‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 3)Chapitre 6 sur 203 · TIRER · texte numérisé non relu

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nature; les Bardes consacraient la poésie à rendre les lois plus faciles à retenir, chantaient lès exploits des héros, et transmettaient à la postérité les grands événements de l’histoire : leurs chants étaient la base de l’éducation de tous les Celtes; les Vales étaient les sacrificateurs, et les Druides ou Saronides, étaient les sages qui prédisaient l’avenir par l’examen des entrailles des victimes humaines, qui dirigeaient les consciences, et qui, instruits dans toutes les sciences, passaient pour être habiles dans l’art de guérir les maladies. Ils rendaient la justice; ils présidaient les assemblées de la nation et les débats judiciaires appelés jugements de Dieu, dans lesquels les épreuves de l’eau, du feu et du fer décidaient de la culpabilité ou de l’innocence d’un prévenu. Enfin, ils jouissaient d’un tel crédit, que nulle affaire importante, relative à la politique ou aux familles, ne s’entreprenait sans qu’on les consultât. Ils entretenaient le peuple dans l’idée que les actions condamnables et les péchés offensent la Divinité, et que des sacrifices expiatoires peuvent seuls délivrer l’âme du pécheur : de là le grand nombre de victimes que l’on immolait: mais comme l’homme est la plus noble des créatures, ils pensaient que le sang humain était le plus agréable à la Divinité. C'était ordinairement parmi les prisonniers que l’on choisissait les victimes ; cependant, lorsque les calamités publiques affligeaient la nation, des fanatiques s’offraient volontairement au fer du sacrificateur, et mouraient satisfaits de laisser après eux le souvenir d’un dévouement admirable et d’une réputation de sainteté. Les prêtres celtes s’étayaient de l’ascendant de la religion pour développer la morale dans les cœurs : ils prétendaient que le séjour céleste était fermé à ceux qui périssaient de mort violente : aussi les suicidés étaient-ils regardés comme des lâches ou des impies. Celui qui avait outragé la morale publique et religieuse , ou qui refusait de se soumettre aux décisions des prêtres, encourait la peine d’une sorte d’excommunication, par laquelle il était exclu des assemblées civiles et religieuses. Personne ne voulait le voir ni lui parler ; on le regardait comme un impie, un pestiféré que chacun évitait, dans la crainte de gagner son mal; il devenait alors un objet d'horreur pour ses concitoyens. Les druides, dans un’ but politique, avaient établi des temps d’abstinence ou de jeùne qui tombaient ordinairement dans les plus grandes chaleurs : ils avaient reconnu que pendant l'été la nourriture végétale est la plus saine. Le chêne était en vénération chez les Celtes, et le gui, si rare sur cet arbre, était par cela même consacré à la Divinité : c’était le remède à tous les maux. Au renouvellement de l’année, qui se composait de mois

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lunaires, les druides, formant un imposant cortége, parcouraient les foréts, coupaient la plante parasite avec une serpe d’or, la recucillaient dans une saye ou tunique blanche, et la distribuaient ensuite à la foule empressée. Cette cérémonie était annoncée à haute voix par des prêtres qui parcouraient la Gaule : telle est l’origine du cri Au gui l'an neuf! conservé dans quelques vieux refrains de nos provinces,

Les druides reconnaissaient un chef auquel ils étaient aveuglément soumis, et qui habitait le pays Chartrain. Ils n’étaient admis aux fonctions sacerdotales qu'après un noviciat de vingt ans. Leurs femmes participaient à la vénération qu’ils inspiraient au peuple, mais sans partager ni les prérogatives, ni le rang élevé du sacerdoce. C’étaient elles qui jugeaient sans appel les contestations entre particuliers pour fait d’injures; elles avaient même acquis dans l’art de prédire l’avenir une plus grande réputation que leurs maris : voilà peut-êire l’origine de la croyance aux fées, si longtemps en crédit dans nos contrées. Les druidesses étaient établies dans l’île de Séna (Sein) et à l'embouchure de la Loire.

Dans l’Armorique les prêtres portaient le surnom de belhec, parce qu’ils étaient vêtus de lin, et les prêtresses celui de leanes, parce qu’elles étaient toujours habillées de laine blanche.

Cependant les Romains, qui sentaient l’avantage qu’ils pouvaient tirer de la bravoure des Celtes, respectèrent longtemps ieur organisation municipale et cherchèrent seulement à les policer, ce qui fut facile en leur faisant adopter et leurs arts et leurs lois. Ils accordèrent à leurs chefs le titre de citoyen et les emplois de gouverneur de province : la langue celtique se latinisa, surtout dans Gaule centrale, qui servait de communication avec la Germanie; mais il fallait les délivrer du joug des druides : César, Tibère, Claude, employèrent tour à tour la persuasion et la violence pour mettre fin à leur coutume barbare de verser le sang humain. Des forêts furent détruites; le peuple adopta l’usage des temples, et les dieux du Capitole obtinrent des autels. On vit alors des druides mêler leur ancien culte à celui de leurs vainqueurs; des druidesses demeurer dans les temples qu’elles desservaient, excepté ie seul jour où, suivant leur antique usage, elles pouvaient habiter avec leurs époux ; d’autres, vouées au célibat, remplacer dans la Gaule les vestales romaines.

