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de justice. Les deux tiers de la population sont catholiques et descendent des Français qui bâtirent Québec, et y fondèrent, en 1608, une importante colonie. Les Anglais s’en emparèrent en 1629 après une bataille dans laquelle périrent les deux généraux Wolf et marquis de Montcalm.
En descendant par le fleuve Saint Laurent, nous voyons à droite une contrée très-semblable aux parties les plus montueuses du Canada, bien boisée, bien arrosée, mais assiégée de brumes maritimes, qui seules en dénalurent la température ; c’est le Gaspé ou la Gaspésie, patrie ancienne d’une tribu indienne, remarquable par ses mœurs policées et par le culte qu’elle reudait au soleil. Les “aspésiens distinguaient les aires de vent, connaissaient quelques étoiles et traçaient des cartes assez justes de leur pays. Une partie‘de cette tribu adorait la croix avant l’arrivée des missionnaires, et conservait une tradition curieuse sur un homsne vénérable, qui» en leur apportant ce signe sacré, les avait iélivrés du fléau d’une épidémie 1, On serait tenté de chercher ici le Vinland des Islandais, et cet apôtre des Saspésiens pourrait bien être l’évêque de Groenland, qui, en 4421 visita le Vinland 2. Le nom de Gaspé a été restreint aujourd’hui au pays entre le fleuve Saint-Laurent et la baie des Chaleurs, située entre le Nouveau-Brunswick et le Bas-Canada.
La Gaspésie est un des districts du Bas Canada ; elle paraît renfermer 44,000 habitants. On voit au nord de la baie des Chaleurs, et à l'extrémité de la péninsule que forme le district de Gaspé, la petite ville de ce nom, importante par son port, située au fond d’une baie vaste et bien abritée. New-Carlisle est le chef-lieu de ce district : il se compose d’une centaine de maisons avec une église, une prison et une maison de justice ; son port est favorable au commerce et à la pêche. Les autres villes sont Perce, Sainte- Anne et Granville.
Montréal, la seconde ville du Bas-Canada, se présente avec éclat sur la côle orientale d’une ile considérable formée par le fleuve, à sa jonction avec lOttawa. Des hauteurs boisées, de nombreux vergers, de jolies maisons de campagne, el tout cela renfermé dans une ile baignée d’une superbe rivière où peuvent remonter les gros vaisseaux : tels sont les charmes de cette ville, qui renferme environ 2,500 maisons et environ 40,000 âmes. Montréal a beaucoup perdu depuis la fusion des deux compagnies de Fourrures du Nord-Ouest et de la Baie-d’Hudson ; elle peut néanmoins être regardée comme la première place de l'Amérique pour le commerce des pelleteries.
! Nouvelle Relation de la Gaspésie, par M. P. Leclercq. Paris, 1692, chap. x et suiv. ? Voyez notre volume J, p. 294 |
Montréal possède plusieurs édifices dignes d'être cités : telle ost la nouvelle cathédrale catholique, l'un des plus vastes temples du Nouvenu- Monde; on assure qu'il peut contenir plus de 40,000 personnes ; tel est encore l'hôpital général, l’un des mieux tenus de l'Amérique anglaise, La place du Marché est ornée d’un monument érigé à la gloire de Nelson : c’esi une colonne d'ordre dorique haute de 10 mètres, surmontée d’une statue colossale de ce marin célèbre. Ses principaux établissements sont le collége français, que l'on peut placer au rang des universités; le séminaire catholique, l'institut classique académique et l’université anglaise. Plusieurs sociétés savantes s’y sont établies : la principale est lu Société d'histoire naturelle, qui publie des mémoires et possède une bibliothèque et des collections ; le cabinet littéraire possède une des plus riches bibliothèques de l'Amérique anglaise. Montréal publie une douzaine de journaux anglais et français. |
Cette ville est aujourd’hui une place de commerce plus importante que Québec. Sa position en fait l’entrepôt des produits du Haut-Canada, des parties des Etats-Unis qui en sont limitrophes et des contrées sauvages qu'a. cse l'Ottawa. Québec voit plus de navires jeter l'ancre dans son port; mais Montréal leur fournit leurs cargaisons. Québec ne conserve sa prépondérance que parce qu’il possède un port où cent vaisseaux de ligne seraient en sûreté, ct parce que ses fortifichtions en font le Gibraltar de l'Amérique anglaise, $
Le rapide appelé Sainte-Marie, qui se trouvait encore, il y a peu d’années, à un quart de licue au-dessous de la ville, est maintenant à son extrémité septentrionale, tant elle a pris d’accroissement. Ce rapide est un obstacle qui nuisait à la fréquentation du port de Montréal; mais on l’évite aujourd’hui, au moyen d’un canal latéral au fleuve. Cette ville, fondée en 4640, prit le nom d’une colline de son voisinage; cédée en toute propriété aux Sulpiciens de Paris en 4644 ; elle fut prise par les Anglais en 1760; les Américains la leur enlevèrent en 1775, mais ils ia restituèrent peu de temps après.
La petite ville des Zrots-Rivières, entre Québec et Montréal, est situte sur le banc septentrional du fleuve, à l'embouchure de Ja rivière de Saint- Maurice. Sa population est d'environ 3,000 âmes. Elle est bien bâtie ; les naturels y portent leurs pelleteries.
