PAS
La partie septentrionale de l’Ostrobothnie forme aujourd’hui la préfecture d’Uléaborg. Le voisinage du cercle polaire, joint à une exposition boréale el à la nature humide d’un sol argileux, ne laisse à la partie septentrionale de l’Ostrobothnie qu’un été de peu de durée. Les mauvaises années sont fréquentes, et les gelées d’été sont d'autant pius nuisibles, que les semailles ne peuvent se faire que vers la fin du mois de mai et au commencement de juin. En revanche, les terres défrichées au moyen du feu produisent des récoltes très-abondantes. Les forêts, les marais, les rochers couverts de mousse, occupent la plus grande partie du terrain. Cependant
le bétail, quoique de petite race, donne plus de beurre et de fromage que’:
les habitants n’en consomment. On tire de ce pays une immense quantité de goudron; la seule ville d’Uléaborg en exporte 27 à 29,000 tonnes par an; et, pour produire cette quantité, il faut 2,160,000 sapins ; on peut en conclure quelle doit être l’étendue des forêts. Les calaractes de Pyha et de Taival offrent de belles horreurs, Les forêts sont remp'ies d'écureuils, que les paysans prennent au moyen de chiens dressés à ce genre de chasse. Un chien de cette espèce est considéré, dans les partages de successions, comme Péquivalent d’une vache à lait. Plus on monte au nord, meilleure est la qualité des saumons, et plus les fruits des arbustes sauvages ont de saveur et d’arome.
La ville d'Uléaborg, peuplée de 7,000 âmes, est une des plus riches de la Finlande ; elle a des fabriques, des chantiers ; elle exporte du goudron, du beurre, du saumon, et ses navigateurs vont jusqu’en Sardaigne chercher du sel par échange. Kaïana n’a que 7 à 800 habitants. Prahestad conserve le nom du comte Brahé, à qui la Finlande dut ses premiers éléments de prospérité. Dans ces villes, soumises à l'empire d’un hiver de neuf mois, règnent les mœurs les plus aimables, les plus hospitalières, et même un goût vif pour les plaisirs. Leur population est suédoise, mais celle des campagnes est finnoise. En remontant le fleuve Uléa, un voyageur foulerait des terres peu connues; il verrait se déployer le beau bassin du lac d'Uléa, où se rendent du nord-est et du sud-est deux longues séries de lacs, uuis par des rivières qui hbondissent de cascade en cascade à tra: vers des forêts vierges. Ces déserts renferment quelques métairies isolées, éloignées quelquefois lune de l’autre de 14 à 15 lieues de France. Dans la paroisse de Paldamo, qui a 80 lieues de long, on voit les ruines du château de Hysis, taillé dans un rocher, et dont les escaliers gigantesques figureraient bien dans un roman.
Les habitants de l'Ostrobothnie ont un caractère franc, hospitalier et v!. 56
A ME cn
laborieux. Les jeunes filles, avant de se marier, se font elles-mêmes une telle quantité d'habits et de linge, qu’elles en ont assez pour toute leur vie. On peut en conclure que les modes ne changent guère dans ce pays. Les Ostrobothniens jouissent de la réputation d’être les meilleurs constructeurs de petits navires qu'il y ait en Suède; autrefois ils voyageaient pour exercer leur art. Î n’y a que les habitants des bords de la mer qui parlent suédo's ; les autres sont finnois.
La préfecture d’'Uléaborg embrasse dans le sens administratif une partie -
de la Laponie. Ici, par les efforts des colons finnois, l’agriculture s’est étendue au delà du cercle polaire, comme sur les côtes de la Laponie norvégienne. Ces colonies font disparaîlre la population nomade des Lapons. D'un autre côté, les troupeaux de rennes s'étendent, dans l’Ostrobothnie intérieure, jusqu'aux monts Maanselka, où ils trouvent encore cette espèce de mousse nécessaire à leur subsistance. Il arrive quelquefois aux paysans d'Uléaborg de manquer de farine, et les pius pauvres mangent souvent du pain fait avec l’écorce de sapin, de hêtre et de bouleau.
Le grand duché de Finlande, que nous venons de décrire, ne répond probablement pas au pays de Fenni de Tacite. On ne sait rien de certain sur l’époque où les premiers Finnois sont entrés dans la Finlanüe. Dans les dixième, onzième et douzième siècles, trois nations étaient connues dans cette région, les Quaines ou habitants du pays bas, au nord, les Kyriales ou Caréliens au sud-est, et les Ymes ou Zemes au sud-ouest. Au milieu de ces tribus sédentaires, erraient encore des Lapons pasteurs, comme le prouvent divers noms, surtout dans la partie orientale.
La république commerçante de Novgorod ct la belliqueuse Suède se disputèrent, de 4156 à 4293, l'influence prépondérante sur ces peuples simples et même un peu barbares, qui vivaient moins d’agricullure que de la chasse, de la pêche etdes produits de leurs troupeaux. Cependant les chefs de famille exerçaient une autorité despotique ; les femmes vivaient dans un dur esclavage. A peine les Finnois connaissaient-ils cette agricuiture imparfaite qui s’est perpétuée chez eux jusqu’à nos jours. Îls possédaient quelques arts mécaniques, et entre autres celui de travailler les métaux.
La religion et la mythologie des Finnois de Finlande avaient certainement beaucoup de rapports avec les croyaaces des Lapons et des Biarmiens ; mais leurs traditions n’ont été recueillies que lorsque déjà les missionnaires catholiques les avaient, sinon convertis, du moins baptisés. Leur Etre suprême était Rawa, le vieux, né du sein de la nature, A