‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 3)Chapitre 76 sur 203 · PAR RER · texte numérisé non relu

PAR RER

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bourg de 4,000 âmes, à 5 lieues de celle-ci, renferme les forges et les usines les plus considérables de la Bretagne ; Plélan-le-Grand a de belles fabriques de fil. Ce bourg et ce village sont trois fois plus peuplés que le chef-lieu.

En arrivant à Rennes, les magnifiques promenades qui bordent la Vilaine donnent de cette ville une haute idée que justifie le beau quartier bâti sur un plan régulier et que l'on nomme la ville haute, par opposition avec celui qui sur Ja gauche du fleuve porte le nom de ville basse, et qui souvent a souffert de ses débordements. Il est peu de places en France aussi belles que celle du palais; les maisons qui l’entourent, ornées de pilastres d'ordre corinthicn, s’accordent parfaitement avec l’architecture d’ordre toscan du palais de justice. La place d'armes est moins magni-" fique, mais plus vaste. L’hôtel-de-ville, d’une construction plus élégante que celle du palais, termine une plantée de beaux tilleuls. Le musée de peinture contient des tableaux dus à des peintres célèbres : l’un de ces tableaux est du roi René ; le jardin botanique forme une promenade charmante; le musée d'histoire naturelle est riche surtout en coquilles. A ces divers établissements, Rennes joint l'avantage de posséder un grand nombre d'établissements publics de charité et d'instruction. Elle est le siége d’une cour impériale et d’un évêché; son école de droit est estimée. Nous ne citerons, parmi les hommes célèbres qu’elle a produits, que La Motte-Piquet, marin intrépide ; René de La Bletterie ; le jésuite Tournemine, connu par sa vaste érudition ; Caradeuc de La Chalotaiss Saint- Foix, auteur des Essais sur Paris, et Lanjuinais. Cette ancienne capitale de la Haute-Bretagne renferme une maison centrale de détention destinée aux condamnés des quatre départements qui ressortissent à sa cour impériale. Placée sur une rivière navigable et un canal qui la fait communiquer avec Saint-Malo, au centre de douze grandes routes, elle est destinée à devenir un entrepôt considérable lorsque le chemin de fer de l'Ouest la traversera. Rennes est l’ancienne Redones des Romains ; les Gaulois la nommaient Condate à cause de sa position au confluent de deux rivières. Elle fut longtemps la capitale de la Haute-Bretagne, et son parlement se fit, jusqu’en 1789, remarquer par son indépendante fermeté. C’est sur la rive gauche de la Vilaine, à une demi-lieue de Rennes, que se trouve le hameau de Za Prévalaye, dont les environs fournissent pour Paris cet excellent beurre si recherché sur nos tables.

Vitré, station du chemin de fer de l'Ouest, qui nous reste à voir, n’est ni propre ni bien bâti; on dirait qu’on n’a fait de celte ville un chef-lieu

de sous-préfecture que par condescendance pour l'importance dont elle jouissait avant la révolution comme siège des états de Bretagne. L'une de ses plus belles maisons est celle qu’occupait, pendant leurs sessions, madame de Sévigné ; habitation qui passerait aujourd’hui pour fort modeste. On est tenté de regarder cette vieille cité bretonne comme une des plus anciennes villes armoricaines ; quelques amateurs d’antiquités prétendent. reconnaître dans ses murailles des traces de constructions romaines, mais c’est une erreur. Elle a vu naître Savary, auteur des Lettres sur l'Égypte. Il faut visiter dans ses environs des promenades champêtres charmantes, une fontaine d’eau minérale assez fréquentée, le domaine des Rochers et son château flanqué de tourelles, où l’on conserve avec soin les objets qui ont appartenu à la femme célèbre dont la correspondance occupe une place distinguée dans notre littérature.

