‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 143 sur 146 · TABLEAUX DES GRANDES DIVISIONS DE L'OCÉANIE · texte numérisé non relu

TABLEAUX DES GRANDES DIVISIONS DE L'OCÉANIE

dre de n’est pas inconnue en Europe. La leucéthiopie, ou cette espèce de lèpre

générale qui rend la peau des nègres d’un blanc livide, règne parmi les ivilisée Papouas dans la Nouvelle Guinée, et s'étend aussi à la race malaie, dans olonies l’île de Java, où l’on désigne les infortunés qui en sont atteints sous lenom luction de #akerlaks. À part ces aberrations de la nature, le mélange de la race

elà des malaie, ou, pour mieux dire, de celle des Océaniens olivâtres avec la race DANS, des Océaniens nègres, a dù suffire pour faire naître toutes les nuances yrésie. qu’on remarque parmi les nations de cette partie du monde dont nous , car il allons donner ia description spéciale. n autre nr d'’ai- ; a chro- TasLeau des grandes divisions de l'Océanie. mir en mières e.

e fanape Soumdtra. |L'Avsrnauie (Nou=|LA Nouvezze -Zé-|Lestles Gilbert.

ans les ‘a. velle-Hollande). | LANDE T'asmanie).| Les îles Mulgrave.

| Billiton. Lalsrreas Van-Dié-|Lesiles Wallis Les FU Pelew (Pa-; s entre || ILES DE LA SONDE. © Jap men (Tasmanie). |Les îles Tonga (des| Lao

| Madura. |La Nouvelle Guinée.| Amis). L'archipel des Caro-

| Bali (Bally).|Les îles de l'Ami=|Lesîles Hamao (des| lines.

| rauté. Navigat ou Bou-|Les îles Marshall,

où Le Nouvel Hanovre.| gainville), Les iles Mariannes ligènes 1-0 La Nouvelle-lrlande.|L'archip. Roggewin (Marie-Anne).

POLYNÉSIE. , MICRONÉSIE.

ILES Florès ? a L’ À se à La RQ Li Les îles angia| L'archipel Anson. 1r tête, SuMBAWA-TiMoR, pneate gn (Coo ok). *o L'archipel Magellan. ; 4 Les iles Salomon. Les Ales Taïli (de la 1Ineux, pores de la Loui-| Société).

Banda. Les tles Tabouaouï.

comme ILes MoLuques | Amboine. L'archipel de La Pé-| L'ile Waihou (île de

$ Ceram. Pâques).

chaque 9 Gilolo. Les “Nouvelles-Hé- Les îles Mangareva

” aux Epices. Térnate. brid (Gambier).

. et le 1 T'idor. La Nouvele-Calido- Lestles l’'omotou(ar- L 4 chipel-Dangereux)

La terre Victoria. La LR de Graham.

Les îles Biscoë.

L'ile Alexandre [«r, L'ile Pierre £er.

emière bitants die qui

| a ; Les îles Viti (Fidji). | Les iles Nouka-Hiva rvalion L'ile de Célèbes. Lesiles Norfolk. su (Marquises). L'ile de Bornéo, LestiesWashinglon.

L'archipel Soulou ou Holo, Les tles Havaï où L'ARCHIPEL DES ÎLES PHILIP— Sandwich.

inthro- ad Re ; On doit d joindre maine. une foule de petites jus la plupart Inde S itées, en dehors de à Nou ces archipels.

'orangtérieur TERRES ANTARCTIQUES OU AUSTRALES, € COFPS Au Sud de l'Afrique : Au Sud de l'Océanie : Au Sud de l'Amérique : ps Cou- La terre d'Enderby. La terre Sabrina. Les terres de Sandwich. La terre Clarie. La terre Louis-Philippe.

ent ces Terres de Wilkes®P Les Nouvelles - Shetland du Lesiles Balleny. Sud

Tasueau de l'élévation absolue des principales montagnes de l'Océanie.

Malaisie.

MÈTRES. SYSTÈME DE LA SONDE. . , , .| Le Gounong-Kossumbra (SoumAtra). Le Gounong Passama id). .

Le Bérapi, volcan Le Dembo je

Le Smirou, id. (Java), . . . . , .

Le Tagal, id. (id). .

Le Ujede, id. (id.).

Le pic de s'ile Lombock. . . . ..

|Le Tomboro. volcan (Soumhavà). . .

SYSTÈME BORNÉO-LUÇONIEN. « .|Le mont Saint-Pierre (Bornéo)... . . .

Le Kinibalo . (id)...

Le mont Mayon. volcan (Luçon). . .

Le mont Muhaye (id.). ,.

Le mont Cavayan (Négros), . , , .

Le pic de Céram (archipel Moluques). . .

Le p'e de Trrnate (id). ,,

Le pic de Bourou (id.),,. ,.

Le Lambo-Batan (Célèbes), , . . .

ÎLe Gounong-Empong (id.). . . . .

Mélanésie.

SYSTÈME AUSTRALIBEN. . . . ,| Ée Sea-View-Hill (montagnes Blues), . . . ‘ Le pic culminant des ‘Alpes australiennes. . . . . Les monts Darling... ..,.. ...,,....

Le mont Bulka (monts Murrumhidgee), . : , , . . Le pic culminant des monts Barren (Diéménie). . . Le pic de Tasman id). Le mont Wellington (id) se + , SYSTÈME PAPOUASIEN. . . . ,| Le pic culmin. des mont Arfak (Paponasie occident.) . L’Astrolabe Paponasie orientale), Montagnes de la Nouvelie-triande. .

Le pic Guadalcanar iles Salumon). , . . .

: Le mont Capogo iVanikoro). ….

SYSTÈME ViTi, , . . . [Le pi: culminant de l'ile Tabe-Ounr.. , . . , Le pic de l'ile Handabon. ,.....,....,

Polynésie.

SYSTÈME TASMANIEN., . . . .| Le pic Egmont (Nouvelle-Zélande du Nord), . . . . . Le pie culminant de la Nouvelle-Z-lande du Sud.. SYSTÈME DE TOxNGA . . . . .|Le volcan de l'ile Tofoa, . RE SYSTEME DE HAMOA. . , . . .|Le pie «te l'ile Maouna SYSTEME LE TAITI .[Le Tobronu 'Taïli.., Le Mowa-Eruea (id). , Le Mowa Ororna (id.), SYSTÈME DE MEMDANA. . , . .| Le pre de l't'e Hiva-Oa SYSTÈME DES ILES SANDWICH. ,| Le Mauna Hoa (Havaï,, . . . Le Mauna Koa (id... ., Le Mauna- Vororay, volcan Le Kirauedh, i Le pic de Mauwi Le pic de Taouai,. , , + Falaise de Pari... ,, ,.,...

