Or, les Voyageurs modernes ont constaté que l'Abyssinie produit spontanément deux espèces du genre Gossypium, dont une appelée dans le pays, Dut ou Bout, ressemble beaucoup au Gossypium herbuceum, mais en parait vraiment distincte par son involucre, par ses feuilles ponctuées et sa durée plus grande. C'est le Gossypium punctatum, Schum. et Tbonn. (FL Guin.), qui s'étend d'Abyssime (A. Rien., Teni FL Abyss., I, p. (53) jusqu'en Guinée (Tlionii.) et dans le Sénégal (Guillem. et Perrntt., Fl Seneg., I, p. 63 ; Notic. statist. colon, franç., III, p. 2(53). Il est certainement spontané et cultivé dans ce dernier pavs. Le nom arabe du coton est (Juin, Kutti, soit, selon notre prononciation, Koutn, qui ne ressemble pas mal au mot vulgaire abyssinien, et qui, par l'effet d'une transposition ou d'une coïncidence fortuite, se trouve aussi ressembler au nom arabe et persan du lin (voyez ci-dessus p. 834). Notre mot Coton vient du nom arabe qui se trouva appliqué au vrai Gossypium herbaceum, introduit par les Arabes en Espagne. On peut croire que le Gossypium berbaceum, cultivé d'ancienne date en Asie, s'était répandu vers la Syrie et l'Arabie, et se mélangeait peut-être, dans les cultures du nord de l'Afrique, avec le Gossypium punctalum, d'origine africaine, qui lui ressemble beaucoup. A l'époque de Mahomet, les Arabes étaient généralement vêtus de coton (Schouw, \ut. Srhild., p. tandis que dans les temps anciens, cette substance parait avoir été rare dans toute la région de la mer Méditerranée. Au dire de Pline, les prêtres seuls, en Egypte, s'habillaient d'étoffes de coton. Pour les Romains, c'était aussi un grand luxe, en admettant que certains tissus, dont le nom est l'objet de controverses, fussent bien de coton. Tout cela est aisé à concilier, car le, Gossypium de l'Inde ne pouvaient pas parvenir sans de grands frais *ir les bords de la Méditerranée, et ceux spontanés dans la haute Egypte pouvaient n'avoir pas été mis en culture. Les expressions de Pline indiqueraient plutôt une espèce spontanée do.it on recueillait les produits avec une certaine peine. Si la culture s'était introduite dans les temps anciens en • Egypte, surtout dans la basse Egypte, elle aurait passé de là dans d'autres provinces romaines, et l antiquité latine s'en serait beaucoup occupée. Ce doit donc être depuis les premiers temps de l'ère chrétienne, et avant Mahomet, que la culture s est répandue en Egypte.
Le docteur Wallich indique le Gossypium herbacru m comme croissant
sur les bords de l'Irrawadi et d'aulres fleuves du pays de Martaban (Lût, n. 1880). Roxburgh, le docteur Royle {Ul. Himal., p. 98) et MM. Wight et Arnott {Vrodr. FL penins.) ne paraissent pas l'avoir vu sauvage. Toutefois, l'universalité et l'ancienneté de sa culture dans l'Inde me font croire qu'il existe ou qu'il existait primitivement dans ce pays, d'autant plus que les Gossypium acuminatum et Gossypium obtusifoliumt de Roxburgh , espèces voisines, non cultivées, croissent dans le Bengale et à Ceylan (Roxb., FL, III, p. 183).
L'usage du coton ne parait pas ancien en Chine. Les habitants de ce pays employaient et emploient encore aujourd'hui la soie de préférence au coton. Schouw (Nalur. Schild., p. l&9)dit que, d'après différents indices, les Chinois n'auraient cultivé le Cotonnier que depuis le U" siècle. Les cotons nankins, venus de Macao, sont attribués par le docteur Royle (///. fftm., p. 99) au Gotsypium religiosum, L., espèce en elle-même très obscure. Forster avait aussi rapporté d'O-Taïli un coton nankin (Royle, l. c); mais on ne voit pas s'il était spontané ou cultivé (Forst., Prodr., p. 48), et l'espèce est incertaine. Des cotons jaunes sont cultivés maintenant dans divers pays. En général, on les regarde comme d'origine asiatique (Royle, /. c), et, dans ce cas, il faut que ce soit de Chine, de Siam ou des îles de l'archipel indien. Ce ne peut être de l'Inde, d'après l'introduction récente dont parle Roxburgh (III, p. 186). Peut-être y a-t-il plusieurs espèces de couleur nankin?
