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de déposer pendant quinze ou vingt jours de suite, vers le soir, des ordures sur la tombe, afin de les ôter le lendemain avec leurs femmes. Ces peuples ont une grande foi dans les charmes et les présages. Les éclairs et le tonnerre sont toujours des indices de quelque grande catastrophe, et l’action d’étcrnuer porte aussi avec elle quelque chose de sinistre.
La langue de Tonga-Tabou est la même que celle de la Nouvelle-Zélande, à de très-petites différences près. Elle est mélodieuse, douce et plus variée que celle de Taïti. Les habitants de Tonga ont un grand nombre de jeux, parmi lesquels les plus remarquables sont ceux de la chasse du fanakalaï, c’est-à-dire de la poule d’eau, et du fana gouma ou chasse au rat. Ils se ras.emblent par troupes, en lançant des flèches dans un certain ordre; celui des deux partis qui a le premier dix rats remporte la victoire. Ces rats leur servent aussi de nourriture.
Les maisons, ordinaires et publiques, sont bien inférieures à celles de Taiti, soit pour la commodité, soit pour l'élégance. Elles sont cependant bien solides : leur forme est en général celle d’un ovale de 40 mètres de long sur 6 de large, ct 4 ou 5 de haut pour les personnes d’un certain rang. Les habitations des gens du peuple sont bien moins considérables. Ce n’est qu’un toit soutenu sur des poteaux; ce toit est quelquefois de feuilles de canne à sucre, mais le plus souvent il est fait avec des natles de feuilles de cocolier. La maison n’a qu’un étage que l’on divise en plusieurs au moyen de nattes verticalement placées. Les insulaires dorment sur une natte et se couvrent des habits qu’ils ontportéspendantle jour, Ces maisons sont généralement assemblées en petits villages fermés de palissades artistement travaillées, et traversés par des sentiers bien battus.
Tous les meubles que lon remarque dans ces habitations se réduisent à un ou deux bols en bois, quelques gourdes pour contenir de l’eau, de: côtes de cocos pour renfermer l'huile dont ils se servent pour frotter les coussinets en bois et les escabeaux qui doivent servir de siéges aux maitres de la maison.
La principale nourriture des habitants de Tonga-Tabou consiste en bananes, noix de coco, ignames, taro, fruit à pain, poissons et coquillages : les tortues, les cochons ct les volailles sont réservés aux chefs. L'habillement des deux sexes est une natte ou une pièce d’étoffe de 2 mètres de large sur une longucur égale ou un peu plus grande. Ils s’en enveloppent le corps de manière à faire un tour et demi sur les reins, où elle est arrêtée par une ceinture. Souvent leur costume se réduit à une pagne en simple feuillage ou bien au #aro des habitants de Taïti. Les enfants vont
à peu près nus pendant longtemps; du moins ils ne portent qu’un #aro jusqu'à l’âge de sept ans.
Leurs Arnements ordinaires sont des colliers en fruits de pandanus ou en fleurs. Ils suspendent à leur cou des coquilles, des ossements d'oiseaux, des os de baïeine, des dents de requin et des morceaux de nacre; ils ont des bagues des mêmes matières, et d'autres en écailles de tortue. Les lobes de leurs oreilles sont percés de grands trous pour recevoir de petits cylindres en bois et de petits roseaux.
Leurs instruments de musique se réduisent à la flûte et au fam-{am; leur flûte n’est autre chose qu’un cylindre de bois fermé aux deux bouts et percé de plusieurs trous. Ils en tirent des sons en y soufflant de la narine droite. Les insulaires de Tonga ont un grand nombre de danses qu’ils exéculcnt tantôt le jour, tantôt la nuit.
Leurs pirogues sont beaucoup mieux construites que celles des Taïtiens; leurs naltes sont tellement supérieures à celles de Taïti, que les navigateurs en peuveni apporter comme objets de commerce dans cette dernière île; ils fabriquent aussi des étoffes lustrées, rayées, à carreaux et ornées de divers autres dessins. Les paniers, les peignes et la plupart des petits ouvrages qui sortent de la main des femmes, sont faits avec goût et élégance. Les cordages des lignes de pêche, les hameçons de ces insulaires, sont d’une aussi bonne qualité que les mêmes objets en Europe. Tonga- Tabou a un excellent et vaste havre susceptible d’être fortifié.
