‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 12 sur 169 · PARU · texte numérisé non relu

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du Sud, ou Australie- Orientale, dont la fondation remonte à 4788; l’Australie-Heureuse ou Vietoria, qui, sous le nom de district de Port-Philipp, dépendit longtemps de la Nouvelle-Galles du Sud ; l’Australie-Méridionale, colonisée en 4837, et l’Australie-Occidentale, colonisée en 4829,

Nous allons visiter successivement ces colonies, qui sont administrées chacune par un gouverneur particulier, qui relève du gouverneur général de Sydney, en suivant les côtes de la Nouvelle-Hollande. Nous commencerons par la côte orientale.

L'Angleterre avait depuis longtemps l'habitude de se défaire des mauvais citoyens d’une manière à la fois philanthropique et politique; on les envoyait cultiver et peupler quelques terres lointaines. C’est ainsi que se sont peuplés les bords du Potowmsk et de le Delaware. Après la guerre d'Amérique, on ne savait dans quelle contrée envoyer les criminels condamnés à l’exil par les lois. On fit d'abord examiner par M. Home Popham la côte de Cafrerie, entre le cap Nègre et le cap de Bonne-Espérance ; mais sur les instances du savant Banks, la Nouvelle-Galles-Méridionale obtintenfin la préférence. Le premier vaisseau chargé de colons y arriva le 20 janvier 1788. Botany-Bay n’ayant pas répondu aux espérances qu’on s’en était formées, le gouverneur Philips résolut de transférer la colonie dans un autre port excellent, 42 milles plus haut vers le nord, appelé le Port-Jackson, du nom du matelot qui y pénétra le premier, et qui est uu des plus beaux du monde; il s’étend environ 43 milles en longueur, avec de nombreuses criques ou baies. Broken-Bay est une autre baie plus vaste, où la rivière Hawkesbury ex autres ont leurs embouchures, tandis que le Port-Jackson ne reçoit que deux ou trois petites rivières.

Le premier navire qui arriva à la Noüvelle-Galles y débarqua 760 condamnés. En 4821, on y comptait 38,000 habitants, dont la moitié étaient

| desconvic{s ou condamnés à ladéportation; bientôt des colons libres vinrent . y déposer un germe plus fécond. L’occupation était assurée ; l'Australie,

siége d’unegrande activité commerciale, réclamait une organisation morale,

. il fallut songer à délivrer ce pays du contact délétère d’un élément de popu-

lation vicié et corrompu ; en 4840, le gouvernement de la métropole décida

| que l’Australie ne serait plus une colonie pénale, et que, dès l’année sui- » vante, les condamnés cesseraient d’être employés dans les travaux particu- * liers; la colonie devint exclusivement politique et commerciale en 1843, on : y instilua une législature particulière, et depuis cette époque, elle a pris un

… si rapide accroissement, qu’en 1848 on y comptait 220,474 habitants,

parmi lesquels il restait à peine 6,000 convicts.

Le territoire de la Nouvelle-Galles du sud ou de l'Australie Orientale (New south Wales), s'étend du cap York, sur le détroit de Torres, au promontoire Wilson, sur le détroit de Bass. La partie colonisée et cultivée est évaluée à 5,000 lieues carrées; elle est partagée en 20 comtés avoisinant Sydney, et en 8 districts plus éloignés, dont le plus important est celui de Port-Macquarie.

Nous allons parcourir les plus importants comtés en commençant par ceux du midi.

Le sol du comté d'Argyle, situé dans l’intérieur de la Nouvelle-Galles, est composé d’une marne rouge, profonde et très-fertile, surtout en indigo. Il est arrosé par les rivières de Wolandilly, de Cooksbundoon , de Caribbée et de Shoal-Haven. En franchissant ce dernier cours d’eau, on entre par la partie sud-ouest dans le comté de Camden, dont le sol nourrit un grand nombre de bestiaux et produit d’assez riches moissons. Sa longueur, du nord au sud, est de 24 lieues, et sa plus grande largeur de 43, Sa partie orientale est baignée par l'Océan, et l’intérieur est coupé par la Warragamba.

Le Népéan sépare le comté précédent du comté de Cumberland, qui est le plus intéressant, puisqu'il renferme la plus importante ville de l’Australie. Baigné par la mer à l’est, borné par des montagnes au sud, il comprend le vaste havre de Port-Jackson, qui a 5 lieues de longueur et 4 dans sa plus grande largeur. On y a élevé un magnifique phare que les navigateurs aperçoivent de fort loin, et dont la tour a pour base un édifice qui sert de caserne pour les soldats. Son élévation au-dessus du sol est de 22 mètres, et de 414 au-dessus du niveau dela mer. C’est sur le bord méridional de ce port, et sur le revers de deux coteaux qu'est située Sydney. Cette capitale, fondée en 41788, est déjà la plus peuplée de toute l'Océanie centrale. Elle est le siége du gouvernement général, d’un évêché anglican et d’un vicariat apostolique. Elle renferise un observatoire, un théâtre, plusieurs manufactures, des banques, une école de commerce, des écoles gratuites, quelques autres établissements d'instruction , une société philosophique, une d’agriculture et d’horticulture ; on y publie six journaux et une revue scientifique sur le plan de celle d'Edimbourg. Parmi ses 4,500 maisons on en compte une centaine en pierre, 2 à 300 en briques, le reste est en bois. On y voit une grande place entourée de magasins, deux temples de méthodistes, deux églises anglicanes, une chapelle catholique et des hôpitaux. Le palais du gouverneur, la bourse, les casernes, les prisons et le grand hôpital de la colonie, sont les édifices les plus remar-

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Par un temps clair et serein, dit un voyageur, on découvre les montagnes Bleues du haut de la ville de SYdney, c’est-à-dire à la distance de 50 milles. Elles se présentent alors comme un rideau bleuâtre peu élevé au-dessus de l'horizon, et dont l’uniformité laisse à peine soupçonner quelques plans inférieurs. Observées à 25 milles d’éloignement, elles offrent moins de régularité dans leurs crêtes : on distingue çà et là quelques cimes plus hardics ; les plans se dessinent sur plusieurs lignes, qui paraissent s’élever davantage à mesure qu’elles s’enfoncent dans l’intérieur du pays, et leur couleur, devenue plus sombre, semble indiquer une constitution aride et sauvage, ;

À une lieue et demie de Sydney, dans un vallon qu’arrose la rivière de Paramatta, qui va joindre la mer à l'extrémité du Port-Jackson, et que traverse une belle route semblable à celles de l’Europe, on voit Paramatla, ou mieux Æose- Hill, petite ville de 6,000 âmes, remarquable par sa grande manufacture de draps où travaillent des femmes, ainsi que por sa foire de bestiaux, par l'école instituée pour répandre l'éducation et la civilisation chez les indigènes, et par son bel observatoire fondé en 4821. On y construit plusieurs hôpitaux. Chaque maison de cette ville est séparée comme une maison de campagne et entourée de jardins. Elle est située dans le comté de Cumberland, où d'autres villes attirent notre attention. Fondée avant les autres cités de la colonie, Windsor compte 5,000 habitants; elle est agréablement située à 35 milles de Sydney, sur le sommet

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d'une colline d’où l’on découvre les plaines riches et fertiles qu’arrose le Hawkesbury. Ces plaines peuvent à juste titre êtne appelées le grenier de Sydney. La zivière est navigable jusque là pour les bâtiments de 50 tonneaux. Cette ville, d’abord nommée Grsen-ÆHul, est destinée par sa situation et la fertilité de ses environs à devenir le point le plus intéressant de la colonie pour le coramerce du froment, du maïs et du tabac. Le gouvernement y a fait construire des greniers de réserve : tout près se trouvent les petites villes de Wilberforce et de Richmond, dont la population s’aceroît de jour en jour. A 6 lieues à l’ocest de Sydney, sur la rive gauche de George's-River, se trouve Liverpool, dans une vaste plaine eritourée d’une immense forêt dont on a brûlé les arbres gigantesques pour y cultiver le froment et le mais. On y voit quelques jolies maisons; l’édifice qui sert de prison est spacieux ; cette ville reuferme plus de 6,000 habitants. Les campagnes entre ces différentes cités sont couvertes de petits vilages et de jolies fermes : on y cultive le blé, le riz, le maïs, le lin et la vigne, à côté du sucre et du café ; les prairies sont remplies de nombreux troupeaux dont on exporte une partie des cuirs en Europe. Richmond est la troisième ville du Cumberiand.

Dans le comté de Northumberland, nous devons signaler Newcastle, peuplée d'environ 2,500 habitants; elle est située sur le Æunter, appelé Coal- River, parce que l’on exploite non loin de ses rives de la houille, dont il se tient un grand marché dans cette ville, ainsi qu’un marché de bois de cèdre et de rose. Maitland, bâti aussi sur le Hunter, est le chef-lieu du comté; sa population est de 3,000 âmes.

Dans celui de Bathurst se trouve la ville de Bathurst, bâtie par les Anglais dans une plaine agréable et fertile, à 600 mètres au-dessus du niveau de l’Océan, sur la rive gauche de la Macquarie, à l’ouest des montagnes Bleues. C’est la première ville qui ait été fondée dans l’intérieur ; elle est à près de 40 lieues de la mer; sa population est de 6,000 âmes. Les médecins du pays en recommandent le séjour aux personnes atteintes de la phthisie. Elle possède déjà une suciété liltéraire, et un collége où l’on enseigne, outre la littérature, plusieurs sciences, et surtout celles qui sont nécessaires pour le commerce.

À 30 milles à l’ouest de Bathurst, et sur le revers occidental des montagnes Bleues, se trouve un plateau élevé, celui des Conobolas ; il est sillonné par plusieurs ruisseaux tels que le Summerhill-Creek et le Lewis- Ponds-Creek. Le sol des Conobolas, assemblage de collines généralement calcaires et schisteuses, est traversé par de nombreuses veines de quartz aurifère. C'est dans cette région que, en mars 4851, M. Hargreaves, qui

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avait abandonné, comme tant d’autres, sa ferme de l'Australie pour les mines d’or de la Californie, revenant les mains vides, trouva presque aux portes de sa ferme cet or qu’il était allé chercher si loin. Aujourd’hui, les mines d’or des Conobolas, près Bathurst, sont exploitées par plus de 5,000 aventuriers, sous la surveillance du gouvernement anglais ; c’est au point de jonction des deux ruisseaux dont nous avons parlé que le métal tant aimé se montre en plus grande abondance. Cette découverte en devait amener une autre; en effet, en juin 4851, on trouvait encore, à 30 milles au nord de Bathurst, sur les bords du Turon, affluent de la rivière Macquarie, un gisement plus riche encore 1.