Le Rocher de la femme de Loix. , ..

Micronésie

SYSTÈME DES CAROLINES. . . .| Le Mont-Saint, île Porcinipet (Carolines). . Le Dol (Hogoléon) td)...

Le prion d'Oualan Gd.)., Montagnes de Guam (Îles Mariannes).

Terres Antarctiques.

SYSTÈMES ANTARCTIQUES . . .| L'Erebus, volcan (terre Victoria). , . . Le plus haut pie des {les Balleny. . Le mont D'U:ville (terre Louis-Philippe). .

Le pic Clarence (Shetland austral), .

Le pic de l'ile Coronation. . . .

Suite de la Description de l'Océanie. — Description spéciale de la Malaisie. — Description spéciale des iles de la Sonde et de l’île de Bornéo.

La première grande terre que l'Océanie nous présente en venant de l’Asie, est l'ile de Sumdtra, ou mieux Soumdlra, vaguement connue de Ptolémée, qui parait indiquer la pointe d’Achem sous le nom de /aba-Diu, c’est-à-dire Java-Div, ou l’île de l'Orge. Dans quelques éditions de Ptolémée, le nom de Samaradz: semble être une corruption de celui de Soumâtra. Les Arsbes la connurent sous les dénominations de Lumery et de Saborma, Marco-Polo en nomme quelques royaumes et cantons; il Pappelle la Pelile-Java, en opposition avec Bornéo, qui est sa Grande-Java ?. Encore aujourd’hui, en combinant avec les rapports des Anglais, copiés par les géographes, ceux des Hollandais qu’ils négligent, nous ne pouvons guère décrire authentiquement que les côtes,

Cette île, nommée par les indigènes Andelis, et peut-être Samddra, s’étend du nord-ouest au sud-est l’espace de 376 lieues; sa largeur varie de 20 à 85. Une chaine de montagnes la traverse selon sa longueur; elle est plus voisine du rivage occidental ; néanmoins l’une et l’autre côte sont basses et marécageuses. La chaîne principale est accompagnée de chaines secondaires, Quatre grands lacs, suspendus sur les gradins de ces chaines, émettent leurs eaux par des torrents rapides ou par des cascades imposantes; celle de Mansélar est célèbre. Le Gounong-Passama ou le mont Ophir, mesuré par Robert Nairne, a 4,232 mètres au-dessus du niveau de la mer. La plus haute montagne de l’île est le Gounong-Kossoumbra ; son élévation est de 4,583 mètres; mais la plus célèbre chez les indigènes est le Gounong-Bonko, ou la montagne du Pain-de-Sucre, qui, de même que les autres cimes, est considérée comme kramat par les indigènes, c’est-àdire comme un lieu sacré. Malgré les dangers que présente une ascension jusqu’à son sommet, des Anglais Peffectuèrent en 1821, et reconnurent qu’elle a environ 4,950 mètres de hauteur, et qu’elle est formée de roches basaltiques et trappéennes, roches d’origine ignée qui dominent à Sou-

1 Voyez ci-dessus, vol. I, p. 271.

? Vol. I, p. 340.

mâtra, surtout dans les enviror : de Bencoulen. Elle est couverte de forêts jusqu'a une assez grande hauteur,

Parmi les montagnes de l’île, les voyageurs citent six volcans : le Gounong-ber-Api, ou montagne par excellence, qui a 3,675 mètres d’élévation ; le Gounong-Dembn, qui eu u 3,660; lo Gounong-Ayer-Raya, qui en a 2,680; etie Gounong-Tallang, qui fume sans cesse, mais qui depuis longtemps n’a point d'éruption; enfin le Gounong-Allas, dans l’intérieur des terres. Le nombre de volcans est peut-être plus considérable que celui que nous indiquons, puisqu'on ne connait pas l’intérieur de l'île; aussi les tremblements de terre y sont-ils très-fréquents.

Le sol est généralement une terre grasse, rougeâtre, couverte d’une couche de terre noire souvent calcinée et stérile. On a trouvé dans les montagnes de la stéatite, du granit gris et du marbre. Les trois quarts de l'île, particulièrement vers le sud, présentent une forêt impraticable. Les mines d'or avaient attiré l'attention des Hollandais; mais les mineurs allemands envoyés à Sillida jugèrent d'abord quele minerai, peu abondant, était d’une exploitation trop difficile. Les Malais de Padang et de Menangkabou vendent cependant par an 10 à 12,000 onces d’or, recueilli principalement par le lavage. Les mines de Sipini et de Cuye donnent de l'or de 48 à 19 carats. À Bonjol et à Campon-Hardi, on exploite dans un sol formé d’alluvions des mines d’or très-riches, On y a, dit-on, trouvé des pépites pesant 2 kilogrammes. Dans le district de Doladoulo, arrondissement du Kottas méridiopal, « à découvrit en 48% unc mine de diamants, ou un gisement de cette pierre précieuse, qui paraissait devoir être abondante. Le gouvernement s’est emparé de leur exploitation. L'intérieur renferme d’excellentes mines de fer et d'acier. L’acier de Menangkabou est préférable à tous ceux de l'Europe. L'étain, ce rare minéral, est un objet d'exportation; on le trouve principalement près de Palembang, sur le rivage oriental; c'est une continuation des riches couches de Banca. On y trouve aussi du cuivre, de la houille, du soufre et du salpêtre. La petite île de Poulo-Pisang, située au pied du mont Pougong, est presque entièrement formée d'un lit de cristal de roche. Le nappal parait être une sorte de roche savonneuse; on rencontre aussi du pétrole, Les côtes sont en grande partie entourées de récifs de corail.

Quoique située sous la ligne, Soumâtra ne voit que rarement le thermomètre monter au-dessus de 30° centigrades, tandis que dans le Bengale il atteint 39°, Les habitants des montagnes font du feu dans les fraîches matinées. Cependant la geée, la neige, la grêle, y paraissent inconnues.

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Le tonnerre et les éclairs sont fréquents, principalement pendant la movsson du nord-ouest. La mousson du sud-est, qui est sèche, commence en mai et finit en septembre; celle du nord-ouest ou pluvieuse commence en décembre et finit en mars. On a trop décrié le climat de Soumätra ; la côte occidentale, couverte de marais très-étendus, a pu mériter le surnom de Côle-de-la-Peste, à cause des brouillards malsains dont elle est assiégée. Mais beaucoup d’autres parties de l'île, et surtout la côte orientale, offrent des situations salubres et de nombreux exemples de longévité.

