OCÉANIE, — POLYNÉSIE. — ARCHIPEL COOK OU MANGIA
Genuavra ou l'ile Scilly et Bellinghausen, ne sont habitées que par des pingouins. Toutes les îles de la Société forment au moins deux ou trois petits royaumes,
Au sud-oueat et au sud-est de l'archipel de la Société s'étend une longue chaine d’Îles qui commence par celle de Palmerston, et se termine par celle de Pdques. Le groupe le plus occidental comprend l’île de Palmerston, qui est inhabitée ; celle de Watiou, Watéo ou Atiou, dont ies habitants, après avoir embrassé le christianisme, sont, dit-on, revenus à l'idolàtrie; celle de Mangia ou Manaia, ile assez considérable, qui compte un grand nombre d'habitants; celle d'Aifoulaté, dont les habitants étaient autrefois anthropophages, et celle de Raroloa ou Rarolonga, dont les habitants sont presque aussi civilisés que les Taïliens. Ce groupe comprend encore l’attollon de Manouay, dont les habitants ne se tatouent point ; les petites îles Maouti et Miltiero, et quelques flots. On a désigné toutes ces iles sous le nom d'archipel Cook, ou Mangia.
Dans le second groupe, on voit T'oubouai, avec un port, et des habitants robustes et sauvages ; Rimalara, Routoui et Raïvavae, qui n’offrent rien de remarquable; Rouroutou ou Ohileroa, riche en arbres casuarina, et où règne une grande industrie; enfin l’ile High ou Haute du capitaine Broughton.
Au nord-est, à l’est sont les îles Gloucester, Conversion-de-Saint-Paul, Michael et plusieurs autres peu connues. On distingue au sud Oparo ou Rapa, dont les habitants parlent la langue polynésienne, mais ne sont point tatoués. Pifcairn fut pendant quelque temps peuplée d’une colonie formée par ceux d’entre les marins révoltés contre Bligh qui avaient échappé aux recherches des Anglais. Ils vivaient dans une simplicité patriarcale, Suivant le capitaine Sandiland, l’île Pitcairn est trop petite pour nourrir plus d’une centaine d'habitants ; d’ailleurs elle est mal pourvue d’eau; elle manque de port et même d’un bon mouillage.
A l’est de l'ile Pitcairn, sont l'ile Ducie et la célèbre éle de Pâques, appelée aussi Ouaihou ou terre de Davis.
L'ile de Pâques est une île aride et volcanique ; elle a la forme d’un triangle isocèle, dont le plus grand côté a 4 licues de longueur, et les deux autres 3 licues. A l'extrémité sud-ouest on remarque le cratère d’un volcan dont la profondeur est de 260 mètres, et la circonférence de 3,300. Les habitants, qui ont le caractère physique, le langage et les mœurs des Polynésiens, boivent de l’eau de mer, faute d’eau douce. Le sol est fertile et bien cultivé en quelques endroits seulement. Il produit abondamment des
patates, des yams, des cannes à sucre et d’excellentes bananes. Les arbres s’y trouvent en petit nombre; ceux qu’on y remarque sont des bananiers, des müriers et des mimoses. Il n’y exisie point d’autres mammifères que le rat. La population de cette île est évaluée à 2,000 individus,
Si, de l’île de Pâques, nous voulons nous transporter aux îles Marquesas ou Marquises, il faut passer devant une région singulière, semée de petites iles basses, sablonneuses et entourées de récifs de corail. Les îles de cet ' archipei vraiment dangereux présentent des formes bizarres, et les noms : d’ile de la Harpe, de l'Arc, de la Chaîne, expriment avec exactitude la figure des terres auxquelles ils ont été donnés. Tioukéa est une ile basse assez considérable. Dans toutes ces îles, les cocotiers abondent ; on y voit du cochléaria, du pourpier et diverses autres plantes ; les chiens, qui sont ichthyophages, et les cochons, se trouvent iei comme sur les îles hautes. . La race d’hommes est la même ; seulement leur teint est plus foncé, L'ile 3 de Perle offre un fait très-remarquable pour la géographie naturelle : on y voit plusieurs jetées de rochers de corail, placés l’un derrière l’autre, entre la lagune et la mer; ces jetées courent régulièrement du sud au nord: elles sont quelquefois élevées de 15 à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer; cependant il paraît que des tempêtes violentes ont poussé des blocs de corail par-dessus les premières jetées, jusque sur les flancs des jetécs intérieures, Les sillons qui séparent ces jetées sont ordinairement de 20 mètres de largeur et de 3 à À mètres de profondeur.
