DISTANCE
Lorsqu'une espèce s'introduit dans un pays et y prend tous les caractères d'une plante naturalisée, il se peut qu'elle vienne directement, «m par l'intermédiaire des jardins, tantôt de quelque pays rapproché, lantôtd'un pays éloigné. Ces termes eux-mêmes sont seulement relatifs. Ils
montrent que l'importance des faits de naturalisation peut être fort diverse.
Lorsqu'une espère manque dans un district et se trouve dans plusieurs des districts voisins, elle peut venir se naturaliser dans les lieux où elle manquait. Dans ce cas, une lacune est comblée, mais le phénomène n'a rien que de simple et d'ordinaire. On peut toujours soupçonner que l'espèce existait primitivement dans la localité et y avait été détruite par une cause momentanée. Dans ce cas, elle mérite à peine le nom d'espèce naturalisée. On peut croire aussi que la plante en question ne se maintiendra dans la localité nouvelle que par des introductions fréquentes de graines venant des districts voisins, comme les plantes alpines transportées par les rivières dans les plaines ; alors, c'est simplement une espèce adventive. En tout cas, les faits «le cette nature s'expliquent par des causes évidentes et offrent assez peu «l'intérêt.
Il y en a davantage à voir une espèce reculer ses limites par une naturalisation en dehors du cercle primitif, ou du cercle précédemment connu de son habitation. L'extension peut se faire, ou de proche en proche, sur terre ferme et le long des côtes, des rivières, ou au travers des golfes et des bras de mer, par l'effet du vent, des oiseaux, des courants, de l'homme, enfin, qui a porté son activité sur toute la terre. 11 s'agira de savoir si les faits de cette nature se passent encore de nos jours, et comment on peut les constater. Les espèces semblent avoir éprouvé déjà toutes les influences qui peuvent étendre leurs limites sur les continents' et dans les archipels où elles existent. Il semble qu'elles ont pris, en quelque sorte, leur niveau en raison de l'état actuel des choses. Cependant, il conviendra de s'en Mirer et de voir si, à une distance plus grande, a laquelle les causes de transport n'ont pas agi aussi efficacement, des causes nouvelles plus intenses ne déterminent pas aujourd'hui des naturalisations plus fréquentes. On passe ainsi graduellement aux espèces venues de pays lointains, par l'intervention de l'homme, espèces dont la naturalisation introduit des éléments tout nouveaux dans les flores primitives des pays.
Entre ces diverses naturalisations, il y a les mêmes rapports qu'entre les différentes espèces de navigations qu'on distingue par des noms bien connus. Les espèces qui se transportent dans l'intérieur de leur habitation, ressemblent au commerce local qui a lieu sur les canaux et les rivières ; les transports à petite distance ressemblent au cabotage, ceux à grande distance au commerce de long cours. Il n'y a pas de limite précise entre ces trois espèces de navigations, dont le sens est pourtant clair dans notre esprit; de même entre les diifusions à l'intérieur d'une habitation, les transports à petite et à grande dislance, il y a des transitions, et cependant la valeur scientifique de ces divers cas mérite bien qu'on les distingue.