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religion chrétienne, fonda l'évêché de Vilna, et régla la discinline ecclésiastique. En 4392, il fit grand-duc de Lithuanie son cousin A'sxandre, ou Vitold, mais sans préjudice à la réunion de cette province avec la Pologne, et en s’en réservant la souveraineté, En 1404, cette réunion fut confirmée par un acte formel, dressé dans une diète provinciale à Vilna. En 1408, le grand-duc enleva la Samogitie à l’ordre Teutonique, Dans une autre diète provinciale, tenue en 4443 dans la petite ville de Horodlo, les Lithuaniens furent déclarés égaux aux Polonais, à l'égard des charges et des lois; beaucoup de familles lithuaniennes s’allièrent par des mariages à des familles polonaises ; enfin les armes des deux nations furent réunies, On y régla encore que les Lithuaniens recevraient leur grand-duc de la main du roi de Pologne, et que ce dernier venant à mourir sans enfants ni descendants habiles à lui succéder, les Polonais n’éliraient un nouveau roi que conjointement avec les Lithuaniens. L'alliance conclue en 4443 fut renouvelée en 4499, et on y ajouta, par forme d'éclaircissement, que les Lithuaniens n’éliraient point leur grand-duc sans l’agrément des Polonais, pi les Polonais leur roi sans le concours des Lithuaniens, En 1561, les chevaliers porte-glaives se soumirent, eux et la partie qui leur restait encore de la Livonie, à la domination du roi de Pologne, comme grand-duc de Lithuanie ; le nouveau duc de Courlande en devint également feudataire. En 1569, les Polonais et les Lithuaniens tinrent à Lublin une diète, où le grand-duché fut réuni au royaume de Pologne, de manière qu’ils ne fissent plus ensemble qu’un même corps, soumis à un seul prince qui devait être élu conjointement par les deux nations, sous le double titre de roi de Pologne et de grand-duc de Lithuanie. On y convint aussi que les deux peuples auraient le même sénat, la même chambre pour leurs nonces ou députés; qu’enfin les alliances, les troupes auxiliaires et toutes choses seraient communes entre eux. Dans les lois de 4673, 4677 et 4685, il fut réglé que chaque troisième diète se tiendrait en Lithuanie, à Grodno; on excepta cependant de cette règle les diètes de convocation, d'élection et de couronnement. En 4697, les lois polonaises et lithuaniennes reçurent une force et une autorité égales.
Ce n’est que par une semblable suite detentatives que les grands princes de la dynastie jagellonique achevèrent l'ouvrage de cette réunion entre deux nations également fières, également intraitables. Mais la Lithuanie, incorporée à la Pologne, conserva toujours un caractère étranger; la noblesse seule prit les mœurs et l’idiome polonais; le gros de la nation garda son langage très-distinct, surtout dans la Samogitie, où de plus le paysan resta
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libre de sa personne. Dans les woiwodats de Vitebsk, de Mohilef, de Meislaw, de Minsk, de Novogrodek et de Brzese, formant la Russie lithuantienne, les paysans conservent encore la langue rousniaque et la religion grecque. Aussi les divers partages de la Pologne trouvèrent en partie le peuple de ces provinces très-disposé à se séparer d’un corps de nation avec lequel il ne s’était pas encore identifié ; on le vit également refuser de participer à l'insurrection de 4812 en faveur de la France. Cependant celle de 4830 les trouva dans des dispositions plus favorables à la Pologne.
Les divisions officielles, à l'exception de Vitebsk déjà décrit, sont : 4° le gouvernement de Moilef, comprenant le sud de la Aussie-Blanche; @ le gouvernement de Minsk, embrassant l’ouest de la Russie-Blanche, le sud-est de la Russie-Noire, et la majeure partie de la Polésie, ou la woiwodie de Brzesc; 3° le gouvernement de Grodno, contenant le reste de la Polésie et de la Russie-Noire avec le sud de la Lithuanie ou de la woiwodie de Troki; 4° le district de Bialystok ou l’ancienne Podlachie; 5° le gouvernement de Vilna, ou le nord de la Lithuanie et la Samogitie.