Tous ces attollons ou groupes d’ilots réunis par des récifs de corail offrent peu d'intérêt, Gelui de Zazareff, dépourvu d'habitants, est le plus occidental ; celui du Désappointement, le plus septentrional ; celui de: Mouches, un des plus grands avec celui de Palliser. L'ile Gambier ou Manga-Keva forme avec quelques îlots voisins d’un accès très-dangereux ‘' ‘un petit archipel qui a été placé en 4844 sous le protectorat français. Les Ah: habitants qui ont beaucoup de rapports avec ceux des îles de la Société ont
Et: été convertis au christianisme par des missionnaires catholiques. L’attollon | de Mallio, ainsi nommé en 1803 par le capitaine Turnbull, paraît être
identique avec l’île que Roggewein appela Aurora en 1722; enfin celui
de la Minerva correspond aux îles Clermont-Tonnerre de M. Duperrey.
Voilà ce que nous nous bornerons à dire de cet archipel Dangereux, auquel
on a encore donné les noms d'archipel de la Mer-Mauvaise, de la Mer-
Caplive, d’archipel Pomoutou, et darchipel des Lles-Basses. ï
Au nord de cet archipel s’élève la chaîne sourcitleuse des îles Marquises,
dont les principales sont: Falouhiva ou Sainte-Madeleine, la plus méridio-
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nale du groupe; Onateyo ou San-Pedro ; Tahouhata ou Sainte-Christine, très-fréquentée par les navigateurs à cause de la commodité de la baie de Vaitahu ; Hiva-Oa, nommée aussi Oevahoa ou Sainte-Dominique, la plus grande et la plus fertile de tout l’archipel, et la plus peuplée après Noukahiva; et l’éle de Beaux ou Noukahiva, la plus peuplée de ce groupe. Elle a de bons ports et de hautes montagnes ; on y remarque une cascade de 650 mètres d’élévation. Ouapoa et Oua-Ouga méritent aussi d’être mentionnées.
Les Français ont, depuis 1842, arboré leur pavillon sur les îles Marquises ; ils y ont deux établissements : le premier dans l'ile de Tahouhata, au fond de la baie de Vatlahu; le second, qui est plus important, dans l'île de Noukahiva , au fort Collet, au fond de la magnifique baie de Taio- Hae. Le commandement supérieur est attribué à un gouverneur qui dépend du gouverneur des établissements français de l'Océanie, dont la résidence est à Papéti, dans l’île de Taïti. Les insulaires des îles Marquises, dont le nombre est d'environ 20,000 individus, sont soumis à des chefs indépendants les uns des autres, et qui reconnaissent la suzeraineté de la France.
Les principales îles de cet archipel furent découvertes par Mendana, qui leur donna le nom de Garcias de Mendoça, marquis de Cancte, vice-roi du Pérou; de là vient qu’on les nomme quelquefois les les Mendoces. S'il faut ajouter foi à la relation de la découverte de Mendana, ce petit archipel était habité par une très-belle race ; les femmes se faisaient remarquer par la beauté de leurs traits, et leur teint, quoiqu’un peu brun, était assez agréable ; enfin, par tous les agréments de leur personne, elles pouvaient rivaliser avec les plus belles femmes de Lima. Ces insulaires se couvraient d’une superbe pièce d’étoffe faite d’écorce d’arbre, qui prenait depuis la poitrine jusqu’au milieu de la jambe. Ils avaient des idoles de bois et des pirogues qui portaient jusqu’à 40 hommes. La température de l’air était si sèche, qu’un linge laissé sur la terre pendant toute une nuit ne se trouvait pas seulement moite le matin. Le blanc-manger de Mendana est apparemment le fruit de l'arbre à pain.