Nous pouvons citer dans le Bas-Canada plusieurs villages ou bourgs intéressants par leur industrie : ce sont Beaufort, où l’on remarque une belle scierie mécanique; Pont-Levi, rendez-vous des curieux qui vont
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visiter la belle cascade de la Chaudière; Orléans, dans une île de ce nom au milieu du fleuve Saint-Laurent, à 2 lieues au-dessous de Québec : cetle ile, longue de 9 lieues et large de 2, est remarquable par sa fertilité; le éentre est oceupé par des bois épais; dans la partie occidentale s’élèvent plusieurs jolies maisons de campagne; dans cette partie se trouvent des chantiers où l'on a construit, dans ces dernières années, des vaisseaux de guerre d’une énorme dimension : on en cite qui ont plus de 100 mètres de long. Le village de Lorette, où l’on admire une belle église, est peuplé d’Iroquois qui ont été convertis à la religion catholique par des missionnaires français. La Chine est un gros village d’où partent des bateaux à vapeur destinés pour le Haut-Canada. La Prairie de la Madeleine est un des entrepôts du commerce entre le Bas-Canada et les États-Unis. Le bourg de Tadousae, situé sur un rocher presque inaccessible près du confluent du Saguenay ét du fleuve Saint-Laurent, fait un grand commerce avec les Indiens; sa population, de plus de 2,000 âmes, le place au rang des villes, Fort-Chambly est important par ses fortifications.
A 43 lieues au nord-est de Montréal, la petite ville de Sorel ou William- Henry est agréablement située au confluent du Richelieu ou Sorel et du fleuve Saint-Laurent, sur l'emplacement du fort Sorel, construit par les Français en 4665 pour réprimer les incursions des indigènes. Elle se compose de 8 rues, de 460 maisons et de 4,500 à 4,800 habitants. La rivière Sorel est aujourd’hui canalisée et, par sa jonction avec le lac Champlain et la rivière d'Hudson, elle met en communication Québec et Montréal avec New-York,
En sortant du fleuve Saint-Laurent pour entrer dans le lac Ontario, on traverse le golfe appelé improprement lac de Mille-Iles. Sur une de ses anses et à l'embouchure de la rivière Rideau, canalisée pour joindre l'Ontario à l'Ottawa, s’élève la ville de Kingston, munie d'un bon port qui sert d’entrepôt principal du commerce entre le Haut et le Bas-Canada.
Elle pourrait passer pour jolie, si ses rues, qui sont droites et garnies de maisons en pierres, étaient pavées. Sur la côte en face de la ville est une baie qui peut mettre à l’abri de tout vent une flotte nombreuse : c’est aussi à qu’hiverne ordinairement la flotte royale du lac. Sur le bord de la baie, on aperçoit l’arsenal de la marine anglaise dans cette partie du monde, et de beaux chantiers où l’on construit des vaisseaux de guerre du premier rang. La population commerçante de Kingston se compose de plus de 12,000 habitants. C’est la ville la plus forte, la plus florissante et la plus commerçante du Haut-Canada. A l’ouest de cette ville, Fork ou Toronto,
70 LIVRE CENT QUATRIÈNE.
ancienne capitale du Haut-Canada, est de fait aujourd'hui la capitale de tout le Canada; le gouverneur général et le parlement partagent alternativement leur résidence entre cette ville et Québec. Elle domine le lac, possède un superbe port abrité par une longue presqu'ile appelée Gibraltar, et renferme 45,000 âmes. La baie de Burlington, à l'extrémité occidentale de l’Ontario, est bordée de paysages romantiques.
Arrivons à Newark, aujourd’hui Niagara, petite ville bien bâtie, avec 12 ou 1500 habitants, défendue par le fort George, et possédant un port à l'embouchure et sur la gauche du Niagara.
Le fort Erié commande le fleuve Niagara à sa sortie du lac de ce nom; Maitland et Dalhousie sont deux petites villes situées aux deux embouchures du canal Welland, qui évite l'obstacle de la chute du Niagara en établissant une communication navigable entre les lacs Erié et Ontario ; la ville de London est située dans l’intérieur des terres; Maldei ou Amherstburg est une place frontière du côté de la rivière du Détroit. Saint-Clair sur la Thamès est défendue par le fort Chatam. Penetanguishine, sur le lac Huron et au fond de la baie George, est la principale station militaire navale du Canada.
Nous ferons remarquer ici que l'extrémité méridionale du Canada forme une presqu’ile séparée du reste de la province par les rivières Severn et Trent, qui sont même liées par une chaine de petits lacs. Le reste de cette péninsule, ou, si l’on veut, de cette île, que l’on appelle le Æaut-Canada, est baigné par les lacs Huron, Erié et Ontario, les fleuves Saint-Clair, Détroit et Niagara. Tout le sol n’est qu’une plaine de terreau végétal reposant sur des couches de calcaire et de plâtre. Il n’y a point d’eau stagnante, mais les rivières sont bourbeuses. Le froment, le trèfle, les poires, les pêches réussissent parfaitement. Le climat, sur les bords du lac Erié, est presque aussi doux qu’à Philadelphie. Cette portion heureuse et fertile, différente du reste du Canada, aurait dù être revendiquée en faveur des États-Unis, lors du traité de 1783 ; elle forme encore l’objet de leur ambition ; mais les Anglais en ont apprécié l'importance politique et militaire.
Les établissements de Brockville, Sainte-Catherine, Hamilton, Kobourg, Queenston, et plusieurs autres qui naguère étaient considérés comme de simples villages, peuvent prendre rang parmi les villes.
