‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 146 · Y. PT · texte numérisé non relu

Y. PT

pierres à fusil, et une grande variété de calcaires, d’argiles et du manganèse. Une végétation vigoureuse indique la fertilité du sol. Dans les forêts croissent en abondance la sapinette à feuilles d’if, le pin blanc, le fouramahac, le peuplier du Canàda, l'arbre de vie, l’if ordinaire, le chêne noir et le chône commun, le frêne d'Amérique, le coudrier, le sycomore, lérable à ‘sucre, l’érable des montagnes et celui de Pensylvanie, l’arbousier d'Orient, l’aune d'Amérique, le saule ordinaire, le sureau de Canada et le cerisier de Pensylvanie.

Les quadrupèdes n’offrent rien de particulier ; on a ‘vu des ours, des daims de Virginie, des renards, mais point de bisons, ni bœufs à musc ; ces animaux ne paraissent pas dépasser la chaîne des Rocky-Mountains ou Montagnes-Rocheuses dans les latitudes boréales, Parmi les oiseaux de mer, Vancouver reconnut, entre autres, des pingouins, des albatros, des pies noires, semblables à celles de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle- Zélande; il y avait parmi les oiseaux de terre une espèce de colibri; il y vit l'aigle brun et l’aigle à la tête blanche, des martins-pècheurs, de très-jolis grimpereaux, et un oiseau inconnu, semblable à un héron, mais haut de 15 décimêtres, et ayant le corps de la grosseur d’un dindon. Le: seuls établissements des Anglais sont le fort Langley, à l'embouchure du Frazer et le fort Thompson sur le lac du même nom.

L'ile Quadra et Vancouver, dont le nom témoigne de la bonne harmonie qui existait entre les deux marins qui la découvrirent, est située devant la Nouvelle-Géorgie. Cette île, que les naturels nomment Nouthka, mérite seule notre attention. On y trouve du granit noir, du mica, du grès à rémouleur, des hématiles. La terre végétale y forme en quelques endroits une couche de 75 centimètres. On est agréablement surpris de trouver dans.cette ile un climat plus doux que sur la côte orientale de l'Amérique, à la même latitude. Le thermomètre de Fahrenheit, dans le mois d’avril, ne fut jamais audessous de 48° ; dans la nuit et pendant le jour, il monta à 600(— et + 15° centigrades). L’herbe était déjà longue de 35 centimètres. Ce climat est aussi favorable aux arbres que celui du continent.

Elle fait partie des possessions anglaises, bien qu’elle paraisse renfermer une population nombreuse appartenñnt à la nation des Wakas, gouvernée par des chefs dont les deux plus importants résident dans les deux principaux villages, Noutka et Wikanish. L'ile de la Reine-Charlotte est Laon aussi de Wakas.

La Nouvelle-Hanovre s'étend du 50° au 54e parallèle ; il y a au nord deux bras de mer qui pénètrent fort aÿant dans les terres, c’est le canal

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Hinchinbrook et lé canal Gardner. Les parties maritimes de ce pays ressemblent, pour la configuration du sol et pour les végétaux, à la Nouvelle- Géorgie ; on y trouve des pins, des érables, des bouleaux, des pommicrs. Près du détroit de Fitzhughes, les côtes consistent en rochers taillés à pic, divisés par des crevasses, dahs lesquelles on trouve une tourbe très-inflammable, et des pins d’une grosseur médiocre. L'intérieur de la Nouvelle- Hanovre, appelée aujourd’hui Calédonie occidentale, a été visité, en 4793, par Mackenzie. La grande rivière de Tucoutché-Tessé ou Frazer descend des montagnes Rocheuses, et coule dans une vallée formée par les montagnes Bleues et les monts Cascades, entre dés murailles de rochers perpendiculaires ; son cours est rapide. Les montagnes sont couvertes de neiges, qui même, dans quelques parties, se trouvent à un niveau assez bas pour que le chemin y passe au milieu de l’été. Elles descendent brusquement vers l'océan Pacifique, et il n’en sort, à l’ouest, que des rivières d’un cours peu considérable. Il y a beaucoup de petits lacs, et on y voit ces en{onnoirs ou enfoncements de forme conique régulière si fréquents dans les pays calcaires. '

C’est ici presque le même luxe végétal que dans la Nouvelle-Géorgie. Les pins et bouleaux forment les forêts dans les parties les plus élevées ; sur les montagnes inférieures, on voit des cèdres, ou plutôt des cyprès qui ont quelquefois 8 mètres de circonférence, des aunes dont le tronc s'élève à 13 mètres avant de pousser des branches ; enfin, des peupliers, des sapins, et probablement beaucoup d’autres arbres utiles. Le panais sauvage croît en abondance autour des lacs, et ses racines fournissent une bonne nourriture. Les rivières nourrissent des truites, des carpes, des saumons; on prend ces dernicrs près des digues construites à travers la riviè :, se qui rappelle la pêche du saumon en Norvége.

Les Anglais possèdent dans la Nouvelle-Hanovre et la Calédonie occidentale : le fort Fraser, près de la rivière Stuart, le fort Alexandria, près de

| la rivière Frazer, le fort Chilcotin, sur le lac du même nom, et les forts

Saint-Georges, Sainl-James et Mac-Langhlin.

C’est sur les côtes de la Nouvelle-Hanovre que sont situées les îles de Fleurieu, découvertes et nommées par La Pérouse, et que Vancouver, sans le savoir, a débaptisées pour les donner à la princesse royale d'Angleterre; ces Îles sont la grande le de la princesse Charlotte, appelée aujourd’hui Ile Washington par les Américains, l’Archipel de Pitt, et l'Ile du Prince

Royal. Ces îles sont, ainsi que celle de Quadra et Vancouver, habitées par es Wakas.

Le Nosveau-Cornousilles éprouve un froid beaucoup plus rigoureux que les deux contrées précédentes. À 53° 30! sur le canal de Gardner, qui, à la vérité, s’avance beaucoup dans les terres, on voit des montagnes couvertes de glaces et de neiges qui ne paraissent jamais se fondre. Plus près de la mer, le climat, plus doux, permet aux forêts de pins de revêtir les rochers, d’ailleurs nus et escarpés. Les framboisiers, les cornouillers, les groseilliers, la plante dite thé de Labrador y abondent. On y a découvert des sources chaudes, une île entière d’ardoise et un rocher assez curieux par sa forme d’obélisque, surnommé la Nouvelle-Edystone. Le bois flottant se trouve en grande abondance sur plusieurs parties de cette côte. La Compagnie anglaise y possède le fort de Simpson, à l'embouchure de la rivière du même nom.

C’est surtout dans les environs de Noutka que les voyageurs européens ont eu l’occasion d'observer les babitants indigènes. Ces sauvages s’appellent eux-mêmes Wakask ou Wakas. Leur taille est au-dessus de la taille ordinaire, mais ils ont le corps musculeux ; leur visage offre les os des joues proëminents ; il est souvent très-comprimé au-dessus des joues, et il semble s’abaisser brusquement entre les tempes; leur nez, aplati à la base, présente de larges narines et une pointe arrondie; ils ont le front bas, les yeux petitset noirs, les lèvres larges, épaisses et arrondies. En général ils manquent absolument de barbe, ou ils n’en ont qu’une petite touffe peu fournie sur la pointe du menton. Cependant, ce défaut a peut-être une cause factice, puisque quelques-uns d’entre eux, et particulièrement les vieillards, portent une barbe épaisse, et même des moustaches. Leurs sourcils sont peu fournis et toujours droits ; mais ils ont une quantité considérable de cheveux très-durs, très-forts, etsans aucune exception noirs, lisses et flottants sur les épaules. De grossiers vêtements de lin, des couvertures de peau d’ours ou de loutres marines, les couleurs rouges, noires et blanches dont ils enduisent leurs corps, tout leur costume ordinaire retrace ” l'image de la misère et de l'ignorance. Leur équipage de guerre est bizarre. Ils s’affublent la têle de morceaux de bois sculptés qui représentent des têtes d’aigles, de loups, de marsouins. Plusieurs familles demeurent ensemble dans une même cabane; des demi-cloisons en buis donnent à ces huttes l’air d’une écurie. Quelques-unes de leurs étoffes de laine, quoique fabriquées sans le secours d’un métier, sont très-bonnes et ornées de figures d’un coloris éclatant. ls sculptent en bois des statues grossières.

Leurs pirogues légères, plates et larges, vogueat sur les flots d’une manière assurée, sans l’aide d’un balancier ; distinction essentielle entre

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AMÉRIQUE. — NOUVELLE-BRETACNE.

les canots des peuplades américaines et celles des parties méridionales des Grandes-Indes et des îles de l'Océanie.

Leur attirail de pêche et de chasse est ingénieux et d'une exécution heureusc : où remarque surtout une espèce de rame garnie de dents, avec laquelle ils acerochent les poissons. Cet instrument, ainsi que les javelots avec lesquels ils frappent la baleine, annoncent un esprit fort inventif. Le javelot est composé d’une pièce d’os qui présente deux barbes, dans laquelle est fixé le tranchant ovale d’une large coquille de moule qui forme la pointe ; il porte deux ou trois brasses de corde; pour le jeter ils emploient un bâton d'environ 5 mètres de long, la ligne étant attachée à une extrémité, le javelot à l’autre, de manière à se détacher du bâton, comme une bouée, quand

l'animal s’enfuit.

Les tribus qui habitent la Nouvelle-Géorgie diffèrent en taille, mœurs et manières de vivre; mais, pour les principaux traits, elles se rapprochent cependant toutes des habitants de Noutka. La dépopulation apparente des environs du port de la Découverte contraste singulièrement avec le grand nombre de crânes et autres ossements humains qu’on trouva ramassés ici, comme si toutes les tribus voisines y eussent établi leur commun"cimetière- Lewis et Clarke ont observé les habitants de l’intérieur. En descendant des montagnes Rocheuses, ils virent plusieurs tribus qui ont l'habitude d’aplatir la tête de leurs enfants encore très-jeunes. Les Solkouks ont le crâne tellement aplati que le sommet de la tête se trouve sur une ligne perpendiculaire à celle du nez. Les idiomes des tribus diffèrent autant que leur physionomie. La langue des Enouchours, comprise par toutes les tribus qui habitent sur la Columbia au-dessus de la grande chute, est inconnue plus près de la côte, et on se sert de l’idiome des £chillouts, qui en diffère absolument. Le langage des Xillamouks est très-répandu parmi les tribus qui demeurent au sud, entre la côte et le fleuve Multnomah. Ces Killamouks sont au nombre d’environ 10,000. Les Koukouses, voisins de ces derniers, mais plus reculés dans l’intérieur, sont d’une autre race; ils sont plus blancs et n’ont pas la tête aplatie. En général, le teint de toutes ces tribus, soit à tête ronde, soit à tête plate, est d’un brun cuivré, plus clair que celui des

peuplades du Missouri et de la Louisiane. Vivant de pêche, ils accordent aux femmes plus de considération qu’elles n’en ont chez les peuples chasseurs, L’air maritime gâte leurs yeux et leurs dents. Les tribus aux environs de la grande chute de la Columbia construisent des maisons en bois,

industrie qui ne se montre pas dans l'immense intervalle depuis cette chute lusqu’à Saint-Louis.

Quelques tribus de la Nouvelle-Ianovre, observées par Mackensie, offrent plusieurs traits qui nous rappellent les insuluires de aïti et Tongatabou. Cependant on les regarde comme des Wakas. Les habitants de la rivière du Saumon, ou, comme ils la nomment, l’Annalyou-Tessé, vivent sous un gouvernement despotique; ils ont deux fètes religieuses, l’une au printemps , l’autre en automne; dans leurs réceptions solennelles, ils élendent des nattes devant leurs hôtes. Le peuple s’assied par-devant en demi-cercle. Ils marquent leur amitié pour un individu en le revétant de leurs propres habits; ils y joignent quelquefois l'offre de leur place au lit conjugal. Mais ces traits se retrouvent chez beaucoup d’autres peuplade: * l'Amérique et de l'Asie. Ces peuples sont assez généralement d’une taille moyenne, forts et charnus; ils ont le visage rond, les os des joues proéminents, l'œil petit et d’une couleur grise mêlée de rouge, le teint à la fois olivâtre et cuivré. Leur tête prend la forme conique par la suite des pressions continuelles depuis l'enfance. Leurs cheveux sont d’un brun foncé. Ils font leurs habits d’une espèce d’étoffe tirée de l’écorce de cèdre, et quelquefois enlacée avec des peaux de loutre. Ils sont très-habiles sculpteurs; on voit leurs temples soutenus par des piliers de bois en forme de cariatides; ces figures sont, {es unes debout, dans la posture des vainqueurs; les autres sont courbées et comme accablées sous un fardeau.

