‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 64 sur 146 · SERA AIR ON EURE ASE TE AE · texte numérisé non relu

SERA AIR ON EURE ASE TE AE

flèvre jaune n'attaque que très-rarementles Indiens mexicains. Le siège principal du vomissement noir est la région maritime; le matlazahuat]|, au contraire, porte l’épouvante et la mort dans l'intérieur du pays, sur le plateau central. Mais ces distinctions nous paraissent illusoires ou mal démontrées. Le matlazahuatl trouve dans les vallées chaudes et humides de l’intérieur un foyer aussi favorable au développement de ses miasmes que sur la côte maritime. En ravageant l'intérieur, cette peste paraît surtout immoler les Indiens, parce que ce sont eux qui forment la masse de la population, plus exposée par sa misère aux effets d’une épidémie; en désolant les côtes maritimes, elle paraît choisir ses victimes parmi les matelots et ouvriers curopéens qui composent la multitude. Les symptômes connus se ressemblent d'une manière frappante.

Un troisième obstacle qui nuit fortement à la population, et peut-être le plus cruel de tous, est la famine. Indolents par caractère, placés sous un beau climat, et accoutumés à se contenter de peu, les Indiens ne cultivent en maïs, en pommes de terre et en froment, que ce qu’il leur faut pour leur propre subsistance, ou tout au plus ce que requiert la consommation des villes et celle des mines les plus voisines. Au surplus des milliers d'hommes sont soustraits à l’agriculture par la nécessité de transporter à dos de mulet les marchandises, les provisions, le fer, la poudre ct le mercure, depuis la côte jusqu’à la capitale, et de là aux mines et aux usines, souvent établies dans des régions arides et incultes. Le manque de proportion qui existe entre les progrès naturels de la population et l’accroissement de la quantité d'aliments produite par la culture, renouvelle donc le spectacle affligeant de la famine chaque fois qu’une grande sécheresse ou quelque autre cause accidentelle a gâté la récolte du maïs. Une disette de vivres est presque toujours accompagnée d’épidémies. En 4804 seulement, le maïs'ayant gelé vers la fin d'août, on évalua à plus 300,000 le nombre d'habitants que le défaut de nourriture et les maladies asthéniques enlevérent dans le royaume.

On a regardé longtemps le travail des mines comme une des causes principales de la dépopulation de l’Amérique. Il serait difficile de révoquer en doute qu’à la première époque de la conquête, et même longtempsencore après, beaucoup d’Indiens périrent par l’excès de fatigue, par le défaut de nourriture et de sommeil, et surtout par le changement subit de climat et de température au haut de la Cordilière et dans le sein de la terre, changement qui rend le travail des mines si pernicieux pour la conservation de’un race d'hommes privée de cette flexibilité d'organisation qui distingue l’Eu-

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ropéen, Mais le travail des mines est aujourd'hui, au Mexique, un travail libre; aucune loi ne force l'Indien de s’y livrer, ni de préférer telle exploitation à telle autre, En général, le nombre des personnes employées duns des travaux souterrains et divisées en plusieurs classes n'y excède pas celui de 28 à 30,000, et la mortalité parmi les mineurs n’est pas beaucoup plus grande que celle que l’on observe parmi les autres classes du peuple. L'espèce humaine présente, dans le Mexique, quatre grandes divisions, qui forment huit castes, savoir :

1° Indiens aborigènes.

originaires nés en Europe; créoles, nés en Amérique.

africains, esclaves; descendants de nègres.

métis, issus d'un mélange de blancs et d'Indiens; 4° Castes mixtes, { mulâtres, issus de blancs et de nègres; zambos, issus d’Indiens et de nègres.

2° Espagnols... .

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Quelques Malais et Chinois, qui sont venus des Philippines se fixer au Mexique, ne peuvent entrer en considération. Le nombre des Indiens cuivrés de race pure, principalement concentrés dans la partie méridionale du plateau d’Anahuac, n’excède pas trois millions et demi, ce qui forme environ la moitié de la population entière. Ils sont infiniment plus rares dans le nord dela République et dans les États de l’intérieur.

