‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 47 sur 146 · III. LA NAISSAKCE DES ESPECES A ÉTÉ PROBABLEMENT SUCCESSIVE · texte numérisé non relu

III. LA NAISSAKCE DES ESPECES A ÉTÉ PROBABLEMENT SUCCESSIVE

Il y a plusieurs motifs géologiques et botaniques pour croire à une apparition successive des espèces. Le seul fait que les surfaces terrestres se sont élevées successivement et quelquefois isolément au-dessus de la mer, rend la chose probable. En y réfléchissant, on trouve des raisons plus fortes.

• Une terre ne peut pas être devenue tout d'un coup favorable à des végétaux de différentes classes. Qu'on la suppose sortie d'un état de fusion et par conséquent rocheuse, ou imprégnée de matières salines après un long séjour dans les eaux de la mer, il est évident que beaucoup d'espèces n'ont pas pu s'y établir pendant les premières années. Des lichens, des mousses, ont pu adhérer aux rochers, des plantes marines ont pu croître sur le sable ; mais il a fallu du temps, et beaucoup de temps, pour que le sol propre à la grande masse des végétaux fût formé, notamment dans les lieux secs où existent aujourd'hui plusieurs espèces. Ainsi, à l'origine du règne végétal, et même pour chaque terre , du moment de sa formation ignée, ou de son émersion, si elle provient de sédiments, les espèces ont été nécessairement peu nombreuses.

Depuis ces époques, bien lointaines pour la plupart des pays, il semble, d'après ce que l'on connaît des végétaux fossiles, que le nombre des espèces aurait augmenté. L'état actuel des connaissances sur chaque formation est évidemment imparfait: certaines régions, maintenant couvertes par les eaux, ont recelé peut-être des végétations plus riches que celles dont nous examinons les fossiles ; certaines conditions physiques et chimiques ont pu détruire les traces de beaucoup d'espèces dans telle ou telle nature de roche; cependant, il n'est pasdouteux que les formations les plus anciennes sont loin de présenter la variété de formes, entre autres la quantité de fruits et de graines qu'on retrouve actuellement dans les terrains de formation tertiaire ou quaternaire. Il est évident aussi que les végétaux de l'époque de la houille, par exemple, offrent une grande similitude, pour ne pas dire une identité complète entre des localités très éloignées, tandis que, dans les époques plus récentes, il y a des espèces propres à chaque région et fort peu d'espèces communes.

(a) Je reviendrai sur ces questions dans le chapitre xxvi, eu considérant, non plus les espèces, mais les pays.

On objectera que la houille était formée peut-être de dépôts flottes (car c'est une des opinions les plus plausibles), et que, dans celte hypothèse, elle ne pouvait contenir que certains végétaux ligneux habitant le littoral de la nier et le bord des fleuves. Mais si ces espèces flottées se trouvent semblables dans des dépôts fort éloignés, c'est très différent de ce qui existe aujourd'hui par reflet des transports. Le Gulf-stream ne charrie pas les mêmes bois que les courants de la mer arctique ou la rivière de laPlata. Ainsi, l'uniformité de composition des houilles, dans des pays éloignés, montre bien une certaine uniformité de végétation dans le monde à rette époque, par conséquent, un nombre absolu d'espèces plus petit qu'à l'époque actuelle, et cela indépendamment de toute hypothèse sur la formation des dépôts de houille. *

Depuis cette époque, il a donc paru plus d'espèces végétales qu'il n'en a disparu. Cela est certain pour les plantes ligneuses, et, par conséquent, très probable pour les autres, car les plantes ligneuses appartiennent à plusieurs familles de végétaux. Nous ignorons si la progression a été régulière; maison ne peut guère se refuser à admettre une progression. Ceci est d'autant plus important pour nous que les espèces actuelles de végétaux datent, pour la plupart du moins, d'époques antérieures à la nôtre, et peuvent provenir d'époques très variées, selon les pays et selon les familles ou genres auxquels elles appartiennent.

D'après la formation même du sol de végétation, ce sont des Cryptogames, des plantes marines et des espèces vivant dans lefc lieux inondés ou humides, qui ont dû se manifester les premières. D'après l'observation des végétaux fossiles, ce sont des espèces appartenant à des Cryptogames ou à des Phanérogames peu compliquées qui prédominent, ou peut-être qui vivaient exclusivement dans les formations les plus anciennes, ou au moins dans ce qu'on a retrouvé des êtres organisés de cette époque ; ainsi, les deux ordres de faits concordent assez bien. A une époque subséquente (époque tertiaire), les Dicotylédones deviennent abondantes; maison remarque l'absence ou la rareté extrême des Dicotylédones gamopétales, entre autres de celles à ovaire infère, comme les Composées et familles voisines, dont l'organisation est la plus compliquée.