L'ile d’£oua est nommée Widdelbourg par Tasman; c’est une terre élevée, d’un aspect charmant, boisée, fertile et pourvue d’eau douce. Quoique le sol en général soit argileux, on voit percer le rocher de corail jusqu’à la hauteur de 490 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Anamouka, l'ile Rotterdam de Tasman, est la plus considérable d’un groupe situé au nord de Tonga-Tabou. Elle est composée, comme celleci, d’un rocher de corail couvert d’un bon terreau; on y trouve un seul roc calcaire. I y a plus de fruit à pain et de pampelmouses, et tous les végétaux y viennent mieux qu’à Tonga-Tabou, Les terrains ne sont pas enfermés de haies aussi nombreuses, aussi régulières et aussi soigneusement faites, mais les berceaux touffus couvrent les chemins et étalent de belles fleurs qui embaument l'air de parfums. Les sites mullipliés que forment les petites élévalions et les différents groupes d’arbres contribuent encore à oruer et à varier l’aspect de cette terre.
Tafoua, peu peuplée, renferme un volcan que les indigènes regärdent comme le séjour d'une divinité, El a, dit-on, 4,000 mètres de hauteur!
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er « OCÉANIE, — POLYNÉSIE, — ARCHIPEL DES NAVIGATEURS. 21 aro Vavao ou Ouavao est la Mayorga de Maurelle, navigateur espagnol; c'est, pour la grandeur, la seconde île de l’archipel; c’est elle aussi qui Len | offre les meilleurs mouillages. Les missionnaires de Taiti ont vainement ux, À tenté d’y introduire la religion chrétienne, Quani à Lalté, Maurelle lui a des à laissé son nom indigène; enfin celle qu’il nomme l’Amargura est, d’après s de 4 toutes les probabilités, Æamoa. Latté est remarquable par son pic élevé, res 4 Kolou est petite, mais bien peuplée. C’est à Zefouga qu’en 1806 le capitaine
Maurelle fut fait prisonnier par les naturels, après le massacre de la plus
am; grande partie de son équipage. Lefouga est environnée de récifs de madréts et pores, et peuplée d’une race perfide. Ces îles sont-très fertiles, peuplées, et rine au moins aussi avancées en civilisation que Tonga-Tabou même.
exé- 1 Pylstaert, appelée aussi Pylstaart ou Sola, n’a pour habitants qu’une
4 foule d'oiseaux marins.
ens; g. Au sud de l'archipel des Amis, l’île Vasquez et le groupe des Kermadec ga composé des trois îles Raoul, Macaulay et Curtis, marquent la continuaière tion de la chaîne sous-marine vers la partie orientale de la Nouvellenées Zélande,
etits Au nord des îles des Amis on distingue, parmi plusieurs petites terres élé- isolées, la pittoresque ile de Horn, dont Lemaire ct Schouten vantent la ires, fertilité. Le chef portait une couronne de plumes. Probablement c’est
nga- 4 l'Enfant perdu de Bougainville.
En continuant notre voyage à l’est, le premier archipel un peu considé-
éle- 4 rable qui appelle notre attention, est celui des Vavigaleurs, découvert pique 3 par Bougainville, et examiné par La Pérouse. Les naturels lui donnent le x'à la 4 nom d’Hamoa. Les îles qu’on a visitées sont au nombre de sept, savoir : Ë Pola, Oyolava, Maouna, Fanfoué, Leone, Opoun et Rose, situées de l’ouest
d’un À à l’est. Les habitants connaissent encore trois îles situées au sud-ouest,
celle- À Dans la carte du Grand-Océan, par Arrowsmith, Pola est nommée Ofawhi; il roc . Oyolava, Outonakh ; M: ouna, Toutouilla ; Fanfouëé, Omanouan, et Opoun, végé- Toumahlouah. De ces noms on doit conserver les premiers, comme plus nfer- conformes à la prononciation des habitants. Celui de Toulouilla se retrouve ‘ment dans la liste des îles que les habitants de Tonga-Tabou fournirent au capibelles taine Cook; circonstance qui donne du poids à la nomenclature anglaise. nt les Les iles des Navigateurs ont le sol élevé. Leurs montagnes centrales, les 0re à belles plaines qui bordent lesrivages, et les récifs de corail qui environnent lesiles, les rapprochent des îles de la Socitté, Maouna ou Ma-Ouna est très-
rdent : fertile, Les frégates de La Pérouse furent environnées de 200 pirogues ; remplies de différentes espèces de provisions consistant en oiseaux, en
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cochons, en pigeons ou en fruits. L’abondance des provisions y est telle, qu’en vingtheures Maouna lui fournit 500 cochons et une quantité immense de fruits. L'ile est couverte de cocotiers, d’arbres à pain, d'orangers. Les bosquets, où murmurent de nombreuses cascades, sont peuplés de ramiers et de tourterelles. Parmi les rocs de corail qui bordent le rivage, on trouve des cailloux de basalte,
Les femmes étaient très-jolies et non moinslibres; elles avaient les formes les plus régulières et les plus voluptueuses; une écharpe de feuilles leur servait de ceinture; un ruban vert s’enlaçait dans leur chevelurtornée de fleurs; à la couleur près, on croyait voir des nymphes ou des dryades. Les hommes avaient une stature et une force peu communes, et beaucoup de férocité ; ils méprisaient la petite taille des Français; ils traitaient les femmes en esclaves. Les vicillards, retenant par force les jeunes filles, servaient de nrêtres et d’autel au culte de Vénus, pendant que des matrones célébraient par des chants ces noces brutales. Rien n’est délicieux comme la siuation de leurs villages; on les entrevoit comme perdus au sein de riches vergers qui croissent sans culture; ces huttes, soutenues par de grossières colonnades, sont couvertes de feuilles de cocotier. Ils se nourrissent de la chair des cochons, des chiens et des oiseaux, ainsi que des fruits de l'arbre à pain, du cocotier, du bananier, du guava et de l’oranger. Les insulaires faisaient peu de cas du fer et des étoffes, et n’estimaient que les grains de verre.
