ESPÈCES CULTIVÉES MALGRÉ LA VOLONTÉ DE L'HOMME
A côté des plantes que l'homme cultive en grand et volontairement, on en compte plusieurs qui profitent de ses travaux et dont il serait heureux de pouvoir se débarrasser (p. 610, 642).
Leur introduction dans les cultures remonte quelquefois à une époque reculée; cependant on ne peut pas dire qu'elles aient beaucoup varié. La plupart sont annuelles ; or, la circonstance d'avoir eu des milliers de générations soumises à des influences particulières , et d'avoir passé sous des climats nombreux et divers, en raison de l'extension de l'agriculture, n'a pas amené chez elles autant de modifications que chez les espèces cultivées proprement dites; il semble même qu'elles ne présentent pas des modi-
fications plus nombreuses que les espèces absolument sauvages. Je déduis de là une confirmation du mode d'action de l'homme pour foire varier les plantes annuelles cultivées. Ce n'est pas la culture même qui les change, c'est plutôt le soin avec lequel on isole, dans la culture, les graines de pieds offrant certaines modifications utiles ou curieuses, afin de les semer à part, et de répéter successivement ce choix pendant plusieurs générations. Personne ne prend cette peine pour les nombreuses espèces de pavots, de Galeopsis, de Linaria, etc., qui remplissent nos champs, aussi demeurentelles extrêmement distinctes et invariables sous les influences extérieures les plus diverses.
L'origine de ces plantes a souvent de l'intérêt. Chacune est un petit problème historique, linguistique et botanique, où les indices doivent être cherchés de divers côtés et pesés avec un certain jugement. Il en est comme des plantes cultivées proprement dites, seulement a quelques égards on a moins de peine pour remonter aux origines.^Dans cette catégorie de plantes et pour chaque pays, certaines espèces sont aborigènes; les autres sont venues de régions tantôt voisines, tantôt éloignées.
Les premières doivent se trouver en dehors des cultures, dans des localités complètement naturelles. Il peut arriver cependant qu'on ne découvre pas d'une manière certaine des localités en dehors des cultures, ou qu'on ait lieu de soupçonner un transport de graines des terrains cultivés dans les localités naturelles. Ainsi on peut croire le Borago officinalis originaire d'Italie, le Galeopsis Ladanum originaire de l'Europe tempérée, l'Adonis autumnalis originaire de Grèce, parce qu'on les trouve quelquefois sauvages dans ces divers pays hors des terrains cultivés. Cependant, comme on ne les voit guère dans des localités éloignées des habitations, les graines peuvent avoir été dispersées hors des cultures, et il devient nécessaire de contrôler ce genre d'observations par d'autres. Il faut tacher de s'assurer que l'espèce dans les autres régions , d'où elle pourrait provenir, ne sort pas des cultures, et que son ancienneté est grande dans le pays duquel on la croit originaire. Enfin, il se pourrait à la rigueur que l'agriculture eût envahi la totalité des endroits d'où une espèce est originaire, et alors on ne trouverait la plante nulle part dans des conditions bien probantes.
Les espèces de terrains cultivés originaires de pays plus ou moins distants de celui dans lequel on observe, sont ordinairement les plus nombreuses. J'ai examiné l'origine de plusieurs d'entre elles, répandues parmi nos cultures européennes, lorsque j'ai énuméré les plantes naturalisées en Angleterre ou soupçonnées de naturalisation dans ce pays (p. 645 à (597). 11 y aurait de l'intérêt à faire des recherches semblables pour les autres parties de l'Europe et pour les États-Unis d'Amérique. On pourrait p«ul-
élre en déduire des lois sur lu constitution des plantes qui s'introduisent ainsi dans les cultures, sur leurs origines, leur mode d'extension, etc. Ne voulant pas aborder tous les détails, je me contente de ces indications générales; je renvoie aux pages 045 et 746, et m'estimerai heureux si un autre étudie le sujet d'une manière plus complète.