‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 2)Chapitre 85 sur 146 · PR · texte numérisé non relu

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différence de niveau entre les divers sols, ne sauraient nullement être comparées aux zones qui résultent d’une différence de latitude. L’agréable, la salutaire variété des saisons manque aux régions qu’on distingue ici sous les dénominations de froide, de fempéréeet de chaude. Dans la zone froide, ce n’est pas l'intensité, mais la continuité du froid, l’absence de toute chaleur un peu vive, la constante humidité d’un air brumeux qui arrêtent la croissance des grands végétaux, et qui, chez l’homme, perpétuent les maladies nées de la transpiration interceptée et de l’épaississement des humeurs. La zone chaude n’éprouve pas des ardeurs excessives; mais c’est ici la perpétuité de la chaleur qui, jointe aux exhalaisons d’un sol marécageux, aux miasmes d’un immense amas de pourriture végétale, et aux effets d’une extrême hunidité, fait naître des fièvres plus ou moins pernicieuses et répand, dans tout le règne animal et végétal, l’agitation d’une vie surabondante et désordonnée. La zone tempérée, en offrant une chaleur modérée et constante comme celle d’une serre chaude , exclut de ses limites et les animaux et les végétaux qui aiment les extrêmes, soit du froid, soit du chaud ; elle nourrit ses plantes particulières, qui ne peuvent ni s’élever audessus de ses bornes, ni descendre au-dessous. Sa température, qui ne saurait pas endurcir la constitution de ses habitants constants, agit comme le printemps sur les maladies de la région chaude, et comme l’été sur celles de la région froide: aussi un simple voyage au sommet des Andes jusqu’au niveau de la mer ou dans le sens inverse, est une véritable cure médicale, qui suffit pour opérer les changements les plus étonnants dans le corps humain. Mais l'habitation constante dans l’une ou l’autre de ces zones doit énerver les sens et l’âme par l'effet d’une tranquillité monotone. L'été, le printemps et l'hiver sont ici assis sur trois trônes distincts qu’ils ne quittent jamais, et qui restent constamment environnés des attributs de leur puissance. 1 La végétation offre un plus grand nombre d’échelles, dont il convient de marquer les principales. Depuis les bords de l’Océan jusqu’à la hauteur de 1,000 mètres, végètent les magnifiques palmiers, les musa, les helraia , les theophrasta, les liliacées les plus odoriférantes, le baume de “olu, le quinquina de Carony. Le jasmin à large fleur, et le datura en arbre, exhalent le soir leurs doux parfunis à l’eniour de Lima, et, tressés dans les cheveux des dames, reçoivent un nouveau charme, en relevant leurs attraits. Sur les bords arites de l'Océan, à l’ombre des cocotiers,

1 Lefebvre : Traité de la fièvre jaune.— 4. de Humboldt : Tableau des régions équa-

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se nourrissent les mangliers, les cactus, et diverses plantes salines, entre autres , le sesuvium portulacastrum. Un seul palmier , le cerozylon andicola, fait divorce avec le reste de la famille, et habite les hauteurs de la Cordillère, depuis 4,700 jusqu’à 2,800 mètres d’élévation.