A l’ouest du comté de Northumberland se trouve celui de Wes/moreland, traversé dans sa partie occidentale par une chaine de montagnes arides dirigée du nord au sud. Ces montagnes servent de point de partage aux eaux ; d’un côté celles-ci se rendent à l'Océan, et de l’autre elles prennent la direction occidentale pour se rendre dans le continent.

Cette chaîne est, sur plusieurs points, élevée de près de 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer ; le mont York, dans la partie septentrionale, a une élévation de 4,088 mètres. Le sol de ce comté est géntralement montagneux, et entrecoupé de vallées très-fertiles et riches en pâturages.

Eu avançant vers lorient, nous entrons dans le comté de Durham, dont la limite du côté du nord est déterminée par le 32° parallèle austral, Sa partie orientale est baignée par le Grand-Océan ; l'intérieur est arrosé par le Paterson’s-River. Sa longueur de l’est à l’ouest est de 45 lieues, et sa plus grande largeur de 23.

Sur les côtes du comté de Gloucester, on voit des enfoncements remarquables, tels que Port-Stephens, où l’on a fondé un fort, et la lagune de Wallis. La côle est généralement basse et unie, en partie marécageuse et en partie sablonneuse. Dans l’intérieur, on voit de belles forêts, et au nord s’élèvont quelques montagnes, dont la principale est appelée le mont Dangar.

Les comtés de Cambridge et de Londonderry n’ont rien de remarquable. Les colonies isolées dont nous avons parlé plus haut sont au sud et au nord de Sydney; au sd, nous apercevons, à plus de 30 lieues de cette ville, les

{Un naturel, en faisant paître les troupeaux de son maître, a trouvé, à 50 milles au nord de Bathurst et à 30 milles à l’est de Wellington, en juillet 1851, non loin du confluent du Maroo-Creck et du Mennida-Creck, dans un seul bloc de quartz, une masse de 100 livres pesant d’or pur. Jamais masse d’or aussi considérable n'avait

encore été rencontrée dans le monde.

deux petites colonies ‘établies dans les baies de Jervis et de Batman, qui font partie du comté de Saint-Vincent, et à 25 lieues plus loin la baie de Batman.

Au nord de Sydney, dans la bgic Morelon, ou Glass-Iouse, on trouve la colonie de Redckffpoint, à l'embouchure de la Brisbane; on y a établi une station pénale. Vis-à-vis les îles Albion, on voit le poste appelé Port- Curtis.

Le gouvernement de la Nouvelle-Galles comprend encore les comtés de Hunter, de Cook, de Murray, de King, de Camden, de Georgiana, de Philips, de Brisbane, de Bligh et de Wellington.

Le port de Macquarie, à l'embouchure du Hastings, au nord de Sydney, est le plus important établissement du distric! du Nord ou du comté d’Ayr. La colonie que l’on y'a établie a fait, depuis quelques années , les progrès les plus rapides; près de 4,000 acres de terre y étaient, en 4850, en pleine culture, et l’on y comptait 20,000 têtes de gros bétail, 30,000 moutons et 800 chevaux. Les rues de la ville de Macquarie y sont macadamisées, et le nombre des habitants dépasse déjà 3,000.

La Nouvelle-Galles du sud est le siége pri rinal de la puissance britannique dans l’Austrelie. La richesse du pays . .: -urtout à ses pâturages. Des brebis, transportées des bergeries de V: susur, y ont si merveilleusement réussi, que l'Espagne même a été dépassée dans la quantité de laine fournie à l’industrie anglaise. On estime le nombre des brebis à plus de 5 millions ; la colonie possède en outre 62,000 chevaux et plus d'un million de bêtes à cornes. En 1843, la quantité de laine exportée montait à 17,125,000 francs. Ce commerce forme le lien entre l'Angleterre et ses établissements du sud-est de l'Australie. Les Anglais y portent des produits manufacturés en échange de la matière première qu’ils en tirent. La Nouvelle-Galles, si lon en juge par de premiers et heureux essais, pourra devenir elle-même manufacturière. Des tissus de laine coloniale, teinte avec des couleurs du pays, y sont déjà fabriqués sur une assez grande échelle. Des ateliers pour le tissage des draps existent sur les bords de la rivière Hunter. D’autres industries naissent à côté des manufactures proprement dites. L'industrie manufacturière n’occupe toutefois qu’une part très-pelite de l’activité coloniale, Conduire les troupeaux dans les bois, dans les montagnes, dans les solitudes de l’intérieur, voilà la grande et principale occupation. La population est, avons-nous dit, de 220,474 habitants; ce qu'elle présente de particulier, c’est que le nombre des hommes y est beaucoup plus considérable que celui des femmes : on n'y compte que

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60 femmes sur 100 hommes, Cette population augmente annuellement de 20,000 immigrants. La colonie:est administrée par un gouverneur nommé par le gouvernement britannique, et qui est assisté d’un:conseil exécutif composé de quatre membres. La législation et les dépenses coloniales sont votées par une assemblée législative composée de quinze membres. La garnison se compose: de deux régiments de l’armée des Indes. La valeur annuelle des importations est d’environ 60 à 70 millions de francs, et celle des exportations de 35: à:#0: millions,

La topographie du reste de la: côte orientale de Australie, du cap York au promontoire Wilson, n’offre-qu’une stérile nomenclature. Le cap Fork, qui en est l'extrémité septentrionale, se projette sur le détroit de l’Endeavour, qui n’est qu’une partie du détroit de Torres; Ce nassage, large, mais obstrué de récifs et d’ilots connus sous les noms généraux de Labyrinthe et de récifs de la Grande Rivière, sépare la: Nouvelle-Galles de la Nouvelle- Guinée, et fait communiquer le Grand-Océan avec la mer des Moluques. La côte, cnvironnée d’un amas de récifs, court d’abord sud-est jusqu’au cap Flaltery; ensuite, tournant au sud, elle nous présente la petite rivière d'Endeavour, où ie capitaine Cook vit des caïmans et des huîtres d’une grandeur énorme. Les sauvages cuisaient léur pain dans des tourneaux creusés dans la terre, comme à Taïiti, Leurs canots ressemblent à ceux des Phéniciens. Le cap Tribulation: faillit être funeste à ce navigateur infatigable. L'ile Magnétique, près de la baie Halifaæ, semble exercer une grande influence sur l'aiguille qui dirige la course des vaisseaux. Ici, la côte tourne de nouveau au sud-est, jusqu’à la grande baie des Passages (bay of Inlets), où de nombreuses coupures semblent indiquer, soit des détroits, soit des rivières. La direction “orientale de la côte finit à la baie d'Hervey, que termine le long cap de Sable. Autour de cette baie, les cabanes des sauvages sont bâties avec quelque solidité et couvertes de l'écorce de l’arbre à thé. En allant presque droit au sud, on trouve la rivière des Pierres-Ponces, où le capitaine Flinders:a cru trouver quelques indices de la proximité d’un volcan. Plusieurs larges rivières se déchargent dans la baie des Verreries, où l’on trouve aussi des pierres ponces. Aux environs du port'Stephens; il y a de grandes veines de’charbon de terre. Les habitants n’entendent pas l’idiome de ceux de Botany-Buy.

Au midi de la chaine anglaise, la côte se dirige au sud jusqu’au cap” Howe; \à, elle prend la direction du sud-ouest, et, en présentant des plaines étendues, va se terminer au promontloire de Wilson, point méridional de tout le continent,

La côte méridionale du continent austral, depuis le promontoire Wilson jusqu’au cap des Adieux, à 1292— 30! de longitude orientale du méridien de Paris, reçut des capitaines Grent et Flinders, qui Ja visitérent les premiers, les noms de ferre de Grent, terre de Flinders ; dans la suite, ces mêmes côtes reçurent aussi des Français des noms particuliers, {erre Baudin, terre Napoléon. Chacune d’elies présente un grand golfe digne d'intérêt. La terre de Grent se creuse immédiatement après le cap Wilson, et forme la bate du gouverneur King ou baïe Talleyrand, qui renferme deux vastes bassins, Port-Western (port occidental) et Port-Philipp. La côte de la terre de F'inders se creuse davantage encore, et forme successivement trois golfes particulicrs : la baie d’Encounter, sur les bords de laquelle est la ferre Victoria, et qui reçoit les eaux du Murray, le seul grand fleuve de l’Australie digne de ce nom; le golfe Saint-Vincent, en face duquel est l’éle des Kangourous ; ex le grand golfe Spencer, séparé du précédent par la presqu'île d’York que termine le cap Spencer ; il pénètre profondément dans les terres, et reçoit probablement le trop plein de ce vaste amas d’eau à étendue variable que l’on nomme le lac Torrens.

Nous allons rencontrer sur ces côtes deux établissements anglais,

Le district de Port-Philipp a longtemps été une province de la Nouvelle- Galles du sud ; aujourd’hui il en est séparé, et forme la province de Victoria ou d’Australia-Felix, elle s'étend du promontoire Wilson au cap Northumberland. C’est une région montagneuse traversée par les monts Grampians, les monts Pyrénées et les Alpes australiennes ; ces dernières séparent la provin*e Victoria de la Nouvelle-Galles du sud, sa métropole. La côte paraît renfermer plusieurs parties très-fertiles, on y trouve de vastes prairies, et les collines se couronnent de belles forê.s en grande partie com. posées d’arbres gommifères ; mais le manque d’eau douce s’y fait quelquefois sentir. Le sol recèle des mines de plomb et d’étain fort riches qui sont aujourd’hui exploitées.

La capitale de la province est Melbourne ; cette ville, rivale de Sydney pour le commerce et l’industrie, s'élève sur les bords de la petite rivière de Yarra-Yarra et à quelque distance de son emboucnure ; ses maisons sont en briques et en bois ; elle renferme plusieurs églises, et promet de devenir l’un des centres de population les plus importants de ces parages. Sa population, qui s’accroît chaque jour par une immigration incessante, pouvait être évaluée à 42,000 âmes en 4851, Le port de Melbourne est magnifique, ce n’est autre que le bassin de Purt-Philipp; il est en communication régulière avec Sydney par un service de bateaux à vapeur. La cité naissante de

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Geelong est à l’ouest de Melbourne, entre la rive occidentale du bassin de Port-Philipp et la rivière de Barwon.

