‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 3)Chapitre 53 sur 203 · MAS · texte numérisé non relu

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reste de la France pendant cinq mois, à partir de la fin de l'automne: ce sont des colporteurs, des bergers, des cultivateurs, des rémouleurs, des marchands de fromages, des mégissiers, des cordonniers, des marchands de parapluies et des instituteurs qui vont enseigner dans les départements voisins.

Le département de l'Isère ,! couvert de. montagnes dans presque toute sonétendue, présente plusieurs particularités remarquables; on y distingue quatre climats différents : celui des plâines arides, celuides plaines maré- : cageuses, celui des vallées et celui des montagnes. Dans les premières; on éprouve pendant l'été une grande chaléur et des vents impétueux; les secondes sont exposées à une température humide et moins élevéo ; dans les vallées profondes, les variations de l’atmosphère sont très-rapides; cependant la: pluie et la sécheresse y sont souvent d’une longue durée. Aux chaleurs accablantes de l’été succède le froid de l'hiver le plusrigou, reux. Les hautes montagnes n’offrent que deux saisons : celle de l'été et celle de l’hiver, qui est la plus longue. On retrouve,chez leurs habitants Ja même activité, la même industrie que nous remarquerons dans lesautres contrées de l’Europe parmi les peuples montagnards. Dans les régions élevées etdépourvues de bois, la population s'établit pendant l’hiver.dans les écuries ; mais l'abondance des fourrages compense le manque de forêts et permet aux paysans de nourrir des troupeaux considérables. Les vieilles futaies de la partie orientale du département fournissent:des. bois de chauffage et de construction, ainsi que des sapins pour la grandp-etle , petite mâture.

La route qui conduit de Briançon à Grenoble est tracée au milieu des montagnes, et côtoie la petite rivière de la Romanche, depuis La Grave, dernier village des Hautes-Alpes, jusqu’au bourg de Visille, intéressant par ses fabriques de toiles peintes, ses filatures et ses papeteries. Dans ce trajet on aperçoit des forges et des usines, qui indiquent la richesse: métallique de ces montagnes. Bientôt:on laisse sur la-gauche les;bords âpres ct sauvagés du Drac, et lon voit l'Isère, poursuivant son. cours sinueux et rapide au pied d’une chaîne ‘occupée par des vignes.et des

1 Contenances imposables. ch hectafes. Étangs, sbreuvoins, mares, canaux d'irri-

Terres labourables, . . . . . . . 316.387 galion, *. 14. . . 1.7.0 +178 Landes, pâtis, bruyères, . , , . . . 171,900 Oseraies, aulnaies, saussaies. g ï Lo DO ue LS acer ce es eu jolie 169,420 Contenances non ET ‘#8 RO M TE einen !. . 66,243 | Forêts, domaines nôn producufé.…. .:. 49702 Vignes, + , ,., © + + + + + +. 27,698 | Rivières, lacs, ruisseaux, . . . AS in Vergers, pépinières et jardins, . . . . ‘7,109 | Routes, chemins, plates publiques, rues À ,61 Propriétés bâties, . . . . . . . . 4,334 | Cimetières, églises, bresbytères, bâti

