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à 45,000 hectolitres. Sou-Dagh présente encore les restes imposants d’une vasté forteresse génoise. |
À l'endroit où finissent les montagnes, nous trouvons Caffa ou Keffu, l’ancienne Theodosia, nommée par les Russes Féodocia, qui sous les Génois était parvenue à une telle prospérité, qu’on l’appelait le petit Constanlinople ou bien le Constantinople de la Crimée (Krim Stamboul). C'était le débouché de toutes les marchandises de la Tatarie d’alors, c'està-dire de la Russie orientale et méridionale d’aujourd’hui ; on portait le nombre des maisons à 41,000, mais les ruines n’indiquent pas une enceinte proportionnée à ce nombre. Mahomet IF, maître du Bosphore, la conquit en 1475. Sous les Tatars, la ville fut encore florissante, mais les Russes ont vu fuir ici, comme ailleurs, la population entière ; à peine Caffa comptet-elle 4,500 habitants. Son port est vaste, mais peu sûr. La soldatesque russe, à l’époque de la conquête, a démoli ou mutilé une foule de monuments génois et tatars ; Caffa possède aujourd’hui un musée d’antiquités, une belle collection de médailles en bronze et en argent, formant une riche suite des princes du Bosphore. La partie moderne qui est habitée par les Grecs et les Arméniens, offre quelques rues assez régulières et des maisons d’une assez belle apparence.
La péninsule orientale, formée de collines, renferme kerlch, grande ville de 20,000 âmes, qui est aujourd’hui la mieux bâtie de toute la Crimée, et qui occupe la place de l’ancienne Panticapæum, capitale du petit royaume de Bosphore, et Feni-Kaleh, ancienne forteresse construite par les Tures et les Génois, qui domine le Bosphore Cimmérien ; les Russes l’entretien nent avec soin.
Près des bords de la mer à l'entrée de la forteresse, on remarque un sarcophage grec antique en marbre blanc qui sert de bassin à une fontaine turque.
Les Tatars de la Crimée (aujourd’hui émigrés en grande partie) paraissent être un mélange de Turcs, de Gréco-Scythes et de Nogaïs de la grande horde, qui avaient établi le khanat de Kaptchak.
Ils sont divisés en plusieurs classes, mais il n’y a point de serfs parmi eux. Les nobles font cultiver leurs terres par des fermiers ou par des mercenaires, qu'ils traitent fort bien; les nobies ont seuls le droit de posséder des terres. Chaque village est encore gouverné par son mursa, ou chef électif, qui exerce la justice ordinaire et la police locale. Les habitations des Tatars rappellent la simplicité des premiers âges : des poutres, ou plus souvent des branches d'arbres, placées d’une manière assez irrégulière les
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unes sur les autres, et dont chaque intervalle est rempli de mousse; des toits couverts en paille ou en bois, et sur lesquels sont étendues des pierres destinées à les contenir, voilà ce qui compose la demeure des paysans. Celles des nobles sont également des bâtiments très-légers et d’un seul. étage; quelques colonnes sveltes en bois, et peintes de vert, de rouge.et de ; jaune, voilà tous les ornements extérieurs. Dans l’intérieur, l’on ne voit ni tables, ni chaises, ni aucun meuble de bois. De larges coussins sont disposés autour des appartements pour s’y asseoir ou s’y appuyer ; mais ce qu'il y a de très-commode, c’est un grand espace qu’on laisse derrière les lam-, bris, de manière que dans un petit appartement, où l’on ne voit que des coussins, on trouve tout ce qui peut être nécessaire. Comme tous les voisins et tous les sujets de la Russie, les Tatars n’aiment guère niles manières des Russes, ni leur façon de penser; par conséquent ils ne se soucient pas beaucoup d’apprendre la langue russe. Au reste, tous ceux qui ont vu ce pays font le plus grand éloge de leurs qualités morales.
