‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 146 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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de 4,000 lieues pour découvrir quelque terrain fertile; seuls, aans un canot, ils descendent d'immenses rivières ; ils ne portent pour tout bagage qu’une couverture, et pour toutes armes qu’une carabine, un fomahawk ou petite hache d’Indien, deux pièges à castor et un large couteau. Ils vivent pendant ces longues courses du produit de leur chasse. Tels étaient les premiers colons qui défrichèrent le Kentucky et le Tennessée ; l'habitude d’une vie errante ne leur a pas permis d’y rester ni de jouir des fruits de leurs travaux ; ils ont émigré dans des contrées plus éloignées, même au delà du Mississippi. Il en est de même de ceux qui habitent aujourd’hui les bords de l'Ohio. Le même penchant qui les y amenc les en éloigne. D’autres colons, plus portés pour une vie sédentaire, viennent des États atlantiques ; ils protitent des preiniers défrichements ; ils ajoutent à la culture du maïs, celle du blé, du tabac et du chanvre ; ils remplacent les loghouses par des maisons en planches. C’est en suivant cette marche que la civilisation et la culture ont pénétré au delà du Mississippi, et déjà elles se préparent à remonter jusqu'aux sources du Missouri.

Suite de la Description de l'Amérique. — États-Unis, partie centrale. — Description topographique et politique.

Nous avons, dans le livre précédent, donné la description des Etats situés sur le versant de l’océan Atlantique; passons maintenant les monts Alleghanys, et parcourons rapidement du nord au sud l’immense bossin du Mississippi.

L'Etat d'Ohio, qui va d’abord nous occuper, a été fondé en 1788 par des émigrants de la Nouvelle-Angleterre ; il fut admis dans l’Union en 1802. On porte sa population à 4,977,034 habitants: ilest partagé en 73 comtés. Cet Etat est situé au sud du lac Erié et à l’ouest de la Pennsylvanie. À partir de Pittsbourg, l'Ohio coule entre deux ridges ou chaines de hautes collines. Entre le pied de ces collines et le bord de la rivière, on trouve des terrains plats et couverts de bois, appelés en Amérique fat-botloms ou bien rivers-botioms. Le sol de ces terrains est d’une fertilité étonnante; c’est un véritable humus végétal produit par la couche épaisse de feuilles dont la terre se charge tous les ans. On remarque sur les bords de l'Ohio, depuis

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Aucune partie de l’Amérique septentrionale ne peut être comparée à celle-ci pour la force végétative des forêts. Le platane y parvient quelquefois à 42 mètres de circonférence et au delà. Les tulipiers y deviennent également très-gros. Les autres arbres des forêts sont le hêtre, le magnolia, le micocoulier, l’acacia, l’érable à sucre, l’érable rouge, le peuplier noir et : plusieurs espèces de noyers. Les eaux limpides de l'Ohio sont ombragées de saules que surmontent des érables et des frênes, dominés à leur tour par des tulipiers et des platanes. Les cerfs et les ours abondent dans les forêts ; les profits qu'offre la chasse de ces animaux détournent les habitants des soins de l’agriculture. La culture du maïs, sans être très-soignée, produit un très-grand bénéfice; car telle est la fertilité des terres, que les tiges s'élèvent à 3 ou 4 mètres de haut, et que l’on en recueille 25 à 30 quintaux par acre.

Le pêcher est le seul arbre à fruit que l’on cultive jusqu’à présent dans ce pays. On ne le soigne en aucune manière, et cependant il pousse avec tant de vigueur qu'il rapporte dès la troisième année. Dans l'Ohio, on trouveen abondance une espèce de #ullette dont la nacre est fort épaisse et très-belle.

Columbus, jolie ville située vis-à-vis Franklinlon, sur la rive gauche de du Scioto, affluent de l'Ohio, est la capitale de cet Etat. Elle renferme plusieurs écoles, entre autres une école pulvérienne de théologie ; son port, qui communique avec le grand canal de l’Ohio à l’Erié, en fait le centre d’un commerce actif : elle a aujourd’hui 48,000 habitants.