Il y a si peu d'objets intéressants dans ces gouvernements, hormi les peuples, que nous prendrons pour base de notre coup d'œil les anciennes provinces et les différences nationales. La Samogitie, appelée Szamaïle ou pays bas par les indigènes, et Zmudz en Polonais, est une petite contrée couverte de bois, qui comprend la partie septentrionale de la Lithuanie, et qui est enclavée dans le gouvernement de Wilna ou Vilna. Les anciens Polonais l'appelaient Jmoud. Elle est comprise entre la mer Baltique, la Courlande, la Lithuanie proprement dite et le Niemen. Le terrain, composé principalement d'argile, donne d'immenses récoltes de lin et de chanvre. Nulle part ces deux plantes ne prenuent un plus grand accroissement. Les abeilles, qui fourmillent dans toutes les forêts, y produisent le miel le plus doux et la cire la plus blanche que lon connaisse. Les élans et les aurochs (urus) y erraient autrefois par troupes; il y a encore assez et trop d'ours, de loups et d’autres animaux sauvages. Les grandes couleuvres qu’on trouve dans les forêts étaient adortes par les anciens Samogitiens, et l’on croit qu’il reste encore quelques traces de cette superstition.
Les Samogitiens n’ont que de petits chevaux, et leurs bœufs ne sont pas non plus d’une grande taille; mais ces animaux sont robustes et en grand nombre. Les cultivateurs s’obstinent à se servir d’une charrue, ou plutôt d’un araire, entièrement composé de bois ; ils prétendaient même autrefois qu’une charrue munie de fer porterait malheur à leurs terres. Aussi
manquent-ils souvent de blés, et sont-ils réduits à manger des raves qui deviennent ici d’une grosseur énorme. Îls ne commencent guère les semailles que trois semaines après la Pentecôte; mais les très-fortes chaleurs de l’été font mürir les grains en six ou sept semaines.
Les villes de Samogitie méritent à peine d’être nommées. Les plus grandes, telles que Miedniki ou Midnik, appelée aussi Worny et Roïssény ou Rossiéna, n’ont guère que 4,500 à 2,500 habitants. Æieydany seule, chef-lieu d'une principauté des Radziwill, en compte 4,000. La première était autrefois la capitale de la Samogitie; elle est encore la résidence d’un évêque catholique qui prend le titre d’évêque de Samogitie. Les habitations des Samogiliens sont des cabanes plus longues que larges, construites avec des troncs d’arbres unis ensemble par de la mousse, de l'écorce ou de la paille. Le toit se termine en une scule pointe, qui, par une ouverture, laisse échapper la fumée. Le feu est placé au milieu de cette demeure étroite : les hommrs et les femmes en occupent une des extrémités; l’autre cst laissée aux bœufs, chevaux, porcs, chèvres, brebis et chiens. Quelquefois l’aimable familiarité qu'un long voisinage inspire, enhardit ces animaux à venir manger dans la marmite réservée aux habitants bipèdes. La même simplicité règne dans l'habillement, la chaussure, les ustensiles et les voitures de ce peuple. Leurs souliers sont faits de l'écorce des arbres; leurs charrettes sont sans le moindre clou de fer, et comme ils n’en graissent pas les essieux, on entend de loin l’arrivée d’une charrette par l'espèce de cri aigu qui résulte du frottement du bois.
Il semble y avoir deux races d'hommes en Samogitie : une de haute stature, qui descend des Goths ou des Wendes, qui ont occupé ces contrées à des époques très-anciennes ; l’autre, petite et trapue, mais dure et robuste comme les Lettoniens. Les jeunes filles, en Samogitie, ne se marient qu'entre vingt-quatre et trente ans, tandis que dans la Russie-Blanche lithuanienne elles sont nubiles à dix ans et même plus tôt si nous vou 5s en croire un ancien voyageur. Les Samogitiennes et les Lithuanier:.": sont aussi chastes, dit-on, que les Russes le sont peu. Elles portaient jadis une petite clochette pour avertir les parents de leur sortie et de l’endroit où elles se trouvaient. Les cérémonies pour les mariages usitées jadis en Samogitie, en Courlande, en Lithuanie et chez les anciens Prussiens, offrent des traits deressemblance avec les usages des Grecs et des Romains, La future épouse est, en apparence, enlevée par force de la maison paternelle, non pas par le prétendu, mais par deux de ses amis, Au jour des noces, on conduit la nouvelle épousée trois fois autour du foser de la mai-
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son de l’époux ; on lui lave les pieds, et de la même eau on asperge les meubles, le lit nuptial et tous les conviés ; puis on lui met du miel sur les lèvres, sans doute pour l’inviter à ne pas trop quereller son mari; on lui couvre les yeux d’un voile nuptial, et on la mène près de chaque porte de la maison ; elle y frappe du pied droit, et au même instant on répand autour d'elle du froment, du seigle, de l’avoine, de l'orge, des pois, des fèves et des pavots. Celui qui répand ces signes d’abondance dit, en s’adressant à l’épousée : « Si tu restes fidèle à la religion et prends soin de ton ménage, « il ne te manquera rien. » Ces mots dits, on lui ôte le voile, et on la fait asseoir à la table du festin. Le soir, les jeunes filles lui coupent adroitement la chevelure pendant qu’elle danse, et la conduisent au lit nuptial en la battant.