Les îles Malayes, quoique ornées de tant de plantes rares et de tant d’arbres précieux, sont généralement d'un sol ingrat pour toutes les cultures nécessaires. Les Soumätriens cultivent le riz de deux espèces: la première, qui est la plus grosse et la meilleure, que l’on récolie dans les terres hautes et sèches, et la seconde qui croît dans les terres basses et humides. Is tirent de l'huile de sésame; ils mâchent la canne à sucre. Un sucre noir appelé djagyari est extrait du palmier anou, qui fournit également du sagou et une liqueur spiritueuse, Le cocotier surtout assure leur subsistance. La pulpe du coco sert d’assaisonnement à presque tous les mets; ils en tirent une huile à brûler et à oindre les cheveux; ils en extraient une liqueur fermentée appelée toddi; la tète leur fournit un chou bon à manger appelé chou -palmiste, Soumâtra abonde en ces précieux fruits que nous envions aux climats tropiques, tels que le #angoustan, cette merveille des Indes, vantée même comme un remède universel; le dourion, dont la pulpe blanche a un peu le goût d’ail rôti et des qualités très-échautfantes ; les fruits de l'arbre à pain, mais d’une espèce médiocre; le fruit du jambo mura, qui ressemble à une poire pour la forme; les ananas, qui» à Bencoulen, ne coûtent que 2 à 3 sous; les pommes de goyave, les limons, citrons, oranges ct grenades.

Le djarak (ricinus communis), le chanvre, les ignames, les patates douces et le sugou y sont également cultivés. Parmi les plantes à teinture, on compte le sapan, l’indigo, le cassoumbo, l’oubar, ‘e earthame, ete.

D'innombrables fleurs étalent sur les monta;ne: de cette île de magnifiques tapis de pourpre et d'or. L'arbre triste u:1 appelé en malaïou sounda maloune, ou belle de nuit, parce que ses fleurs ne s’ouvrent que la nuit.

On y voit aussi deux espèces de rafflesia, l'aristolochia cordiflora, la brugmansia seppellii, qui croit sur les lieux élevés, et une autre plante appeice krouboul par les indigènes. La tleur que produit cette plante est d’une grandeur à étonner le botaniste; elle a près de 2 mètres de circonférence et pèse 7 ou 8 kilogrammes ; elle croit et s’épanouit sans tige ni feuilles.

La denrée la plus abondante est le poivre; c’est la gran d'une plante rampante qui ressemble à la vigne. Sa fécondité, qui commence à la troisième année, s'étend quelquefois jusqu’à la vingtième, Les habitants cultivent aussi le bétel (pinang), qui forme une des plantations les plus considérables de Soumäâtra, le curcuma, le gingembre, le cardamome et la coriandre. I y a deux récoltes de poivre, la grande au mois de septembre, la petite au mois de mars. La paresse des Soumäâtriens ne se procure qu’en petite quantité le poivre blanc en dépouillant les graines mûres de leur enveloppe extérieure !, Le camphre est une autre production remarquable qu'on trouve dans l’arbre, sous la forme d’une cristallisation concrète, Le campbrier croit spontanément dans le nord de Soumätra, qui est la partie la plus chaude; il “gale en hauteur les plus grands bois de construction ; il a souvent jusqu’à 3 mètres de circonférence. Chaque arbre donne environ 1 kilogramme et demi d’un camphre léger, friable et très-soluble, qui se dissipe à l'air, mais beaucoup plus lentement que celui du Japon. L'huile de camphre est produite par une autre espèce d’arbre, Le benjoin est la gomme ou résine d’une espèce de sapin, Le cassia, sorte de cannelle grossière, se trouve dans l’intérieur du pays.

Les rotangs sont exportés en Europe pour servir de cannes. Le coton de soie abonde. Sa finesse, son lustre, sa douceur, le rendent à la vue et au toucher bien supérieur au produit de l’industrieux ver à soie; mais il est bien moins propre au rouet ou au métier, à raison de sù fragilité et de sa petitesse. Il ne sert qu’à rembourrer des oreillers et des matelas. L'arbre pousse des branches parfaitement droites et horizontales, toujours au nombre de trois, de sorte qu’elles forment les angles égaux à la même hauteur ; les rejetons croissent également droits, et les diverses gradations des branches conservent la même régularité jusqu’au sommet. Quelques voyageurs l’ont appelé l'arbre à parusol. Les cafeyers, qui sont en grand nombre, donnent un fruit de médiocre qualité. Les ébéniers, les fek, les arbres de fer abondent dans les bois, et on exporte de Palembang des mâts de 22 mètres de loug sur 2 de large.

Les chevaux sont petits, mais bien faits et courageux; les vaches et les brebis y sont aussi de médiocre grandeur ; les dernières viennent probablement du Bengale. Le buffle est employé à quelques travauy domestiques. Les forêts nourrissent l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, le tigre royal, l’ours noir qui mange le cœur des cocotiers, la loutre, le porcépic, des daims, des sangliers, des civettes et beaucoup d'espèces desinges,

1 Marsden, Histoire de Soumâtra. — Radermacher, Description de Soumâtra.

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particulièrement un singe à menton barbu, le simia nemestrina, qui parait particulier à cette Île; le maïba, ou tapir bicolore de Malacca (tapirus indicus; le gibbon aux longs bras, ou gibbon lar, et des antilopes noires à crinière grise. On accuse l’orang-outang de prendre souvent des libertés avec les femmes qui se hasardent à traverser seules les forèts,

Parmi les nombreux oiseaux, le faisan de Soumätra est d’une rare beauté. Les poules d'Inde y fourmillent, et il y en a dans le midi uneespéce d’une hauteur extraordinaire, également connue à Bantam, L'ardea argala, la plus grande espèce connue du genre du héron, se trouve également au Bengale et dans le midi de l’Afrique. L'angang ou l'oiseau rhinocéros porte sur son bec une espèce de corne, c’est le casoar, Les rivières sont infestées de crocodiles et remplies de toutes sortes de poissons. On y trouve le caméléon et le lézard volant. Le lézard des maisons court sur le plafond des chambres ; les insectes y fourmillent et sont très-importuns, particulièrement les fermites destructeurs. L’hirondelle, dont on mange les nids, est aussi répandue à Soumätra.

Les indigènes divisent Soumätra en trois régions: celle de Balla, au nord, renferme le royaume d’Achem ou d’Achim, et plus exactement Atché, avec les principautés vassales de Pédir, de Pacem et de Delli, l'intérieur de cette division est habité par les Baltas; elle se termine à la rivière de Sjax, sur la côte orientale, et à celle de Sinkel, sur la côte occidentale, La deuxième division est l’ancien empire de Menangkabou, comprenant, sur la côte orientale, les royaumes d’Zamby et d’Andragiri ; dans l’intérieur, le pays des Redjangs, et sur la côte occidentale, les pays de Baros, Tapanouli, Natal et autres; ceux de Priaman, de Padang, de Sillida, avec le royaume d’Indrapoura. La troisième division, nommée Balloum-Ary ou Kampang, embrasse le sud-est de l’ile, où se trouve le royaume de Bancahoulo ou Bencoulen ; le pays de Lampoungs et le grand royaume de Palembang.