Loin de s’éteindre, la population des indigènes va, ainsi que nous l'avons dit, en augmentant. Le royaume de Montézuma n’égalait pas, en surface, la sixième partie du Mexique actuel : Jes grandes villes des Aztèques, les terrains les mieux cultivés se trouvaient dans les environs de la capitale du Mexique, et surtout dans la belle vallée de Tenochtitlan. Les rois d’Alcolhuacan, de Tlacopan et de Michoacan étaient des princes indépendants. Au delà du parallèle de 20 degrés, demeuraient les Chichimègues et les Otomites, deux peuples nomades et barbares, dont les hordes peu nombreuses poussaient leurs incursions jusqu’à Tula, ville située près du bord septentrional de la vallée de Tenochtitlan. Mais il est lout aussi difficile d'évaluer avec quelque certitude le nombre des suicis de Mort'zuma que de se prononcer sur l’ancienne population de l'Égypic, de la i'erse, de Carthage, de la Grèce, ou même sur celle qui compose plusieurs États modernes. L'histoire nous présente, d’un côté, des conquérants ambitieux de fair valoir le fruit de leurs exploits; de Fautre, quelques hommes religieux ci sensil'us, employant, avec une noble ardeur, les armes de l’éloque "ce cuuire la cruauté des premiers colons. Tous les partis étaient

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Les principales tribus des Indiens sont : les Astèques, établis dans touto l'étendue du plateau du Mexique de Santa-Fé (Mouveau-Mexique), au nord, jusqu’au lac de Nicaragua (Amérique-Centrale}, au sud ; les Olomi, autour de Mexico; les Mallanzincas, au sud-ouest des précédents; les Tarascas, dans l'Etat de Michoacan ; les Zapotecas et Mirtecas, dans l'Etat d'Oaxaca; les Mayas, Poconchi et Huastecas, sur le versant eviental du plateau, entre 22 et 30 degrés de latitude septentrionale, et uans l'Yucatan; les Totonacas, dans l'Etat de la Vera- Cruz; les Quacchiquiles. dans l'Etat de Tabasco et dans le sud de l’Yucatan; les Coras, sur le versent occidental du plateau, entre le 20e et le 32e de latitude septentrional :, dans les Etats de Sonora, de Sinaloa, de Xalisco et de Colima, entre la mer et les montagnes; les Tepehuanas, le long de la mer, dans l'Etat de Sinaloa, entre Mazatlan et Culiacan; les Topias, petit peuple de l'Etat de Durango, et autour de cette ville; les Tubares, cantonnés au nord des préc ‘dents ; les Tarahumaras, sur la Cordillère de Sonora, entre le 25e et le 3e de latitude septentrionale. Ces Indiens se divisent en deux classes principales : les Indiens sédentaires ou Mansos, qui sont agriculteurs, et les Indiens nomades libres ou Bravos, qui habitent les contrées peu connues du nord du Mexique; les premiers sont catholiques, les autres sont paiens.

À une grande force musculaire, les indigènes à teint cuivré joignent l'avantage de n’être presque sujets à aucune difformité. M. de Humboldt assure n’avoir jamais vu un Indien bossu ; il est extrêmement rare d’en voir de louches, de boiteux ou de manchots. Dans les pays dont les habitants souffrent du goître, cette affection de la glande thyroïde ne s’observe jamais chez les Indiens, rarement chez les métis. Les Indiens du Mexique, et surtout les femmes, atteignent généralement un âge assez avancé. Leur tête ne @risomne jamais, et ils conservent toutes leurs forces jusqu’à la mort. Pour ce qui concerne les facultés morales des indigènes mexicains, il est difficilede les apprécier avec justesse, si l’on ne considère cette caste accablée d’une longue eppression que dans son état actuel d’avilissement, Au