La population du Canada s’accroit rapidement; celle du Bas-Canada était évaluée, en 1849, à 678,590 individus, sans y comprendre les sauvages ; celle du Haut: Canada était de 486,055 âmes. La milice y est de 8,000 hommes, et les tribus indiennes, dont le nombre d’individus ne
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Toute la population française est resserrée principalement sur la rive septentrionale du grand fleuve, depuis Montréal jusqu'à Québec ; l’aspect de cette série de fermes et de champs labourés, pendant un espace de plus de 142 lieues, satisfait plutôt l’œil que la pensée. Les cultivateurs canadiens, animés d’un esprit diamétralement opposé à celui des Anglo-Américaïns, ne quittent pas les endroits qui les ont vus naître, Au lieu d'émigrer pour former de nouveaux établissements, pour défricher les terres voisines dont ils connaissent la fertilité supérieure, les membres d’une famille partagent entre eux les biens-fonds tant qu’il en reste un seul hectare.
Les premiers colons français paraissent être venus de la Normandie. Contents de peu, altachés à leur religion, à leurs usages; soumis au gouvernement, qui respecte leur liberté, ils possèdent, à côté de beaucoup d’indolence, un fonds naturel de talents et de courage qui n’aurait besoin que d’être cultivé par l'instruction : ils se livrent avec ardeur aux travaux les plus rudes; ils entreprennent, pour un gain modique, les voyages les plus fatigants. Ils fabriquent eux-mêmes les étoffes de laine et de lin dont ils S’habillent à la campagne; ils tissent ou tricotent eux-mêmes leurs bonnets et leurs bas, tressent leurs chapeaux de paille, et tannent les peaux destinées à leur fournir des mocassins ou grosses boites; enfin leur savon, leurs chandelles et leur sucre, ainsi que leurs charrues et leurs canots, sont les produits de leurs propres mains.
Le visage des Français du Canada est long et mince ; leur teint brunâtre et hâlé devient quelquefois, sans doute par l'effet du mélange avec la race indigène, aussi foncé que celui des Indiens : leurs yeux, pctits et noirs, ont beaucouo de vivacité ; le nez avancé tend à la forme aquiline ; leslèvressont épaisses, tes joues maigres et les pommettes saillantes. Ils ont conservé dans leurs manières des traces honorables de leur première origine.
Le Canada renferme de nombreux établissements d'instruction publique; on compte dans le Bas-Canada plus de 1,500 écoles primaires, fréquentées
par 50,000 écoliers. La plupart de ces écoles sont subventionnées par le gouvernement colonial et soumises à la visite d’inspecteurs nommés par les Comités. Les écoles secondaires, au nombre de 40, sont presque toutes tenues par le clergé catholique. Les colléges sont de hautes écoles classiques, dont les principaux, comme ceux de Montréal et de Québec, oct en outre des chaires de théologie, de médecine et de chirurgie. Le séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal, est à la fois l’école de théologie catholique et l’école classique la plus importante du Canada. Québec possède une école de sciences appliquées pour les artistes. Elle a, ainsi que Montréal, une bibliothèque publique. En 1831, on imprimait dans la colonie 49 journaux, tant en français qu’en anglais. Les écoles du Haut-Canada sont moins nombreuses; les établissements d'instruction publique les plus importants sont le Collége Royal et l’école classique secondrire dite du Haut- Canada, tous deux à Tronto. Le nombre des journaux publiés dans 1" Haut-Canada, en 1833, était de 30, tous en anglais.
Les Canadiens suivent avec une scrupuleuse exactitude les modes dont ils reçoivent les modèles de Paris. Les femmes du Canada sont remarquables par leurs grâces et leur brillante santé. Par l’éclat de leur teint, la régularité de leur traits et la beauté de leur taille, elles ressemblent aux Cauchoises; leurs grands yeux noirs tranchent agréablement avec l’incarnat de leurs joues fraiches et vermeilles. Bonnes épouses, mères tendres, ménagères soigneuses, elles font la félicité de leurs familles. Un voyageur moderne, M. Howison, a vu à la ville du Détroit de jeunes et belles filles attristées, indiguées même de ce que le curé défendait impérieusement les bals : plus de danse, adieu la joie et les plaisirs. Ce sont bien là nos Françaises enjouées. Mais le courrier ârrive; il apporte un paquet cacheté; toutes ces jeunes filles se réunissent, avides d’oublier dans la lecture le chagrin que leur cause le zèle pieux du curé. Et que vont-elles lire avec tant d’empressement? Des journaux qui arrivent de France!
Les arts d’agrément ne sont point négligés dans l’éducation des jeunes personnes de bonne famille ; le dessin forme une partie importante de l’instruction qu'elles reçoivent ; la musique compte des élèves jusque dans les fermes et les villages. Les salons de Québec et de Montréal retentissent souvent des airs mélodieux des grands compositeurs applaudis à Paris. Enfin, dans la classe inférieure, d’anciennes chansons normandes sont répétées en chœur par une jeunesse joyeuse.
La sobriété n’est pas la vertu des Canadiens; l’habitude de l'ivresse y droduit des accidents tragiques. ii serait utile que les sociétés de tempé-
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Les habitants du Haut-Canada conservent les mœurs de l'Angleterre ou de l'Irlande, leurs contrées originaires.
