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les caimans viennent se reposer sur ces radeaux fleuris et verdoyants qui arrivent quelquefois jusqu’à la mer, où ils s’engloutissent. Mais voici qu'un arbre plus gros s’est accroché à quelque banc de sable et s’y est solidement fixé ; il étend ses rameaux comme autant de crocsauxquels les iles flottantes ne peuvent pas toujours échapper ; il suffit souvent d’un seul arbre pour en arrêter successivement des milliers : les années accumulent les unes sur les autres ces dépouilles de tant de lointains rivages; ainsi naissent desiles, des péninsules, des caps nouveaux qui changent le cours du fleuve, et quelquefois le forcent à s'ouvrir de nouvelles routes.
Le Mississippi n’éprouve point de marées, à cause des nombreuses eoudées de son cours; d’ailleurs les vents n’y sont point constants : ainsi il est extrêmement difficile de le remonter, surtout pendant les crues qui ont lieu dans les six premicrs mois de l’année ; la force du courant est alors d’une licue par heure.
Ce beau fleuve divise les Etats-Unis en deux grandes portions : celle de l'est fait des progrès rapides dans la civilisation , celle de l’ouest est encore presque entièrement dépeuplée et sauvage.
Avant de se joindre au Mississippi, le Missouri a parcouru 949 lieues depuis le confluent du Jefferson, du Madison et du Galatin, qui, en descendant des Montagnes-Rocheuses, contribuent à le former. Lorsqu'il quitte la région montagneuse où il prend sa source, il coule d’abord entre deux rochers à pic de 400 mètres d’élévation. Sa vitesse est de 8 à 43 kilomètres à l'heure; son courant rapide entraîne une quantité énorme de sable, qui s’amasse de distance en distance, et forme des bancs mobiies très-dangereux pour les navigateurs; car on peut le remonter pendant plus de 4,120 kilomètres. 1} charrie aussi beaucoup de bois dont une partie reste au fond de son lit; ses bords, minés par les eaux, s’enfoncent souvent et lui font prendre une autre direction. Un grand nombre de larges rivières viennent du sud et de l’ouest se réunir au Missouri. Une des plus grandes est la rivière Plate ou Nebraska, qui, sortant des Montagnes-Rocheuses, vers le 412€ degré de longitude, coule dansla direction de l’est jusqu’au 97e degré, où elle joint le Missouri. La rivière Plate a 4,200 mètres de largeur à son embouchure, mais sa profondeur ne paraît pas excéder 2 mètres. Sa rapidité et la quantité de sable qu’elle charrie empêchent d’y naviguer : ce n’est que daasde petits canaux de cuir que les Indiens la traversent. Les autres affluents du Missouri sont : sur la rive droite, le Fellowstone, la Chayenne, la While-River, la Kansas et l’Osage; sur la rive gauche, le Milk-River, le White-Earth-River, le James, la Sioux et la Grena.
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Outre le Mississippi etses nombreux affluents, le golfe du Mexique reçoit encore dans la baie de Mobile les eaux de l'Alabama, qui parcourt le territoire des Creecks ou des Muscogulges ; l'Apalachi-Cola descend des monts Apalaches vers la baie du même nom.
A l’ouest des bouches du Mississippi, on rencontre successivement la Sabine, qui, sur la plus grande partie de son cours, sépare le Texas de la Louisiane; elle a environ 450 kilomètres (101 lieues) de longueur. Dans toutes les saisons, les bateaux à vapeur la remontent jusqu’à 30 et 40 lieues de son embouchure.
Le Rio-Trinidad paraît avoir au moins 600 kilomètres (135 lieues) de longueur : quelques voyageurs lui donnent une étendue plus considérable; mais ce qu’il y a de certain, c’est que les bateaux à vapeur le remontent sans obstacle pendant au moins 60 lieues. C’est sur ses rives que les Français tentèrent de fonder un établissement sous le nom de Champ-d’Asile. Ses bords sont élevés et couverts d’arbres qui donnent de beaux bois de
construction. Le sol qui s’étend sur ses deux rives est riche et fertile.
