‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 123 sur 169 · ARR STE · texte numérisé non relu

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échauffe cette demeure misérable ; la fumée sort quelquefois par ure ouverture dans le toit; d’autres fois on la laisse passer, comme l’occasion se trouve, par la porte et par la fenêtre. En hiver, on éclaire la cabane par de longs éclats de bois de sapin. Dans ces antres noirs et enfumés, on s’étonne de voir des habits et du linge entretenus avec beaucoup de propreté. Les bains de vapeur sont un des plaisirs chéris du peuple finlandais, et c’est évidemment des Finnois étabiis jadis dans la Russie centrale que les Slaves en ont appris l’usage. Les étuves sont peu spacieuses; plusieurs rangs de bancs en pierre s’y élèvent en forme d’escalier. On les chauffe jusqu’à 70 ou même 80 degrés centigrades; ensuite on verse sans interruption de l’eau sur des pierres chauffées au rouge; en peu de temps l’étuve se remplit de vapeur; le baigneur, qui descend de banc en banc, est bientôt couvert d’une abondante sueur. Ensuite tout son corps est lavé d’eau tiède, frotté et fouelté doucement avec des branches de bouleau en feuilles. Ce sont des femmes qui font ce service auprès des hommes. Avant de se rhabiller, le Finlandais se roule dans la neige, ou, pendant l'été, sur le gazon. Il se trouve comme régénéré par ces bains,

Suite de la Description de l’Europe. — Description de la Russie d'Europe. — Quatrième section. — Provinces Baltiques.

Au midi de la Finlande, nous voyons une des combinaisons les plus remarquables dans la géographie physique de l'Europe. Le lac Onéga, rapproché de la mer Blanche, verse ses eaux par le Surr dans le grand lac Ladoga, qui s'écoule, par une sorte de bosphore d’eau douce, par la large Néva, dans le long et étroit golfe de Finlande. Si Yon suppose le niveau de ce golfe plus élevé seulement de 200 mètres, il s’étendrait sans interruption jusque dans le lac Onéga, et peut-être même joindrait-il la mer Blanche, car on ne connait entre ces deux bassins aucune colline qui présente l'apparence d’une éiévation plus grande. Le fond du golfe de Finlande est une roche calcaire, tantôt compacte et tantôt remplie de coquilles, qui forme aussi le fond de lIngrie et une partie du bassin du Ladoga et de celui de l’Onéga; mais des pointes de granit percent partout à travers “es masses calcaires, L'eau, faiblement salée, n’est pas profonde, surtout

le long des côtes méridionales, qui sont en pente douce; des phares nom-breux éclairent le chenal du milieu. L’extrémité orientale du golfe forme la baie de Cronstadt, qui n’est au fond que l'embouchure de la Néva; car ses eaux, douces et potables jusqu’à Cronstadt, coulent, comme le fleuve, vers l’occident en temps calme; de grands amas de joncs et des bancs de sables la remplissent ; le chenal ntvigable finit par n'avoir que deux brasses d’eau ; les grand; navires de commerce ont besoin d’alléges, et les vaisseaux de ligne ne sortent des chantiers de Pétersbourg qu’à l’aide de bàtiments nommés chameaux. Plusieurs fois un terrible vent d’ouest, poussant ‘a masse d’eau du golfe dans cette baie, a fait refluer la Néva dans les rues de Pétersbourg jusqu’à la hauteur des premiers étages ; on a vu des navires jetés sur les quais de la ville; les flots soulevés ont assailli les escaliers de marbre des palais impériaux, et rien ne garantit du retour de désastres semblables. A ces circonstances, si fâcheuses pour la capitale, il faut ajouter que la baie gèie tous les ans. La Néva roule des eaux limpides qui ne sont jamais couvertes par les glaces avant le29 octobre, et ne dégèlent pas avant le 25 mars. Le lac Ladoga baigne au nord des rivages calcaires, renfermant des carrières de beau marbre ; ses autres bords sont bas et sablonneux ; le fond du bassin est de gravier en général ; les eaux sont claires et poissonneuses. Tous les ans il se couvre d’une croûte épaisse de glaces, au grand avantage des pêcheurs ; dans quelques-unes de ses iles, s'élèvent des monastères isolés. Le lac Onéga présente les mêmes caractères physiques, seulement ses rivages ont plus d’inégalités ; quelques-uns de ses affluents roulent des eaux jaunâtres à travers des cascades, tandis que d’autres serpentent, dans un état de stagnation, sur un sol tourbeux.