Seymour, dans la région des monts Pyrénées, est une jolie bourgade qui doit son origine à une ferme considérable.

Près de la côte, nous devons encore nommer Campbell, au sud des Alpes australiennes, dans le district de la Terre de Gipps, et Portland, au fond de la baie du même nom.

On a découvert, en juillet 4851, des gisements aurifères dans les roches quartzeuses des montagnes qui avoisinent Bathurst; les principaux placers déjà reconnus et exploités sont ceux de Geelong, de Clunes, de Ballarat, de Deep-Creek, de Buningyong et du mont Alexander. Ces derniers paraissent les plus riches. Pendant le premier trimestre, la production de ces mines a été évaluée à 17,500,000 francs.

Le résultat immédiat de ces découvertes a été d’aitirer dans la province de Victoria une foule d’aventuriers de tonies les contrées voisines; les fermes, les troupeaux, les ateliers, les comptoirs ont été abandonnés, et les villes de Melbourne et de Geelong ont vu leur population mâle courir vers le nouvel Eldorado. Il y a lieu d’espérer que lorsque cette fièvre de l'or sera un peu calmée, la Nouvelle-Galles du sud et les provinces de Victoria recueilleront, par un redoublement d’activité industrielle et commerciale, les avantages que semblent leur assurer les nombreuses immigrations européennes que l’appât de l’or y attire.

A l’ouest de la province de Victoria, entre le lac Torrens et l'Océan, s'étend , sur une partie de la terre de Flinders (terre Napoléon), la colonie de l’Australie méridionale.

La colonie de l'Australie méridionale (Souti-Australia) ne date que de 1836 ; elle est située entre 26° et 36° de latitude S. et entre 430 et 1390 de longitude à l’est du méridien de Paris ; elle a déjà acquis une assez grande importance. Les animaux domestiques y sont tellement multipliés, qu’on y comptait, en 4840, 410,000 moutons, 8,000 bêtes à cornes, 800 chevaux, 4,500 pores et 300 chèvres. Depuis sa fondation jusqu’en 1830, on a vendu des terres dans cette colonie pour la valeur de 2,800,090 francs.

Près du golfe Spencer ci à l’est de celui de Saint-Vincent, bornés tous deux au sud par l’île des Kanguroos, s’élève la ville d’Adélaïde, qui, d’abord de 200 habitants, en a aujourd’hui près de 42,000 ; on y compte déjà huit églises. On y publie des journaux. Glenelg, sur la côte du golfe de Saint-Vincent, est dans une position mal choisie ; elle est bâtie dans un marécage que l’on ne pourra dessécher qu’avec des dépenses énormes;

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aussi cette prétendue ville ne compte-t-elle qu’un petit nombre de maisons,

dont les habitants sont parfois surpris. par la crue des eaux de la rivière du Torréas, sur les bords de laquelle elle s'élève, Port-Lincoin, sur la côte sud-ouest du golfe Spencer, possède un havre magnifique ; cette ville est destinée à être, avant peu, la preimère place commerçante de la colonie. Gawler est une petite ville naissante située dans une région montagneuse. Victoria, au fond de la baie d’Encounter, fait déjà un commerce de transit important avec Sydney.

Cette colonie, composée exclusivement d’émigrants libres, comptait, au mois de mars 1850, 54,175 habitants, tous d’origine européenne,

L'ile des Kanguroos, qui, suivant la plupart des navigateurs qui l’ont visitée, abondait en kanguroos, en nourrit aujourd'hui fort peu. L'aspect de cette île est si peu attrayant, le sol paraît y être si peu fertile, qu’on ne comprend pas comment on a eu l’idée d'y établir ine colonie. Kingscole, lieu destiné à devenir la capitale de l’ile, est situé sur la côte orientale de celle-ci, au milieu d’une jangue de terre baignée par la baie Népéan. L’eau potable y est fort rare,

Le goife Spencer (golfe Bonaparte) est fermé à l’orient par le cap Spencer, qui termine la presqu'île York, et à l’occident par le cap Catastrophe (cap Brune de Peron), qui reçut ce nom de Flinders à la suite de la perte de l’un de ses canots. Ce cap est environné, au sud, de récifs et du petit archipel des {les Laplace.

La côte qui s’étend entre le cap de la Catastrophe et le port du roi Georges prend les noms de terre de Flinders et de terre de Nuyts, du nom des navigateurs qui les visit onties premiers ; elle est généralement unie, basse et sablonneuse ; les approches sont dangereux; on rencontre de nombreux récifs et quelques archipels. Les plus importants sont : les éles de l’Inves tigator, l'archipel de Nuyts et l'archipel de la Recherche. Ce dernier est le plus considérable. Lorsque l’on s’avance de plusieurs milles dans les terres, on rencontre une végétation analogue à celle de la Nouvelle-Galles du Sud, on y remarque plusieurs espèces de plantes nouvelles qui paraissent appartenir aux familles des tymélées , des ; apilionacées et des iris.

La partie de l’Australie la plus avancée vers le sud-ouest porte le nom de ferre de Leeuvin ou de la Lionne, d’après le nom du vaisseau hollandais qui y toucha le premier. Les baies, les golfes et les caps ont reçu &u voyageur Perb: des noms français (cap Mentelle, baie du Géographe, ete.) Aujourd’hui cette partie du continent de la Nouvelle-Hollande forme la colonie anglaise de l’Aus/ralie Occidentale( West-Auslralia) ; elle a d’abord

ons, porté le nom de colonie de la Rivière des C'ygnes (Swan River). Elle occupe vière une superficie de 40 à 12,000 lieues géographiques carrées, et sa populaar la tion d'origine européenne dépasse 6,000 âmes ; elle est divisée en 14 comville tés; chaque comté comprend 6 cantons , chaque canton #4 juridictions et colo- 1 chaque juridiction 26 sections, contenant chacune un mille carré de 640 onta- acres. Le territoire de la colonie paraît être entièrement composé d’un sol nerce EL: gras et fertile ; la rivière des Cygnes coule pendant une douzaine de lieues nié au milieu des vallées formées par les monts Darling. Tout paraît devoir it, au Lo concourir à la prospérité de ce nouvel établissement. Le sol en est très-fertile et nourrit d’immenses troupeaux, principale richesse des colons. Les | l'ont LE !: principales cités de l’Australie occidentale sont: Per{h, capitale de la coloispect N nie et chef-lieu de comté, sur la rivière des Cygnes; c'est une ville qui, on ne dans ces dernières années, a acquis beaucoup d'importance. Albany sur le scole, 4 port de roi Georges ( Æings-Georges-Sound) est la seconde ville de la cololale de À nie; Freemantle, voisine de Perth; Augusta, au fond de la baie de Flinders; L'eau L. Toodyay, York et Australind sont des villes naissantes dont l'emplacement ” a été admirablement choisi au milieu des cantons les plus fertiles. Ainsi que Spen- É! les autres colonies anglaises du continent austral , celle-ci esr administrée trophe k | par un gouverneur particulier qui relève du gouverneur général de Sydney. a perte : 4 Les environs de la rivière des Cygnes portent dans quelques cartes hollanu petit % daises le nom de Terre Dinning. Au nord de celte rivière, la côte qui prend le nom de terre d'Edels, est i Geor- bordée d'îles sablonneuses, de brisants el de récifs de madrépores. L'ile de om des Roltnest et les bancs ou abrolhos de Houtman, où Pelsart fitnaufrage, sont , basse des points bien connns. Pelsart trouva la côte de la terre ferme dépourvue breux d'herbes et d'arbres, couverte de grosses fourmilières qui ressemblaient à des | Inves - cabanes; les mouches yremplissaient l'air; l'eau douce y estextrêmementrare. ier est Ÿ La terre d'Endracht ou de Concorde; qui fait suite à la terre d’Edels,

ans les “ a les côtes très-basses; les montagnes de l’intérieur se voient de 8 à 9

alles lieues. Le territoire sablonneux autour de la grande baie des Chiens Marins parais- produit du fenouil de mer , des brou:sailles et une herbe longue qui croit iris. par touffes çà et là. Il y croît aussi des arbres à sang-dragen , des mangliers le nom et autres arbres; mais, quoique gros en circonférence, ils ne s'élèvent iollan- guère au-dessus de 3 mètres en hauteur. Les lézards quanos y sont trèseçu CU grands et d’un aspect presque redoutable. La plupart des arbres et des ete.) arbrisseaux portaient des fleurs bleues. Selon M. Péron, toute cette côte rme l& est couverte de coquillages pétrifiés, eties végétaux mêmes sont très-sou- *abord vent enveloppés de matière calcaire.

La presqu'ile Péron partage l’intérieur de la baie des Chiens Marins en deux golfes, nommés le havre de Freycinel et le havre Hamelin. L'un et l'autre présentent plusieurs bons mouillages. L'eau douce paraît inanquer partout ; la végétation languit ; mais les phoques, les baleines, les poissons de toute espèce, les grands serpents de mer rendent les flots aussi animés que la terre est déserte. Les îles Dorre et Dirk-Harlog, quoique très-sablonneuses, nourrissent des buissons de mimosas et un grand nombre de kanguroos.

