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Les jeunes gens se marient ordinairement entre vingt et vingt-quatre ans. Les filles se marient de fort bonne heure, souvent même avant l’âge de onze ans. Le mariage a lieu sans cérémonie et par le fait même de l'introduction de la jeune fille dans la maison de son futur, Dès que le mariage est consommé, les parents des deux conjoints se précipitent dans la maison et la pillent entièrement. Les époux vivent ordinairement ensemble en bonne amitié, et les querelles sont rares entre eux.
Le mari a le droit d’épouser plusieurs femmes ; mais comme elles peuvent habiter rarement ensemble, il est obligé de fournir à chacune un logement ; quelques chefs en ont eu jusqu’à sept et mâme dix. Parmi ces femmes, il y en a une qui occupe le premier rang, qui participe seule aux honneurs et aux dignités de son mari, et dont les enfants sont destinés à succéder au père dans ses possessions et dans son pouvoir. L’adultère entraîne presque toujours la peine de mort pour la femme qui s’en rend coupable ; cependant quelquefois le mari se contente de la répudier et de la renvoyer à ses parents ; cela arrive quand il craint leur ressentiment.
Les enfants reçoivent, cinq ou six jours après leur naissance, leur nom avec une espèce de baptême. La mère ainsi que les amies arrosent le front de l’enfant avec une branche trempée dans de l’eau. On plante alors un arbre qui devient l'emblème de l'existence du nouveau baptisé; la croissance et la taille de cet arbre ont un rapport prophétique avec le développement des facultés de l'enfant, qui croît paisiblement sans être assujetti à aucune espèce de contrainte de leçons ou d'exercices particuliers. Passé le premier âge, les filles se forment sous la direction des mères, et !as garçons accompagnent leur père dans les assemblées et même dans les combats. On les voit quelquefois jouer à la toupie, au cerf-volant, etc., comme les Européens. Les adoptions sont fréquentes, et confèrent tous les droits d’un enfant naturel à celui qui en est l’objet.
Le suicide paraît commun parmi les habitants de la Nouvelle-Zélande ; ils se pendent pour la plus frivole circonstance ; ainsi, une femme qui aura été battue par son époux ira se pendre immédiatement après. Cependant les habitants de la baie des Iles semblent étrangers à cette manie.
Ces peuples mesurent le temps par nuits, pd; par lunes, marama, et par années composées de cent lunes, fau; c’est ainsi qu’ils comptent leur âge et calculent tous les autres événements.
Enfermés dans leurs ps au parcourant les déserts, ces malheureux sauvages vivent dans un état de guerre presque continuel ; chaque tribu suppliait ardemment le capitaine Cook d’exterminer ses antagonistes. Un
Néo-Zélandais, conduit à Londres, y achète une hallebarde 3; aussitôt il la brandit dans l'air, et s’écrie : Voilà de quoi hacher en pièces le chef de nos ennemis. Cette habitude de guerre explique leur férocité. Leur vengeance ne s’éteint que dans le sang de leurs adversaires ; ils ne pardonnent jamais, et ce qu'il y a de plus extravagant, c’est qu’ils croient que l’âme d’un homme dévoré par son ennemi est condamnée à un feu éternel,
Après les combats, ils mangent les chefs des vaincus; même en temps de paix, quand une personne de distinction meurt, on dévore des esclaves, Ces peuples sont:ils, au fond, plus féroces que les Européens? On peut en douter, Mais, faibles et dépourvus d'armes, ils ont exercé contre nos navigateurs des actes de cruauté qu’accompagnait une horrible perfidie. L’infortuné Marion avait vécu plus d’un mois dans l'intimité du chef Tacoury, lorsque celui-ci, sous prétexte de lui donner une fête, l’attira dans une embuscade et le fit massacrer avec tous les siens; les Français, accourus pour venger leurs camarades, virent les preuves les plus dégoûtantes de la fureur avec laquelle ces barbares avaient dévoré ou rongé les membres palpitants de ceux que, peu d'heures auparavant, ils embrassaient en amis. Cette perfidie, dont les Anglais ont aussi éprouvé les funestes effets, n’exclut pourtant pas les discours nobles, les sentiments élevés. Un chef, qui adopta comme ses fils deux sauvages ramenés par le gouverneur King, dit à celui-ci, qui parut douter de sa sincérité : « Un prince ne trompe jamais! » Belles paroles qu’il ne démentit point. Æahoura, autre chef qui avait massacré et dévoré plusieurs Anglais, vint sans crainte avouer ses actions et se livrer entre les mains d’une nation qu’il avait si cruellement offensée. Comment expliquer une semblable conduite? Est-ce qu’une loi d’honneur prescrit à ces hommes extraordinaires quelques principes inconnus, quelques règles comparables à ces maximes généreusement barbares qui président à nos duels? Peut-être aussi des circonstances mal racontées causèrentelles ces accès de rage ; quelque arbre sacré mal à propos touché d’un coup de hache, quelque expression mal comprise a pu exciter le courroux de ces âmes bouillantes. |