La petite rivière d’Zjora ou Ischora, nommée en suédois Znger, a donne son nom à la province d’Zngrie ou Ingermanland, que les Russes appellent [jorskaïa-Zemlia ou Terre d’Ijora, et qui, conquise par les Suédois en 1617, fut rendue à la Russie en 4721 : elle forme la plus grande partie du gouvernement de Pétersbourg. La partie occidentale se nommait jadis Zama, et la tribu finnoise des Voles ou Volialainen, habitait le long des rivages occidentaux du lac Ladeza. Les Zschores ou Zjortzys, autre tribu finnoise, peuplent le pays au sud de la Néva. C’est iine contrée basse, couverte en partie de bois et en partie de marais, d'un sol ingrat, froid et humide, où, à l'exception des jardins maraichers, des maisons de plaisance, des parcs de luxe et des établissements industriels dépendants de la capitale, on aperçoit partout la stérilité, la tristesse ct la misère. Le seigle même y est d’une culture difficile; hors des jardins de luxe, il mürit à peine quelques cerises,

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et les ruches d’abeilles sont un objet de curiosité. Muis les arbustes à baies, les oiseaux sauvages et les poissons de la Finlande et de la Laponie y abondent. L'année moyenne offre 462 jours d’hiver ou de gelée constante ; 59 jours de printemps, rendant lesquels il gèle pourtant le matin et le soir; 444 jours d'été, c’est-à-dire où il ne gèle pas. Le mawimun moyen du froid a été, en dix-sept ans, de 34 degrés centigrades, Il est rare que le thermomètre centigrade ne descende pas chaque hiver, pendant deux ou trois jours, à 30 et même 35 degrés. La chaleur monte souvent à 34 degrés. La gelée commence ordinairement vers la fin d'octobre, et finit vers le 27 avril. Mais il n’est pas rare de voir l'hiver durer sept mois; et même, dans les quatre ou cinq mois restants, il n’est pas sans exemple qu'on ait eu de la neige et de la gelée,

C'est au milieu de ces marais glacés, dans ces îles exposées à des inondations, sur ce port peu profond et gelé pendant trois ou quatre mois, sous ce climat sévère et peu salubre, que Pierre Ier fonda la nouvelle capitale de la Russie. Pélersbourg n’était d’abord destiné qu’à être un port militaire et une place d’armes; mais dans la suite ses vues s’élendirent plus loin: il crut avoir trouvé ici l'emplacement le plus favorable pour la-flotte qu’il désirait entretenir dans la mer Baltique, et le port le plus avantageusement situé pour attirer le commerce étranger en Russie; enfin, il alla jusqu’à y transférer le siège du gouvernement : on peut fixer l’époque de cette translation à l’an 1724. I n’y avait pas, dans toute la Russie habitée, d’emplacement moins convenable pour la capitale de son empire. Quant au commérce, le czar aurait probablement préféré Riga, s’il avait été libre dans son choix : il n’espérait peut-êlre pas en devenir maitre.

Les grands seigneurs russes montrèrent d’abord beaucoup de répugance à bâtir des palais qu’il fallait établir sur pilotis; ils leur parurent longtemps des lieux d’exil. Mais Pierre Ler le voulait, etsa volonté énergique triompha de la nature et de l'opinion nationale. Pétersbourg existe, et malgré les désavantages de son site, c’est une des capitales les plus brillantes de l'Europe ; c’est certainement la plus régulière , et à beaucoup d’égards la plus imposante par la masse de ses édifices, par la grandéur de ses places, la largeur de ses rueset des canaux qui en séparent les parties hétérogènes. Nous allons distinguer quelques-uns de ses quartiers.

L'ile de Saint-Péler:hourg, proprement dite, comprend une citadelle hexagone, °bsolumcat inutile comme poste militaire, ma's qui pourrait contenir une mul!itude révoltée. Cette forteresse ne sert plus que de prison d'état, et ses canons annoncent les fêles nationales et religieuses , les

inondations et les débâcles dé la Nôva, On y trouve l’église cathédrale de Saint-Pierre et de Saint-Paul, où l’on enterre les empereurs, et la maisonnelte en bois qu'habitait Pierre Le’ lorsqu'il jeta les fondements de sa ville, L'église est dominée par un elocher doré qui s’élance avec une grande hardiesse à environ 80 mètres de hauteur, en y comprenant la lonicrne, la flèche et la croix. Au reste, l'île de Saint-Pétersbourg, coupée aujoure d’hui en plusieurs îles, ne contient que le quartier le plus mal bâti de toute la ville. On y remarque les bâtiments du collège de médecine, L'ile des Apothicaires renferme le jardin botanique.