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commencement de la conquête, les Indiens les plus aisés, et chez lesquels on pouvait supposer une certaine culture intellectuelle, périssaient en grande partie victimes de la férocité des Européens. Le fanatisme chrétien sévit surtout contre les prêtres aztèques : on extermina les ministres du culte, tous ceux qui habitaient les maisons de Dieu et que l’on pouvait considérer comme dépositaires des connaissances historiques, mythologiques et astronomiques du pays; car c’étaient les prêtres qui observaient l’ombre méridienne aux gnomons, et qui réglaient les intercalations. Les moines espagnols # st brüler les peintures hiéroglyphiques par lesquelles des connaissances de tout genre se transmettaient de génération en génération. Privé de ces moyens d'instruction, le peuple retomba dans une ignorance d’autant plus profonde que les missionnaires, peu versés dans les langues mexicaines, substituaient peu d’idées nouvelles aux idées anciennes. Les femmes indiennes, qui avaient conservé quelque fortune, aimèrent mieux s'allier aux conquérants que de partager le mépris qu’on avait pour leur nation. Il ne resta donc des naturels que la classe la plus indigente, les pauvres cultivateurs, les artisans, parmi lesquels on comptait un grand nombre de tisserands, les portefaix, dont, à défaui de grands quadrupèdes, on se servait comme des bêtes de somme, et surtout cette lie du peuple, cette foule de mendiants qui, attestant l’imperfection des institutions sociales et le joug de la féodalité, remplissaient déjà, du temps de Cortez, les rues de toutes les grandes villes de l’empire mexicain. Or, comment juger, d’après ces restes misérables d’un peuple puissant, et du degré de culture auquel il s'était élevé depuis le douzième jusqu’au seizième siècle, et du développement intellectuel dont il est susceptible? Mais aussi, comment douter qu’une partie de la nation mexicaine ne fût parvenue à un certain degré de culture, en réfléchissant sur le soin avec lequel les livres hiéroglyphiques furent composés, en se rappelant qu’un citoyen de Tlascala, au milieu du bruit des armes, profita de la facilité que lui offrait notre alphabet romain pour écrire dans sa langue cinq gros voJumes sur l’histoire d’une patrie dont il déplorait l’asservissement?

Les Mexicains avaient une connaissance presque exacte de la grandeur de l’année, qu’ils intercalaient à la fin de leur grand cycle de 104 ans avec plus d’exactitude que les Grecs, les Romains et les Égyptiens. Les Toltèques paraissent dans la Nouvelle-Espagne au septième, les Aztèques au douzième siècle : déjà ils dressent la carte géographique du pays parcouru ; déjà ifs construisent des villes, des chemins, des digues, des canaux, d'immenses pyramides très-exactement orientées et dont la base a

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jusqu’à 438 mètres de long. Leur système de féodalité, leur hiérarchie civile et militaire, se trouvent dès-lors si compliqués qu’il faut supposer une longue suite d'événements politiques pour que l’enchainement singulier des autorités, de la noblesse et du clergé ait pu s’établir, et pour qu’une petite portion du peuple, esclave elle-même du sultan mexicain, ait pu subjuguer la grande masse de la nation. De petites peuplades, lassées de la tyrannie, s'étaient donné des constitutions républicaines qui ne peuvent se former qu’après de longs orages populaires, et dont l’existence n’indique point une civilisation très-récente. Mais d’où leur est-elle venue? Où estelle née? Accoutumés à admettre servilement des systèmes exclusifs, ne sachant qu’apprendre sans méditer, nous oublions que la civilisation n’est que le développement et l’emploi de nos facultés morales et intellectuelles.

