‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 45 sur 146 · EXTRA-NATURELLE · texte numérisé non relu

EXTRA-NATURELLE

Le nombre des formes dérivées de modifications héréditaires d'anciennes espèces est probablement peu considérable, et s'il en existe, ou les confond avec les espèces plutôt que ce ne sont de véritables espèces (p. 1087 à 1098).

La majorité des espèces remonte, sous les formes actuelles, à des époques très anciennes, antérieures à la configuration géographique des terres à notre époque (p. 1059)

Cependant on n'a pas pu constater la présence de végétaux dans des couches plus anciennes que les premiers terrains dits de transition, et quoique peut-être il en ait existé précédemment, soit hors des localités observées, soit dans des circonstances telles qu'une combustion ou une action chimique les aurait détruits, le règne végétal parait moins ancien que la matière inorganique du globe. Son existence, en effet, est incompatible avec une température très élevée, avec l'absence d'un liquide, el l'absence d'oxydes formant une couche terrestre, c'est-à-dire avec les diverses conditions qui existaient à une époque très reculée.

Il devient donc nécessaire d'examiner comment les espèces actuelles ont pu être formées et se trouver réparties à leur origine. Ceci est pour le naturaliste (o), dans le domaine des hypothèses, mais parmi celles que l'on a faites, on peut en éliminer plusieurs, incompatibles avec les faits connus, et en indiquer qui offrent un certain degré de vraisemblance.

Ces hypothèses se rapportent soit au mode même de formation des êtres organisés, soit à leur nombre el à leur répartition au moment de leur origine.

(o) Dans les sciences d'observation on doit appeler hypothèse toute opinion qui n'est pas démontrée par dos faits susceptibles d'èlrc observés. Il se peut que ces opinions paraissent complètement démontrées par les moyens de conviction sur lesquels reposent les sciences philosophiques ut théologiques. Dans ces divers ordres d'idées on n'arrive pas toujours au même degré de conviction sur les mêmes questions. Ainsi un philosophe peut croire que l'existence des corps extérieurs est une hypothèse ; un naturaliste en doute si peu qu'il ne pense seulement pas à la question. Inversement, sur tel mode de création, sur tel but attribué à un être organisé, le philosophe peut avoir des moyens de conviction, el le naturaliste des moyens de probabilité, des indices, conduisant à des hypothèses el pas au delà.

M 06 ORIGINE PHORARLE PFS espèces spontanées actuelles.

La création ou première formation des êtres organisés échappe, par sa nalure el par son ancienneté, à nos moyens d'observation. C'est donc en s'adressant à un autre ordre d'idées, ou en imaginant de pures hypothèses, qu'un naturaliste peut aborder ce grand problème. Il reconnaîtra bientôt alors les deux opinions qui ont été admises ou énoncées depuis que l'homme réfléchit.

Dans l'une de ces opinions, le premier ou les premiers êtres organisés sont sortis de la matière inorganique par quelque loi physique à nous inconnue; dans l'autre, ils ont été créés ou du néant, ou de la matière inorganique préexistante, par une cause supérieure étrangère à la matière.

Chacune de ces opinions admet quelque chose que nous ne pouvons ni voir, ni toucher, ni même comprendre. Dans l'un des systèmes, c'est la force, la cause qui donne à des molécules soumises aux lois de la physique et de la chimie seulement, des propriétés toutes nouvelles; dans l'autre, c'est une cause plus élevée, plus générale dont l'essence est au-dessus de la sphère de notre intelligence.

Dans la première opinion, la matière serait douée d'une faculté spéciale, la génération, qui transformerait les corps inorganiques en corps organisés. Ce serait une force, dont nous verrions les effets, sans en comprendre la nature intime, comme dans le cas de l'affinité ou de l'attraction; mais il y a une différence qui rend l'hypothèse de la génération spontanée suspecte. Cette différence est que l'affinité, l'attraction, agissent continuellement sous nos yeux, tandis que la force créatrice des êtres organisés n'a agi que dans certains moments. Le développement successif des êtres organisés, en vertu de leur organisation, en est quelque chose de très différent, et les expériences dans lesquelles on a cru voir de la matière inorganique se changer en matière organisée, se sont toujours évanouies devant des moyens plus puissants ou plus précis d'observation. Elles deviennent plus douteuses encore aujourd'hui que l'on a montré la présence de corps organisés infiniment petits, et par conséquent de germes dans des milieux où autrefois on ne les soupçonnait en aucune manière.