Avant de décrire le pays des Cosaques, ou Kosaks, du Don et de la mer Noire, nous résumerons l’histoire de ces peuples et de leurs migrations; car bien que le pays appartenant aujourd’hui exclusivement aux Cosaques comprenne un espace de plus de 4,600 milles géographiques carrés, ou environ de 42,800 lieues carrées, il offre si peu d'objets à la topographie, que cet article n’est pas susceptible d’un intérêt géographique. La Petite- Russie est la souche des Cosaques. Dès leur origine, les Slaves de Kiew formaient une colonie séparée de ceux de Novogorod : leur état politique et la différence de leur sort les ont toujours divisés, et lorsqu’après une séparation de trois siècles ils ont été réunis, leur langage, leurs mœurs, leur constitution en formaient un peuple très-différent. Cette diversité existe encore maintenant. Les Malo-Russes, ou habitants de la Petitce-Russie, sont établis dans l'Ukraine, ou les gouvernements actuels de Kiew, de Tchernigof, de Poltava, de Koursk, Orel et Tambof. On nomme généralement Cosaques tous les paysans miliciens de ce pays, quoique dans les derniers siècles ce nom désignât spécialement une classe de guerriers associés sous une constitution particulière. Le nom de Cosaques passe pour être tatar, et signifie un homme armé. Sans doute il fut transmis des Tatars aux Russes, lorsque ceux-ci vinrent habiter les lieux que les premiers avaient possédés avant leur destrurtion, et lorsqu'ils embrassèrent le même genre de vie. Constantin Porphyrogenète fait déjà mention d’un pays nommé Xasacha, entre la mer Noire et la mer Caspienne, au pied du
mont Caucase. Suivant les annales russes, Mistislaf, fils du grand Viadi- VL, 46
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mir, et prince de Tmoutarakhan, a combattu, en 4024, un ‘peuple nommé Kosaki. 11 paraît que cette nation est la même dont parle l’empereur grec, il est très-vraisemblable que c'était une nation tatare. Elle peut avoir pris son nom de sa manière de combattre, comme les Kirghiz-Kaïsaks l’ont pris de leurs armes légères. Les annales russes parlent souvent des Tatars Cosaques, surtout sous le règne d’Ivan Ier, A cette époque on distinguedes Cosaques Ordinski (de la grande Orda, ou horde, la résidence principale des Tatars sur le Volga), et des Cosaques d’Azof. On doit regarder ces deux branches comme les derniers débris de la domination tatare en Russie : elles ont été en partie détruites pas les Russes, ou se sont dispersées d’'elles-mêmes et réunies à d’autres peuples tatars.
C’est à l’époque de la conquête de Kiew, par Gedemin, grand-duc de Lithuanie, eu 4320, qu’on rapporte généralement l’origine des Cosaques de la Petite-Russie. La crainte qu’inspirait ce conquérant fit naître, suivant toute apparence, cette république militaire. Des essaims de fuyards abandonnèrent leur patrie, se réunirent près de l'embouchure du Dnieper, et commencèrent bientôt à former un petit État. Partout le voisinage des Lithuaniens et des Tatars les força à se donner une constitution guerrière. Leur nombre s’accrut considérablement lorsque Kiew fut une seconde fois ravagée par les Tatars, en 1415, ct encore plus à l’époque où cette grande principauté fut entièrement réunie avec la Lithuanie à la Pologne. La nou velle colonie, qui avait pris le nom de Petite-Russie pour se distinguer du grand empire de Russie, s’étendit peu à peu jusqu’au Bug et au Dniester ; elle s’établit dans tout le pays qui est entre ces fleuves et le Dnieper. Les Cosaques construisirent des villes et des bourgs qu'ils habitaient l’hiver avec leurs familles, tandis que vers l’été ceux qui étaient : ‘tat de porter les armes se dispersaient dans les steppes, où, à l'instar. ‘nevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, ils étaient continuellement en guerre avec les Turcs et les Tatars; et, comme ils servaient de boulevard à la Pologne contre ces deux redoutables ennemis, les Polosais, bien loin d'arrêter les progrès de cette république naissante, les favorisèrent. En 4540, le roi Sigismond céda à perpétuité aux Cosaques les pays situés au-dessus des cataractes du Dnieper. Étienne Bathory les mit sur un pied militaire, leur donna un hetman, ou grand-capitaine, et leur fit des concessions de terrains considérables. Ses successeurs n’agirent pas avec la même sagesse ; ils défendirent aux Cosaques leurs incursions contre les Turcs, sans penser qu'ils affaiblissaient par là les bases de cet État militaire. Les Polonais s’introduisirent dans le pays et s’emparèrent des premiers emplois ; le clergé
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grec fut forcé de renoncer au patriarche de Constantinople et de reconaaître la suprématie du pape. Après une longue guerre, les Cosaques secouèrent le joug et se soumirent aux tsars de Russie. Cet événement arriva en 4654, environ trois siècles et demi après la première séparation des Cosaques du grand corps de la nation russe.