Les Indiens Sloud-Couss habitent l'endroit où la haute chaîne des Monts- Cascades commence à s’abaisser vers le bassin de la rivière de Fraser, ou Tacoulché-Tessé, cours d'eau de 420 lieues de longucur qui se jette dans le golfe de Géorgie. Ces Indiens ont la physionomie agréable et montrent beaucoup de propreté; les femmes, chez eux, ne sont point maltraitées. Ils conservent les ossements de leurs pères enfermés dans des caisses ou suspendus à des poteaux. Fidèles gardiens des effets que les voyageurs leur avaient laissés en dépôt, ils s'efforçaient de voler tout ce qu'ils voyaient dans les mains de ces mêmes étrangers.

Les Indiens nommés Nanscoud ou de la Cascade, les Nagaïls ou Nagaiders etles Afnahs habitent sur le haut du Frazer. Parmi leurs divers idiomes, il y en a qui ressemblent aux langues des Chipiouans et d’autres nations du Canada.

Les Carriers ou Tacullies habitent aussi les bords du Frazer et ceux du Jac de ce nom, qui donne naissance à cette rivière. Ils vivent de la chasse et de la pêche, habitent des huttes, et sont vêtus de peaux d'animaux ou de draps grossiers qu’ils obtiennent des facteurs de la Compagnie anglaise en

échange de leurs fourrures. En hiver, ils se servent de traineaux auxquels

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ils attèlent de gros chiens. La polygamie est en usage chez eux. Leurs femmes ont soin du ménage et font les habits de toute ia ’amille. Vancouver a vu, sur la côte, des villages qui étaient placés sur une espèce de terrasse artificielle, et dont la représentation, gravée dans l'atlas de ce voyageur, rappelle un peu les Aippa's de la Nouvelle Zélande. Le village de Chélaskys, dans le détroit de Johnston, quoique composé de misérables huttes, est décoré de figures qui paraissent avoir un sens hiéroglyphique; cette espèce de peinture est répandue sur toute la côte nord-ouest, Quittons la région du nord-ouest ou de Columbia, et franchissons les montagnes Rocheuses (Rocky-Mountains). Nous voyons s’incliner vers la baie d'Hudson, et vers les mers glaciales inconnues, un immense pays entrecoupé de lacs, de marais et de rivières plus qu'aucune autre région du globe. Peu de montagnes s'élèvent au-dessus de cette plaine sauvage et glaciale, Les nombreuses eaux de ces contrées peuvent, ainsi que nous l'avons dit en décrivant l'aspect général de la Nouvelle-Bretagne, se réduire à deux classes. Les unes s'écoulent vers l'océan Arctique, les autres portent leur tribut à la baie ou mer d'Hudson. Cette division physique, en deux grands versants, sera celle que nous adopterons pour la rapide description qui va suivre; elle est d’ailleurs d'accord avec les divisions les plus récentes de la Nouvelle-Bretagne, que la Compagnie anglaise de la baie d'Hudson partage en facloreries 1 ou districts, qui empruntent leur nom aux fleuves qui les sillonnent. Nous les passerons successivement en revue; commençons par ceux qui dépendent du bassin de l’océan Arctique.

Le plus voisin des montagnes Rocheuses est le districtde la rividre de la Paix, qui s’étend entre les 55e et 60e parallèles; il est arrosé par la rivière de la Paix (Peace-River) ; elle prend naissance par deux branches sep/entrionale et méridionale dans les Montagnes à Pic, Peak-Mountains, et vient se jeter dans le grand lac de l'Esclave, en communiquant avec le lac d’Athabasca ; de ce dernier lac à celui de l’Esclave, elle coule du sud vers le nord, et porte le nom de rivière de l'Esclave. Les principaux établissements de la Compagnie anglaise sont, dans ce district : les forts Mac-Leod, Rocky- Mountain-House, Saint-Jean, Dunveyan et Vermillon, situés sur la rivière de la Paix. La rivière de la Paix est accompagnée, à une certaine distance de sa rive gauche, par les monts Carribæuf. Ce district est habité par les Chipeways ou Chipiouans et les Crees.

Garte de l'Amérique du nord dédiée à l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson, et dressée d’après les derniers documents qu'elle a fournis; par M. }. Arrowsmilh. — - Londres, 25 avril 4850, in-fe,

Le district du Pefif Lac de l'Esclave (Lesser-Slave-Lake), est au sudsud-est du précédent ; il est moins étendu et doit son nom au principal lac qu’il renferme; la rivière d’Afhabasca ou de la Biche y prend sa source, près du #ont Brown, élevé de plus de 5,300 mètres. Cette rivière, qui communique avec le Petit Lac de l’Esclave, vient, après plusieurs chutes et rapides, tomber dans le lac d’Athabasca , auquel elle donne son nom. Les établissements de la Compagnie sont, dans ce district : Henry's-House, Jaspen’s-House et les forts Assiniboine et du Petit Lac de l’Esclave.

Le district d’Alhabasca entow : le lac de ce nom qui esten communication à son extrémité occidentale avec la rivière de la Paix, et forme avec celle-ci Ja rivière de l’Esclave. Les établissements de la Compagnie sont ici les forts Chipewyan, Widderbune et Fond-du-Lac, sur le lac même, et le fort Pierreau-Calumet, sur la rivière. Vers son extrémité orientale, ce lac communique avec le lac Wollaston et le lac des Rennes, par la rivière Stône.

Le lac d’Athabasca est «ussi appelé le Lac des Collines ; il semble occuper le dos de pays qui sépare le versant de la mer d'Hudson de celui de l’océan Arctique,

Le district du Grand Lac de 'Esclave (Great-Slave-Lake), est au nord du précédent. Outre la rivière de l’Esclave, le lac qui lui donne son nom reçoit encore de nombreux cours d’eau ; il donne naissance à la Mackensie, vers son extrémité occidentale; vers lorient, il est entouré de montagnes, dont les principales sont : le mont Mac-Leod ct le mont Tal-Thel-Leh. Les établissements de la Compagnie dans ces parages sont les forts Résolution, Providence et Reliance, sur le lac même. Le lac de l’Esclave a plus de 400 lieues de long sur 60 à 60 de largeur; il est semé d’iles couvertes de grands arbres semblables à des mûriers. Mackensie le trouva couvert de glaces dans le milieu du mois de juin 1789.

Le district de la rivière Machensie (Mac-Kensies river), est très-vaste ; il s’étend entre le district du Grand Lac de l’Esclave à l’est, celui de la rivière de la Paix au sud, et l’Amérique russe à l’ouest. Nous avons dit que la Mackensie sortait du Grand Lac de l'Esclave; c’est le plus grand cours d’eau de ces régions polaires ; elle reçoit de nombreux affluents, parmi lesquels nous citerons, sur la rive gauche, la rivière Liard ou de la Montagne, qui est formée par plusieurs branches descendant en torrents des Monts du Pic (Peak Mountains), et la rivière Peel, qui descend du mont Trafic pour se confondre avec la Mackensie à son embouchure, où elle forme avec elle un delta très-étendu. Les établissements de la Compagnie sont les forts Æalket, Liard, sur la rivière Liard; ceux de Normand, Bonne-Espérance et Simp-

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son, sur la Mackensie, et celui de Mac-Pherson, sur la rivière de Pecl. La Mackensie communique avec le lac du Grand-Ours par la rivière du même nom. La Compagnie ne possède qu’un poste sur le lac du Grand-Ours, c’est le fort Lonfidence, situé à l'embouchure de la rivière Dease.

Tous ces lacs et ces fleuves offrent un cours d’eau non interrompu de plus de 600 lieues ; c’est le pendant des magnifiques fleuves de la Sibérie. Pourquoi faut-il que ces superbes rivières arrosent inutilement des déserts glacés? Car ces districts, à peine visités de loin en loin par le chasseur du Canada, ne voient errer dans leurs vastes solitudes que quelques rares tribus d’Indiens aux noms bizarres, tels que les Indiens-Nahathawuy, les Indiens-Castors, les Indiens-Chiens, les Indiens-Querelleurs, les Indiens- Cuivre, les Indiens-Strongbow, appartenant tous à la grande famille des Chipeways.

En nous dirigeant ainsi du sud au nord, nous voyons disparaître les dernières traces de la végétation. Dépassons le 65e parallèle, et le pays des Eskimaux se présente à nous dans son affreuse nudité. Mais comment décrire convenablement des contrées ingrates à peine entrevues par de hardis voyageurs? Quel intérêt donner à une sèche nomenclature de noms, de caps, de baies et de golfes ? Quelle variété présenter dans le tableau tristement monotone de ces contrées glacées et ensevelies pendant plus de neuf mois sous les neiges? Nous essaierons cependant d'indiquer au lecteur les points les plus importants de cette contrée du continent américain.

A l’est de l'embouchure de la Mackensie, la côte se continue en suivant de l’ouest à l’est une direction à peu près parallèle au 70e degré de latitude boréale. On rencontre d’abord, à l'embouchure de la Mackensie, un vaste archipel découvert en 1789 par Mackensie, et visité en 1825 par Franklin: puis le cap Dalhousie, qui appartient peut être à une grande terre séparée du continent; la côte, alors, creuse la bate de Liverpool ; maiselle remonte bientôt vers le nord pour projeter, à la hauteur du 70e degré 50!, le cap Bathurst. On aperçoitensuitela bate de Franklinetle cap Parry; des montagnes nues et décharnées se montrent alors à quelque distance dens l’intérieur des terres, ce sont les monts Melville, qui n’offrent pas une chaine continue, mais bien une série de montagnes isolées : c’est sans doute entre deux d’entre elles que passe la rivière Roscoë, dont on ne connaît que l’embouchure.

À la hauteur du 120° degré de longitude occidentale, on entre dans lo détroit du Dauphin et de l'Union, formé par les terres Arctiques de Wollaston, de Victoria et par la côte du continent américain. Après avoir fran-

chi le cap Krusenstern, cette dernière se creuse pour former .e vaste golfe du Couronnement de George IV, qui reçoit à l’ouest la rivière Raë, encore inexplorée, et la rivière Coppermine ou de la Mine de Cuivre. Cétte rivière, découverte par Hearne en 1774, n’est pas très-considérable ; elle traverse un grand nombre de lacs et forme une suite considérable de rapides et de cascades. Ses bords sont garnis de collines et de montagnes dont la hauteur moyenne est de 700 mètres; c’est près de son embouchure que se trouve la mine de cuivre qui lui donne son nom. Au fond de la partie orientale du golfe du Couronnemeni, la mer, én pénétrant fort avant dans les terres, y détermine l’enfrée de Bathurst et la baie de Melville. Au nord de cette dernière est la Pointe Turn-Again ou du Retour, qui forme avec la terre Victoria le dé/roit de Dease. Le golfe du Couronnement est très-étendu ; il renferme de nombreuses iles que l’on désigne sous le nom d’Archipel du duc d’York; la Pointe de Turn-Again, que l’on nomme aussi la presqu'êle de Kent, détermine, à l'entrée occidentale du détroit de Dease, le cap Franklin, et à son extrémité orientale le cap Alexander. Le continent américain se dirige alors, au dire de MM. Dease et Simpson, qui exploraient ces parages

en 4838, vers le nord-est ; il est uni, et ses bords sont tour à tour occupés,

par du sable fin, des cailloux aigus et des marécages. A la distance d’un à deux milles, la côte est bordée par une chaîne de collines pierreuses peu élevées, revêtues çà et là d’une sombre verdure, et donnant naissance à une multitude de ruisseaux et de petites rivières qui vont se jeter dans la mer. À deux lieues de la côte, une colline, haute d’environ 200 mètres, a été nommée par M. Dease mont George, en l'honneur du gouverneur Simpson. Elle pourra être un point remarquable pour la reconnaissance dans un voyage vers l’intérieur.

La baie du Labyrinthe se présente ensuite en face de l’île Melbourne; puis la côte suit assez régulièrement la direction ouest-est; mais bientôt elle se dirige vers le nord et forme la presqu'ile Adélaïde, qui détermine, avec la terre Arctique du roi Guillaume IV, le détroët de Simpson. A l’est se creuse un nouveau golfe très-profond qui communique avec le lac Franklin. Ce lac reçoit lui-même une des plus grandes rivières de ces contrées, la rivière de Back ou du Grand-Poisson, désignée aussi sous le nom de Thleoui-Cho-Detzeh; elle vient de la région du lac de l’Esclave, avec lequel elle communique sans doute, et n’arrive à l'Océan qu'après avoir traversé, plusieurs lacs, dont le plus important a été nommé Macdougal par le capitaine Back, qui visitait la rivière en 4835. Son cours est semé de rapides, de cascades, de barrages rt de rochers dangereux ; elle a 220 lieues de long.

