‹ Géographie botanique raisonnée; ou, Exposition des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'epoque actuelle;Chapitre 85 sur 146 · s Mu r*n Vj.pI · texte numérisé non relu

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Malgré le soin avec lequel j'ai éliminé les Flores incomplètes, celles du moins où Ton peut croire que l'une des classes a été plus négligée que l'autre, il existe encore dans W* chiffres cités des sujets de doute. Us sont indiqués par les auteurs ou les collecteurs et trahis quelquefois par les pro*

(a) Je n'ai pas compté deux e*p.'»«-s dont la famille est restée inconnue.

portions elles-mêmes. Dans les herbiers de liahia, par exemple, les Orchidées sont trop faiblement représentées ; par conséquent, la proportion de Monocotylédones ne doit pas être dans le pays aussi faible qu'elle parait l'être.

Pour la Nouvelle-Zélande, à l'ép\)que où l'amiral d'tlnrille et A. Richard (a) connaissaient 21 1 Phanérogames, la proportion des deux classes était 7â,9 Dicotylédones, 25,1 Monocotylédones. ÀUan Cunningbam (b) réunit ensuite 394 Phanérogames, sur lesquelles la proportion était de 8Q,4 Dicotylédones et 19,6 Monocotylédones. Raoul (c) a donné plus récemment une liste de 507 Phanérogames, où les proportions se trouvent de 7K,9 et 21,1 ; enfin, l'ouvrage, beaucoup plus complet, du docteur Hooker (</), donne pour 730 Phanérogames, 72,2 et 27,8 des deux classes. Dans ce cas, comme à l'ordinaire, plus on a connu la flore, plus la proportion des Monocotylédones s'est trouvée grande.

Pour Java, Juan Fernande*, le mont Sinaï, les chiffres sont encore incertains.

Tout en reconnaissant ces sujets de doute, les lois principales indiquées parles auteurs se voient dans le tableau.

Ainsi, pour les régions tempérées des deux hémisphères, la proportion des Dicotylédones augmente et celle des Monocotylédones diminue à mesure qu'on se rapproche des tropiques. Cette loi générale ressort de toutes les subdivisions du tableau, les pays étant disposés dans chacune selon leur latitude, en marchant du pôle arctique au pôle antarctique. Toutefois, il y a de nombreuses modifications qui révèlent des influences secondaires.

Ainsi, avec une température analogue, les pays humides offrent une proportion de Monocotylédones plus forte , et de Dicotylédones plus faible ; les pays secs, au contraire, présentent une proportion de Dicotylédones plus forte et de Monocotylédones plus faible. La France, comparée aux gouvernements d'Astrakan, Saratow et Orembourg, région d'étendue analogue, et sous les mêmes degrés à peu près de latitude, mais plus sèche, fournit une preuve de cette loi. De même, la Grande-Bretagne, comparée aux provinces de Podolie, Volhynie, Kiew et Bessarabie, et le département du Calvados comparé à une étendue analogue aux environs de Pesth. D'après ces comparaisons, qui sont rigoureuses de tout point, il est

(a) Voy. de {"Astrolabe, vol. II, part, il, p. 596 et suivante».

(b) Companion tu ihe bol. mag., vol. Il, et .-in m. of nal. hist., vol. I, et jiwqu'.i

déc. 1839.

(c) Choix de plantes, I vol in -fol., p. 36.

(d) Flora of Sew lealand, V, 1852.

difficile de ne pas attribuera l'humidité la proportion de.Monocotylédones un peu forte en Hollande et aux îles Féroé; très forte aux îles Malouines, Tristan d'Acunha, Kerguelen, Auckland et Campbell. Parles mêmes motifs, on peut attribuer à la sécheresse la faible proportion de Monocolylédones aux Iles Baléares, à Marseille, en Sicile, au mont Sinaï.

Dans les régions tempérées de l'hémisphère austral, on observe la même loi que dans l'hémisphère boréal. Ainsi, les îles delà Nouvelle-Zélande qui sont humides, assez uniformément, présentent une diminution de Dicotylédones et une augmentation de Monocolylédones en allant du tropique vers le pùle sud. J'ai calculé que dans les listes de Cunningham l'ile septentrionale de la Nouvelle-Zélande a 15,â Monocolylédones sur 100 Phanérogames; l'île méridionale ou plutôt centrale, 25, à. La différence des surfaces n'est pas assez grande pour influer; mais le chiffre concernant l'île centrale ne reposant que sur 414 Phanérogames, est peu certain. Le docteur Hooker (sir J. Ross, Voy., I, p. 158), trouve dans l'île de Campbell, qui est à 120 milles au midi de l'île d'Auckland, et d'une étendue analogue, une modification semblable. Auckland: 31 pour 100 de Monocolylédones et Campbell, A i \.