Pendant les guerres entre les Cosaques et la Pologne, des troupes nombreuses des premiers avaient abandonné les rives occidentales du Dnieper pour se retirer sur la rive opposée dans les provinces méridionales de la Russie. Là ils conservèrent leur constitution militaire, et s’établirent dans des lieux fertiles, mais inhabités. Telle est l’origine des Cosaques des Slobodes ou de l'Ukraine russe. Leur pays avait autrefois appartenu au grandduché de Kiew ; mais depuis la première invasion des Tatars, il était resté inculte et dépeuplé.
La branche des Zaporogues est beaucoup plus ancienne que celle des Slobodes; c'est la plus remarquable de toutes. Pour mieux préserver les Cosaques de l'Ukraine de l'invasion des Tatars, on avait réglé qu’une partie des jeunes gens qui n’étaient pas encore mariés occuperaient les frontières méridionales dans l'endroit où le Dnieper se jette dans la mer Noire. Ce pays devint bientôt un lieu de rassemblement pour la jeunesse guerrière, et fut regardé comme une école militaire. Bientôt la grande liberté dont jouissaient ces Cosaques les attacha tellement à ce pays, qu’ils ne voulurent pas le quitter, quoiqu'il fût très-exposé aux incursions des ennemis. Leur nombre s’accrut peu à peu par l’arrivée des Cosaques qui fuyaient l’oppression des Polonais et vinrent les rejoindre.
Ce fut à peu près vers le commencement du dix-septième siècle qu’ils se séparèrent entièrement des Cosaques de la Petite-Russie, dont ils avaient reconnu l’hetman jusqu'alors. Ils formèrent un État militaire particulier, et s’élurent un chef qu’ils nommèrent kochevoi-ataman, c’est-à-dire commandant du camp ou helman ; ils appelaient sefcha leur principal domicile, qui consistait en un camp fortifié ; et, quoiqu’ils changeassent souvent de place, ils restèrent toujours près des cataractes du Dnieper, d’où ils prirent leur surnom,
La constitution de ce petit État militaire était très-extraordinaire. La guerre était l’unique but de leur association ; ils négligeaient l’agriculture etle soin des bestiaux, et ne regardèrent jamais la chasse ou la pêche que comme un amusement. Le célibat était une ces lois fondamentales. Pour satisfaire aux désirs de la nature, ils enlevaient les femmes de leurs voisins, mais elles devaient toujours être éloignées de la setcha. Afin que leur nombre
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ne diminuât pas, non-seulement ils emmenaient des enfants partout où ils pouvaient en trouver, mais ils recevaient encore parmi eux les criminels et les vagabonds de toutes les nations. Il y avait peu de langues curopéennes qui ne fussent parlées chez eux.
L’hetman était élu annuellement, etrentrait dans l’état de cosaque quand ik quittait la dignité dont il était revêtu ; tous les membres de la République ‘avaient les mêmes droits à l'exercice des emplois. Ils avaient pas de lois écrites, l’usage leur en tenait lieu, et la justice n’en souffrait guère: les criminels étaient jugés avec impartialité, et punis avec une sévérité peu commune. Un Cosaque qui tuait un de ses camarades était enterré vif avec celui qu’il avait fait périr. Un voleur devait ètre pendant trois jours au carcan, ensuite il était battu, souvent jusqu’à mort. Ces Cosaques avaient toutes les vertus et tous les vices d’un peuple de brigands. Ils étaient braves et barbares, hospitaliers et avides, actifs et sobres dans leurs expéditions, paresseux et débauchés chez eux. Le nombre de ceux qui étaient en état de porter les armes montait quelquefois à 40,000.
