‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 19 sur 169 · OCÉANIE. — MÉLANÉSIE.— ILE WAIGIOU · texte numérisé non relu

OCÉANIE. — MÉLANÉSIE.— ILE WAIGIOU

{sijie, au pied de laquelle est situé le terrain nommé Merkus, appartenant aussi à la colonie,

Quelques’petites îles voisines sont mieux connues que la Nouvelle-Guinée. Parmi les #les Schouten, quatre avaient des volcans enflammés lorsque les Hollandais y passèrent; elles ne laissent pas d’être fertiles. Leur élévation contraste singulièrement avec les terres basses de la Nouvelle-Guinée qui leur correspondent. Les îles d’Urville, Roissy et Vulcain sont les plus importantes de ce groupe. Les îles Moa, Arimoa ct autres ont l’aspect d’un jardin de palmiers et de cocotiers. Toutes celles de la côte septentrionale paraissent très-peuplées.

Au nord-ouest, on voit Waïgtou ou Wadjou, île d’une grandeur considérable , que l’on dit contenir 400,000 habitants. Les terres sont élevées , et il s’y trouve des montagnes très-hautes. Au nord sont les ports excellents de Piapis, d’Offak et de Chabrol. Cette île nommée par les naturels Ouarido, est couverte de très-grands arbres. Les habitants ont tout le corps nu, à l’exception des parties honteuses qu’ils couvrent d’une étoffe gros-, sière. Leurs chefs sont habillés avec des étoffes qu’ils achètent aux Chinois; ils portent aussi, comme ces derniers, un chapeau conique de feuilles de palmier, et la plupart d’entre eux parlent chinois. Ils ont les cheveux crépus, très-épais et assez longs ; leur peau n’est pas très-noire ; quelques-uns laissent croître leurs moustaches. Ils se servent de l’arc avec adresse. Ils se nourrissent de cochons, de tortues, de poules, d’oran::es-pampelmouses, de cocos, de papayÿes, de courges, de pourpier quadrifide, de canne à sucre, d’ignames, de patates, de citrons, de piment, d’épis de maïs encvre verts, qu'ils font griller. Labillardière a trouvé dans cette île le beau p omerops, oiseau de la Nouvelle-Guinée, le gros kakatoës noir, et une nour. ile espèce de cacao qu’il a décrite sous le nom de cacao de Waigiou. Les coqs sauvages et le faisan couronné des Indes sont très-communs dans les bois qui environnent l’excellente rade de Bont-Sains.

Au nord-ouest de l’île de Waigiou s’élève celle de Rowtb, dont la partie septentrionale est coupée par l'équateur; sa forme est irrégulièrement arrondie, et son plus grand diamètre est de 5 milles du sud au nord. Ses montagnes, dit M. de Freycinet, forment un massif immense, dont les flancs, tantôt couverts de végétation jusqu'aux sommets, tantôt nus et stériles, dominent toutes les petites îles qui l'entourent. Parmi celles-ci nous Citerons, à l’ouest, Balabalak, au nord les îles Gaïrard et Gabert, et, à l'ouest, l’île Gaudichaud.

Au nord de Rouib, on voit l’archipel Vayag, composé d'iles et d'ilots.

Ces derniers, très-petits'et au nombre d’une cinquantaine, sont arrondis et terminés en pointe conique; ils entourent des Îles contenant des pitons de forme semblable. Quelques-unes des iles ont reçu de M. de ,Freycinet les noms de ses compagnons de voyage, MM. Zaborde, Labiche, Quoy et Pellion. Un: caractère particulier à ces iles, c’est que’ presque toutes sont minées inférieurement, de manière que chacune d'elles est moins large à sa base qu’à 2 mètres environ au-dessus du niveau de l’Océan, de telle sorte qu’elles sont presque inabordables !.

Salwatty, ou Salvatty, est aussi une île populeuse, gouvernée par un radjah. Les peuples de ces iles ressemblent à ceux de la Nouvelle-Guinée; leur aspect est aifreux, et ils sont d’une grande férocité. Ils vivent de paissons, de tortues, de sagou.

L'île Couronne est très-élevée; elle n’a guère que 4 ou 8 milles de circuit. L'ile Rich, plus considérable que la précédente, est moins haute ; l’ile Longue paraît plus stérile que les autres terres voisines ; sa dénomination

est impropre, car elle a une forme arrondie. Son circuit est de 40 milles. L'île Dampier, qui, selon Dumont d'Urville, a 4,600 mètres de hauteur, présente un cône aigu au sommet; sa circonférence est de 40 milles. L'île Vulcain est un cône immense entouré d’une riante végétation; elle a 12 milles de circuit. Auprès se trouvent les petites iles de Legoarant et l’île Lainy. Les montagnes de l’ile Jobie ou Djobie s’abaissent vers la pointe occidentale près de laquelle se trouvent deux îles nommées les Deux Frères ; vers la pointe orientale on voit les trois pelites iles appelées les Trois Sœurs. Bultis a 12 milles de long sur 4 de large ; l’île Roissy est montueuse et couverte d’une belle végétation. Elle est ombragée de cocotiers et de palmiers. L'ile Zas{u a un piton très-aigu appelé mont Amable. L'île Guibert, longue de # milles, n’est séparée de l’île Bertrand que par un canal d’un demimille. L'ile Jacquinot est plus considérable que l’ile Garnot, mais moins élevée. Cette dernière est un cène de 7 ou 8 milles de circuit. L'ile Deblois est petite et beaucoup plus basse que les autres. L'ile d'Urville présente une anse entourée d’une belle plage; au premier coup-d’œil, l’ile Gressien paraît en faire partie. Plus à l’ouest se trouvent les petites îles Paris, peu importantes. Les îles Lesson et Blosseville sont couvertes d’une riche verdure. Les îles Sainson, Faraguel, Dudemaine et les îles des Traftres, méritent aussi d’être mentionnées. Enfin le groupe d’Arrow, dont nous avons parlé, est formé de plusieurs iles dont les plus importantes sont