Le gouvernement anglais cherche à effacer ces différences, qu’il regarde comme portant préjudice à sa domination dans ce pays ; aussi, pour y parvenir, a-t-il fait modifier, en 4840, par un bill du parlement, l’administration politique du Canada. Les distinctions de Haut et Bas-Canada n’existent plus; le pays forme un seul gouvernement général divisé en oriental et occidental. La capitale est Toronto ou Forck; il est administré par un gouverneur général, assisté d’un conseil législatif et d’une seule chambre de députés.
Les conseillers législatifs, qui forment la chambre haute du pays, sont nommés par le gouverneur, avec l’approbation du roi d’Angleterre. Leurs fonctions sont à vie, à moins qu’ils ne s’absentent de leur province pendant quatre ans, ou qu’ils ne prêtent serment à quelque puissance étrangère. Ils peuvent faire partie du conseil exécutif.
Les membres de la chambre sont élus pour quatre ans, sauf le cas de dissolution. [ls sont nommés par la majorité des francs-tenanciers de chaque conité, et, dans les villes, par les propriétaires et les rentiers.
Le gouverneur doit convoquer la chambre au moins une fois en douze mois ; il peut même la réunir plus souvent si le besoin public l'exige.
Les lois qui régissent les deux Canadas sont : les actes du parlement anglais relatifs aux colonies, les coutumes de Paris antérieures à l’an 4666, les édits des rois de France, le droit romain, le code criminel d'Angleterre tel qu'il était en 1774, et tel qu’il a été expliqué dans les acies subséquents. Il est à remarquer que, dans le Bas-Canada, qui a conservé les anciennes lois françaises, les terres qui ont le titre de seigneurie sont encore soumises au régime féodal, et que, dans le Haut-Canada, où les lois anglaises sont seules en vigueur, les propriétés coloniales appelées lownships, et qui consistent en terres qui ont été distribuées à des militaires de tous grades, sont au contraire régies par ies lois communes. Les deux gouverneurs, les
juges et les autres officiers civils sont payés par les deux provinces, et le
superflu des revenus est employé à répandre l'instruction primaire, à construire des chemins et des canaux, et à d’autres améliorations publiques. Le seul profit que la Grande-Bretagne tire du Canada provient de son
commerce avec cette colonie, qui occupe environ 7,000 matelots. Les V. | 10
dépenses d'administration sont évaluées à 2,280,000 francs : l’Angicterre en paie la moitié. On estime les frais de garnison et d’entretien des forts à 2,400,000 francs. Les présents que l’on fait aux sauvages, avec le salaire des employés, officiers et commis qui résident chez eux, peuvent monter à pareille somme. Les revenus sont évalués à 2,350,000 francs.
Cette province si coûteuse offre à la politique anglaise un double caractère d'utilité et d'importance. Le Canada est, en temps de paix, le débouché de plusieurs produits des manufactures anglaises qui entrent aux Etats- Unis, soit légalement, soit en fraude. Les produits du sol même du Canada, et ceux que le commerce anglais tire par cette voie de l’intérieur de l’Amérique septentrionale, fournissent les objets d’un échange et d’une navigation considérables, et qui s’accroissent tous les ans.
Les exportations, en 1831, ont été de 4,220,000 livres sterl. (27 millions 600,000 francs), sans y comprendre 60,000 quintaux de morue sèche, 13,000 de morue verte, 45,000 gallons (202,500 litres) d'huile de poisson; et les importations se sont élevées à la valeur de 1,700,000 livres sterling (39,100,000 francs). Le nombre des vaisseaux entrés était de 1,339, d’une capacité de 331,100 tonneaux. Le nombre des matelots employés dans ce commerce s'élevait à plus de 7,000. Le nombre des navires sortis était de 1,047, chargés de 200,700 tonneaux.
Les deux Canadas ont fait dans l’industrie des progrès récents et assez rapides depuis quelques années : on y. compte de nombreuses usines, fabriques et manufactures.
Le gouvernement anglais n’a rien négligé de ce qui pouvait assurer ou accroître Ja prospérité du Canada. De nombreux canaux y assurent de faciles communications : la navigation du Saguenay a été améliorée à son embouchure par une passe creusée dans le rocher qui barrait son cours; l’on a surmonté les obstacles que présentaient aussi à la navigation les rapides de la rivière du Richelieu ou Chambly, et l’on a mis il y a quelque temps la ville de ce nom en communication avec le lac Champlain ; on n’a plus à redouter; dans la navigation du fleuve Saint-Laurent, la passe dite des Cascades, grâce au petit canal que l’on y a construit; le canal dela Chine sert à éviter le saut de Sainte-Marie et d’autres rapides, ainsi que le débarquement des personnes et des marchandises; le Rideau, affluent de POttawa, à E | été mis par un canal en communication avec le lac Ontario; le canal Carillon ou Grenville part de l'Ottawa et tourne le long saut; le canal Welland, qui suit une direction latérale au Niagara, a pour objet de tourner le fameux i I saut de cette rivière, seul obstacle à la longue navigation intérieure de Mon-
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tréal, à l'extrémité méridionale du lac Michigan, en traversant les lacs Ontario, Erié, Saint-Clair et Huron.
Considéré comme position militaire, le Canada forme le principal anneau de cette chaîne de possessions britanniques du nord, qui tient en échec les Etats-Unis par fe nord. Tant que l’Angleterre conservera ces positions, elle sera toujours l’ennemi le plus dangereux ou l’allié le plus utile, le plus nécessaire pour la grande république américaine, seule rivale maritime que la moderne reine de l'Océan ait à redouter.