C'est à Maouna que le capitaine de Langle, le naturaliste Lamanon et neuf marins furent massacrés par les habitants, probablement parce que le capitaine, ayant donné des verroteries à quelques chefs, avait oublié de faire aux autres la même politesse.
La Pérouse vit à Oyolava le plus grand village de toute la Polynésie; à la fumée qui s’en élevait, on l’eût pris pour une ville ; la mer était couverte de pirogucs montées par des hommes d’une aussi haute stature que ceux de Maouna.
Quoiqueles insulaires de ce groupese distinguentpar une férocité de caractère qu’on ne remarque guère dans aucune autre partie de la Polynésie, ils ont cependant beaucoup d'industrie, d'adresse et d'invention; avec de simples outils de basalle, ils réussissent à polir parfaitement leurs ouvrages de bois. Nou-seulement ils font des étoffes d’écorces, mais ils en fabriquent une de vrai fil, qu’ils tirent sans doute d’une plante semblable au phorimium tenax de la Nouvelle-Zélande. Un naturel des Philippines, à bord du vaisseau français, entendait leur dialecte, qui, par conséquent, doit être dérivé
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du malai. Selon le même voyageur, Oyolava est au moins égale à Taïti en beauté, en étendue, en fertilité et en population ; il suppose même que l'archipel entier renferme 400,000 habitants; estimation que nous réduisous à un dixième,
A l'ouest des îles des Navigateurs, et sur le même par ‘‘e que l'ile de Pola, se trouve le petit archipel des îles Wallis. Ces îles sont au nombre de 2; la principale, Ouréa, peut avoir 44 milles de long sur 8 de large. Rien de plus frais, de plus gracieux, de plus attrayant que ce petit archipel couvert d’une végétation puissante, chaque îlot peut être considéré, à la lettre, comme un bouquet d'arbres. L’épaisseur du feuillage est telle, qu’on peut se promener dans les bois sans craindre ni les rayons du soleil, ni la pluie. Les habitants, convertis à la foi catholique par des missionnaires français, sont beaucoup moins portés à l'ivrognerie et à l’amour des sens, que les naturels des îles Marquises, de Taïti et de plusicurs autres îles de l'Océanie. Les femmes se conduisent décemment, et même avant l’introduction âu catholicisme l’adultère était sévèrement puni. Les îles Wallis ont été en 1843, du consentement de leur roi, placées sous le protectorat de la France.
Quoique le nom d’les de la Société, n’ait été donné originairement par le capitaine Cook qu’au groupe d'Uliétéa et de Huahine, il a reçu depuis, et sur l'autorité de Cook lui-même, une acception plus étendue, On y comprend encore Taïti avec ses dépendances, aussi les désigne-t-on quelquefois sous le nom d’archipel Taïli, et l’on y attribue, quoique improprement, plusieurs îles dispersées au loin, jusqu’à Toubouai-Manou dans le sud, ct Palmerston dans l’ouest. Cet archipel est le plus connu et le plus fréquenté des Européens dans ces parages. Ses habitants ont été les premiers à renoncer à l’idolâtrie ; depuis 4815 ils ont embrassé le christianisme qui leur a été prêché par des missionnaires anglais de la secte des méthodistes. Ils sont très-avancés en civilisation, nous signalerons notamment les insulaires de Taïti, de Huabhine et de Raiatea. On trouve chez eux une imprimerie, des presses de laquelle sont déjà sortis une Bible et plusicurs ouvrages élémentaires. Soumises entièrement, il y a quarante ans, par un puissant roi indigène Pomaré IL, ces iles sont aujourd’hui divisées entre plusieurs chefs qui reconnaissent de nom l’autorité de la reine Aimata, qui a succédé à son frère Pomaré IIT, mort en 1827.