Ces redoutables anthropophages chérissent tendrement leurs familles ; la mère risque sa vie pour son enfant. Leur musique a plus de mélodie et de douceur que celle des Taïtiens.
L’habillement général est fait de nattes grossières, mais assez serrées pour les mettre à l’abri des injures de Pair. Il est composé de deux pièces, dont l’une couvre les épaules et s'attache sur le devant de la poitrine; l’autre leur couvre les reins et descend jusqu'à mi-jambes. Dans les occa-
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sions solennelles, ils portent des nattes d’un tissu fin et soyeux, tantôt d’une blancheur éclatante avec des bordures élégantes et variées, tantôt couvertes de dessins sur toute la surface, tantôt enfin garnies de poils de chien ou des belles plumes de l'oiseau kiwi, Ils ne portent ni coiffure ni chaussure, et les enfants restent nus jusqu’à l’âge de huit ans.
Ces insulaires sont aujourd’hui passionnés pour les vêtements européens ; hommes et femmes portent aux oreilles des petits morceaux de jade ou des chapelets. Leur visage est barbouillé de rouge, apparemment de l’ocre de fer mêlée de graisse. Leurs habitations, ainsi qu’on a pu le voir par ce que nous en avons dit, sont bien supérieures à celles de la Nouvelle- Hollande. Les barques sont construites de planches bien jointes et attachées avec de forts osiers ; quelques-unes ont 46 mètres de long. Les grands canots portent trente hommes et plus ; ils sont très-fréquemment ornés d’une tête habilement ciselée, dont la physionomie exprime la rage. Ils manient très-adroitement leurs grossiers outils, qui sont pour la plupart faits de jade. Leurs armes sont des lances, des javelines, et le patou, espèce de hache informe. Ils conservent le souvenir des hauts faits de leurs ancêtres par des chansons qu’ils accompagnent de leur flûte grossière. Ainsi, la race polynésienne, jusque dans son état le plus sauvage, porte un germe de civilisation qu'il serait facile de développer.
Les Néo-Zélandais ont un procédé très-expéditif et en même temps fort remarquable par sa perfection, pour conserver les restes de l’homme après sa mort. Ces précieuses reliques, dit Dumont d’Urville, sont religieusement renfermées et gardées par les tribus et les familles auxquelles elles appartiennent ; la moindre offense faite à ces dépouilles sacrées attirerait infailliblement la vengeance de la tribu tout entière. Mais l’espèce d’embaumement dont il est question s’applique bien plus fréquemment aux têtes de chefs qui succombent dans les combats, et dont le corps tombe entre les mains de leurs ennemis. Jadis le possesseur d’un de ces trophées le conservait avec d'autant plus de soin, qu’il savait que, lorsqu'il serait en guerre avec la tribu à laquelle appartenait le guerrier dont il possédait la tête, cette tribu serait prête à tous les sacrifices ou à tous les accommodements possibles pour recouvrer cet objet sacré, et que s’il lui arrivait de tomber entre les mains de cette tribu, il sauverait sa propre tête en restituant celle du guerrier qu’il avait vaincu. On conçoit donc quel intérât avaient les Néo-Zélandais à les préparer et à les conserver. Mais la belle conservalion de ces têtes a excité un tel étonnement en Europe, que leur valeur s’y est élevée à 3 ou 400 francs. Il en est résulté de là que les Néo-
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Zélandais ont fait de la vente de ces têtes aux Européens un commerce trèslucratif qui a excité leur cupidité au point qu'ils ne font nulle difficulté de tuer leurs esclaves afin de préparer et d’embaumer leurs têtes, et de multi - 1 plier par là les moyens d'entretenir un trafc dont les Européens devraient « être honteux par les crimes qu'il provoque.