Le Rio-Brazos-de-Dios, appelé sur les anciennes cartes Rio-Flores, prend sa source dans les plaines élevées que les Espagnols ont nommées Llanos, et se jette dans la baie de San-Bernardo après un cours d’environ 1,000 kilomètres (223 lieues). Il coule entre des berges dont la hauteur varie de 6 à 12 mètres. Sur une étendue de 700 kilomètres (157 lieues), il offre une largeur de 150 à 200 mètres. Après les pluies, ses eaux sont souvent saumâtres, parce que, dans la partie supérieure de son cours, il tra-
verse un lac salé. Nous remarquerons que ce fleuve, beaucoup moins considérable que le Mississippi, obéit cependant comme ce dernier à une impulsion mystérieuse qui le pousse sans cesse de droite à gauche, en lui faisant abandonner une de ses rives pour empiéter sur l’autre: telle est même l’origine de plusieurs petits lacs en forme de fer à cheval qu’on rencontre çà et là sur la rive droite. Le Colorado, qui prend sa source sur les pentes septentrionales de la Sierra de Saba qu’il traverse, a environ 750 kilomètres (168 lieues) de cours. Il doit son nom au limon rougi par l’oxyde de fer qui le colore après les pluies; il est navigable depuis son embouchure jusqu’à la zone des montagnes, c’est-à-dire pendant 400 kilomètres ou 90 lieues.
En avançant encore vers l’ouest, on tronve le Guadalupe ct le Rio-San- Antonio, qui ont 40 à 45 myriamètres de cours. Plus loin, le Rio-de-las- Nueces (la Rivière-des-Noix), dont la longueur totale est d'environ 530 kilomètres (120 lieues); enfin le Rio-Bravo-del-Norte ou Rio-Grande, qui,
depuis le traité de 4848, sert en partie de limite au Mexique et aux Etats- Unis. Il naît dans le nœud que forme la Sierra- Verde avec la Sierra-de-Las- Grullas dans le Nouveau-Mexique, traverse de hautes plaines et descend au golfe du Mexique après un cours de 2,220 kilomètres. Le cours de ce fleuve a jusqu’à présent été fort peu exploré; cependant il ne paraît pas être appelé à rendre de grands services au commerce, parce que son lit est fréquemment barré par des roches granitiques.
Parmi les fleuves qui appartiennent au versant de l’Atlantique, le Saint- Laurent a déjà fixé nos regards : la rivière Chambly ou Richelieu n’est qu’un canal de déversement des eaux de iac Champlain dans le Saint-Laurent ; nous citerons donc comme tributaires immédiats de cet océan : la rivière de Sainte-Croix, quisépare au nord les Etats-Unis des possessions anglaises. Les Américains prétendent que ce nom a été donné par les Français à presque toutes les rivières à l’est du pays de Sagadahoc, et que l’on aurait dù chercher plus à l’est celle de cesrivières qui forme l’ancienne et véritable limite du district du Maine. Le Connecticut a moins de largeur, moitté plus de longueur, un grand nombre de chutes et de rapides ; mais il descend, comme l’Hudson, en ligne droite vers la mer. Près de New-York s'écoule l’'Hudson ou North-River, fleuve d’environ 100 lieues de cours, qui baigne des rivages très-pittoresques, et dont les eaux, par la rapidité de leur course, prennent en quelques endroits une force capable, disert les géographes américains, de briser une barre de fer. Au-dessous de la ville d'Hudson, il est large d’un quart de lieue. La baie de Delaware ne reçoit guère que la rivière du même nom. Au nord du Cap Henry s’allonge la baie de Chesapeak, dans laquelle s’écoule, par trois larges ouvertures, \e Fluvanna, autrement dit la rivière de James; le rapide Potowmack, ce fleuve de près de 200 licues de cours, qui baigne les remparts de la cité Fédérale, et le large Susquehannah, presque de la même longueur, qui entraîne dans son lit la plupart des rivières de la Pennsylvanie. L’océan Atlantique reçoit immédiatement les rivières de Altamaha, de Savannah et de Grande-Pédie (Great-Pedee). Leurs embouchures offrent quelques bancs de sable; cet inconvénient devient plus grand à la rivière du Cap-Fear, proprement le Clarendon ; et plus au nord on voit même une chaîne de dunes séparer de l'Océan la grande lagune dite Pamlico-Sound, qui se joint presque à PAÎ. bemarle-Sound, autre lagune où s’écoule le Roanoke. Les passes étroites et environnées de bancs changeants, par lesquelles on entre dans ces lagunes, rendent presque nulle la navigation de la Caroline du nord et d’une partie de la Virginie,
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Toutes ces rivières sont moins imposantes que celles du versant du golfe du Mexique; leur cours est bien plus borné, mais en revanche elles procurent les avantages d’une navigation intérieure à la plupart des Etats Atlantiques.