Les Grecs attribuent eux-mêmes leur civilisation supérieure à Minerve, c’est-à-dire à leur propre génie; nous nous obstinons à leur donner les Égyptiens pour maîtres. Ceux-ci révèrent Osiris comme leur premier instituteur, et nous affectons de chercher la source de leur civilisation dans l'Inde. Mais alors, qui instruisit les Indiens du Mexique? Est-ce Brahma, Confucius, Zoroastre, Manco-Capac, Idacanzas ou Bochica? Il faut un commencement à tout ; et si la civilisation est née dans l’ancien continent,

pourquoi n’aurait-elle pas pu naître de même dans le nouveau ? Le manque de froment, d’avoine, d’orge et de seigle, de ces graminées nourrissantes

que l’on désigne sous le nom général de céréales, paraît prouver que si des

tribus asiatiques ont passé en Amérique, elles devaient descendre de quelque

peuple nomade ou pasteur. Dans lPancien continent, nous voyons la cul-

ture des céréales et l’usage du lait introduits depuis l’époque la plus reculée

à laquelle remonte l’histoire. Les habitants du nouveau continent ne cuiti-

vaient d’autres graminées que le maïs (zea); ils ne se nourrissaient d’au-

cune espèce de laitage, quoique deux espèces de bœufs indigènes dans le

nord eussent pu leur offrir du lait en abondance. Voilà des contrastes frap-

pants, qui, joints aux résultats de la comparaison des langues, prouvent

que la race mongole n’a pu fournir à la race américaine que des tribus

nomades,

Dans son état actuel, l'Indien mexicain est grave, mélancolique, taciturne, aussi longtemps que les liqueurs enivrantes n’ont pas agi sur lui : cette gravité est surtout remarquable dans les enfants des Indiens, qui, à l’âge de quatre ou cinq ans, montrent beaucoup plus d'intelligence et de développement que les enfants des blancs. Il aime à mettre du mystérieux dans s s notions les plus indifférentes ; aucune passion ne se peint dans

ses traits. Toujours sombre, il présente quelque chose d’effrayant lorsqu'il passe tout à coup du repos absolu à une agitation violente et effrénée. L'énergie de son caractère, qui ne connaît aucune douceur, dégénère habituellement en dureté. Elle se déploie surtout chez les habitants de Tlascala : au milieu de leur avilissement, les descendants de ces républicains se distinguent encore par une certaine fierté que leur inspire le souvenir de leur ancienne grandeur. Les indigènes du Mexique, comme tous les peuples qui ont gémi longtemps sous le despotisme civil et religieux, tiennent avec une opiniâtreté extrême à leurs habitudes, à leurs mœurs, à leurs opinions : l'introduction du christianisme n’a presque pas produit d’autre effet sur eux que de substituer des cérémonies nouvelles, symbole d’une religion douce et humaine, aux cérémonies d’un culte sanguinaire. De tout temps, les peuples à demi barbares recevaient des mains du vainqueur de nouvelles lois, de nouvelles divinités; les dieux indigènes et vaincus cèdent aux dieux étrangers. D’ailleurs, dans une mythologie aussi compliquée que celle des Mexicains, il était facile de trouver une parenté entre les divinités d’Aztlan et celles de l'Orient ; le Saint-Esprit s’identifiait avec l’aigle sacré des Aztèques. Les missionnaires ne toléraient pas seulement, ils favorisaient même ce mélange d'idées par lequel le culte chrétien s’établissait plus promptement.

Les Mexicains ont conservé un goût particulier pour la peinture et pour l’art de sculpter en pierre et en bois ; on est étonné de voir ce qu’ils exécutent avec un mauvais couteau et sur les bois les plus durs. Ils s’exercent surtout à peindre des images et à sculpter des statues de saints; mais, par un principe religieux, ils imitent servilement, depuis 300 ans, les modèles que les Européens ont portés avec eux lors de la conquête. Au Mexique comme dans l’Hindoustan, il n’était pas permis aux fidèles de changer la moindre chose à la figure des idoles ; tout ce qui appartenait au rite des Aztèques était assujetti à des lois immuables. C’est par cette raison même que les images chrétiennes ont conservé en partie cette roideur et cette dureté des traits qui caractérisaient les tabicaux hiéroglyphiques du siècle de Montézuma. Ils montrent beaucoup d’aptitude pour l’exercice des arts d'imitation ; ils en déploient une plus grande encore pour les arts purement mécaniques.

