‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 146 · RTE UE ROUE PE RE + CG DE · texte numérisé non relu

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« est balayée par les vents alizés; des courants d’eau très-froide qui se « portent depuis le détroit de Magellan jusqu’au Pérou; de nombreuses « Chaînes de montagnes remplies de sources, et dont les sommets couverts « de neige s’élèvent bien au-dessus de la région des nuages ; l'abondance « de fleuves immenses qui, après des détours multipliés, vont toujours « chercher les côtes les plus lointaines ; des déserts non-sablonneux, et « par conséquent moins susceptibles de s’imprégner de chaleur; des forêts « impénétrables qui couvrent les plaines de l’équateur remplies de rivières, « et qui, dans les parties du pays les plus éloignées de l'Océan et des mon- « tagnes, donnent naissance à des masses énormes d’eau qu’elles oui aspi- « rées, ou qui se forment par l’acte de la végétation : toutes ces causes’ « produisent, dans les parties basses de l'Amérique, un climat qui con- « traste singulièrement, par sa fraicheur et son humidité, avec celui de « l’Afrique. C’est à elles seules qu’il faut attribuer cette végétation si « forte, si abondante, si riche en sucs, et ce feuillage si épais qui forment « les caractères particuliers du nouveau continent. »

En considérant ces explications comme suffisantes pour l'Amérique méridionale et le Mexique, nous ajouterons, par rapport à l'Amérique septentrionale, qu’elle n’a presque pas d’étendue dans la zune torride, et qu’au contraire, comme nous le verrons au livre suivant, elle se prolonge probablement très-loin dans la zone glaciale; que peut-être même elle atteint et enveloppe le pôle. Ainsi la colonne d’air glacial inhérente à ce continent ne se trouve pas contre-balancée par une colonne d’air équatorial. Je là résulte une extension du climat polaire jusqu'aux confins des tropiques; l’hiver et l’été luttent corps à corps, les saisons changent avec une rapidité étonnante. Une heureuse exception favorise la Nouvelle-Albion et la Nouvelle Californie, qui, étant à l'abri des vents glacés, jouissent de la température analogue à leur latitude.

Les productions de l’Amérique offrent quelques particularités. La moins contestable est cette extrême abondance de l’or et de largent, même à la surface de la terre, mais principalement dans les veines des roches schisteuses qui composent les Cordillères du Chili, du Pérou et du Mexique. L'or abonde plus dans la première région, l’argent dans la dernière. Au nord des montagnes du Nouveau-Mexique, les plaines, les marais et les petites chaînes de rochers offrent très-souvent de vastes dépôts de cuivre. Avant de se demander pourquoi le nouveau continent se distingue par une si grande richesse métallique, il faudrait sans doute demander si l’inté- 1 4, de Humboldt : Tableau de la nature, t. 1, p. 23, traduction de M. Eyriès.

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rieur de l'Afrique ne renferme pas de semblables régions métallifères; si même celui de l'Asie n’en renfermait pas jadis qui aujourd’hui sont épuisées. En supposant l'Amérique décidément supérieure sous ce rapport, on doit avouer que le gisement de ses minerais, la situation de ses mines, et d’autres circonstances de géographie physique, n’ont pas encore été décrites avec assez de soin pour indiquer une cause à celte supériorité.

En Amérique, comme dans toutes les régions du monde, les races animales paraissent être proportionnées, par leur nombre et leur taille, à l'étendue de la terre qui les a vues naître. Le bœuf musqué et le bison dans Amérique septentrionale, l’autruche magellanique dans l'Amérique méridionale, égalent par la taille les espèces analogues de l’ancien continent; l'élan, ou le cerf de la Nouvelle-Californie, atteint même une taille gigantesque; tous les autres quadrupèdes, tels que le lama, le guanaco, le juguar, Panti, le cèdent en grandeur et en force à leurs semblables dans l'Asie et l'Afrique. Ce fait n’est rien moins qu’exclusivement particulier av nouveau continent. Les animaux connus de la Nouvelle-Hollande sont à leur tour plus petits que ceux de l’Amérique.