Le G. arboreum est une autre espèce très difficile à distinguer, car les Synonymes qu'on lui rapporte diffèrent d'un auteur à l'autre. Selon le docteur Royle, elle se trouverait dans les Iles Célèbes, en Arabie, en Egy pte et dans l'Inde, où elle n'existe cependant que près des temples (///. Him,, p. 99). Le coton dit en arbre, cultivé en Egypte, est le G. vitifolium, Cav., d'après Delile (Fl. M$* »'//., p. 21), une des deux espèces qui croissent spontanément en Abyssinie (A. Rich., Tent. Fl. Ab.t p. 64), mais le docteur Royle le rapporte au G. Jtarbadcnse, Sw., cultivé en Amérique, çt parait croire qu'il a été importé d'Amérique. Les botanistes qui ont étudié ces espèces sur le vivant ne s'accordent pas. Il serait donc assez inutile de chercher la solution de pareilles difficultés dans les échantillons imparfaits et mal déterminés de nos herbiers. Comme on l'a souvent .remarqué, il faudrait une bonne monographie du genre Gossypium, mais ce ne serait pas l'œuvre de quelques années ni d'un botaniste ordinaire.
Une circonstance remarquable de l'histoire du coton, c'est sa présence ancienne en Amérique. Les indigènes de Saint-Domingue avaient des étoffes de coton à l'époque de la découverte, et les habitants du Mexique se servaient de coton non fdé et filé pour une multitude d'usages (Prescott,
Conquête du Mexique; Sloane, Jam., II, p. 69; Macfaclyen, Fl. Jam., I, p. 75; Humb., iïouv.-Esp., 2e édit., III, p. 27). Joseph Acosla (Hist. Ind., trad. franç., 1598, p. 175) indique du coton exporté de Saint-Domingue, et aussi du coton cultivé en grande quantité à Tucuman et au Paraguay. Oviédo (dans Kaniusio, III, p. 38), un des plus anciens écrivains sur l'Amérique (a), parle du coton de Saint-Domingue comme étant indigène, très abondant, et un objet d'exportation en Espagne. M. R. Brown possède (Royle, III. J/im.,p. 86) des graines de Cotonnier avec leur coton et des étoffes de colon, tirées de tombeaux des Péruviens et rapportées par M. Cuming. Il est impossible, dans l'étal actuel de la science, de dire ce qu'étaient ces espèces de Gossypium cultivées autrefois et probablement indigènes en Amérique. La délimitation des espèces est incertaine, et le transport des graines d'un continent à l'autre a compliqué beaucoup la question. Le docteur Hoyle, qui a étudié les Gossypium dans les jardins botaniques indiens, n'hésite pas à dire (///. Him., p. S6): « Les espèces reconnues pour èlre d'Amérique différant de toutes les espèces indiennes. » C'était aussi l'opinion de Roxburgh (Fl. Ind., III, p. 187), qui avait étudié et comparé les Gossypium pendant trente ans, au jardin botanique de Calcutta, et celles de M. Wight (///. Ind. bot., I, p. 57), qui a donne les meilleures planches de diverses espèces ou variétés. Selon Roxburgh et Royle les G. barbademe et hirmlum de Swartz, sont américains (Roxh., /. c; Royle, ///., p. J00). D'un autre côté, M. Macfadyen (Fl. Jam., I, p. 72) reconnaît trois espèces pour spontanées et non cultivées à la Jamaïque (G. purpurascens, jamaicense, oligospermum), et une à la fois spontanée et cultivée (G. brasiliense) ; mais il ne peut constater ni le G. barbadense, ni le G. hirsutum, de Swartz. Les premiers auteurs qui ont signalé le coton en Amérique, le disent indigène, par exemple, au nord de Mexico (Yasquez, cité par Sloane, Sam., II, p. 69), à la Guyane (div. ib.), au Brésil (iè.), à Saiut-Doiilingue | Oviédo, ib.). Marcgraf (dans Piso, llist. nat. Bras., II, p. 59) décrit assez bien une espèce de Cotonnier, usitée alors au Brésil, c'est-à-dire à une époque où il n'y avait guère de culture.