Par leur longue résistance aux chevaliers Teutoniques, les Samogitiens out mérité de conserver la liberté personnelle. Ils n’adoptèrent le christianisme qu'avec beaucoup de répugnance, et ils ont continué, jusque dans le seizième siècle, de mêler aux rites chrétiens plusieurs restes de leur ancien culte paien.
La Lithuanie proprement dite, en polonais Lifwa, est un pays très-plat, généralement sablonneux ct coupé de vastes marais ou tourbières., On trouve dans ces tourbières une ocre ferrugineuse qui donne 40 pour 400 d’un assez bon fer. On y trouve aussi des pyrites ou du fer sulfuré, et beaucoup de pétrifications en agate noire, toutes ressemblantes à des racines de pin. Dans les terrains sablonneux, on rencontre partout des granits rouges ou gris, en gros et petits blocs, ainsi que des pouddings ou masses conglomérées de diverses espèces de roches, contenant des cristaux de quartz blancs, rouges, et d’autres couleurs imitant les picrres-gemmes. Il s’y trouve beaucoup de débris de corps organisés marins, tels que des: madrépores, et ce corail si rare, dit de Gottland. Enfin, on y découvre de: très-gros morceaux d’ambre jaune.
Le climat de la Lithuanie, essentiellement humide, est assujetti à de fortes chaleurs et à des froids extrêmes, mais peu durables. Ce fut une: semblable invasion de l'hiver qui, en trois ou quatre jours, détruisit l’armée française, épuisée par de glorieux combats, par l’incendie de Moscou et par des privations de toute nature. Le pays est encore couvert d’immenses forêts, où les ours, les loups, les sangliers, les canards et les gelinottes se trouvent par milliers. Les urus paraissent non-seulement diminuer en nombre, mais même dégénérer en grandeur et en force. Les arbres les plus communs sont le pin résineux, le chêne commun et l’orme. On en
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tire une immense quantité de potasse. Le miel s’y recueille en très-grande abondance; on en fait des boissons agréables, comme l’hydromel et le dipiecz-maliniecz. Les pâturages sont excellents, le bétail de meilleure race qu’en Russie; les brebis ont la laine assez fine. Il y a beaucoup de terrains propres à la culture des céréales : le seigle, l'orge, le froment, l’avoine et le blé sarrasin, s’y récoltent en quantité prodigieuse. Telles sont les richesses naturelles de cette province ; mais l’activité des habitants ne répond guère à la libéralité de la nature. Les meilleures terres restent en friche ; le foin se gâte dans les prairies, et, par la négligence des gardiens, des forêts entières sont consumées par des incendies. Les juifs se sont attachés à cette province d’une manière impitoyable ; voilà peut-être pourquoi l'argent y est à un intérêt très élevé, tandis que tous les objets de consommation y sont à bon marché : ils y exercent toutes les branches du commerce ; ils achètent même la récolte encore en herbe ; mais avec toute leur industrie ils restent pauvres à cause de leur grand nombre : sur 900,000 habitants du gouvernement de Vilna, il y a près de 70,000 juifs ; ils vivent sous la juridiction de leurs propres kahals ou tribunaux.
Un grand obstacle au commerce de la Lithuanie, c’est que le Niemen ou Nieman, appelé Memel par les Prussiens, le fleuve le plus considérable du pays, fleuve profond, tranquille et navigable, a son embouchure sur un territoire étranger, de sorte que les exportations sont soumises à des droits génants. La Vilia ou Viliïa, en lithuanien Meris, seconde rivière, se jette dans le Niemen. La Sczara et la Dubissa sont deux autres rivières considérables qui grossissent le même fleuve. Une petite rivière de 25 à 30 lieues de cours s’y jette aussi sous le nom de Bérésina. Mais la rivière de ce nom, célèbre par le désastreux passage des Français pendant leur retraite de Moscou, va se jeter dans le Dnieper après un cours de 85 lieues.