Cultures diverses. . . . . . . . . 2,301} ments publics. . * , . . . . . 190

müriers à sa base, et par des forêts et des pâturages jusqu’à sa cime, arroser la vallée du Grésivaudan, et traverser Grenoble, dont les remparts élevés en terrasses dominent une plaine couverte de vergers et de prairies. L'abord de cette ville ressemble à celui d’une place de guerre, bien qu’elle ae soit qu’un faible boulevard pour la France. Les remparts à la Vauban l'entourent, et l’on y entre par de vieux pont4evis. On y distingue deux quartiers : l’un appelé Saint-Laurent, est resserré entre le mont Rachet et la rive droite de l'Isère, et communique par un pont de bois et un pont de pierre avec l’autre nommé le quartier de Bonne. Le premier est entouré d’une faible muraille, le second a une enceinte bastionnée. Les restes d’une ancienne forteresse appelée la Bastille, et située sur une montagne qui porte le même nom, commandent toute la ville : de ce point on jouit d’un très-beau coup d’œil qui embrasse la vallée du Drac et celle de l'Isère. Le quartier Saint-Laurent, que l’on appelle aussi Za Perrière, parce qu’il est situé au pied du rocher, ne consiste guère qu’en deux grandes rues. Dans l’autre quartier qui borde la rive gauche de l'Isère, l’ancien hôtel de l’intendance est occupé par la préfecture ; le palais de justice orne par son architecture délicate et gothique la place de Saint-André; le lycée renferme une bibliothèque de 60,000 volumes qui, parmi des manuscrits précieux, possède les poésies du duc d'Orléans père de Louis XIT. On voit dans le même établissement un musée d’histoire naturelle, d’objets d’art et d’antiquité. Au milieu de ce sanctuaire, où la jeunesse va puiser l'instruction, on a placé les statues de Bayard, de Vaucanson, de Condillac et de Mably, nés dans les murs de Grenoble. On compte encore parmi les personnages célèbres qu’elle a vu naitre, madame de Tencin, Gentil-Bernard, Barnave et Mounier. Des écoles de droit, de médecine et de chirurgie, un musée, un cabinet de physique, un jardin pour létude de la botanique, une école d’artillerie, sont d’autant mieux placés dans cette ville, qu’elle a produit plusieurs autres hommes qui, par leurs talents, mériteront un jour une place à côté de ceux que nous venons de nommer. On y voit un bel hôpital, une salle de spectacle, un beau jardin public et plusicurs autres jolies promenades. Son industrie et son commerce sont importants, et ses belles fabriques de gants comptent peu de rivales en Europe. Son antiquité est attestée par l'histoire: c’était une des cités des Allobroges, qui l’appelaient Cularo. Ruinéce par les guerres des Romains, l’empereur Gratien la fit rebâtir et Jui donna le nom de Gratianopolis, duquel s’est formé celui qu’elle porte. Au bas de la montagne qui s’élève à l’ouest de Grenoble, le bourg de

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S'assenage est renommé par ses excellents fromages qui so fabriquent dans ses environs. Les curieux vont y visiter deux grottes que la crédulité populaire rendait autrefois célèbres, parce qu’elles renferment deux petites excavations cylindriques appelées les cuves de Sassenage, qui se remplissaient spontanément d’eau, dont la hauteur faisait présager l’abondance ou la pénurie des récoltes. Depuis que dans ces grottes, d’ailleurs fort curieuses, l’imposture ne trafique plus sur l'ignorance et la crédulité, elles sont moins visitées, mais n’en sont pas moins dignes de l'être. On y parvient par un sentier difficile : après en avoir franchi l'entrée, large et haute de 8 mètres, on se trouve dans une espèce de vestibule dont la profondeur et la hauteur ont plus de 42 mètres, et la largeur 62. Il aboutit à plusieurs cavernes; le torrent de Germe sort de la plus considérable en formant une belle cascade, dont le bruit retentit dans ces cavités souterraines.

Du sommet de la montagne à laquelle s’adosse Grenoble, on aperçoit, à plus de 25 lieues en ligne directe, les cimes glacées du Mont-Blanc. C’est dans la même direction, en remontant l'Isère, que l’on arrive à la Grande-Chartreuse, monastère fameux, regardé autrefois comme la capitale de l’ordre si riche et si sévère que saint Bruno fonda en 4084, et qui, au lieu de prendre le nom de son fondateur, prit celui du village de Chartrouse, situé près de la vallée qu’occupent le désert où ce pieux solitaire établit sa retraite, et le couvent que ses disciples y construisirent. Fermée aux deux extrémités par une gorge tracée au milieu de déchirures presque verticales couvertes de ronces et de sapins, il faut, si l’on veut la visiter au printemps, braver la chute imminente de rochers énormes à peine soutenus sur d’autres rochers qui se perdent dans les nues; passer au milieu d’escarpements entrecoupés de torrents dont le fracas étouffe la voix des guides et le cri des animaux, et, après avoir franchi un pont jeté d’une montagne à l’autre, se hasarder sur le talus glissant d’un roc placé sous la cascade du Guiers- Vif ou dans un passage étroit placé entre cette masse d’eau et l’abime au fond duquel elle se précipite. Ces difficultés, qui naissent de la fonte des neiges, cessent pendant la saison de l’été. A la fatigue d’un chemin tortueux, encombré de cailloux et de roches, succède l'obscurité d’une forêt de sapins qu’on traverse en s’élevant constamment, avant d’apercevoir le monastère; mais bientôt on commence à descendre, la vallée s’élargit, la forêt devient moins épaisse, les sapins cessent. de garnir la montagne, et l’on se trouve au milieu de la région des hétres, qui, moins rapprochés, permettent d’apercevoir la Grande-Chartreuse