La terre de Witt s'étend du cap Nord-Ouest, ou Vlaming, au cap de Van- Diemen, à la pointe de l'ile Melville ; les points les plus importants sont le golfe Eæmouth, ancienne baie Guillaume , les ports Georges IV et Cumingham, la baic de Stokes, et le grand golfe de King, au fond duquel tombe la petite rivière Victoria; ce dernier golfe présente, vers l’ouest, une entrée profonde, que l’on désigne sous le nom de golfe de Cambridge ; près de là s'élève le mont Cockburn. La terre de Witt est accompagnée d’un grand nombre d’iles ; d'abord la graude île de Barrow, l'archipel Dampier, groupe d'îles basses et inhabitées, les {les des flibusliers, l'archipel Bonaparte, enfin près du cap Van-Diemen les deux îles Bathurst et Melville. Cetie dernière est sans contredit la plus considérable de toutes; elle a été l’objet d’une tentative de colonisation qui a avorté. Entre cette ile et celle de Crokers s’étend la presqu’ile de Cobourg ; elle présente deux baies importantes qui offrent des ports naturels, la Baïe de Raffles et le Port-Esington. Les Anglais avaient établi, en 1838, sur ce dernier point, la ville de Vicloria- Town. Cette cité, chef-lieu de l’Australie septentrionale (North- Australia) était destinée à devenir lPintermédiaire entre Sydney et les navires malais et chinois qui y viennent recueillir le frépan ou tripang, espèce d'holothurie ou de mollusque sans coquille, auquel les Chinois attachent des vertus aphrodisiaques et dont ils sont très-friands. Mais le manque absolu d’eau douce, le sol sablonneux et d’une trop grande stérilité, la visite trop fréquente des serpents-boas et de myriades de grosses fourmis, dévorant les semis et perçant même les plus gros arbres, enfin la fréquence des ouragans, ont dù faire abandonner cette colonie naissante.

La côte septentrionale de l’Ausiralie semble, au premier coup d'œil, mieux explorée que la côte nord-ouest qui vient de nous occuper. Depuis le cap Van-Diemen jusqu’au golfe de Carpentarie, une carte hollandaise donne, il est vrai, la côte d’une manière très-positive 1.

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1 Voyez Valentyn, Description de Banda.

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(ile Melville) ou de la presqu’ile d'York au cap York, pointe la plus septentrionale du continent austral, paraît avoir été mieux connue des navigateurs hollandais ; leurs cartes sont plus complètes. Muis Flinders et les Anglais qui, après lui, ont visité ces côles, ont souvent changé les noms et cette multiplicité de noms est d’un grand embarras dans l'étude géographiquede ces parages. Cette côte septentrionale prend, entre le cap Nord et le cap Wenel, le nom de ferre de Van-Diemen, et sur le golfe de Carpentarie celui de ferre d'Arnheim et de terre de Carpenlarie. Eci comme en d’autres parties du continent, elle est accompagnée d'un grand nombre de petites îles inhabitées pour la plupart. Les plus importantes sont celles de Groote Eyland, dans la partie occidentale du golfe de Carpentarie, et celle de Wellesly.

Le golfe de Carpentarie reçoit un grand nombre de rivières d’un cours peu considérable, ce sont la Flinders, l'Albert, le Marlow, le Robinson et la Poper. D'après les récents voyages de Wickham, de Stokes, de Mitchel et de Ludwig Leichardt, dont le sort incertain inquiète les amis des sciences géographiques 1, il paraît certain que la ligne de partage des eaux du bassin du golfe de Carpentarie et de celui de la rivière Darling, le principal affluent du Murray, se trouve à peu près sous le 25° parallèle, à son point de jonction avec les Alpes-Australiennes , qui dominent la côte orientale de la Nouvelle-Galles du sud.

Nous avons achevé le tour de l'Australie, et nous n'en avons pas même pu suivre les côtes sans interruption. L'intérieur se dérobe entièrement à nos regards; aucun golfe, aucun fleuve n’a permis d'en franchir la mystéricuse enceinte. Ün immense désert de sable y engloutit-il les eaux pluviales? Les vents brülants qui, de teus côtés, s’exhalent de ce continent, semblent favoriser cette opinion. D'un autre côlé, les inégalités d’un sol aussi étendu, l'élévation des montagnes, l'abondance des pluies dans la zone torride, rendent probable l'existence de quelques grandes rivières. Les fleuves sans nom apportent-ils obscurément le tribut de leurs eaux dans le sein de quelque mer intérieure ? Ce continent apparent n'est-il que la bordure d’une imuense lagune semblable à celles des petites îles Polynésiennes, mais dessinée sur une échelle colossale? ou les embouchures de ! Le-docteur Leichardt, auquel la science géographique devait déjà plus d'un progrès, «si parti en 1847 de Moreton-Bay, pour traverser le continent Australien dans toute sa largeur, de l'est à l’ouest (environ 1,000 lieues ) et depuis cette époque on est sans nouvelles de ce hardi voyageur; il est à craindre que ee ne soit encore un nouveau nom à ajouter à la liste déjà trop nombreuse des victimes de la science.

ces rivières ont-elles échappé aux recherches rapides des navigateurs? Se trouvent-elles au fond de ces golfes et canaux qui probablement partagent en plusieurs grandes iles et péninsules la terre de Witt? Sont-elles cachées, comme celles des rivières de Madagascur, derrière l'enceinte de marais qui bordent la terre d’'Edels?

Ces questions n'ont pas encore été décidées, malgré les nombreuses expéditions tentées dans ces dernières années par Vickham et Stokes, de 1837 à 1843; par MM. Mitchel et Ludwig Leichardt; par M, Eyre, de la baie Denon ou de Towler au Port-du-Roi-Georges ; par les frères Russell; enfin par les capitaines Sturt et Georges Grey. Cependant, il y a lieu d'espérer qu'attaqué à la fois à l’est, au sud et à l’ouest par les infatigables pionniers anglais, le continent austral ne gardera pas longtemps encore le secret de sa géographie intérieure f,

Traversons le détroit large de 30 lieues que le chirurgien Bass découvrit en 1779, et qui porte son nom. Il est parsemé d’iles la plupart stériles qui en rendent la navigation dangereuse, et sépare l'Australie du groupe de Diemen ou de la Tasmanie, Ce dernier nom a été donné à l’fle de Diemen et à celles qui l’environnent, en commémoration de celui d’un célèbre voyageur qui, en 1642, découvrit celte contrée australe; mais comme ce nom est quelquefois donné à la Nouvelle-Zélande, qui fut aussi découverte par Abel Tasman, nous proposerons, pour éviter toute confusion, de garder à l’île de Van-Diemen le nom de Diémenie, et de réserver le nom de Tasmanie pour la Nouvelle-Zélande.

L'ile de Diemen ou de Van-Diemen a environ 120 lieues de longueur et 90 dans sa plus grande largeur, Sa forme est celle d’un triangle dont les cûtés presque égaux sont joints entre eux par un arc de cercle. Découpée par un grand nombre de golfes, elle présente au navigateur des abris précieux dans ces mers orageuses ; les plus remarquables sont ceux de Derwent, du Grand-Cygne, de Macquarie et de Dalrymple, découvert par Flinders en 1799, lorsqu'il visita le détroit de Bass, et fit le tour de Pile. Ce port est devenu le siége d'un établissement anglais. Les recherches de ce voyageur, de d'Entrecasteaux et de M. de Freycinet, nous ont fait connaître en détail la bate des Tempéles, comprenant celle de Aventure et plusieurs autres ; le canal d’'Entrecasteaux, garni d'excellents ports; la rivière du Nord ou de Derwent, baie três-allongée ; l’île Bruny, presque coupée en 1 On doit au comte de Strzeleeki, qui a séjourné cinq ans à la Nouvelle-Hollande,

un ouvrage du plus haut mérite sur le continent Austral : Physical description of New-south-Wales and Van-Diemen's Land. — London, 1845, in-8°,

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deux, et la péninsule de Tasman, d’abord prise pour une Île, Sur la côte orientale on remarque l'île Maria, découverte par Tasman, et la bate Fleurieu, reconnue par M. de Freycinet, Les principaux caps sont le cap Sud, le cap Sud-Ouest et le cap Grim. La surface de cette île est coupée par plusieurs chaines de montagnes séparées par de grandes et rishes vallées. Quelques-unes de ces montagnes offrent des pics assez élevés, Le point culminant des monts Barren s’élève à environ 1,540 mètres au-dessus du niveau de la mer; le pic de Tasman à 1,470, et le mont Wellington à 1,290. Quelques-unes de ces élévations conservent la neige pendant près de huit mois. Dans la partie nord-ouest on remarque une montagne élevée qui domine une chaine de collines appelées collines d'Asbeste, à cause de la grande quantité de cette substance minérale que l’on y remarque. Enfin, dans la partie sud-ouest règne une chaîne dont l'élévation est d’environ 1,000 mètres. Les productions minérales sont le fer, qui se trouve en 2rande quantité, le cuivre, l’alun, l’ardoise, le marbre, le jaspe, la houille, une grande variété de belles pétrifications et le sel qu’on tire des lacs salés. Les principales rivières qui arrosent cette terre sont le Derwent qui se jette au sud-ouest dans la baie des Tempêtes, et le Tamar qui a son embouchure dans le détroit de Bass où il forme le port Dalrymple. A peu près au centre de l’île, se trouve un lac qui peut avoir cinq lieues de longueur.

Les terres sont élevées, diversifiées par des montagnes, des bois, des vallées ; les eaux et l’ombrage y entretiennent une verdure agréable. Il y a beaucoup de ruisseaux et plusieurs lacs sur le flanc des montagnes. Les granites sont les roches duminantes de Diemenie; après viennent les schistes, puis du basalte et un calcaire coquillier. Il y a beaucoup d’asbeste, de bonnes mines de cuivre, du fer, de l'alun, de la houille, de l’anthracite, de l’ardoise, du marbre, du jaspe et de belles pétrifications. Certains lacs fournissent une grande quantité de sel.

Au nord, la terre de Van-Diemen présente une côte aride et inhospitalière. Cependant les environs du port Dalrymple sont couverts de beaux arbres et de gazons délicieux. Au sud et à l’est, la végétation très-forte des arbres indique un sol très-fertile. Les forêts sont très-épaisses et d’un accès difficile ; on y trouve des arbres dont le bois est d’une dureté remarquable, comme celui du dacrydium; ou bien encore des arbres très-élevés. La famille des myrtes et celle des composés y dominent. Cette île a enrichi la botanique d’un grand nombre de nouvelles plantes, telles sont la richea

glauca, une belle espèce de glycine et le plantago tricuspidala, bon à manger en salade.

Les principales productions de la Diemenie sont le froment, l'orge, l’avoine, presque lous les légumes, et beaueoupde fruits d'Europe. Le climat ne permet pas à la vigne d'y prospérer, quoiqu'il approche beaucoup de celui de Bordeaux ; mais les pâturages y sont excellents. Parmi les fruits indigènes, il n’en est pas un qu’on puisse citer. Aucun, dit Dumont d’Urville, ne mérite d’être préféré aux müres ou framboises sauvages que croissent sur les ronces en Europe; mais on cultive dans les jardins, avee le plus grand succès, les pommes, les poires, les prunes, les müres, les framboises, les groseilles, les fraises, les gadèles, Les oranges, les grenades, les citrons, les goyaves et diverses autres espèces y viennent plus difticilement qu'à Port-Jackson, ce qui tient à la différence de température.

