‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 77 sur 146 · II. FAMILLES A HABITATION 1RES VASTE 01 TRES RESTREINTE · texte numérisé non relu

II. FAMILLES A HABITATION 1RES VASTE 01 TRES RESTREINTE

Quelques familles occupent la totalité ou la presque totalité de la surface terrestre. On peut en juger par celles qui ont des représentants dans le voisinage des deux pôles, par exemple à l'île Melville (Brown, Chloris) et dans les régions antarctiques (Hook. f., Fl. ant.)y tout en existant aussi dans les régions équatoriales. Il y a quelques points de ces terres extrêmes antarctiques où l'on n'a pas vu de Phanérogames et de même sur quelques sommités fort élevées des montagnes, mais sous le rapport de l'étendue ce sont des exceptions insignifiantes.

Les familles de Phanérogames qui habitent la surface totale de la terre, ou à peu près, sont les suivantes : Crucifères, Caryophyllées, Légumineuses, Composées, Scrophulariacées, Joncées, Cypéracées, Graminées. Quelques familles ont une aire presque aussi vaste, c'est-à-dire au moins des l de la surface terrestre ; ce sont les Renonculacées, Rosacées, Ombellifères; et après elles viennent les Saxifragacées, Polygonaeées, Primulacées, Salsolacées, Amentacées, Orchidées, Alismacées, dont l'habitation dépasse probablement les l ou les l de la surface terrestre.

A l'extrême opposé se trouvent les familles qui occupent ± au plus des continents, soit 1 ou 2, quelquefois 3 régions d'étendue médiocre, sur les 50 admises précédemment (p. 478). Je les indique en les classant suivant le nombre de leurs genres et espèces, car il est clair que cette condition a beaucoup d'influence sur l'étendue de l'habitation.

Un seul genre; utw seule espèce (a).

Rouwéacées Ile Maurice.

Un seul genre; deux ou trois espèces.

Punicées 2 csp. Sud-ouest de l'Asie, Antilles et Guyane.

Culumelliacées 3 id. Pérou, Quito.

Brunoniacées 2 id. Nouvelle-Hollande.

Lconiacées 3 id. Brésil , Pérou.

(a) Parmi les familles d'une seule espèce, les Sphénocléacées offrent ceci de singulier, que l'espèce habite dans un grand nombre de régions du globe.

Un genre; plusieurs espèces.

Cyphiacée» 16 esp. Cap.

Deux à quatre genres ; trois à quinze espèces.

Alangiées 2 genres. 3 esp. Inde, Népaul, Chine.

Francoacées .... 2 id. 5 id. Chili.

Calycanthées .... 2 id. 5 id. Etats-t'nis, Californie, Japon, Chine.

Rnizobolécs 2 id. 9 id. Amérique méridionale tropicale.

Aquilarinées .... 3 id. 8 id. Chine, Moluqucs, Ccylan.

Centrolépidées ... 3 id. 14 id. Nouvelle-Hollande.

Trémandrées .... 3 id. 21 id. Nouvelle-Hollande.

Slilbacées 4 id. 8 id. Cap.

Dix à onze genres; quarante à cinquante espèces.

Vochysiacées. . . 10 genres. 51 esp. Amérique méridionale tropicale. Bruniacécs ... 11 id. 46 id. Cap , Madagascar.

Trente genres; plus de trois cents espèces.

Épacridées

Nouvelle-Hollande et Iles voisines ; une espèce à la presqu'île de Malacca ; une dans l'Amérique australe extra- Iropicale.

On pourrait citer encore les Tropieolées et les Calycérées, qui s'étendent en Amérique dans les régions inlcrtropicales; les Monolropées, qui se trouvent en Europe et dans l'Amérique septentrionale ; les Aurantiacées, dont le centre est l'Asie méridionale, et dont aucune probablement n'est originaire d'Amérique, de l'Australie, ni de plusieurs régions africaines; les Slylidiées, qui n'existent qu'en Australie, dans les îles voisines, en quelques points de l'Asie méridionale et à la Terre de Feu ; les Napoléonées, qui sont seulement au Brésil et dans l'Afrique occidentale. Toutes ces familles ont une aire assez restreinte, mais qui parait cependant plus grande que la limite prise ci-dessus de ^ de la surface terrestre.

Toutes les familles du tableau ci-dessus, excepté les Épacridées, ont un nombre de genres et d'espèces inférieur à la moyenne. Cette circonstance fait ressortir davantage à quel point les Yochysiacées, Bruniacées, et surtout les Épacridées sont des formes locales. Les deux premières caractérisent l'Amérique méridionale et le Cap ; la dernière abonde surtout à la Nouvelle-Hollande, mais ne lui est pas absolument propre.