Mais en 1640 les Hollandais se sont établis dans cette île, dont ils possédent aujourd’hui les deux tiers. Nous la partagerons donc en deux grandes divisions : la partie indépendante et la partie néerlandaise.

Dans la partie indépendante qui se divise en plusieurs États, nous citerons seulement les royaumes d’Achem et de Siak.

Le royaume d'Achem comprend l’extrémité septentrionale de Pile, et s'étend sur la côte orientale depuis le cap Achem jusqu’au cap Diamonda, en français Diamant; au sud-est, il confine au pays des Battas.

Vers la fin du seizième siècle, les Achemais étaient le peuple le plus puis-

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sant de la Malaisie; ils comptaient parmi leurs alliés plusieurs nations commerçantes depuis le Japon jusqu’à l'Arabie ; leur marine se composait de plus de 500 voiles; enfin, leur empire comprenait presque la moitié de Soumätra et une grande partie de la péninsule de Malacca. Ils ont perdu leur prépondérance vers le milieu du dix-septième siècle.

Ils sont gouvernés par un sultan dont le pouvoir est héréditaire; cependant l'ordre de primegéniture est souvent méconnu en faveur de enfant du prince qui paraît le plus capable de gouverner; aussi le choix du souverain est-il quelquefois le sujet de guerres sanglantes. L'État d’Achem comprend un grand nombre de principautés gouvernées par des radjahs ; celles de Pédir et de Sinkel sont les plus considérables. Plusieurs petites iles dépendent éga':ment de ce royaume. Mais l’anarchie qui règne souvent dans cet État peut faire considérer comme indépendants la plupart des radjahs. La capitale est Achem, sur la rivière du même nom, à une lieue de la mer, qui y forme une rade vaste et sûre. Elle contient 8,000 maisons, construites en bambous et soutenues sur des pilotis de un mètre de hauteur, destinés à les préserver des inondations subites. Ces habitations, n’étant pour ainsi dire que des cabanes, semblent ne devoir renfermer au plus qu’une population de 48 à 20,000 individus. Le palais du sultan, situé hors de la ville, est une espèce de forteresse grossièrement bâtie, environnée d’un fossé qui peut avoir environ une lieue de tour, et défendue par des canons d’un très-gros calibre. Les habitations de cette ville sont dispersées au milieu d’une vaste forêt de cocotiers, de bambous ct de bananiers, au milieu de laquelle coule unerivière couverte de bateaux qui sortent de la capitale au lever du soleil et y rentrent le soir. On y voit quelques rues; mais la plupart des quartiers sont séparés par des bouqueis d'arbres, en sorte qu’on arrive dans la rade sans se douter qu’on entre dans une ville.

Avañt l'arrivée des Européens aux Indes, le port d’Achem était fréquenté par les Arabes. Les Portugais et les nations qui s’élevaient sur leurs ruines ont essayé de s’y établir; mais les révolutions, trop ordinaires chez un peuple belliqueux, les en ont chassés. Les habitants ont plusieurs manufactrres en soie et en coton, et des fonderies de canons. Le roi d’Achem exploite aujourd’hui le commerce en monopole; il vend de Por très-fin, du benjoin, du poivre, des nids d'oiseaux, et des “hevaux petits, mais viis.

Péd:, ville maritime, passe pour la seconde du royaume; elle vivalise avec Achem sous le rapport de l'importance commerciale, Les autres lieux

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les plus remarquables sont Telosancaouay, petite ville sur la côte dans la partie du nord-est de l’île, et Moukki, bourgade près de laquelle on exploite une mine de cuivre. Pédir et un autre endroit appelé Dell: fournissent aux Achemais du riz, mais pas suffisamment pour leur consommation.

Le royaume de Siak, l’ancien Etat de Campar, dans la partie moyenne de la côte orientale, est arrosé par le Siak et le Danèer. Il se divise en deux parties: le Campar-Kiri et le Campar-Kanan, c’est-à-dire le Campar de droile et le Campar de gauche. L’anarchie dont ce pays est depuis Jongtemps la proie a favorisé l’ambition des principaux chefs ; tous sont indépendants. Ceux des districts maritimes se livrent à la piraterie. Siak, sur le fleuve de ce nom, est une petite ville qui ne peut pas avoir plus de 3,000 habitants, dans laquelle réside le sultan. Campar et Langkat sont les lieux les plus commerçants. Il n’y a pas de marchands chinois à Campar ; le commerce est entre les mains des Malais. La petite ville de Batou- Bara est la résidence d’un rajah qui possède une marine marchande nombreuse.

Les possessions néerlandaises, dans l’île de Soumâtra, occupent la partie orientale du sud-ouest de l’île; elles forment, 1°le gouvernement de la côte occidentale (sud-ouest) de Soumäâtra, subdivisé en trois parties, Padang, Terres hautes de Padang, et Tapanouli (au pays des Battas); 2° la subdivision indépendante de Bencoulen, formée de l'ancien royaume de ce nom; 3° le district des Lampongs; #° la résidence de Palembang, avec un posté à Djambi (Moeara Kompeh). Le gouverneur-général réside à Padang ; la population de la partie hollandaise était évaluée en 1849, à 3,430,000 âmes 1,

Le gouvernement de Padang se compose d’un vaste territoire autour de la ville de ce nom, résidence du gouverneur hollandais. Padang est une place de commerce importante ; en en exporte du poivre, du camphre, du benjoin, et l’on y rassemble tout l’or que l’on peut recueillir dans Pile et qu’on envoie ensuite à Batavia. La ville, située sur la rivière de son nom, qui se jette à peu de distance de là dans l’océan Indien , est défendue par une forteresse. Les Hollandais formèrent cet établissement vers le milieu du dix-septième siècle. Depuis 4791 jusqu’en 4794, il leur fut enlevé par les Anglais, qui ne le restituèrent qu’à la paix générale, en 1814. On estime que sa population est de 12,000 individus, Bencoulen, ville de 40,000 habi-

1? Voyez, dans le Bulletin” de la Société de géographie de juillet 4852, le tableau extrait de la carte de géographie et statistique des Indes néerlandaises de M, le baron Melvil de Carnbee.

tants, parmi lesquels on compte un millier de Chinois, est défendue par le fort Marlborough, bâii par les Anglais; citons encore le port de Natal, d’où l'on tire, dit-on, de l'or.