On sera peut-être surpris de voir les proportions assez irrégulières dans la région arctique, où l'humidité semble cependant ne jamais manquer. A l'Ile de Mageroë, par exemple, au Spitzberg et au Labrador, la proportion des Dicotylédones est forte et celle des Monocotylédones faible, relativement aux pays voisins et aux conditions de température. L'ile de Melville rentre mieux dans la loi des régions tempérées, et la Laponie (qui comprend Mageroê), de même que l'Islande, y sont complètement soumises. Avant que les faits fussent bien constatés, M. H. Brown (Bot. Congo, p. 423) avait soupçonné une interversion dans la progression des deux classes vers l'extrême nord. De nouveaux documents lui avaient fait abandonner cette idée (Mehil., p. 4), que M. Heer(J/ï«A.,p. 102), elle docteur Hooker (Trans. linn. Soc, XX, p. 241), soutiennent cependant encore d'après un ensemble de faits. En réalité, il y a de singulières variations dans les chiffres proportionnels des deux classes, dans les régions tout à fait boréales. Cela vient probablement de conditions locales, dont l'effet est important, surtout dans les pays de peu d'étendue; elles favorisent ou entravent telle ou telle famille de l'une ou l'autre classe. Un écoulement des eaux plus facile, un sol plus ondulé qui détermine des abris et des expositions favorables dont le thermomètre observé à l'ombre ne fournit pas la preuve , telles sont les causes qui modifient les climats septentrionaux, en apparence les plus semblables. Remarquons aussi que sur des Flores de 100 à 300 Phanérogames, l'omission, par les auteurs, de 2 ou 3

1 1 82 COMPARAISON DES ESPECES DICOTYLEDONES ET MONOCOTTLÉDONES .

espèces, ou la présence d'un petit nombre sur les confins de la région, peut-être dans quelque localité exceptionnelle , changent les proportions, tandis que, dans les pays méridionaux , les valeurs numériques reposent sur des chiffres élevés, et sont, par conséquent, moins variables.

Une question plus importante, qui peut jeter du jour sur les variations dans les pays du nord, est desavoir comment les proportions se présentent sur les montagnes et dans les régions montueuses en général. A cet égard, je me fie peu aux chiffres donnés dans les ouvrages. Les listes d'espèces croissant à une certaine hauteur sur une chaîne de montagnes sont presque toujours incomplètes. Elles contiennent bien les espèces alpines ou subalpines, mais rarement on a pris la peine de constater toutes les espèces de la région inférieure qui s'élèvent au-dessus de la limite indiquée. On est beaucoup plus frappé des premières que des secondes, et il en résulte un total incomplet.

D'ailleurs, les régions superposées ne peuvent jamais être prises dans un sens absolu ; elles sont trop rapprochées, et leurs limites sont trop irrégulières, en raison d'une foule de circonstances locales. Au-dessus de 2,000 mètres, par exemple, dans une chaîne de montagnes, et même sur une seule montagne, il y a des replis de terrain, des expositions qui appartiennent plutôt, par la température et par la composition de leurs végétaux, a la région inférieure ; plus bas, ce sont les plantes de la région supérieure qui descendent le long des ruisseaux et dans quelques localités d'une fraîcheur exceptionnelle. Les transports introduisent momentanément beaucoup d'espèces d'une région à l'autre? Doit-on les éliminer? Chaque auteur a-t-il envisagé ces cas particuliers de la même manière? On l'ignore presque toujours, et souvent les auteurs eux-mêmes n'y ont pas pensé. En outre, la surface des régions alpines, subalpines, etc., n'est presque jamais indiquée ; elle est difficile à estimer, et cependant nous savons que l'étendue des surfaces considérées dans un calcul, modifie les proportions de familles et de classes, indépendamment de toute différence tenant à la réalité des choses.

J'ai parcouru toutes les Flores et tous les ouvrages de géographie botanique pour trouver des énumérations complètes (par exemple à un dixième près) des Phanérogames croissant à une certaine hauteur, dans une certaine étendue déterminée ou du moins appréciable. On le croira difficilement, mais je puis cependant l'affirmer, je n'ai rencontré que deux localités offrant ces conditions, savoir : le sommet du Brocken et celui du Pic du Midi de Bagnères, à quoi j'ai ajouté le Jardin du glacier du Talèfre, audessus de la mer de Glace, près de Chamounix. Pour toutes les autres localités montueuses, les Flores ou listes de plantes laissent dans le vague.

tanlôt le fait d'une énumération complète, tantôt la sur/ace de pays envisagée. Il faut donc suppléer par des documents approximatifs.

