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missionnaires ne permettent plus de l’attribuer à leurs idées superstitieuses sur la guerre, puisque quelquefois ils égorgent de sang-froid des esclaves pour les dévorer. Ils se contentent ordinairement de manger la cervelle, et rejettent le reste de la tête. La chair d’une femme ou d’un enfant est pour eux le mets le plus délicieux qu’ils connaissent, et celle d’un Néo-Zélandais est préférable, disent-ils, à celle d’un Européen.
Dans leurs aliments ils ne se servent jamais de sel ni d’autres assaisonnements. Ils n’aiment ni les viandes ni les poissons salés ; ils ne connaissent aucune boisson spiritueuse, et détestent les liqueurs fortes. Il leur faut beaucoup de temps pour s’accoutumer à l’usage du rhum et du vin, et encore il est très-rare de trouver desindividus qui le préfèrent à leur sobriété habituelle. Ils aiment beaucoup les boissons sucrées, telles que le café, le chocolat, le thé, etc. La plante appelée piper excelsum, qui donne une boisson chérie de toutes les autres tribus polynésiennes , se trouve aussi à la Nouvelle-Zélande; les indigènes la connaissent, mais ils n’en font aucun usage.
Leur religion est purement métaphysique; ils ne reconnaissent qu’un seul Dieu tout-puissant, immatériel, éternel et conservateur du monde. Suivant Nicholas, il porte le nom de Mawi-Ranga-Rangui, qui signifie Mawi, habitant du ciel. Viennent ensuite Tipoko, le dieu de la mort, et Towki, le maître des éléments. Des génies sont chargés de présider aux diverses localités. Une statue grossière est ordinairement placée au milieu de leurs villages comme une divinité protectrice. Leurs dieux qu’ils désignent sous le nom générique d’aloua, sont tous malfaisants et cruels ; lorsqu'on leur en prêche un qui ne cherche qu’à faire du bien, ils disent qu’ils n’en ont point de semblable; ils s’efforcent de prévenir ou d’apaiser la colère de leur dieu par toute sorte de privations et de sacrifices. Il ne paraît point qu'ils adorent le bois ou la pierre; les effigies qu’ils portent au cou ou qu’ils placent aux portes de leurs cabanes ne sont que des emblèmes qui représentent l’objet de leur culte. Le capitaine Marion remarqua qu'ils se levaient au milieu de la nuit pour se recueillir et répéter quelques mots en forme de prière. Ils ont des idées arrêtées touchant l’immortalité et la spiritualité de l’âme; ils en parlent comme d’un souffle intérieur , parfaitement distinct du corps. Au moment de la mort, ces deux substances se séparent par un déchirement violent ; le waidoua (âme) reste trois jours autour du corps, puis il se rend par une route fictive qui traverse l'ile au Nord, d’où il s’embarque pour l’autre monde. On a remarqué qu’ils croient que le premier homme fut créé par le concours de trois divinités, mais que
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l'Étre tout-puissant y avait eu la plus grande part ; que la femme avait été formée d’une des côtes de l’homme. Le nom d’iws, qu’ils donnent aux os, offre un singulier rapprochement entre ce fait et le nom que les écrits de Moïse donnent à la mère du genre humain.
Ils ont l'habitude d’enterrer leurs morts, mais les funérailles de leurs chefs sont accompagnées de nombreuses cérémonies. « On immole une « partie des femmes et des esclaves du défunt, dont l’âme doit aller le « rejoindre dans l’autre monde, et dont la chair sert à célébrer le festin « funèbre. Toutes les personnes qui ont touché le cadavre sont fabouées ; « pendant un certain temps il leur est interdit de toucher des aliments, et « et l’on est obligé de les faire manger comme des enfants. On prononce « sur la tombe du chef plusieurs discours, dans lesquels on raconte ses « exploits et ceux de ses aïeux, exploits qui font aussi le sujet de chants « que l’on compose à cette occasion, Au bout d’un an, on déterre les osse- « ments du chef, on les gratte soigneusement avec un coquillage, on les « enveloppe dans une natte, et on les transporte dans la sépulture de ses « ancêtres , après avoir renouvelé les sacrifices et toutes les cérémonies « qui avaient eu lieu lors de son enterrement ; cette nouvelle cérémonie « se nomme Zaihunga.