Ces Cosaques ont souvent changé de domination, si toutefois l’on peut nommer ainsi l’état de ce peuple indomptable, relativement à la Pologne, aux Tatars, à la Porte, et enfin à la Russie. Pierre le Grand détruisit leur setcha, quand ils prirent part au soulèvement de Mazeppa, hetman des Cosaques de l'Ukraine : ils se réunirent depuis sous la protection du khan de Crimée, et, en 4737, ils furent admis au nombre des vassaux de Ja Russie. Leur seule obligation envers l’Empire était de paraître en campagne ‘ quand ils en étaient requis ; alors ils étaient traités et soldés comme les autres Cosaques. Dans la guerre contre les Tures, qui fut terminée en 4718, ils se rendirent coupables de plus d’une trahison ; ils décélèrent même le projet de se rendre indépendants. Lorsqu’on établit des colonies dans les pays reconquis sur les rives du Dnieper (connus alors sous le nom de Nouvelle-Servie), ils soutinrent que ces contrées étaient leur propriété, ils inquiétèrent les colons, et, soit par force, soit par adresse, ils asservirent près de 50,000 habitants. Un tel acte de révolte décida l’impératrice à anéantir ce petit État, qui, dans des circonstances plus favorables, serait peut-être devenu une seconde Lacédémone. En 4775, un corps de troupes russes les enveloppa et les désarma ; on leur présenta un manifeste qui leur laissait le choix, ou d'adopter un autre genre de vie, ou de sortir de l’Empire. Une partie resta et se livra aux travaux de la campagne ; Pautre se retira en foule chez les Turcs et les Tatars.
Les descendants de ces mêmes Cosaques Zaporogues existent cependant
où ils encore sous un autre nom, et dans un autre pays. Par un ukase du 30 juin iminels 1792, Catherine Il céda aux Zaporogues qui s’étaient distingués dans la P CUro- dernière guerre contre les Turcs, la presqu'ile de Taman, et toutes les contrées situées entre le Kouban et la mer d’Azof, jusqu'aux fleuves Feia et quand Laba : l’étendue de ce territoire est de 1,017 milles géographiques carrés, blique ou 2,825 lieues carrées. On leur donna le nom de Cosagues de la mer Noire de lois | (Tchernomorskoï), et ils eurent le droit de choisir un hetman, ainsi que la re: les permission de recruter jusqu’à 45,000 hommes dans la Petite-Russie. Mais ité peu ils ont renoncé volontairement à leur ancienne manière de vivre; ils se sont if avec mariés, et se livrent avec succès à l’agriculture. Ils fournissent à la coumatins | ronne six régiments disciplinés, formant un total d'environ 3,000 hommes. avaient C’est un poste avancé contre les peuples du Caucase. braves | Leur pays confine avec la Circassie au sud et avec les steppes d’Astrations, Khan à l’est. Le sol est susceplible de toute sorte :le culture; les eaux et la état de verdure y abondent. L’air est sain, excepté sur les bords du Kouban, qui, vers son embouchure, est obstrué par un si grand nombre de roseaux que n peut ses bords forment des 1iarécages nuisibles à la santé, surtout lorsqu’en été logne, une partie des eaux se dessèchent : c’est précisément sur ses rives que les t leur Tchernomorskoï se sont établis ; c’est là qu’ils ont bâti leur chef-lieu n des Iekaterinodar, au milieu de riches pâturages, couverts de brouillards fiékhan vreux. Celte ville, sur la rive droite du fleuve, est la résidence de leur de Ja hetman : elle occupe un espace considérable, parce que ses maisons sont pagne entourées de jardins; ses rues, dont quelques-unes ne sont encore que ne les tracées, sont droites et larges, mais sans pavés. Fondée par Catherine IE ée en en 1792, elle reçut le nom de cette princesse en commémoration du don érent qu'elle fit du territoire du Kouban aux Cosaques de la mer Noire. Sa popuonies lation ne s’élève qu’à environ 3,000 âmes. nom Le Kouban, que Strabon appelait Hypanis, et Ptoléméc Vardanes, prend riété, | sa source sur le versant septentrional du Caucase, près du mont Elbrouz. rent Jusqu'à son embouchure dans la baie de son nom, formée par la mer ee à Noire, son cours est d'environ 430 lieues. En approchant du terme de sa erait course, il se divise en plusieurs branches : ce sont les Talars qui lui ont pes donné le nom de Kouban : les Abases l’appellent Koubin, et les Tcherleur kesses Psisshé, mot qui signifie fleuve ancien. Em- Dans la péninsule de Taman, que les inondations du Kouban transforétui ment temporairement en île, et qui reste presque toujours couverte d’un brouillard sec, nous devons remarquer plusieurs éruptions fangeuses, lant improprement nommées volcans de boue. Sur l'emplacement de l’ancienne
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Phanagoria, nous voyons la ville de Taman, à laquelle les Russes ont feit reprendre le nom russe de Tmoularacane, qu'elle portait ru moyen âge, comme siège d’un petit royaume. Près de celle-ci s'élève la forteresse de Phanagorinskata.