C'est l’industrieuse Cincinnati qui est la principale ville. Elle n’existait pas en 4789 : ce n’était alors qu’un groupe de petites chaumières. Cette belle cité se déploie majestueusement en amphithéâtre sur la droite de l'Ohio, vis-à-vis de Newport et de l'embouchure du Licking, dont le cours paisible occupe ici un quart de lieue de largeur. Son sol est un plateau élevé, qui ne met pas toujours les habitants à l’abri des crues énormes que présente souvent la rivière. Ainsi, en février 4832, l’Ohio monta à environ 22 mètres au-dessus du niveau des basses eaux, et pendant plusieurs jours on alla en bateau à vapeur dans quelques rues de Cincinnati. La population de cette ville, qui n’était, en 1810, que de 2,500 habitants, monte aujourd’hui à 416,108. On y trouve des habitants de toutes les nations de l’Europe, principalement des Irlandais, des Allemands et des Français de l’ancienne province d'Alsace. Le fond de la population sort de la partie des Etats-Unis

connue sous le nom de la Nouvelle-Angleterre. On y reconnaît les heureux résultats de cet esprit d’ordre et d'économie, et de cette industrie infatigable qui distinguent les colons de cetie contrée de l'Amérique. C’est à ces qualités que Cincinnati doit ses progrès rapides et sa prospérité. Pour faire de leur ville une cité importante, un grand centre de fabrication, les habitants n’avaient ni les avantages qu'offrent à ceux de Pittsbourg de riches mines de fer et de houille, ni la position avantageuse de Louisville, bâtie aux chutes de l’Ohio, là où commence la grande navigation à vapeur sur cet important cours d’eau. Ils n’avaient que leur amour du travail et leur persévérance, et cependant ils ont si bien réussi que leur ville est deux fois plus peuplée que Louisville et plus considérable que Pittsbourg. Ils ont voulu que Cincinnati devint le centre du commerce des régions de l’ouest, et, pour parvenir à ce but, ils ont borné leur industrie à la fabrication d’une foule de petits objets secondaires qui servent à la consommalion des habitants des pays occidentaux, et c’est dans leur ville que ces populations s’approvisionnent. Ainsi, à part les salaisons, qui s’opèrent annuellement sur 450,000 pores, Cincinnati ne fabrique que des ustensiles de ménage, des instruments agricoles, de l'horlogerie, du charronnage, de la quincaillerie, du savon, de la chandelle et du papier, objets de première nécessité pour les populations agricoles de ‘ouest; les manufactures de machines sont fort importantes, et c’est un des grands centres de construction de bateaux à vapeur de l’Union. C’est également à Cincinnati que l’on fond l'immense quantité de caractères d'imprimerie destinés à alimenter les presses d’où sort la grande quantité de journaux qui s’impriment dans l’ouest. Cette ville fournit aussi à la même population une foule de livres à bon marché, mais dont la consommation est considérable : c’est-à-dire livres d’église et livres d’écoles. La valeur des exportations annuelles de cette commerçante et industrieuse cité ne s’élève pas à moins de 40 ou 50 millions de francs.

On conçoit, d’après ces résultats, que Cincinnati soit une ville où amour du travail est tellement répandu, et le goût du luxe et de la dissipation tellement en horreur, que quiconque n’est pas déterminé à y vivre en s’occupant utilement et en dépensant le moins possible, y mènerait une vie à charge aux autres et à lui-même. Cincinnati est la résidence d’un évêque catholique et d’un évêque méthodiste : elle possède plusieurs séminaires. On y remarque plusieurs belles places et quelques grands édifices, tels que le principal marché, la maison de justice, le collége de médecine, l’hôpital du commerce et la maison des aliénés. On y publie aujourd’hui une vingtaine de journaux.

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Cette ville est bâtie avec beaucoup de régularité. Ses maisons, généralement en briques, sont presque toutes à deux étages, et régulièrement alignées le long de rues fort bien pavées et larges d’environ 20 mètres. Çà et là l’uniformité de ces constructions est interrompue par des édifices d’apparence plus monumentale, c’est-à dire par des maisons en pierre de taille, qui appartiennent aux négociants les plus aisés. Ailleurs ce sont des écoles, vastes bâtiments carrés portant en lettres d’or le nom du quartier auquel elles appartiennent; ou bien quelques hôtels qui ressemblent à des palais, mais où l’on ne trouve point une hospitalité princière. Les églises et les temples sont petits et sans aucun luxe de sculptures ni de peintures; mais ils sont bien clos, garnis de tapis épais et munis de calorifères qui garantissent du froid les fidèles, pendant les longs offices du dimanche.

Cincinnati possède plusieurs établissements d'instruction publique fort estimés ; nous citerons : le Cincinnali-Collége et le Woodiward-Collége, des musées, des bibliothèques publiques ; c’est en un mot, après la Nouvelle-Orléans, la ville la plus florissante et la plus importante des Etats de l’ouest.