1 Voyage autour du monde par M. L. de Freycinet, conmandant l'expédition de PUranie et de la Physicienne.

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Waham, Traman, Moykor et Kabosoat ou Kobesoat. Les Hollandais y possédèrent quelques établissements.

Nous ne pouvons pas faire une transition plus convenable de la Nouvelle-Guinée à la Polynésie ou à l'Océanie orientale, qu’en décrivant les les : Saint-David que M. Duperrey a prouvé être les mêmes que les (les Fréewill, situées au nord de l'ile Schouten et peuplées d’une race exactoment semblable aux habitants des îles Mariannes, à ceux de Sandwich, d’Otaiti et de la Nouvelle-Zélande. « Ici, dit Carteret, nous vimes pour la première fois « des Indiens cuivrés et. ayant les cheveux longs ?. » Ils bâtissent leurs villages dans des bosquets de cocotiers, de bananiers et d'arbres à pain.

… Leufs cottes d'armes, faites de nattes, résistent à une balle de pistolet. Ils

parlent un idiome semblable’ à celui qui règne aux îles:Sandwich. Voilà une circonstance très-remarquable dans l’histoire des nations océaniennes.

TABLEAU Statistique de la Mélanésie.

SUPERFICIE EN LIEUES CARRÉES POPULATION ABSOLUE. POPULA TION PAR LIEUE CARRÉE.

i ; # SUPERFICIE NOM DES ILES OU DES ARCHIPELS, en lieues cer POPULATION. | VILLES OU LIEUX REMARQUABLES.

RE AustRauig ou Nouvelle=Mollande.! 26,000 ndig, 80,000 Nouvell:-Galles Méridionale ; , 000 ou De Lai ne .— Surficie, ieuies carr. — Fou ee ë Poruation 220.474 habitants.

Sypxey. — Paramatta. — Newcaste.-— Bathurst. — Port-

Melbourne — Geelong. —Portland. — Mont-Alexander.

Australie méridionale. — Sune ficie,20,000 lieues carr. — puAUoR, 54,175 habitants.

— Port-Lincoin. — , — Gawier.

Australie occidentale, — Su= pores 13.000 lieues carr.— opulation, 4,460 habitants.

Perth. — Albany. — Freenmantle. — York. — Toodyay.

Colonies = en 1848et1

Diéménte ou île Van-Diémen (aux Angla PNR TEE 8,600 80,164 Uobarts-Town.— George Town. — Nouvelle-Calédonie. : 7 750 40,000 —Launceston,

SrandeCsiades ou Nouvelles é Hé ‘ 700 159,000 Mapsanga. — Arniera. — Lan-ha=

Archi el de Viti ou Fidj | PSE 1,100 160,000 Zealou. Archipels Sante-Cru sal vis 150 30,008.

Îles Salomon. . HER 11,500 300,000

Archipel de la Louisiade. : : 500 : 80,000

Archipel de Ia Nouvelle-Bretagne. 3,000 200,000 Nouvelle-Guinéeou Papouasie. . .| 38,000 800,000 :|Port Dory. — Port de l’Aiguade. — Fort du Bus aux Hollan ais.

1 Toutes les évaluations que nous donnons iei s0r : purement approximatives et ne reposent sur'aucunes données certaines, à l'exception de ce qui regarde des colonies Anglaises de la Nouvelle-Hollande, et de l'ile de Van-Diemen. |

Suite de la Description de l'Océanie. — Description de l'Océanie orientale ou de la Polynésie.

Nous allons entrer maintenant dans cette partie de l'Océanie que l'on doit appeler Polynésie. Nous y comprendrons la Nouvelle-Zélande avee le groupe qui en dépend, regardé autrefois comme une dépendance de l’Australie, mais qu’on doit en détacher, avec d’autant plus de raison, que ses habitants diffèrent des races australiennes et présentent les plus grands rapports avec les peuples polynésiens.

Le nom de Nouvelle-Zélande a été substituée par les Hollandais à celui 54 de Terre des États (Staten-land), que lui avait d’abord donné Abel-Tas- a man, lorsqu’en 4642 il découvrit la côte occidentale d’une des îles de ce | groupe. On a proposé de leur donner le nom de Tasmanie qui consacre le souvenir du plus grand navigateur du dix-septième siècle. C'est ce dernier nom que nous adopterons.