Quelques naturalistes croient échapper à ces questions de création en supposant que les êtres organisés se sont développés les uns des autres, au travers de périodes géologiques très longues et d'influences variées. Ce genre d'hypothèse ne dispense pas d'une autre hypothèse sur l'origine primitive, en dehors du cours naturel des phénomènes. Lamarck faisait remonter toutes les espèces à une monade, mais entre cette monade, douée d'une pareille faculté de développement et un corps inorganique, il y a une différence immense. Plus on suppose à la monade une faculté exagérée de modifications, plus la différence intrinsèque est grande. J'ajouterai qu'entre

OIUGINE ET ItÈl'ÀJlTlTlO.N l'REMlÉKE DES ESPÈCES. H07

une monade ayant la vie végétative et une monade ayant, a un degré aussi faible qu'on voudra, la faculté de sensation et la spontanéité qui caractérisent les animaux, il y a aussi une différence théorique immense, car le degré de perception ou de sensation et le degré de spontanéité sont peu de chose, en comparaison du fait d'avoir ou de ne pas avoir des qualités pareilles (a). D'ailleurs, l'opinion de Lamarck est aujourd'hui abandonnée par tous les naturalistes qui ont étudié sagement les modifications possibles des êtres organisés. Elle reviendrait, si on voulait la soutenir, à une hypothèse, fondée aussi sur une cause surnaturelle, savoir que des espèces pourraient se transformer, au delà de ce que nous voyons, en des espèces totalement différentes, les espèces d'un genre en espèces d'un autre genre, celles d'une classe en espèces d'autres classes. Ainsi en voulant diminuer les faits attribués à une cause extra-naturelle, ils reviennent par milliers. Et si l'on s'écarte des exagérations de Lamarck, si l'on suppose un premier type de chaque genre, de chaque famille tout au moins, on se trouve encore à l'égard de l'origine de ces types en présence de la grande question de la création.

De toute manière, le naturaliste doit admettre que le mode de formation des premiers êtres organisés est un phénomène qui échappe aux moyens d'investigation dont il dispose. Chaque opinion part d'une action extranaturelle, c'est-à-dire d'une action dont le principe et la manière de faire ne tombent pas dans le domaine de l'observation. Le seul parti à prendre est donc d'envisager les êtres organisés comme existant depuis certaines époques, avec leurs qualités particulières. Il nous faut raisonner sur les rapports des êtres organisés, sur leur histoire et sur leurs attributs, comme les minéralogistes ou les chimistes raisonnent sur le fer, l'hydrogène ou le carbone, sans examiner comment ils ont été créés. On pourra constater que certaines espèces dérivent d'autres espèces, comme on a découvert que la potasse et la soude résultent de combinaisons, mais on arrivera toujours à certaines formes primitives, plus ou moins nombreuses, qui seront pour les naturalistes comme des corps simples pour les chimistes. A ce point, le domaine des sciences d'observation s'arrête, et celui des sciences philosophiques commence.

La limite étant ainsi tracée, nous remarquons en deçà , de notre côté,

(a) Deux êtres pourraient se ressembler infiniment sous le microscope, et l'un d'eux seulement avoir la faculté de sensation, ou cette qualité interne de spontanéité, soit force propre, qui caractérise les animaux, et dont nous avons une idée parce que nous appartenons au règne animal. Entre une telle qualité et l'absence de cette qualité, je ne conçois pas de milieu possible, comme entre la lumière et l'ab!»ence de lumière, entre le mouvement et l'équilibre. Les passais prétendus entre les deux règnes sont des cas dans lesquels nous ne savons pas distinguer si une condition très atténuée existe.

trois questions, que nous devons examiner. Ces questions sont: 1* de savoir si les espèces actuelles sont parties de un ou plusieurs pays différents; 2° si elles ont été créées à des époques successives; 3° si elles ont eu, dés leur origine, un seul représentant ou plusieurs. La situation des espères actuelles, leur disposition à se propager et à se naturaliser dans des pays nouveaux, et, d'une manière générale, l'observation des faits peuvent donner des indices plus ou moins positifs sur ces trois grands problèmes.

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