Les îles Marquises ne diffèrent des îles de la Société qu’en ce qu’elles n’ont pas les jolies et fertiles plaines qui forment une bordure autour de ces dernières; ici les collines s’étendent jusqu’au rivage de la mer. Les récifs de corail sont moins étendus et ne forment pas des ports aussi sûrs. Le sol, autour de la baie de la Madre de Dios ou de Résolution, ofire une argile ferrugineuse, du strass et de la pouzzolane. Le centre de ces îles est occupé par des rochers entassés qui ressemblent à des tours écrou- VL 17
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lées. Le climat paraît être un peu plus chaud qu’à Taïti. Les fruits et les plantes sont à peu près les mêmes ; les porcs et la volaille sont assez abondants. ,
Les forêts sont remplies d'oiseaux du plumage le plus brillant et semblables à ceux de Taiti,
Les Marquesans l'emportent sur tous les autres peuples par les belles proportions de leurs formes et la régularité de leurs traits ; et s’ils n’avaient la manie de se tatouer, c’est-à-dire de se noircir la peau par de nombreuses piqûres, leur teint ne serait que basané. Le tatouement des Marquesans présente un dessin d’une régularité étonnante et d’un très-bon goût. Ils ont les cheveux de plusieurs couleurs, mais aucun ne les a roux. On y voit des femmes presque aussi blanches et aussi belles que nos brunes Européennes, et elles se tatouent moins généralement que les hommes. Avant que les habitudes européennes se fussent introduites dans ces îles, Ja taille des femmes était serrée dans une longue pièce d’étoffe étroite dont les bouts passant entre les cuisses, se repliaient jusqu’au milieu de la jambe; mais comme leurs étoffes ne supportent pas d’être mouillées, elles vinrent à la rencontre du vaisseau qui portait les missionnaires dans un état qui rappelait à ces saints personnages le souvenir de rotre mère Eve. L’appétit des chèvres qui étaient à bord fut excité par les feuilles vertes qu’elles portaient; en se retournant pour sauver les feuilles de devant, elles furent assaillies d’un autre côté, et réduites à la plus parfaite nudité 1,
Le capitaine Cook nous entraine sur une autre route. En se dirigeant au nord, il nous mène aux {les Sandwich. C’est le groupe le plus isolé et le plus septentrional de la Polynésie, il est composé de onze iles, dont sept sont habitées; on évalue leur superficie à 800 lieues carrées et leur population à environ 200,000 âmes. L'ile Owaïhi où Owhyhi, qu'on appelle aussi Æaouaï et Oahi, esila plus plus considérable : elle a 35 lieues de longueur, 30 de largeur, et environ 500 de superficie. La mort de Pillustre navigateur Cook, qui y fut tué par les naturels le 44 février 1779, lui a valu une funeste célébrité, Mais un autre genre de renommée l'attend : elle paraît destinée, ainsi que l’archipel dont elle fait partie, à devenir le foyer de la civilisation en Polynésie. Les habitants, aidés par des Anglais el des Américains, ont construit une vingtaine de bâtiments marchands avec lesquels ils font déjà des voyages lointains.
Ces peuples sont, d’après la relation de M. Botta qui les a visités, généralement grands et bien faits; leur couleur varie beaucoup; quelquelois
! Voyage des Missionnaires, p. 239, comp. p. 247; en allemand.