Près des côtes de la Nouvelle-Zélande se trouvent plusieurs petites îles. Nous allons les nommer, en commençant par la partie méridionale, Ces îles sont l'ile Longue, Kackahow , Ernest, Fenoua- Ho, Chase, Berch et Stewar!, qui est la plus grande : on y trouve lesports Facile, Mason, Williams et Pegasus, elle est séparée de Tavaïi-Pounamou par le détroit de Foveauæ. Près de la côte occidentale on remarque l'ile élevée et stérile que Cuok nomma Solander ; on a reconnu qu'elle se composait de deux flots distincts, Les îles Pepin et Lookers-On sont encore dignes d’étrementionnées.
Autour de l'ile septentrionale de la Nouvelle-Zélande nous remarquerons Entry, les fles du Pain-de-Sucre, Gannet, Manawu-Tawi, Moudi- Motou, Didi-Houa, Molou-Kawa, Panake, Tiki-Tiki, Molou-Roa, Motou- Arohia, Motou-Doua, Molou-Kiakia, Moko-Inou, le Fanal, le Nauire, Moro-Tiri, Tarangua, Toulourou et Shoulourou, couverte de bois et remarquable par une cime très-élevée. Entre les presqu’iles Malte-Brun et Buache se trouvent plusieurs flots, et plus loin on voit successivement Ranguiloto, Molou-Tabou, Koura-Kia, Olata, Waï-Heka, ile maintenant déserte, où existait, en 4820, un pà très-peuplé, Pouhia-1- Wakadi, couverte de fumée, et Æouana-Hokeno, stérile et inaccessible.
À 226 lieues et au sud-est de la Nouvelle-Zélande, se trouve l'ile Campbell, que découvrit le capitaine danois Hardinbourg, qui lui donna le nom de la femme de M. Macquarie, gouverneur de la Nouvelle-Hollande. Ses côtes occidentales et méridionales ne présenteut qu’un rocher gris presque à pic, d’une grande hauteur et dépourvu de végétation; les autres parties | de l’île sont couvertes de verdure, mais.sans un seul arbre. Partout le sol
paraît déchiré ; plusieurs pitons aigus et très-escarpés dominent l’intérieur A de l’ile. Ses habitants, au nombre de 2,500, paraissent, par leur extérieur ” et leurs costumes, de mémeorigine que les Néo-Zélandais. La polygamie est vêl autorisée par leurs lois : les chefs ont d’ordinaire quatre ou cinq femmes, et des les gens du peuple une ou deux. Ces chefs obéissent à un roi qui dépend de Es l'établissement de la Nouvelle-Gailes méridionale. ”
Au sud-ouest de cette ile se trouve celle de Macquarie, qui a 40 lieues E de àc long du nord au sud, sur une lieue et demie de large. Les côtes n’offrent Vs aucune baie où l’on puisse aborder. Le sol en est moutueux et stérile. Le D ou
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sommet le plus élevé qui uit été mesuré atteint une hauteur de 520 mètres. On ne voit sur cette terre aucun mammifère, muis seulement quelques oiseaux qui, faute d'arbres, sont réduits à faire leurs nids dans la terre. On y remarque un grand nombre de lacs qui nourrissent beaucoup de truites,
Autour de Macquarie, découverte en 4811 par quelques pécheurs, se trouvent les groupes de The Judge and his Clerk et de The Bishop end his Clerk (le Juge et son Clerc, et l'Évêque et son Clere).