Au-dessus de la région des palmiers, commence celle des fougères arborescentes et du chinchona ou quinquina. Les premières cessent à 4,850 mètres, tandis que les secondes ne s’arrêtent qu’à 2,850. La substance fébrifuge qui rend si précieuse l’écorce de quinquina se rencontre dans plusieurs arbres d’espèce différente, et dont quelques-uns végètent à un niveau très-bas, même sur les bords de la mer; mais le vrai chinchona ne croissant pas au-dessous de 700 mètres, n’a pu dépasser l’isthme de Panama. Dans la région tempérée des chinchona croissent quelques liliacées ; par exemple , le cypura et le sisyrinchium, les melastoma à grandes fleurs violettes , des passiflores en arbres, hautes comme nos chênes du Nord ; le thibaudia, le fuschia, et des alstræmeria d’une rare beauté. C’est-là que s'élèvent majestueusement les macrocnemum, les lysianthus et les diverses cucullaires. Le sol y est couvert, dans les endroits humides , de mousses toujours vertes, qui forment quelquefois des pelouses aussi éclatantes que celles de la Skandinavie ou de l'Angleterre. Les ravins cachent le gunnera, le dorstenia, des oxalis, et une multitude d’arum inconnus. Vers les 4,740 mètresd’élévation se trouvent le porlieria, qui marque l’état hygrométrique de l’air ; les cifrosma à feuilles et fruits odoriférants, et de nombreuses espèces de symplocos. Au delà de 2,200 mètres, la fraicheur de l’air rend les m#imoses moins sensibles , et leurs feuillesirritables ne se ferment plus au contact. Depuis la hauteur de 2,600, et surtout de 3,000 mètres, les acœna, le dichondra, les hydrocotyles, le nerteria et l’'alchemilla, forment un véritable gazon très-épais et très-verdoyant, Le mulisia y grimpe sur les arbres les plus élevés. Les chênes ne commencent dans les régions équatoriales qu’au dessus de 1,700 mètres d’élévation, Ces arbres seuls présentent quelquefois, sous l’équateur , le tableau du réveil de la nature au printemps: ils perdent toutes leurs feuilles, et on les voit alors en pousser d’autres, dont la jeune verdure se mêle à celle des epidendrum qui croissent sur leurs branches. Dans la région équatoriale, les grands arbres, ceux dont le tronc excède 20 à 30 mètres, ne s'élèvent pas au delà du niveau de 2,700 mètres. Depuis le niveau de la ville de Quito, les arbres sont moins grands, et leur élévation n’est pas comparable à celle que les mêmes espèces atteignent dans les climats les

plus tempérès. À 3,500 mètres de hauteur cesse presque toute végétation Y. 41

370 LIVRE CENT SEIZIÈÊME.

en arbres, mais à cette élévation les arbustes deviennent d'autant plus communs. C’est la région des berberis, des duranta et des barnadesia. Ces plantes caractérisent la végétation des plateaux de Pasto et de Quito, comme celle de Santa-Fé est caractérisée par les polymnia et les datura en arbres. Le sol y est couvert d’une multitude de calcéolaires, d nt la corolle à couleur dorée émaille agréablement la verdure des pelouses. Plus haut , sur le sommet de la Cordillère, depuis 2,840 à 3,400 mètres d’élévation, se trouve la région des win/era et des escallonia. Le climat froid, mais constamment humide, de ces hauteurs que les indigènes nomment Paramos, produit des arbrisseaux dont le tronc, court et carbonisé, se divise en une infinité de branches couvertes de feuilles coriaces et d’une verdure luisante. Quelques arbres de quinquina orangé, des embothrium et des melastoma à fleurs violettes et presque pourprées, s'élèvent à ces hauteurs. L’alstonta, dont la feuille séchée est un thésalutaire, la wintera grenadienne et l’escallonia tubar , qui étend ses branches en forme de paraol, y forment des groupes épars.

Une large zone de 2,040 à 4,150 mètres nous présente la région des plantes alpines: c’est celle des s{æhelina, des gentianes et de l’espeletia fraileæon, dont les feuilles velues servent souvent d’abri aux malheureux Indiens que la nuit surprend dans ces régions. La pelouse y est ornée du lobelia nain, du sida de Pichincha, de la renoncule de Gusman, de la gentiane de Quito et de beaucoup d’autres espèces nouvelles. A la hauteur de 4,150 mètres, les plantes alpines font place aux graminées, dont la région s’étend 5 à 800 mètres plus haut. Les jarava, les sfipa, une multitude de nouvelles espèces de panicum, d’agrostis, d’avena et de dactylis, y couvrent le sol. Il présente de loin un tapis doré, que les habitants du pays nomment Pajonal. La neige tombe de temps en temps sur cette région des graminées. C’est à 4,600 mètres que disparaissent entièrement les plantes phanérogames. Depuis cette limite jusqu’à la neige perpétuelle, les plantes lichéneuses seules couvrent des rochers; quelques-unes paraissent même se cacher sous des glaces éternelles.