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Après le cap Victor“ -. situé à l’est de son embouchure, commence l'inconnu ou l’indéterminé. : .ssons, avec les terres Arctiques, les grandes presqu’iles de Boothia-Felix et de Melville, séparées entre elles par le golfe de Boothia et la baie Committee, el dirigeons-nous au sud-est, vers l’entrée de Chesterfield, canal très-profond, situé au nord-ouest de la mer d'Hudson.

Nous allons visiter maintenant chacun des districts qui appartiennent au bassin de cette mer, en commençant par ceux du nord. Nous entrerons d’abord dans une contrée qui Aépendait des Nouvelles-Galles septentrionales et qui forme aujourd’hui le district de Churchill. Ce district est trèsgrand ; il s’étend de l’entrée de Chesterfeld, au nord, à la rivière de Churchill, au sud, et des lacs des Rennes et Wollaston, à l’ouesi, à la mer d'Hudson, à l’est; il est couvert de grands lacs, tels que ceux de Doobaunt, de Yath-Kyed, de North-Lined et de Big, qui communiquent entre eux par des canaux. Le seul établissement de la Compagnie anglaise que nous puissions nommer est le fort de Churchill, à l'embouchure dela rivière du même nom dans la mer d'Hudson,

Le district de la rivière Anglaise (English river), est situé au sud de ceux du Petit Lac de l’Esclave et d’Athabasca, qui appartiennent au versant de l’océan Arctique; il en est séparé par des collines qui quelquefois s’étargissent en plateaux, et il doit son nom à son cours d’eau principal, que l’on appelle, dans la partie inférieure de son cours, le Missinippi on Churchill. Cetterivière communique avec le lac des Rennes, et, par celui-ci et la rivière Stone, avec le lac d’Athabasca. Cette communication, qui met en rapport les deux versants de l’océan Arctique et de la mer d'Hudson, serait précieuse si elle avait lieu sous un climat plus tempéré. Les établissements de ce districtsont les forts Methye, la Croix, la Rouge et Carribeau.

Le district de la rivière Nelson (Nelson river), est à l'orient du précédent; il comprend le cours inférieur du Churchill et celui du Nelson ; il renferme les forts Melson et Split.

Le district d’Yorck, voisin du précédent, formait avec lui la partie septenirionale des Nouvelles-Galles. Les établissements de la colonie sont ici Porket Fort.Nelson, sur la mer d'Hudson.

Le district de Saskatcharwan est situé au sud du Petit Lac de l’Esclaveet sur les confins des Etats-Unis ; il est séparé de la région de Columbia par le revers oriental des montagnes Rocheuses. La rivière qui lui donne son nom est formée par deux branches qui descendent de ces montagnes; la branche du nord descend du mont Hooker, qui a 5,200 mètres d'altitude ; ces deux branches se réunissent près de l’établissement de Nippewen; la

rivière qu’elles forment vient se jeter dans le lac Ouimpeg, lac qui a plus de 60 lieues de long sur 30 à 40 de large. Ses bords s’ombragent d’érables à sucre et de peupliers; ils présentent des plaines fertiles où croît le riz de Canada. Ce lac, qui reçoit encore la grande rivière des Assinipoils, appelés aussi Assiniboins, unie à la rivière Rouge, se décharge dans la baie d'Hudson par les rivières Nelson et Severn. Le lac Ouinipeg (Winipeg) est l’ancien lac Bourbon des Français, et le fleuve Bourbon se composait du Saskatchawan et du Nelson. La partie méridionale de ce district est couverte de montagnes et de collines qui séparent le bassin de la mer d'Hudson de celui du Missinippi ; les principaux établissements de la Compagnie sont: Ac{on, Edmonton, Fort Saint-George, Manchester-House, Fort-Pilt et Carlton- House, sur la Saskatchawan septentrionale ; Chester-Field, et Maison du Sud sur la Saskatchawan méridionale.

Le district de Cumberland est au sud de celui de la rivière anglaise, dont il est séparé par une série de hauteurs; il comprend le cours inférieur de la Saskatchawan. Ses principaux établissements sont ceux de Cumberland etles forts de Moose, de Finlay-House et de Nippewen.

Le district de la rivière des Cygnes (Swan river), est situé entre la branche méridionale de la Saskatchawan et les lacs Ounipegous et Mani-

loba. La rivière Assiniboine y prend sa source; il doit son nom à la petite rivière et au lac des Cygnes. Les établissements de la Compagnie sont ici : les forts Capot, Pelly, Hibernia, Hellice, Swan-House et Dauphin- House.

Au nord du lac Ouinipeg est le petit district de Norvége (Norway), qui doit son nom à son apparence physique. Les établissements qu’il renferme sont ceux de Norway-House et Jack-House.

Dans le district de Ouinipeg, qui comprend les parties méridionales des lacs Manitoba et Ouinipeg, uous citerons : Manitoba-House et le fort Alerender, un des plus importants comptoirs de la Compagnie.

Ledistrict de la rivière Rouge (Red river), est resserré entre les lacs dont nous venons de parler et la frontière des Etats-Unis; il doit son nom à la rivière qui vient de ce dernier pays ; elle reçoit sur la rive gauche la rivière Assiniboine. La Compagnie anglaise y possède la bourgade d’Assiniboia, Brandon-House et le fort Garray.

Le district du lac Rainy (Raïny lake), est aussi sur la frontière des Etats- Unis ; il s’apnuie à l’ouest sur le précédent, et à l’est il s'étend jusqu’au lac Supérieur, sur lequel il possède les établissements de Michipicoton, du fort Peak et Fort-William. Ce dernier est peut-être le plus important de ceux

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Raseïganagah est un petit port de la Compagnie sur la frontière des Etats- Unis; cet établissement doit son nom au fort Raëny, situé sur les bords du lac Rainy ou Français, qui sépare les possessions anglaises de celles des Etats-Unis.

En quittant le bassin du lac Ouinipeg pour se diriger au nord vers la mer d'Hudson, on:entre dans le district d'Islande (Island), qui prend le nom d’un des petits lacs qu’il renferme; il s'étend du nord-ouest au sud-est, du lac Holy au lac Chat. Les établissements qu’il renferme sont : Oxford- House, Albany-House et les forts Windy et du Chat.

Le district de la Saverne (Severn) à l’est du précédent, et au sud de celui d’York est bien plu étendu que ceux-ci; il est baigné par la mer d'Hudson, et faisait partie des nouvelles Galles du Nord. Il doit son nom à la Saverne qui prend naissance au lac du même nom, et coulant du sud-ouest au nord-est, vient tomber dans la mer d'Hudson après avoir reçu plusieurs offluents. La Compagrie anglaise y possède quelques-uns de ses plus anciens établissements. Nous citerons le Fort Savern à l'embouchure de la rivière, {e Fort Troutet leFort Weenisk sur les lacs du même nom, enfin Severn-House, La côte qui avoisine la mer d'Hudson esi ici basse et-marécageuse. |

Le district d’Albany doit son nom à la rivière Albany qui se jette dans la mer d'Hudson; il est au sud du précédent, et comme lui, il renferme un grand nombre de petits lacs parmi lesquels nous citerons ceux de Wiminiska, de Saint-Joseph et de Long. Les principaux établissements qu'il renferme sont: Albany , dans une île située à l'embouchure de la rivière, Æenley- House, Glocester et Osnabourg-House. Le district de Moose s’appuie sur le Haut-Canada, la rivière et le fort de Moose lui donnent leur nom; le fort Moose-Factory, est bâti dans une jolie petite île à 3 milles de la mer d'Hudson; il n’est remarquable que par l’élégance de sa construction et par sa position géographique. Quant aux familles indiennes qui y viennent faire la traite, leur nombre n’excède pas à cinquante, formant une population d'environ deux cent cinquante âmes; mais comme ce fort est situé à l'extrémité sud de la rade, tous les ports environnants, à plus de 400 lieues à la ronde, y envoient leurs pelleteries, Un navire venant chaque année d'Angleterre, avec des munitions et des vivres pour l’approvisionnement de ces diverses stations, s’en retourne chargé de riches et précieuses four-

rures; les autres étabhsements sont ceux de Brunswich, de Nuuveau- Brunswick, et de Fredérick-House. Le lac Abbitibbé donne son nom au district qui s’étend à l’est de celui de Mouse; il a pour limites au sud les montagnes qui le séparent du Bas-Canada, et au norû, il est baigné par les eaux de la baie de James. Abbitibbé-House, sur les bords du lac, paraît en être le seul établissement important avec Fannah-House, située au fond de la baie qui reçoit la rivière de Harricanaw. Le dernier district de la Compagnie anglaise que nous nommerons, est celui de Rupperts-Rivers ; il occupe la côte orientale de la baie de James et s’étend jusqu’à la rivière Grande Baleine. Ce district a été formé aux dépens de la province de Maine oriental, dépendante de la sauvage presqu’ile du Labrador; les principaux établissements sont ici Ruperts-House, les forts du Maine et de Baleine.

Tels sont les districts ou factoreries en lesquels se décompose le Territoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Cette puissante Compagnie a été fondée en 4821 par la fusion de l’ancienne Compagnie de la baie d'Hudson, qui datait de 4669, avec celle du Nord-ouest ou de Montréal. Les établissements qu’elle possède ne consistent guère qu’en maisons palissadées et défendues par des fossés ; quelques-uns cependant, dans la région méridionale , promettent de devenir des centres de population importants, et déjà peuvent-ils être décorés du nom de villages. Les nombreux employés de la Compagnie font un important commerce de fourrures avec les indigènes. Ceux-ci appartiennent à trois nations différentes, les Esquimaux , les Chipéouays et ies Knistenaux.

Les Esquimaux ou Eskimauæ habitent depuis le golfe Welcome jusqu’au fleuve Mackenzie, et probablement jusqu’au détroit de Béring ; ils s’étendent au sud jusqu’au lac de l’Esclave ; au nord, ils s’arrêtent sur les bords de la mer Polaire ou prolongent leurs courses dans un désert glacé. Petits, trapus et faibles, mais bien proportionnés, ces hommes polaires ont le teint moins cuivré que d’un jaune rougeâtre et sale. Ils ont les épaules larges, les mains et les pieds d’une petitcsse remarquable ; ils ont le visage plus long et en même temps plus large que celui des Européens ; leur nez est petit ; leurs yeux, noirs et petits, sont enfoncés et cachés en partie par des paupières épaisses ; leur bouche est grande, leurs lèvres sont épaisses, leurs oreilles larges et mobiles, leurs cheveux noirs, longs et rudes. Ces hommes ont naturellement peu de barbe, et encore ont-ils le soin de l’épiler. Leurs huttes, de forme circulaire, sont couve’tes de peaux de daims dans l’intérieur des terres, et de phoques sur les bords de la mer ; on n’y entre qu’en rampant sur le ventre. Les canots, formés de peaux de veau marin cou-

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sues sur une carcasse en bois ou en os de baleine, naviguent avec vitesse. Il yen a de deux sortes: ceux qu’ils nomment kadjacs ont 3 mètres de longueur sur ‘70 centimètres de largeur. Leur forme est celle d’une navette de tisserand ; au milieu de la peau qui les couvre se trouve un trou dans lequel se place l’Esquimau qui le dirige avec une rame longue d'environ 2 mètres, étroite au milieu, large et plate aux deux extrémités. S'il rencontre un champ de glace, il met son kadjac sur ses épaules, traverse l'obstacle et se remet à naviguer. Les canots appelés cumiacs sont construits de la même manière, mais plus grands et de la même forme que nos batelets : ils peuvent contenir jusqu’à vingt personnes. Ces sauvages travaillent patiemment une pierre grise et poreuse en forme de cruches et de chaudières; les bords de ces vases reçoivent des ornements élégants.

{ls conservent leurs provisions de viande dans des outres remplies d'huile

de baleine. Ceux qui demeurent vers l’embouchure du fleuve Mackensie se rasent la tête, coutume particulière, mais qui ne suffit pas pour démontrer une origine asiatique. Les Esquimaux portent des vêtements faits de peaux d'animaux et principalement de phoques dont le poil est en dehors; ils consistent, pour les hommes, en une tunique ronde que les femmes portent aussi, mais fendue sur le côté, en un pantalon et en bottines communes aux deux sexes; les bottines des femmes montent jusqu’à la hanche, elles sont soutenues par des baleines, et elles leur servent à placer leurs enfants lorsqu'elles sont fatiguées de les porter dans leurs bras. Elles tressent leur cheveux en nattes auxquelles elles suspendent des dents et des griffes d'ours blanc, ornement qui constitue leur principale parure. Elles ornent leur figure d’une sorte de tatouage, de même que le reste du corps.