Olfaïti ou Taïli, la Sagillaria de Quiros et la Nouvelle. Cytñère de Bougainville, a mérité le titre de reine de l’océan Pacifique. Cette île se compose de deux montagnes coniques réunies par un isthme marécageux, Le
grande presqu'île est de forme circulaire ; le diamètre en est de 8 licues trois quarts; la petite presqu'île, située au sud-ouest, est un ovale de 6 lieues de long sur 3 à 4 lieues de large. L’isthme a 4 lieue de fargeur, La circonférence totale de l’île est de 30 à 39 lieues, le tout mesuré sur la carte des missionnaires anglais.
Entre les montagnes et la mer est une bordure basse dont la largeur varie ; en quelques endroits, et surtout au nord-est, les rochers sont suspendus sur la mer. Dans la plaine et dans les vallons qui entrecoupent la montagne, le sol, couvert d’un gros limon noirâtre, est extrêmement fertile. En montant les collines, la terre grasse des vallons se change en veines d'argile et de marne de différentes couleurs qui courent sur des lits d'un grès tendre et grisâtre. Le basalte paraît dominer dans les montagnes supérieures, Un lac d’eau douce et très-profond occupe le flanc de la grande montagne. Le havre de HMalavaï, au nord de l'ile, est regardé comme le principal ; cependant au sud-est il en est un autre appelé port Langara, également bon et sûr, De tous les flancs de l’ile on voit descendre des rivières qui forment de jolies cascades. Entre des montagnes, au-dessus de la vallée Vycorède, se trouve, à 480 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, un lac d’eau douce de 17 brasses de profondeur.
La situation de cette île au milieu d’un immense océan, loin de toutes les grandes terres, y rend la chaleur très-supportable. La température ne s’abaisse pas au-dessous de 20 degrés centigrades, ct elle s'élève rarement au-dessus de 35 degrés. Les missionnaires nouï npprennent que les saisons sèches et pluvieuses varient dans les différents cantons de cette terre de si peu d’étendue. Du côté du nord, la récolte du fruit de l'arbre à pain commence en novembre, et finit avec le mois de janvier, tandis que, dans la partie méridionale, elle commence souvent en janvier et se continue jusqu’en novembre.
Tous les végétaux propres à l'Océanie viennent à Taïti en abondance ct dans la meilleure qualité. On compte jusqu’à huit variétés de Parbre à pain, et quinze du bananier. L'extrème perfection qu fruit prouve que ces arbres sont ici cultivés depuis bien des siècles, Le spondias dulcis, nominé évi en taîtien, ne porte nulle part des pommes plus dorées et plus savourcuses. La canne à sucre, appelée {0, est d’une espèce supérieure à celle des Indes orientales, et aujourd’hui préférée dans toutes les colonies. L’écorce du morus papyrifera fournit la matière première d’une étoffe fine et douce. Les habitants ont d’abord dédaigné toutes les cultures d'Europe qu'on a voulu leur enseigner; le tabac seul a trouvé grâce à cause de ses fleurs;
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mais aujourd’hui l'agriculture a fait avec la civilisation d rapides pro ès. Il y a plusieurs espèces d’excellent bois de charpente et de menuiserie; les missionnaires donnent les noms taïiliens de plusieurs, qui égalent l’acajou en beauté ét l’ébène en dureté, Nous remarquerons le précieux bois de santal, qui ne se trouve que sur les montagnes, tant le blanc que le noir; mais il est peu abondant. Des oiseaux et des poissons sans nombre animent les airs et les eaux. Le cochon de l’espèce connue au Siam, et le chien délicatement nourri, fournissent de bonnes viandes.
Les Taïtiens sont de couleur olivâtre tirant sur celle du cuivre. Les hommes, sans cesse exposés au soleil, ont le visage très-basané ; mais les femmes n’offrent qu'une teinte de plus que les brunes andalouses ou sicilicnnes ; elles ont de beaux yeux noirs, des dents unies et blanches, la peau douce, les membres proportionnés avec grâce. Elles parfument et ornent de fleurs leurs cheveux d’un noir de jais. Les chefs sont d’une taille plus haute que le peuple; il en est peu qui aient moins de 4 mètre 95 centimètres.