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elle est d’un brun clair et presque jaune, d’autres fois elle est presque noire. Leur front cst haut et carré, leurs yeux sont grands, noirs et très-vifs ; leur bouche est plus que moyenne. Leur nez est ordinairement plat et large. fs ont les cheveux noirs, assez longs, très-rarement frisés et jamais plats : quelques-uns leur donnent avec de la chaux une couleur rougeûtre. On voit quelques vieillards avec des barbes longues et bien fournies. Sans être jolies, les femmes ne sont point désagréables ; elles se font surtout remarquer par la perfection de leurs formes; mais elles ont l'habitude de se livrer dès l’enfance à la prostitution.
Ces hommes qu’on a dépeints sous les couleurs les plus défavorables, sont pleins de bonté et d’affabilité. Un Européen pent parcourir seul et sans armes toutes les parties de cet archipel avec plus de sécurité qu’il ne parcourrait les villes de plusieurs parties de l’Europe. Le tatouage, qu’ils pratiquaient autrefois jusqu’au bout de la langue, devient de plusen plusrare, et ce n’est que parmi les vieillards qu'on remarque quelques individus bien tatoués. Le plus grand nombre se contente aujourd’hui de tracer quelques dessins sur les bras : les femmes dessinent sur leurs jambes la figure d’une chaine dont les anneaux sont plus ou moins compliqués.
Les chefs sont maintenant vêtus à l’européenne, ainsi que leurs femmes, dont quelques-unes ont une mise fort recherchée. Les hommes du peuple ont pour vêtement une grande ceinture appelée maro, dont une partie leur passe entre {es cuisses et se rattache autour des reins. Les femmes portent pour l'ordinaire une chemise de toile et une pièce d’étoffe qui leur entoure le corps. Les deux sexes se parent de colliers et d’ornements faits de fleurs ou de plumes d'oiseaux.
Leur nourriture est en grande partie végétale ; elle consiste principalement en farro, espèce de racine qui crue est très-âcre et même vénéneuse, et qui lorsqu'elle est cuite a un goût excellent et supérieur à celui de la pomme de terre. Cette dernière, ajoutée aux carottes et au poisson, est, après le tarro, leur mets le plus ordinaire. L’eau est leur boisson habituelle : aussi ne les voit-on presque jamais dans un état d'ivresse. Ils tirent par la fermentation une eau-de-vie très-forte d’une plante très-commune dans l'archipel; ils la nomment lasse. L’arbre à pain est trèsrépandu dans presque toutes cesîles ; les bananes y abondent, on y remarque aussi les cannes à sucre. Les grands se régalent avec de la chair de sanglier, de cochon, de chien, de poule ou de bœuf.
Les habitations aux Sandwich sont petites et formées d’un échafaudage recouvert d'herbes sèches. Elles ont la forme de tentes, parce que les côtés
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s'élèvent obliquement en partant de terre. Elles sont percées de deux portes qui répondent aux vents les plus ordinaires et qui servent à y entretenir une délicieuse fraîcheur ; le plancher, formé d’une couche de jones, sert généralement de table. Ces habitations, entourées de treillages et de jardins, sont quelquefois en assez grand nombre pour prendre le nom de ville. Pour éviter les incendies, on les bâtit toujours à une distance considérable des demeures les plus voisines.
Les occupations les plus ordinaires des Sandwichiens sont la culture du iarro et la pêche. Le tarro ne vient que dans les endroits marécageux trèsnombreux dans l'ile : aussi voit-on les vallées et le pied des montagnes couverts d’eau. Les habitants l’y amènent par des milliers de canaux qui donnent une très-haute idée de ce peuple, sous le rapport de l’industrie et de la constance au travail, Pour la pêche, les Sandwichiens se servent d’hameçons européens. Ils ont des filets très-grands et très-bien travaillés qui sont la propriété commune de plusieurs villages. Ils prennent aussi le poisson en l’endormant avec une plante qu’ils nomment aonohon : ils en font une pâle qu’ils vont placer au fond de la mer dans les fentes des rochers. Ils ont aussi l'habitude de prendre dans des calebasses des poissons de mer, afin de les accoutumer peu à peu à l’eau douce et de les jeter ensuite dans leurs marais, couverts de tarro, où ils grossissent et deviennent meilleurs que s’ils étaient restés dans la mer.