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s'élevant sur un terrain inégal au pied du Mont-Granson, dont la cime blanchâtre domine tous les sommets qui l'entourent, L'aspect de cet édiice, d'une architecture simple, noble et solide, entouré par des prairies et la forêt, inspire un profond recueillement. Relevés, il y a près d’un siècle, sur les ruines du couvent bâli par saint Bruno et que le feu du ciel avait consumé, ses murs furent respectés à l’époque où l’on détruisit les maisons religieuses ; la salle du chapitre resta, jusqu’à ce jour, tapissée des portraits de tous les généraux de l’ordre : cette salle et le cloitre, qui renferme quatre-vingts cellules, sont ce qu'il y a de plus remarquable dans ce monastère ; cependant on y montre aussi les appartements des étrangers, de belles caves, et la belle fromagerie où l'on fabrique une espèce de gruyère. En remontant le torrent par un chemin ombragé, large et assez commode, on arrive en un quart d'heure à la cellule de saint Bruno, qui est aujourd’hui convertie en chapelle. Dans une grotte située au bas, coule la fontaine où il se désaltérait,

Nous ne décrirons point tout ce qu’on entend par les curiosités naturelles des environs de Grenoble; c’est seulement par quelques traits que nous donnerons une idée du pays. Dans les siècles d’ignorance, on portait à sep{ le nombre de merveilles que renfermait l’ancienne province du Dauphiné. Louis XI se gloriflait de posséder un pays dont les merveilles surpassaient en beauté celles du monde qu’elles égalaient par leur nombre. Cependant, comme tout ce qui étonnait le vulgaire recevait alors le nom de merveille, on en compta jusqu’à quinze dans cette province. C'était la Tour-sans-venin, sur un rocher qui domine le Drac, à une lieue de Grenoble : il n’en reste plus qu’une muraille. Elle passait pour avoir été bâtie par Roland, et jouissait du privilége d’éloigner toutes les bêtes venimeuses : une poignée de terre ramassée au pied de ses murs suffisait pour détruire tous les insectes; mais le miracle n'existe plus : les ruines de la tou” recèlent des serpents et d’autres animaux venimeux 1. C'était, à 2 heues de Die, la montagne inaccessible, plus large vers son sommet qu'à sa base; c'était la fontaine ardente, située entre les deux précédentes merveilles, produite par des exhalaisons de gaz hydrogène; c’étaient les cuves de Sassenage dont nous avons par!:; li: 4.10 de Notre-Dame-de-la-Balme dont nous parlerons bientôt; la fonlain:

1 Celon qielques savants, l’église de Pariset, hameau voisin de la Tour, était sous linvocatior. de «vint Férand. Te peuple a d'abord dit la Tour-de-Saint-Férand, puis de Saint-Vérais, ot comine verain signifie dans le langage du pays venin, on a fini par dire Z'our-de. “riui.# enin, Tuur-sans-venin.

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vineuse, eau minérale dont le goût rappelle celui du vin; le pré qui tremble, que nous avons vu au milieu du lac de Pelleautiers ; le vent pontias qui, dans la vallée de Nyons, sort du mont Devez et suit le cours de la rivière d'Eygues; le swrher mobile, dans les environs d'Embrun, et qui, en équilibre sur un autre rocher, se met em oscillation au moindre effort; enfin, il n’est pas jusqu'aux eaux minérales tant soit peu salu. ires qui n'aient été placées parmi les merveilles dont la plupart ne méritent | l'honneur d’être décrites.

Dans la vallée de Godmard, le hameau de" Andrieu est tellement enfoncé au milieu des rochers, que pendant plus de trois mois de Phiver il est privé de la vue du soleil. Lorsque cet astre se montre pour la première fois, tous les habitants, suivant un usage antique, ayant à leur tôte le vénérable ou le plus ancien d’entre eux, se rassemblent sur un pont construit dans le voisinage : chacun y porte une ome’ette, des danses célèbrent le retour du soleil; dès que l’astre paraît, toutes les omelettes Jui sont présentées en offrande ; le cortège reprend le chemin du hameau ; on mange en commun ces prémices sorties de la poêle, et la fête se termine par des réjouissances', Au nord de la Grande-Chartreuse, le bourg des Échelles, peuplé de 4,600 habitants, est sur la limite de la France et de la Savoie, près de la magnifique route taillée dans le roc par Charles-Emmanuel, et de celle que Napolton fit creuser, en ouvrant dans la même chaîne une longue galerie souterraine; plus loin, le Pont-de- Beauvoisin, sur les rives du Guiers, qui le sépare du bourg sarde du même nom, est le dernier bourg de France : il possède des eaux minérales efficaces contre les fièvres tierces ; sa population est de 2,59% âmes. La même route traverse la petite ville de La Tour-du-Pin, dans un vallon fertile.