Les plantes cultivées ont des zones moins étroites et moins rigoureusement limitées. Dans la région des palmiers, les indigènes cultivent le bananier, le jatropha, le mais et le cacaoyer. Les Européens y ont introduit la culture du sucre et de l’indigo. Dès qu’on passe le niveau de 4,000 mètres, toutes ces plantes deviennent rares , et ne prospèrent que dans des localités particulières; c’est ainsi que le sucre réussit même à 2,450 mètres, Le café et le coton s’étendent à travers l’une et l’autre région. La culture

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du blé commence à 4,000 mètres, mais elle n’est assurée qu’à 500 mètres plus haut. Le froment croit le plus vigoureusement depuis 4,600 jusqu’à 2,000 mètres d’élévation. Il y produit, année commune, plus de 25 à 30 graines pour une. Au-dessus de 4,800 mètres, le bananiet donne difficilement des fruits mûrs; mais la plante se traîne languissante encore à 800 mètres plus haut. La région comprise entre les 4,600 et 4,900 mètres est aussi celle dans laquelle abonde le cocca ou l’erythroæylum peruvianum dont quelques feuilles, mélées à de la chaux caustique, nourrissent l’Indien peruvien dans ses courses les plus longues dans la Cordilière. C’est de 2,000 à 3,000 que règne principalement la culture de divers blés de l'Europe et du chenopodium quinoa, culture favorisée par les grands plateaux que présente la Cordillère des Andes, et dont le sol uni et facile à labourer ressemble à des fonds d’anciens lacs. À 3,200 ou 3,400 mètres de hauteur les gelées et la grêle font souvent manquer les récoltes du blé. Le maïs ne se cultive presque plus au delà de 2,400 mètres. Passez à 600 mètres plus haut, et vous verrez la culture de la pomme de terre ; elle cesse à 4,150 mètres. Vers les 3,400 mètres le froment ne vient plus; on n‘y sème que de l’orge, et même elle y souffre beaucoup du manque de chaleur. Audessus de 3,650 mètres cessent toute culture et tout jardinage. Les hommes y vivent au milieu de nombreux troupeaux de lamas, de brebis et de bœufs, qui, en s’égarant, se perdent quelquefois dans la région des neiges perpétuelles. | Pour compléter ce tableau physique de l'Amérique méridionale, nous allons considérer la diversité des animaux qui vivent à différentes hauteurs dans la Cordillère des Andes ou au pied de ces montagnes. Depuis le niveau de la mer jusqu’à 4,000 mètres, dans la région des palmiers et des scitaminées, on découvre le paresseux, qui vitsur les cecropia pr'#ata ;les boas et les crocodiles, qui dorment ou traînent leur masse affreusc ::ü pied du conocarpus ct de l’anacardium caracoli. C’est là que le cavia capybara se cache dans les marais couverts d’heliconia et de bambusa , pour se dérober à la poursuite des animaux carnassiers; le {anayra, le crax, et les perroquets perchés sur le caryocar et le lecyths, confondent l’éclat de leur plumage avec léclat des fleurs et des feuilles ; c’est là que l’on voit reluire l’elater noctlilucus, qui se nourrit de la canne à sucre; c’est là que le cucuclio palmarum vit dans la moelle du cocotier. Les forêts de ces régions brülantes retentissent des hurlements des alouates et d’autres singes sapajoux. Le jaguar , le felis concolor, et le tigre noir de l’Orénoque, plus sanguinaire encore que le jaguar, y chassent le petit cerf(c. mexicunus)

les cavia et les fourmiliers, dont la langue est fixée au bout du sternum.

L'air de ces bassesrégions, surtout dans les bois et sur les bords du fleuve,

est rempli de cette innombrable quantité de maringouins (mosquilos),

qui rendent presque inhabitable une grande et belle partie du globe. Aux

mosquitos se joignent l'œstrus humanus, qui dépose ses œufs dans la peau

de l’homme et y cause des enflures douloureuses ; les acarides, qui sil-

lonnent la peau, les araignées venimeuses , les fourmis et les fermés, dont

la redoutable industrie détruit les travaux des habitants. Plus haut, de

4,000 à 2,000 mètres, dans les régions des fougères arborescentes, pres-

que plus de jaguars , plus de boas, plus de crocodiles ni de lamentins, peu

de singes; mais abondance de tapirs, de pecaris et de felis pardalis.