La noblesse, ci-devant polonaise, compte quelques grandes et puissantes familles, les Radziwil, les Sapieha, les Oginski, les Paç, originaires de Toscane ; leurs palais isolés soni semés au milieu de cabanes misérables. Les paysans lithuaniens ressemblent pour leur manière de vivre aux Samogitiens, ou plutôt c’est le même peuple sous des noms différents; seulement les premiers se sont plus mêlés avec les peuples proprement slavons.
Les paysans de la Lithuanie se couvrent d’une grossière chemise, d’un caleçon et d’un manteau de laine, quelquefois simplement d’une peau de mouton. Leurs souliers sont faits d’écorce d’arbre; leurs charrettes sont entièrement de bois d’orme, sans un morceau de fer, et même les brides et
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La langue liihuanienne, en usage spécialement dans les anciens palatinats de Vilna, de Troki et de Grodno, dans la Samogitie et dans la partie de la Prusse orientale, depuis Memel jusqu’à Gumbinnen et à Insterbourg, est un monument historique fort curieux. Cet idiome était probablement une très-ancienne forme du slavon, rapproché à quelques égards du gothique ; nous l’appellerons le prolo-wende, pour le distinguer du wende introduit sur les bords de l’Oder et de l’Elbe au dixième siècle, par les peuples slaves. Elle nous paraît présenter les racines slaves sous des formes plus simples, plus mélodicuses, débarrassées des sons sifflants et des consonnes accumulées du polonais, terminées par des finales douces et sonores, à la manière du grec et du latin; elle offre à côté de ce fond particulier une masse considérable de racines que l’on peut regarder comme gothiques ou scandinaves, puisqu'elles s’y rapportent immédiatement, mais qui peut-être ne tiennent qu’à la souche commune de toutes les langues dites indo-germaniques, et qui, dans l’une et l’autre hypothèse, fournissent des points de comparaison très-instructifs, surtout avec l’islandais et avec le mésogothique d’Ulphilas. Telle est cette langue mémorable, considérée sous le rapport de ses éléments mêmes. Ses formes grammaticales excitent encore une curiosité non moins vive; elles reproduisent une image des articles et des déclinaisons de la langue grecque, une partie des conjugaisons des langues slavonnes, et plusieurs particularités du pronom russe; elle a la même facilité à former des mots composés, des diminutifs et des verba prægnanlia. Sa mélodie la rend aussi propre que le russe à la poésie, dans laquelle elle imite facilement les mètres des anciens,
Jetons un coup d’œil sur les villes àe cuite province. La capitale est Vilna ou Wilna, en polonais Wilno, au confluent de la rivière Vilia et de la Vilenka. C’est une ville très-grande, suriout en y comprenant ses faubourgs. Ils sont bâtis partie en bois ct partie en briques et s’étendent au loin. Le dernier est situé dans une position délicieuse. On y remarque la magnifique église de Saint-Pierre, fondée par la famille des Paç. La popujation s’élève à 55,000 habitants parmi lesquels se trouvent 25,000 juifs. La ville est entourée de monticules qui rendent sa position très-pittoresque. Elle est le chef-lieu du gouvernement de Vilna. On y trouve une mosquée, une synagogue, trois églises russes, une luthérienne, une calviniste et trente-deux catholiques. Toutes ces sectes vivent en paix entre elles;
lecommerce y absorbe l'attention des habitants. Sa célèbre université fondée vi. 67
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en 4587, a ôlé transférée à Kief, en 1833, par l’empereur Nicolas. Il ne reste plus à Vilna qu’un seminaire théologique pour les Grecs et une académie médico-chirurgicale, à laqueile sont affectés le jardin botanique et les autres collections de l’ancienne université,
On garde dans la cathé‘rale dédiée à saint Stanislas un trésor considérable. La belle chapelle en marbre de Saint-Casimir renferme le tombeau en argent de ce personnage révéré : il pèse 4,650 kilogrammes. L'hôtel de ville au centre de Vilna passe pour un monument magnifique. Depuis 1820 les embellissements deviennent de plus en plus fréquents dans cette ville. Les établissements d'instruction et de bienfaisance y sont entretenus avec beaucoup de soins. Elle est appelée à une grande importance commerciale, comme station intermédiaire du chemin de fer de Pétersbourg à Varsovie.