Lorsqu'un Indien parvient à un certain degré de culture, il montre une grande facilité d'apprendre, un esprit juste, une logique naturelle, un penchant particulier à subtiliser ou à saisir les différences les plus fines des objets à comparer ; il raisonne froidement et avec ordre, mais il ne mani-

lorsqu'il effrénée.

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feste pas cette mobilité d'imagination, ce coloris du sentiment, cet art de créer et de produire qui caractérisent les peuples de l’Europe et plusieurs tribus de nègres africains. La musique et la danse des indigènes se ressentent du manque de gaieté qui les caractérise. Leur chant est lugubre. Les femmes déploient plus de vivacité que les hommes ; mais elles partagent les malheurs de l’asservissement auquel le sexe est condamné chez la plupart des peuples où la civilisation est encore imparfaite. Les femmes ne prennent point part à la danse; elles y assistent pour présenter aux danseurs des boissons fermentées qu’elles ont préparées de leurs mains !.

Les Indiens mexicains ont aussi conservé le même goût pour les fleurs que Cortez leur trouvait de son temps : on est étonné de trouver ce goût, qui indique sans doute le sentiment du beau, chez une nation dans laquelle un culte sanguinaire et la fréquence des sacrifices paraissaient avoir éteint tout ce qui tient à la sensibilité de l’âme et à la douceur des affections. Au grand marché de Mexico, le natif ne vend pas de pêches, pas d’ananas, pas de légumes, pas de liqueur fermentée sans que sa boutique soit ornée de fleurs qui se renouvellezt tous les jours ; le marchand indien paraît assis dans un retranchement de verdure, et tout y est de la dernière élégance.

Les Indiens chasseurs, tels que les Hocos, les Apaches, les Li-panis, que les Espagnols embrassent sous la dénomination d’Zndios bravos , ou Indiens païens, et dont les hordes, dans leurs courses souvent nocturnes, infestent les frontières des États du Nord, annoncent plus de mobilité d’esprit, plus de force de caractère que les Indiens cultivateurs : quelques peuplades ont même des langues dont le mécanisme paraît prouver une ancienne civilisation. Ils ont beaucoup de difficulté à apprendre nos idiomes européens, tandis qu’ils s'expriment dans le leur avec une facilité extrême. Ces mêmes chefs indiens, dont la morne taciturnité étonne l’observateur, tiennent des discours de plusieurs heures, lorsqu'un grand intérêt les excite à rompre leur silence habituel, Nous donnerons plus loin quelques détails sur ces tribus.

Les indigènes sont ou descendants d’anciens plébéiens, cn les restes de quelque grande famille qui, dédaignant de s’allier aux conquérants espa-

cultiver par leurs vassaux. Ils se divisent donc en Indiens tributaires et

en Indiens-Caciques, qui, d’après les lois espagnoles, doivent participer

aux priviléges de la noblesse de Castille; mais il est difficile de distin-

guer par leur extérieur, leur habillement ou leurs manières, les xobles 1 A. de Humboldt : Mexique ; t. 1, p. #18.

des roturiers ; ils vont généralement pieds nus, couverts de la tunique mexicaine, d’un tissu grossier et d’un brun noirâtre ; ils sont vêtus comme le bas peuple, qui néanmoins leur témoigne beaucoup de respect. Cependant, loin de protéger leurs compatriotes, les hommes qui jouissent des droits héréditaires du cactiquat pèsent fortement sur les tributaires. Exerçant la magistrature dans les villages indiens, ce sont eux qui lèvent la capitation : non seulement ils se plaisent à devenir les instruments des vexations des blancs, mais ils se servent aussi de leur pouvoir et de leur autorité pour extorquer de petites sommes à leur.profit. La noblesse aztèque offre d’ailleurs la même grossièreté de mœurs, le même manque de civilisation, la même ignorance que le bas peuple indien. Isolée, abrutie, on a vu rarement un de ses membres suivre la carrière de la robe ou de lépée. On trouve plus d’Indiens qui ont embrassé l’état ecclésiastique, surtout celui de curé. La solitude des couvents ne paraît avoir d’attrait que pour les jeunes filles indiennes.