Leurs pirogues ont le fond formé d’un arbre creusé et pointu vers les deux bouts. Elles sont remarquables par la perfection du travail et en ce qu'on peut à volonté y adapter un mât et des voiles,
Les lois du tabou et de la superstition ont disparu pour faire place à une religion plus digne de l’homme, à la religion chrétienne; elle domine dans l'archipel, et bientôt elle sera pratiquée par tous les Sandwichiens. Ce peuple a fait des progrès si rapides en fait de civilisation, que nous lui devons la première place parmi les plus civilisés de l'Océanie. Les Européens leur ont enseigné les arts et les sciences; les missionnaires ont établi chez eux des écoles, répandu des livres et l'instruction. Plusieurs imprimeries multiplient dans ces îles les livres de morale et les livres élémentaires; on imprime dans la capitale plusieurs journaux, entre autres un moniteur officiel; plus de 5,000 individus assistent aux cours publics. l'artout où l’enseignement des missionnaires s’est répandu on a vu cesser :. vol, livrognerie, l’impudicité et les crimes auxquels s’adonnait cette population livrée sans frein à tous ses penchant,
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La langue de ces peuples est douce et pleine d'harmonie : il n’y a point de mot qui ne soit terminé par une voyelle. Les consonnes sont au nombre de dix: f,h,k,l, m,n,p,r,t, v, etencoref etp,ket t, l'etr, s’emploient l’une pour l’autre presque indifféremment.
Le gouvernement des îles Sandwich est monarchique et héréditaire en ligne directe.
Dans les questions importantes, le roi consulte le conseil d'Etat, composé de tous les gouverneurs et présidé par lui-même.
Ses sujets sont divisés en trois classes : la première est celle des ériés ou chefs de districts, dont un, supérieur à tous les autres, a le titre d’érié-mot; la seconde est formée des propriétaires, sans autorité; enfin la troisième est celle des faoutaous, qui n’ont ni rang ni propriété. Cette division est au surplus fort ancienne.
Le roi ne sort jamais sans une suite nombreuse ct sans une escorte de dix à douze hommes armés de fusils. Les plaisirs de la cour sont des courses de chevaux, les représentations théâtrales, et les jeux de cartes, de dés et de boules introduits par les Européens. Le costume anglais est généralement adopté, principalement à la cour.
Le climat de ces îles paraît plus tempéré que celui des îles d'Amérique situées sous la même latitude. Les montagnes d’'Owhyhi arrêtent les nuages, et la pluie arrose l’intérieur de l’île, tandis que le soleil luit sur les rivages. En général, les vents y soufflent d’orient, et l’on y est rafraichi par une brise regulière de terre et de mer. Ces îles produisent des cannes à sucre d’une grosseur extraordinaire, des patates, des arbres à fruit de pain, des bananiers, des cocotiers, du bois de sandal, des orangers, des citronniers, des tamariniers et des grenadiers. Toutes ces productions y sont moins abondantes que dans les îles méridionales de la Polynésie. Les plantations sont tenues avec un soin admirable ; des rigoles et des aque-
ducs ménagent les eaux qui servent à l'irrigation des champs. Le sol de toutes les Sandwich est volcanique. L'île d’Owhyhi (Owhyhee, Orwihi on Hawaiï) est, pour la plus grande partie, couverte de laves plus ou moins anciennes. On peut même dire que toute l’île est un massif rendillé de laves renfermant de nombreux cratères. Dans cette île, le mont Mowna-Kaa s'élève à une hauteur prodigieuse ; Anderson l'évalue à 4,154 mètres, mais son calcul paraît vague et exagéré. Quand on approche cette île du côté de Vest, dit M. de Freycinet, on est d’abord frappé de l'extrême élévation de Mowna-Kaa, montagne dont 18 cime va se perdre dans les nues. Les terres descendent de là en pente douce jusqu’au bord de la mer, où elles se terminent en pointes basses passablement prolongées au large. L’ile entière paraît être une masse de lave dont les coulées ont formé les pointes qui saillent en mer. Le Mowna-Roa est presque aussi élevé que le Mowna-Kaa. Ces deux montagnes forment avec le Mowna-Houa-Raraï un grand triangle désert et inculte.