Nous ne nous étendrons pas sur les mœurs des tribus sauvages qui habitent dans les limites du Canada. Les Æurons, qui s’étendent au nord et à l’est du lac qui porte leur nom, ont aussi une ville assez considérable sur le fleuve ou le canal appelé Détroit. Ce peuple, appelé Huron par les Français, se donne le nom d’Fendat ; il a joui autrefois d’une certaine célébrité; mais il a été ruiné par ses guerres avee les Iroquois : aujourd’hui il ne se compose plus que de quelques familles qui ont embrassé le christianisme.
Quelques restes des tribus appelées les Six Nations, et principalement des Mohawls, ont quelques villages sur la rivière d'Oure. Les Missisagues; tribu alliée des Algonquins, habitent encore dans la péninsule du Canada, aux sources de la rivière de Crédit et sur les bords des lacs Huron et Supé-
rieur : on porte leur nombre à 16,000. La branche principale des Froquois occupe les bords de l’Ottawa, c’est un faible reste de cette nation redoutable et généreuse.
Non loin de Montréal est le misérable village de Cachenonaga, habité par les Agniers ou Alquiers, nom que les Français ont donné aux Cochenawagoes où Cochnuagas, tribu d'Iroquois qui a adopté la religion chré-tienne, Cette peuplade a une dévotion particulière à la sainte Vierge. Les Indiennes, par principe de religion et d'humanité, élèvent les enfants bâtards abandonnés par leurs pères européens.
Les Tummiskamings où Timmiscameins, qui parlent la langue a11gonquine ou knistenane, demeurent au nord des sources de l'Ottawa. Ils passent pour êlre les plus nombreux des indigènes du Haut-Canada. Les Algonuquins s'étendent vers la rivière Saint-Maurice. On trouve aux environs de Québec quelques hameaux de Hurons convertis au christianisme, et qui parlent français. Les Pikouagamis, aux environs du lac Saint-Jean ; les Mistissinnys, sur le lac du même nom, et les Papinachots, au nord de la rivière Saguenay, mènent aujourd’hui une vie paisible, et commencent à se livrer à quelques essais de culture. Ces tribus paraissent de la même origine que les Algonquins et les Knistenaux.
Que de souvenirs, que de regrets le pays que nous venons de décrire ne nous rappelle-il pas? Ce sont les Français qui les premiers firent retentir les bords de ces larges fleuves et les échos de ces belles prairies de leurs chants nationaux ; ce sont eux qui y introduisirent les premiers germes de la civilisation.
Un empire a été perdu par la légèreté, la présomption et l'ignorance géographique de ce qu’on appelle en France des hommes d'État et des ministres. La côte du Canada, découverte en 1497 par Sébastien Cabot, navigateur au service de Henri VIE, roi à’Angleterre, fat de nouveau reconnue, en 1523, par Verazzani, italien, au service de François Eer, qui en prit possession au nom de la France, et lui donna le nom de Nouvelle- France. En 1554, Jacques Cartier explora le golfe Saint-Laurent et remonta le flet.ve jusqu’à l’île de Mont-Royal ou Montréal; en 1540, le même navigateu; fonda au Port de Sainte-Croix le premier établissement français dans la contrée, érigée en colonie, tandis que La Roche, sieur de Roberval, fondait le fort de Charlebourg. En 1603, on fit de nouvelles tentatives de colonisation par ordre de Henri IV, et Samuel Champlain, qui avait déjà fait un voyage dans ce pays, jetait, le 3 juillet 1608, les fondements de la ville de Quéhec. En 1617, une Compagnie fut créée pour accroître la colonie, mais elle fut bientôt attaquée par les Anglais, qui renouvelèrent plusieurs fois leurs tentatives pour s’en emparer, jusqu’en 1759 qu’elles eurent un plein succès.
Le traité de Paris de 1763 reconnut cette spoliatiou contre le droit des nations; celui de 4783, conclu avec mains de précipitation, aurait pu rendre à :1 France le Canada. Napoléon eut le bonheur de reprendre la Louisiane cle tort de la revendre. Aujourd’hui même, espérons que tous les moyens de rétablir la domination française dans le nord de PAmérique ne sont pas enlevés à une politique nationale, éclairée et persévérante.
L’Acadie, définitivement soumise à l’Angleterre depuis 4713, fut divisée, en 4784, après la paix avec les États-Unis déclarés indépendants, en deux gouvernements, dont l’un, formé de la péninsule orientale, conserva le nom de Nouvelle-Écosse, que tout le pays portait anciennement chez les Anglais; la partie occidentale de la province, destinée surtout à recevoir les militaires allemands au service de la Grande-Bretagne qui voudraient se fixer en Amérique, eut le nom de Nouveau-Brunswick.