Lestles Snares et le Groupe de lord Auckland, au sud de la Nour le- Zélande, indiquent une continuation sous-marine de la chaîne de mo; tagnes qui parcourt cette terre. Lacommodité de sur ancrage, la végétation et la douceur de son climat, rendent importante Pile d’Aukland, et la font rechercher comme point de relâche par les buloinsers,
Une autre chaîne est marquée à l’est et presque parallèlement à la Nouvelle-Zélande par les îles Bristol, Antipode (voisine de l’antipode de Paris) et Bounty. Plus au nord se trouvent Cornwallis, Pitt et Chatham : celle-ci, Ja plus considérable, a été découverte par Broughton : sa longueur peut aller à 42 lieues. Le terrain s’élève graduellement, et forme dans l'intérieur des collines d’un aspect agréable. Il paraît que l'ile rent me une de ces lagunes si fréquentes dans les îles basses de cet Océan. On donne à ces iles, entourées d’ilots, le nom de Groupe de Broughton
La végétation, dit ce navigateur, a beaucoup de force; les arbres cependant ne sont que d'une élévation moyenne. Ils sont dégagés de branches jusqu’à une certaine hauteur, et l’on ne voit point de broussailles; un arbre ressemble au laurier, et un autre a des joints comme la vigne, On voit dans les mains des habitants plusieurs filets et lignes d’un beau chanvre, qui sans doute est du crû de l’île.
Les habitants sont des hommes de moyenne taille, vigoureux, bien proportionnés; ils ont le teint d’un brun obscur, et les traits bien prononcés. Leurs cheveux et leur barbe sont noirs ; leur corps n’offre aucun indice de tatouage. Une peau de phoque et une natle tressée avec art forment leur vêtement. Les oiseaux, qui tous jouissent d’une paix profonde, semblent des mêmes espèces que ceux des environs de la baie Dusky.
En naviguant à l’est, nous verrons s’élever du sein des flots les collines et les plaines qui composent l'archipel des les des Amis. On ne peut étendre celte division aux îles Viti, à l’ouest, à celles des Cocos et des Luaitres, au nord, à celle dite de Savage, à l’est, qui doivent être réunies aux Îles Horn et Wallis, pour former une chaîne qui sépare l'archipel des Vi. 15
Navigateurs de ceux de Fidji et de Tonga-Tabou. Circonscrit dans ces limites, l’archipel des Amis sera encore assez grand, puisqu'il contient au delà de cent îles et ilots. Cet archipel tient à peu près le premier rang parmi ceux de la Polynésie par lindustrie de ses habitants et l'espèce d'ordre politique qui y règne.
La principale de ces îles est celle nommée Tonga- Tabou, c’est-à-dire île consacrée. Elle est une des plus méridionales, Les voyageurs Pont décrite avec le détail le plus minutieux. Néanmoins, sans les relations de Labillardière, des missionnaires anglais et de Dumont d'Urville, nous la connaîtrions mal. Le pays en général n'offre pas ce magnifique paysage qui réculte d’une multitude de montagnes, de vallées, de plaines, de ruisseaux ei le cascades, mais il étale aux yeux des spectateurs la fertilité la plus abondante.
