‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 68 sur 146 · LEURS HABITATIONS · texte numérisé non relu

LEURS HABITATIONS

ARTICLE PREMIER

DEFINITION ET CONSTITUTION DBS FAMILLBS.

La difficulté de reconnaître certaines familles et de fixer leurs caractères a fait douter quelquefois de l'existence même de ces groupes supérieurs aux genres, comme on a douté de l'existence des espèces. A toute époque cependant les botanistes et même le vulgaire ont reconnu des agglomérations naturelles comprenant plusieurs genres, par exemple, les Ombellifères, les Composées, les Crucifères, les Labiées. En constituant des groupes sur des caractères de même valeur que ceux qui distinguent ces familles >i évidentes, on a établi peu à peu les trois ou quatre cents familles qui sont admises par la plupart des botanistes. On a même pu vérifier que ces groupes ont des caractères intimes et physiologiques, comme les groupes inférieurs; ainsi, les plantes de familles différentes ne se greffent jamais les unes sur les autres, et peuvent encore bien moins donner lieu à des croisements.

Il y a aujourd'hui peu de plantes que l'on ne sache a quelle famille rapporter, car il ne faut pas compter comme douteux les genres que l'on ne sait où classer, uniquement parce qu'on ignore leur structure ou qu'ils ont été mal décrits. Les botanistes sont moins d'accord sur le rang et le nom à donner à des groupes naturels bien reconnus, qui sont suivant les uns des tribus, suivant d'autres des familles ou même des classes supérieures aux familles et inférieures aux Dicotylédones et Monocotylédones; mais ici, comme pour les genres, certaines directions, basées sur l'observation de tout le inonde et sur le sens commun, empêcheront les botanistes de s'éloigner beaucoup de l'opinion ancienne et moyenne, qui constitue les familles sur quelque chose d'analogue aux familles vraiment naturelles, évidentes pour tout homme qui observe, antérieures, par conséquent, à Jussieu. Au surplus, en botanique géographique les considérations applicables aux familles s'appliquent aussi aux tribus et aux réunions de familles voisines. Ces considérations sont analogues à celles qui m'ont occupé en parlant des genres ; aussi serai-je plus bref, malgré l'importance supérieure des familles.

SITUATION GÉOGRAPHIQUE DES FAMILLES

ARTICLE II

SITUATION GÉOGRAPHIQUE DES FAMILLES

J'ai souvent répété, à l'occasion des espèces et des genres, que la chose la plus mystérieuse pour nous est la situation d'une forme végétale dans une certaine contrée plutôt que dans une autre. Je n'ai pas besoin de dire que les mêmes considérations s'appliquent aux familles. Rien dans la structure connue des Aurantiacées, par exemple, ne peut faire soupçonner pourquoi elles existent dans l'Asie méridionale, et pourquoi elles manquaient à l'Amérique, avant que l'homme les y eût naturalisées. Il est également impossible de comprendre par l'étude des plantes et des climats actuels, pourquoi la famille des Cactus, famille nombreuse en genres et en espèces, et celle des Vochysiacées, sont propres à l'Amérique; celle des Stylidiées, à la Nouvelle-Hollande et à quelques régions voisines; celle des Bruniacées, au cap de Bonne-Espérance; pourquoi plusieurs familles occupent les régions intertropicales, et d'autres les régions extratropicales des deux mondes; pourquoi les Kpacridées, si communes à la Nouvelle- Hollande, manquent au Cap et à tout l'hémisphère septentrional, tandis que les Tamariscinécs manquent à l'hémisphère austral et au nouveau monde; pourquoi les Équisétacées manquent absolument à la Nouvelle- Hollande (Lindl., Introd. to nat. syst.y p. 311; Lehm., Plant. Preiss.) et lies voisines. Ce sont des faits, remontant à des causes antérieures, peut-être fort anciennes et très variées, telles que l'existence et la séparation des continents à l'époque de la création de certaines formes végétales, et les changements successifs des terres et des climats, pendant la série des événements géologiques. Bornons-nous ici à considérer la situation de chaque famille comme un fait actuel, qui offre des lois et se prête à certaines modifications intéressantes à constater.

ARTICLE III

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