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Il faut parcourir le royaume pour se faire une opinion exacte sur les caractères physiques et moraux de l'Espagnol. Chaque province offre des nuances beaucoup plus tranchées que dans les autres royaumes de l’Europe, parce que le défaut d’industric, la difficulté des communications, barrières naturelles qui séparent les peuples, sont autant d’obstacles à ces relations multipliées qui finissent par répandre sur la population d’un État une teinte uniforme. Il suffit de traverser l'Espagne en différents sens pour remarquer la taille légère et la beauté du Biscayen, la haute stature du Galicien et du Catalan, la vigueur du Castillan, le teint basané de l'habitant de l’Estremadure, les formes sveltes de l'Andalous et la pâleur du Murcien. Les femmes sont en général bien prises dans leur taille, et se font presque toutes remarquer par leur grâce et leur souplesse; leur teint brun est relevé par des cheveux du plus beau noir, et leur physionomie expressive et animée contribue beaucoup à la réputation qu’elles ont d’être jolies. Les différences que l’on observe dans le physique des peuples des diverses provinces existent également pour le caractère moral. Le Biscayen est fier, irascible, emporté; le Galicien est triste, sérieux, peu sociable, mais laborieux ct plein de courage; le Catalan est violent, indocile, infatigable; l’Aragonais est attaché à ses antiques coutumes et enthousiaste de son pays; le Castillan est grave, sévère, orgueilleux et insouciant ; l’habitant de l’Estremadure est pétri d’indolence et de vanité; PAndalous se distingue par son arrogance : on l’appelle le Gascon de l'Espagne ; le Murcien, lent et lourd, est le peuple le plus ignorant et le plus soupçonneux de la Péninsule; le Valencien, au contraire, est inconstant, léger, gai, affable et industrieux. Considéré en masse, on peut dire du peuple espagnol ce qu’en disent les Espagnols eux-mêmes, que le fond de son caractère est une grande circonspection, le noble orgueil de l’honneur et de la probité, une constante résolution dans ses entreprises, et une sorte d’aversion pour les nouveautés dont lulilité ne lui est pas démontrée.
Doué d’un esprit pénétrant, il aurait depuis leur renaissance excellé dans la culture des sciences, si l’inquisition n’eùt comprimé l'impulsion dont il se sentait animé pour la philosophie naturelle, Sa brillante imagination cherchä des compensations dans la culture des lettres : les plus anciens romans appartiennent à la littérature espagnole, et composèrent longtemps, avec les chants nationaux qui célébraient les glorieux exploits du Cid, sa principale richesse. Éxpressive et harmonieuse, malgré les sons gutturaux de l’arabe dont elle a conservé plusieurs mots, la langue espa-
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