Chillicothe était autrefois la ville principale de cet Etat. Elle renferme & à 5,000 habitants. On y voit encore quelques-unes de ces habitations primitives des pionniers appelées loghouses, sortes de cabanes en troncs d’arbres, sans fenêtres, et si petites, que deux lits en occupent une grande parlie. Deux hommes élèvent et terminent en moins de trois jours une de ces constructions chétives.

Elle est sur la rive orientale du Scioto, à 72 kilomètres au sud de Colsmbus, et fait un commerce assez actif. Dans ses environs, on trouve les restes d’une ancienne fortification en terre, attribuée aux anciennes populations indigènes.

Nous citerons encore parmi les autres villes six des plus importantes : Zanesville, peuplée de 5,000 âmes et bien bâtie, sur la rive gauche du Muskingum ; elle possède de nombreux moulins à farine, des papeteries, des scieries hydrauliques, des fonderies de fer et des manufactures de coton ; on exploite dans ses environs une grande quantité de sel par le moyen de puits ; S'eubenville, à peu près de la même population, est remplie de fabriques; Cleveland, sur le lac Érié, avec 47,600 habitants; et Porstmouth, sur l'Ohio, aux deux extrémités du canal de l'Ohio; Dauton, sur le Miami, à l'endroit où aboutit le canal qui part du Cincinnati; et

Mariella, sur l'Ohio, célèbre par les antiquités que l’on rencontre dans ses environs.

La partie septentrionale de l’État d'Ohio, bordée par le lac Érié, porte le nom particulier de Nouveau-Connecticut ; elle a été peuplée dans l’origine par des émigrés de l’ancien État de ce nom ; et ses colons, actifs, sobres et religieux, y ont créé de riantes bourgades qui, aujourd’hui, se placent au rang des villes.

Un ancien peuple civilisé et belliqueux a dù habiter ces régions dans un temps antérieur à l’histoire ; on découvre continuellement des camps retranchés ou plutôt des forts, des restes de forges, et des ruines de villes construites en pierres et sur un plan régulier. Du milieu de ces vieux murs, on voit s’élever des arbres dont la grosseur atteste un âge de plusieurs siècles. Mais nous ne nous arrêterons pas ici sur ces restes antiques ; nous leur consacrerons plus loin un article spécial, dans lequel nous examinerons tout ce que l’on connaît dans ce genre sur le territoire des États-Unis.

A côté de ces monuments de l’homme, on rencontre ceux de la nature; des ossements fossiles nous apprennent ici l’existence d’animaux inconnus. M. Peales, directeur du muséum d’histoire naturelle de Philadelphie, est parvenu, avec beaucoup de soin et de dépenses, à réunir un squelette fossile complet du grand quadrupède que le savant Cuvier a nommé mastodonte. Ce squelette a été trouvé près des grandes salines, à 500 milles au-dessus de Pittsbourg, et à 3 milles à l’est de l'Ohio. Il était enseveli avec beaucoup d’autres ossements, surtout de buffles et de daims, dans un sol calcaire, principalement composé de détritus de coquilles, et couvert d’eau mème pendant les saisons les plus sèches. Ce quadrupède se rapproche de l'éléphant par ses longues défenses, par la forme de ses pieds et même par la trompe dont sa tête devait être armée, et il n’en diffère que par ses dents qui, au lieu d’être formées de lames transversales, ont une couronne simple hèrissée de mamelons ou de tubercules plus ou moins nombreux, plus ou moins saillants : de là le nom de mastodonte qui lui a été donné 1. Rien dans la forme de ses pieds et de ses dents n’annonce qu’il pouvait être carnivore ; mais l’analogie que son système dentaire offre avec celui du cochon et de l’hippopotame prouve, suivant notre célèbre anatomiste, qu’il devait se nourrir de végétaux tendres, de racines et de plantes aquatiques.

L'État de Michigan est situé au nord-nord-ouest du précédent; il doit son nom au lac qui le limite à l’ouest ; son territoire se compose de deux presqu'iles distinctes : l’une formée par le lac Supérieur au nord, le lac Michigan à l’est, et le cours de la rivière Monomonte, affluent de ce dernier, au sud ; elle est peu connue, et se compose du pays appelé Michilli- 1 Du grec pasrès, petite éminence; eds, dent.

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