Les animaux de celte terre sont trois ou quatre espèces de kanguroo, deux d’opossum, l'écureuil, le phalanger, le kanguroo-rat, le wombat, deux dasyures, le phascolome et l’échidné. Le chien sauvage ne s’y trouve pas, comme dans l'Australie ; le grand dasyure ({Aylacinus, cynocephalus) parvient quelquefois à plus de deux mètres de longueur du bout du nez à l'extrémité de la queue. Cet animal fait de grands ravages parmi les troupeaux ; mais il est timide et fuit constamment à l’approche de l'homme, à moins qu'il ne soit surpris.

Les oiseaux sont les mêmes que ceux de l'Australie, Les serpents se montrent fréquemment depuis le mois de septembre jusqu’au mois de mars. On les voit surtout dans les pays marécageux, et ils sont moins dangereux que dans l'Australie, On y remarque cependant le redoutable serpent noir (blaksnake); quelques lézards très-doux habitent aussi les forêts,

Les insectes ne sont ni nombreux ni variés, à lexception des fourmis, des moustiques et d’une mouche verdâtre, On trouve, mais rarement, des mille-pieds et des scorpions.

Quant au climat, il est très-sain et tempéré, mais plutôt froid que chaud. C’est à peu près le climat de l'Angleterre, moins les brumes ; ear si la Diemenie n’éprouve pas des hivers moins rigoureux que ceux de l'Angleterre, d’un autre côté les étés »’y sont pas aussi chauds. Dans le mois de janvier, qui est celui où les chaleurs sont les plus fortes, 1l est rare de voir le mercure monter au-dessus de 46 degrés centigrades, et quelquefois même pendant la nuit il descend jusqu’à zéro.

Les Aborigènes ont disparu en quelques années, soit par suite des luttes qu'ils soutenaient contre les Européens, soit par la mesure d’émigration forcée à l’île des Flinders, que le gouvernement anglais prit à l’égard des

débris de cette malheureuse nation. Les quatre derniers Diemeuiens ont.

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abandonné l’île en 1834, la laissant entièrement au pouvoir'des Anglais, Ceux-ci ont fait de l’ile de Van-Diemen le centre principal de leur déportation, depuis que la Nouvelle-Hollande ne reçoit plus de condamnés; la population lotale de l'ile était évaluée, en 1848, à 80,164 individus, sur lesquels on comptait environ 25,000 déportés. La partie colonisée de l'ile est divisée en 15 distriets ou comtés; nous allons en visiter les villes les plus importantes, S Nous rencontrons d’abord, dans la partie septentrionale de l’île, George- Town, ou Port-Dalrymple, qui était autrefois le chef-lieu du comté de Cornouailles, C’est une cité florissante, renfermant environ 6,000 habitants, et qui publie un journal. Elle est située à l'embouchure du Tamar, qui y forme un. bon port, Luunceslon, avec un collège assez florissant, à {5 lieues au sutl de la précédente ; c’est aujourd’hui la seconde ville de l'ile, elle réunit plus de 600 maisons et compte près de 8,000 habitants ; on y publie un jour al. Sa situation au confluent du North-Esk et du South-Esk, qui iorment ;& Tamer, serait très-favorable à son commerce, si cette dernière rivière pouvait rx'evoir des navires de plus de 150 tonneaux. Æmu- Bay, port situé sur la cète nord-ouest de l’ile, est assez importante. On y voit de betux chemins et des sunts en pierre, construits pour favoriser le commerce. | Hobarts-Town, la résidence du gouverneur et de toutes les autorités. Elle est au fond d’une petite baie nommée Sullivan-Cove, près de l'embou- Chure de la belle rivière du Derwent, et à peu de distance du mont Wellington, ou de la Tuble, qui s’élève à 4,310 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, el qui est couvert de neige pendant six mois de l’année. C’est une ville bâtie avec élégance et régularité ; toutes sesrues, coupées à angle droit, ont 20 mètres de largeur; une source abondante d’eau douce la traverse en mettanten mouvement trois moulins à grains. L'hôtel du gouverneur, la maison de justice, les casernes et les magasins du gouvernement sont beaux; l’église de Saint-David contient environ 4,000 personnes; l'hôpital est vaste et commode. La fondation de cette ville ne date que de 1804, sa population s’est accrue si rapidement, que déjà elle compte plus de 14,000 habitants. On y trouve même un nombre de familles bien élevées, assez grand pour pouvoir y jouir des charmes qu'offre la société. Une belle salle y a été construile pour les concerts et les buïs. Il s’y est formé une société d’agriculture ; on y imprime deux journaux ; des maisons d'éducation et plusieurs écoles d’enseignement mutuel y sont établies ; le commerce et l’industrie y prennent chaque jour de l’accroissement. Depuis 1824, on y a ouvert une

banque d’escompte, des caisses d’épargnes et de secours ; plusieurs manufactures de draps y ont été fondées; on y voit prospérer 16 brasseries et distilleries ; enfin son port est l’un des plus beaux de POcéanie. Un service régulier de postes est établi entre Hobarts-Town et les principales villes de l’île. Au sud de la ville, jusqu’à l'embouchure de la rivière, s’étend le district de Queenborough, qui contient quelques habitations éparses çà et là dans la campagne. Sur le mont Nelson, on a placé un poste de signaux et un télégraphe qui communique avec le fort Mulgrave, et donne au gouverneur connaissance des navires qui se présentent devant le cap sud-ouest.

New-Town se trouve aussi dans le même comté. C’est le chef-lieu d’un canton voisin d'Hobarts-Town, remarquable par ses fermes et ses maisons de campagne situées le long de la rivière du Derwent. .

Sorrel-Town, près de Port-Macquarie, chef-lieu du district de Sussex, est une petite ville florissante qui possède une belle église en pierre de taille, une prison, une école et une caserne. Dans ses environs, on exploite une abondante mine de houille, richesse importante pour la navigation à vapeur dans ces parages.

Elisabeth-Town et Port-Arthur sont encore des villages que nous devons mentionner. Ce dernier endroit, situé sur une presqu’ile dont l'isthme est gardé par un détachement de soldats et une meute de bouledogues, est un établissement où l’on relègue les déportés ou convicts indiciplinés, les scélérats incorrigibles de la colonie. Il y a un petit fort.

Nous avons déjà dit que l’on élevait la population de l’île, en 1848, à 80,164 habitants; mais depuis cette époque elle a dû considérablement augmenter à la suite de l’impulsion donnée à l’émigration européenne par la découverte des mines d’or de l’Australie. Cette population présente, comme dans la Nouvelle-Hollande, une disproportion notable entre les deux sexes : on y compte une femme pour huit hommes, parmi les déportés, et cinq pour sept parmi les colons libres. Les propriétaires émigrants et les emancipists, qui ont obtenu des convicts du gouvernement, sont chargés de les nourrir, de les vêtir et 42 eur mettre de côté quelque argent pour qu’ils ne se trouvent pas sans ressources lorsqu'ils seront libérés. Mais aussi, ils ont le droit exorbitant de leur infliger, selon leur bon plaisir, les peines cocrcitives les plus fortes.

La colonie est administrée par un gouverneur, qui réside à Hobarts- Town, assisté d'un conseil législatif et exécutif. La laine est le principal produit de la colonie, qui compte plus de 4,400,000 moutons et 80,000 têtes de gros bétail ; elle exporte encore de l'huile et des fanons de baleine ;

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OCÉANIE. — MÉLANÉSIE, — DIEMENIE, 63

le chiffre des exportations atteint 22 millions de francs, et celui des importations 30 millions.

Il nous reste à citer les principales iles qui dépendent du groupe de Diemen. Celle de Bruny, non loin de l'embouchure du Derwent, n’a pas 41 lieues de longueur; elle est couverte de bois, et peuplée d'hommes qui ressemblent à ceux de la terre de Diemen, mais qui ne paraissent pas avoir de demeures fixes. Les îles Furneaux sont presque entièrement composées d’une roche de quartz opaque, comme le promontoire de Wilson dans la Nouvelle-Galles méridionale; les roches, dans cette dernière, sont d’une nature molle et tendre ; ainsi, la mer a pu élargir un peu les canaux qui séparent la terre de Diemen de l’Australie. Le groupe des iles Furneaux se compose de trois grandes îles et de plusieurs petites habitées momentanément tous les ans par des pêcheurs, que la grande quantité de phoques y attire. Les petites iles de Maria et Sarah sont devenues depuis quelques temps des stations pénales : cette dernière est devant Port-Macquarie; King, longue de 14 lieues et large de 9, située dans la partie occidentale du détroit de Bass, est embellie par une végétation active el couverte de forêts impénétrables. Elle scrait favorable à l’établissement d’une colonie, si elle possédait un port. Les îles Schoulen, Maalzuyker, Mewstone, Pedra- Branca, Friars, Maurouard et Saint-George, w’offrent rien de remarquable.

A l’est de l’Australie s’élève une petite île habitée, que l’on nommme l’éle du lord Howe. Elle produit peu d’arbres, à l'exception du palmiste à chou qui y est très-multiplié. On y trouve une grande quantité de tortues, de pigeons et des oies sauvages. Cette ile, qui fut découverte en 1788 par le capitaine anglais Ball, a 2 lieues de sngueur et la forme d’un croissant. Près de ses côtes méridionales s'élève un rocher fort escarpé, appelé pyramide de Ball. En se dirigeant vers le nord, le navigateur évite de toucher un banc de sable appelé banc de Middleton, puis il arrive à une ile du même nom, couverte de montagnes et de forêts.