Remarquons d'abord que les trois localités restreintes du Hrocken, du Jardin et du Pic du Midi de Bagnères, offrent une augmentation régulière de Dicotylédones et une diminution de Monoeotvlédones, qui correspondent aux proportions des plaines adjacentes, c'est-à-dire en rapport avec les degrés de latitude (p. 1179). Ces trois localités élevées, dans le Ilarz, les Alpes et les Pyrénées, semblent obéir à la loi générale d'accroissement de Dicotylédones et de diminution des Monoeotvlédones vers le midi, comme le feraient des localités de même étendue, situées dans les plaines. Maintenant, pour savoir si l'élévation a modilié les proportions des deux classes , il faudrait connaître des localités voisines de même étendue ou à peu près, situées à des hauteurs différentes. C'est ce que malheureusement nous n'avons pas. Kn comparant le Droeken avec l'île de Norderney et avec les environs immédiats de Strasbourg, la proportion des Monoeotvlédones y est plus forte; mais ces localités sont 50 fois et 500 fois plus grandes , et nous savons que plus on considère un petit espace, plus, toutes choses d'ailleurs égales, on trouve une forte proportion de Monoeotvlédones et une faible de Dicotylédones (p. 1164). Le Jardin et le Pic du Midi, comparés aux îles de Hœdic et Houat en Bretagne, aux environs de Strasbourg ou à l'île de Capraia, nous laissent dans la même incertitude par suite des mêmes causes et par des diversités de chiffres dans tous les sens. Au surplus, des localités aussi restreintes sont tellement affectées par les conditions locales du sol et de l'humidité qu'on ne peut rien conclure de trois ou quatre exemples quelque précis qu'ils soient en eux-mêmes.

Les observations de M. Heer, sur les proportions des deux classes dans les montagnes de la Suisse (a), méritent une mention spéciale. Klles approchent de beaucoup des conditions d'exactitude désirables, et elles reposent sur des éléments nombreux de comparaison.

Selon M. Heer, la Flore de Gaudin, pour l'ensemble de la Suisse, donne une proportion de Monocotylédones aux Dicotylédones = 1 : 3,^9, et pour la région alpine seule = 1 : 5 }, Ainsi, augmentation de Dicotylédones sur les hauteurs, et, j'ajouterai, augmentation d'autant plus frappante que l'espace de la région alpine étant plus petit, les Dicotylédones devraient y paraître moins nombreuses, toutes choses d'ailleurs égales. Dans les Alpes granitiques du canton de Claris, M. Heer a trouvé, d'après

(a) Dos VerhUtniss der Mwoc. su der DiOl'jL, etc., dans Frôbel un.! Heer, MMhriilunqen ans theoret. Erdkunde, I, p. 99.

un aperçu de différentes localités, les rapports suivants, où les Monocotylédones sont prises pour unité :

De la limite des arbres , 5500 pieds à 6000 pieds =1:5 environ.

De 6 à 7 000 pieds = 1 : 5,25

De 7 à 8 000 pieds = 1 : 5,6*

Dans les Alpes granitiques du Saint-Gothard :

De 5 à 6 000 pieds (d'après 8 localités) = 1 : 4,9i!

De 6 à 7 000 pieds (d'après 6 localités ) = 1 : 5,07

De 7 à 8 000 pieds (d'après 14 localités). ... s 1 : 5,50

De 8 à 8 :»00 pieds (d'après 7 localités) = 1 : 5,60

Il remarque une immense différence, comme on doit s'y attendre, entre les localités sèches et les localités marécageuses. Dans les premières, les Dicotylédones sont, pour ces régions des Alpes centrales, de sept à neuf fois plus nombreuses que les Monocotylédones; tandis que pour les secondes, elles ne sont guère que trois fois plus nombreuses.

Sur les Alpes calcaires des cantons de Claris et des Grisons, qui sont moins étendues, M. lleer a trouvé généralement le rapport:

De 5 à 6 000 pieds = 1:6

De 6 à 7 000 pieds = 1 : 6,7

De 7 à 8 000 pieds =1:7

Knlin, à la limite extrême de toute végétation, au-dessus des neiges perpétuelles, sur les rochers accidentellement dénudés, on ne trouve dans le canton de Claris que l'Arelia pennina, Gaud., c'est-à-dire une Dicotylédone.