Le Nouveau-Brunswick s'étend, d'un côte, sur le golfe Saint-Laurent à partir de la baie des Chaleurs; de l’autre, sur la baie de Fundy; il avoisine les États-Unis à l’ouest, et se termine au sud à l’isthme qui conduit dans la
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Nouvelle-Écosse. Ce pays, dont la prospérité, la culture et la population s’accroissent dans une progression rapide, est traversé par l’extrémité de Ja chaine des Apalaches. La rivière de Saint-John (Saint-Jean) est navigable pour des vaisseaux de 50 tonneaux dans l’espace d'environ 59 milles, et pour des bateaux dans celui d'environ 170 milles. Son cours est d’une centaine de lieues. Le flux remonte à peu près à 70 milles. On y trouve dn saumon, des loups de mer et des esturgeons. Elle forme plusieurs lacs, dont le plus considérable est le lac George. Les bords, engraissés par des débordements annuels, sont fertiles et unis, et dans beaucoup d’endroits couverts de grands arbres. Cette rivière offre des moyens commodes pour se rendre à Québec. Les exportations, qui consistent en bois de charpente, poissons, pelleteries et cuirs, occupent non moins de 700 bâtiments d’une capacité de 100,000 tonneaux. Le caribou, l’orignal, le lynx, l'ours et les autres animaux sauvages du C. aada et des États-Unis, se montrent encore dans ce pays, mais ne se répandent guère dans la Nouvelle-Écosse.
Le climat de ce pays est plus froid que ne l'indique sa latitude entre le 45c et le 48e parallèle : l'hiver y dure six mois, pendant lesquels le thermomètre centigrade descend à 25 degrés au-dessous de zéro ; le printemps y est inconnu; un été brûlant y succède à l’hiver ; l'automne y est la seule saison tempérée.
La tribu indigène des Maréchites est réduite à 140 guerriers. Les Européens y dépassent le nombre de 418,000. Frédéricktown ou Frédéricton, autrefois Sainte-Anne, située sur la droite et à l'embouchure de la rivière de Saint-Jean, a été longtemps la capitale du Nouveau-Brunswick, la résidence du gouverneur et des principales autorités. Elle est régulièrement bâtie et peuplée de 12,000 âmes. Cette ville possède un collège, plusieurs églises et une société d'agriculture : on y publie une gazette. Saint-John ou Saint-Jean, à 20 licues au sud-est, est la pius considérable cité, aujourd’hui capitale de la province : on estime sa population à 45,000 âmes. Ses maisons, la plupart en bois, sont bien construites; son port est un des meilleurs de la côte : la franchise dont il jouit en fait un point commercial important. Il reçoit et il en sort annuellement près de 3,000 navires. Saint- Jean possède une banque et puhlie plusieurs journaux. Les autres villes qui viennent ensuite sont Saint-Andrews, peuplée de 2 à 3,000 âmes, très-importante par sa douane sur les frontières des États-Unis, et Vewcastle, sur le Miram: hi.
Le Nouveau-Bruuswick, enlevé à la France en 4763, a été érigé en colonie par les Anglais en 1785; il est divisé en 44 comtés et comprend
64 paroisses. La colonic est gouvernée par un lieutenant gouverneur, dépendant du gouverneur général de la Nouvelle-Écossez sa législature est l'assemblée coloniale, composée de 28 membres électifs, mais le conseil du gouvernemeni prend aussi part aux travaux législatifs. La colonie possède une milice de plus de 2,000 hommes; les revenus coloniaux s'élèvent à environ 800,000 francs. Les importations à 44 millions et les exportations à 44 millions de francs.
La Nouvelle-Écosse ou Acadie est une presqu'ile qui partage avec toute cette partie du globe un climat fort rigoureux en hiver : cependant les ports n’y gèlent jamais. Les seuls brouillards maritimes rendent l'air sombre et malsain. Lorsqu'ils disparaissent, le printemps offre quelques moments délicieux ; les chaleurs de l’été égalent au moins celles dont on jouit alors dans nos contrée?, ct font rapidement mürir les récoltes. Ce pays, généralement âpre :! montagneux, renferme des coteaux rianis et fertiles, notamment aului; de la baie de Fundy et sur le bord des rivières qui s'y déchargent : de ‘:stes terrains, autrefois marécageux jusqu’à 20 ou 25 licues dans l'intérieur, y ont été rendus à la culture. Les plaines et les éminences présentent une agréable variété de champs plantés en froment, seigle, mais, pois, haricots, chanvre, lin; et quelques espèces de fruits, tels que les groseilles et les framboises, viennent parfaitement dans les bois qui couronnent les hauteurs et couvrent jusqu’aux trois quarts du pays. Ces forêts renferment quelques excellents chênes très-propres à la construction navale; mais elles se composent principalement de pins, desapins, de bouleaux, qui donnent de la poix , de la térébenthine, du goudron, ou du bois à l’usagc des sucreries dans les Atitilles. Le menu gibier, ainsi que les volailles, y abondent. Les rivières fourmillent principalement de saumons, et le produit des pêcheries de cabillauds, de harengs, de maquereaux établies dans les différents ports ou sur les côtes, fournit à l'exportation pour l’Europe. Plusieurs baies, havres et criques offrent de grands avantages au commerce ; la plupart des rivières sont navigables, et le flot y remonte bien avant dans la terre.
La population avait d’abord diminué après l’occupation anglaise, premièrement par l’émigration, et ensuite par la déportation finale des anciens habitants français, appelés les Neutres, mais qui étaient accusés de faire cause commune avec les indigènes, nommés les Micmacs, contre les nouveaux maîtres. Après la paix d’Aix-la-Chapelle, on s’occupa sérieusement du projet de repeupler la colonie. Près de 4,600 soldats et marins, déliés du service, furent engagés à s’y fixer avec leurs familles. On les y transporta
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aux frais du gouvernement; on donna à chacun d’eux 50 acres exempts de toute espèce de taxe ou d’impôt pendant 10 ans, et ensuite seulement soumis à la retribution d’un schelling par an. On leur donna en outre 40 acres pour chaque membre de leur famille, avec promesse d'augmentation à mesure que leur famille s’accroitrait, et qu’elle se montrerait digne de cette faveur par la bonne culture de leur terrain.