Prenons une autre direction : suivons, au sud de Grenoble, le chemin de Vizille au Bourg-d'Oisans. A la sortie du premier de ces bourgs on pénètre dans la sombre vallée dela Romanche, qui, resserrée entre de hautes montagnes boisées, offre les aspects les plus sauvages et les plus pittoresques. Cette gorge étroite règne sur une longueur de 6 à 7 lieues, offrant quelques hameaux renfermant des usines, dont le plus important comme le plus" central est celui de Gavet. On reconnait encore, au bout de ce trajet, la digue de l’ancien lac de Saint-Laurent qui couvrait jadis toute la vallée du Bourg-d’Oisans. Ce lac dut son existence de deux siècles à l’un

1 Voyez les Merveilles et les Beautés de la nature en France, par M. Depping, qui rapporte ce trait, d'après M. Ladoucelte, ancien préfet de l'Isère.

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des plus terribles événements auxquels sont exposées les vallées des Alpes. Deux torrents se précipitent, en face l’un de l’autre, du haut des mon: tagnes, dans la Romanche, à l’endroit même où celte rivière sort du large bassin du Bourg-d'Oisans pour entrer dans la gorge. Ils grossirent subitement l’un et l’autre, dans le onzième siècle, au point d’entraîner au fond de la vallée une immense quantité de rochers, de terres et de graviers, qui, se joignant des deux côtés, finirent par la barrer ; et les eaux de la Romanche, retenues par cette chaussée, s’élevèrent jusqu’à son niveau, en couvrant toute la plaine à une hauteur de 20 à 30 mètres. Un reste de pont qu’on :‘cuve sur la route qui conduit au Bourg-d'Oisans indique encore aux voyageurs la hauteur du lac, et par conséquent celle de la digue. Formée et cimentée par la nature, ce fut la nature qui la détruisit ; les eaux du lac qui la minaient. dès longtemps la rompirent enfin, dans le treizième siècle, en septembre 1229, et se précipitèrent avec impétuosité dans la vallée inférieure, et de là dans celle du Drac, enfin dans celle de l'Isère. Elles entraînèrent avec elles tous les villages, toutes les habitations qui se trouvaient sur leur passage, et submergèrent la ville de Grenoble, J1 n’y eut de sauvées que les personnes qui eurent le temps, avant la crue des eaux, de se réfugier, ou sur les montagnes, ou dans les hautes tours et les clochers de la ville : tous les ponts furent renversés. Le premier accident avait enseveli la plaine de l'Oisans, le second l’exhuma de son tombeau. Mais la catastrophe qui l’a submergée peut se reproduire encore : ‘ la cause subsiste toujours, et peut, d’un moment à l’autre, produire le même effet, La violence des deux torrents et les débris des monts qu'ils entraînent avec eux peuvent encore boucher la. vallée, en opposant une nouvelle digue à la Romanche, et former un nouveau lac, qui ne trouverait de même son dégorgement qu’en s’élevant à la hauteur de cette digue.

Près du village de Notre-Dame-de-la-Balme, sur la rive gauche du Rhône, on voit la célèbre caverne qui fut comptée au nombre des merveilles du Dauphiné. Son entrée est transformée en une chapelle de la Vierge, et son intérieur se compose de plusieurs salles ornées de stalactites du plus bizarre effet, de cascades, de canaux et d’un petit lac sur lequel on se promène en bateau à la clarté des flambeaux, comme si cette grotte était l'entrée des eüfers. ,

Arrosèe par la Gère et resserrée entre la rive gauche de Rhône et des collines qui se présentent en amphithéâtre, Vienne, importante station du chemin de fer de Lyon à Avignon, autrefois formée de rues sales et tortueuses, s’embellit chaque jour par de nouvelles constructions. La façade

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