La découverte de Tasman resta longtemps sans suite. Un navigateur français, Surville, doubla, en 1769, le cap Nord, et découvrit sur la côte orientale la baie de Lauriston; il eût pu enlever à Cook la gloire d’en achever la découverte. En 1779, l’infortuné Marion détermina le pic Mas- si carin plus exactement que le grand navigateur anglais. Le célèbre Cook visita ces régions dans la même année, et découvrit un détroit qui divise le pays en deux îles. La méridionale était appelée par les naturels Tavi- Poënammou, ou Tavaï-Pounammou, et la septentrionale Eahéianomawe, ou Zka-Na-Mawi, noms dont l’authenticité a été révoquée en doute par Cook lui-même. Il paraît que Tavi est le nom d’un lac, et que Poënammou désigne le jade vert. Cependant cette ile semble être appelée Poënammou dans la carte tracée par un naturel, et publiée par Collins. D’Entrecasteaux fixa ia position du cap Marie de Diemen; Cook, n'ayant pu atteindre le fond d’un des bras de la baie Dusky, l'avait nommé Personne-ne le-connaît (Nobody knows waht}; son élève y pénétra et lui donna le nom : Quelqu'un-le-connaft (Somebody knows whaë). Ces plaisanteries de marins fournissent une assez mauvaise nomenclature géographique. Les voya- À geurs modernes, tels que les anglais Liddiard-Nicholas, Richard-Cruise et {

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Dillon, ainsi que les français Duperrey, Freycinet et Dumont d'Urville, nous ont heureusement fait parfaitement connaître ces iles par la description détaillée qu'ils nous en ont donnée.

Ces deux grandes îles qui composent la Tasmanie égalent à peu près les deux tiers de l'Angleterre et l’Ecosse en superficie. La septentrionale a 480 lieues de long, et l'autre en a 200 ; leur largeur varie de 40 à 60 lieues.

L'île septentrionale, plus éloignée du pôle, paraît plus favorisée de la nature que l’autre; mais toutes deux elles jouissent d’un climat tempéré, semblable dans le milieu à celui de Paris, mais plus humide. L’extrémité méridionale est probablement plus froide que l’Ecosse, Les ouragans y sont aussi fréquents que violents, et changent continuellement de direction à cause de la hauteur des montagnes, qui, la plupart de l’année, restent chargées de vapeurs. La température moyenne est de 44°,7 cent. En avril eten décembre, elle s'élève à 19, et descend pendant les mois de juin et dejuillet jusqu’à 42°, ce qui prouve que celte terre, quoique moins éloignée de l'équateur que la France, jouit d’une température plus basse et moins sujette aux Variations. Cette température, il est vrai, a été observée sur les côtes ; ainsi elle peut être différente de celle qui règne dans l’intérieur. Aucun des voyageurs qui l’ont visitée en hiver, même dans les parties australes, n’a cependant vu la neige séjourner dans les plaines, ni la glace prendre la moindre consistance.

Les vents ne règnent nulle part aussi complètement que sur les côtes de ces îles. Quoique leur violence se fasse principalement sentir en hiver, ils ne laissent pas de se faire rédouter dans les autres saisons. Les jours dont le matin est caractérisé par le calme le plus profond ne sauraient promettre une soirée tranquille. Les vents du nord-ouest sont les plus communs dans le détroit de Cook. En général, pendant neuf mois, chaque ‘année, les vents d’ouest soufflent dans ces latitudes.

Le sol de ces deux iles est entièrement montagnr:x; on y trouve peu de de vallées d’une grande étendue. Dans Ika-Na-Mawi ( Tasmanie du nord), on voit cependant des districts où le terrain est moins irrégulier, les ondulations du sol moins brusques, et dont les pentes plus douces sont favorables à la culture. Dans un très-grand nombre de localités, les hautes montagnes s’abaissent graduellement et présentent des sites pittoresques. Tavai- Pounammou (Tasmanie du sud), d’après tous les voyageurs; possède une grande chaîne de montagnes entassées les unes sur les autres; leurs cimes, parfois couvertes de neiges éternelles et bleuâtres, et leurs flancs escarpés, stériles et solitaires, contrastent vivement avec leurs bases, couvertes d’une

riante végétation, Parmi les montagnes de la Tasmanie du nord, on cite le mont Fdgecumbe au fond de la baie de l'Abondance et le plu Egmont près du cap du même nom; ce dernier, toujourscouvert de neige, paraitatteindre 2,600 mètres.

Près du détroit de Cook, d’après les observations du chirurgien Ander- L 4 son, le pied des montagnes est composé de pierres sablonneuses ou d’un grès jaunâtre, disposé par couches horizontales, et traversé par des veines de | de quartz dans la même situation. Le sol ressemble à une marne jaunâtre, 1 La Tasmanie du sud présente une couche peu profonde de terreau noir, sous lequel il paraît y avoir un roc de jade néphrétique jaune pâle, coupé par des veines de quartz. \

Crozet y remarqua de la lave mélée de scories, de ponces, des blocs de " ces verres volcaniques appelés obsidiens ; des terres cuites à texture friable, 2

« comme le tripoli; des silex, des agates, des calcédoines, des cailloux transparents et d’autres cristallisés dans l’intérieur. Rutherford a observé sur les flancs des montagnes de la Tasmanie du nord plusieurs veines de charbon de terre. Al a aussi fait mention de plusieurs bancs d'écailles d'huftfes à la profondeur de 4 mètre sous terre et à plus de 48 milles de distance de la côte.

On y trouve aussi le schiste argileux, le marbre, le jaspe, le granit à mica noir et quartz blanc. Les seuls minéraux observés sont le fer à l’état d'ocre et le jade vert, qui sert aux naturels pour faire des haches et d’autres outils. .