Les mœurs et les usages sont totalement changés avec la religion, L’intérieur des habitations est meublé à l’européenne : les tables, les chaises, les sofas, sont fabriqués dans l’île; ils font leur linge avec le fil qu'ils tirent de l'écorce d’un arbre. Les Taïtiens sont vêtus de draps venus de France et d'Angleterre; la cuisine mème est faite à la manière européenne ; et ce qu'il y a de remarquable, c’est que, comparant leur condition passée
avec leur situation présente, ils rendent grâces à Dieu de cet heureux chan-
gement. La population totale de Taïti ne monte guère qu’à 8,000 âmes : c’est environ 407 par lieue carrée, en considérant l’étendue totale de l'ile; mais il faut observer que seulement la plaine et les vallées inférieures sont habitées.
Leur langue est douce et mélodieuse ; leur alphabet n’a que seize lettres, ct les mots sont presque entièrement composés de voyelles. L'agriculture et le commerce y ont fait de grands progrès. Les Taïtiens construisent ct équipent des navires de commerce; ils se livrent à la pêche des perles sur les côtes desiles Pomoutou, et ont des relations suivies avec les îles Sandwich, le Chili, la côte nord-ouest de l'Amérique et la Chine.Les Anglais et les Américains y ont des consuls pour protéger leur marine, et beaucoup d’Européens yrésident. Reconnaissant l'importance de Taïti, la France ya établison prolectorat, mais il ne s'exerce que dans l’île de Taïti ! du consentement de la reine Pomaré (c’est ainsi que l’on désigne Aimata), les chefs indigènes qui
! Les îles de Huahine, Raïatéa et Borabora ont été exceptées du protectorat par la convention du 49 jnin 1847.
ont refusé de reconnaitre cette puissance après une tentative infructueuse de résistance, ont dù se retirer sur les îles voisines ; Papeïli est la capitale de l'ile et la résidence du chef de la station française. Les autres lieux remarquables sont Pariou Paré, Matavaiou Malavae, Papahava ou Papaoa, Aiti-Peha et Papara, is tirent tous leur importance de leurs mouillages.
Pour résumer en peu de mots les progrès que les Taïtiens ont faits vers la civilisation depuis l'introduction du christianisme dans leur île, ii ne suffit pas de dire qu’elle ne rappelle plus celle que Bougainville nomma, en 1768, la Nouvelle-Cythère, à cause des jeux et des plaisirs qui charmèrent les loisirs de son équipage. Les Taïliens sont aujourd’hui des hommes graves qui jouissent des bienfaits d'un gouvernement représen- {atif; les destinées du peuple n’y dépendent plus du caprice d'un roi, dont le pouvoir n’avait d'autre règle que sa volonté : les députés au parlement sont élus par tous les habitants, et chaque année l’ouverture de la session s’y fait avec le cérémonial usité dans les cours européennes.
Parmi les autres îles de la Société, on nomme Æuaheine où Huahine, où les fruits mürissent quelques semaines plus tôt qu’à Taïti; cette île a deux excellents ports, et se fait remarquer par ses montagnes volcaniques, beaucoup moins hautes cependant que le pic de Taïti. Uliéléa ou Raïatéa est plus considérable ; les habitants y sont, d’un teint plus noir et, dit on, trèscivilisés. Forster ct les Espagnols l’appellent Orayétéa, et accusent Cook d’estropier les noms. Un seul et même récif entoure cette île, qui est bien peuplée et possède de très-bons ports, et celle d’Ofaha ou Tahaa. Les habitants de Borabora étaient jadis redoutés dans toutes les îles voisines ; ils avaient conquis Uliétéa et Huahine. Quoique petite, cette île est une des plus belles de l'archipel. On y remarque le port Vaitapé et un pic de 730 mètres de hauteur. Waïlee, la plus orientale, la même que Bougainville appela le Boudoir, et Wallis Osnabruck, sert d’entrepôt au tribut de perles que les Taïtiens lèvent dans l'archipel des [les-Basses. Ziméo ou Mooréa possède deux des meilleurs havres de tout l'Océan; elle est extrêmement fertile, et présente aux voyageurs les sites les plus variés et les p'us enchanteurs ; elle possède des fabriques de cotonnades, des ateliers, et un collége qui porte le nom d’Académie de la mer du Sud. Tubaï ou Motou-Iti est composée d’ilots bas et couverts de bois. Maupili on Maurua n'a de remarquable que son pic. L’inaccessible Tethuroa servait de citadelle au roi de Taïti pour y conserver son trésor. Elle est composée de cinq îlots bas, nommés ÆRimalou, Molouroua, Hoalère, Onéhoa ct Réiona. Elle est très-salubre ct renommée par ses bains, Mapija ou Pile de lord Howe,
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