Pour éviter l’action de la trop grande lumière sur la glace et la neige, les Esquimaux portent une espèce de garde-vue composé d’une petite planche très-mince, percée de deux fentes étroites à travers lesquelles ils peuvent distinguer les objets.

Ils se nourrissent de chair de phoque, de baleine, de poissons et de différents gibiers qu’ils fument ou font cuire à demi. Ils mangent volontiers la chair crue, et sont très-friands de suif et de savon ; ils boivent avec délices de l’huile de poisson.

La cérémonie du mariage est chez eux très-simple : l’homme choisit une femme, quelquefois même il jette ses vues sur une jeune fille à la mamelle, et déclare qu’il la prend pour épouse, Lorsque celle-ci est en âge d’être mariée, les parents la conduisent chez le mari, qui a eu soin de préparer un repas après lequel les deux époux exécutent une danse de cérémouie ;

lorsque celle-ci est terminée, chacun des convives se retire en adressant à la mariée une exhortation pour lui rappeler ses devoirs d’épouse et de mère, et le mariage est terminé.

Le seul animal domestique qu’on trouve chez les Esquimaux est le chien, que l’on attèle, comme en Sibérie, à un petit traîneau qui peut contenir une ou deux personnes. Il ressemble à nos chiens de bergers; quelquefois son poil est tacheté, d’autres fois noir et plus souvent blanc. Il a les oreilles droites et courtes comme celles du renard. Il n’aboie point ; son cri est une sorie de grognement. Son ennemi naturel est le loup, animal très-féroce et très-hardi dans les régions hyperboréennes.

Les Chipéouays, qu'on nomme aussi Chippeways et Chippewas, ont été observés par Mackensie entre le lac de l’Esclave et le lac Atapeskow ou

Athabasca ; ils paraissent s'étendre jusqu'aux montagnes Rocheuses à

l’ouest, et jusqu'aux sources du Missouri au sud-ouest. Quelques voyageurs portent leur nombre à 30,000, d’autres à 16,000, et le major Pike à 41,000 seulement. Ceux qui habitent les environs du fort Chipewyan se donnent le nom de Sa-tssa-Dinnis (hommes du soleil levant). Les Zndiens- Serpents, les Cattanachowes et d’autres tribus en semblent des démembrements. Une branche des Chippeways est répandue dans le territoire des États-Unis. Quoiqu’un peu moins cuivrés et un peu moins barbus que les peuples voisins, les Chippeways n’ont pas le teint mongol. Leurs cheveux, lisses comme ceux des Américaius, ne sont pas toujours de couleur noire. Îls se font, en peau de daim, un vêtement très-chaud et très-solide.

Quoique très-pacifiques entre eux, ces Indiens sont continuellement en guerre avec les Esquimaux, sur lesquels la supériorité du nombre leur donne un avantage considérable. I!s égorgent tous ceux qui tombent entre leurs mains, car la crainte leur a donné le principe de ne jamais faire de prisonniers. Ils se soumettent aux Knistenaux, qui sont bien moins nombreux.

La contrée que les Chippeways appellent leur pays n’a que très-peu de terre végétale : aussi ne produit-elle presque pas de bois ni d'herbe. Ce qu’on y trouve en quantilé, c’est de la mousse que paissent les daims. Une autre mousse croit sur les rochers et sert d’aliment aux hommes. On la fait bouillir dans de l’eau, et en se dissolvant elle forme une substance glutineuse assez nourrissante, Le poisson abonde dans les lacs Chippeways, et des troupeaux de daims couvrent leurs collines. Mais quoiqu’ils soient les plus clairvoyants et les plus économes des sauvages de l'Amérique septentrionale, ils ont beaucoup à souffrir de la disette en certaines années.

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Les Chippeways se prétendent les descendants d’un chien : aussi regardent-ils cet animal comme sacré, Ils se figurent le créateur du monde sous la figure d’un oiseau dont les yeux lancent des éclairs et dont la voix produit le tonnerre. Les idées d’un déluge et de la longue vie des premiers hommes leur sont héréditaires.

On peut considérer comme une branche des Chippeways les tribus désignées par Hcarne sous le nom d’Indiens du nord, et qui demeurent entre la rivière du Cuivre et la baie d'Hudson jusqu’à la rivière de Churchill. Ces Indiens du nord sont en général d’une taille moyenne, bien proportionnés ‘et forts; mais ils manquent de cette activité, de cette souplesse si naturelles

aux Indiens dont les tribus habitent les côtes méridionales et occidentales de la baie d'Hudson. La couleur de leur peau approche de celle du cuivre foncé. Leurs cheveux sont noirs, épais et lisses comme ceux des autres Indiens. A l'instar des Chippew:ys, ils prétendent devoir leur origine aux amours de la première femme avec un chien, qui, la nuit, se transformait en un beau jeune homme.

Très rusés pour attraper quelques petites aumônes, ils sont pourtant

très-pacifiques et ne s’enivrent point. La femme n’est chez eux qu’une espèce de bête de somme. Qu’on demande à un Indien du Nord en quoi consiste la beauté, il vous répondra qu’une figure large et plate, de petits yeux, des joues creuses dont chacune offre trois ou quatre traits noirs, un front bas, un menton allongé, un nez gros et recourbé, un teint basané et une gorge pendante la constituent véritablement. Ces agréments augmentent beaucoup de prix lorsque celles qui les possèdent sont capables de préparer toutes sortes de peaux, d’en former des habits, de porter de 50 à 70 iilogrammes en été, et d’en tirer un plus lourd en hiver. L'usage de la polygamie leur procure un plus grand nombre de ces servantes soumises, fidèles et même affectionnées. Lorsqu'ils ont reçu un affront quelconque, ils provoquent leur ennemi à une lutte; le meurtre est très-rare parmi eux. L'homme qui a versé le sang de son compatriote est abandonné par ses parents et ses amis; il est réduit à une vie errante, et dès qu’il sort de sa retraite, chacun s’écrie : « Voilà le meurtrier qui paraît! » À l’ouest du lac Ouinipeg, les Assiniboins, peuplade de Sioux, au nombre d'environ 4,000, élèvent beaucoup de chevaux et se nourrissent de bisons, de daims, d’ours et d’antilopes. Chez eux, chaque homme, pendant l'été, parcourt le pays en chassant à cheval, et l'hiver en traineaux, auxquels ils attèlent de gros chiens.

Les Knislenaux, appelés Cristinavx par les anciens Canadiens, et Æil- V. 4

listonous par quelques modernes, parcourent ou habitent tout le pays au

id du lac des Montagnes jusqu'aux lacs du Canada, et depuis la baie d'Hudson jusqu’au lac Ouinipeg. Ils sont d’une stature médiocre, bien proportionnés et d’une extrême agilité. Des yeux noirs et perçants animent leur physionomie agréable et ouverte. Ils se peignent le visage de diverses couleurs. Ils portent des habits simples et commodes, coupés et ornés avec goût; mais quelquefois ils courent à la chasse, même dans le plus grand froid, presque entièrement nus. {1 paraît que, de tous les sauvages de l’Amérique septentrionale, les Knistenaux ont les femmes les plus jolies. Leur taille est proportionuée, et la régularité de leurs traits obtiendrait des éloges en Europe. Elles ont le teint moins brun que les autres femmes sauvages, parce qu’elles sont beaucoup plus propres. Ces sauvages sont naturellement doux, probes, généreux et hospitaliers lorsque le funeste usage des liqueurs fortes n’a pas changé leur naturel. Ils ne comptent pas la chasteté au nombre des vertus, et ne croient pas que la fidélité conjugale soit nécessaire au bonheur des époux. Ils offrent leurs femmes aux étrangers; ils en changent entre eux à la manière de Gaton. Les brouillards qui couvrent les marais sont censés être les esprits des défunts.

Les Ænislenaux sont au nombre d'environ 24,000, et comptent 3,000 guerriers.

Le vaste enfoncement des caux de l’océan Atlantique, dans les terres de P'Amériqne septentrionale, qui, commençant par le défroit dit d’ Hudson, s’élargit ensuite sous le nom de baie d'Hudson, est à proprement parler une véritable mer. En effet, peut-on refuser ce nom à une étendue de plus de 450 lieues de longueur du sud au nord, et de plus de 250 de largeur de l’est à l’ouest? Au sud, elle offre un autre enfoncement de 400 lieues de longueur et de 60 de largeur, improprement appelé baie de James, bien que ce soit un golfe qui présente lui-même des baies profondes dans sa partie méridionale. Les côtes de la mer d'Hudson sont en genéral élevées et bordées de rochers ; la profondeur de ses eaux est de 450 brasses au milieu. La mer n’est bien libre dans cette baie que depuis le commencement de juillet jusqu’à la fin de septembre, encore y rencontre-t-on alors assez souvent des glaçons qui jettent les navigateurs dans un grand embarras. Dans le temps qu’on se croit loin de ces écueils flottants, un coup de vent, une marée ou un courant assez fort pour entrainer le navire et l'empêcher de gouverner, le pousse tout à coup au milieu d’une infinité de monceaux de glace qui semblent couvrir toute la bâie.

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La mer d'Hudson nourrit une petite quantité de poissons, et c’est sans succès qu’on y a tenté la pêche de la baleine ; les coquillages n’y sont pas plus nombreux. Mais les lacs, même les plus septentrionaux, abondent en poissons excellents, tels que brochets, esturgeons, truites. Leurs bords sont peuplés d'oiseaux aquatiques, parmi lesquels on remarque plusieurs espèces de cygnes, d’oies et de canards.

Rien n'est plus affreux que les environs de la baie d'Hudson. De quelque côté qu’on jette la vue, on n’aperçoit que des terres incapables de recevoir aucune sorte de culture, que des rocs escarpés qui s’élèvent jusqu'aux nues, qu'entrecoupent des ravins profonds et des vallées stériles où le soleil ne pénètre point, et que rendent inabordables des glaces et des amas de neiges qui semblent ne fondre jamais.

Les côtes orientales de la baie d'Hudson font partie de la péninsule de Labrador. Cette terre, de forme presque triangulaire, projette une autre de ses faces sur le bras de mer appelé dé/roit de Davis, et s'appuie avec le troisième côté sur le Canada et le golfe Saint-Laurent. Détaché-ainsi des WU Terres arctiques, le Labrador devrait tenir un peu de la nature des régions froides et tempérées; mais, soit à cause de l’élévation de ses montagnes: encore à peu prèsinconnues, soit par l'influence des brouillards perpétuels dont les mers voisines sont couvertes, c’est un pays aussi glacial que ceux à l’ouest de la baie d'Hudson. Le voyageur Cartwright assure avoir trouvé une famille d'indigènes logée dans une caverne creusée dans la neige; cette demeure extraordinaire avait 2 mètres de haut, 3 à 4 de diamètre, et la forme d’un four. Un grand morceau de glace servait de porte d'entrée. Une : lampe éclairait l’intérieur, où les habitants étaient couchés sur des peaux.

» Non loin était une cuisine également construite en neige. La région dont nous nous occupons fut découverte en 1496 par les : Portugais, qui la nommèrent Terra-Labrador (Terre du Laboureur). Les : Anglais l’appellent New-Britain.

Tout ce que l’on connaît du Labrador est un amas de montagnes et de | rochers, entrecoupé de rivières et de lacs sans nombre. On sait aussi que les montagnes y sont couvertes de neige toute l’année. Les plus hautes de … ces montagnes, qui ne paraissent pas s'élever à plus de 4,000 mètres, 4 s'étendent le long de la côte orientale. En s’éloignant des côtes, le pays

108 LIVRE CENT CINQUIÈNE.

prend un aspect moins triste ; les roches arides disparaissent, et l’on voit s'étendre au loin des forêts de sapins, de mélèzes, de bouleaux et de peupliers. Toutefois, passé le 56° parallèle, ces arbres font place à des arbustes qui disparaissent à leur tour sous le 60° degré.

Les principaux animaux du Labrador sont : le renne, l'ours noir et l'ours blanc, le loup, le renard, le chat sauvage, le carcajou, la martre, le castor, la loutre, le lièvre, l’hermine et le porc-épic. Les oiseaux les plus sédentaires sont : l’aigle, le faucon et la perdrix. Les courlis sont très-abondants. On n’y voit ni reptiles venimeux ni insectes, à l’exception de myriades de moucherons fort incommodes,

Suivant le missionnaire Herzberg, de la société des frères moraves, la neige commence à fondre au mois de mai; cependant il en tombe souvent encore de nouvelle, et vers le commencement de juin il gèle fréquemment la nuit. Au mois de juillet, la neige a disparu dans les vallées exposées au sud. La floraison des plantes commence alors, et dans le mois d'août elles portent des fruits. A peine à la fin de ce mois, on voit la neige tomber, et en septembre l’hiver a recommencé. Ainsi, ces malheureuses contrées sont privées de nos deux plus agréables saisons, le printemps et l’automne. L'hiver est tellement rigoureux que la glace des lacs a jusqu’à 3 mètres d'épaisseur.