On a reconnu six volcans dans la Tasmanie du nord, savoir, dans le canton de Tae-Âme, sur les bords du lac Mokoia, sur les îles Bangui-Toto et Korea, et sur les bords du canal de la reine Charlotte. La petite île de Poukia-E Wakadin’est qu'un volcansouventcouvertd’unefuméeblanchâtre.

Les caps les plus remarquables sont les caps Jackson et Koamaro, formant l’entrée du canal de la reine Charlotte, qui s'enfonce à 25 milles dans les terres; le cap Campbell, qui forme l'extrémité nord-est de Tavaï-Pounammou; le cap Saunders, près duquel la côte forme de bons mouikages di contre les vents du sud-est et du nord-ouest; le cap Farewell, le cap Borgel, le cap Poli-Wero, le cap Kawa-Katwva, la pointe des Sables, le cap Toura-Kira, qui forme la pointe nord-est de la baie Inutile ; le ca, Reinga, appelé cap Maria Van-Diemen par Tasman; le cap Otou et le cap Rakau- Manga-Manga, près duquel s’élèvent trois petits îlots en forme de coin, dont le principal porte le nom de Æokako. Le cap Tewara, remarquable 1 par sa hauteur et ses pitons déchirés en forme de stalactites cylindriques, 4

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forme avec la pointe nord de l’île Otea l’entrée de la baie Shouraki, qui a plus de 70 milles de profondeur sur 20 à 25 de largeur. Les indigènes appellent Waï-Apou le cap que Cook nomma cap Est. Le cap Gable, vu de loin, présente l’aspect d’une maison, et le cap Mala-Mawi est une pointe trèsélevée, dépouillée et taillée à pic en forme de coin posé sur le côté. Nous pourrions encore nonimer le cap Topolo-Polo et la pointe Teouka-Kore.

Les montagnes nourrissent des sources abondantes; chaque rocher a, pour ainsi dire, sa provision d’eau douce. Les rivières, quoique d’un cours peu étendu, roulent de forts volumes d’eau, et se précipitent souvent en magnifiques cascades. Celle qui a fait donner à une partie de la baie Dusky le nom de cascade Core a 10 mètres de diamètre et tombe de 300 mètres de hauteur.

Waï-Kava offre un superbe bassin de plus de 4 mille de largeur, sur 3 ou # de longueur. Le fleuve S’houki-Anga, qui se jette sur la côte occidentale, est considérable ; son cours se dirige du nord-est au sud-ouest. Le Pounake-Tere est une rivière belle et navigable pour de petits navires; le Waï-Tangui mérite d'être mentionné.

Cette abondance d’eau, si opposée à l’aridité de la Nouvelle-Hollande, favorise la végétation. Les montagnes d’où descend la rivière de la Tamise, dans la Tasmanie du nord, produisent des bois de construction pour les flottes qui un jour domineront dans le Grand-Océan, Les collines mêmes sont couvertes de grands arbres touffus qui conservent leur feuillage jusqu’à ce que les boutons du printemps le fassent tomber en s’ouvrant; car, en juin, qui répond à notre décembre, la verdure est encore très-belle. Le myrte à thé, qui croît sur les collines voisines de la mer, peut remplacer complétement le thé de la Chine. Les feuilles d’un arbre semblable au pin d'Écosse servent contre le scorbut.

Les Anglais ont introduit la culture des céréales, des racines et des légumes d'Europe, qui réussissent très-bien. Les naturels de l’île septentrionale cultivent les patates, les ignames, la citrouille, et surtout une espèce de fougère dont les racines très-fibreuses donnent un suc nourrissant. Des espèces de céleri sauvage, le cresson et autres plantes antiscorbutiques y croissent en abondance. Mais la température bannit l'arbre à pain et les palmiers.

Les Européens y ont transporté beaucoup d'animaux domestiques ; aujourd’hui les cochons sont répandus sur presque toute la Tasmanie du nord, et ils vivent en plusieurs endroits à l’état sauvage. Les missionnaires

y ont introduit les chats, les chèvres, les brebis et les vaches; mais les VI. 13

scrupulés des insulaires s’opposent à la propagation de ces espèces. On n’a pas remarqué d'autres mammifères particuliers à cette contrée que les rats, et une espèce de chien-renard, qui est un animal domestique parmi les naturels; mais d'énormes sauriens, décrits par ceux-ci, ont plus de 2 mètres de long, et dévorent ou du moins attaquent les hommes.

Les poissons abondent sur les côtes et dans les baies. Les maquereaux 4 et les homards y sont excellents. 1l ÿ a des chiens de mer dont la chair, selon À Cook, a le goût de la raie. On y pèche encore une foule d'autres espèces % très-différentes de celles d'Europe, mais qui, presque toutes, fournissent * une nourriture saine et abondante. Les essaims de poissons se meuvent comme des îles flottantes, et produisent, selon Labillardière. une sorte de courant dans la mer.