Considérés en masse, les Indiens mexicains présentent le tableau d’une grande misère. Indolents par caractère, et plus encore par suite de leur situation politique, ils ne vivent qu’au jour le jour. Au lieu d’une »*-snce générale, on trouve quelques familles dont la fortune paraît d'autant jus colossale qu’on s’y attend moins.

Les Espagnols tiennent le premier rang dans la population du Mexique: c’est entre leurs mains que se trouvent presque toutes les propriétés et les richesses ; mais ils n’occuperaient que la seconde place parmi les habitants de race pure, si on les considurait sous le rapport de leur nombre qui peut s’élever à 4,200,000 , dont un quart habite les États de l’intérieur. On les divise en blancs nés en Europe, et en descendants d’Européens, nés dans les colonies espagnoles de l'Amérique ct dans les îles asiatiques. Les premiers portent le nom de Chapetons, ou de Gachupinos; les seconds celui de Criollos (créoles). Les natifs des îles Canaries , que l’on désigne généralement sous la dénomination d’Zslenos, et qui sontla plupart gérants des plantations, se considèrent comme Européens. On estime que les Chapetons sont comme 1 à 44.

Les casles de sang mélé, provenant du mélange des races pures, constituent une masse presque aussi considérable que les indigènes. On peut évaluer le total des individus à sang mêlé, à près de 2,400,000 âmes. Par un raffinement de vanité, les habitants des colonies ont enrichi leur langue en désignant les nuanees les plus fines des couleurs qui naissent de la dégénération de la couleur primitive. Le fils d’un blanc, né Européen

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ou créole et d’une indigène à teint cuivré, est appelé Mefis ou Mestizo. Sa couleur est presque d’un blanc parfait; sa peau est d’une transparence particulière ; le peu de barbe, la petitesse des mains et des pieds, une certaine obliquité des yeux, annoncent plus souvent le mélange du sang indien que la nature des cheveux. Si une métis s’allieà un blanc, la seconde génération qui en résulte ne diffère presque plus de la race européenne. Les métis composent vraisemt'ablementles sept huitièmes de la totalité des castes. Ils sont réputés d’un caractère plus doux que les Mulâtres ou Mulatos, fils de blancs et de négresses, qui se distinguent par la vigueur et l'énergie de leurs couleurs , par la violence de leurs passions, et par une singulière volubilité de langue. Les descendants de nègres et d’Indiennes portent , à Mexico, à Lima et même à la Havane, le nom bizarre de Chino Chinois. Sur la côte de Caracas et dans la Nouvelle-Grenade même, on les appelle aussi Zambos. Aujourd’hui cette dernière dénomination est principalement restreinte aux descendants d’un nègre et d’une mulâtresse, ou d’un nègre et d’une China. On distingue de ces zambos communs les Zambos-Prietos, qui naissent d’un nègre et d’une zamba. Les castes du sang indien ou africain conservent l’odeur qui est propre à la transpiration cutanée de ces deux races primitives..Du mélange d’un blanc avec une mulâtresse, provient la caste des Quarterons. Lorsqu’une quarteronne épouse un Européen ou un créole, ses enfants portent le nom de Quinterons. Une nouvelle alliance avec la race blanche fait jellement perdre la couleur, que l'enfant d’un blanc et d’une quinteronne est blanc aussi. Les mélanges dans lesquels la couleur des enfants devient plus foncée que n’était celle de leur mère, s'appellent Sallos-Atrau, ou sauts en arrière.