L'homme, le singe et le chien y sont incommodés par une infinité de chiques (pulex penelrans ) qui sont moins abondantes dans les plaines. Depuis 2 jusqu’à 3,000 mètres, dans la région supérieure des quinquinas, plus de singes, plus de cerfs mexicains ; mais on voit paraître le chat-tigre, les ours et le grand cerf des Andes. Les poux abondent dans Ja Cordillère, à cette hauteur, qui est celle de la cime du Canigou. Depuis 3,000 jusqu’à 4,000 mètres se trouve la petite espèce de lion que l’on désigne sousle nom de pouma dans la langue quichoa, le petit ours à front blanc et quelques espèces peu connues que l’on range d’abord parmi les vivères. M. de Humboldt a vu souvent avec étonnement des colibris à la hauteur du pic de Ténériffe. La région des graminées, depuis 4 jusqu’à 5,000 mètres de hauteur, est habitée par des bandes de vigognes, de guanaco et d’alpaca dans le Pérou et de chililiuèque dans le Chili. Ces quadrupèdes, qui représentent ici le genre chameau de l’ancien continent, n’ont pu se répandre ni au Brésil ni au Mexique, parce que, sur la route, ils auraient dû descendre dans des régions trop chaudes. Les lamas ne se trouvent qu’en état de domesticité ; car ceux qui vivent à la pente occidentale du Chimborazo sont devenus sauvages lors de la destruction de Lican par l’inca Tupayupangi. La vigogne préfère surtout les endroits où la neige tombe de temps en temps. Malgré la persécution qu’elle éprouve, on en voit encore des bandes de 3 à 400, surtout dans les provinces de Pasco, aux sources de la rivière des Amazones, dans celles de Guailas et de Caxatambo, près de Gorgor. Cet animal abonde aussi près de Huancavelica , aux environs de Cusco, et dans la province de Cochabamba, versla vallée de Rio-Cocalages. On l’y trouve partout où le sommet des Andes s'élève au-dessus de la hauteur du Mout-Blanc. La limite inférieure de la neige perpétuelle est, pour ainsi dire, la limite supérieure des êtres organisés. Quelques plantes

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licheneuses végètent encore sous les neiges ; mais le condor (vultur gryplus) est le seul animal qui habite ces vastes solitudes. M. de Humboldt l’a vu planer à plus de 6,500 mètres de hauteur. Quelques sphinx et des mouches, observés à 5,900 mètres, lui ont paru portés involontairement dans ces régions par des courants d’air ascendants 1. A cette distribution du règne animal, d'après l’élévation du sol, on pourrait joindre un aperçu des limites purement géographiques que certains animaux ne franchissent pas. C’est un phénomène très-frappant que celui de voir les alpaca, les vigognes, ct les guanaco suivre toute la chaine des Andes, depuis le Chili jusqu’au 9° degré de latitude australe, et de ne plus en observer depuis ce point au nord, ni dans l’ancien royaume de Quito ni dans les Andes de la Nouvelle-Grenade. Les écrivains du pays attribuent ce fait à l’herbe ichos, que ces animaux préfèrent à toute autre nourriture, et qu’ils ne trouvent pas hors les limites marquées. L’autruche de Buenos-Ayres , ou plutôt le nandu (rhea americana), présente un phénomène analogue. Cegrand oiseau ne se trouve pas dans les vastes plaines de Parexis, où cependant la végétation paraît devoir ressembler à celle des Pampas ; mais peut-être les plantes salines y manquent-elles, D’autres différences seront indiquées dans les descriptions particulières.

Suite de la Description de l'Amérique. — Description particulière des trois républiques Colombiennes de la Nouvelle-Grenade, de Venezuela et de l'Equateur.

Les premiers Espagnols qui visiterent les côtes de l’Amérique du Sud, depuis l’Orénoque jusqu’à l’isthmo, la désignèrent habituellement sous le nom général de Terre-Ferme. Le roi Ferdinand imposa à la partie occidentale le nom de Castille-d’Or;: mais bientôt cette dernière dénomination se perdit, et, à mesure que le reste du continent fut découvert, la première dut paraître impropre. Cependant le nom de Terre-Ferme resta longtemps aux contrées situées sur l’isthme; et les provinces espagnoles, situées au nord de l'Amérique du Sud, formèrent la vice-royauté de la Nouvelle-Grenade et la capilainerie générale de Caracas. En 1819, elles secouèrent le

1 À. de Humboldt : Tableau des régions équatoriales.

joug espagnol, à la voix de Simon Bolivar, le liberateur, et so constituèrent en république indépendante, sous le nom de Colombie.