Le cap Nord ou Olou, dans l’île septentrionale, est suivi de la baie des Iles, bordée de rivages très-pittoresques, et de la baie de l'Abondance, environnée de terres fertiles. Après le cap Est ou Waï-Apou, vient la bate de la Pauvreté et celle de Hawkes. Dans la baie Tejadon l'on admire un rocher de grès haut de 25 mètres et percé comme un portail. La baie de Zeehaan, découverte par Tasman, n’est autre chose que le détroit de Cook, dont le navigateur hollandais n’avait pas aperçu l'ouverture. Là, dans l’Entrée de Charlotte, on voit encore un rocher percé. Le port Molineauæ offre un asile aux vaisseaux venant de l’est. Le cap Sud est situé dans une presqu’ile.

Les Anglais occupent, par suite d’un traité conclu en 4840 avec les chefs indigènes, la Tasmanie du nord, et ils y ont fondé plusieurs établissements en pleine voie de prospérité. La douceur du climat, la fertilité du sol, la bonté des ports qui y sont plus nombreux que dans l'Australie, les points de relâche et de radoubement que la Tasmanie offre aux baleiniers dans la région maritime la plus abondante en baleines, concourent à faire de ce point une colonie florissante qui se recommandera par la triple importance politique, stratégique et commerciale,

Les Anglais donnent dans leurs cartes les plus récéntes le nom de Neto- Ulster à la Tasmanie du nord (1ka-na-Mauvwi), celui de New-Munster à la Tasmanie du sud (Tavaï-Pounamou), enfin le nom de New-Leinster à l'ile Stewart, située au sud de la précédente. Leurs établissements les plus importants dans la Tasmanie du nord sont : Auckland, au fond du golfe de Shuraki, capitale de la Tasmanie anglaise, résidence d’un évêque anglican et d’un gouverneur entièrement indépendant de celui de Sydney; Kororareka, place de commerce importante, résidence des missionnaires

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catholiques et d’un vicaire apostolique; Victoria, sur la base des Îles, et Russel, tout récemment fondés; New-Plymouth et Port-Albatros, sur la côte occidentale; enfin, sur le détroit de Cook, Port- Wellington. La Compagnie anglaise de colonisation de la Nouvelle-Zélande rn a fait la capitale de ses établissements ; sa population est de 6.000 habitants ; c’est une ville fort remarquable, à laquelle le plus brillant avenir est réservé. Dans la Tasmanie du sud, les Anglais ne possèdent que Nelson, ville de 3,000 âmes, et Porlofago.

Donnons quelques détails sur les Néo-Zélandais ou Tasmaniens. Le voyageur anglais Liddiard fut étonné de la ressemblance de l’idiome de la Tasmanie et de celui d’Otaiti, malgré la grande distance qui sépare ces deux iles. Les naturels sont de la même race que les Taïtiens, les habitants des îles des Amis et les autres Polynésiens. Les navigateurs qui les ont visités ont remarqué parmi eux deux variétés assez distinctes : les individus qui appartiennent à la première sont d’une couleur basanée, un peu plus foncée que celle des Espagnols; quelques-uns même sont blonds. Ils égalent les plus grands Européens pour la taille ; leurs traits sont d’ordinaire réguliers et agréables. L'influence d’un climat plus froid rapproche leur physionomie de celle des Européens; le nez aquilin, le regard pensif, le front ridé, annoncent un caractère plus mâle, des passions plus durables, une activité plus persévérante. Leurs cheveux sont longs, plats, lisses et quelquefois châtains ; leurs yeux sont grands et bien fendus ; enfin, ils ont peu de poils sur le corps.

Les hommes de l’autre variété sont moins grands, plus trapus, et généralement plus larges ; leur couleur est plus foncée que celle des mulâtres : ils ont des cheveux crépus, une barbe frisée, des yeux plus petits et plus perçants, et toutes les parties de leur corps beaucoup plus velues. Tous ont des membres vigoureux et bien proportionnés, des dents superbes, la voix haute, et le ventre peu proéminent. M. Cruise a vu deux hommes avec des cheveux rouges.

Les femmes sont généralement petites, ont les jambes et les cuisses fort grasses, et les traits du visage fort expressifs.

Le moko ou tatouage est encore très-usité chez ces peuples, bien qu'il païaisse devenir chaque jour moins fréquent. Ils sont de tous les Océaniens ceux qui se distinguent le plus par les dessins bizarres qu'ils impriment sur leur visage et les diverses parties de leur corps. C’est à l’âge de vingt ans que les jeunes gens subissent ces douloureuses opérations. Il est rare de trouver quelqu’un qui s’y refuse ; dans ce cas, il pas-

serait pour un lâche et ne pourrait prétendre aux honneurs militaires. Cet ornement est interdit à ceux qui n’osent se présenter au combat : leur seule noblesse peut alors les y faire participer. Les gens du peuple acquièrent ce droit par des faits militaires. Ce moko tient chez eux lieu de signature, et, de plus, il offre l’avantage d'annoncer sur-le-champ le rang de chaque individu et la condition à laquelle il appartient.

Ces peuples sont actifs, industrieux et susceptibles d’application. On ne remarque point chez eux la légèreté qui semble caractériser les nabitants des îles australes. Occupés pendant des années entières de leurs projets, ils prennent tous les moyens de réussir, et les exécutent le plus tôt possible. Ils sont intelligen:s, surtout pour ce qui regarde le commerce. Comme ils ont été souvent trompés par les Européens, ils sont devenus très-défiants. Les missionnaires ont observé que les enfants, pour apprendre à lire et à écrire, déploient une facilité au roins égale à celle des Anglais. Ils sont très-courageux dans les combats, très-sensibles aux injures, et s’emportent violemment contre ceux qui blessent leur vanité. Un instant après, ils montrent une douce:r étonnante. Ces transitions sont si subites, qu’on ies croirait exécutées à dessein.