M. Ad. Brongniarl insiste avec raison Sur ce point (a), et assurément, la découverte récente de quelques Rubiaeées (6)* et celle plus curieuse encore de cinq espèces de Composées (c), ne change pas la vérité et la gravité du fait, rar à l'époque actuelle, les Composées constituent 1/10»

(a) Tabl. des vég. foss , dans Dict. se. nàt. de d'Orbipiv, min. (6) Unger, Gênera cl spee. plant. /b>s., 1850.

(e) M. Reer ha trouvas dans les terrain* de molasse viiierieurc , de l'époque tertiaire, en Suisse (Flora tcrltaria Helvctiœ, ùi-4, Zurich, 1854, Einleilong, p. 10).

des plnntes phanérogames, et les familles gamopétales, en général, sont nombreuses et répandues sur toute la terre.

L'apparition d'espérés de plus en plus organisées parait donc un fait certain pour les végétaux, quoique, pour le régne animal, d'habiles paléontologistes ne pensent pas pouvoir l'admettre.

Je ne vois qu'une seule objection, mais elle n'est pas forte. On pourrait dire que certaines espèces complhfuées , des Composées, par exemple, peuvent avoir existé dans les époques anciennes, chaque espèce limitée à un petit district, et, par conséquent, rare dans les fossiles. Je ne crois pas à cette objection, car les êtres compliqués d'organisation sont souvent doués de moyens actifs de diffusion, et il n'est guère probable qu'ils restent pendant longtemps sans se disperser. On l'a remarqué pour l'homme. La rapidité de son extension depuis quelques milliers d'années prouve qu'il est moderne ; il n'aurait pas pu exister dans un pays sans s'efforcer de se répandre ailleurs et l'on en trouverait des traces géologiques. On peut faire le même raisonnement sur les plantes de la famille des Composées. Leurs akènes donnent une certaine facilité de dispersion, très grande sur les continents, faible, j'en conviens, pour traverser les mers. A l'époque tertiaire, le sol était assez desséché pour des plantes de cette famille, puisque les arbres étaient des Juglans, des Acer, etc., et qu'aujourd'hui, il y a aux Klats-Unis une multitude de Juglans et d'Acer, vivant avec des Composées. Si donc il avait existé conjointement avec les Acer et les Juglans des terrains tertiaires, plusieurs espèces de Composées, elles auraient occupé une partie notable des régions de cette époque, chaque espèce se serait multipliée sur son propre continent, et l'on en trouverait nécessairement des empreintes assez nombreuses, d'autant plus que la nature coriace de leurs graines les conserve dans les dépots (a).

L'extension relative de nos espèces actuelles, comme je l'ai déjà fait remarquer, confirme très directement l'apparition successiye d'espèces de plus en plus parfaites.

En effet, si nous avons toutes les raisons possibles de croire que les Cypéracées, Graminées, Renonculacées, Polygonées et autres Phanérogames actuelles, d'une structure simple, datent d'un temps où la conftgu-

(a) L'argument sérail moin* fort, si l'on parvenait n prouver que tous les fossiles ont «■té flottés et ballottés par les eaux, avant d'être enfouis par les sédiments la où ils se retrouvent aujourd'hui, car dans ce genre de formation, 1rs petites graines, celles même qui sont coriaces, risquent bien d'avoir été détruites. Heureusement on retrouve certaines graines fort petites, celles de Chara. par exemple, même dans des dépôts longtemps mb* mergés. D'ailleurs certains fossiles, ceux des diluvium en particulier, ne semblent pas avoir été broyés par un long transport sous l'eau, et des couches ont sans doute été in ouvertes par de simples éboulcmenb, ou par de< bouc, des limons accumulés promptement dan» quelques localités.

11 Ht 01UGINE PHOliABLE DES ESPÈCES SPONTANEES ACTUELLES.

ration des terres était autre qu'aujourd'hui, il y a des raisons semblables pour penser que les espèces actuelles de Composées et autres familles également compliquées, sont d'une apparition plus récente que l'état géographique actuel. Les premières de ces familles ne sont douées d'aucun moyen particulier de transport, et se trouvent répandues dans des régions entre lesquelles, aujourd'hui, aucun transport de graines aussi pesantes n'est possible. Les secondes, au contraire,» savoir : Les Composées, Asclépiadées, Apocynées, etc., d'une structure très compliquée, ont des moyens de transport réels, très efficaces, quand une communication par terre se présente, et maintenant, elles sont limitées 4' une manière remarquable à chaque continent. Il faut que les espèces de la première catégorie aient été plus nombreuses et plus dispersées dès leur origine, ou qu'elles remontent à une époque antérieure aux formes géographiques actuelles,; tandis que les secondes ont été moins nombreuses et moins dispersées dès leur origine, ou datent d'une époque plus récente que certains changements géographiques.

Ceci me conduit à une dernière question, celle des origines uniques ou multiples de chaque espèce.

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