L'ile de Norfolk est située à environ 135 lieues à Pest de la précédente, Les Anglais y fondèrent une colonie qui devint d’abord florissante, mais que le défaut de port fit abandonner en 1805. Depuis cette époque, le seul point qui offre une plage sablonneuse a été choisi par le gouvernement anglais pour l'établissement d'une colonie pénale, Cette colonie se compose d’un vaste bâtiment carré qui sert à renfermer les condamnés, des casernes et de la maison du commandant. Il n’est permis aujourd’hui à personne de s’établir dans l’île; elle ne renferme que les ofliciers du gouvernement, la

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garnison ct les détenus. Il est défendu à tous les bâtiments d’en approcher : ceux de l'État même ne doivent le faire qu'en cas d’absolue névessité et après avoir fait certains signaux secrets. Cettcile peut avoir 5 à 6 lieues de circuit; elle forme un petit groupe avec deux îlots nommés Népéan et Philip. Les récifs de corail s’étendent au sud jusqu’à 7 lieues. Norfolk passe pour un des points les plus pittoresques du globe. Elle cest en partie d’origine volcanique, et toute sa circonférence est bornée, à l'exception d’un seul côté, par d'immenses colonnes de balsale qui s'élèvent à une grande hauteur comme une muraille. Un calcaire jaunätre, commun à la Nouvelle-Zélande, forme une partie du sol de lile; un terreau noir le recouvre à une grani'e profondeur ; la végétation est forte et abondante; le formium lenax y vicet beaucoup plus beau que dans la Nouvelle-Zélande ; les pins, qui y atteignent une hauteur de plus de 50 mètres sur 5 ou 6 de circonférence, ont le bois moins léger qu’à la nouvelle-Calédonie, et moins dur qu’à la Nouvelle-Zélande. Le chou-palmiste, l’oscille sauvage, le fenouil marin, y abondent. Les Anglais y ont porté les blés et les animaux domestiques de l’Europe. Les récifs de corail qui entourent l'île n’en permettent l’abord qu’à de petites embarcations.

En naviguant au nord de l'ile de Norfolk, nous trouverons lu Nouvelle- Calédonie, île assez considérable, puisque sa longueur est de 80 à 90 lieues, sur 48 à 20 de large. Mais le navigateur doit éviler la côte du sud et de l’ouest, qui présente une chaine cffrayante de récifs prolongée au delà de cette île pendant un espace de 100 lieues, du sud-est au nord-ouest !.

La Nouvelle-Calédonie paraît traversée entièrement par une chaine de montagnes qui s’élendent dans toute sa longueur : eiles s'élèvent graduellement, vers l’est-sud-est, à environ 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une cime atteint 2,400 mètres. Les principales roches sont le quartz, ie mica, une sléatite plus ou moins dure, de l’amphibole vert, des grenats, de la mine de fer spéculaire, On a trouvé des colonnes de basalte et un volcan en activité, Il est probable que les montagnes de la Nouvelle- Calédonie contiennent de riches veines métalliques.

L’arbre à pain diffère peu ici de celui des iles Polynésiennes, Le bananier cultivé forme de belles aliées. L’on cultive encore la canne à sucre et l'arum. Le cocotier couvre les flancs de quelques vallées. Parmi les autres végétaux, on remarque l'arbre nommé commersonia echinala, qui croit abondamment aux Moluques ; l’Aibiscus tiliaceus, dont les habitants mâchent les jeunes pousses; le dolichos tuberosus, dont ils mangent les racines

1 Labillardiere : Voyage à la recherche de La Pérouse, F, 199 et suiv.

rocher :

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les avoir fait griller sur des charbons; le diacophillum verticillatum nouveau genre qui a beaucoup de rapport avec le dragonnter, et qui croît sur le sommet des montagnes. L’hipoæis, dont les Calédoniens mangent aussi les racines, vient spontanément dans les forêts. L’antholoma est un des plus beaux arbustes ; il croit sur les hauteurs ; il a environ 6 mètres 50 centimètres de haut; il forme un nouveau genre de la famille des plaqueminiers.

Les chiens et les cochons même étaient inconnus ici avant l’arrivée des Européens. Les oiseaux les plus communs sont une espèce nouvelle de pie, de très-gros pigeons, des corbeaux calédoniens. L’araignée nouqgui forme des filets assez forts pour qu’en les déchirant on éprouve une sorte de résistance. Elle sert à la nourriture des indigènes.

Parmi les mouillages de l’île, nous remarquerons le hAdvre de Balade, où Cook a séjourné ; le port Saïnt- Vincent, voisin du volcan dont nous avons parlé, et le Hdvre Trompeur, où d’'Entrecasteaux dit n’avoir pu entrer, mais que le navigateur anglais Kent a fait connaître comme un vaste et excellent port, situé derrière l’affreuse chaîne de récifs qui bordent la côte occidentale.

Les habitants ont les cheveux presque laineux et la peau fort grasse. Quelques-uns ont les lèvres épaisses des nègres d'Afrique. Lestes ct agiles, ils montent sur les arbres comme s’ils marchaient sur un plan horizontal. Cook vante la dauceur de leur caractère et la chasteté des femmes. D’Entrecasteaux et Labillardière les peignent comme aussi cruels, aussi perfides, aussi enclins au vol que les autres insulaires du Grand-Océan. Les femmes se vendaient pour un clou, et la grandeur du clou variait selon la beauté de la personne. Ignorant l’usage de l’are, ils s’arment de zagaics et de massues, qu’ils fabriquent avec beaucoup de soin ; ils se servent aussi de la fronde. Des observations exactes et récentes ont prouvé qu’ils étaient anthropophages par goût; ils tâtaient, avec un air de gourmandise, les parties les plus musculeuses du corps humain, et mangèrent un lambeau de chair d’enfant. Ils se nourrissent ordinairement de coquillages, de poissons, de racines, et mangent, outre une espèce d’araignée, de la stéatite verdâtre et friable. Les femmes n’ont d'autre vêtement qu’une ceinture de filament d’écorce; plusieurs, parmi les hommes, ont la tête entourée d’un filet à mailles on d’une coiffure faite avec des feuilles et le poil de la chauvesouris vampire. Ils élèvent sur les montagnes de petits murs les uns audessus des autres, pour arrêter l’éboulement des terrains, qui sont en géné-

ral stériles. Les maisons ont la forme d’une ruche, et des portes à battants VI. 9

sculptés. Leur idiome, rauque et dur, semble différer entièremeni de ceux de la Polynésie,

Forster évalua la population de cette terre à 50,000 habitants; mais d’Entrecasteaux, dans son voyage, crut rrmarquer que ce chiffre était trop élevé. Les petites îles qui entourent la Nouvelle-Calédonie sont celles de l'Observatoire, de Beaupré, de Loyally, Botanique, Hohoua, et celle des Pins, qui nourrit des cyprès colonnaires de plus de 35 mètres de hauteur.

Le grand récif qui borde la Nouvelle-Calédonie à l’ouest, et qui s’étend 90 à 100 lieues au nord, présente au navigateur l’image d’une mort inévitable, au cas que les vents et les courants y poussent son vaisseau. De celte île jusqu’à l'Australie, la mer est semée de bancs de corail, les uns plus étendus et plus dangereux que 5 autres.

A l’est de la Nouvelle-Calédonie, se trouve le petit rocher volcanique auquel Dumont d’Urville a laissé le nom de volcan Malhew. Voici la description qu'il en donne : « Nous approchions rapidement et nous exa- « minions d’un œil indéeis et curieux un nuage fort épais, stationnaire sur « la cime de ce rocher isolé. Bientôt nous ne pûmes douter qu’il ne fût le « produit d’une fumée sans cesse renouvelée. Le centre offrait l’aspect « d’un cratè'e à demi éboulé, et des tourbillons de fumée s’en exhalaient « sans cesse, ainsi que des flancs de la partie occidentale qui se dessine « sous la forme d’un merne arrondi et peu élevé. Les tourbillons, transpa- « rents et bleuâtres à leur base, formaient une longue colonne d’une teinte « obscure, De grands espaces étaient entièrement couverts de soufre; leur « teinte dorée contrastait avec la couleur t;:iste et sombre des pierres du « reste de l’île, qui ne paraît être qu’un amas de scôries ei de laves rvfroidies. Ce roc enflammé n’a pas plus de 2 milles de circuit, <a hauteur « doit étre de 445 à 140 mètres. C’est peut-être le plus petit des volcans isolés que l’on connaisse sur la surface du globe $. »

Au nord et à l’est de la Nouvelle-Calédonie se présente un archipel important par l'étendue it la fertilité des îles qui le composent. Fernandès de Quiros, qui en découvrit, en 4606, la terre principale, lui donna le nom d’'Ausfralia del Espirilu Santo. Cent soixante-deux ans plus tard, Bougainville y ajouta quelquesîles qu’il nomma Grandes-Cyclades, nom choisi avec goût. Le capitaine Cook vint six ans après, et acheva la découverte des principales îles ; il n’eut qu’à faire l'application du principe sur les chaînes sous-marines. Îl paraît avoir atteint l'extrémité méridionale de la chaine; mais au nord, le capitaine B!'°hen a encore trouvé une continuation com- 1 Voyage de la corvette l'Astrolabe, t, V, p. 104,

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posée d'îles que probablement Quiros avait vues. Le capitaine Cook a voulu donner à l’ensemble de cet archipel le nom de Nouvelles-Hébrides, prétention que Fleurieu repousse avec force, en proposant de conserver le souvenir de la première découverte de la dénomination d’archipel du Saint-Esprit.

Le groupe le plus méridional de cet archipel est détaché du reste de la chaîne ; il comprend cinq îles qui, À l’exception de celle d’Immer, sont élevées et sans récifs de corail. Celle de Tanna présente le phénomène intéressant d’un volcan très-actif. Forster et Sparmann essayérent en vain de pénétrer jusqu’à cette montagne ignivome, qui pourtant n’est pas une des plus élevées. Le volcan était agité de convulsions, et les cendres qu’il vomissait avec le feu obscurcissaient l'air. La pluie qui tomba dans ce moment était un composé d’eau, de sable et de terre, de telle sorte qu’on pouvait l’appeler une ondée de vase. Mais ces feux souterrains semblent contribuer beaucoup à la richesse de végétation qui distingue cette ile. Plusieurs plantes y prennent deux fois la hauteur qu’elles ont dans les autres contrées : leurs feuilles sont plus larges, et leurs parfums plus forts. Plusieurs terrains exhalent des vapeurs sulfureuses ; des sources chaudes s’en élancent. Tanna présente aussi des couches d’argile mêlées de terre alumineuse, de blocs de craie et de tripoli. Le soufre y abonde, et l’on trouve quelques indices de cuivre.