On peut juger de leur degré de férocité par le trait suivant. Dans le courant de 4820, le chef Chounghi ayant appris que, durant une absence qu’il avait faite, un de ses parents avait été tué dans la baie de Mercure, déclara aussitôt la guerre aux habitants. Leur chef demanda inutilement à se réconcilier. Chounghi, après avoir rassemblé 3,000 combattants , attaqua ses ennemis. La lutte fut sanglante, mais la victoire se déclara pour lui : mille soldats de ses adversaires furent tués. Les siens en rôtirent et en mangèrent trois cents avant de quitter le champ de vataille, Chounghi tua le chef de sa propre main, lui coupa la tête et but le sang qu’il en laissa découler dans sa main.

Les Néo-Zélandais, quoique exposés à l’intempérie des saisons et sujets à des privations de tout genre, parviennent ordinairement à une extrême vieillesse. Leurs cheveux ne tombent point et blanchissent très-peu ; leurs dents s’usent pluiôt qu’elles ne se gâtent, et leurs facultés inteliectuelles et physiques se conservent d’une manière étonnante. La salubrité du climat contribue sans doute à ces grands avantages. Le sol demande ici du tra- ! vail pour être fécond; fa nature, plus grande et plus sévère, remplit l'esprit ñ d'images plus graves et plus sombres.

Le Néo-Zélandais montre beaucoup d'intelligence dans l’agriculture, la pêche et la fabrication des étoffes. Il s’acquitte aussi fort bien de la cons:

TES RS SR re EE .

aires, Cet truction des maisons, des canots, et des divers instruments de guerre et our seule L. le pêche; la plupart de ces travaux sont exécutés par les femmes. Les iérent ce ; hommes, et surtout les guerriers, tiennent à déshonneur de vaquer aux ature, et, fonctions domestiques. Quand ils ont intention de planter un champ de e chaque patates, ils commencent par mettre le feu aux broussailles et aux arbres qui

s’y trouvent, ensuite ils remuent la terre avec des bêches. Ils obtiennent ke On 1e dans l’année deux récoltes de patates. Ces époques sont pour eux des habitants À réjouissances qu'ils célèbrent par des festins et des danses multipliées. F'EMOUSES; + Toutes les plantes culinaires d'Europe croissent abondamment dans la tôt pos- Tasmanie ou Nouvelle-Zélande, +. Comme Leurs instruments de musique se bornent à deux ou trois espèces de

défiants. de:

lire et à di Ils sont

flûtes, dont ils tirent des sons avec le souffle des narines. Les uns sont des tubes de 17 ou 20 centimètres de long, pourvus de trois trous d’un côté et d’un seul de l’autre; d’autres consistent en deux pièces de bois adaptées

portent % l'une contre l'autre par des liures très-serrées, de manière à former un après, ils a tube renflé vers le milieu, où se trouve un seul trou assez large. On souffle qu'on ies par un des bouts, tandis qu’en fermant plus ou moins lautre on obtient diverses modulations. D’autres enfin ont des trous des deux côtés, outre s le cou- ceux des deux bouts, Ces instruments sont presque toujoursen bois; on en nce qu’il voit cependant qui sont en os humains, ornés de gravures bizarres et » déclara d’incrustations de nacre. Leurs chants sont très-variés et presque toujours e récon- accompagnés de danses. qua ses à Leur langue n’est point désagréable; elle n’a ni déclinaisons ni conjui : mille ; gaisons, et, sous ce point de vue, elle ressemble beaucoup à l'anglais ct au mangè- : malai ; les mots n’ont guère que deux syllabes, et se terminent presque a le chef 5 toujours par une voyelle, ce qui la rend douce et mélodieuse. lécouler | à Les Néo-Zélandais sont divisés en tribus, c’est-à-dire en grandes familles, dont chacune reconnait un chef qu’elle respecte. Ces tribus sont composées t sujets d'hommes libres, d'esclaves, d’enfants d'esclaves, et de ceux qui, sans étre extrême esclaves, sont obligés pour subsister de se mettre au service des autres. La L; Jeurs société se partage en quatre classes : les ragantira-nouï ou principaux ielles et : chefs; les ragantira ou nobles; les na-tagata cu hommes libres ; les na- 1 climat 1 taaré-kareka ou esclaves. Les chefs principaux (ragantira-nouï ou ragandu tra- Ù tira-rahi) paraissent être indépendants dans leur tribu qu’ils gouvernent à l'esprit k leur gré, sans reconnaître de puissance supérieure à la leur. Le pouvoir qu’ils ont sur leurs sujets n'est pas déterminé : il dépend de l'affection, de ure, la lestime et de la confiance qu’ils leur inspirent, et de l'influence qu’ils peu- | Cons: vent obtenir. Ce dernier résultat provient ordinairement ou de leurs grandes

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possessions en terres et en esclaves, ou de leurs exploits militaires, ou bien de leur prudence et de leur sagesse comme prophètes. Pendant la guerre ils ont une autorité presque absolue, et les guerriers leur accordent une obéissance parfaite.