Les vents y soufflent le plus souvent entre le sud et l’est, et lorsqu'ils sont modérés, on a ordinairement un ciel pur, Quand ils deviennent plus frais, l’atmosphère est chargée de nuages, mais elle n’est point brumeuse, et il pleut fréquemment, D’après la relation des missionnaires, les tremblements de terre y sont très-fréquents. Le feuillage n’éprouve point d’altération sensibie aux diverses époques de l’année ; chaque feuille qui tombe est remplacée par une autre, et on jouit d’un printemps universel el continu. Les missionnaires ont trouvé l'air très-sain, mais plus froid qu’ils ne s’y attendaient,
Un rocher de corail, le seul qui se présente sur la côte, sert de base à l'île. On n’y voit guère d'autre pierre, excepté une roche feldspathique, dont les naturels font leurs haches. Quoique le corail s’élance en beaucoup d’endroits au-dessus de la surface du terreau, le sol est en général d’une profondeur considérable. L’humus végétal recouvre une couche d’argile, Labillardière a jeté un coup d’æil sur la botanique de cette île. A l'ombre des bois croît le {acca pinnalifida, le mussænda frondosa, l'abrus precatorius et le poivrier, qui sert aux habitants à faire le kava; ils font des naltes avec le pandanus odoratissimus ; l'hibiscus tiliaceus croit spontanément sur les bords des diverses cultures et tout près de la mer; son écorce fournit aux insulaires de quoi faire des étofles beaucoup moins belles que celles du müricr à papier; des cotonniers de Pespèce appelée gossypium reli giosum croissent dans les lieux humides, mais ne sont pas employés parles habitants, On y trouve aussi du bois de sanfal et une forte noix museade qui west point aromatique. Dumont d’Urville vit un mea, arbre du genre des ficus, dont le tronc avoit 65 mètres de circonférence, Cet arbre est dédié
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Les seuls mammifères que l’o41 trouve dans cette île sont le cochon, le chien et le rat. Les oiseaux sont en petit nombre; les principales espèces sont une très-jolie tourterelle, une colombe, une petite perruche fort élégante, un philémon, un râle, un martin-pêcheur, et quelques oiseaux de mer. Il y a deux ou trois espèces de serpents, un Aydrophis, un petit lézard et beaucoup de poissons. Les récifs offrent les coquilles les plus rares.
L'ile de Tonga-Tabou a la forme d’un croissant irrégulier dont la concavité, dirigée vers le nord, serait coupée par une échancrure de 5 milles de largeur sur 3 de profondeur. Sa base, entièrement composée de madrépores, est recouverte d’une épaisse couche d’humus dans laquelle tous les végétaux se développent avec vigueur. L’eau douce est rare sur toute la surface de l’île, et le célèbre voyageur à qui nous empruntons ces détails (Dumont d’Urville) pense qu’il ne s’y trouve pas un seul ruisseau proprement dit. Ce n’est qu’en creusant à une profondeur peu considérable qu’on peut obtenir de l’eau potable.
Les missionnaires ont donné à une partie de cette terre une population qui serait pour toute l’île de 20,000 individus. On ne peut, sans exagération, la porter à plus de 45,000, dont 4 ou 5,000 sont en état de combattre. i
Parmi les villages de Tonga-Tabou, les deux plus importants sont Béa qui, entouré de fossés, passe pour une place forte, et Mafanga, lieu sacré qui contient les maisons des esprits et les tombeaux de quelques familles de chefs. Dans les plus grandes guerres, ce lieu est toujours respecté, et jamais on n’y combat.
L'ile de Tonga-Tabou était divisée en trois souverainetés, Zifo au nord, Moua au centre, Ahodschi au sud-est. Ces districts avaient chacun leur souverain ; la famille régnante de Moua portait le nom de Fattafaï, qui est également celui d’un des dieux nationaux; les Fatlafaï, souverains absolus de l'ile, n’ont guère aujourd’hui que les honneurs de la royauté et la faculté de présider aux sacrifices. Le Touÿ-Kana-Kabolo, ou le prince du canton septentrional, s’est emparé de la supériorité politique, et sa charge répond à celle d'administrateur général de l’État, Le Laval est chargé de tout ce qui a rapport au culte. Sans sa participation, les actes qui se passent ne sauraient être légaux. Tous les chefs des îles voisines règnent chez eux en despotes. Les insulaires de Viti même, si redoutables du temps de Cook, ont subi le joug de Tonga-Tabou; la puissance de cet État s'étend de
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l’autre côté jusque vers les confins de l’archipel des Navigateurs. Leur flotte, de 100 à 450 pirogues, est plus respectable que celle des Taïtiens, et leur navigation s’étend jusqu'à l'archipel du Saint-Esprit. Ils donnèrent à Cook une longue liste des îles qui leur sont connues.