Les sites de Tanna ont quelque chose de plus doux et de plus élégant que ceux de Taïui, parce que les montagnes ne s’élancent pas brusquement du milieu d’une plaine étroite, mais sont précédées de plusieurs rangées de collines entrecoupées de larges vallées. On y trouve des bananiers, des cannes à sucre, des patates et plusieurs sortes d'arbres fruitiers. Les voyageurs anglais y virent le pigeon qui, aux Moluques, dissémine les muscades véritables ; dans le jabot d’un de ces oiseaux ils trouvèrent une noix de muscade oblongue ; les naturels leur en firent voir plusieurs encore entourées de leur macis. Ainsi, point de doute qu’il ne croisse une variété de muscadier dans ces îles; on ne put cependant en trouver aucun dans le petit espace que les Anglais eureni la permission de parcourir.

Les naturels ressemblent plus à ceux de l’Australie qu’aux insulaires des iles des Amis.

Les hommes ônt le teint d’un noir qui tire sur le brun ; ils sont d’une taille moyenne, mais musculeux et vigoureux ; leur barbe forte, noire et bouclée ; leur chevelure noire, épaisse et arrangée à la porc-épic ; les traits du visage prononcés et ouverts; tout enfin leur donne un air mâle et guer-

rier. La singularité de leurs ornements, le petit bâton qui traverse le bout du nez, le pagne qui couvre à la vérité les parties honteuses, mais de manière à les faire remarquer davantage, enfin l'usage d’un fard grossier, tiré des terres ocreuses et calcaires, indiquent clairement la parenté de ces insulaires avec ceux de la Nouvelle-Calédonie, de la Nouvelle-Guinée et de l'archipel Salomon. D’un autre côté, les arts de ces insulaires paraissent avoir eu une origine commune avec ceux répandus chez les Polynésiens. Leurs ares faits Au plus beau bois élastique, leurs frondes, leurs massues, leurs dards, aveë lesquels ils percent une planche de bois de 9 centimètres d'épaisseur, rapprient souveni 'es armes usitées aux iles des Amis. La langue de Tanna et celle d'Erromango diffèrent entre elles ; l’une et l’autre n’ont guère ue ressemblance avec la langue générale de la Polynésie.

Les femmes des Nouvelles-Hébrides, réduites à l’état d’esciavage, perdent bientôt le peu d’atirai 5 que la nature daigne leur accorder. Elles sont faibles et petites. Plusieurs jeunes filles, dit Forster, avaient des traits fort agréahles, et un sou: 1: qui devint plus touchant à mesure que leur frayeur se dissipa. Elles avaient les formes sveltes, les bras d’une délicatesse particulière, le sein rond et plein, et elles n'étaient couvertes que jusqu’aux genoux. Leurs cheveux bouclés flottaient sur leur tête ou étaient retenus par une tresse, et la feuille de banane verte qu’elles y portaient ordinairement, montrait avec un certain avantage leur couleur noire. Elles repoussaient avec pudeur les instances des matelots.

Les îles Annalom, Saint-Barthélemy, Erronan, Hinchinbrook, Immer, Montaguë, Pain-de-Sucre, Pic-d'Eloile, Shepherd et Three-Hills n’offrent rien de remarquable. Frromango est importante par son étendue : elle a environ 32 lieues de circonférence. Les habitants, noirs et bien faits, sont actifs et intelligents ; ils se livrent, dit-on, avec succés à l’agriculture ; les plantations sont entourées de haies, et les maisons couvertes en chaume. Cependant les voyageurs les plus récents les représentent comme de féroces anthropophages, vivant dans un état de guerre continuel, non-seulement entre eux, mais avec les habitants des îles voisines. Erromango abonde en forêts de bois de santal : aussi les Anglais et les Anglo-Américains y ont-ils formé, dans ces derniers temps, des établissements temporaires pour la coupe de ce bois précieux. :

Cook a encore découvert l'ile Sandwich, qui a environ 40 lieues de tour, et qui lui présentait le même aspect de fertilité que les ‘précédentes. De fraîches teintes de verdure paraient ses bosquets entremélés de beaucoup

1 Forster, Voyage, Il, p. 25.

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de cocotiers : les. montagnes s’élevaient fort avant dans l’intérieur des terres, et il y avait à leurs pieds plusieurs cantons plus bas, couverts de bois et entremélés de champs cultivés qui offrent précisément la couleur de nos guérets. L'île fut jugée très-propre à un établissement.

L'île Api ou 4pée, et l’île Paoum ou Paoom, ne furent pas examinées en détail ; mais on sait aujourd’hui que la première a une vingtaine de lieues de tour, qu’elle est couverte de montagnes et de forêts ; que la seconde n’est qu'un rocher volcanique stérile d’une grande élévation, et que, vue dans une certaine direction , elle présente l’aspect de deux îles. Ambrim se fait remarquer par «n volcan qui lance impétueusement des colonnes d’une fumée blanc'hâtre. Elle paraît fertile et cultivée, L'ile Banks est importante par son étendue.

Dans l'ile Pentecôte on vit beaucoup de plantations, beaucoup de feux. L'ile Aurore, plus majestueuse, est ornée de forêts pittoresques où jaillissent des cascades. L’odieux nom d’le des Lépreux, donné par Bougainville à une petite île voisine, n’est fondé sur aucune circonstance particulière : une sorte de lèpre blanche est répandue dans toute l'Océanie.

Les deux grandes îles de Mallicolo et du Saint-Esprit constituent une chaine particulière et plus occidentale que celle que nous venons de suivre.

Mallicolo tut indiquée à Quiros par les indigènes, qui la désignérent comme une grande terre, quoiqu’elle n’ait que 48 lieues de long. Les Espagnols crurent entendre prononcer le nom Manicolc. Bien arrosée et bien boisée, cette ile paraît posséder un sol fertile. Les cochons et les volailles étaient les seuls animaux domestiques : Cook y avait sjouté des chiens.

On pourrait presque regarder les habitants de Mallicolo comme une espèce de singes ; ils sont très-hideux, et diffèrent beaucoup des autres nations de cette partie du monde. Ces hommes sont d’une cor.leur bronzée; en général, leur hauteur n’excède pas 4 mètre 75 centimètres ; leurs membres manquaient souvent de proportion ; ils avaient les jambes et les bras longs et grêles, la tête longue, le visage aplati et la mine des singes ; ajoutez à ces traits un large nez plat, les os des joues proéminents, et l’os frontal très-étroit et comprimé en arrière, comme chez les animaux. Leurs cheveux sont crépus, sans être aussi laineux que ceux d’un nègre de l'Afrique.

Cette peuplade ressemble singulièrement aux sauvages demi-singes que Flinders observa dans la Nouvelle-Galles, aux environs de la baie des Verreries. Leur dialecte offre ces sifflements, ces battements de langue.

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ces combinaisons bizarres de consonnes qui, dans les idiomes d’Afrique, bravent les organes européens. Ils prononcent facilement les mots russes et allemands. Dans leur costume, on remarque la ceinture qui, très-serrée, leur donne l’air de grosses fourmis. Ce pagne, indécemment pudique, les fait ressembler au dieu des jardins. His ont des flèches empoisonnées, dont la blessure donne une mort prompte. La faiblesse a toujours recours à la perfidie,

La terre du Saint-Esprit, la plus grande et la plus occidentale de tout l'archipel, a 22 lieues de long sur une largeur de 412 lieues, et plus de 60 de circuit. Les côtes, surtout celles à l'occident, sont d’une hauteur extraordinaire, et forment une chaîne suivie de montagnes qui, en quelques endroits, s'élèvent directement des bords de Ja mer. Mais, en général, l'ile est bordée de belles collines bien boisées, de vallées ouvertes et ile diverses plantations. Les iles qui gisent le long des côtes méridionales et orientales doivent vraisemblablement former des baies et des ports aussi bien abrités que la grande baic de Saint-Jacques el Saint-Phil ppe, qui se trouve à l'est; c’est là qu'ont mouillé Quiros et Cook, dans le port de Vera-Cruz, non loin de la rivière Jourdain. Le pieux navigateur espagnol voulut y fonder la ville de la Nouvelle-Jérusalem ; mais avant qu’il eût pu c élever la première cabane, une discussion sanglante avec les indigènes et le manque de vivres l’obligèrent à s’en retourner en Amérique.

Les habitants , plus forts et mieux faits que ceux de Mallicolo, étaient de couleur noire, et ieurs cheveux paraissaicnt lainés, ou du moins trèsbouclés. Ils prononçaient quelques mots de la langue des îles des Amis et de la Société. Quiros y vit des hommes de diverses couleurs ; les uns avaient

le teint de mulâtre, les autres étaient noirs; il y en avait de blancs avec

des cheveux roux. Ces derniers étaient probablement des habitants de l'ile d’'Erromango. Forster déplore avec raison la précipitation avec laquelle on fit la reconnaissance de cette contrée. Un événement malheureux y contribua. On avait pris, ea partant de Mallicolo, un poisson qui parut être un sparus erythrinus ; tons ceux qui en mangèrent furent attaqués de tranchées, de douleurs aiguës, de vertiges; leurs corps se couvraient de boutons ; ils épreuvaient une langueur mortelle. Cependant il n’y eut qu’un chien et un cochon qui en moururent. Ilest à remarquer que l’espagnol Quiros essuya le même accident.

Observons toutefois que ce navigateur, dans sa relation écrite avec beaucoup de candeur, ne vante que la végétation riche et variée, les belles forêts débarrassées de plantes sarmenteuses, les eaux fraiches et salubres, Si, dans cinquante mémoires présentés à la cour d’Espagne, il faisait

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I! resterait encore à retrouver plusieurs Îles que Quiros découvrit avant d'arriver à la terre du Saini-Esprit : telles sont entre autres Tikopia, San- Marcus, Vergel et autres qui répondraient assez bien aux îles Barwel, Pandore et Cherry, et au groupe des {les de Banks, trouvées par le capitaine Edwards au nord-est de la terre du Saint-Esprit.