Le pouvoir passe ordinairement du frère aîné aux cadets, pour revenir ensuite aux enfants de l’aîné. Les femmes ne peuvent en être investies, et ceux mêmes qui sont inhabiles à la guerre, soit par crainte ou pour cause de blessures, le cèdent à un de leurs proches parents qui peut s’y distinguer. Les différents chefs sont très-jaloux ; ils vivent dans une haine continuelle, et ne cesseat de se calomnier.

Les gens coupables de quelque délit sont cités devant un conseil de chefs, et jugés ou punis dans la même séance. La peine du talion est la plus usitée. Lorsque c’est un chef qui a agi contre les coutumes du pays, ses voisins l’attaquent, le maltraitent ou le dépouillent de ses biens. Souvent aussi leurs querelles se terminent par un simple appel aux armes,

L'île Tavai-Pounammou, ou Tasmanie du sud, n’est guère connue; on a vu sur la côte orientale des villages et des habitants. La côte occidentale paraît déserte : cela tient sans doute aux vents d’ouest qui la désolent en tout temps.

Avant l’occupation anglaise et suivant le rapport des naturels, l’île septentrionale était divisée en huit districts gouvernés par leurs chefs respectifs, et d’autres qui leur étaient subordonnés.

Les noms des principaux villages sont généralement inconnus; on en voit beaucoup dans la partie septentrionale, mais nous ne pouvons nommer que Pakohou. Sur la côte nord-est on voit successivement Waï-Tanqui, Shiomi, Kawa-Kawa, Wai-Kadi, Rangui-Hou, Dona-Tara, premier établissement des missionnaires; Tepouna, Kidi-Kidi, chef-lieu d'une mission et situé au fond du canal de même nom; Tekoke, Mata-Ouvi, Korora- Reka, Kahou- Wera, presque abandonné. Koro-Kava, où périt l’infortuné navigateur Marion, ne présente que des ruines. Entre le cap Rakau et le cap Vangani, on remarque Vanga-Maumau, Vanga-Oudou et Ika-Nake. En remontant le Shouki-Anga, on voit d’abord Widia, village situé dans une vallée riche et fertile, et à neuf milles plus loin, Widi-Nake et Witi- Waï-Iti, qui paraissent bien peuplés. A ce,dernier village la rivière Pounake-Tere, venant du sud, se jette dans le fleuve après avoir baigné plusieurs villages, tels que ceux d’Ofaïfi et de Rangui- Waka-Taka. Plus loin le fleuve se divise en deux, et au point de division l’on remarque une île dont la surface ne paraît être que d’une acre : elle est occupée par un village

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très-peuplé. La branche du nord conduit au village de Tepapa, et celle du nord-est à ceux de Karaka et de Houla-Koura. Le premier est situé au pied ds: ‘A1tagnes boisées qui séparent les districts de Shouki-Anga et de Waïi-Mai- et le second se trouve dans une vallée riche et agréable. Il ya beaucoup d'habitants.

Dans le territoire de Waï-Mate on voit les villages d'Okoura, de Wat- Tangui situé sur la rivière de même nom, et à quelques milles de la côte Shouraki-Poua-Rabhi, village d’un aspect romantique. C’est dans ce territoire que plusieurs voyageurs placent le lac Rato-Doua qui, d’après M. de Blosseville, a 70 mi -2s de circonférence et 20 à 26 brasses de profondeur;

. ses eaux sont douces, alimentées par une dizaine de rivières et une source

d’eau chaude. Au milieu de ce bassin s’élève la petite {le Mokoïa, qui n’a guère que trois milles dans sa plus grande dimension.

Il existe dans la partie septentrionale de l’île un autre lac de 3 lieues de longueur, appelé Morberri, très-poissonneux, et dont les environs présentent le plus beau paysage. Aucune localité ne convient mieux que les environs de ce lac pour y fonder un établissement européen.

La population actuelle de la Nouvelle-Zélande ne peut être exactement appréciée. Forster pensait que le nombre des habitants devait être de 400,000 ; mais il paraît certain que ce nombre est de beaucoup inférieur à la réalité. M, Williams le portait à 500,000 ; Dumont d’Urville pense que le nombre des habitants d’Ika-Na-Mawi est à peu de chose près de 200,000, et celui de l’île méridionale de 60,000, ce qui donne pour la population totale 250,000 individus. Toutefois M. Polack ne l’évalue qu’à 430,000. Au surplus, elle a toujours été en diminuant depuis le premier voyage de Cook : ce qui s’explique per l’anthropophagie et l’infanticide en usage chez les Néo-Zélandais.

Disons maintenant un mot de leurs pds ou villages fortifiés. Ils sont presque toujours situés sur des pointes élevées et avancées dans la mer. Quand le terrain est plat, ils le rendent escarpé, et cela de telle sorte qu’on a de la peine à le gravir. Une palissade formée de pieux solidement enfoncès dans la terre, et hauts de plus de 2 mètres, entoure le sommet de l’élévation. Au delà de cette palissade se trouvent des fossés de 2 mètres de largeur sur autant de profondeur. Après avoir franchi les fossés, on trouve une seconde palissade semblable à la première qui entoure immédiatement les habitations. Les portes ne sont pas vis-à-vis les unes des autres, de sorte que pour franchir le triple rempart, il faut en faire une ou deux fois le tour, Ces portes sont gardées par des sentinelles,

L'intérieur du village se compose de deux rangées de maisons placées le long des palissades : chaque maison est accompagnée d’un appentis qui sert de cuisine ; c’est là que les indigènes prennent leur nourriture. L'espace plus ou moins considérable qui sépare les deux rangées d’habitations est une espèce de place d’armes, plus élevée que le terrain où sont les maisons. Il est très-propre, et coupé seulement de trois édifices publics : te sont le magasin d’armes, celui des vivres et celui des cordes ou des lignes.