Le versant de l’océan Pacifique ne compte, parmi ses tributaires les plus importants, que l'Orégon, le San-Francisco, le San-Felipe et le Colorado. L'Orégon, appelé aussi Columbia, est navigable pour les navires de 300 tonneaux dans la partie inférieure de son cours jusqu’à son confluent avec le Mulinomah, éloigné de 43 lieues de la mer; les petits bâtiments peuvent remonter à 20 lieues plus loin, point où s’arrête la marée. À 75lieues de la mer, deux rapides exigent un court portage par terre; ensuite la navigation des bateaux est libre jusqu’au grand saut que l’on rencontre à 100 lieues du Grand-Océan. Ce fleuve a 500 lieues de cours; outre le Mulinomab, il reçoit encore la rivière Lewis.
Le climat de PAmérique fédérée est un des plus inconstants, des plus capricieux du monde; il passe rapidement des frimas de la Norvége aux chaleurs de l'Afrique, de Phumidité de la Hoilande à la sécheresse de la Castille. Un changement de 12 degrés au thermomètre centigrade, dans la même journée, compte parmi les choses ordinaires. Les indigènes mêmes
-se plaignent des variations subites de la iempérature. En passant sur la vaste étendue des glaces du continent, le vent du nord-ouest acquiert un haut degré de froid et de sécheresse; le sud-est, au contraire, produit sur la côte de l’Atlantique des effets semblables à ceux du séirocco; le vent du sud-ouest a le même effet dans les plaines situées à l’est des Apalaches, et, lorsqu'il souffle, :es chaleurs de l’été deviennent fréquemment excessives et étouffantes. Cependant, vers les montagnes, on jouit d’un climat tempéré et salubre, même dans les Etats méridionaux; le teint frais des jeunes personnes qui habitent la partie reculée de la Virginie atteste la bonté de l’air qu'on y respire. Le même teint domine parmi les habitants de la Nouvelle- Angleterre et de l’intérieur de la Pennsylvanie; mais, sur toutes les côtes qui s’étendent depuis New-York jusqu’à la Floride, la pâleur des visages rappelle celle qui distingue les créoles des Antilles. Les fièvres malignes règnent sur presque toute cette côte pendant les mois de septembre et d’octobre. Les contrées situées à l’ouest des montagnes sont en général plus tempérées et plus salubres : le vent du sud-ouest y amène la pluie, tandis qu’à l’orient c’est le ver“ du nord-est. Sur la côte de l’océan Atlantique, les mêmes parallèles sont soumis à un climat plus froid en Amérique qu’en Europe. Le confluent même de la Delaware est pris de glace pendant six
semaines. Les glaces flo tantos du pôle, qui arrivent jusque sur le grand banc de Terre-Neuve, sont sans doute les principaux conducteurs du froid dont l'action à l’ouest est rompue par la chaîne des Alleghanys. Le vent du nord-est, qui couvre toute la côte Atlantique d’épaisses brumes ou de nuages pluvieux, n’apporte qu’un air frais et sec sur les bords de l'Ohio. Dans tous les Etats-Unis, les pluies sont srbites et abondantes; on évalue à Om,94 la quantité d’eau qui tombe annuellement ; la rosée y est également excessive. Un autre point météorologique sur lequel l’atmosphère de cette partie du globe diffère de celle de l'Europe, c’est la quantité de fluide électrique dont eile est imprégnée : les orages en fournissent des preuves effrayantes, par la prodigieuse vivacité des éclairs et la violence des coups de tonnerre.
Un climat aussi capricieux a dû être favorabie à l'introduction de la maladie pestilentielle appelée la fièvre jaune, qui a si fréquemment renouvélé ses ravages dans les ports anglo-américains du midi et du centre. C'est la même maladie que levomissement noir des Espagnols, etle matlazahualt des Mexicains; elle paraît endémique dans les terrains bas et marécageux de la zone torride de l'Amérique.