La vie végétale, qui dépend de l’humidité, montre au contraire une extrême force dans la plus grande partie du nouveau continent. Les pins qui ombragent la Columbia, et dont la tige s’élève perpendiculairement à une hauteur de 400 mètres, méritent d’être considérés comme les géants du règne végétal. On peut citer après eux les platanes et les tulipiers de l'Ohio, qui ont 12 à 45 mètres de circonférence. Les terres basses de l’une et l'autre Amérique se couvrent de forêts immenses; cependant la nudité d’une partie de la région du Missouri, des plateaux du Nouveau-Mexique, des Llanos de Caraccas, des Campos-Parexis et des Pampas, c’est-à-dire d’un quart de ce continent, doit nous engager à éviter encore, sous le rapport de la végétation, toutes les phrases exagérées qui se propagent dans les descriptions.

Un fait plus positif, c’est la différence absolue d’un grand nombre d’animaux et de végétaux américains d’avec ceux de l’Ancien-Monde. A l’exception des ours, des renards et des rennes qui ne redoutent pas la zone glaciale; à l'exception des phoques et des cétacés, habitants de tous les rivages ; à l’exception du tapir découvert récemment dans l'Inde, tous les animaux des deux Amériques paraissent former des espèces particulières, ou du moins des races distinctes. Le bison et le bœuf musqué, appelé ovibos par M. de Blainville, animaux qui paissent depuis les lacs du Canada jusqu’aux mers de Californie ; le couguar et le jaguar, qui font retentir leurs

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rugissements depuis l'embouchure du Rio del Norte jusqu’au delà de Amazone ; le nécari et le patira, semblables aux sangliers; le cabiai, l’agouti, le pat et d'autres espèces rapprochées du lapin ; les fourmiliers, les tamanduas, les tamanoirs, tous ces dévorateurs d’insectes ; le paresseux et faible aï, l’utile lama avec la vigogne, le léger sapajou, les éclatantes perruches et le joli colibri, tous diffèrent essentiellement de ceux même parmi les animaux de l’ancien continent desquels ils se rapprochent le plus. Tous ces animaux particuliers à l'Amérique forment, comme ceux de la Nouvelle-Hollande, un ensemble à part et évidemment originaire de la terre qu’ils habitent. Voudrait-on nous persuader que le couguar et le jaguar sont arrivés à la nage de l’Afrique? Prétendrait-on que le touyou ou jabiru, porté sur ses ailes impuissantes, ait traversé l'océan Atlantique? Certes, personne ne soutiendra que les animaux du Pérou et du Mexique aient pu passer d’Asie en Amérique, puisque aucun d’eux ne saurait vivre dans la zone glaciale qu’ils auraient nécessairement dù traverser. Il est également impossible de supposer que tous les animaux existants sur le globe soient venus de l’Amérique, de sorte que ceux qui voudraient placer le paradis terrestre aux bords de l’Amazone ou de la Plata ne seraient pas plus avancés dans cette discussion que ceux qui le placent aux bords de l’Euphrate. Il ne reste que la ressource banale d'un « immense bouleversement, d’une « vaste terre engloutie dans les flots, » et qui jadis aurait uni l'Amérique aux parties tempérées de l’Ancien-Monde. Mais ces sortes de conjectures, dénuées de tout appui historique, ne méritent pas d’être discutées. Nous ne pouvons. donc qu’admettre la naissance des races animales d'Amérique sur le sol même qu’encore aujourd’hui elles habitent 1.

Cette origine une fais admise, nous devons faire remarquer une circonstance commune aux deux continents. Les espèces qui dans l'Amérique représentent le lion et le tigre habitent la zone torride ; elles semblent puiser dans les feux d’un climat ardent la férocité qui les anime. Dans la même région, les formes de l’anti ou tapir rappellent de loin celles de l’éléphant ; le prolongement des cartilages paraît aussi appartenir à la zone torride. Les oiseaux aux ailes imparfaites, au plumage éparpillé, l’autruche d’Afrique et le casoar de la Nouvelle-Hollande, réclament pour parent le touyou de l'Amérique méridionale. Les grands insectes, les énormes reptiles et les oiseaux à plumage éclatant et bigarré, peuplent les régions chaudes de l’un et de l’autre continent. Le climat des régions tempérées semble encore

1 Mylius : de Origine animalium et migratione gentium, p. 56. Genevæ, 1667. Buffon, etc., etc.

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