Dans le premier de ces magasins, dit l’abbé Rochon, nous trouvâmes une quantité surprenante de javelots de bois, ?s uns affilés en pointe, les autres taillés en langues de serpent, d’autres garnis de pointes très-aiguës faites avec des os de baleine; des instruments très-lourds propres à percer d’un côté et à assommer de l’autre, des lances d’un bois très-dur et bien sculptées, des casse-têtes de pierre ou d’os de baleine très-polis, affilés et bien travaillés, des fouets propres à lancer de petits javelots comme on lance une pierre avec une fronde; des haches en bois dur et d’une forme propre à tuer des hommes. On y trouva aussi des amas d’outils communs, tels que haches, herminettes, ciseaux, tous de différentes pierres très-dures, de jade, de granit et de basalte.

Dans le second magasin étaient des sacs de patates, des fagots de racine de fougère suspendus, différents poissons cuits enfilés par des tresses de jonc et suspendus à l'air; une grande quantité de tronçons de gros poissons cuits enveloppés dans des feuilles de fougère, liés par paquets et suspendus; une grande abondance de calebasses très-grosses toujours remplies d’eau pour la provision de tout le village.

Le troisième magasin contenait des provisions de cordes, de lignes pour la pêche, de filasse pour fabriquer les cordes, de fils et de joncs pour faire des filets ; une quantité immense d'hameçons de toutes les grandeurs, des pierres taillées pour tenir lieu de plomb aux lignes à pêcher, et des morceaux de bois travaillés pour remplacer le liége.

Ces magasins ont ordinairement 6 à 8 mètres de long sur 4 de large. Ils sont construits de pièces de bois bien équarries et bien assemblées. Leurs toits, ainsi que ceux des maisons, sont faits d'une espèce d’herbe qui croît dans les marais. Les maisons n’ont qu’une porte large de 65 centimètres et haute d’un mètre. Ces maisons sont très-basses ; la quantité des sculptures marque toujours le rang de la personne. Les habitants passent rarement la nuit dans la maison, et seulement lorsqu'ils y sont forcés par le mauvais temps. Pour l'ordinaire ils dorment en plein air, enveloppés d'un tissu grosser de nattes, dans la posture d’une personne assise, ayant les pieds ramas-

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Les seuls meubles que l’on remarque dans ces huttes sont des hameçons, des lignes, des filets, des outils de pierrx, des calebasses pleines A’eau et des vêtements grossiers. Un petit carré creux, environné quelquefois de pierres, indique la place du foyer ; la fumée n’a d’autre issue que la porte ou la fenêtre. Un simple monceau de feuilles de fougère ou de fypha leur sert de lit.

Les Néo-Zélandais, dans leurs villages, bravaient autrefois les assauts multipliés de leurs ennemis ; leur courage était à toute épreuve, et la prise des villages fortifiés presque inouie ; aujourd’hui l’adoption des armes à feu, loin d'augmenter leurs ressources, les a presque détruites, comme cela est arrivé dans les pays les plus civilisés.

La base de leur nourriture est la racine de fougère ; elle est pour eux ce que le pain est pour les Européens. Ils paraissent n’avoir que ce trait de commun avec les indigènes de l'Australie; ils font griller légèrement cette racine, après quoi ils la battent avec un petit maillet, et s’en nourrissent. Ordinairement ils se contentent de la mâcher pour en extraire le suc; mais dans les temps de disette, ils avalent même la partie fibreuse. Des Européens en ont mangé avec plaisir, et les Anglais s’y accoutument promptement, Les indigènes en font de grandes récoltes et l’unique nourriture de leurs esclaves. Cette fougère est nommée pleris esculenta. Il y en a d’une autre espèce qui s'élève en arbre et qui fournit une nourriture plus substantielle que la précédente. C’est la partie de la tige voisine de la racine qu’on fait cuire et qu’on réduit en poudre. Les botanistes nomment cette seconde espèce cyathea medullaris.

La patate douce, convolutus babatas, qu’ils appellent koumara , est le mets le plus délicat qu’ils connaissent. Elle figure dans les festins, et les hommes du peuple n’en mangent que très-rarement. Dans cette ile elle est d’une excellente qualité. Les Néo-Zélandais se nourrissent aussi de poissons, de coquillages, de crustacés, de cailles, de canards, et d’autres oiseaux dont leur pays abonde, de chiens , de rats, etc. Ils font deux repas par jour, l’un le matin et l’autre au coucher du soleil. Ils ne mangent jamais dans leurs maisons, de crainte d’offenser l’aloua, qui ne manquerait pas de les punir sévèrement.

L’anthropophagie semblait étrechez eux plutôt l'effet d’un désir effréné de vengeance que d’un goût pour la chair humaine, Ils se livrent à cet affreux excès principalement après la victoire; mais les dernières relations des

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