Le druidisme était encore loin d’être anéanti, lorsque le christianisme pénétra chez les vainqueurs et chez les vaincus. Il est même probable que les premiers chrétiens qui convertirent les Celtes les laissèrent conserver quelques pratiques dont la religion chrétienne pouvait tirer un parti

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salutaire dans la bienfaisante influence qu’elle devait avoir sur un peuple superstitioux, puisque nous les trouvons établies chez ce peuple dès la plus haute antiquité, et que ces pratiques approuvées par Rome devinrent universelles. On représenta sans peine les druides comme des magiciens ou des hommes dévoués au démon : leurs cérémonies nocturnes, pratiquées au fond des forêts, accréditèrent ces idées ; et persécutés, ainsi que leurs partisans, ils ne purent résister au zèle des nouveaux convertis.

Un demi-siècle s'était à peine écoulé depuis que l’Empire romain avait été divisé en Empires d'Orient et d'Occident, lorsqu’après de vains efforts pour contenir des peuples que les maîtres du monde avaient trop longtemps opprimés, on vit ces nations barbares démembrer les provinces. Les Burgundiones ou Bourguignons, chassés des bords de l’Oder et de la Vistule par les Gépides sortis de la Scandinavie, et les Visigoths, originaires de la Suède méridionale, fondèrent, vers le commencement du cinquième siècle, dans la Gaule, deux royaumes limitrophes. Les premiers occupèrent une partie de la Suisse et de la Savoie, la Franche-Comté, la Bresse, le Dauphiné, le Lyonnais, la majeure partie du Nivernais, et la contrée voisine qui, de ces peuples, a conservé le nom de Bourgogne. Les seconds, prenant pour limite septentrionale les rives de la Loire, occupèrent le centre et le midi de la France, en y comprenant la Provence et le comté de Nice, et même une partie de l'Espagne !. Des peuples sortis de la Germanie, les Marvingi établis sur les bords de la Saale en Franconie, forment, avec d’autres nations, une ligue sous le nom de Francs, s’établissent dans la Gaule Belgique, et, commandés par Pharamond, fondent un petit royaume dont la limite méridionale est représentée par une ligne, qui, parlant de l'embouchure de la Somme, passerait par Amiens et Réthel, et, comprenant Trèves avec une partie de son territoire, se terminerait sur la rive gauche du Rhin un peu au-dessous de Mayence. Soixante ans plus tard, ces Francs, sous la conduite de leur roi Chludwig, Clodovech ou Clovis, détruisent les restes de la puissance romaine dans les Gaules, en s’emparant de tout l’espace compris entre la limite que nous venons de tracer, et celle des royaumes visigoth et bourguignon.

Pendant vingt ans la Gaule fut ainsi divisée : le tiers de sa superficie actuelle était occupé par les Francs, plutôt protecteurs qu’oppresseurs des Gaulois, qu’ils confondaient avec les Romains, parce que les Æimri

1 Le royaume des Visigoths fut fondé par Ataulphe en 414, et celui des Bourgui-

, gnons par Gundicar en 413.

3 On s'accorde à faire remonter l'érection du royaume des Francs à l’an 420.

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et los Galli avaient adopté les lois romaines. On distinguait les vainqueurs à leur langage, à leur vêtement ct à leurs caractères physiques. Les Francs, chaussés d’une petite bottine, la jambe et les bras nus, le «orps couvert d’une tunique étroite et courte retenue par un ceinturon, laissaient flotter sur leurs épaules de longs cheveux blonds, et se teignaient les moustaches. Leurs armes étaient une longue épée, uno francisque ou hache à deux tranchants, des javelots dont le fer divisé en trois branches représentait ce que l’on a appelé plus tard la fleur de lis, et un bouclier dont ils se servaient avec une dextérité extraordinaire. Les nationaux avaient été forcés de partager leurs biens avec leurs nouveaux hôtes; les chefs des Francs dédommagèrent les Gaulois en abolissant une partie des impôts, en respectant leurs coutumes, en conservant leurs magistrats, et en reconnaissant la noblesse gauloise; ils se réservèrent seulement le droit de donner des ducs aux provinces, des comtes aux villes, et des vicecomtes ou vicomtes aux bourgs et aux villages; dans les conseils du prince les Gaulois avaient le crédit et l’ascendant que donnent les lumières et l'instruction.

Les Bourguignons et les Goths, de mœurs plus rudes que les Francs, étaient vêtus de peaux d'animaux. Les premiers se faisaient reconnaitre à leur tête ronde, à leurs yeux petits et enfoncés, à leurs larges épaules et à leurs poitrines bombées. On distinguait les seconds à leur teint brun, à leur nez aquilin, à leur œil vif, à leur barbe noire et touffue, et à leurs longs cheveux tressés. La rudesse de leurs mœurs était un des motifs qui faisaient supporter impatiemment aux Gaulois leur domination; et ce fut sans doute une des causes qui contribuèrent à la destruction de leurs monarchies.

L'ambition de Clovis força bientôt les Visigoths mêmes à se réfugier en Espagne. À la mort de ce prince, ses fils divisèrent la France en quatre royaumes, dont Paris, Orléans, Soissons et Metz furent les capitales. Les partages par successions, par conquêtes, par usurpations, ou par suite d’assassinats et d’autres forfaits, avaient réuni, au septième siècle, les différentes parties de la France ct le royaume de Bourgogne sur une seule tête, lorsqu'un siècle plus tard la France, gouvernée pendant quelques années par Charlemagne et Carloman son frère, demeu:a “eu: uu premier, qui la rendit puissante par ses conquêtes.

Suus ce prince, la France, plus étendue qu’elle ne le fut jamais, était divisée en occidentale et en orientale. La première comprenait la Provence, \à Cothie où Seslimanie, aujourd’hui le Languedoc, la Vasconie ou

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