Ces chiffres démontrent une augmentation graduelle des Dicotylédones a mesure qu'on s'élève dans les Alpes. Ils sont d'autant plus probants qu'ils s'appliquent à des localités restreintes, dont M. Heer indique la moyenne, et que, toutes choses d'ailleurs égales, en restreignant l'espace considéré, on diminue la proportion des Dicotylédones.

Les rapports 1 : (5 et 1 : 7, si fréquents dans les régions alpines de (a Suisse, répondent à des proportions de 85,7 et 87,5 Dicotylédones, 14,3 et 1*J,5 Monocotylédones, sur 100 Phanérogames, c'est-à-dire à des proportions considérables de Dicotylédones et très faibles de Monocotylédones, En cela, certainement, les Alpes diffèrent beaucoup des régions arctiques, où la proportion de quelques familles est d'ailleurs analogue et où certains genres, certaines espèces sont les mêmes.

Des faits isolés, moins précis, épars dans divers ouvrages, et recueillis en abrégé par M. Heer, montrent que les régions alpines ou supérieures de l'Altaï, du Caucase, des Carpalhes, des Pyrénées, des Apennins, présentent aussi un accroissement de Dicotylédones et une diminution de Monocotylédones , à l'égard des plaines voisines. Le sommet de l'Etna

paraît faire exception, d'après M. Heer. Il en juge par 45 espèces Phanérogames indiquées par Philippi («), comme croissant au-dessus de la limite des arbres, parmi lesquelles on compte seulement 34 Dicotylédones et 11 Monocotylèdoncs (75,6 et 24,4 pour 100, soit Monocolylédones : Dicotylédones = 1:3), mais cette liste n'est probablement pas complète.

Celles de M. Boissier, pour les différentes régions de la Sierra-Nevada (6), ne comprennent que les espèces recueillies par lui et dans un seul voyage, toutefois les résultas concordent avec les faits observés par M. Heer sur les Alpes, excepté pour la région nivale. Les rapports sont :

Région inférieure = 1 : 4,3

Région montueuse = 1 : 6,4

Région alpine = 1 . ("»,(»

Région nivale « I : 6,1

La presqu'île du mont Sinaï présente plus de Dicotylédones que l'Egypte, dont l'étendue supérieure aurait amené, toutes choses égales, une moins forte proportion de cette classe. Ainsi la loi observée en Europe se retrouve dans cette région. De môme, dans les îles montueuses des Açores, Madère, Canaries et du cap Vert, car la proportion des Dicotylédones est assez forte dans ces archipels pour indiquer une cause locale agissant dans re sens.

M. Jameson (Hook. , Jonrn. , 1845, p. 385) donne la liste de 193 Phanérogames croissant sur le Chimborazo entre 12 et 14,000 pieds d'élévation, près de Salinas. Elle se compose de 28 Monocotylèdoncs et 165 Dicotylédones; rapport, 1 : 5,9 (soit 84,5 et 14,5 sur 100 Phanérogames). La proportion de Dicotylédones est forte, mais peut-être pas supérieure à celle d'une étendue semblable au pied de la montagne. L'auteur donne sa liste pour correcte, mais il ne dit pas complète. En général, quand on réfléchit à l'énorme proportion des Composées, dans toute la chaîne des Andes, il est difficile de ne pas croire à un accroissement de Dicotylédones dans les régions supérieures de l'Amérique méridionale, comme sur nos montagnes d'Europe.

Les faits concernant les montagnes expliquent peut-être pourquoi, dans le nord, les proportions varient beaucoup et font croire tantôt à une augmentation, tantôt à une diminution des Monocolylédones sous des latitudes avancées. Quand une contrée boréale présente essentiellement en été des neiges fondantes, avec des terrains inclinés, rocailleux et un écoulement facile des eaux, les conditions ressemblent à celles des régions nivales des hautes montagnes. Sous une latitude très avancée, il suflit d'une légère

(a) Ltnnaa, vol. Vit, p. 751. Le chiffre total des espèce» indiquées est 48, non 45, comme le dit M. Heer, mais la proportion qu'il donne montre qu'il a calc ulé sur le vrai chiffre.

(6) Voyage bot. en Espagne, in- 4, vol. I.