Une surface aussi étendue que celle des Etats-Unis, puisqu’elle comprend un espace de 20 degrés en latitude, d’un océan à un autre, offre nécessairement une grande diversité dans la nature du sol. Dans les Etats, au delà de Hudson, il est mêlé de rochers, peu profond, souvent stérile, et plus propre aux pâturages qu’à la culture. Le terrain sablonneux de la côte, depuis Long-Island jusqu’au Mississippi, n’est susceptible de culture que le long des fleuves et dansles cantons marécageux ; ailleurs il n°y croit que des pins. Entre le terrain sablonneux et le pied des montagnes, le sol, formé par la décomposition desroches primitives, est presque partout propre au labouroge. Dans les vallées de la chaîne des Alléghanys le sol l'emporte en fertilité sur celui des cantons maritimes. Enfin, le pays immense situé à l’ouest de ces montaznes, est d’une fertilité inépuisable partout où il est bien arrosé. Au dela du Mississippi, la terre de la vallée de Arkansas et de quelques autres rivières est tellement imprégnée de particules métalliques et salines, qu’elle se montre rebelle à la culture. On peut partager le sol des Etats-Unis en trois parties, en raison de la naiure des végétaux qu’elle produit: la région septentrionale au nord du 44e de latitude, où croissent le bouleau, l’orme d'Amérique, les pins rouges et blancs, le saule, l’érable, (es plantes herbacées du nord de l’Europe et de la Sibérie, peu de plantes grimpantes ou aquatiques ; la région centrale entre le 44° et le 35°
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Mais ces régions doivent se confonûre continuellement par l'effet des niveaux variés du terrain. Considérons donc l’ensemble du règne végétal des Etats-Unis. Les espèces d’arbres les plus répandues sont le chêne à feuilles de saule qui croît dans les marais ; le chène-marronnier, qui, dans les Etats méridionaux, s'élève à une grandeur énorme, et qu’on estime presque autant pour ses glands farineux que pour son bois ; le chêne blanc, le rouge et le noir, Les deux espèces de noyer, le blanc et le noir ou hicory, précieux par l'huile de ses noix; le châtaignier ct l’orme d'Europe abondent presque autant que les chênes dans toute l’Amérique-Unie. Le tulipier et le sassafras, plus sensibles au froid que les premiers, rampent en forme d’arbrisseaux rabougris, sur les confins du Canada, se montrent comme arbres dans les États du centre; mais c’est sur les brülants rivages de l’Altamaha qu'ils prennent tout l’accroissement, se parent de toute la beauté dont leur espèce est susceptible, L’érable à sucre, au contraire, ne se rencontre, dans les provinces du midi, que sur les coteaux septentrionaux des montagnes, tandis qu’il est fort multiplié dans les provinces de la Nouvelle-Angleterre, où le climat, plus âpre, le fait parvenir à sa grandeur paturelle, Le liquidambar qui donne la gomme odorante, le bois de fer, le micocoulier, l’orme d'Amérique, le peuplier noir et le faccamahaca se trouvent partout où le sol leur convient, sans montrer une grande préférence pour un climat plutôt que pour un autre. Les terrains sablonneux et légers sont peuplés de la précieuse famille de pins, dont les principales espèces sont le sapin de Pennsylvanie, le sapin commun et le beau sapin-hemlok ; le pin noir, le blanc et celui de Weymouth, le mélèze; on pourrait aussi mettre dans cette famille l'arbre de vie, le genévrier de Virginie et le cèdre rouge d'Amérique. Parmi les arbrisseaux et les arbustes qui se multiplient sur tous les points des États-Unis, nous distinguerons l'arbre à frange, l’érable rouge, le sumac, le chêne vénéneux, le mûrier rouge, le pommier épineux , le lilas de Pennsylvanie, le prunier-persimon , le faux acacia et l'acacia à triple épine.
Les Etats-Unis n’offrent pas, généralement parlant, les belles pelouses de l’Europe ; mais parmi les herbes grossières qui en couvrent le sol, la curiosité des jardiniers a fait connaître le collinsonia, qui sert de remède aux
Indiens pour la morsure du serpent à sonnettes ; plusieurs jolies espèces de Phlox, le martagon doré, l’œnothera biennal, ainsi que diverses espèces d'aster, de monarda et de rudbeckia.