Toutes les eaux sont extrémement poissonneuses. Parmi les poissons, on distingue le saumon, la truite, le brochet, l’anguille et le barbeau. Les ours se réunissent en grandes troupes auprès des cataractes pour y prendre le saumon qui y remonte en très-grand nombre et dont ils sont très-friands Il y en a qui plongent, poursuivent leur proie sous les eaux, et ne reparaissent qu’à 100 où 200 pas de distance; d’autres, plus paresseux ou . moins agiles, semblent être venus là pour jouir du spectacle. Les castors y fouxmillent ainsi que les rennes. L’air est plus doux dans l’intérieur des terres, où l’on aperçoit quelques vestiges de fertilité. Les vallées sont couvertes de pins et de pinastres. Il y croit beaucoup de céleri sauvage et des plantes antiscorbutiques. Le fait le plus bizarre qui nous soit tronsmis, c’est que les terrains tourbeux de la côte se couvrent de ;::202 aprés avoir été engraissés par les cadavres des phoques que la mer y rejette. Il faut en attendre 1 confirmâtion. On pourrait cultiver les parties méridionales; mais il serait caificile de se défendre des ours et des loups, et le bétail ne pourrait quitter l'élabi: que ‘rois mois de l’année. La côte orientale offre un escarpement s:°ril2 ü + a0ntagne3 rocheuses qui se revêétent en quelques endroits d’une tourbe rirâtre et de quelques plantes rabougries. Des brouillards

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Chaque année, plus de 2,000 navires anglais et améric@ls, montés par plus de 24,900 hommes, vont pécher sur les côtes du Labrador plus de 2,000,000 de quintaux de poisson, 40,000 peaux de veaux marins, et 6,000 tonneaux d’huile, formant une valeur de 28,000,000 de francs.

La plus célèbre production de ce pays est le labradortte, que l’on a longtemps appelé feldspath de Labrador, découvert par les frères moraves au milieu des lacs du canton élevé de Kylgapied, où ses vives couleurs se réfléchissaient au fond de l’eau. Les roches sont en général g: 1nitiques. Le district d'Ungawa, situé à l’ouest du cap Chudleigh, abonde en jaspe rouge, en hématites et en pyrites.

Les Esquimaux ont peuplé toutes les côtes septentrionales et crientales de cette contrée; ils vivent de la pêche. C’est parmi eux que jes frères moraves ont fondé les trois colonies de Nain, d'Okkak et de Haffenthal, ou Hopedale. Lorsqu'ils y abordèrent , les Esquimaux avaient la coutume de tuer les orphelins et les veuves, pour ne pas les exposer à mourir de faim. Les missionnaires, après leur avoir enseigné diverses pratiques utiles pour la pêche, bâtirent un magasin où chacun pût conserver son superflu ; ils les engagèrent à mettre la dixième partie de côté pour les veuves et les orphelins. Voilà comment on convertit veritablement les peuples! Les autres lieux importants du Labrador sont : Bardore-Bay, sur le détroit de Belle-le, l’anse le Blanc, et Forteresse. Bay sur le golfe Saint-Laurent.

On évalue à 4,000 la population de cette péninsule; au point de vue administratif, elle dépend , ainsi que l'île voisine d’Anticosti, du gouvernement de Terre-Neuve, dont nous avons parlé dans le livre précédent.

Les Esquimaux du Labrador ont le visage plat, le nez court, les cheveux noirs et rudes, les mains et les pieds très-petits, et diffèrent des indigènes de l’intérieur par la barbe, qui manque à ceux-ci. Leur nourriture consiste principalement en chair de phoque et de rennes, et en poissons qu’ils mangent quelquefois crus et même dans un état de putréfaction.

Leurs vêtements consistent en une camisole à capuchon, des pantalons, des bas et des bottes en peaux de phoques, dont le poil est en dedans, du moins en Miver. Les femmes ont le même costume que les hommes ,à l’ex-

ception que leurs bottes sont plus amples et que 1eur habit de aessus a une queue; elles ornent leur tête de petits objets en verroterie ou d’un cercle en laiton brillant.

En été, ces Esquimaux vivent dans des tentes de forme circulaire, construites en perches et couvertes de peaux cousues ensemble, et qu’ils transportent continuellement d’un lieu à un autre. Ils ont un grand nombre de chiens qui servent à tirer leurs traîineaux , et dont la chair leur sert quelquefois de nourriture et la peau de vêtements.

Leurs armes nat la javeline, l’arc et la flèche. Ils sont adonnés à la aoiygamie, mais ieurs familles sont en général peu nombreuses. Ils n’ont ni gouvernement ni lois. Un homme n’est regardé comme supérieur à un autre que lorsqu'il se fait remarquer par son courage , sa force, ou le nombre des membres de sa famille,

Nain, le principal établissement des frères missionnaires moraves, est situé sur la côte orientale , vis-à-vis les îles Zillsborougk ; il possède un port assez bien abrité,

Une tribu particulière habite les montagnes méridionales; malheureu- -

sement le mélange avec les Canadiens français en a effacé les traits avant qu’ils aient pu être examinés avec soin. Cette peuplade, qui a adopté le rite catholique, se nourrit de rennes et de gibier; on ne les appelle que les Montagnards. Une autre tribu, nommée les Escopics, habite la partie occidentale.

LIVRE CENT SIXIÈME Suite de la Description de l'Amérique. — Amérique Russe.

L'Amérique Russe, s’élend le long du détroit de Béring, et se prolonge, par la presqu'ile d’Alaska en une longue chaine d’iles, jusqu'aux terres asiatiques. Elle forme la région nord-ouest de l'Amérique; elle est comprise entre les 143"° et 170% dégrés de longitude occidentale, et entre les 51", 40! et 71° de latitude septentrionale : sa superficie est évaluée à 48,600 lieues carrées, et sa population à 61,000 habitants, dont environ 2,000 russes. Le comptoir de Bodéga, situé à quelques lieues au nord de San-Francisco, à l'embouchure de la Slavinska-Ross, en faisait autrefois partie, mais il a dù être abandonné aux Anglo-Américains.

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L'Amérique russe se compose d’une partie insulaire et d’une partie continentale. La première comprend les iles de la mer de Béring et les iles répandues le long de la côte nord-ouest, entre le cap Élizabeth et l’entrée de Dixton.

La mer de Béring a dans sa plus grande longueur 550 lieues de l’est à l’ouest, et 400 lieues de largeur du sud au nord. Elle communique avec l'Océan glacial par le détroit de Béring, qui a plus de 450 lieues de longueur, sur 20 dans sa plus faible largeur et 40 dans sa plus grande. Vers le milieu de ce détroit les eaux ont environ 30 brasses de profondeur ; les navigateurs assurent que les grandes marées n’y sont pas sensibles, La mer de Béring communique aussi avec le Grand-Océan par ce que l’on appelle la Grande-Porte, espace qui sépare l’île de Cuivre des iles Aléoutiennes.

Dans la mer de Béring, que les Russes nomment aussi mer de Kamtchatka, nous distinguerons le groupe des #les Pribylov, composé des îles Saint-Paul et Saint-George, importantes pour la pêche du lion marin. L'ile Nounivach, plus étendue que les précédentes, est habitée par quelques familles de pêcheurs. Enfin, dans le détroit de Béring, l’{le du Tratneau et le petit groupe des les Sant-Diomède, composé des trois îles Batmanof, Kruzenstern et Fairway.

La mer de Béring est fermée vers le sud, de la pointe de la presqu’ile d’Alaska en Amérique à celle de Kamtchatka en Asie, par une chaîne d'îles que l’on appelle les éles Aléoutiennes ou Aléoutes. Ces îles sont généralement très-élevées, montagneuses, entourées d’écueils ou de bas-fonds ; plusieurs d’entre elles renferment des volcans en activité ; inhabitées pour la plupart, les principales sont seules fréquentées par les chasseurs russes, et servent de résidence à quelques peuplades de pêcheurs.

On divise les îles Aléoutiennes en plusieurs groupes, dont les dénominations indigènes sont Chao, ou les Aléoutiennes proprement dites des Russes; Negho, ou les îles Andréanoff et List, ou les iles aux Renards. Mais l'usage a prévalu de les comprendre toutes sous le nom d’éles Aléoutiennes. En effet, elles présentent une seule et unique chaine; elles ressemblent aux piles d’un immense pont qu’on aurait voulu jeter d’un continent à l'autre. Elles décrivent, entre le Kamtchatka en Asie et le promontoire d’Alaska en Amérique, un arc de cercle qui joint presque ces deux terres ensemble. On y en distingue douze principales, accompagnées d’un trèsgrand nombre d’autres petites iles et de rochers. L'ile de Cuivre et celle de Béring se trouvent un peu détachées des autres et rapprochées de la

presqu'ile de Kamtchatka. Aussi les avons-nous décrites à la suite de la Sibérie.

Les iles Aléoutes, ou Aléoutiennes proprement dites, sont au nombre de trois : Attou, Agattou et Semitsche. À l’est de celles-ci, se présente le groupe des Andréanoff, composé de plusieurs îlots peu importants et de vingt îles longues en général de 45 à 20 lieues ; ce sont : Boulduire, Kiska, Kriseï, ou l'île du Rat; Tanaga, Bobrowoëï, Goroloï, Smisapotnoï ou l'île des Sept-Cratères ; Adahk, Sitkhine, Tagilak: Goulduir, K:koup, Segoulla, Amtchatka, Kroueloï, Illak, Ounialea, Kouiouliok, Kanaga et Tchougoulla.

A l’est de ces iles se trouvent celles des Renards (Ostrova Lisii ), dont les principales sont : Oumnak, Ounalaschka, Akoutan, Akoun, Ounimak, Spirkine, Calcaga, Sannakh, Choumaghine et Kadiak.

Choumaghine forme un groupe avec douze autres îles très-petites, mais très-montagneuses, qui renferment beaucoup de loutres. Elles ont été découvertes en 4741 par le capitaine Béring ; il leur donna le nom d’un de ses matelots qui y fut enterré. Enfin, au sud-ouest de Kadiak, s’élève le petit groupe des îles Eudoæie, en russe Eudokeiskia.

Toutes ces îles ont un aspect tellement uniforme qu'il serait fastidieux de les décrire séparément. Elle ne différent que par l’activité plus ou moins grande des volcans qu’elles renferment, et dont on porte le nombre à environ 284, et par le caractère de leur végétation.

La population de toutes ces îles réunies n’excède pas actuellement 5,000 habitants, dont les plus robustes et les plus agiles sont employés par les chasseurs russes. Ces peuples étaient autrefois beaucoup plus nombreux; ils avaient des chefs, un gouvernement particulier et une religion nationale; mais les Russes ont anéanti leur population avec leurs mœurs, leurs coutumes et leur liberté. Envoyés comme esclaves à la chasse et à la pêche, les insulaires périssent en grand nombre sur la mer ou dans des hôpitaux mal tenus.

L'ile qui paraît posséder le plus grandnombred’habitantsest Ounalaschka; on l'appelle aussi Agoun-Aliaska, ou, suivant les habitants, Vagounalaska ; elle a 30 lieues de longueur et 8 dans sa plus grande largeur. C’est un assemblage de montagnes arides, dont la plus considérable, appelée le pic Makouchine, élevé d'environ 2,000 mètres, est un volcan qui fume continuellement ; une autre montagne ignivome est l’Agaghine, qui eut une si violente éruption en 4802. Les vallées de cette île sont arrosées par de nombreux ruisseaux et offrent d'excellents pâturages. Des renards, des

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souris à courte queue et des castors, sont presque les seuls mammifères que l’on y trouve. Sa population, décimée par les maladies épidémiques et les disettes , ne se compose aujourd’hui que de 600 à 800 individus, répartis dans 4 villages qui bordent les côtes occidentales, septentrionales et orientales.