L'espèce cultivée ordinairement aux États-Unis est considérée par les auteurs américains comme le G. herbaceum (b). La culture n'en est pas ancienne dans ce pays. En 1784, on confisqua à Liverpool un ballot venant île l'Amérique septentrionale, par le motir que le coton n'y croissait pas. (Schouw, Nat. Schild., p. 152). Le nom de l'espèce et l'époque de Pinte) L'édition espagnole du Sumnrio est de 1 *'»26.
(b) On cultive aussi le coton appelé sea island, que les auteurs rapportent au G. barhadrns*. Il vient probablement d<>s Antilles.
Iroduclion me font croire que les graines avaient été tirées de l'ancien monde, plutôt que du Mexique ou des Antilles ; mais les auteurs de Flores américaines, M. Darlington lui-même, qui traite si bien les questions de botanique agricole (Agric. bot., \ vol. in-12), ne le disent pas.
En résumé, diverses espèces de Gossypium sont originaires des zones tropicales d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Elles y croissent encore spontanément, et il n'est pas extraordinaire, vu l'apparence des capsules, que les anciens bnbitants de plusieurs pays aient eu l'idée de se servir du coton et de cultiver diverses espèces dans ce but. Il est inutile de supposer pour cela des communications entre les trois continents. Comme les espèces sont naturellement très voisines, et que des graines peuvent avoir été échangées anciennement entre l'Inde et l'Egypte ou la Syrie, puis, après la découverte de l'Amérique, entre l'ancien et le nouveau monde, la difficulté de les distinguer est devenue de plus en plus grande.
Cocon nucifcra, I,. — L'origine du Cocotier présente un problème intéressant. L'opinion commune est en faveur d'une origine asiatique ; mais les onze autres espèces du genre Cocos connues jusqu'à présent, sont du Brésil. Ainsi, les probabilités historiques semblent opposées aux probabilités botaniques. Voyons ce qu'il convient d'admettre.
L'usage de la noix de coco, comme fruit et comme matière oléagineuse, est extrêmement ancien dans l'Asie méridionale, car l'espèce a un nom sanscrit (Roxb., Fi, Ind., III, p. 614) et des noms vulgaires dans toutes les langues du midi de l'Asie et des îles voisines (Roxb., 1. c.-r Humph., Amb., I, p. 7). Le nom sanscrit Narikela, Narikcli, a laissé des traces dans les langues qui en sont dérivées ; par exemple, en hindustani, Nariel, en telinga Nari Kudum; mais, ce qui est bien remarquable, les indigènes d'O-Taïti appellent le Cocotier Ari, et le fruit de l'arbre Nia (Forst., Pl. esc. f p. h$). Les Malais disent A* l'or, les Chinois Ja (Rumph.,/. c). Comme le sanscrit régnait dans une région où le Cocotier ne peut pas être cultivé (a), il est clair que les peuples du continent asiatique ont reçu la connaissance et le nom du fruit de l'archipel malai. Il y est effectivement très répandu, même sur les ilôts inhabités qui se sont formés au-dessus de madrépores. Le climat de Ceylan lui est favorable, car on exporte annuellement de cette île trois millions de noix de coco (Marshall, dans Mem. Soc. Wern. Edinb., b' part., I, p. 107), et dans tout l'archipel indien, son abondance est si remarqunble, sa présence au bord de la mer si fréquente, que les anciens voyageurs ont toujours cru l'espèce à la fois spon-
(o) Au nord de Calcutta, par eiemple, a Luknow, il ne donne plu» de fruits (Marshall, Mem. Soc. Wern., V, part. i).
tanée et cultivée dans ces parages (Forst., Pl. esc, etc.). La persistance de la faculté de germer, après une immersion prolongée dans l'eau de la mer, est un fait reconnu pour les noix de coco; ainsi, il ne faut pas s'étonner de la diffusion au milieu d'un archipel et dans toute la région polynésienne.