La Colombie, baignée par les deux Océans, s’appuyait, au sud, sur la Guyanne anglaise, le Brésil et le Pérou, et avait une superficie de 443,673 licues carrées, Divisée en départements, provinces et districts, sa capitale élait Santa-Fé de Bogota, mais cette ville devait céder ce rang à une cité fédérale, que l’on se proposait de fonder sous le nom de Bolivar.

La république colombienne ne survécut pas même à son fondateur ; en 1830, Bolivar mourut, sans avoir pu conjurer les difficultés immenses qui résultaient d’une émancipation hâtive et mal préparée, et après avoir vu proclamer l'indépendance des trois nouvelles républiques, de la Nouvelle-Grenade, de Venezuela et de l'Équateur, qui se formèreut du démembrement de la Colombie.

La Nouvelle-Grenade est le seul pays de l'Amérique du Sud qui soit baigné par les deux Océans; elle est bornée, au nord, par la mer des Antilles ; à l’est, par la république de Veriezuela ; au sud, par la république de l'Équateur, et à l’ouest, par le Grand-Océan et la république de Costa- Rica dans l’Amérique-Centrale. Sur une étendue de 35,000 lieues carrées que comprend la Nouvelle-Grenade, il y a une population qui ne s'élève pas au-dessus de 1,800,000 âmes, d’après les nouveaux recensements. Cette population se compose de blancs, Hispano-Américains et étrangers, d’Indiens, ct de nègres ou hommes de couleur ; on n’ycompte presque plus d’esclaves.

Le territoire est naturellement divisé en trois parties, l’isthme de Panama, la région montagneuse ou des Andes, et les plaines ou Ilanos de l’est; il offre une extrême diversité de climats. Tempéré, froid, même glacé, mais très-sain sur les plateaux élevés, l'air est brülant, étouffé, pestilentiel sur les bords de la mer et dans quelques vallées profondes de l’intérieur. À Carthagène et à Guayaquil, la fièvre jaune est endémique. La ville de ZJonda, quoique élevée de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, éprouve, par la réverbération des roches, une telle chaleur, que l’on n’oserait poser la main sur une pierre, et que les eaux du fleuve de la Magdalena acquièrent la température d’un bain tiède. Les pluies y sont continuelles pendant l'hiver, qui est déterminé par la position des lieux, au nord et au sud de l'équateur. Quelques endroits y jouissent d’un printemps perpétuel. La crête des Andes s’enveloppe souvent de brouillards épais, la baie de Choco est tourmentée par de continuels orages. La Nouvelle-Grenade est dans une des plus heureuses situations hydrographiques; touchant à l’ouest au Grand-Océan, au nord à la mer des Antilles, et pouvant com-

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muniquer, à l'orient, à l’océan Atlantique par l'Orénoque, qui baigne sa frontière, et par plusieurs affluents des Amazones, tels que le Rio- Negro, le Guapeo et le Yapura. L’isthme et la côte de l'océan Pacifique ne possèdent que de petits fleuves torrentiels. La disposition orographiqne du sol forme, dans la région des Andes, trois vallées étioiies inclinées vers la mer des Antilles, et sillonnées par l’Atralo qui afflue au golfe de Darien, la Cauca et la Magdalena, qui se réunissent à 200 kilomètres au-dessus de leur embouchure. Elles coulent chacune au fond d’une vallée profonde des Andes. Le cours du Cauca est embarrassé par des rochers et des rapides; mais les fndiens les franchissent en canots. La Magdalena est navigable jusqu’à Honda, d’où l’on ne parvient à Santa-Fé que par des chemins affreux, à travers des forêts de chênes, de mélastomes et de quinquinas. La fixité de la température dans chaque zone, l'absence de l’agréable succession des saisons, peut-être aussi les grandes catastrophes volcaniques auxquelles le haut pays est fréquemment exposé, y ont diminué le nombre des espèces. À Quito, à Santa-Fé, la végétation est moinsvariée que dans d’autres régions également élevées au-dessusde l’Océan. On trouve dans les Andes de Quindiu et dans les forêts tempérées de Loxa des cyprès, des sapins et des genévriers : les pyramides neigées s’y élèvent au milieu de styrax, de passiflores en arbres, de bambosas et de palmiers à cire. Le cacao de Guayaquil est très-estimé; on a même essayé, dans les environs de cette ville, des plantations de caféier qui ont très-bien réussi. Le coton et le tabac sont excellents. On y récolte beaucoup de sucre ; et ce qui paraît surprenant, c'est que la plus grande quantité est produite, non pas dans les plaines, sur les bords de la rivière de la Magdalena, mais sur la pente des Cordillères, dans une vallée, sur le chemin de Santa-Fé à Honda, où, suivant les mesures barométiques de M. de Humboldt, le terrain a depuis 1,200 jusqu’à 2,050 mètres au-dessus du niveau de la mer. On y fait de l'encre avec le suc exprimé du fruit de l’uvilla (ces{rum tinclorium); un ordre du gouvernement espagnol enjoignait aux vice-rois de n’employer, pour les pièces officielles, que le bleu d’uvilla, parce qu’il est plus indestructible que la meilleure encre de l’Europe.