Halifax, ville de 20,000 habitants, est le chef-lieu de la Nouvelle-Écosse et résidence du gouverneur général; située vers le milieu de la côte orientale de la province, elle est jolie et régulièrement bâtie, mais tous ses édifices, à peu d’exceptio.is près, sont bâtis en bois. Le plus remarquable de ceux qui sont construits en pierre est le Province-Building, vaste bàtiment en pierres de taille, orné de colonnes d’ordre ionique, et qui renferme les tribunaux, les bureaux de l’administration, une bibliothèque publique» et les salles dans lesquelles l’assemblée législative de la province tient ses séances. Les établissements d'instruction y sont considérables et bien tenus: le grand collége est organisé comme l’université d'Edimbourg; Halifax publie 6 ou 7 journaux hebdomadaires. Mais ce qui donne une véritable importance à Halifax, c’est la bonté de son port, le Bedford-Basin, ouvert en toule saison et l’un des plus beaux de l'Amérique. Aussi les Anglais y ont-ils établi une de leurs stations militaires navales. D’importantes fortifications en défendent l'entrée, et protègent lesgrands établissements maritimes qu’il renferme. La situation si avantageuse du port d'Halifax fait de cette ville un des points principaux pour les communications entre l’Europe et l'Amérique. Elle possède un service régulier de paquebots pour Falmouth et Liverpool en Angleterre, pour Boston et New-York aux Etats-Unis et pour les Antilles. Le port d’Halifax reçoit annuellement près de 4,000 navires, et il exporte pour plus de 42 millions de francs de marchandises. Annapolis, autre excellent port, ci-devant Port-Royal, presque à l’opposite d'Halifax, sur la baie de Fundy, n’a que 1,200 habitants; mais Shelburne, sur la côte méridionale, près du havre de Roseway, peuplée il y a peu d'années de 40 à 12,000 âmes, n’en a pas aujourd’hui la dixième partie,
Nous citerons encore Lunebourg, dont la population, presque entièrement allemande, est de 1,200 habitants; Liverpool, petite ville que son commerce rend florissante ; Farmouth, qui paraît en avoir plus de 3,000; Windsor, qui, depuis 1802, possède une université regardée comme le principal établissement d'instruction qui existe dans l'Amérique anglaise; enfin Truro, dans la baie de Fundy, où l’on éprouve des marées de 22 môtres de hauteur,
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La Nouvelle-Ecosse est le siége d’un gouvernement général des possessions anglaises de l'Amérique du Nord; ce gouvernement comprend les gouvernements particuliers de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau -Brunswick, de l'ile du Prince-Edouard et de Terre-Neuve. Le gouvernement colonial particulier de la Nouvelle-Ecosse est sous la direction d’un lieutenant-gouverneur, chef civil et militaire, assisté d’un Conseil de 42 membres nommés par la couronne, Le pouvoir législatif appartient à une assemblée législative de #1 membres nommés à l'élection pour 7 ans. Le territoire est partagé administrativement en 10 comtés; sa population est d’environ 455,000 habitants; sa force armée se compose de à régiments de .igne et de la milice.
L'ile du Cap-Breton ou Ile-Royale, séparée de la Nouvelle-Ecosse par le détroit de Canso, autrement de Fronsac, avait été considérée par ies Français comme la clef du Canada. Cependant ses ports ont le désavantage d’être souvent fermés par les glaces. L’atmosphère, sujette à de violentes tempêtes, est souvent obscurcie par des tourbillons de neige et de grêle, ou par de fortes brumes qui empéchent de distinguer les objets tes plus proches, et qui déposent partout une couche de verglas. Le poids de la glace abattue des agrès d’un seul d’entre les vaisseaux employés à la prise de l’ile, en 1758, a été estimé à 6 ou 8 tonneaux, et cette masse prodigieuse s’y était attachée dans la nuit du 5 mai. Le sol, en grande partie aride, produit quelques chênes d’un volume énorme, des pins pour la mâture, et diverses sortes de bois propres à la charpente. On y récolte aussi un peu de grains, du lin et du chanvre. Les montagnes et les forêts recèlent de la volaille sauvage en quantité, notamment une espèce de grosses perdrix qui ressemblent à des faisans par la beauté du plumage. Le sein de la terre renferme d’inépuisables mines de houille, que l’on exploite à Bridgeport et à Sidney.
Le port de Louisbourg, autrement Port-Anglais, près du Cap-Breton proprement dit, était un des plus beaux de toutel’Amérique; mais il est aujourd’hui abandonné, et le fort qui le protégeait n’offre plus qu’un amas de ruines. La petite ville de Sidney, qui n’a pas 4,000 habitants, est le cheflieu de toute l’île. Avichat, sur la petite île de Madame, est plus importante; elle compte 2,500 habitants. Schip-Harbour est sui le détroit de Canso, remarquable par Pirrégularité de ses marées. On évalue à 3,500 la population totale de l'ile, qui forme un comté du gouvernement de la Nouvelle- Ecosse.