En sortant de Vilna, nous pouvons voir au sud-est la petite ville ou plutôt le bourg d’Oszmiana, où, pendant la retraite de Moscou, Napoléon fut sur le point d’être pris par les Cosaques. Aernov, sur la Vilia, fut, avant Vilna, la capitale de la Lithuanie. Smorgon: ou Smorgomié est connue par son académie des ours. Ce fut en cet endroit que, pendant la retraite de Moscou, Napoléon quitta l’armée pour rentrer en France.
On doit encore remarquer Æovno, ville de 3,000 âmes, située au confluent de la Vilia et du Niemen ; elle commerce eu blé, en lin, en mieleten hydromel; Troki, près du marais de Bressule, qui ne gèle jamais, ville qui depuis qu'elle a été brülée par les Russes en 4655, porte le nom de Mouveau Troki, et qui possède une image de la Vicrge qui y attire un grand nombre de pêlerins. Le Vieux-Troki n’est qu’un village. A l'extrémité nordest du gouvernement de Vilna, la ville de Braçlav où Braslaf, sur les frontières de la Séimigalle, a un château qui passait anciennement pour une forteresse. Le mont appelé Friedensberg ( montagne de paix ), est s.ué à un mille et demi de Kovno, dans une forêt au bord de la Vilia : il y 2 sur son somuüet vu couvent occupé d’abord par les camaldules et aujourd'hui par les moines russes, Ce magnifique couvent a été construit en 167% par Christophe Pag, grand chancelier de Lithuanie, descendant des Pazzi de Florence ! ; le marbre y est prodigué ; les voutes et la coupoiede Péglise if sont ornées d'excellentes peintures à fresque et de tableaux originaux des plus grands maitres,
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Voyez le Tableau de la Pologne ancienne et moderne par Malte-Brun, première édi- 5 L .
F1] on en 4 vol, in-8°; deuxieme édition, revue par M. Léonard hodzko, en 2 vol, in-&°,
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Dans la partiede la Lithuanie incorporée aujourd’hui à la nouvelle Prusse orientale, l'abite une peuplade de Tatars qui ont leur mosquée à Viskupté. La république de Pologne leur avait donné en propriété deux starosties de 10,000 fiorins de revenu chacune, et leur avait confirmé à perpétuité le libre exercice de leur culte.
La Russie lilhuanienne comprenait une partie des conquêtes que les grands dues de Lithuanie avaient faites sur les Russes dans les treizième et quatorzième siècles. Les palatinats de Polotsk, de Vitebsk, de Mstislavl, etde Winsk, composaient ce qu’on nommait Russie-Blanche. Le palatinat de Novoyrouek s'appelait Russie-Noire. L'origine de ces dénominations n’est pas certaine : quelques auteurs assurent que les habitants de l’une de ces provinces s’habillent en blane, tandis que ceux de l’autre donnent une préférence exclusive à la couleur noire. D’après cette étymologie, le nom de Russie-Noire aurait dù s'entendre de toutes les provinces connues sous le nom de Petite-Russie, Ukraine, Volhynie et Russie-Rouge. Selon une autre explication plus admissible, les mots blanc et noir sont ici employés coinme dans les langues tatare, turque et autres, pour dénoter libre et vassal 1; la Russie-Noire aurait été la partie la plus anciennement conquise par les Lithuaniens, et les provinces comprises sous le nom de Russie- Blanche auraient conservé cette appellation, même après avoir subi le joug. D’autres encore expliquent ce nom, par des raisons physiques, telles que l'abondance des forêts, des neiges et autres circonstances semblables,
Quoi qu’il en soit, ces vastes provinces offrent en général des marais , et des forêts encore plus étendues que la Lithuanie. Le roi Sigismond Ier, danssa marehe sur Smolensk, fut obligé de consiruire 340 ponts ou chaussées de troncs d'arbres pendant l’espace de 24 lieues. L'état de ces contrées n’a que très-peu changé; les voyageurs modernes évitent encore la route de Polotsk ; quant à celle de Smolensk à Minsk, voici le portrait qu’un auteur français en a tracé il y a quelques années : « Les routes sont dansle plus mauvais état : les villages, le peuple, tout offre ici le spectacle de la plus grande misère ; toutes les habitations, ou au moins la majeure partie, sont occupées par des juifs, dont la malpropreté ne peut être comparée à rien. Presque partout, hommes, femmes, enfants, bestiaux, volailles, tous sont sous le même toit ; nous avons été plusieurs fois forcé de nous arrêter et de partager l'unique appartement de la maison avec cette société nom-