On sacrifie à Tonga-Tabou un grand nombre de victimes humaines ; et, malgré leurs idées sur la propriété, les habitants ne se font aucun scrupule de voler les étrangers.
Les habitants de Tonga-Tabou sont généralement grands, bien faits et bien proporticanés. Leur physionomie est agréable et présente une variété de traits seriblables à ceux des Européens. Leur expression, moins sévère que chez les Nouveaux-Zélandais, est cependant plus sérieuse et plus grave que chez les indigènes de Taïti. Ils ont le nez aquilin, les lèvres assez minces, les cheveux lisses et la couleur peu foncée. Ils diffèrent essenticllement des Nouveaux-Zélandais, qui paraissent barbares au dernier point, et qui font cependant preuve de qualités solides quand on les étudie de près ; tandis que ceux de Tonga, hospitaliers, caressants, aimables et polis dans leurs premières entrevues, savent cacher sous le manteau de l’hospitalité leur audace et leur dissimulation profonde. Au reste, ils sont braves jusqu’à la témérité la plus audacieuse, et portés au dévouement le plus extraordinaire. Ils vivent entre eux en bonne intelligence, et savent, sans s'émouvoir, souffrir les affronts et les refus, mais iis ne laissent jamais passer l’occasion favorable à la vengeance.
Ils sont très-attachés à leurs parents, à leurs chefs et à leurs amis. Ils traitent leurs femmes avec la plus grande affabilité, et prennent le plus grand soin d'élever et de nourrir leur famille. Les vieillards sont toujours respectés.
Tous les hommes en état de porter les armes sont guerriers au besoia, et deivent suivre leur chef partout où il veut les conduire. Depuis que le pouvoir, à Tonga-Tabou, a été divisé, on ne voit point de guerre en bataille rangée. Ce sont toujours des embuscades, après lesquelles le vaincu se rend sur quelques îles amies pour y vivre dans un exil volontaire. Ces peuples étant convaincus que c’est agir contre les dieux que de se révolter contre les chefs, se trouvent rarement dans le cas d’être punis : alors c’est le chef qui les châlie à coups de bâton lui-même, ou par un de ses ministres; lorsque deux chefs croient avoir de justes motifs de reproches l’un contre l’autre, ils terminent leur querelle par un combat singulier. Ils se battent avec le plus grand acharnement ; mais une réconciliation sincère termine presque toujours leurs débats,
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Parmi les jeunes filles, les unes sont libres, les autres sont promises longtemps à l’avance par leurs parents. Les femmes mariées sont soumises à leurs époux, qui peuvent les garder autant de temps qu’ils le désirent ; si le mari consent à ce que la femme se retire, elle devient indépendante et peut se marier à qui il lui plaît, ou rester libre en vivant avec celui qui lui convient. Les chefs prennent autant de femmes qu'ils veulent. La cérémonie du mariage consiste, de la part de l’époux, à aller demander épouse chez ses parents, et à donner un repas à ses amis et à ceux de la famiile à qui il s’allie. Les enfants jouissent, dans la société, du rang de leur mère et non de celui de leur père ; ainsi, le fils d’une femme du peuple ct d’un noble sera homme du peuple, tandis que le fils d’une noble et d’un homme du peuple est regardé comme noble. A un certain âge, les enfants sont circoncis. Le tatouage est très-usité parmi ces insulaires ; ils l’exécutent sur le ventre ct les cuisses. Les femmes ne 5e tatouent que la paume des mains.
La coutume de se couper une phalange de l’une des deux mains pour l'offrir en sacrifice, lorsqu’un père ou un proche parent est malade, se fait remarquer chez ces insulaires. Cette coutume est principalement pratiquée par les femmes : aussi est-il rare d’en trouver qui n’aient perdu le petit doigt de chaque main.
