‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 53 sur 146 · DE L'ASSOCIATION ET DB L'ISOLEMENT DANS LES LOCALITÉS OU STATIONS · texte numérisé non relu

DE L'ASSOCIATION ET DB L'ISOLEMENT DANS LES LOCALITÉS OU STATIONS

Les espèces d'un même genre, comme les individus d'une même espèce, se présentent fréquemment groupées dans une même localité. L'analogie de structure et de dispositions physiologiques entre les espèces conduit à ce résultat. Quand le groupement est un cas fortuit, on y fait peu d'attention, mais quelquefois c'est un cas habituel pour un genre et alors il vaut la peine de le constater. Ainsi, les espèces deSaxifraga de nos montagnes, les Ara bis de certaines localités rocailleuses , les Medicago des prairies sèches, les Erica de certaines plaines à sol léger, les Carex des prairies marécageuses ont évidemment une disposition à se réunir dans les mêmes localités. Ce ne sont pas toujours les individus qui se groupent en quantité pour former des espèces sociales; ce sont quelquefois des espèces nombreuses du même genre, qui constituent une agglomération, uniforme en apparence. Il y a donc des genres sociaux, c'est-à-dire dont les éléments vivent d'ordinaire en société, comme il y a des espèces sociales.

Le phénomène se produit dans les mêmes circonstances et par les mêmes causes. Je puis donc me dispenser d'entrer dans plus de détails et renvoyer le lecteur au chapitre VI, article iv, p. A57.

ARTICLE III

DB LA DIFFUSION DES PLANTES D'UN (iENRB DANS SON HABITATION. § I. EN CONSIDÉRANT LI!S ESPECES.

Chaque espèce d'un genre a une habitation d'une certaine étendue, d'une certaine situation géographique. Elle est séparée des autres espèces ou elle est réunie plus ou moins avec elles. A ce point de vue, les éléments d'un genre sont plus ou moins diffus, plus ou moins condensés, et surtout

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ils peuvent offrir des alternatives de diffusion et de condensation dans l'étendue quelquefois considérable de leur habitation.

Beaucoup de genres offrent en certains endroits une véritable accumulation d'espèces , et ailleurs une rareté comparative. Ordinairement les espèces sont rapprochées dans une seule région du globe; quelquefois dans deux ou plusieurs, et tout cela remonte à des causes qui ont précédé l'état actuel du monde.

Ainsi le genre Oxaliê a une habitation très vaste, mais la grande majorité des espèces est groupée au Cap et au Brésil. Le genre Quercus, très répandu dans toutes les régions tempérées de notre hémisphère, présente aux États-Unis, dans les montagnes de Java et du nord de l'Inde, des concentrations d'espèces bien évidentes.

Quelques genres ont une grande masse d'espèces groupées dans une seule région, puis un petit nombre disséminées ailleurs. Ainsi les Stylidium ne sont pas tous sans exception à la Nouvelle-Hollande ; on en connaît un à Ceylan (DC, Proàr., VII, p. 336), un dans les montagnes de Sillet, dans l'Inde (10.), un a Hong-kong, sur les cotes de Chine (St. sinicum, Hance). Les Pelargonium ne sont pas tous au Cap; lePelargonium Endlicherianum croît dans le Taurus occidental (Fenzl, Pug. pl. nov. Syr., p. «). Les Ixia, les Gladinlus, les Psaraha, très nombreux au Cap, ont quelques espèces autour de la mer Méditerranée. Les Slapclia, Cypkia, Ligklfootia, sont également nombreux au Cap, et l'on en voit quelques espèces en Abyssinie (Rich., Tcnt. FI. Abyss., II). Sur 27 ïiartsia déjà connus, 22 se trouvent dans les Andes, un au Groenland et en Europe , un aux Pyrénées et trois en Abyssinie. Sur une centaine de Wahtrnbergia, les trois quarts sont du Cap, le reste est épars dans les régions tempérées ou équaloriales du monde entier. On ne connaît encore qu'un Paullinia hors d'Amérique; il est en Guinée (Hook. f., Ff. Nigr., p. 2A8). Sur 82 espèces du genre llcfempterys, 80 sont d'Amérique, et deux de la cote occidentale d'Afrique (16., p. 257).

Les genres uniformément dispersés, quant aux espèces, sont peut-être les plus rares; cependant, on eu parle beaucoup moins. Parmi les genres très nombreux, je citerai comme étant dans ce cas les genres Scnecio, 5o/anum; parmi les genres inoins considérables, les Sahola i, liununculus, Malva, Cassât, Mimosa, Teucrium, Ipomœay etc.; sans parler de genres moins nombreux encore en espèces, où l'habitation est d'ordinaire trop limitée pour que la dispersion dans cette habitation restreinte mérite d'être remarquée.

Un cas assez singulier est celui de genres ayant un très petit nombre d'espèces, toutes dans des pays différents. Ce sont, suivant la manière dont

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on veut les considérer, ou des genres à plusieurs centres d'habitation, chaque centre réduit à une espèce, par l'effet peut-être d'événements géologiques, ou des genres analogues aux genres dispersés, mais réduits à des chiffres minimes. Je citerai les suivants. On connaît trois espèces de Cent un eu (m (Duby, dans Prodr., VIII, p. 72), dont une dans l'Inde, une dans l'Amérique septentrionale, et une qui existe à la fois en Europe et au Brésil; on connaît deux Punira, l'un à l'est de la mer Méditerranée, l'autre aux Antilles; deux Isoplrxis, l'un à Madère, l'autre aux Canaries; deux Âryyroxiphnnn (Composées remarquables), l'un sur les montagnes élevées de l'île d'Hawaii des Sandwich, l'autre sur les montagnes de Maui, autre Ile de cet archipel (A. Gray, Proceed. of Amer, acad., II, p. 160). Du reste, il est un peu prématuré de citer des rails de cette nature. A tout moment, on découvre des espèces nouvelles de genres qu'on croyait composés de deux ou de trois espèces dans des pays différents, et presque toujours les nouvelles espèces viennent de l'un des pays où le genre était / connu. La plupart des exemples qu'on citait en 1820 (a) se trouvent aujourd'hui inexacts. Il en sera probablement de même dans trente ans de plusieurs des genres qu'on serait tenté de mentionner aujourd'hui.

Au fait, les genres uniformément dispersés, nombreux ou peu nombreux en espèces, et les genres à plusieurs agglomérations distinctes, sont plutôt des exceptions.

La grande loi est la réunion de beaucoup d'espèces dans une seule région. A ce point de vue, les espèces d'un genre semblent plus ordinairement agglomérées dans une partie de l'habitation du genre, que les individus d'une même espèce dans une partie de l'habitation de l'espèce.

D'après cette disposition, l'agglomération de formes analogues ne tiendrait pas autant qu'on le suppose à la propagation des êtres organisés autour de certains centres d'abord limités, en particulier, autour d'individus primitifs isolés, mais plutôt à une multiplicité ancienne et une distribution primitive, ou au moins fort ancienne, des espèces et des individus. Les espèces d'un genre ne se multiplient pas à la manière des individus qui composent une espèce, et cependant les genres et les espèces ont aujourd'hui des lois de distribution semblables.

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