1 On nomme quelquefois l’empereur de Russie le czar blanc.
breuse et choisie. On trouve partout de l’eau-de-vie, quelquefois du vin, qui n’est pas exorbitamment cher, maisrien à manger absolument si ce n’est dans les villes, qui sont extrêmement rares; plusieurs sont décorées de ce nom, qui passeraient ailleurs pour de misérables vil- Jages. »
Les terres cultivées de la Russie-Blanche produisent en abondance du seigle, de l’orge, de l’avoine, un peu de froment, beaucoup de pois, de pois chiches et de navets. Le chanvre et le lin y viennent bien. Les forêts sont remplies d'excellents bois de construction, et peuplées d’ours, d’élans et d’autres animaux. Le poisson fourmille dans les nombreuses eaux stagnantes ou courantes. Malgré la rigueur du climat, les abeilles y fournissent beaucoup de mielet de cire.
Le peuple croupit dans une ignorance et une misère qui lerapprochent des sauvages. Un auteur moderne a vu des paysans de la Russie-Blanche arriver à Riga, couverts de peaux de mouton, et exténués par la faim, quoiqu’ils conduisissent des bateaux chargés de blés pour le compte de leurs seigneurs; ces pauvres esclaves couchaient sur le rivage, sous de vieux bateaux ou dans des cabanes construites de débris de planches liées ensemble avec de l’écorce ; après avoir vendu leurs cargaisons et même leurs bateaux, ils s’en reteurnaient en chantant, aussi misérables qu’ils étaient venus, et rapportaient fidèlement à leurs seigneurs ou aux intendants de ces seigneursde grandes sommes d'argent comptant, sans s’en approprier Ja moindre partie.
Les villes de ce pays sont en petit nombre; il n’y en a qu’une seule assez considérable, c’est Moghilef, ou Molilew , chef-lieu d’un gouvernement et résidence du seul archevêque catholique romain que possède la Russie. On y remarque une grande place octogone entourée de beaux édifices ; elle compte 25,000 habitants; sa situation sur le Dnieper et ses fabriques de cuir la rendent très-commerçante ; elle est remplie de juifs, et partage avec Vitebsk le commerce de la Russie-Blanche. L’une de ces villes eommerce avec Riga, l’autre avec Kherson et Odessa; leurs communications ont été rendues plus faciles par le canal de la Bérésina, qui unit la rivière de ce nom, l’un des affluents du Dnieper, avec la Dvina, et par conséquent la mer Baltique avec la mer Noire. “oghitef est désignée comme le quartier général central de l’armée russe dite de l’ouest. On y remarque un bel établissement d'instruction appelé gymnase, qui dépend de Pétersbourg. Mstislavl, avec 5,000 habitants, et Doubrovna, avec la même population, une grande manufacture d'étoffe et une d’horlogerie, se trouvent dans le même
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gouvernement : il y demeure un reste de Finnois. A Ouschatky, près la ville de Tchertkof, aux environs de Mstislavl et de Propaïsk, une colonie de Moldaves ou de Valaques, rejetée dans ces régions par quelque événement inconnu, parle encore un valaque mêlé de mots slavons et lithuauiens.
Minsk, que l’on prononce Winnsk, chef-lieu d’un gouvernement, est, après Vilna, la ville la plus considérable de la Lithuanie. Sa population est évaluée à 22,000 individus, dont la plupart sont juifs ; on y compte 10 églises catholiques, parmi lesquelles la cathédrale présente un beau coup d'œil; la salle de spectacle est grande et belle. « Le jour de la Saint- « Joseph, qui est celui où se règlent entre les nobles leurs affaires parti « culières {kontrakty), aire à Minsk une réunion brillante; on y vient « desenvirons et même de contrées éloignées. » C’est à Borissof ou Borizow, à 15 lieues de Minsk, que les voyageurs traversent la Bérésina. Ici nous voyons le village de Sludianka, fameux par le passage de la Bérésina, où les débris de l’armée française s’ouvrirent une route étroite à travers les forces ennemies. Bobrouisk, sur la rive droite de la rivière, est depuis 4812 une forteresse redoutable.