Ces peuples ont deux grands nafchi ou fêtes religieuses : l'une pour implorer la protection de Fallafaï en faveur des fruits nouveau-plantés ;
’autre, après la moisson, pour témoigner à ce dieu leur gratitude. Chacun
tue et apporte lui-même l'animal qu'il offre en sacrifice. Kala-Fontanga ou Æala-Fila- Tonga est la souveraine des flots et des vents : le dieu Hauwi porte l’ile sur son dos; les tremblements de terre ont lieu lorsque ce dieu, ennuyé de ce fardeau, veut s’en débarrasser. Le dieu du plaisir, Higouleo, rassemble toutes les âmes dans un paradis très-semblable à celui de Mahomet.
Tali Ai-Toubo est le dicu de la gucrre, ct celui du roi en particulier. Toubo-Totaï est celui des voyageurs ; il préside aux embarcations. A/o-Alo préside aux éléments. ÆJala-Api-Api, Alai-Valou, Toui-Bolotou, Toubo- Bougou, Toqui-Oukou-Mea, Karlou et Tangaloa, sont les autres dieux du premier ordre,
Vicnnent ensuite les esprits des morts, qui ont aussi le pouvoir d’inspirer des prètres et de punir ou de récompenser les hommes. Leur situation dans l’autre monde ne dépend point de leurs actions, parce que, disent ces insulaires, les dieux punissent en cette vie les crimes des coupables, H y a
encore un grand nombre d’Æoloua-pou ou dieux méchants, qui causent toutes les insomnies et les tribulations qui ne peuvent pas être l'effet de la colère des dieux du premier ordre. Les dieux manifestent souvent leur présence par des sifflements; c’est pourquoi il est défendu aux hommes de siffler.
Ces dieux visitent quelquefois les femmes ; alors elles sont pensives ct mélancoliques ; elles versent quelquefois des larmes et perdent toute connaissance. Les indigènes pensent alors que la divinité est venue reprocher à la personne ainsi affectée quelque négligence secrète. Les inspirations sont beaucoup plus fréquentes chez les prêtres : on ne manque jamais de les consulter à l'égard des personnes malades. Le prêtre reste inspiré pendant tout le temps qu’il est auprès du malade ; mais si celui-ci n’est point soulagé, on a recours à un autre.
Le {abou ou tapou est ici en usage comme à la Nouvelle-Zélande. Il s'applique aux personnes, aux choses et aux lieux, Quand on veut conserver quelque chose, empêcher certaines productions de devenir rares, on les impose au tabou : personne n’ose alors y toucher jusqu’à une nouvelle cérémonie qui porte le nom de faka-lahi. Celui qui a volé est supposé avoir manqué au tabou. Pour s'assurer de la vérité, on le fait baigner dans des licux fréquentés par les requins; s’il est mordu, il passe por coupable ; dans le cas contraire, son innocence est établie.
Nous devons encore parler d'une cérémonie qui blesse l'humanité : elle prend le nom de naudgia, et consiste à étrangler un enfant pour le sacrifier aux dieux, afin d'obtenir la guérison d’un parent malade. La même cérémonie a lieu quand un chef a commis un sacrilége., On choisit alors Penfant d’un autre chef, comme devant être plus agréable à la divinité. fl West pas rare de voir des juges qui offrent d'eux-mêmes leurs enfants pour être immolés.
Les cérémonies usitées dans les funérailles des chefs ont aussi quelque chose de cruel, mais qui marque quels sont l’obéissance et l'attachement que ces peuples portent à ceux qui les dirigent. Les femmes poussent des cris et des hurlements, et les hommes se frappent très-rudement à coups de casse-tête, se plongent des épées dans le corps, et cela pendant plusieurs jours de suite. Il y en a qui se percent les joues ds trois flèches, dont les dards sortent par la bouche; ces flèches restent ainsi pendant que/ques instants suspendues à la figure déchirée de ces malheureux. Dans d’autres cérémonies, ils se brülent la peau des joues ou se font de grandes plaies circulaires sur le visage. Nous ne parlerons point de la coutume qu’ils ont