La limite s'arrêtait assez promptement au midi, car à la Nouvelle-Hollande, à Hanover bay (lat. 15* S.; long. 124°), le Cocotier manquait, ainsi que l'arbre à pain, et ce sont MM. Gray et Lushington qui les ont introduits récemment (Journ. roy. Soc. Lond., 1858, p. 459).
Les Grecs et les Romains n'en ont pas eu connaissance. Les modernes ont tiré le nom de coco du mot latin coccus, coque (Palma indica coccifera, G. Bauhin; palma coccos ferens, Keechi); à moins que ce mot ne vienne du Portugais Coquo, mine, grimace, à cause des trois trous, qui font ressembler à la tête d'un singe (Nierenb., Hist. nat., 1635, p. 296) (a), ou encore du mot arabe Oauzoz Indi, noix d'Inde (Rumph., I, p. 7). Les Arabes l'ont porté vers l'Afrique, sous des noms qui signifient noix de l'Inde, ou avec un nom tiré de l'Inde, comme IS'arrgil, Narig,cle. (Rumph., f, p. 7); mais ils n'ont pas pu le répandre beaucoup, parce qu'il ne supporte pas la température de l'Kgypte elle-même. En Arabie, on le trouve jusqu'à Moka (Nieb., cité par Marshall, /. c). L'extension vers l'Afrique équatoriale est peut-être due aux Arabes, peut-être aussi aux courants qui longent la côte de Mozambique, du nord au sud. Marcgraf (Bras., édit. 1648) en parle comme existant il y a deux siècles à l'Ile Maurice (p. 140) et au Congo (p. 138). D'après M. de Martine (fVrim., p. 1*25), les Portugais l'ont introduit sur la côte de Guinée, de Benguela et jusqu'à l'embouchure du Zaïre. M. R. Rrown remarque cependant {Bot. Congo, p. 55) que l'expédition de Tuckey n'a pas rencontré le Cocotier sur les bords du fleuve Congo, et que les naturels du pays ne le connaissent pas. Le Flora Nigritiana n'en parle pas.
D'après l'ensemble de ces faits, l'existence dans l'archipel indien est antérieure à la langue sanscrite; néanmoins, le Cocotier n'a pas été connu du monde romain qui était en rapport avec Ceylan, et il s'est répandu assez tard sur le continent africain, ce qui doit faire soupçonner une origine éloignée, dans la direction des lies orientales de la mer du Sud.
Voici maintenant les données concernant l'Amérique :
Marcgraf (Bras., p. 138) et Piso (Bras., p. 65) semblent admettre une origine étrangère au Brésil, sans le dire positivement. Les noms brésiliens qu'ils indiquent ont une certaine analogie avec les noms asiatiques, et euxmêmes emploient le nom de Cocoeiro Indica. Le Cocotier a été apporté à
(a) Je ne trouve cependant pas le mot roquo «lans le* dictionnaire* portinraN.
la Guyane par les missionnaires (Aubl.,Swpp/., p. 102). Sloane (/om.,II, p. 9) le dit d'origine étrangère aux Antilles. Hernandez (Tkes., p. 71) l'avait vu introduire des Indes orientales dans les Indes occidentales. Cependant, les Mexicains rappelaient, selon lui, Coyolli. Si ce nom n'est pas une corruption de Coqueiro, Coco, il est peut-être l'origine. Un vieux «*.uteur, Martyr (a), cité par Sloane, parle de l'introduction aux Antilles, mais admet que le Cocotier existait déjà sur la côte du Pérou, peut-être amené en ce point par les courants. Oviédo (trad. de Ramusio, III, p. 53), qui écrivait en 1 526, dès les premiers temps de la conquête du Mexique, dit que le Cocotier était abondant sur la côte de la mer du Sud, dans la province du cacique Chiman. Il décrit clairement l'espèce. Joseph Àcosta (Hist. nat. Ind., édit. franc., 1598, p. 177) en avait vu à Porto-Rico et autres endroits des Indes; or, il prenait le mot Indes pour l'Amérique et l'Asie, indifféremment, et il traite de fruits américains dans le même chapitre. Du reste, aucun autre auteur des premiers temps de la colonisation en Amérique, ne vient à l'appui de ces indications vagues sur la présence du Cocotier dans le nouveau monde avant les Européens. Laet (Hist, nat. f 1650), Christophe Acosta (De las drogas, 1578, p. 98), Garcias de Orlo (dans Glus., Exot.) et autres n'en parlent que comme d'un arbre d'Asie.