Essayons de tracer en peu de mots les mœurs, le caractère et le costume du paysan breton. Brusque et peu communicatif, sa franchise n’est qu’une sorte de grossièreté naturelle; enclin à la mélancolie, il manifeste rarement sa satisfaction ; dissimulé avec les citadins, il ne se montre tel quil est qu’avec ses égaux. Naturellement avare, il ne vit que de privations, même au milieu de l’aisance ; il est souple et suppliant lorsqu'il demande, et soigneux de cacher ses facultés pécuniaires, à moins qu’un intérêt majeur ne le porte à exagérer ses ressources. Comme chez les Celtes ses ancêtres, le mari est maître absolu chez lui. Une vertu commune chez les Armoricains est la fidélité avec laquelle ils tiennent leurs engagements. Quoique leur taille dépasse rarement 1 mètre 72 centimètres, les Bretons sont en général robustes et durs à la fatigue. Malgré leur lenteur habituelle, ils aiment la danse avec passion : ils font quelquefois plus de 2 lieues pour se rendre à l’atre neuve où l’on entend la musette, qu'ils nomment biniou. Les fêtes patronales, appelées pardons, attirent au pied des autels une foule empressée qui y assiste avec beaucoup de recueillement, et qui Va ensuite remplir les cabarets ou danser au son du biniou. Dans l'Armorique, les costumes sont aussi variés que les dialectes : à Rumingol, chapelle située près de la petite ville du Faou, dans le Finistère, on en peut juger aux jours de fêtes. On y voit le montagnard avec son habit de berlinge ; les demi-messicurs des environs de Brest portant l'habit à poches ou la veste ronde du matelot; le paysan de Plougastel avec sa culotte longue et son bonnet de laine; celui de Landivisiau avec un énorme chapeau, une large redingote, l’ample bragou-bras noué aux genoux, et de longues guëtres de cuir ; celui d’Audierne vêtu de grosse

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toile et d’une espèce de capuchon de camelot qui couvre son feutre et ses épaules. Le costume des femmes n’est pas moins diversifié : l'habillement de la paysanne de Lambezellec se rapproche de celui des riches artisans des villes ; les femmes de Pleyben, fraiches et sveltes, sont vêtues d’étoffes de coton “ayées ; celles des environs de Douarnenez portent des jupons de diverses couleurs étagées, dont les bords sont garnis d’un galon d’or ou d'argent ; celles de Morlaix ont une camisole ouverte et une guimpe d’une blancheur éclatante ; enfin on remarque celles de Fouesnant, qui passent pour les plus jolies du Finistère, et celles de Morlaix, dont la coiffure enrichie de dentelles rehausse encore l'éclat.

Le département, traversé du nord au sud dans toute sa longueur par la Mayenne!, offre à peu près le même sol et les mèmes productions que . celui d’Ille-et.Vilaine. Borné à l’ouest par un rameau de la chaine armorique, il est généralement composé de plaines ondulées. Les vallées y sont fertiles en seigle et en orge; les pommiers et les poiricrs, très-multipliés, y produisent annuellement 600,000 hectolitres de cidre et de poirés la vigne n’y occupe que 4,290 hectares de terrain ; parmi les plantes légumineuses, on cultive le chou-cavalier dont la hauteur excède celle d’un homme. Il est un des moins riches en forêts ; les prairies y sont peu étendues, mais les landes et les terres en jachères nourrissent un grand nombre de bestiaux." Les bêtes à cornes, les porcs et les moutons y sont nombreux et d’une race estimée; les abeilles s’y élèvent en grand, et la classe industrieuse y fabrique des toiles de chanvre et de lin, et des tissus de coton; enfin quelques mines de fer alimentent plusieurs usines.

On se tromperait grandement si l’on s’attendait à trouver dans Laval des rues bien percées et des maisons dignes: d’une ville industrieuse et riche. Sa situation entre deux montagnes qui forment une belle vallée, et sur le bord de la Mayenne, qui la sépare du plus grand de ses faubourgs, est aussi agréable que son intérieur l’est peu. C’est bien là cette ancienne baronnie, dont les murailles n’annoncent point une origine antérieure au dixième siècle, qui fut acquise par une branche de la maison de Montmorency en 1248, et par Charles VIT érigée en comté. Au milieu de la ville,

1 Contenances imposables. hectares hectares | Vignes, . , . + + + + + 1,290

Terres labourables, . . . . . ,. . 354,209 Oseraies, aulnaires, saussaies. : : : : Pré 69,339 C Mol EE 26,380 ontenances non imposables, Landes, plis, bruyéres. + + + + + + 24429 | Routes,chemins, placespubliq.,rues,etc. 19,943 Vergers, pépinières et jardins, . . . . 8,596 Rivières, lacs, ruisseaux, , , . 2,167 Propriétés bâties. . . , , , . . . 3,728] Cimctières, églises, presbyières, bat Cultures diverses, . , . . . . . . 2,534] mentspublics , , . gta Étangs, abreuvoirs, mares, etc. etc. + + 1,831 | Forêts, domaines non productifs, s. + + {1