Les insulairesd’Ounalaschka sontd’une taille médiocre, leur teint est brun; ilsont le visage rond, le nez petit, les yeux noirs; leurs cheveux, également noirs, sont rudes et très-forts ; ils ont peu de barbe au menton, mais beaucoup sur la lèvre supérieure; en général, ils se percent la lèvre inférieure, ainsi que le cartilage qui sépare les narines, et y portent, comme ornements, des petits os façonnés ou de la verroterie. Les femmes ont des formes arrondies sans être jolies ; elles se tatouent le menton, les bras, les joues ; douces et industrieuses, elles fabriquent avec beaucoup d’art des nattes et des corbeilles. De leurs nattes, elles font des rideaux, des siéges, des lits. Leurs robes de peau d’ours ont l£ poil en dehors. Les baidares, ou pirogues d’Ounalachka, sont travaillées avec art; leurs formes sont pittoresques ; à travers la peau transparente dont elles sont couvertes, on aperçoit les rameurs et tous leurs mouvements. Ces insulaires sont voués à des superstitions qui paraissent se rapprocher du chamanisme. Ils n’ont point de cérémonie de mariage. Quand ils veulent une femme, ils l’achètent du père et de la mère, et ils en prennent autant qu’ils en peuvent nourrir. S'ils se repentent de leur acquisition, ils rendent la femme à ses parents, qui alors sont obligés de restituer une partie du prix. Les peuples de cet archipel ne paraissent pas entièrement exempts d’un amour contre nature. Ils rendent les honneurs aux morts et embaument leurs corps. Une mère garde ainsi souvent son enfant privé de vie avant de le confier à la terre. Les restes mortels des chefs et des hommes riches ne sont pas du tout enterrés ; suspendus dans des hamacs, l’air les consume lentement. La langue des Altoutiens, différente de celle du Kamtchatka, paraît avoir quelque analogie avec les idiomes Yeso et des îles Kouriles. Dans l'ile d’Oumnak, la plus voisine du continent, les Russes ont un évêque, un monastère, une pelite garnison et un chantier de construction.

Ounimak, longue de 25 lieues et large de 40, renferme trois montagnes volcaniques, dont l’une, l’Agaïedam, qui jette continuellement de la fumée, eut une très-forte éruption en 4820. Le sommet de la seconde est fort irrégulier; elle se nomme Chichaldinskoi, et a 2,729 mètres d’altitude ; le cône de la troisième, appelée Kaïghinak, semble être fendu et tronqué ; les Russes ont dans cette île une pelite garnison et un chantier de con-

Ve 15

A14 LIVRE CENT SIXIÊME.

struction ; elle est la résidence d’un évêque grec; Oumnak, longue de 30 lieues et large de 5, renferme trois ou quatre volcans actifs ; celui du centre a vers sa base des sources d'eau chaude, dans lesquelles les habitants font cuire leur viande et leur poisson. Les îles Akoutan, Amoukhta, Kanaghia, Tanaga, Akcha, Goreloï, Semisopotchnoï, Ounatchock, Chagaghil, Tana, Tchighinok, Oulaga, Geroleÿ, Sitkhine et Gotchim ont toutes des volcans.

Le climat des îles Aléoutiennes est plus désagréable par l'humidité que par la rigueur du froid. La neige, très-abondante, ne disparaît qu’au mois de mai. Presque toutes ces îles présentent des montagnes très-élevées, composées de jaspe, de trachyte et de porphyre en partie vert et rouge, mais en général jaune, avec des veines de pierre transparente, semblable à la calcédoine.

Les seuls quadrupèdes de ces îles sont les renards et les souris; parmi les oiseaux, on remarque des canards, des perdrix, des sarcelles, des cormorans, des mouettes et des aigles.

Les îles les plus rapprochées de l’Amérique produisent quelques pins, mélèzes et chènes. Les îles occidentales n’ont que des saules rabougris. La verdure a beaucoup d'éclat. Les montagnes produisent des mûres de buisson, et les vallées des framboises sauvages blanches et d’un goût fade.

L'île de Æodiak, ou Kadiak, appelée aussi Kikhtak, est montueuse et

ntrecoupée de vallées ; sa longueur est d’environ 35 lieues, et sa largeur de 20. Ses habitants, qui s'appellent Kaniaghes, ou Koniaghis, sont au nombre de 3 à 4,000. Les habitations des insulaires de Kadiak, moins enfoncées que celles des Aléoutiens, sont à moitié cavernes et à moitié cabanes; on y a même introduit le luxe d’une ouverture pour la sortie de la fumée. Les femmes sont idolàtres de leurs enfants; quelques-unes les élèvent d’une manière très-efféminée. Elles souffrent que les ehefs les choisissent pour objets d’un goût dépravé. Ces jeunes gens sont alors vêtus comme des femmes, et on leur apprend à s’occuper de tous les travaux du ménage.

Les productions végétales de l’île Kadiak sont le sureau, uñe immense quantité de framboisiers et de groseiïlliers, beaucoup de racines qui, avec le poisson, servent à la nourriture des habitants ; dans l'intérieur de Pile, les pins forment de très-grandes forêts et fournissent d’excellent bois de construction.

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Amérique, est situé dans la baie de Liakhik qui y forme un bon port. Cet établissement se compose des bâtiments de la Compagnie russe, d’une église, de plusieurs magasins, de quelques habitations de négociants et d’un petit nombre de cabanes occupées par des indigènes.

La petite île de Sitkhinak voisine de la précédente, est importante par sa population, qui est assez concentrée relativement à ces contrées si dépourvues d'habitants. Dans le golfe du Prince-Guillaume se trouve le petit groupe de Tchalkha; c’est dans la principale de ces îles que les Russes ont formé le petit établissement de Port-Eiches défendu par un fort.

En allant vers lesud , suivons maintenant la côte nord-ouest qui, depuis le traité de 4825, appartient aux Russes, entre les 54 et 60 degrés de latitude, sur une profondeur de 40 lieues marines , et visitons les îles qui en dépendent ; ce sont.les archipels de George {, du duc d’York et du prince de Galles. Couvértes de forêts de pins, ces îles sont, ainsi que celle de l'Amirauté, habitées par quelques peuplades qui se livrent au commerce des loutres marines.

L’archipel du Roi George III se compose de quelques petites ileset d’une plus étendue nommée Sika par les naturels, du Roë George III par Vancouver et Baranov par les Russes ; un climat moins rigoureux y laisse croître avec vigueur le pin, le cèdre américain et plusieurs autres arbres; on y cueille des baies d’un excellent goût; le poisson y est abondant et délicieux ; le seigle et l’orge y ont réussi. C’est dans l’île de Sitka que se trouve le centre des opérations de la Compagnie russe des fourrures; c’est la principale station de la Russie américaine. La Nouvelle-Arkhangel , petite ville d'environ 1,200 habitants est le siége du gouverneur général des possessions russes. Elle se compose d’une centaine de maisons toutes en bois, d’un port abrité de tous les vents, d’un chantier de construction pour les

. navires , d’un hôpital, d’un hôtel destiné au gouverneur et d'une église.

On y fait un commerce considérable de fourrures. La forteresse, garnie de 40 pièces de canon, donne au palais du gouvernement une sorte d’élégance qui contraste de la manière la plus pittoresque avec l’aspect sauvage des sites qui l’entourent. La maison réservée aux officiers, les magasins ét les casernes, sont tenus avec la plus grande régularité ; l'hôpital fondé par la Compagnie commerciale, se fait remarquer par la propreté qui y règne. Le palais du gouvernement renferme une riche bibliothèque composée des meilleurs ouvrages russes el étrangers; d’une collection d'objets

rares ; enfin tout ce qui peutrendre la vie agréable dans un établissement aussi éloigné du monde civilisé.

L’éle de l’Amirauté est remarquable par son étendue , par sa belle végétation , par ses nombreux ports, et par la férocité de ses habitants; elle a 60 à 60 lieues de tour. L’archipel du duc d'York, dont l’île orincipale porte le même nom , est au sud de l’île de l’Amirauté ; il présente les mêmes caractères que celle-ci. L’archipel du Prince de Galles est dans le même cas; l'île principale qui lui donne son nom possède un petit port appelé Baylo-Bucareli. Les autres grandes îles qui en dépendent son lle du duc de Clarence etl’tle Revillagigedo.

Traversons le bras de mer qui sépare cette dernière île de la partie continentale de l’Amérique russe ; les Anglais ont donné à cette côte qui est entièrement découpée par des canaux qui entrent très-avant dans les terres les homs de nouveau Cornouuilles et nouveau Norfolk ; d’après les derniers traités, les Russes les possèdent aujourd’hui sur uneprofondeur de 40 lieues marines. Nous signalerons, dans ces contrées peu fréquentées, le mont Saint-Élie qui paraît le point culminant de ces latitudes septentrionales; il a 5,413 mètres d'altitude, et le mont Fairweather ou mont Beautemps, son voisin auquel on donne 4,549 mètres d’altitude. Les principales factoreries russes sont celles de Facoutal, de Stiknine, ct de Tako. Ces contrées sont, ainsi que les îles que nous venons de décrire, habitées par les belliqueux et féroces Kolliougis, Kolouches ou Koluches.

Munis de quelques armes à feu, ils font encore aux Russes une guerre opiniâtre. Ce fut dans le territoire des Kalougiens que l’infortuné La Pérouse découvrit le Port des Français, immortalisé par le noble et malheureux dévouement des frères Laborde. Les voyageurs français rendent le compte le plus avantageux de l’esprit actif et industrieux des indigènes; forger le fer et le cuivre, fabriquer à l’aiguille une sorte de tapisserie, natter avec beaucoup d'art et de goût des chapeaux et des corbeilles de roseaux, tailler, sculpter et polir la pierre serpentine , telles sont les prémices de la civilisation naissante de cette tribu; mais la fureur du vol, l’indifférence entre parents et époux, la malpropreté des cabanes, et la coutume dégoùtante de porter dans la lèvre fendue un morceau de bois, les rapprochent des sauvages, leurs voisins.

Ces peuplades sont dans un état continuel d’hostilité les unes à l'égard des autres. La vanité des chefs et le pillage des subsistances sont les deux principales causes de guerre. Ils la font avec arharnement; vendant la nuit ils surprennent un village ennemi et en égorgent tous les habitants; ceux qui échappent au carnage sont condamnés à la plus rigoureuse captivité. Lorsqu'une peuplade déclare la guerre à une autre, les guerriers se

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Ces peuplades se divisent en une foule de tribus qui se distinguent par les noms de certains animaux : ainsi, il y a une tribu de l’Aigle, du Loup, du Corbeau, de l’Ours: et lorsqu’on entre dans un village, on sait bientôt à quelle race il appartient, car la cabane du chef est couronnée d’un symbole qui représente cet animal peint avec plusieurs couleurs.Ce symbole les accompagne aussi à la guerre. Le chef jouit d’une puissance illimitée ; cependant elle a beaucoup diminué depuis que le contact avec des nations civilisées a naturalisé chez ces peuples un luxe relatif.

La partie du continent comprise sous le nom de Russie américaine, et dont la souveraineté est acquise à la cour de Russie comme d’une terre découverte et occupée en premier lieu par des sujets russes, présente de toutes parts les aspects les plus sauvages et les plus sombres. Au-dessus d'une rangée de collines, couvertes de pins et de bouleaux, s’élèvent des montagnes nues, couronnées d'énormes masses de glaces, qui souvent s’en détachent et roulent avec un fracas épouvantable vers les vallées qu’elles remplissent, ou jusque dans les rivières et baies où, restant sans fondre, elles forment autant de rivages de cristal. Lorsqu'une semblable masse tombe, les forêts s’écroulent déracinées et dispersées au loin ; les échos du rivage en retentissent comme d’un coup de tonnerre ; la mer s'en émeut, les vaisseaux éprouvent une secousse violente. Le navigateur effrayé voit se renouveler, presque au milieu de la mer, les scènes terribles qui semblaient réservées aux régions alpines. Entre le pied de ces montagnes et la mer, S’étend une lisière de terres basses; leur sol est presque partout noir et marécageux Ce terrain n’est propre à produire que des mousses grossières, mais

n8 LIVRE CENT SIXIÈME.

très-variées, des gramens très-courts, des vaciets et queiques autres petites plantes. Quelques-uns de ces marais, suspendus sur les flancs des collines, retiennent l'eau comme des éponges; leur verdure les fait prendre pour un terrain solide, mais, en voulant y passer, on y enfoncejusqu'à mi-jambe. Les pins grandissent pourtant sur ces sombres rochers. Après les pins, l'espèce la plus répandue est celle des aunes. En beaucoup d’endroits l’on ne voit que des arbres nains et des arbrisseaux. Sur aucune côte connue l’on n’a remarqué d'aussi rapides envahissements de la mer sur la terre. Des troncs d'arbres qui avaient été coupés par des navigateurs européens ont été retrouvés et reconnus après un laps d'une dizaine d’années ; ces troncs se trouvent enfoncés dans l’eau avec les terrains qui les portaient.