Le Vassilei-Ostrof, ou l'éle de Basile, est la plus grande de toutes : elle est située vers l’ouest. C’est là que Pierre le Grand voulut fonder sa ville, et qu'ont été construites les premières maisons; aujourd’hui elle est en grande partie habitée par des négociants. On y trouve des rues trèslongues et très-larges, tirées au cordeau ; on les appelle hignes ou perspectives. Les points de vue de ces rues sont beaux ou du moins étendus. Les principaux bâtiments sont la nouvelle douane, avec de vastes magasins à l’abri des inondations de la Néva ; la bourse, terminée sous le règne d'Alexandre ; le magasin de chanvre, le bâtiment des douze colléges, le premier corps des cadets, vaste édifice qui occupe une demi-lieue carrée de superficie, près duquel se voit l’obélisque de Romantzof ; le corps des

cadets de la marine, l'observatoire , l’hôtel des mines , l'académie impériale des sciences et telle des beaux-arts. A l'extrémité de l'ile Vassilei-

Ostrof, est ie port des saitres.

Le côlé de l'ämirunté est le plus beau quartier de la ville; c’est la résidence de la cour, &2 ia noblesse, du corps diplomatique. C’est une île au sud des deux précédentes, entourée par la Néva et la Fontaka, coupée en trois parties par la Moïka et le canal de Catherine. C’est là que se trouvent Pamirauté, le palais impérial ou palais d’hiver, avec Permitage, le palais et le jardin d'été, le palais de marbre, celui de Saint-Michel, celui du sénat, l'hôtel du gouvernement, ceux des ministres des affaires étrangères, des finances et de l’intérieur , ce"ai de ambassadeur de France et celui de la poste; la salle d'exercice du paläis, le superbe manège des gardes à cheval et leur caserne; les écuries impériales, les théâtres, l’hospice des enfants trouvés, le mont-de-piété, l’hôtel-de-ville et la banque des assignats; les superbes églises d’Isaac et de Notre-Dame de Kazan : celle-ci est sur place attenante à la Perspective de la Néva, qui a 3 verstes de long. Deux superbes quais embellissent encore le quartier de l’Amirauté: ce sont le quai Anglais et celui de la Cour, qui embrassent toute la rive gauche de

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la rivière depuis la fonderie jusqu’au chantier des galères. Si l'hôtel de l'amirauté ne les séparait pas, ils n'en formeraient qu’un seul. Il est impossible de rien voir de plus beau que ces quais: le revêtement de la rive, le parapet qui s'élève au-dessus, les escaliers par lesquels on descend au burd de l’eau, les trottoirs, tout est en granit. Les maisons qui les bordent sont d’une belle architecture. Le chantier des galères est une des extrémités du quai Anglais. L'autre côté aboutit au pont qui communique au Vassilci-Ostrof, et à une place vis-à-vis du sénat, au milieu de laquelle s'élève la statue équestre en bronze de Pierre le Grand, érigée par Catherine IE, et exécutée par le célèbre sculpteur français Falconet, Le cheval est (comme cela arrive souvent) la plus belle partie de l'ouvrage; le légis-

lateur russe est représenté montant au £: haut d’un rocher; le groupe ne pose que sur les pieds de « ‘eue du cheval, qui foule aux pieds un serpent. Le rocher est moc de granit qui a été trouvé dans un marais de la Finlande, & > avues de Pétersbourg : il

pesait 3 millions ce livres; on l’a taillé, ce qui anéantit tout l'effet qu’un piédesta! d’un genre si neuf aurait dù produire ; il pèse 850,000 kilogrammes, Le monument a dans son ensemble près de 48 mètres de hauteur.

De l’autre côté de la place et au bord de la Néva, s’élève l’amirauté, bâtiment en forme de parallélogramme, dont l’iramense enceinte comprend un chantier pour la construction des vaisseaux de ligne , et le riche musée de la marine. On voit au milieu de cet édifice une tour couverte de cuivre doré, et surmontée d'une flèche à laquelle aboutissent les principales rues de cette partie de la ville, et qui, par cette raison, peut servir de guide à un étranger. L'empereur Alexandre a fait entourer l'amirauté par une magnifique promenade plantée de tilleuls qui joint le quai Anglais et celui de la Cour. Le palais impérial, édifice de 440 mètres de longueur sur 120 de largeur, est situé à l'extrémité de ce dernier quai. On y voit des apparments maguifiques, une belle chapelle, un cscalier.en marbre par lequel les ambassadeurs passent lorsqu'ils ont des audiences solennelles, et le dépôt des insignes impériaux parmi lesquels se trouve le fameux diamant de 194 carats qui orne le sceptre.

Le même quartier comprend la superbe place appelée autrefois Csaritzynskoe-Louga, c’est-à-dire le Pré de la Czarine, et aujourd’hui le Champ-de-Mars. Elle est bordée de deux côtés par des maisons magnifiques, et des deux autres par le jardin d’été et le canal de la Moïka, qui coule en cet endroit devant le jardin du palais du grand-duc Michel. Cet VL. 57

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