élévation pour que la plupart des localités se trouvent à la limite des neiges perpétuelles. Kn pareil cas, la proportion des Dicotylédones doit augmenter et celle des Monocotylédones diminuer. Le contraire est probable si le pays présente de vastes étendues marécageuses. Il se trouve alors dans la condition des localités froides et humides des hautes montagnes, où l'on sait que malgré l'élévation absolue la proportion des Dicotylédones est faible »'t la proportion des Monocotylédones considérable. Les régions polaires, d'une certaine étendue, comme le Labrador, l'Islande, l'île Melville, etc., doivent offrir un mélange de ces deux catégories de conditions. Il doit en résulter des variations dans les classes, selon que l'une ou l'autre des conditions prédomine, tandis que sur les montagnes les localités marécageuses sont ordinairement une exception.

.le reviens aux pays rapprochés des tropiques ou de l'équateur.

La proportion des classes y est peu connue, faute de renseignements précis sur le nombre des espèces et sur l'étendue des contrées dont les auteurs ont voulu parler.

Selon M. R. Broun (Gcn. rem., p. 6), les proportions dans la Nouvelle- Galles du Sud, d'après des collections déjà assez complètes, étaient de 3 à 1 , c'est-à-dire 7.") et 25. Le pays où les collections dont il s'agit avaient été faites doit s'entendre de la zone étroite comprise entre la mer et les montagnes, ayant Port-Jackson pour centre, sous 33° 55' lat. sud. Les chiffres paraissaient à peu près semblables de l'autre côté du continent australien sous une latitude analogue, mais à l'extrémité australe de Van-Diémen lat.), et aussi dans la partie équinoxiale de la Nouvelle- Hollande, vers la baie de Carpentarie, le rapport semblait à M. R. Brown de\oir être de h à i, soit SO et 20. Ceci serait bien différent de ce qu'on observe en Europe, car la Nouvelle-Galles, étant un pays plus sec et plus chaud (pie Van-Diémen, dévi ait offrir une proportion de Monocotylédones plus faible. La Flore de Van-Diémen par le docteur Hooker n'étant pas terminée, je ne puis dire à quels chiffres s'élèvent réellement, d'après des documents complets, les espèces des deux classes. Pour la colonie de Swan-River, au sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, les collections de Preiss donnent 1450 Dicotylédones et 355 Monocotylédones (a). Le rapport est donc de à 1, soit 80,3 et 19,7, ce qui se rapproche plus des chiffres admis par M. Brown pour Van-Diémen et Carpentarie, que de ceux qu'il admettait pour le même pays, d'après des documents inférieurs à ceux de Preiss. Les proportions de 80 à 20, si fréquentes dans les divisions de

(a) Grisebach, Bericht, 18*4, p. 84, cl Lel.mann, Pl. l'rciss., vol. II, fuse. I. J'ai préuré ne pas comprendre les Suppléments qui jo rapportent ;« quelques familles et aux plantes de Drmnmond en partie.

COMP.UIAISO.N ULS KSPKCKS. DICOTYLÉDONES ET *OftOCOTYLfcDONES. 1187

l'Australie, se voient aussi en Egypte, pays analogue au point de vue de la distance de l'équateur, de rétendue et des conditions de sécheresse. La grande différence est dans la composition des familles, soit de Dicotylédones, soit de Monocotylédones, en particulier de celles-ci, car les Orchidées, Ha?modoracées, Hestiacées, Liliacées, ne ressemblent guère aux Graminées et Cypéracées de l'Egypte.

Au cap de Bonne-Espérance, le chiffre des Monocotylédones est singulièrement élevé (24 pour 100), malgré la sécheresse générale du pays et l'étendue de surface considérée dans le calcul. La proportion est plus forte que dans une étendue correspondante de l'Europe moyenne. Cela s'explique par l'abondance des Liliacées et des Iridées, qui forment 35 pour 100 des Monocotylédones, et qui sont ordinairement dans ce pays des plantes de terrains secs. Du reste, le travail remarquable de M. E. Meyer (a) fait ressortir la composition particulière des Monocotylédones de l'Afrique australe, et montre combien les proportions des deux grandes classes varient d'un district à l'autre. Les extrêmes, pour des Flores, il est vrai imparfaitement connues et sur des espaces de terrain inégaux, se trouvent être 1 : 2,45 et 1 : 4,90. Ce dernier chiffre basé sur 48 Monocotylédones et 235 Dicotylédones (16,9 et 83,1 sur 100 Phanérogames), le plus favorable aux Dicotylédones, existe dans les collections de Drège pour un district élevé et desséché de l'intérieur. Sous de pareilles conditions, et pour une petite surface, les proportions se trouvent à peu près comme aux îles Canaries, dont les circonstances ne sont pas très différentes. En général, au Cap, comme en Europe, les Dicotylédones augmentent sur les montagnes et les Monocotylédones diminuent. La région orientale fait exception à cet égard, mais cela tient probablement à une abondance considérable de pluies, ce qui fait rentrer l'exception dans les règles ordinaires (6). Dans l'île Maurice, la proportion des Monocotylédones est très élevée. A l'île Norfolk, dans les lies de la Société, elle est assez forte. L'influence d'un climat humide s'y fait sentir. Les chiffres concernant Bahia, Juan-Fernandez, Java, sont douteux, et je n'oserais en faire usage.