Le Menangkabou ou Menang Kabau est une grande plaine découverte, entourée de collines, où l’on comptait, dit-on, 4,200 exploitations d’or. Ce pays, situé presqu’au centre de Pile, était le siége d’un grand empire auquel Soumâtra presque tout entière était soumise ; mais les dissensions qui divisèrent les habitants à propos de religion ont favorisé les Hollandais dans leur projet de réduire ce pays à l’état de tributaire. Pand)arrachoung et Menangkabou sont ses plus grandes villes. Dans la première, les naturels fabriquent en filigranes d’or et d'argent des objets de luxe fort estimés, ainsi que des fusils et des poignards très-recherchés. Priangan est un lieu renommé pour ses eaux thermales, que les naturels ont l’habitude de fréquenter depuis un temps immémorial.

Le royaume de Palembang, dans la partie méridionale de l’île, après avoir été sous la dépendance de l’empereur de Java, était naguère un de ses principaux États indépendants; mais vaincu par les Hollandais, à la suite des querelles qui s’élevèrent à l’occasion de la rétrocession à la Hollande des pays occupés par les Anglais, le sultan de Palembang fut déposé, et son successeur se reconnut le vassal des Hollandais. La ville de Palembang, qui occupe un espace d’environ une lieue sur les deux rives du Mousi, appelé aussi Palembang, qui a plus de 400 mètres de largeur en cet endroit, est peuplée de 20 à 25,000 individus : ce sont des Chinois, des Siamois, des Malais et des Javanais. Presque toutes ses maisons sont contruites en bambous et en nattes, et couvertes en chaume. Les seuls édifices en pierre sont le palais du sultan et la grande mosquée. A sa sortie de la ville, le Mousi se divise en deux branches, dont l’une coule au milieu d’un groupe nombreux de petites îles, que l’on a appelées les Mille-Iles, et dont la plupart sont comprises dans les jardins d’une maison de plaisance appartenant au sultan.

Les terres d’alluvion augmentent ici dans une progression rapide. Mal cultivé et couvert de forêts, ce pays exporte, outre les autres produits de Soumâtra, du sassafras, du sang-dragon, de beaux bois de construction. On y exploite une mine d'’étain. Le climat queique sujet à d’étonnantes alternatives de chaud et de froid, n’est pas nuisible à la sante. Le sultan» sans armée régulière, sans revenu fixe, étale son orgueil et sa mollesse dans un vaste sérail. Les habitants de Blida doivent à leur extrême stupidité le privilége d’être les seuls mâles admis dans cette enceinte, où ils servent de

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porteurs d’eau. Les lois sont sans force, les juges sans honneur, et les négociants sans probité. Les prêtres mahométans réussissent dans le commerce. Les voleurs on sumbarawes vivent en communauté légalement reconnue, sous un chef qui modère leurs excès et maintient la police. Les Malais, ici comme dans toute l’île, portent une veste et une espèce de manteau, avec une ceinture dans laquelle ils mettent leurs crics ou poignards. Ils portent des caleçons très-courts; les jambes et les pieds restent nus; un beau mouchoir enveloppe leur tête ; dans leurs voyages, ils mettent un grand chapeau par-dessus. Le deux sexes liment leurs dents et les peignent en noir. Les maisons sont de bois de bambou, couvertes de feuilles de palmie:, élevées sur des piliers; une mauvaise échelle sert d’escalier.

Dans l’intérieur vivent des nègres qui ont la tête extraordinairement grosse, une taille de pygmée, des bras et des jambes d’une dimension trèspetite. Radermacher en a vu des individus à Palembang, et M. de Rienzi près de la baie des Lampoungs.

Le Batlak ou le pays des Battas, aujourd’hui tributaire des Hollandais, qui confine avec le royaume d’Achem et le territoire hollandais, occupe une longueur d'environ 50 lieues, et une largeur de 40; le Sinkel est sa principale rivière. Il renferme les montagnes de Deira et de Papa ; celle de Bata- Silondony est un volcan. Chez les Battas, il existe de l’or de lavage, et l'on récolte du camphre et du benjoin. Ce pays, couvert de forêts impénétrables, est divisé en plusieurs districts, qui forment une sorte de confédération. Le chef, qui réside à l’extrémité du grand lac de Toba, paraît être le principal des membres de cette association. Varous ou Barous, sur la côte occidentale, est le plus important marchè du pays; Tapanouli ou Pontchang-Catchil, avec un port superbe, en est la seconde place de commerce. Ces deux villes sont occupées par les Hollandais.

Le Battas, qui parlent une langue remplie de mots inconnus aux Malais de la côte, admettent trois grand. dieux, Paflara-Couron, qui règne aux cieux, Sorie-Pada, le dominateur des airs, et Mangalla-Boulang, le roi de la terre. Un géant porte la terre sur sa tête ; un jour, fatigué de son fardeau, il secoua la tête : les continents s’écroulèrent ; l'Océan était sans rivage, le maître du ciel y jeta une montagne qui devint le noyau des nouvelles terres; une fille céleste vint l’habiter, et de ses trois fils, mariés à leurs trois sœurs, naquit un nouveau genre humain. Les Pattas croient à une vie future et à une espèce de purgatoire. Les mariages sont accompagnés de quelques cérémonies singulières. La future se montre toute nue dans un bain à son futur,

qui convient ensuite du prix auquel il doit l’acheter. Les nouveaux époux goùtent ensemble de deux sortes de riz, et le père de l’épouse étend sur le couple un morceau d'étoffe. Les Battas savent faire de la poudre.et se servir des armes à feu ; ils emploient l'or, l’étain et le fer à fabriquer des ustensiles et de grossiers ornements; ils font des étoffes de coton; et leurs livres sacrés, dont le gouverneur Siberg a porté un exemplaire à Batavia, sont écrits de gauche à droite sur du papier fait avec de l’écorce d’arbre. Ils mangent la chair des criminels et celle des prisonniers de guerre trop grièvement blessés pour être vendus.

Ce qu'il y a de remarquable, c’est que ce peuple n’est anthropophage que dans les cas déterminés par les lois : ainsi, leur code condamne à être mangés vivants ceux qui commettent un vol au milieu de la nuit, ceux qui se rendent coupables d’adultère, d’assassinat ou de complot contre la sûreté publique, ceux qui contractent des unions que la consanguinité fait réprouver, enfin les prisonniers faits à la guerre. Mais ils paraissent manger la chair humaine, soit crue, soit grillée, avec tant de délices, qu’on est étonné qu'il n’y ait pas d'exemples, ainsi que l’assurent les vo;ageurs, qu’ils aient cherché à satisfaire leur goût révoltant hors des cas permis par la loi. La chair humaine est cependant interdite à leurs femmes. Jadis ils étaient dans l'usage de manger leurs parents devenus vieux ; aujourd’hui cette coutume barbare est abandonnée,

, Les femmes des Battas sont chargées des travaux de l’agriculture. Un mari achète sa femme et peut la vendre avec ses enfants. Ce peuple est d’une taille plus petite que les Malais, son teint est moins brun.