« Les cimetières de la Nouvelle-Zélande sont regardés comme des lieux « saints ; violer une tombe est le plus grand crime qu’un homme puisse « commettre 1. »
Les roulements du tonnerre inspirent aux Néo-Zélandais une frayeur religieuse, parce qu’ils présagent les batailles. Les prêtres, qu’ils nomment arikis ou tohungas, sont consultés dans toutes les affaires importantes ; ils prédisent l’avenir, calment les orages, apaisent les vents, arrêtent les maladies et font mille autres prodiges du même genre. Ils joignent souvent à ces fonctions, qui sont héréditaires, celles de l’autorité civile. Le peuple a un profond respect pour tous ceux qui se disent ministres d’un dieu. Quelque irrité qu’il soit, il ne leur fait jamais de mal ; c’est pour cela qu’il n’a jamais exercé de violence contre les missionnaires qui lui préchent une doctrine nouvelle.
Ce sont encore les prêtres qui remplissent les fonctions de médecins. Leurs moyens curatifs se bornent ordinairement à des prières et à des cérémonies. D’autres fois, ils prescrivent une diète absolue, et en cela leur doctrine est conforme à celle de nos docteurs. Ils sont responsables de ce qui
! M. Ternaux-Compans : Extrait de l'ouvrage anglais de M. Polack, sur les mœurs et usages des Néo-Zélandais.
peut arriver au malade, surtout lorsqu'il appartient aux premières familles. Après la mort, un conseil est chargé d'examiner la conduite de celui qui l’a assisté, et si l’on y découvrait quelque faute, il serait sacrifié aux mânes du défunt, ce qui n’est pas sans exemples; mais on remarque que là, comme ailleurs, le charlatanisme se tire presque toujours d'affaire. Leur chirurgie paraît se borner à faire des incisions avec des coquilles pour retirer les pointes qui ont pénétré dans les chairs.
Le tabou, ou tapou, est ici, comme nous l’avons vu ailleurs, une superstition bizarre, qui consiste à s’imposer une privation volontaire pour calmer la divinité offensée. La personne ainsi tabouée se trouve en la puissance de la divinité, et elle ne peut se servir de ses mains pour manger. Ceux qui sont riches se font servir, les autres se baissent jusqu’à terre pour satisfaire à ce besoin de la nature. Les objets frappés d’un tabou ne sauraient servir à l’usage ordinaire; il est même défendu d’y toucher ; la divinité se mettrait en colère et exterminerait le coupable, et c’est pour éviter ces maux qu’ils le punissent de mort. Toute personne peut imposer le tapou, mais les pauvres ne peuvent se l’imposer que pour eux-mêmes. Les gouverneurs l’imposent généralement aux objets, et alors aucun individu ne peut les toucher. Les malades atteints d’une maladie jugée mortelle, les femmes près d’arcouchers sont mis sous l’empire du tapou. Ces personnes sont alors déposées sous des hangars en plein air, et privées de toute communication. M. Nicholas s’exprime ainsi en parlant de cette institution : |
« Pour suivre la valeur du mot fapou, il faudrait détailler minutieuse- « ment toutes les circonstances de l’économie politique. Ce peuple règle « ainsi ses travaux journaliers et tous les actes de la vie. Bien qu’il assu- « jettisse à une foule de restrictions absurdes et pénibles, il est fort utile + dans une nation si irrégulièrement constituée. En l'absence des lois, il « offre la garantie de conserver les personnes et les propriétés, en leur « donnant un caractère authentique que personne n’ose violer; sa puis- « sante influence peut arrêter les hommes les plus cruels et les plus « avides, »
Ces insulaires croient aussi aux enchantements, qu’ils nomment makoutou; c’est, disent-ils, de là que viennent les maladies et la mort. Les songes, surtout ceux des prêtres, sont d’une très-haute importance pour les décisions de ces peuples; résister à l'inspiration d’un songe est une injure directe à l’atoua qui l’a envoyé.
1 Voyage de Liddiard Nicholas à la Nouvelle-Zélande.
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