et sur le bord de la rivière, s'élève le‘vieux château de ses ducs, transforme en maison d’arrêt, Un autre château, d’une construction moderne, est aujourd’hui le palais de justice. L'église de la Trinité, bâtie sur l’emplacement d’un temple de Jupiter, est remarquable par son architecture gothique mêlée de moderne. La halle aux toiles, bâtiment vaste et d’une grande élévation, fut construite par les ducs de La Trémouille, dont l’autorité succéda à celle des Montmorency. La réputation des toiles de Laval date de plus de 500 ans; cette branche d'industrie fut importée par un Gui VIII, l’un de ses seigneurs, après son mariage avec Béatrix de Flandre, d’où il fit venir d’habiles tisserands; et cependant cette particularité est peu connue dans cette ville, qui aurait dû, par reconnaissance, élever un monument au principal auteur de sa prospérité. Il s’y tient tous les samedis un marché aux toiles où il se fait souvent pour plus de 500,000 francs d’aifaires. Laval, qui possède une bibliothèque de 25,000 volumes, a produit plusieurs savants littérateurs; mais elle a de plus l'honneur de compter parmi ses enfants, Ambroise Paré, le père de la chirurgie en France. Cette ville est destinée à devenir une des plus importantes stations du chemin de fer de l'Ouest.

La Mayenne arrose successivement Mayenne, Laval et Château-Gonthier, les trois chefs-lieux d'arrondissement du département. La première et la troisième se trouvent à 6 lieues au nord et au sud de Laval, disposition mutuellement favorable à leurs relations commerciales. Chdteauuonthier, qui serait jolie si ses rues étaient alignées, est séparée de son principal faubourg par la rivière; sa promenade doit son plus grand agrément à une vue délicieuse sur le bassin de la Mayenne, dont les rives, bordées de noyers, de vergers el de prairies, sont dominées par des escarpements qui produisent le plus bel effet. De tous les châteaux situés aux environs de cette ville, le plus remarquable par l’élégance de son architecture, est celui de Saint-Ouen, bâti par Anne de Bretagne. A 4 licues à l’ouest, Craon, peuplée de 4,171 habitants, est la patrie du célèbre Volney. En approchant de Mayenne, l'œil est également satisfait de sa situation sur le penchant de deux coteaux, et de l’aspect qu’elle offre, malgré ses rues escarpées et mal percées. Sa propreté et ses deux jolies places, dont l'une est ornée d’une belle fontaine, annoncent que nous ne sommes vlus dans l’ancienne province de Bretagne. Elie fut érigée en duché-pairie par Charles IX, en faveur de Charles de Lorraine, qui prit le titre de duc de Mayenne. Construit sur un rocher à la droite de Ja rivière, l’ancien château de ce prince et de ses successeurs forme un point de vue très-

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pittoresque. Le fabriques de toile de cette ville occupent plus de 8,000 ouvriers. Il existe dans ses environs des forges qui produisent par an plus de 600 millions de fer.

Le departement 1 qui confine à l’est avec celui de la Mayenne, est traversé par la Sarthe, qui, du nord au sud, arrose des terrains fertiles jusqu’à sa réunion avec l’Huisne. Ici le sol change, et tout l’espace compris entre cette rivière et le Loir est couvert de landes sablonneuses plus ou moins stériles. Des vins médiocres, des céréales en suffisance, d’importantes récoltes en trèfle, un grand nombre de troupeaux, de volailles, engraissées avec soin, et de ruches; des mines de fer et des liouillères, constituent en un mot la richesse territoriale du département de la Sarthe.