La seconde branche principale des Cosaques est celle du Don. Ils ne tirent pas leur origine des Russes de Novogorod et dé Moscou, comme le suppose Muller, car leur idiome est celui des Petits-Russes. Ils paraissent avoir succédé peu à peu aux Tatars chassés de ces contrées. Les habitations et le genre de vie de cette nouvelle colonie lui ont fait donner, suivant toute apparence, le nom tatar de Cosaques, et la même organisation militaire a fait ensuite appeler ainsi ceux de la Petite Russie. Vraisemblablement les nouveaux colons russes trouvèrent encore dans ces contrées quelques Tatars, auxquels ils s’unirent, et qui adoptèrent la religion grecque et la langue russe. Cette conjecture est appuyée sur le prompt accroissement de cette république, et sur le mélange qu’on remarque autant dans la langue que dans les traits des Cosaques du Don. Peu de temps après son origine, cette colonie forma un État considérable, Une foule de jeunes gens, fuyant l'esclavage qui s’introduisit alors en Russie, contribuèrent beaucoup à augmenter le nombre des Cosaques du Don. Les Tatars retournèrent en foule dans leur ancien domicile. Enfin la politique décida les Cosaques à accorder le droit de cité à leurs prisonniers de guerre. En 1570, après la campagne des Turcs contre Astrakhan, ils établirent leur capitale à Tcherkask, qui n’est qu’à 60 verstes de la forteresse d’Azof, et d’où ils prirent le nom de Tcherkaski. Ils servirent alors véritablement de boulevard à la Russie : les souverains de cet Empire firent pour eux ce que les rois de Pologne avaient fait pour ceux de la Petite-Russie ; ils favorisèrent leur accroissement, leur assignèrent, sur la frontière, des terres exemptes de toute imposition, mais cherchèrent à les maintenir dans une sorte de vasselage militaire. L’an 4579, on vit pour la première fois desCosaques du Don dans les armées russes. Depuis cette époque, ils ont été très-utiles à la Russie par leur bravoure; cependant leur amour pour l'indépendance et l’espoir du pillage les ont quelquefois portés à se révolter.