Les Baltas forment une population d’environ 2 millions d'individus. Ils offrent le mélange le plus singulier de mœurs civilisées et de coutumes féroces. Presque tous savent lire et écrire, et s’acquittent avec zèle des devoirs de l’hospitalité, Leur gouvernement est régulier : c’est une confédération formée d’un grand nombre de chefs de districts; ils ont des assemblées délibérantes présidées par des hommes d’un talent reconnu.

Le pays des Lampoungs, jadis vassal du sultan de Bantam , à Java, est borné au nord par l'État de Palembang. Il est arrosé par plusieurs rivières, dont la seule qui ait quelque importance est le Toulangbavang. Ces cours d’eau débcrdent tous les ans pendant la saison pluvieuse, c'est-à-dire en janvier et février, et les villages , placés tous sur des lieux élevés, paraissent être bâtis sur des iles. Les habitants sont, de tous les peuples de Sou.mâtra, ceux qui, sous le rapport physique, se rapprochent le plus des Chinois. Ils ont le visage large et les yeux très-fendus. Leurs mœurs sont

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On pourrait considérer aussi comme dépendant de la Hollande le pays de Passoummah, gouverné par les chefs qui forment une sorte de confédération. Les habitants de Passoummah sont en général remarquables par leurs formes athlétiques , par leur adresse et leur humeur belliqueuse. Is n’ont point de culte extérieur, et ne paraissent même avoir aucune idée de l'existence d’un Étre suprème. Ce qu’il ya de remarquable, s’il faut en croire les voyageurs, c’est qu’ils ont pour le tigre une attention , un respect sans bornes, qui va jusqu’à s’abstenir de le tuer , même lorsqu'il s’agit de se dé :ndre de ses attaques.

Un auire pays qui reconnaît la suprématie politique des Hollandais , est celui des Redjangs, divisé, de même que le précédent, entre plusieurs chefs. Les Redjans sont sobres, endurcis à la fatigue et hospitaliers. Chez eux la peine capitale est presque inconnue; le coupable peut racheter son crime à prix d'argent. La polygamie esttolérée, mais ceux qui ont plus d’une femme font presque exception. Ils témoignent dela plus grande vénération pour les tombeaux de leurs ancêtres : ils croient que les âmes des morts passent dans le corps des tigres; aussi ces animaux peuvent-ils les dévorer impunément.

L'ile de Soumâtra et celles qui l’entourent à l’est et à l’ouest, peuvent être considérées comme formant un groupe particulier. Elles sont presque toutes gouvernées par un ou plusieurs chefs indépendants ; queiques-unes seulement sont soumises aux Hollandais. Nous citerons d’abord les prineipales. Le long de la côte sud-ouest, Engano, en grande partie couverte de bois, a environ 40 lieues de circonférence; elle est habitée par une peuplade qui parait être de race malaie. Les hommes et les femmes ignorent l'usage des vêtements ; ils se font aux orcilles de larges trous qu’ils remplissent de feuilles ou d’anneaux faits avec des cocos. Leurs habitations, élevées sur des piliers, ressemblent à des ruches.

Cette île, que l’on a appelée Trompeuse, passait pour être habitée par une race d'anthropophages. Charles Miller y descendit, et n°y trouva qu’un peuple simple et grossier. Iis sont d’une stature élevée et d’un teint cuivré. Leur nourriture ne consiste qu’en noix de cocos, pommes de terre douces, cannes à sucre et poisson séché, On avait déjà dit qu’ils vivaient des lichens croissant sur les rochers, ce qui n’est pas sans vraisemblance.

En se dirigeant vers le nord-ouest, on voit les deux îles Poggy ou Nassau, peuplées d'environ 41,500 habitants dispersés le long des côtes dans plusieurs petits villages. La plus méridionale est Nassau proprement dite ; l’autre porte spécialement le nom de Poggy. Elles sont séparées par un canal d'environ une lieue de largeur et bordées de grands rochers qui paraissent avoir été détachés de la côte par quelque commotion violente. Ces îles sont montagneuses et boisées; les forêts y fournissent des bois propres à la mâture. Le sagou y croît en abondance ; les habitants ne cultivent pas le riz, mais les cocotiers ct les bambous y sont très-nombreux. On y voit des daims rouges, des porcs, des singes, un petit nombre de tigres, mais ni buffles ni chèvres. Les habitants, d'une taille très élevée et d’un teint cuivré, ressemblent aux anciens Otaitiens, tant par leurs traits, que par l’aimable simplicité de leurs mœurs. La polygamie leur esiinconnue, mais

es liaisons entre les personnes non mariées des deux sexes y sont regardées comme une chose innocente. Ils prétendent descendre du soleil.

On aperçoit ensuite St-Pora, appelée aussi Porah ou Bonne-Fortune, et Si-Birou ou Mantawaï, Battou ou Mentao, etenfin Nias ou Poulo- Nias.

Cette dernière île a environ 24 lieues de longueur sur 40 de largeur. Ses montagnes, ses vallées, ses rivières et son sol fertile, lui donnent un aspect agréable. Les habitants, généralement bien faits et robustes, ont le teint aussi clair que les peuples de l'Asie orientale; ils ont dans les traits du visage quelque chose du caractère grec; enfin ils diffèrent complètement des Malais. Leurs femmes passent nour les plus belles de la Malaisie. On estime la populationde l’île à 200,000 individus divisés en 50 petits districts, gouvernés chacun par un rajah, dont leplus puissant est celui de Bokonaro. La plupart de leurs villages s’élèvent sur le sommet des collines , dans des positions susceptibles de défense, car les peuplades y sont presque toujours en guerre. Ce qui excite leur haîne, c’est le trafic des esclaves avec les Européens et les Malais. Chaque tribu compte sur la vente de ses prisonniers : aussi le nombre des individi?s qu’ils vendent annuellement s’élève-til à plus de 1,500, malgré la surveillance des croiseurs anglais. Dans la partie septentrionale de l’île, la population diffère de celle que nous venons de dépeindre , parce qu’elle est mêlée à des Malais et à des Achemais.

Au nord de Nias se trouvent les iles Banjak, dont la pi incipale a 6 lieues de longueur ; et au nord-ouest de celle-ci celle de Babi ou des Cochons. qui est trois fois plus grande.