Dans la zone équatoriale, en particulier sur terre ferme, les proportions sont encore incertaines.

M. R. Brown {G en. rem., p. 5) estimait le rapport de 5 à 1 (83,3 et 16, 7 pour 100) dans la moyenne des Flores de pays entre 0* et 30° latitude nord. Les herbiers du Congo lui fournissent ensuite, pour cette région africaine, chaude et humide, le rapport de 4 à 1 (80 et 20 pour 100). Pour l'immcnse*étendue de côtes formant Angola, le Congo et les deux

(n) Zwei Pflanzen geogr. Documente, p. 32. (6) /rf., tbt l., p. 35.

118S COMPARAISON DBS ESPÈCES DICOTYLEDONES ET MONOCOTYLÉDONES.

Guinées, le Flora \igriiiana, de sir YY. Hooker (p. 576, 577), indique 1109 Dicotylédones et 308 Monoeotylédones; rapport, 5,0 à 1, soit 78,2 et 21,8 sur 100 Phanérogames. D'après cela, pour un espace restreint de la même contrée, on pourrait fort bien trouver 23 ou 24 pour 1 00 de Monoeotylédones. En Amérique, la proportion des Monoeotylédones doit être assez forte sur les bords de l'Amazone, de l'Orénoque et sur le littoral de la Guyane, à cause de la quantité d'Orchidées, Scitaminées et Aroïdes, jointes aux Graminées et Cypéracéessi fréquentes en tout pays. Malheureusement, il n'existe pas une seule Flore ou liste locale sur laquelle on puisse calculer les proportions. D'après une estimation vague, je croirais que, dans les régions équatoriales humides, les chiffres doivent être environ 75 et 25, sur une étendue de mille lieues carrées ou à peu près, et dans les régions sèches, environ 82 et 18. Sur les montagnes, la proportion des Dicotylédones augmente encore.

Les résultats généraux de ce qui précède sont faciles à condenser. Ils se réduisent à un seul fait : L'humidité augmente la proportion des Monoeotylédones et diminue celle des Dicotylédones.

Les proportions moyennes sont impossibles à préciser, parce que les documents font défaut, et que, d'ailleurs, le chiffre des Monoeotylédones augmente à mesure qu'on envisage un pays plus restreint; mais si nous supposons pour une étendue de mille lieues carrées des proportions de 80 Dicotylédoneset 20 Monoeotylédones, ou pour une étendue de5001ieues, 79 Dicotylédones et 21 Monoeotylédones, nous ne serons pas éloignés de la vérité. Maintenant, les pays chauds et humides voisins de l'équateur et les îles interlropicales présentent déjà moins de Dicotylédones et plus de Monoeotylédones; les pays tempérés et septentrionaux, et surtout les lies tempérées australes, présentent des modifications analogues bien caractérisées, et cela d'autant plus que les surfaces des lies australes sont fort limitées; ainsi, à Tristan d'Acunha, les chiffres deviennent «0 et 60. Inversement, les régions sèches, en particulier, les pentes des montagnes où l'inclinaison du sol et la rareté de l'air se combinent pour diminuer l'eau surabondante du terrain, présentent une augmentation de Dicotylédones et une diminution de Monoeotylédones.

Cette dernière modification n'est cependant pas sans exceptions; mais la connaissance des détails explique les anomalies apparentes. Ainsi, dans l'Afrique australe, on trouve une forte proportion de Monoeotylédones, sans doute ci cause de l'abondance de quelques familles de cette classe qui ne craignent pas la sécheresse (Iridées, Liliacées);â la Nouvelle-Hollande, ou remarque ù un moindre degré des faits analogues ; enfin, en Kgypte, la proportion des Monoeotylédones est forte, pour un pays considéré

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