Les étrangers , Français, Anglais , Anglo-Américains, constituent une classe à part qui a une grande influence dans le pays, parce que les riches Mexicains , paresseux par nature , faisant la sieste une partie du jour et consacrant le reste au jeu et à d’autres vices, négligent l’administration de leurs biens et laissent la gestion de leurs affaires aux étrangers. Ce sont ceux-ci qui sont à la tête de l'exploitation des mines ; le haut et le petit commerce sont entre leurs mains, et quelques-uns même ont acquis des fortunes considérables.

La confédération Hispano-américaine est, de toutes les colonies européennes sous la zone torride , celle dans laquelle il y a le moins de nègres. On parcourt toute la ville de Mexico sans rencontrer un visage noir: le le service d’aucune maison ne s’y fait avec des esclaves, D’après des ren-

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seignements exacts, il paraît que dans tout le Mexique il n’y a pas 6,000 nègres, et tout au plus 9 à 40,000 esclaves, dont le plus grand nombre habite les ports d’Acapulco et de la Vera-Cruz, ou la région chaude, voisine des côtes. Ces esclaves sont des prisonniers faits dans la petite guerre qui est presque continuelle sur les frontières des États de l’iutérieur; ils sont, la plupart, de la nation des Mecos ou Apaches, montagnards indomptables et féroces, qui ordinairement succombent bientôt au désespoir ou aux effets du changement de climat. L’accroissement de la prospérité coloniale du Mexique est donc tout à fait indépendant de la traite des nègres. Il y a cinquante ans que l’on ne connaissait presque pas en Europe de sucre mexicain ; aujourd’hui la Vera-Cruz seule en exporte plus de 120,000 quintaux, et cependant les progrès qu'a faits au Mexique, depuis le bouleversement de Saint-Domingue, la culture de la canne à sucre, n’y ont pas augmenté, d’une manière sensible , le nombre des esclaves.

Les langues parlées dans la vaste étendue du Mexique sont au nombre de plus de vingt, et ne sont en partie connues que de nom. Les Créoles et la plus grande partie des races mixtes n’ont pas adopté ici, comme dans le Pérou, un dialecteindigène, maisse serventdelalangueespagnole.tantdans la conversation que dans les écrits. Parmi les dialectes indigènes, la langue

zlèque ou mexicaine est la plus répandue ; elle s’étend aujourd’hui depuis le parailèle de 37 degrés jusque vers le lac de Nicaragua ; mais les domaines de plusieurs autres langues sont comme enclavés dans le sien. L’historien Clavijero a prouvé que les Toltèques, les Chichimèques (dont les habitants de Tlascala descendent), les Acolhues et les Nahuatlaques parlaient tous la même langue que les Aztèques 1. La répétition des syllabes {4, tla, itl, atl, jointe à la longueur des mots, qui vont jusqu’à onze syllabes, doit rendre celte langue peu agréable à l’oreille ; mais la complication et la richesse de ses formes grammaticales prouvent la haute intelligence de ceux qui l'ont inventée ou régularisée. Un nombre extrêmement borné d’aralogies de mots paraît la rattacher au chinois et au japonais; mais son caractère général éloigne ce rapprochement. La langue ofomile, parlée dans l’ancien royaume de Mechoacan, est une langue-mère, monosyllabique comme le chinois, par conséquent entièrement différente de la mexicaine, et qui parait avoir été très-répandue 2. On ne saurait dire si les idiomes tarasque, mallazingue et core, parlës également dans l’État de Xalisco, 1 Clavijero : Storia di Messico; t. I, p. 153. 2? Hervas : Catalogo delle Lingue; 80, 258.