Près de la côte orientale, les îles de Roupat, de Pandjour, de Perpese-

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ratle, de Bancalis, et quelques autres dépendent du royaume de Siak, Lingen ou Lingga, appelée aussi Lengan, où l’on compte 40,000 habitants, dont les deux tiers occup:nt la ville de Kwala-Dar, est remarquable comme la principale possession des Malais indépendants, qui occupent à 20 lieues au nord le groupe de Binfang , île de 7 lieues de longueur entourée de plusieurs autres plus petites. Le souverain de ces Malais a cédé aux Hollandais un petit îlot appelé Riouw (Rhio), qui est devenu l’un des points les plus commerçants &e cette partie de l'Océanie ; elle forme une résidence ; sa population peut s’élever à 6,000 habitants.

Les Hollandais possèdent encore deux îles importantes, Banka et Billitoun, qui forment le groupe des iles Lepar. La résidence de Banka est célèbre par sesmines d’étain, qui nefurent découvertes qu’en 1710 ou1741. Cette île a environ 50 lieues de longueur sur 9 dans sa plus grande largeur. Elle renferme des montagnes de granit dont les contre-forts sont formés de roches ferrugineuses : c’est entre ces montagnes que l’on exploite par le lavage l’étain, qui gît dans des dépôts d’alluvion. Ce lavage occupe environ 2,000 Chinois : le produit s’en élève annuellement à environ 40,000 quintaux. Le chef-lieu de Banka est une petite ville nommée Mountoh ou Min- {ao, peuplée de 3,000 individus, et défendue par un fort qui la domine. C’est la résidence du gouverneur hollandais. Billiton ou Billitoun, ainsi que la précédènte, faisait autrefois partie du royau” e de Palembang. Depuis 1812, les Hollandais y ont une garnison destinée en grande partie à contenir les habitants, pirates très-hardis. On croit cette île riche en étain ; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle renferme d’abondantes mines de fer. C’est par le détroit qui sépare les deux îles de Banka et Billitoun que passentles vaisseaux qui vont à la Chine ou qui en reviennent. Les navigateurs regardent le elimat de ces parages comme un des plus dangereux.

Le célèbre détroit de {a Sonde, proprement de Sunda, sépare l’île de Soumätra de ceile de Java. Le navigateur qui, en venant de l'océan Indien, a ces deux iles à gauche et à droite, voit bientôt devant lui la grande terre de Bornéo; de là cette dénomination commune d'les de la Sonde donnée à ces trois contrées , dénomimation insignillunte, que l’usage a consucrée. Le nom de Sunda paraît venir du sanskrit sindu, mer, fleuve, grande eau, et rappelle le Sund des Danois et le Sound des Anglais.

L'ile de Java, jadis siége d’un grand et florissant empire indigène, centre de la puissance d’une compagnie de commerce qui dominait sur toutes les mers de l'Orient, mériterait une description bien plus détaillée que n’en admettent les bornes de cet ouvrage. Cette ile domine, par sa position, les

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principales entrées des mers qui baignent l'Asie orientale. En grandeur elle n'égale ni Bornéo, ni même Soumäâtra, car elle ne s’étend en longueur, de l’ouest à l’est, que l’espace de 245 lieues; sa largeur varie de 30 à 50, et sa superficie peut aller à 5,700 lieues géog'aphiques carrées. Sa population est cependant plus considérable et ses habitants plus industrieux, surtout pour ce qui concerne le commerce, les arts et l’agriculture. Le nom de Djava est malais, et dénote, selon les uns, une grande île, selon les autres, une espèce de grain qui croit ici’. Les Arabes et les Persans l’appelèrent Djezyret al Maha-Radje, l'ile du grand roi.

D’après la grande carte de Valentyn, l’île est traversée de l’est à l’ouest par une chaîne de montagnes généralement plus rapprochée de la côte méridionale, et qui, se doublant en plusieurs endroits, embrasse des plateaux élevés, entre autres ceux où les provinces de Préangan et de Sourakarta sont situées. La partie la plus occidentale présente une terrasse inférieure. Les premières hautes montagnes commencent au sud de Batavia; elles portent le nom de Pangerangon ov les Montagnes Bleues; c’est entre la province de Tcheribon et de Sourakarta, dans la partie la plus étroite de l'île, que s'accumulent les plus hautes montagnes.

Les plus hautes montagnes ne dépassent point 3,500 mètres d’élévation ; leurs flancs sont escarpés, et leur sommet, presque aussi grand que la base, est ordinairement terminé par un plan horizontal. Ces montagnes présentent au géologiste un grand nombre de roches, telles que des amphibolites, beaucoup de quartz, de feldspath et de mica; on y trouve des masses de porphyre, de l’agate, du cristal de roche et du jaspe commun. Comme presque tous les terrains quartzeux, elles sont peu riches en miné.raux; elles renferment cependant du soufre, du plomb, de l’étain, du cuivre, et même de l'argent ; mais la difficulté du terrain et le peu d’abondance du minerai en ont fait abandonner l’exploitation.

On compte pari ces montagnes 46 volcans, dont nous ne nommerons que les plus importants. Le Salak, haut de 2,500 mètres, et presque entièrement composé de basalte, eut une éruption en 4761. Le Gounong-Gontour ne cessa d'être en éruption depuis 1800 jusqu’en 1807. Il en eut encore une en 4840. Le Æiamis lance de l’eau chaude et de la boue. Le Galong-goung eut une terrible éruption en /822. L’Arjouna, haut de 3,300 mètres, rejette con'inuellement de la fumée. L’/djen, dans l’une de ses dernières éruptions, vomit un volume d’eau si prodigieux, que sur

1 Valentyn , Description de Java, p. 64-66 (Indes orientales, t. V.

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une étendue de 20 lieues une grande partie du pays situé entre ce voléan et la mer fut complétement inondée.

L'île de Java est arrosée par un grand nombre de rivières; on en compte 50 médiocres, et 5 à 6 qui sont navigables à quelque distance de leur embouchure. Les deux plus considérables sont le Solo et le Æeridi. On y a compté plus de 588 espèces de poissons.

Les plaines de la côte consistent en une argile rougeâtre, peu fertile, une argile noire très-riche, et une marne jaune entièrement stérile, A une lieuc de la mer commencent les terres d’alluvion, formées de sables, d’argile et de coquilles. Les montagnes, couvertes de bois et de plantes, enrichies de diverses cultures, offrent le coup d'œil! le plus agréable.

Le thermomètre centigrade s’élève, dans les parties basses, telles que Batavia, Sourabaya et Samarang, jusqu’à 53 degrés; mais si on s’élève de 4,000 pieds, il peut descendre jusqu’à 25. Il varie de 7 à 8 degrés depuis le lever ou le coucher du soleil jusqu’à midi. Une telle température rend le séjour de Java un peu contraire à la constitution des habitants de la zone tempérée. Les eaux stagnantes des innombrables canaux, les arbres trop multipliés et la malpropreté des habitants, avaient valu à Batavia l’épithète de pestilentielle que lui ont donnée les Européens ; mais aujourd’hui que ces dernières causes ont disparu, ce pays ne mérite point la même qualifcation.