Les productions minérales sont riches et variées. On voit dans la vallée de Bogota des couches de charbon de terre à 2,480 mètres de hauteur audessus du uiveau de l'Océan. Il est très-remarquable que le platine ne se trouve pas dans la vallée du Cauca, ou à l’est de la branche occidentale des Andes, mais uniquement dans le Choco et à Barbacoas, à l’ouest des montagnes de grès qui s'élèvent sur la rive occidentale du Cauca,.

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Sous le gouvernement espagnol, le royaume de la Nouvelle-Grenade produisait annuellement 22,000 marcs d’or et une quantité pou considérable d'argent. L’exploitation, négligée pendant la guerre de l’indépendance, a été reprise avec une certaine activité, et produit annuellement environ 10,000 marcs d’or et 8,000 marcs d’argent.

Tout l’or que fournit la contrée est le produit des lavages établis dans des terrains de transport. On connaît des filons dans les montagnes de Guamoer et d’Antioquia ; mais leur exploitation est presque entièrement négligée. Les plus grandes richesses en or de lavage sont déposées à l’ouest de la Cordillère centrale, dans les provinces d’Antioquia et du Choco, dans la vallée du Rio-Cauca, et sur les côtes du Grand-Océan, dans le district du Barbacoas.

La province d’Antioquia, où l’on ne peut entrer qu’à pied ou porté à dos d'homme, présente des filons d’ar qui ne sont pas travaillés, faute de bras. Le morceau d’or le plus grand qui ait été trouvé au Choco pesait 25 livres. Tout l’or est ramassé par des nègres esclaves. Le Choco seul pourrait produire plus de 20,000 marcs d’or de lavage, si, en assainissant cette région, une des plus fertiles du continent, le gouvernement y fixait une population agricole. Le pays le plus riche en or est celui où la disette se fait continuellement sentir. Habité par de malheureux esclaves africains, ou par des Indiens qui gémissent sous le despotisme des corrégidors, le Choco est resté ce qu'il élait il y a trois siècles, une forêt épaisse, sans trace de culture, sans pâturages, sans chemins. Le prix des denrées y est si exorbitant, qu’un baril de farine des États-Unis, vaut 64 à 90 piastres. La nourriture d’un muletier coûte une piastre ou une piastre et demie par jour; le prix d’un quintal de fer s'élève, en temps de paix, à 40 piastres. Cette cherté ne doit pas être attribuée à l’accumulation des signes représentatifs, qui est très-petite, mais à l’énorme difficulté du transport, et à cet état malheureux de choses dans lequel la population entière consomme sans produire.

La Nouvelle-Grenade a des filons d’argent extrêmement riches. Ceux de Marquetones surpasseraient le Potosi, mais ils ne sont pas exploités. On dédaigne le cuivre et le plomb. La rivière des Emeraudes coule depuis les Andes jusqu’au nord de Quito. C’est à Muzo, dans la vallée de Tunca, près de Santa-Fé de Bogota, que sont les principales exploitations des émeraudes dites du Pérou, et que l’on préfère avec raison à toutes les autres, depuis qu’on a négligé celles d'Égypte. Ces émeraudes occupent tantôt des filons stériles qui traversent les roches composées ou les schistes argileux, et tantôt des cavités accidentelles qui interrompent les masses de queiques

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