Aucune famille de Monocotylédones n'est aussi limitée dans son habitation, et, à plus forte raison, aucune des familles de Cryptogames.

En général, ce sont les catégories de plantes où les espèces ont l'aire la plus vaste (Cryptogames, Monocotylédones, plantes des régions arctiques, des régions tempérées de notre hémisphère) qui offrent des familles à aire

très vaste; inversement, les catégories de plantes où les espèces sont le plus locales (Dicotylédones, plantes du Cap, de la Nouvelle-Hollande, des régions équatoriales et australes) sont celles qui présentent des familles à aire très limitée. Il y a donc une certaine analogie entre l'aire des espèces et l'aire des familles auxquelles ces espèces appartiennent; mais cette analogie est si fréquente, si étiangère aux communications actuelles entre les pays, qu'elle doit provenir des causes anciennes qui ont déterminé la distribution de toutes les formes végétales, indépendamment des moyens actuels de diffusion des espèces. ' •

§ lit. AIRE MOYENNE ABSOLUE DES FAMILLES.

Je vais estimer l'étendue moyenne de l'habitation des familles d'après trois procédés, dont aucun sans doute n'est rigoureux, mais qui suffisent pour le but qu'on se propose dans de semblables recherches.

Dans les sept familles qui ont été données comme exemples, Taire des espèces s'est trouvée être à celle des familles comme 1 : 23(voy. p. 1157). Mais ce rapport n'a qu'une apparence de réalité. Il faut se rappeler que les espèces trouvées dans une région n'occupent dans le fait qu'un tiers de la région (p. 500) ; alors les chiffres deviennent J : 23. D'un autre cOté, une famille indiquée dans une région n'occupe pas toujours l'ensemble de cette région, mais l'immensité de l'habitation des familles rend cette cause d'erreur peu importante. Ce n'est pas dans le centre de l'habitation qu'elle se manifeste, c'est dans la périphérie, à peu près dans 3 ou h régions sur 23. L'étendue réelle est peut-être de 20 ou 21 régions, au lieu de 23. Supposons 20, le rapport se trouve ainsi de à à 20, soit — 1 : 00. Or, l'aire moyenne absolue d'une espèce de Phanérogames étant d'environ , soit 0,0007 de la surface terrestre, l'aire des genres serait 00 fois plus grande, c'esl-à-dire de 0,'i0 de la surface terrestre.

On peut aussi considérer directement le chilTrc de 2h régions sur 50, dans lesquelles on connaît les familles énumérées, ou de 23, en négligeant les Crucifères comme trop nombreuses. 11 faudrait réduire à 20, à cause de l'erreur mentionnée il y a un instant. 20 régions sur 50 équivalent 9 40 sur 100. On arrive ainsi au même chiffre de 0,40 de la surface terrestre.

Enfin, comme les six ou sept familles étudiées sous* ce point de vue'ne sont pas un nombre suffisant pour baser des calculs, qu'en particulier elles ne renferment pas de Monocotylédones, ni de familles très peu nombreuses en genres et espèces, on peut essayer de jeter un coup d'œil sur l'ensemble des familles. Les 101 familles de Dicotylédones publiées attuelle-

A1IŒ DES FAMILLES. 1161

ment dans le Prodromus, se décomposent de la manière suivante : 19 tout à fait bornées, occupent environ 0,04 de la surface terrestre; 57, habitent les régions intertropicales ou subtropicales, comprises entre 0 et 30° de latitude non! et sud, qui constituent à peu près la moitié de la surface des continents; et 85 familles se trouvent dans les régions tempérées, avec une extension ordinairement assez grande dans les régions polaires et tropicales. D'après cela, il paraîtrait que Taire moyenne des familles de Dicotylédones, et à plus forte raison des familles de Phanérogames, dépasse un peu la moitié de la surface terrestre.

Les premiers calculs conduisaient à une valeur moindre. Celui-ci mérite tout autant de confiance. En estimant que Taire des familles de Phanérogames est d'environ la moitié de la surface terrestre, on doit se prouver assez près de la vérité.

Si Ton veut rapprocher les valeurs qui expriment les aires moyennes absolues de Y espèce, du genre et de la famille, on verra que la progression est comme ceci :

ou si Ton veut :

ou encore :

Tandis que les genres comptent 1 j espèces en moyenne, d'après les volumes I à XIII du Prodromus (a), et les familles 2l>3 espèces, ce qui établit la progression :

i il 298

On voit par là combien les espèces d'un même genre et surtout celles d'une même famille sont accumulées dans les mômes régions, au lieu d'être éparpillées et d'avoir une habitatiou proportionnelle au nombre de leurs espèces.

(a) Yoy. p. 1157.

1102 CHANGEMENTS .jl I .sOPÈHENT HANS LIIABITATION L'ES FAMILLES.

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