A 12 lieues dans l’intérieur il y a des collines d’une hauteur considérable, où l’air est sain et frais. Les végétaux d'Europe, et particulièrement les fraises, y croissent fort bien ; les habitants y sont vigoureux; leur teint annonce la santé. Les médecins y envoient aussi les malades, qui s’y guérissent en peu de temps. Tout l’intérieur jouit des mêmes avantages. Près de Sourakarta, la résidence de l’ancien empereur de Java, le voyageur respire un air pur, frais et embaumé. De limpides ruisseaux roulent partout une onde salutaire.

Les Javanais ne connaîtraient pas les vicissitudes des saisons, si des vents périodiques ne divisaient l’année en deux parties, appelées moussons. Chaque mousson dure 6 mois: l’une est sèche et ne donne à la terre que l’eau indispensable aux plantes; l’autre est humide et fournit des vluies qui ambent par torrents, surtout dans les pays montagneux. Du reste, c’cst le meilleur pays de la terre pour la végétation. Le riz de deux espèces y croît en abondance, ainsi que le blé d’Inde ou le maïs (zea mahis); on y récolte beaucoup d’espèces de haricots, des lentilles, du millet, du sorgho jaune, des ignamnes fondantes et d’autres sans suc, des

patates douces, des pommes de terre d'Europe, qui sont tres bonnes ; trouve dans les jardins une abondance d'excellents légumes, tels que les raves blanches de la Chine, le fruit de la plante appelée plante aux œufs (melongena ovata); le pois d’Angole, et en outre toutes les plantes eulipaires d'Europe. On y recueille encore, avec bien peu de culture, une quantité très-considérable des plus belles et des plus grosses cannes à sucre; elles donnent beaucoup plus que celles de l'Amérique, cependant les moulins à sucre ont diminué de nombre.

On exporte une grande quantité de poivre. Parmi les plantes aromatiques qui servent à la consommation des habitants, Thunberg remarqua le gingembre sauvage et le zerumbet, ou la globbée uniforme, le bélel, l'arek, le curcuma et le poivre d'Espagne.

On y trouve aussi des plantes vénéneuses, telles que le fchettik et l'antchar, que Rumph paraît avoir décrit sous le nom d’arbor toæice ia. Les fougères, presque rampantes dans nos pays, parviennent à éava à une élévation étonnante; les mousses y attcignent la hauteur de 33 centimètres.

Les arbres fruitiers sont le bananier de paradis, le bananier nain, qui produit un fruit très-délicat et très-sain, l'ananas, la goyave, l’iambos de Malacca, le catappa ou badamier de Malabar, le jacquier des Indes. Le fruit nommé rurossel provient de l’anona squammosa. Les mangoustans, les melsis deu, les pampelmuusses et les oranges se trouvent aussi dans caus ile, Los citrons y sont un peu rares, et les raisins ne sont pas trèsbons. i.4 médecine emploie avec succès deux espèces de casse, cassia javanica et cassia fistula; les fruits pendent à l’arbre comme de longs bâtons. L'ile de Java produit aussi deux espèces de coton : l’un, le fromager pentandrique, arbre très-élevé; l’autre est un arbuste, c’est le gossypium indicum de Lamarck.

La rose de la Chine, le marsan ou murraie des Indes, les nyctantes, les corallodendrum, étalent \cues fleurs parmi les buissons; dans les jardins on cultive les plantes exotiques les plus recherchées; l’eugenia latifolia y épanouit ses pétales rouges et blanches, et la plupart des fleurs qui embellissent nos parterres, telles que la reine marguerite, la balsamine, les œillets d'Inde et les bleuets, n’y sont point inconnues. À Batavia l'on vend des fleurs dans les rues, tous les soirs, au coucher du soleil. Plusieurs arbres forment de belles allées et procurent des ombrages nécessaires; tels sont le mimusope elengi, la nauciée d'Orient, le canari des Moluques, la guettarde de l'Inde (guettarda spinosa), et le grand filaos à feuille de prêle.

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Les Javanais, en faisant de nombreuses entailles au tronc de l'hybiscus tiliaceus, dans la saison des pluies, parviennent à lui faire produire, sur toute sa longueur, des branches qui couvrent la terre. L'arbre de teck ou téak forme de très-grandes forêts, à l'ombre desquelles croit abondamment le pancrais d’Amboine et plusieurs belles espèces d’uvaires, d'hélictères, de bauhinies, ainsi que l’agave vivipare, avec lequel les habitants font des Jes étoffes, Le muscadier uviforme porte un fruit qui n’est pas aromatique.

Les buffles sont énormes et de couleur grisâtre. On les apprivoise et on leur fait trainer de très-grands c! viols. Les moutons sont rares; ils ont des poils au lieu de laine, et pendantes. Les chevaux sont petits, mais vifs et vigoureux. Il y s, des chameaux, des ânes, des bœufs, des cerfs, des gazelle: s, des lapins; on y voit le tigre royal (felis ligris), et plusieurs espèces particulières, telles que le felis melas, le felis ondé, le felis servalin, et le felis de Java, des caméléons, des iguanes et des lézards de toute espèce. Les sangliers pullulent dans les bois. Il y existe aussi des rhinocéros, dont une espèce, le rhinoceros javanicus, ne se trouve que dans cette île. Parmi les singes de Java, les naturalistes nomment le semnopithèque nègre et la macaque brune. On trouve aussi dans les bois l’écureuil bicolore et l’écureuil volant de Java (nycterys javanicus).

Tous les oiseaux de basse-cour qu’on y a transportés d'Europe s’y sont acclimatés, Les oies et les canards sauvages, les cailles, les bécassines, les faisans, les grèbes, les pies, Paigle blanc et le paon sont communs dans les forêts. On y remarque aussi le gigantesque émou ou casoar des Moluques, et plusieurs espèces de perroquets qu’on ne trouve point ailleurs, tels que le louri rouge et le kakatoëès blanc, remarquable par la huppe qu'il porte sur la tête. Les coqs sauvages ont le plumage très-brillant et la crête blanche, mêlée d’une teinte légère de violet. Dans les marais habitent une vipère verdâtre très-dangereuse et un redoutable serpent, l’oufar sawa, qui avale des volailles et même des chevreaux entiers.

Il ne manque pas non plus de crocodiles énormes. Ces reptiles connaissent, à ce qu’on assure, les habitants des contrées où ils se trouvent ; ceuxci les régalent quelquefois de poules ou d’autres viandes, et peuvent ainsi jouer avec eux en toute sûreté 1, Les étrangers qui ont voulu tenter les mêmes expériences ont payé de leur vie une telle témérité.

1 Voyez la Description de sava, par le comte de Hogendorp.

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