Onne doit pas chercher dans ces tristescontrées des montagnesaux cimes altières et majestueuses ; on y aperçoit de loin en loin queiques pics qui ne doivent leur apparence gigantesque qu’à l’uniformité des plaines du milieu desquelles ils surgissent. Cependant la presqu'ile d’Alaska est traversée par une chaîne de collines assez élevées ; elle renferme, dit-on, un volcan; vers le nord les montagnes-Rocheuses viennent projeter leurs dernières hauteurs, les monts Æuskisson et Copplestone, voisins de la Pointe-Manning. Les lacs sont plus nombreux : nous citerons ceux de Chelekov ct d’Hamana à l'entrée de la presqu’ile d’Alaska, celui de Miltinbola, qui, par la rivière de Cuivre, communique avec le Grand-Océan ; tandis que par le Youcon, il communique avec l’océan Arctique. Le lac Mynkchatoch paraît le plus considérable de tous; c’est dans son voisinage que sont ceux de Chublan de Koschobona. Nous avons déjà nommé le Foucon parmi les fleuves de cette contrée; il prend sa source, sous le nom de Rivière du Controleur, dans un des contreforts des Montagnes-Rocheuses, se dirige du sud-estau nord-nord-ouest, et après un cours de 300 lieues, il vient tomber dans l’océan Arctique à la pointe Beechey. Le Kouskoquim ou Kouskovim et le Kvikhpack, qui coulent du nord-ouest au sud-ouest, tombent dans la mer de Béring ; tandis que l’Afna ou Mednaja appelée aussi Rivière de Cuivre, vient se jeter par cinq embouchures dans le Grand-Océan au nord du mont Saint-Élie.

Dans son état actuel, cette partie continentale de l’Amérique russe est peu connue; elle est habitée par des tribus qui sont indépendantes , à l'exception de celles des côtes qui reconnaissent nominalement la suzeraineté ües Russes; ceux-ci y possèdent quelques rares établissements et des postes entourés de fossés et de palissades , que l’on décore du nom impo-

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La baie du "rince-Guillaume, et la région du lac Miltinbota, est habitée par les Ougatachmioules, chasseurs intrépides, souvent en guerre avec les Koluches, leurs voisins. Les Tchougalchis sont répandus dans la presqu’ile à laquelle ils ont donné leur nom, qui s'élend entre la baie du Prince-Guillaume et l’Entrée de Cook, on y trouve les trois élablisseménts de forts, Alexandre, de Georglews et de Pamlows. Le premier est une des principales factoreries des Russes. Les Æoniaghis ou Konaigues habitent la presqu'ile d’Abaska, presque séparée du continent par le lac Chelekov ; ils paraissent de même race que les Aléoutes, ainsi que les Kenaïzes leurs voisins à l’orient; ce sont ces derniers qui ont donné leur nom au golfe Kenaïtzien, appelé par les Russes Æenaïs-Kaïa-Gouba, ei par les Anglais Entrée de Cook.

La presqu'ile d’Alaska n’a pas moins de 200 lieues de longueur, sur une largeur de 49 à 12; elle est couverte de montagnes, dont deux sont remarquables par leur hauteur, et surtout parce que ce sont éeux volcans qui ont.été vus en éruption en 1786. Les Russes y ont un petit établissement.

Toute la partie qui borde la mer et le détroit de Béring est peuplée de Tchoukichis ; ils se divisent en deux tribus : les stationnaires, et les errants ou Rennes. Les premiers occupent les bords de la mer et toutes les localités où l’on peut pêcher commodément ; ils font, pour l’hiver, des provisions de morceaux de rennes, de phoques, de morues, dans des magasins creusés en terre, où ils conservent aussi de l’huile de poisson dans des outres de peaux. Les Zchouktchis errants sont fiers, et regardent avec mépris les hommes des nations voisines. Les rennes sont leur seule richesse. Un grand nombre d’entre eux a embrassé le christianisme ; ils paraissent être de la même race que les Tchouktchis de la côte opposée de l’Asie,

Au nord du pays des Tchouktchis et du détrait de Béring, dont le cap du prince de Galles détermine le point le plus resserré, s’étend la contrée que le capitaine Béechey a nommée Georgie occidentale ; elle est habitée par les Kilègnes, tribu comprise dans la grande famille des Esquimaux. Les Russes possèdent, sur les bords du Youcon, quelques établissements. Les points les plus importants de la côte sont : le Cap de Glace (Icy Cap), limite de l'expédition arctique de Cook; la Pointe de Barrow , qui s’avance audelà du 71e parallèle ; la Pointe de Béechey, à l'embouchure du Youcon ; enfin la Pointe-Démarcation, qui accuse la séparation entre les posses-

snios anglaises et russes sur la côte septentrionale du continent américain.

La Compagnie américaine-russe a pris naissance à Irkoutsk, ea Sibérie, en 1798; son privilége a été renouvelé en 4839, et le siége de ses opérations est maintenant établi à Saint-Pétersbourg; elle est régie par un comité composé de trois directeurs ; elle a, comme la Compagnie anglaise des Indes, ses employés, son armée de terre et de mer; six corvettes, six bricks, un bateau à vapeur, plusieurs goëlettes et une grande quantité de canots en peau, nommés cayouques, que l’on emploie à la pêche et à la chasse des animaux marins à fourrures. Toute l’Amérique russe est placée sous l’autorité d’un capitaine de vaisseau de la marine impériale, qui est investi des fonctions de gouverneur, et qui réside à la Nouvelle-Arkhangel. Les établissements de la Compagnie sont divisés en cinq comptoirs et trois sous-comptoirs : les premiers sont ceux de la Nouvelle-Arkhangel ; de Kodiak, qui comprend la presqu'île d’Alaska et les côtes adjacentes ; d’Onunalaschka ou des Aléoutes centrales; d’Atscha ou des Aléoutes occidentales, avec les deux îles asiatiques de Béring et Mednoï; enfin celui de Bodèga ou du Port-Ross de Californie, que nous croyons cédé aujourd’hui aux États-Unis. Les sous-comptoirs sont celui de Pribylow, celui de Nouschagack, sur la baie de Bristol, et celui d’Ouroup ou des Kouriles en Asie.

La Compagnie exporte annuellement pour 800,000 francs de fourrures provenant des castors, des loutres marines, des curs, des zibelines et des renards noirs, argentés, rouges, bleus et hlancs.

Les chasseurs russes, obligés de pénétrer plus avant dans le continent pour rencontrer les renards et les castors, se croisent avec les chasseurs américains et canadiens; ils ont avec ceux-ci des rapports journaliers qui nous font mieux connaître ces contrées glacées, et permettent aux géographes de combler le vide de leurs cartes,

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Suite de la Description de l'Amérique. — Etats-Unis Anglo-Américains. — Description physique générale.

Les frimas disparaissent, les brumes se dissipent, les arbres étalent des rameaux vigoureux, les champs se couvrent de moissons plus abondantes. Partout l'homme est occupé à bâtir des maisons, à fonder des villes, à subjuguer la nature, à défricher des terrains ; nous entendons partout les coups de la cognée, le ronflement des forges; nous voyons les antiques forèts livrées aux flammes, et la chagrue sillonnant leurs cendres; nous apercevons dans l’intérieur des terres des villes riantes, des palais et des temples à peu de distance des cabanes habitées par de misérables sauvages ; tandis que sur les bords de l’océan Atlantique resplendissent de grandes cités, heureuses rivales des vieilles capitales de l’Ancien-Monde; nous sommes dans l'Amérique fédérée. Nous foulons cette terre de liberté, peuplée depuis deux siècles par les nombreuses colonies que l'esprit de l’intolérance religieuse et politique, ou le besoin, chassait des Iles-Britanniques et des autres parties de l’Europe.

Un siècle ne s’est pas encore écoulé depuis que la république angloaméricaine figure parmi les puissances. La paix de 1763 avait rendu l’Angleterre maîtresse de toute l'Amérique septentrionale jusqu’au Mississippi. Les colons anglais sentirent leurs forces. Les tentatives que le gouvernement de la métropole fit pour les soumettre à des taxes nouvelles excitèrent les feux cachés de la rébellion. La bataille de Bunkershill, en 4775, apprit aux hommes prévoyants combien les Américains seraient difficiles à vaincre sous le prudent et valeureux Washington. Bientôt on vit le sage Franklin poser les bases de la constitution. L'indépendance fut proclamée le #4 juillet 1776. La France et l'Espagne conclurent une alliance avec la nouvelle république. Les Anglais, après avoir vu leurs armes humiliées par les défaites de Burgoyne et Cornwallis, reconnurent l'indépendance des Etats- Unis, composés alors de 43 provinces. La nouvelle république parut sur la scène du monde avec une population de 2 millions et âemi, avec une dette considérable, avec une armée peu disciplinée et sans marine.

En peu d’années sa population fut doublée; son commerce, favorisé par

la situation des côtes et par la neutralité de son pavillon, devint très-florissant, et elle eut bientôt conquis un ra:5 important parmi les puissances prépondérantes du globe.

Découverts par Jean Cabot en 4497, cinq ans après le débarquement de Colomb à San-Salvador, les Etats-Unis d'Amérique s'étendent de l’Atlantique à l’océan Pacifique; ils s'appuient au nord sur les possessions anglaises, et au sud, depuis le traité de 1848 avec le Mexique, ils sont limités par le golfe du Mexique, le Rio del Norte et le Rio-Gila.

La plus grande longueur du territoire de l’Union, du nord au sud, est de 615 lieues ou 4,700 milles; sa plus grande largeur, de l’est à l’ouest, est de 4,085 lieues ou de3,000 milles. Sa superficie est évaluée à 405,325 lieues géographiques carrées ou 3,100,000 milles carrés; et sa population, d’après le dernier recensement officiel de 1850, est de 23,347,498 habitants.

Les Etats-Unis offrent une étendue de côles évaluée, en ne tenant pas compte des sinuosités du territoire, à 1850 lieues, dont 4267 sur l’océan Atlantique et le golfe du Mexique, et 585 sur l’océan Pacifique. En tenant compte des sinuosités, ce développement atteindrait 41,594 lieues. La côte Atlantique, au nord de l'embouchure de l'Hudson, est rocailleuse ; au sud de ce fleuve, jusqu’au golfe du Mexique, la côte est basse et sablonneuse ; elle est découpée en un grand nombre de baies, dont les principales sont celles de Passamaquody, Massachusetts, Delaware, Chesapeake et de Boston. Elle est bordée en plusieurs endroits d’iles longues et étroites, séparées du continent par des défroits dont les principaux sont ceux de Lony- Island, Albermale et Pamlico. A l'extrémité sud de cette côte est située la presqu'ile de Floride , que contourne le célèbre courant du Gulf-Stream, dont l'influence se fait sentir jusque sur les côtes de France. Les côtes de la Floride sont parsemées d’écueils à leur extrémité méridionale. La côte du golfe du Mexique est basse et malsaine; elle offre cependant la belle baie de Pensacola. La côte sur le Grand-Océan est généralement élevée ; elle offre quelques bons ports et ne creuse que deux baies importantes, celles de Monterey et de San-Francisco; celte dernière pourrait offrir un abri assuré à toutes les flottes du monde.

Le territoire des Etats-Unis se divise, sous le rapport physique, en trois régions : la région orientale, comprenant les états de l’est ou du bassin de l'Atlantique ; la région centrale, comprenant le vaste bassin du Mississippi et des autres fleuves qui affluent au golfe du Mexique, et la région occidentale, comprenant les contrées situées à l’ouest des Montagnes-Rocheuses, dans le bassin du Grand-Océan.

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Les deux grands traits qui caractérisent la géographie des Etats-Unis, c'est la majestueuse étendue des fleuves et le peu d’élévation des montagnes. Nous ne connaissons encore qu’imparfaitement les montagnes du nord-ouest; on les appelle vulgairement Rocky-Mountains (Monlagnes- Rocheuses); elles font partie du vaste système qui, sous le nom général de Cordillères, s'étend dans toute la longueur des deux Amériques. Leur ligne de faite est élevée d'environ 2,400 mètres au-dessus du niveau de la mer; les plateaux qui leur servent de contreforts ont 4,000 mètres et leurs cols 1850; leurs plus hauts pics sont le James-Peak, qui a 3,700 mètres, le Highest-Peak, 3,900 mètres, et le Fremonte-Peak; les deux principaux passages qu'elle offre sont la Passe du Sud, près du Pic-Frémont, et la Passe Washington. La largeur moyenne de cette chaîne est de 46 à 35 lieues; elle est presque parallèle à la côte du Grand-Océan. Le long de celte mer règne une autre chaîne très-haute qui, par des arètes et des contreforts qui s’élargissent à l’est, se lie aux Montagnes-Rocheuses. Cette chaine est désignée sous le nom de Coast-Range ou chaîne côtière, et prend en Californie le nom de Sierra-Nevada, C’est sur le versant occidental de cette dernière que se trouve la région aurifère. Les pics les plus élevés de cette chaîne côtière sont le mont Shaste, le mont Mac-Loughlin et les monts Jefferson, Hood et Rainter.