Les Cosaques du Don habitent maintenant les plaines qui avoisinent ce fleuve, entre les gouvernements de Saratow, d’Astrakhan, de Voroneje et d’Iekatherinoslaw jusqu'à la mer d’Azof. Leur territoire est encore de 3,600 milles géographiques carrés, qui font 40,000 lieues carrées. Il était autrefois beaucoup plus étendu ; mais, en 1708, après leur soulèvement, une partie fut réunie aux provinces voisines. Ces Cosaques ayant conservé
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l'organisation qui leur était propre, leur constitution militaire diffère entièrement de celle des autres gouvernements. On porte leur nombre à 500,000, y compris un corps de 35,000 hommes de cavalerie légère, toujours prêt à marcher. \
Le pays des Cosaques du Don présente une plaine immense sans lu moindre colline, Il renferme quelques terrains aussi fertiles que l'Ukraine ; mais, en général, le sol est maigre. Les habitants ne cultivent que depuis peu les arts utiles, et l’agriculture est négligée à tel point, qu’il n’y a pas même de limites fixes entre les villages. De vastes terrains incultes les séparent ; le premier venu peut s’en mettre en possession ; les prairies seules ont été partagées. Le bétail fournit à l’indolent et fer Cosaque les premiers besoins de la vie. La pêche est, après le bétail, sa principale ressource ; il exporte pour 500,000 roubles de poisson et de caviar. Il abandonne souvent les travaux rustiques aux paysans russes et autres, qu’il loue à bon marché. Tous ses soins sont réservés pour son cheval. Les labounes, ou troupeaux des Cosaques riches, se composent de 500 à 1,000 têtes; les seuls chevaux de selle sont abrités pendant l'hiver. Le cheval cosaque est d’une race petite, maigre, mais très-rapide à la course et presque infatigable. À chaque réunion un peu nombreuse, les courses de chevaux forment le principal amusement. Les femmes cosaques fabriquent de la toile, du drap, des bas; elles font des pelisses et des manteaux. Ce sont elles qui soignent les jardins, les vergers, même les vignobles, plus nombreux ici que dans aucune autre province russe. Leur taille est plus ramassée que celle des hommes; mais elles ont pour la plupart le teint frais, de grands yeux noirs et des traits assez agréables. Dans les jours de fêtes, leurs robes, qui sont faites d’étoffes de soie ou de coton et qui leur descendent jusqu’à la cheville, sont boutannées jusqu'aux hanches, qu’entoure une ceinture élégamment ornée et pourvue d’une agra”: ; sous cette robe, elles portent de larges pantalons et souvent des bottes junes. Les femmes mariées ont des bonnets ornés d’or et de perles ; les filles, au contraire, laissent tomber leurs cheveux noirs en boucles sur leurs épaules et entourent leur tête d’un mouchoir.
Les habitations des Cosaques ont un air de propreté et d’aisance que l'on chercherail en vain dans la plus grande partie de la Russie proprement dite. Une maison blanche, pourvue de cheminées ct de fenêtres, invite
l'étranger à y entrer et à jouir de l’hospitalité qui s’est conservée ici dans |
toute sa latitude. Déjà les Cosaques riches commencent à se meubler avec un certain luxe; en même temps ils cherchent à se procurer de nouvelles
connaissances, et onvoient quelquefois leurs enfants à Pétersbourg pour y être élevés. Ils ont, à Novo-Tcherkask ou au Nouveau-Tcherkask, une école normale très-fréquentée. L'église principale de cette ville est décorée d’un grand nombre de drapeaux et d'autres trophées ramassés dans toute l'Europe ; les Cosaques y déposent leurs trésors.
Ce peuple jouit d’une très-grande liberté civile et même politique; il est exempt des monopoles de la couronne. Les Cosaques fabriquent et débitent la quantité d’eau-de-vie qu’il leur plait. Ils ne sont assujettis ni à la gabelle, ni à la capitation, ni aux recrutements. Lorsque la couronne les requiert, ils sont obligés de marcher en masse; c’est pour eux plutôt une jouissance qu’un devoir. Jamais un Cosaque n’est plus heureux que lorsqu'il est sur son cheval : les combats et le pillage, voilà son élément. Le gouvernement russe, ou pour mieux dire le département de la guerre, adresse ses ordres à la chancellerie de l’afaman, ou hetman : c’est le chef ou général de cette nation de soldats. Celui-ci notifle au peuple les propositions du gouvernement ; on décide à la pluralité des votes si et comment on les mettra à exécution, Il y a des exemples où la majorité s’est opposée aux vues du gouvernement. Quelquefois la Russie a cédé, et, dans d’autres circonstances, elle traite toute opposition de révolte. Son but constant est de procurer aux familles les plus riches une influence aristocratique, de composer de s/arischins une espèce de noblesse, et de se l’attacher par des bienfaits et des distinctions honorifiques. C’est ainsi qu’on cherche peu à peu à réduire l'esprit démocratique de ce peuple au niveau de celui des autres Russes. d