Parmi les villes de la Russie-Noire, nous remarquerons Slouck, ou Sloutsk, chef-lieu d’un duché long de 50 lieues de France, et qui, après avoir eu ses ducs presque souverains, quoique feudataires, est venu à la maison de Radziwil, qui le possède. Cette maison considère le château et le duché de Mtesiwilz comme son lieu d’origine.
Les autres villes que nous citerons dans la Russie-Noire appartiennent au gouvernement de Grodno. Slonim, jadis capitale, avec ses 4,500 habitants, nous montre son ancien château, qui rappelle qu’on y tenait quelquefois la diète générale de Lithuanie. Sur la rive droite du Nicmen, Grodno, jadis connue par son industrie, est tristement célèbre aux yeux des Polonais; ce fut dans cette ville que les soldats russes forcèrent les députés de la Pologne à signer le traité de partage de 1793. Située en partie sur une morlagne et en partie dans une vallée, elle est bâtie avec irrégularité. Ses rues présentent un mélange de maisons en pierre et de maisons en bois ; à l’exception de deux ou trois qui sont assez propres, les autres sont sales et sans pavès. On y voit encore le palais d’Auguste UE, dans lequel Stanislas abdiqua en 1795, l'édifice de l’ancienne chancellerie, le palais Radziwil et celui du prince Sapieha. L'école de médecine est un bel établissement.
Au midi de la Russie-Naire s'étend l’ancienne province de Polésie, pays
dont le sol est en grande partie caché sous l’ombrage des forêts et sous l’eau des étangs, des marais et des rivières. C’est une contrée presque inaccessible pendant la plus grande partie de l’année. Les marais dont elle est inondée ressemblent à une mer, et c’est ce qui lui a fait donner le nom de Polésie. Le poisson y abonde; on en exporte beaucoup de fer; le miel n°y est pas moins abondant. Si lon joignait la rivière de Muchawieg (Moughavietz), qui tombe dans le Boug, avec la Pina, qui se jette dans le Pripetz, par le moyen d’un canal qui ne serait pas long, on pourraïi naviguer de lo Vistule dans le Dnieper, et il en résulterait une communication entre la mer Baltique et la mer Noire qui serait d’un grand avantage pour le pays. Mais déjà le comte Oginski a réuni ces deux mers pa* un canal qui joint la Szesara (Chtchara), rivière qui se jette dans le Niemen, au Pripetz (Pripecz), qui tombe dans le Dnicper, Ge canal sert en même temps à dessécher les vastes marais du district de Pinsk. Il commencs: à huit milles polonais de la ville de Slonim dans la Szçzara, traverse le lac de Suizniça, et se termine dans la rivière de Zasiolda, qui tombe dans le Pripetz à sept milles de la ville de Pinsk ; ainsi la longueur est de huit milles, et tout cet espace se trouve sur les terres de la maison Oginski. Aujourd'hui ce canal s’est rempli de sable et ne sert plus maincénant au commerce, mais seulement au desséchement des marais.
Brest, ou Brzesc, surnommée Lilevski, ou de Lithuanie, pour la distinguer d’une ville de Pologne qui porte le même nom, est moins connue par son château fortifié, assis sur un rocher qui domine le Boug, que par son académie juive, fréquentée par les Israélites de toutes les contrées d'Europe. Elle est bâtie sur un terrain marécageux, entourée de murailles et défendue par un château situé sur un roc escarpé, Au nord de cette petite cité se trouve le domaine de Sichnievicze, célèbre pour avoir vu naitre l'immortel Kosciuszko.
C’est en s'enfonçant dans des marais plus considérables encore que ceux de Brzesc que l’on arrive à Pinsk, que l’on prononce Pinnsk, la meilleure ville de toute la Polésie. Elle n’a que 4,000 habitants, et fait partie du gouvernement de Minsk; les juifs y ont une synagogue. Le cuir de Russie qui s’y fabrique passe pour le meilleur de toute la Pologne.
Le vaste Empire de Russie se termine à l’ouest par la province de Bialystok, qui répond en partie à l’ancienne Podlakhie ou Podlaquie, pays fertile en blé, et, dans le moyen âge, siége du peuple des Zatwinges, ou ladzwinques, que l’on cousidère, peut-être à tort, comme une branche desJazyges. Ce pays, jadis hérissé de forêts immenses, est encore assez boisé pour fournir
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