Tikopia ou Tucopia, la même que Barwel, est une île élevée, mon-

tueuse, bien boisée, qui n’a guère que 3 licues de circonférence et # ou 500 habitants. Sur la côte sud-est se trouve Derolo, étang d’eau saumâtre peuplé de canards sauvages. Les habitants obéissent à quatre chefs et leur payent un tribut pour leurpêche. Chacun deces chefs habite un des villages Mapsanga, Arniera, Lan-ha-Tealou et Rarou-Niou. L'un deces chefs supérieur aux autres, remplit les fonctions de magistrat suprême ou de roi. Les Tikopiens sont gais, doux et pleins de bonne foi. Ils n’ont jamais de guerre entre eux. Leur tatouage consiste en plusieurs lignes tracéces sur la poitrine et quelquefois sur le dos. Ils portent des anneaux d’écaille de tortue aux oreilles et dans la cloison du nez. Le nombre des femmes dépasse celui des hommes : aussi la polygamie y est-elle permise. Quand on demande à ces peuples s’ils croient à une autre vie pendant laquelle les méchants seront tourmentés , ils répondent qu'ils vont tous au ciel après leur mort, parce que parmi eux il n°y a point de méchants. Leur nourriture consiste en fruits, racines, poissons et coquillages. Is ont le respect le plus profond pour la murène, qui est regardée comme un des principaux dieux de lîle, Quiros découvrit Tikopia en 4606. Le capitaine anglais Dillon la visita en 4813, et y abandonna un matclot prussien; lorsqu'il y retourna en 4827, il vit ure épée française au côté du Prussien, qui lui dit que plusieurs insulaires étaient en possession de sabres, de chaudières en fonte et de cuillers en argent, de fabrication française. L'existence de ces objets fut pour le capitaine Dillon un indice certain que le naufrage de l’infortuné La Pérouse avait eu lieu dans quelque archipel voisin 1,

L'île Mitre n’est qu'un rocher d’un mille d’étendue, de 130 à 150 mètres d’élévation, escarpé et médiocrement boisé, Il est composé de deux mondrains égaux, qui de loin paraissent séparés. On voit dans la partie septentrionale un rocher cylindrique, percé par le milieu, et élevé de 60 mètres, On n'y a point observé d'habitants. L'ile Cherry n’a rien qui la caractérise,

Voyez notre premier volume, livre xxv, page 0,

La description de lle de Pitt, très-haute et borsee , que le capitaine” Edward découvrit en 1704, convient à celle du Portail de Belin. En descendant au sud jusqu’au 44e degré et demi de latitude , Quiros découvrit une ile élevée, qu’il nomma Nuestra-Senora da Luz ; et immédiatement après il vit au sud, à l’est et à l'ouest, plusieurs terres hautes et étendues; dans l’une d'elles, il découvrit la baie de Saint-Philippe etde Saint-Jacques. Il est impossible de ne pas reconnaitre ici la posiion où se trouvera tout navigateur qui, après avoir passé le Pic de l'Étoile, entrera dans le canal qu'environnent d'un côté la terre du Saint-Esprit et Mallicolo, de l’autre les îles Aurore et Pentecôte. Une autre relation qui ue dit rien de l’île Nuestra-Senora ou Pic de l'Étoile, donne en revanche la preuve expresse que les Grandes Cyclades de Bougainville avaient été vues et nommées par ce navigateur; car il trouva, à 47 degrés de latitude et seulement à 7 lieues de la terre du Saint-Esprit, deux îles, savoir Cordoba et Clementina, qui paraissent identiques avec celles d’Aurore et de Pentecôte. Enfin l'ile Belen et celle dite le Pilier de Saragosse, vers lesquelles le vent du nord-est poussa la flotte sortie de la baie de Saint-Philippe, doivent appartenir à une chaîne qui lierait l’archipel du Saint-Esprit aux îles Salomon.

A l'est des Nouvelles-Hebrides se trouve un groupe considérable, qui porte le nom de Fidji chez tous les géographes, ou celui d’fles du Prince- Guillaume, que lui donna Abel Tasman. On l’a aussi appelé archipel de Viti.

Les indigènes appartiennent à la race papoue. Ils ont le haut du front et 1e nez élargi, les lèvres grosses, les cheveux frisés ; leur peau est d’une couleur tirant sur le chocolat. Leur taille est de 4 mètre 80 centimètres, et leur constitution robuste. Is vont presque nus; tout leur vêtement consiste en une ceinture qui passe entre les cuisses. Ils portent aux bras et aux jambes des bracelets, et suspendent à leur cou des colliers de dents humaines. Plusieurs entourent leur tête d’étoffes blanches en forme de turban, et ont les cheveux teiuis en noir ou en rouge. Cette couleur prend une nouvelle intensité du charbon dont ils se frottent. Quelques-uns ont la chevelure divisée en deux touffes par un sillon qui va d’une oreille à l’autre. Leur tatouage est en relief; pour cela, ils se font sur les bras et à la poitrine des trous qu’ils renouvellent jusqu’à ce que les chairs fassent une cicatrice égale à une petite cerise. Ils pratiquent la circoncision comme dans plusieurs autres îles de l'Océanie.

Les femmes vont à la pêche à l’exclusion des maris, dont l'office est de faire la guerre, de construire les maisons, les pirogues, et de travailler à la terre, On les marie de très-bonne heure, mais elles n’habitent avec leur

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Ces peuples suivent, pour leur lever et leur coucher, les lois que la nature parait avoir tracées : ils se couchent au commencement de la nuit et se lèvent au point du jour. Hs allument le feu par le frottement de deux morceaux de bois l’un contre l’autre. [ls ont des esclaves des deux sexes; le roi a près de cent esclaves mâles, et il peut réduire à l'esclavage toutes les femmes qui dépendent de ses possessions, Quand un chef meurt, on tue plusieurs de ses femmes ; et si c’est le roi ou la reine, les victimes se coupent un doigt de la main et du pied.

Les prêtres que l’on voit parmi ces insulaires portent le nom d'ambelti. Ils ont un dieu du premier ordre qui, disent-ils, a créé la terre, la mer .le soleil, les étoiles et tout ce qui existe. Leurs dieux du second ordre, ainsi que les déesses, sont en grand nombre. Ils leur offrent des bananes, des étoffes, des cochons, elc., mais non des sacrifices humains. Ils croient à l’immortalité de l’âme, et prétendent que tous vont après leur mort rejoindre leur.principale divinité. Les ennemis tués dans les combats sont mangés par les vainqueurs,

Dans ces îles, le roi reçoit des tributs de dents de baleine, qui sont la monnaie du pays; les impôts se payent aussi en pattes, en étoffes, en pirogues, en coquilles, en bananes, en ignames, en cocos, en poules, en cochons et en autres productions utiles, A la mort du roi, son frère lui succède, et à défaut de frère, c’est son fils qui est maître du pouvoir. Il peut régner en souverain sur tous ses États ; mais il doit se soumettre eux lois établies par les prêtres. Quand une ile refuse de payer le tribut, on lui déclare la guerre ; si c'est un seul individu, il est puni de mort.

Les voyageurs naufragés sont tués par ces insulaires ou chargés des armes à feu dans les combats, comme étant des plus habiles à s’en servir. Le suicide est connu dans ces iles, mais il n’y a que ceux qui ont reçu quelque mauvais traitement des chefs qui se livrent à une mort volontaire ; alors ils se ;.cndent, On étrangle ceux qui tombent dans un état d'aliénation mentale, 1.8 vol, fréquent parmi ces peuples, est ordinairement impuni ; si l5 chefs se trouvent lésés, on met à mort celui qui s'est rendu coupable. Un chef qui tue un homme doit prendre son nom et l’ajouter au sien.

Les armes des Vitiens sont faites dans le genre de celles de Tonga:

Tabou, mais elles sont moins artistement travaillées !. 11 faut cependant excepter le casse-tête, formé d'un bouton sphérique de 44 centimètres et d’un manche 4: 33 centimètres de longueur : cette arme est enrichie de ciselures et in-"ustée de dents humaines.

Nous ne pouvuns indiquer le chiffre de la population de cet archipel; il paraît être compris entre 70,000 et 100,000 individus. Cette population est moindre en temps de guerre, et plus considérable pendant la paix.

Paou ou Viti-Levou, et Navihei-Levou, sont les deux plus grandes îles de cet archipel, La première a 50 lieues de circonftrence; elle est célèbre par le bois de santa! qu’elle produit en abondance, et que les Européens et les Américains viennent y chercher : sa population est très-nombreuse, La seconde porte aussi les noms de Zawo et Ambow, Les autres sont Middleton, Myvoulla, Farewell, dontle vrai nom paraît être Zigombia, Akatembo, Pile Table, celle de la ‘Tortue, et plusieurs autres dont le nombre semble devoir étre porté à plus de 200. On pourrait regarder comme une dépendance de l'archipel de Viti le groupe d’Ono, dont les habitants, doux et pacifiques et vivant de poissons, passent pour assez bons navigateurs.

Au nord des îles Viti ou Fidji on rencontre plusieurs îles détachées. La plus remarquable aujourd’hui est celle de Rofouma, que l’on a regardée à tort comme l'ile de Taumago ou Taumako de Quiros, et que des navigateurs anglais ont appelée Grenville. Le capitaine Wilson , de retour du voyage des missionnaires, y aborda. «La fertilité et la population de cette île isolée « paraissent extrêmes. Dans un espace de moins d'un mille anglais de long, « nous conptâmes, dit ce voyageur, 200 maisons sans celles qui devaient « être cachées derrière les arbres. Les cochons, les volailles et les fruits « abondent ici, et c’est une des meilleures places de rafraîchissement, »

Rotouma est montagneuse et d’une médiocre hauteur. L’extrémité méridionale se termine en pointe basse, et semble former une petite île conique; mais il n’y a point d'interruption entre l’île et cet ilot apparent. La même chose se fait remarquer à la partie septentrionale : deux îlots, dont l’un est très-plat, sont à 2 ou 3 milles de celte extrémité. L’aspect de cette terre est très-agréable ; on ne voit çà et là que des tapis de verdure ; les montagnes paraissent volcaniques. Il n’y a point de cours d’eau dans l'ile; les naturels ne se servent que d’eau de puits.

Les habitants sont bien faits et d’une taille presque toujours au-dessus de la moyenne. Ils ont des traits réguliers et une physionomie douce et pleine de gaieté. Leurs cheveux longs sont relevés en touffe derrière la tête ; leur

1 Voyage de Dumont d'Urville, LV, p. 452.

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