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sont des branches d’un même tronc ou des langues indépendantes l'une de l’autre ; les mots connus de la langue farasquc à de la ire oft “. très-peu d’affinité avec les autres langues américaines. Les langues / Fu mare et lépéhuane, parlées dans l’État de Chihuahua ; l'idiomo h Pin dans la Pimerie, partie de Sonora; la langue ours parlée dns re fornie par les Indiens Moquis; celle des Cochimis et des daitois si a même péninsule, présentent encore un chaos d'incertitude et d’ “a ; Dans le {arahumar, les noms de nombres sont mexicains. Ilest su { a qu’un dialecte de la langue guaicoure se nomme cora ” que | sue Moquis, de Californie, se retrouve dans le Nouveau-Mexique 1. naissances plus positives ramèneront cette foule de tribus à F te de races distinctes. M La langue huaztèque, qui s’est conservée dans le canton d'Huaztec dans l'Etat de Mexico, paraît différer entièrement de la mexi sa soit dans les mots, soit pour la grammaire !. Elle offre quelques RE et ostiaques ; appartiendrait-elle à la première invasion des tribus FER boréale, invasion antérieure à celle dont les ancêtres des Aztèques, d ToL. tèques et des Chichimèques ont dû faire partie? ji [1 parait qu’en avançant au sud de Mexico, les langues indigènes, indé pendantes de celle des Aztèques, deviennent extrêmement oies a Les Etats de Puebla et d'Oaxaca nous offrent les langues “om | tolonaque, mistèque, popolonque, chinantèque, mixe, et plusieurs “es moins connues. La langue maya, dominante dans l’Yucatan, nous par: i renfermer des mots finnois et algonquins. Le savant Hervas : a ni se un certain nombre de mots tonkinois, parmi lesquels il y en a qui ee communs à divers idiomes de Sibérie et au finnois. Cette langue est monc syllabique comme les plus anciennes de l’Asie orientale, mais elle leur é supérieure par ses combinaisons grammaticales. Elle parait tenir à la iiéins souche générale que l’otomite, dont nous avons déjà parlé, | Nous allons passer à la description topographique.

1 Vater : dans les Archives ethnographiques; t. I.

Suite de la Description de l'Amérique. — États-Unis du Mexique. — Description topographique et politique des provinces et des villes.

D’après les dernières décisions du congrès, la confédération mexicaine se compose définitivement du district fédéral de Mexico, de 21 États et de 3 territoires ; c’est-à-dire de provinces qui n’ont pas d’administration intérieure indépendante, et sont administrées au profit de l’Union fédérative.

Ces États, district et territoires peuvent se classer ainsi, d’après leur disposition géographique :

Sur le Grand Océan : Au Centre: Sur l'Océan Atlantique: État de Sonora. État de Chihuahua. État de Tamaulipas. Territoire de Californie. Id. de Cohahuila. Id. de Vera-Cruz. État de Cinaloa. Id. de Nouveau-Léon. Id. äe Tabasco. Id, de Xalisco. Id. de Durango. Id. de Yucatan. Territoire de Colima. Id. de Zacatecas.

État de Mechoacan. Id. de San-Luis-Potosi.

Id, de Guerrero. Id. de Guanaxato.

Id, de Puebla. Id, de Queretaro,

Id. d'Oaxaca. Territoire de Tlaxcala.

Id, de Chiapas. District fédéral de Mexico.

État de Mexico.

Nous allons les décrire successivement, en allant du nord au sud. Le Terriloire de la Busse-Californie, ou la péninsule de Californie proprement dite, appelée aussi Vieille Californie, est entouré par l'Océan du sud à l'ouest, et par le golfe de Californie, appelé aussi mer Vermeille, à l’ouest. Elle dépasse le tropique, et se termine dans la zone torride par le cap San-Lucar. Sa largeur varie depuis 10 lieues jusqu’à 40 d’une mer à l’autre; sa population peut être évaluée à 15,000 individus dispersés sur une étendue égale à celle de l'Angleterre ; son climat , en général, est très-chaud et très-sec. Le ciel, d’un bleu foncé, ne se couvre presque jamais de nuages, s'il en parait quelques-uns vers le coucher du soleil , ils brillent des teintes de pourpre et d’émeraude. Mais ce beau ciel

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