Vers le 40e parallèle, un chaînon des Montagnes-Rocheuses court à l’est sous le nom de monfs Ozark ; il ne dépasse pas 600 mètres; vers le 44e, les mêmes montagnes, en s’élargissant, forment un coude; c’est là que se trouve le partage des eaux entre le golfe du Mexique, la mer d'Hudson et la mer Polaire.

À partir de la chaîne des Montagnes-Rocheuses, l'Amérique septentrionale semble s’abaisser vers l’océan Atlantique et vers le golfe du Mexique, en suivant une pente rarement interrompue par quelque faible élévation ou plutôt par des terrasses qui mènent d’un plateau à l’autre.

La dernière et la plus élevée de ces terrasses prend le nom général de monts Alleghanys. C’est moins une chaîne ue montagnes qu’un long plateau de 35 à 40 lieues de largeur, couronné de plusieurs chaînes soit de montagnes, soit de collines. Entre la rivière de l’'Hudson et le petit lac Oneida, l'extrémité septentrionale des Alleghanys a reçu des Français le nom de monts Apalaches. À l’est de l’Hudson, qui, avec le lae Chemplain, nous parait limiter une région particulière, les collines granitiques, arrondies par le sommet, souvent couvertes en haut par des marécages ou des

lerrains tourbeux, ne présentent qu’un ensemble de petites élévations, sans

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formes régulières, sans direction marquée. La principale élévation prend dans la Nouvelle-Angleterre le nom de While-Mountains, montagnes Blanches, et dans le Vermont celui de Green-Mountains, montagnes Vertes. Le pic culminant des premières est le Pic- Washington, qui a 2,027 mètres d'élévation. Dès qu'on a franchi l’Hudson, la structure des montagnes paraît changer, car, selon tous les voyageurs, elles se présentent, en Pennsylvanie eten Virginie, sous la forme de sillons parallèles entre eux, mais * dont la largeur et les intervalles varient. Sur les confins de la Caroline du nord et du Tennessée, les Alleghanys sont, au contraire, desgroupes isolés de montagnes, qui se touchent seulement par leur base. Ils occupent moins de terrains.

Toute la chaîne orientale porte le nom de Blue-Ridge ou Blue-Mountains, montagnes Bleues. Elle est coupée par le Susquehannah, le Potowmack et le James; néanmoins elle conserve une élévation générale plus constante qu'aucune des autres chaînes. Celle qui marque le partage des eaux est très-peu élevée et peu large. Mais, dans la chaîne la plus occidentale, chaîne d’ailleurs peu étendue et coupée par la rivière de Kanhawa, quelques montagnes assez rapprochées offrent une élévation supérieure à celle de tout le reste du système. Le mont Laurell et le mont Gauley dans l’ouest de la Virginie, la montagne du Grand-Père (Great-Father-Mountain), celle de Fer (Zron-Mountain), celle qu’on surnomme la Jaune et la Noire, entre le Tennessée et la Caroline, s'élèvent jusqu’à près de 3,000 mètres au-dessus du niveau de la mer Atlantique, tandis que le pic Oller, de la chaîne orientale, n’a pas 1,326 mètres de hauteur.

Dans la description du Canada, nous avons déjà fait connaître les grands lacs qui, au nord des Etats-Unis, forment comme une mer d’eau douce ; nous observerons seulement que le lac Michigan, qui est long de 90 lieues et large de 30, est entièrement dans les Etats-Unis, ainsi que le petit lac Champlain, son voisin, qui est célèbre dans les fastes de l’occupation française du Canada. Les Anglo-Américains doivent longtemps regretter la faute que leurs diplomates ont commise, en 4783, de ne pas leur avoir obtenu à tout prix, même en cédant le district du Maine, la possession de la péninsule renfermée entre les trois lacs Erié, Ontario et Huron, péninsule alors déserte, ct dont à présent la culture a fait un poste avancé des colonies anglaises très-gênant et, dans certains cas, très-dangereux pour lesEtats-Unis.

Le plus important des lacs de l’intérieur qu'il convicnne de citer dans un tableau général est le Grand Lac Salé, Youla où Umpanogos, situé, vers le 41° parallèle, dans la région de l’océan Pacifique. C’est un vaste bassin

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élevé de 4,260 mètres au-dessus du iveau de la mer, d'environ 30 lieues de long sur 45 à 20 de large, alimenté par un grand nombre de rivières, dont les principales sont la rivière de l’Ours, qui vient du sud et redescend par le nord, en faisant un circuit considérable, et la rivière Plate ou Webersfork, qui vient directement de l’est. Ce lac doit son nom à la nature de ses eaux ; le capitaine Frémont trouva qu’elles renfermaient 97 parties de sel sur 400 ; cette proportion, qui est décuple de celle de la mer, présente le plus haut degré de saturation que puisse acquérir l’eau. Le Grand Lac Salé renferme plusieurs îles élevées. Le lac le plus important de ce versant, après le précédent, est le lac Chinéache ou Tulare, qui est situé dans la partie méridionale de la vallée des Tulares, vers le 36° parallèle : il n’est élevé que de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le lac Pyramide, situé sous le 40° de latitude, est bien plus élevé, puisque son altitude est de 1,480 mètres. Il présente le spectacle extraordinaire d’une pyramide naturelle qui sort de son sein et s'élève à une hauteur de 489 mètres; c’est une masse granitique parfaitement régulière, terminée par un sommet fort aigu. Les lacs Rathead et Ulah sont moins importants. La partie septentrionale du bassin de Mississippi, au sud-est du lac Supérieur, est couverte d’une multitude de lacs dont nous nous dispenserons de donner la fastidieuse nomenclature; nous citerons seulement le lac Jfasca, où ce grand fleuve prend sa source. Ce lac est situé sous le 47°, 43, 35’ de latitude et de 970, 20', 24 à l'occident du méridien de Paris, ses eaux sont à 9527 mètres au-dessus du golfe du Mexique.

Il ne conviendrait pas non plus d’énumérer les nombreux marais situés sur le versant Atlantique; il suffit de décrire celui qu’on nomme l’offreux marais, Dismal Swamp. 1 s'étend dans la partie orientale de la Virginie et dans la Caroline septentrionale ; il occupe une surface de 450,000 acres ou 234 milles carrés ; mais partout il est couvert d'arbres, de genévriers et de cyprès dans les parties les plus humides, et, dans les plus sèches, de chènes blancs et de rouges, ainsi que de plusieurs espèces de pins. Ces arbres y sont d’une grandeur prodigieuse; souvent l’espace entre leurs pieds est garni d’épaisses broussailles, différence bien remarquable d’avec les forêts de l'Amérique septentrionale, où, en général, on ne trouve point de taillis, 1 y croît aussi des roseaux et une herbe épaisse et haute, qui a la propriété d’engraisser promptement le bétail. Mais des troupes d'ours, de loups, de daims et d’autres animaux sauvages abondent dans cette forêt marécageuse. Un marais plus étendu, mais beaucoup moins connu, occupe une portion des côtes de la Caroline du nord; on l’appelle Great Alligator Dis-

mal Siwamp, le Grand Marais des Caïmans; il occupe au moins 600 milles carrés, en y comprenant trois lacs considérables. Les plantations de riz commencent à envahir les bords de cet immense marais.

La plus grande partie du territoire de l'Union appartient au bassin du golfe du Mexique, mais la partie la plus peuplée est située dans le bassin de l'Atlantique. Celle qui appartient au bassin de l’océan Pacifique est la moins importante; cependant elle renferme les plus grands fleuves de l'Amérique affluant à cet océan. Dans le premier de ces bassins, le fleuve qui jouit d’une pius grande célébrité est le Mississippi; mais il est reconnu aujourd’hui que le Missouri est la branche principale, et c’est à ce dernier fleuve qu’appartiendrait avec plus de raison le glorieux titre de Vieux Père des Eaux ou Mecha-Chébé, que l’ignorance des sauvages a donné à un de ses affluents. Le Mississippi, d’après l’ancienne façon de parler, a sa source à 47 degrés de latitude, dans le lac Itasca. Par la chute pittoresque de Saint-Antoine, il descend de son plateau natal dans une vaste plaine : après un cours de 280 lieues, ses eaux limpides se perdent dans les flots bourbeux du Missouri; à ce magnifique confluent, chacune de ces rivières a plus d’une demi-lieue de large. Le Mississippi a 300 à 900 mètres de largeur depuis le saut de Saint-Antoine jusqu’à son confluent avec l'Illinois; à sa jonction avec le Missouri, il a 2,500 mètres, et au confluent de l’Arkansas 1,500. Vers son point de réunion avec l'Ohio, il a 45 à 20 mètres de profondeur, et 60 à 80 entre la Nouvelle-Orléans et le golfe du Mexique. On a vu, dans le tableau que nous avons donné plus haut de la longueur des fleuves, que le cours d’eau que l’on continue à appeler Mississippi n’a pas moins de 5,120 kilomètres ou 1,450 lieues de longueur.

Les affluents du haut Mississippi, du côté de l’ouest, sont encore imparfaitement décrits : on ne sait lequel d’entre eux est la Rivière-Longue, sur laquelle navigua La Hontan, et qu’il décrit comme très-profonde.

La rivière de Saint-Pierre, qui prend sa source vers le 45° parallèle et le 100° degré de longitude, se joint au Mississippi par sa rive droite, un peu au-dessous de la chute de Saint-Antoine. Cette rivière, qui forme plusieurs rapides, est très-profonde, a plus de 100 mètres de largeur et une longueur d'environ 200 lieues.

C’est à l’est du Mississippi que le Wisconsin baigneses collines escarpées, et l’Ilinois ses immenses savanes; toutes deux elles ouvrent presque une communication entre le Mississippi et le lac Michigan. Le Wisconsin, large, rapide, mais peu profond, est embarrassé de petites îles et de bancs de sable. Son cours est d'environ 430 lieues. L’Illinois, qui n’a que 400 lieues de

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L'Ohio, dont le cours est de 400 lieues, est alimenté par 400 affluents; sa largeur moyenne est de 500 mètres; dans certains endroits il en a 4,400. Sa pente est de 9 mètres par lieue, et sa vitesse d’une lieue par heure.

La manière dont le Mississippi s'écoule dans le golfe du Mexique offre des singularités très-remarquables. Outre une embouchure principale et permanente, il s’y forme des canaux d’écoulement qui changent souvent de direction; car le niveau des eaux du fleuve est, dans la plus grande partie de la Basse-Louisiane, plus élevé que celui de la contrée voisine. Son immense volume d’eau n’est retenu que par de faibles digues de terres légères et friables, de près de 2 mètres de hauteur. Mais ce sol, si bas par rapport au fleuve, a cependant de toutes parts une pente faible, à la vérité, mais non interrompue vers la mer; ainsi les eaux du fleuve, en se débordant, ne trouvent aucun obstacle et s’écoulent vers la mer assez paisiblement, Les canaux d’écoulement, dits les bras de Tchafalaya, des Plaqueminiers et de la Fourche à l’ouest, et le bras d’Iberville à l’est, existent en tout temps et embrassent une espèce de delta composé de terrains meubles, soit limoneux, soit sablonneux. L'embouchure principale ne présente que deux passes, dont la meilieure même n'offre un passage assuré qu’aux bâtiments qui ne tirent pas au-dessus de #4 à 5 mètres d’eau. Cela est d’autant plus fâcheux qu’en dedans de son embouchure le lit du fleuve, dans un cours d'environ 400 lieues, offre un canal assez profond pour recevoir les plus gros vaisseaux. La profondeur du fleuve, dans cette partie de son cours, est de 30 à 40 brasses ; sa largeur, suivant la crue ou la diminution de ses eaux, est de 600 à 800 mètres ; près l’embouchure, cette largeur est d’une lieue. Cet engorgement du fleuve n’a eu lieu que depuis un peu plus d’un demi-siècle.

Mais ce n’est pas le seul changement que ce puissant fleuve éprouve depuis que les Européens ont commencé à l’observer. Les arbres, déracinés par les vents ou tombés de vétusté, s’assemblent de toutes parts sur les eaux du Mississippi. Unis pardeslianes, cimentés par des vases, ces débris des forêts deviennent des îles flottantes; de jeunes arbrisseaux y prennent racine; le pistia et lenénuphar y étalent leurs roses jaunes; les serpents, les oiseaux,

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