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Cap-Breton, lui est bien -upérieure par la fertilité de son sol et par son aspect riant. Aussi, sous la domination française, fut-elle appelée le grenier du Canada, qui en tirait une grande quantité de grains, de bœufs et de porcs; plusieurs fermiers récoltaient jusqu’à 4,200 gerbes de blé. Les rivières sont riches en saumons, truites, anguilles, et la mer adjacente abonde en esturgeons et toutes sortes de coquillages. Elle possède un port commode pour la pêche, et tout le bois nécessaire à la construction navale. La population, qui était déjà, en 1789, de 5,000 âmes, est évaluée aujourd’hui à 33,000 âmes.
Belfast, colonie agricole fondée en 1803 par lord Selkirk, est très-florissante : elle compte 4,000 âmes; Saint-Andrew est la résidence d’un évêque catholique; George-Town, Murray-Harbour et New-London sont impor- (ants par leurs ports et leurs chantiers de construction; Charlotte-Town, sur Pestuaire de l'Hillsborough, au fond de la baie à laquelle elle donne son nom, possède un des plus beaux et des plus vastes ports de l'Amérique septentrionale ; c’est une place de guerre qui compte 3,000 habitants. L'île du Prince-Edouard forme un gouveruément colonial, composé d’un lieutenant-gouverneur, assisté d’un Conseil de 9 membres et d’une assemblée législative de 18 membres nommés par le peuple.
La rocailleuse île d’Anticosti, couverte de bois, mais dépourvue de ports, est située à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent. Lorsqu’elle fut découverte, en 1534, par Jacques Cartier, elle reçut le nom de l’Assomption. Ses établissements consistent en deux ports. Elle a 45 lieues de longueur sur 11 de largeur. Au nord de l’île du Cap-Breton, les” petites îles #adeleines où Hagdalen, dont les principales sont Coffins, Saunders, Wolfe, Amlherstet Entry, ne sont peuplées que de pêcheurs.
La grande île appelée par les Anglais Newfoundland et par les Français Terre-Neuve, ferme au nord l’entrée du golfe Saint-Laurent, Les brouillards perpétuels qui enveloppent cette île se forment vraisemblablement par le conflit du froid naturel de ces parages avec la chaleur du courant des Antilles, qui s’y engouffre entre les terres et le grand banc avant de s’échapper vers l’est dans l’océan Atlantique boréal. Ces brouillards peuvent étre traversés sans crainte par le navigateur, parce qu’ils n’approchent jamais à plus d’une demi-lieue de la côte : en sorte qu’il règne entre eux et l'ile une espèce de canal sur lequel les navires 5euvent circuler sans danger.
Séparéede la terre de Labrador par le détroit de Belle-Iste, large de 2 myriamètres, l'étendue de Terre-Neuve est considérable. Elle est longue de 55 myriamètres, et dans sa plus grande largeur elle en a 54. Elle pré-
sente deux presqu'iles remarquables, l'une au nord , longue de 20 myriamètres, et l’autre à l’est, qui est irrégulière et très-découpée, Toute sa côte n'offre que des déchirures plus ou moins profondes et des rochers battus par les flots. Les principaux enfoncements que forment ces déchirures sont : au sud, la bate du Désespoir, celle de Placentia et celle de Saïnte- Marie; sur la côte occidentale, la baie de Saint-George; au nord, celle de White, celle de Notre-Dame et celle d'Ingornachoix, près de laquelle on remarque le cap du Quipon; sur la côte orientale, la bate des Grignettes, celle de la Conception, celle de la Trinité et d’autres encore, non moins iaportantes, dont quelques-unes se prolongent assez avant dans l’intérieur de l'île. Lorsqu'on pénètre dans la baie de la Conception, on croit remonter l'embouchure d’un grand fleuve, mais on est étonné de ne trouver à son extrémité que de petites rivières, auxquelles la fonte des neiges ou l’abondance des pluies donnent de l'importance ; elles sont pendant une grande partie de l’année presque desséchées, et leur lit n’est jonché que de cailloux roulés,
L'ile passe généralement pour stérile, les bords des rivières exceptés. Elle produit cependaut diverses sortes de bois employés soit à la cansiruction navale, soit à l’établissement d:: nombreux échafuudages dressés tout le long de la côte pour la préparation tie la morue. Les clairières forinent de bons pâturages,
Les plus hautes montagnes de Terre-Neuve s’élèvent à peine à 975 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. Leurs sommets n’offrent partout que la wriste et monotone verdure des mousses et des lichens, qui s’y accumulent sans cesse en y formant une croûte élastique. Au-dessous de ces cimes, toutes les parties élevées, couvertes de terre végétale, sont ombragées de forêts composées d'arbres verts et de bouleaux, arbres qui n’atteignent pas une élévation de plus de 10 à 45 mètres; les parties basses comprennent des vallées étroites et tortueuses ou des plaines humides et tourbeuses, couvertes çà et là de flaques d’eau et d'’étangs, souvent sans écoulement apparent.
Les forêts servent de retraite à une quantité d'ours, de loups, d’élans et de renards ; les rivières et les lacs abondent en castors, loutres, saumons et autres amphibies ou poissons.
Parmi les animaux de Terre-Neuve, on distingue une race particulière de chiens, remarquables par leur grande taille, leur long poil.soyeux, et surtout par la plus grande dimension de la peau entre les doigts du pied, qui les rend propres à nager. Il parait que cette race descend d'un dogue
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