‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 49 sur 146 · RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Dans ce qui précède, j'ai cherché à analyser les questions si difficiles de l'origine des espèces, en Considérant ces questions une à une, dans l'ordre qui semblait le plus favorable à leur examen. Je vais les reprendre dans l'ordre de leur importance et «le leur succession chronologique. Les plus anciens phénomènes sont les plus obscurs; mais heureusement, ce ne sont pas les plus nécessaires pour l'explication des faits actuels.

Voici les propositions qui résument la série de mes recherches et de mes réflexions sur l'espèce.

1 . Les sciences d'observation ne peuvent pas faire comprendre un phénomène extra-naturel, comme la formation première d'un ou plusieurs

(a) Les races humaines présentent quelque chose d'analogue, mais pour arriver, au moyen de leur étude, à des résultats probants, il faut éliminer toutes les formes qui sont considérées tantôt comme races, tantôt comme espèces, selon les idées ou les préjugés de chacun. A ce point de vue je ne saurais trop engager à réfléchir sur les faits concernant le peuple juif. J'y reviens souvent parce que c'est le phénomène le plus clair de tous. Personne n'a prétendu que ce peuple formât une espèce, mais ses formes se consenent depuis des milliers d'années, sous tous les climats, avec tous les régimes et toutes les influences les plus diverses. Voilà une vraie race. Elle peut durer indéfiniment, à une seule condition, que les individus continuent ù l'unir entre eux exclusivement. Pour les races humaines, comme pour les autres, l'isolement est la condition la plus inijorlanle el la plu%rare.

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êtres organisés, tirant leur origine, ou de la matière inorganique, ou du néant. L'étude des faits peut conduire seulement à indiquer certaines circonstances qui caractérisaient les êtres organisés à leur origine.

2. Nous ignorons dans quelles parties du globe et à quelle époque géologique les premiers végétaux ont paru. Il est possible que ce soit dans des contrées que l'Océan recouvre aujourd'hui, et dans des terrains où les traces de végétaux d'un tissu délicat ne se sont pas conservées. Néanmoins, la température probablement très élevée des anciennes époques permet de croire que les végétaux sont d'une date moins ancienne que les couches les plus inférieures de la surface «lu globe.

3. Les surfaces terrestres s'étant successivement élevées au-dessus de la mer, ou abaissées au-dessous, il y a eu des centres successifs et variables de végétation. Il a pu exister quelquefois des contacts ou des moyens de communication entre plusieurs centres, de telle sorte que les espèces ont pu se propager de l'un à l'autre, et périr dans leur contrée d'wrçgine tout en se conservant ailleurs. *

4. A chaque époque, et probablement dès l'origine, H y a eu un grand nombre d'individus végétaux qui se ressemblaient assez pour qu'un naturaliste put les croire sortis d'une souche commune, en raison surtout de ce qu'ils se fécondaient facilement les uns les autres. Si, contrairement à certaines probabilités, ces individus étaient uniques ou réduits à des couples uniques dès l'origine, ils sont devenus promptement multiples, et toutes les conséquences à l'égard de la distribution actuelle sont les mêmes, vu l'ancienneté du point de départ et les variations des terres émergées.

5. Les espèces ont paru successivement pendant les diverses époques géologiques et ont duré plus ou moins longtemps.

tJ. Nos espèces actuelles, en particulier, datent pour la plupart d'époques antérieures à la configuration présente des continents.

7. Elles ont pu se répandre beaucoup dans les temps anciens, et leur habitation peut avoir été ensuite coupée par des obstacles aujourd'hui insurmontables. Elles peuvent aussi avoir été transportées, dans ces temps reculés, par des causes qui n'existent plus. Ainsi, la disjonction de certaines espèces sur de hautes montagnes et dans le nord, celle de plantes aquatiques ou hygrophiles dans des pays très éloignés, celle d'espèces à grosses graines sur des îles et sur un continent éloigné ou même rapproché ; enfin, la séparation de quelques espèces à des distances immenses, peuvent s'expliquer par l'ancienneté et par une diffusion jadis très grande, aussi bien que par des origines multiples.

8. Les espèces qui ont aujourd'hui une aire étroite, malgré des moyens

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de transport assez faciles (au moins par terre), paraissent être des espèces peu anciennes, je veux dire postérieures à la configuration actuelle de la plupart de nos continents. Les espèces qui ont une aire très vaste, malgré des moyens actuels de transport difliciles, sont probablement plus anciennes.

9. En comparant les formations géologiques successives, il semble que les premiers végétaux ont été surtout des espèces d'une organisation simple, et en petit nombre; que, graduellement, des espèces plus compliquées sont venues s'ajouter et remplacer en plus grand nombre les espèces qui périssaient. Parmi nos espèces actuelles, ce sont également les plus simples qui paraissent les plus anciennes, d'après leur diffusion, et ce sont les plus compliquées qui paraissent les plus récentes, d'après leur aire restreinte. Celte concordance, par deux voies différentes, appuie l'hypothèse d'une progression dans les êtres organisés successifs, hypothèse que la géologie n'a pas encore démontrée suflisamment.

10. Les espèces ligneuses se sont établies par grandes masses dans les pays septentrionaux et tempérés, à une époque où le climat devait être plus humide ou plus nuageux qu'à présent. Aujourd'hui, en effet, dans le midi de l'Europe, le nord de l'Afrique, les îles Canaries, les portions méridionales des États-Unis, et ailleurs, un terrain dénudé, exposé aux effets du soleil, ne se couvre plus de végétation arborescente, comme cela est arrivé jadis. Or, les Conifères et les Amentacées, qui constituent la plupart des forcis, sont des Phanérogames peu développées. Leur ancienneté probable, d'après leur existence par masses dans certains pays, confirme donc l'inégalité d'Age de nos espèces et le fait que les espèces ancienues n'étaient pas les plus compliquées.

11. Les faits de géographie botanique actuelle sont, en général, clairs et concordants si l'on suppose que les espèces les plus anciennes, parmi les Phanérogames, sont, d'abord, la majorité des plantes aquatiques et des lieux humides, puis beaucoup de plantes septentrionales et alpines et la plupart des arbres de nos régions tempérées, et si l'on suppose en môme temps que les espèces les plus récentes se trouvent principalement parmi les plantes des régions chaudes, parmi les Dicotylédones à ovaire infère et corolle gamopétale, telles que les Composées, Dipsacées , Campanulacées, etc., et parmi les autres Phanérogames à organisation compliquée sous certains rapports, comme les Orchidées, les Palmiers, les Apoeynées, AscMpiadées, Cucurbitacées, PassiOorées, Bégoniaeées, etc.

1*2. Depuis l'existence déjà ancienne de la plupart de nos espèces, il a pu arriver que certaines races se soient formées et propagées, et que, maintenant, nous les prenions pour des espèces, en particulier si elles habitent des contrées distinctes, et si les modifications voisines dans l'es-

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