L'arrondissement de Mamers, le plus important après celui du chef-lieu, est le premier que nous vi ‘terons, parce qu’il est le plus septentrional. Son sol est riche, et le siège de la sous-préfecture, petite ville qui parait avoir été fondée peu de temps après l’arrivée des Francs dans les Gaules, qui fut fortifiée par les Normands, et s’est embellie depuis plusieurs années par quelques promenades et des constructions utiles. Elle consiste en une dizaine de rues qui aboutissent à deux grandes places : sur la première s'élève une double et jolie halle neuve; sur la seconde, celle du Grouas, on voit l’ancien couvent de la Visitation, vaste et bel édifice où sont réunis les tribunaux, la sous-préfecture, la mairie, le collége, la bibliothèque, la prison, la caserne de gendarmerie et la salle de spectacle. A 4 lieues de Mamers, près du village de Champfleur, on voit une chaussée formée de blocs de grès arrondis et que l’on retrouve, à quelques lieues plus loin, au bourg de Saint-Paterne ou Paler : on la regarde comme les restes d’uné voie romaine qui conduisait d'Alençon au Maus. A La Ferté Bernard, ville qui compte à peine 2,645 habitants, l’Huisne et la Mène font mouvoir des moulins à blé et à foulons, et contribuent à la prospérité de plusieurs belles fabriques de toiles, de piqués et d'étamines; elle prouve l'influence de l’industrie sur les lumières en entretenant une bibliothèque publique.

1 Contenances imposables. hectares

héolitèé Gultures diverses. es «+ 1,635 Duéron lontablue. à x 303,457 ANR AURUNOIES, (RTL, canaux. . . 1,364 D nn ee te Ne 68 320 seraies, anlnaies, Saussaies, , , + 79 TR SEE a. 58.120 Contenances non imposables.

Landes, pâtis, bruyères . . . . . . 45.388 | Routes, chemins, places publiques, rues. 14,663 Vergers, pépinières etjardins. . . . + 10,480 | Forèts, domaine; non productifs, . , . 10,276 Vignes, . 4 . + + 4 + + + + « 10,082 | Rivières, lacs ruisseanx. . . . , , , 9,819 Propriétés bâties. + , . . . . + + 4,009 | Cimetières, eglises, presbytères. , , ,

Placée au centre du département, Le Mans, importante station du che-

min de fer de l'Ouest, est la ville la mieux située pour le rang administratif qu’elle y occupe. Sept grandes routes y aboutissent, et les peupliers qui les bordent ajoutent à la beauté de ses environs. Le quartier situé sur la rive droite de la Sarthe annonce, par ses rues étroites et tortueuses pavées de cailloux et impraticables aux voitures, l'ancienneté de sa construction. La ville hauts est mieux bâtie, les habitations y sont construites en pierres de taille et couvertes en ardoises; mais la plus belle partie de la ville esi ie quartier Neuf, résidence de toutes les sommités industrielles ‘et financières : c’est là que se trouvent la préfecture et la bibliothèque, à laquelle on ne donne pas moins de 45,000 volumes ct 700 manuscrits. La cathédrale, dont la construction, souvent interrompue, a duré 600 ans, est un mélange d’architecture romaine et d’architecture guthique ort intéressant pour l’histoire de l’art. Près de cette église, on voit encore un de ces monuments druidiques appelés menhir, ainsi que l'habitation qu’occupait Scarron lorsqu'il verait faire au Mans son service de chanoine. La salle de spectacle est une des plus jolies de France; le musée d’histoire naturelle est un des plus riches et un des mieux tenus; le dépôt des archives est rangé dans un ordre remarquable. Cette ville, qui renferme un grand nombre d'hommes éclairés, possède plusieurs sociétés savantes. Elle fait un commerce important de toiles, chanvre, et volailles fines que l’on engraisse sur son territoire ; elle fabrique des bougies qui ont longtemps joui d’une réputation méritée. La promenade des Jacobins, ombragée de tilleuls et bordée de terrasses, est sur l’emplacement d’un amphithéâtre romain ; car celte ville, appelée Suindinum lorsqu'elle était la capitale des Cenomani, fut sous la domination romaine la seconde cité de la troisième Lyonnaise. Sous Charlemagne, c’était une des principales villes de France, aussi fut-elle deux fois ravagée par les Normands. Elle fut plusieurs fois prise et reprise par l’armée vendéenne et l’armée républicaine. Cette ville est la patrie du sculpteur Pilon, du comte de Tressan, de Denisot, peintre et poëte, et du mathématicien Lamy.

Bordée de forêts et de plaines sablonneuses, l’Anille arrose un chef-lieu qui porta le nom de cette rivière jusque vers le sixième siècle, qu’un saint Calais vint lui donner le sien en y fondant un monastère. Une vieille église, une grande place et deux promenades forment la série de ce qu’elle renferme de plus curieux. Elle joint à des fabriques de toiles et d’étamines un bon commerce de graines de trèfle. A 3 lieues au sud, l’industrieux bourg de Bessé compte plusieurs belles manufactures de siamoises, de

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