On ne peut douter d'après cela que le Cocotier ne fût étranger au Brésil, à la Guyane et aux Antilles ; d'une manière générale, au côté oriental de l'Amérique ; mais il semblerait avoir existé avant l'arrivée des Européens sur la côte occidentale du Mexique.
M. de Martius (Palm., I, p. 1S8) est arrivé à la même conclusion par d'autres documents. Il cite le voyage de Dampier (Amsterdam, 1705, p. 186), d'après lequel le Cocos nucifera était abondant sur les îles de l'isthme de Panama, et non sur le continent voisin. Il présume que ce point serait le lieu d'origine, et que les courants auraient porté l'espèce de là sur l'île de Los Cocos, où Wafer (Voy. de Dampier, p. 253) et Vancouver (édit. franç., V, p. 326) l'avaient vu, couvrant le sol, avant l'établissement de toute population.il est certain qu'il existe un courant d'eau à une température élevée, qui porte de Panama vers cette île et au delà, tandis que les Iles Galapagos, du moins les plus méridionales, sont baignées par les eaux froides du grand courant qui marche du Chili au Pérou (Hook. f., Trans. Linn. Soc, XX, p. 254). De l'Ile des Cocos, le premier courant, celui de l'est à l'ouest, aurait porté les fruits aux petites îles Gallego, Duncan, et de là aux îles Sandwich, vers le nord, et aux Marquises,
(a) P. Martyr, de Angleria, a écrit dans la première molli.- du xVl« siècle. La traduction anglais e*t de 1 SB5, d'après Dryander, Wbk Ranks, I, p 1 48.
vers le midi de l'équateur. Une fois dans ces archipels, d'autres courants et l'espèce humaine l'auraient transporté vers l'Asie. M. de Martius observe que les migrations peuvent remonter à une époque très ancienne. Tout cela est conforme aux faits connus, savoir : la persistance pour la noix de coco de la faculté de germer, son transport fréquent par mer, sa station habituelle sur les côtes, son existence fort ancienne à l'île dite des Cocos à une centaine de lieues du littoral américain, dans le courant de l'est à l'ouest; et enfin, à ces indications du Cocotier sur la côte occidentale de l'Amérique avant les Européens, d'après quelques auteurs.
M. de Martius présume l'espèce originaire de la côte occidentale du continent américain et des petites îles adjacentes, vers Panama. J'aimerais tout autant dire qu'elle existait avant l'homme, et peut-être depuis un temps très reculé, à la fois sur cette côte et dans l'île des Cocos, qui en est, pour ainsi dire, dépendante, car elle en est éloignée comme les îles Shetland le sont de la Norwége. Le transport de cette île aux îles de la Polynésie est plus difficile , mais il est possible, d'après la direction des courants ; tandis que si l'on suppose le Cocotier originaire des îles polynésiennes ou asiatiques, il faut supposer un transport par l'homme dans la direction de l'Amérique, ce qui est peu probable avant l'arrivée des Européens. L'hypothèse de l'origine américaine a aussi ce grand avantage de faire concorder la patrie du Cocos nucifera avec celle de toutes les espèces du genre. Elle est, en somme, vraisemblable.
ARTICLE III
RÉSULTATS DBS RECHERCHES SUR LES ESPÈCES CULTIVÉES. § I. SÛRETÉ DES MÉTHODES EMPLOYÉES.
Un premier résultat, bien satisfaisant, est de voir que les méthodes diverses par lesquelles on arrive à constater l'origine des espèces cultivées, conduisent presque toujours, dans chaque cas particulier, à des conclusions semblables.
Ces méthodes sont ou botaniques, ou historiques et linguistiques. Elles sont toutes utiles, mais leur valeur diffère selon les cas.
