‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 101 sur 146 · AMERIQUE. — PATAGONIE · texte numérisé non relu

AMERIQUE. — PATAGONIE

année solaire, divisée en douze mois de trente jours, avec cinq jours intercalaires, est marquée par les solstices, qu’ils observent avec soin. Ils divisent le jour et la nuit en douze heures, dont une répond à deux des nôtres. Amateurs d’une poésie remplie de grandes images, ils se donnent des noms aussi pompeux et aussi harmonieux que ceux des anciens Grecs : l’un se nomme Cavi-Lémon, c'est-à-dire vert bosquet ; l’autre, Meli-Antou, c’està-dire quatre soleils.

La langue moluche ou araucane est douce, riche et élégante ; leurs verbes ont trois nombres, et beaucoup de modes et de temps. [ls distinguent leur pays en quatre parties, qu’ils nomment : 4° Zanguen-mapou, c’est-à-dire la contrée maritime; 2° Lelvun-mapou, la contrée de la plaine; 3° Inapirèmapou, le contrée sous les montagnes; 4° Piré-mapou, la contrée des montagnes.

Les chefs héréditaires s'appellent ulmen, et un chef de guerre ou généralissime porte le titre de {oqui. La forme de leur gouvernement étant un mélange d’aristocraiie et de démocratie, l’éloquence est cultivée avec beaucoup de succès : on distingue le style poétique, plein de feu et d’imagination, du style historique, où doivent régner la gravité et l'élégance. Leurs médecins ne sont pas tous de prétendus sorciers, comme chez les autres Indiens : il y en a deux sectes, qui se sont créé des systèmes et des méthodes.

Passons les Andes, et considérons les régions qui s’étendent du Rio- Negro, limite la plus méridionale de la confédération argentine au cap Horn. On leur a consacré le nom général de Patagonie, quoique cette dernière dénomination soit plus spécialement applicable aux régions situées au sud du 45° parallèle.

Les anciennes cartes espagnoles désignaient sous le nom de comarca desierta, c’est-à-dire province déserte, les contrées qui s’offrent d’abord à nos regards entre les 40€ et 45° parallèles, Ces vastes solitudes, dont le sol, généralement parlant, est aride et sablonneux, sont parcourues par les Moluches et les Puelches. Les Anglais, ces intrépides visiteurs, ont, dans ces derniers temps, essayé de pénétrer au milieu de ces pampas et de ces stepres américaines; ils ont rencontré quelques cours d’eau importants

coulant vers l’Atlantique : le Chulian, affluent du Chupat; le Deseado, qui traverse le lac Coloquape, et le lac Capar ou Viedma ; mais nulle part ils n’ont trouvé de traces d’une population sociable et sédentaire.

Les côtes seules de ces ingrates régions ont été examinées en détail : le golfe de San-Malias, la presqu'île San-José, la baie Camerones, le goife

Saint-Georges, et autres offrent de bons moui:ages, mais ni bois, ni eau douce, ni trace d'habitants; les oiseaux aquatiques et les loups marins règnent sans rivaux sur ces tristes rivages.

Près du cap Blanc, la terre se couvre de quelques buissons : il y a des plaines immenses couvertes de sel. C’est vers les sources de fa rivière de Camarones (et probablement à peu de distance des sources de la rivière de Gallego), entre le #3e et le 44e degré de latitude, qu'on doit chercher la demeure de la nation des Arguèles ou des Césares. Ce pays, au dire du R. P. Feuillée, est extrêmement fertile et agréable : il est fermé au couchant par une rivière grande et rapide, qui parait le séparer des Araucans. Les Cordillères qui embrassent cette contrée en rendent également l'accès diffice. Les Césares sont, du moins en grande partie, les descendants des équipages de trois vaisseaux espagnols qui, ennuyés des fatigues d’un ong voyage, se révollèrent, à ce qu’il paraît, et se réfugièrent dans cette vallée isolée. [ls ne permettent à qui que ce soit d'entrer dans leur

pays.

Les Tehuels ou micux Téhuelches demeurent dans l’intérieur du pays, entre la Comarca déserte et les Andes. C’est, selon Falkner, une tribu de la nation des Puelches, qui habitent entre les 35° et les 45° parallèles; et

comme ils ont, dit-il, généralement 4 mètre 95 centimètres de haut, il a paru naturel à ce missionnaire et à tous les auteurs modernes, de supposer que les Tehucl:h font des excursions à cheval jusqu’au détroit de Magellan, et que ce saut eux que les voyageurs ont désignés sous le nom de Patayrons, 25 Téliueclches, peuple paisible et humain, enterrent leurs morts d'une manière particulière : on dessèche leurs os, ensuite on les transporte sur les rivages de la mer, dans le désert; on les y place dans des cabanes, entourés des squelcttes de leurs chevaux,

Nous avons dit que ce n’est, à proprement parler, que l'extrémité de l'Amérique méridionale, au sud du 46e parallèle, qu’on nomme Patagonie, d'après ce peuple de haute taille, qui en occupe l'intérieur. Les géants de la Patagonie ont si long-temps excit* la curiosité des Européens, qu'on ne nous pardonnerait pas de les passer sous silence, quoique tout soit dit à leur égard.

L'ancienne tradition des Péruviens nous indique, dans le sud de l’'Amérique, un peuple de géants 1. Magellan, le premier marin qui navigua sur les côtes de fa Patagonie, vit de ses propres yeux quelques-uns de ces

1 Garcilasso : Histoire des Incas, 1. IX, c. 1x.

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