Les villagesdes Cosaques s’appellent s/ani/zes , ils renferment depuis 450 jusqu’à 400 maisons ; chaque s{ant/ze a son magistrat électif et forme une compagnie militaire. Très-peu d’endroits méritent par leur grandeur le nom de ville, et ceux-là même ont plutôt l'aspect de grands villages. Storoti-Tcherkash , l’ancienne capitale est bâtie sur des pieux, dans un marais, aux bords du Don, et entourée par la petite rivière de Vassilterka, qui, sortant d’un bras du fleuve nommé Aksaïi, va se réunir de nouveau non loin de la ville, ce qui fait que celle-ci est en quelque façon sur une ile ; aussi est-elle malsaine, parce que le fleuve déborde tous les ans, au commencement d'avril , et inonde toute la ville , à l'exception de l’emplacement qu’occupe la cathédrale ; alors on ne communique d’une maison à à l’autre qu’en bateau. Cette inondation dure jusqu’à la fin de juin. Les Cosaques en aiment le séjour, quoique malsain, et ne s’établissent que lentement à Novo-Tcherkask, capitale officiellement désignée, Celle-ci est
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bâtie depuis l’année 1816 ; elle est à environ #4 lieues de la précédente, sur la rive droite de l’Aksaï et sur les bords de la petite rivière de la Tourlof, qui s’y jette. Sa population n’est encore que de 15,000 habitants ; ses maisons sont très-éloignées les unes des autres; presque toutes sont en bois. C’est une très-grande ville qui couvre de ses maisons blanches une colline avancée en promontoire sur la plaine ; ses rues d’une largeur démesurée , et son sol aride couvert d’une poussière qui aveugle , font de cette capitale un séjour désagréable. Il y a un fort bel hôpital avec 420 lits , et une pharmacie impériale. Toutes les autorités, les administrations, ainsi que l’ursenal y ont été transférés ; aussi le vieux Tcherkask, qui renfermait plus de 40,000 habitants, ne sera-t-il plus bientôt qu’un bourg sans importance. Tzymlianskaia a des vignobles dont le produit est comparé au bourgogne rouge par les patriotes du pays. Les autres vins cosaques sont généralement blancs, dont quelques uns mousseux ; ils fournissent aux besoins des habitants. Ouroupinskaïa et Louganskaïa ont des foires très-fréquentées et très-animées. ZLougana, ou Louganskoë, sur la rive droite du Lougan, est le siége d’une usine impériale, fondée dans le but de fournir aux places fortes de la Russie méridionale et à la flotte de la mer Noire les projectiles, les canons et les autres objets en fonte qui leur sont nécessaires.
Le pays des Cosaques est arrosé par le Don ! et ses affluents: parmi ces derniers , le Donelz ou Danaelz, c’est-à-dire petit Don, est le plus considérable, et il a même été regardé comme répondant plus particulièrement au Tanaïis des anciens; mais il est plus probable qu’une confusion du Volga avec le Tanaïs a fondé l’idée que les anciens se formaient de ce dernier. Sorti du lac Ivanof, le Don coule d’abord par un pays de collines fertilesjusqu’à Voronech ou Voroneje; de là jusqu’au confluent du Donetz, il a des falaises de craie à gauche, et plus bas il entre dans une plaine monotone ; ni chutes ni rochers n’interrompent son cours ; mais quot qu’il ait dans l'hiver plus de ® mètres de profondeur, il couvre à peine en été les bancs sablonneux de 68 centimètres ; il est donc de peu d'utilité aux bateaux, et de même que ses affluents , ilroule des eaux à peine potables pour les indigènes mêmes. On a essayé de le réunir au Volga par le Medvedilza ou Medviedilza, ou plutôt par l’Ilvala; mais cette communication pour des bateaux serait gênée par le peu d’abondance des eaux du Don, et par la différence du niveau qui, du côté du Don, est
1 Duna en tatare, Tongoul en kalmouk. Don ou doun est le nom général de l’eau,
en ossèle, dialecte persan.