Parmi les méthodes botaniques, la plus directe est de chercher dans les herbiers et les auteurs si la plante que l'on étudie a été trouvée sauvage dans tel ou tel pays. Quand elle l'a été, il faut contrôler presque toujours l'observation par d'autres moyens, car il se peut qu'une plante cultivée depuis longtemps se soit naturalisée en s'échappant hors des cultures, et
souvent aussi il n'est pas certain que les pieds observés aient été véritablement spontanés. Dans le doute, il faut voir comment les espèces du même genre, surtout les espèces voisines, sont distribuées géographiquemeut. Plus elles sont groupées dans une seule région, ou un seul continent, plus il est probable que l'espèce cultivée en est originaire.
Lorsqu'une espèce est aborigène d'un continent, elle existe très souvent dans les îles voisines. Ainsi, quand une culture manque à certaines îles, c'est une probabilité qu'elle est nouvelle sur le continent voisin, et réciproquement si elle manque au continent, elle est probablement nouvelle dans les, îles. Les espèces cultivées de toute ancienneté en Europe (fraise, framboise, chou, rave, etc.) sont cultivées depuis longtemps dans les îles Britanniques ; les espèces anciennes en Chine, et probablement aborigènes, sont cultivées au Japon (thé, orangers, etc.); les espèces anciennes dans l'Amérique intertropicale sont cultivées aux Antilles, etc. Même sur chaque continent, l'extension et la généralité d'une culture sont des indices assez certains de l'origine. Plus une espèce est utile à l'homme et aisée à multiplier, plus cet argument a de force. Le nombre des variétés ou races est encore un indice. Plus une espèce cultivée offre de modifications différentes dans une partie du globe, plus il est probable qu'elle y est ancienne et originaire. J'ai trouvé cependant en pratique ce genre d'indice moins fort que les autres, je suppose, parce que les peuples font varier une espèce, à «les degrés différents, dans une même période, selon l'état de leur civilisation.
Les méthodes historiques et linguistiques sont pour le moins aussi bonnes. Quand on ne sait pas d'une manière positive, par témoignages certains, si une espèce est originaire, ou introduite dans une région, il faut voir la nature et le nombre des noms. L'existence d'un nom sanscrit, hébreu, grec ou latin, est assez facile à constater, vu les recherches déjà • faites, et elle est très probante. Les noms celtes, slaves, germains, sont moins aisés à découvrir; mais quand les espèces cultivées existaient jadis en Europe et avaient des noms dans les anciennes langues non classiques, il en reste ordinairement des traces dans les langues modernes et les patois qui en dérivent. La diversité des racines parmi les noms vulgaires d'une espèce, montre, ou une existence originelle sur de vastes pays avant l'époque de la dispersion des peuples (grenadier, houblon, poirier), la culture ayant alors commencé dans diverses régions; ou une confusion probable de plusieurs espèces qui habitaient primitivement des pays divers, et que les hommes auraient échangées et confondues (coton, lin, chou). En tout cas, ces noms vulgaires doivent être consultés avec prudence. Ils sont utiles surtout quand ils ont une forme simple et originale, qui n'est pas
une comparaison ou une qualification venant de la forme ou de l'usage, et quand ils ne sont pas un nom générique appliqué par un peuple à une seule espèce. Ainsi, le mot Blé, Korn (allemand) est donné par certaines populations au seigle, par d'autres au froment, ou même à l'orge, quand ces espèces sont leur culture principale ou exclusive. Les noms indiquant des pays d'origine sont souvent trompeurs (blé de Turquie, blé sarrasin, etc.); mais ils ont au moins le mérite d'indiquer une origine étrangère. Avec ces précautions, et en s'aidant du secours des philologues , les noms vulgaires sont quelquefois très concluants. Leur comparaison dans un grand nombre de langues, abstraction faite de toute idée préconçue, est extrêmement utile. C'était un de nos motifs, à mon père et à moi, pour faire rédiger par Moritzi un Dictionnaire des noms vulgaires, d'après les ouvrages de notre bibliothèque. Son manuscrit est souvent cité dans ce qui précède, et l'on a pu voir tout le parti que j'en ai tiré.