C’est dans la Virginie et dans les Etats du sud et du sud-ouest que la flore américaine étale ses principales merveilles et l’éternelle verdure des savanes : l’imposante nagnificence des forêts primitives, et la sauvage exubérance des maréc:5es captivent tous les sens par les charmes de la forme, de la couleur et du parfum. Si on longe les rivages de la Caroline, de la Géorgie et de la Floride, des bosquets continuels semblent flotter dans l'eau. A côté des pinières on aperçoit le palétuvier, le seul arbuste qui peut fleurir dans les eaux salées ; le magnifique lobelta cardinalis et l’odorant pancraltium de la Caroline, dont les fleurs ont le blanc de la neige. Les terrains où la marée atteint se font distinguer du terrain sec par les tiges mouvantes et pressées de la canne, par le feuillage léger du nyssa aqualica, par le taccamahaca, l’arbre à frange et le cèdre blanc; ce dernier est peut-être, de tous les arbres d'Amérique, celui qui offre l'aspect le plus singulier : le tronc, en sortant de terre, se compose de quatre ou cinq énormes arcsboutants qui, en se réunissant à peu près à la hauteur de 2 mètres, forment une espèce de voûte d’où jaillit une colonne droite de plus de 6 mètres sans aucune branche, mais qui se termine en un chapiteau plat de la forme d’un parasol garni de feuilles agréablement découpées et du vert le plus tendre. La grue et Paigle fixent leur nid sur cette plate-forme aérienne, et les perroquets qu’on voit sans cesse voltiger dans le voisinage y sont attirés par les semences huileuses renfermées dans de petits cônes suspendus aux branches. Dans les labyrinthes naturels que présentent ces forêts marécageuses, le voyageur découvre quelquefois de petits lacs, de petites clairières qui formeraient les retraites les plus délicieuses, si Pair malsain en automne permettait d’y habiter. On y avance sous une voûte de smilax et et de vignes sauvages, parmi des faréoles et des lianes rampantes qui enlacent vos pieds d’un filet de fleurs ; mais le sol tremble, les insectes incommodes voltigent autour de vous; l'énorme chauve-souris, de l'espèce du vespertilion, étend ses ailes hideuses, le serpent à sonnettes agite les anneaux de sa peau retentissante; le loup, le carcajou, le chat-tigre remplissent l’air de leurs cris discordants et sauvages.
On appelle savanes les grandes prairies de l’ouest qui déroulent à perte de vue un océan de verdure qui semble monter vers les cieux, et qui ne sont peuplées que d'immenses troupeaux de bisons : on donne aussi ce nom aux plaines qui bordent les rivières, et qui sont généralement inondées
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pendant tout le cours de la saison pluvieuse. Les arbres qui y croissent appartiennent à l'espèce aquatique; ce sont l'arbre au carton, l'olivier d'Amérique et le gordonia argenté à fleurs odorantes; on les voit, isolés ou réunis en groupes, former de petits bois percés à jour, tandis que, sur la plus grande partie de la savane, on aperçoit un herbage long et succulent, entremélé de plantes et d’arbrisseaux. Le myrica cirier se distingue ici parmi plusieurs espèces d’azalia, de kalmia, d’andromeda et de rhododendron, ici épars, là en touffes, entrelacés tantôt par la grenadille pourprée, tantôt par la capricieuse cliforia, qui en parent les voûtes de festons riches et variés. Les bords des étangs, ainsi que les endroits bas et bourbeux, sont ornés des fleurs azurées et brillantes de l'ixia, des fleurs dorées de la canna lulea, et des touffes roses de l’Aydrangia; tandis qu’une infinité de riantes espèces de phlox, avec la timide sensitive, l’irritable dionée, l'amaryllis atamasco couleur de feu, dans les savanes où la marée atteint les rangs impénétrables du palmier royal, forment aux bois une ceinture variée, et marquent les limites douteuses où la savane s’élève vers les forêts.
Les plateaux calcaires qui forment la presque totalité des contrées à loucst des Alleghanys présentent quelques parties entièrement dénuées d’arbres, et nommées barrens ; mais on n’a pas encore examiné avec les soins et les connaissances nécessaires si cette circonstance provient de la nature du sol ou d’une destruction opérée par les hommes. Ceux d’entre ces plateaux calcaires qui, élevés de 400 mètres, bordent les lits des fleuves profondément encaissés, se revêtent des plus riantes forêts de l’univers. L'Ohio coule à l'ombre des platanes et des tulipiers, comme un canal qui aurait été creusé dans un vaste parc de plaisance ; quelquefois, s’enlaçant d’un arbre à l’autre, les lianes forment, au-dessus d’un bras de rivière, des arches de fleurset de verdure. En descendant au sud, les orangers sauvages se mêlent avec le laurier odorant et le laurier commun. La colonne droite et argentée du figuier papayer qui s'élève à 6 mètres, et que couronne un dais de feuilles larges et découpées, ne forme pas une des moindres beautés de ce pays enchanteur. Au-dessus de tous ces végétaux domine le grand maguolia ; il s’élance de ce sol calcaire à la hauteur de 30 mètres et au delà ; son tronc, parfaitement droit, est surmonté d’une tête épaisse et volumineuse, dont le feuillage, d’un vert obscur, affecte une figure conique ; au centre des couronnes de fleurs qui terminent les branches, s’épanouit une fleur du blanc le plus pur, qu'à sa forme on prendrait pour une grande rose, et à laquelle succède une espèce de cône cramoisi qui, en s’ouvrant, laisse voir suspendues à dés fils déliés et longs de 2 décimètres au moins,
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