Dans la partie septentrionale de Pile Owhyhi se trouve une cascade de 100 mètres de hauteur. C’est dans la même ile que se fait remarquer ie volcan de Ætro-Ea ou Kaï-Roua. Ce n’est point une montagne en ignition, mais une plaine de 7 à 8 milles de circonférence dans laquelle on peut compter une soixantaine de cratères dont quelques-uns sont toujours en activité. Le Pouna-Hohoa présente aussi plusieurs cratères ; mais le Xiro- Ea-It est depuis longtemps en repos, quoique le terrain soit si chaud qu’on y fait cuire des viandes en les enveloppant de feuilles.
Les lieux les plus importants de cette île sont: Karakakoua, où l’on voit une maison royale; elle compte 3,000 habitants. Tiah-Tatoua est un gros village où l’on voit une habitation royale et n£ fort. Whyleu possède un bon port. Koaï-Hai, ancienne résidence royale dans les environs de laquelle on trouve des salines importantes; c’était autrefois la capitale du royaume. Æat-Rua, résidence habituelle du gouverneur de l’île, bien peuplée et possédant un bon port que protége un fort. Dans cette île, il existe encore plusieurs édifices en pierre relatifs à l’ancien culte : le plus important a 76 mètres de longueur, 30 mètres de largeur, avec des murailles de 6 mètres de hauteur et de 2 mètres d'épaisseur. On y trouve aussi deux pohouna’s ou lieux de refuge, dont les dimensions sont encore plus grandes que celles des temples.
Le premier aspect de l’île Motot ou Maoui, la plus grande après la précédente, parut ravissant à La Pérouse. Il reconnut que son sol est composé de détritus de laves et d’autres matières volcaniques. L’eau se précipitait
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en cascades de la cime des montagnes, et mille ruisseaux arrosaient une côte tellement couverte d’habitations, qu’un espace de 3 à 4 lieues semblait n’être qu'un seul village. Mais le terrain habitable n’a qu’une demilieue de profondeur, et le sud ainsi que l’ouest offrent des rochers escarpés et stériles.
Bien que Mowi soit beaucoup moins élevée qu'Owhyhi, dit M. de Freycinet, ses montagnes ont cependant encore des dimensions remarquables. Comme elles sont plus rapprochées du rivage, elles sont plus escarpées, ct tellement même qu’il serait impossible d’y gravir. « Leurs pics aigus, les « profondes déchirures de leurs flancs, tantôt couverts d’une végétation « active, tantôt entièrement nus, donnent à l’ensemble de la contrée un « aspect pittoresque bien digne d’exercer le pinceau d'un peintre habile. »
La ville de Raheina est bâtie à une lieue de ces hautes montagnes. Elle se compose d’un grand nombre de maisons disséminées sur toute la plage.
Ainsi que dans toute celte partie du monde, les mammifères sont en très-pelit nombre à Mowi; on n’y trouvait que des cochons, des chiens et des rats avant l’arrivée des Européens, qui y ont ajouté les brebis, les chèvres, les bœufs, les lapins et les chats. Les chiens sont de la même espèce que ceux de Zuÿli ; ils ont les jambes courtes et tortues, le dos long et les oreilles droites. Les oiseaux y paraissent très-multipliés, mais les espèces n’en sont pas variées : on y voit de gros pigeons blancs, des choucttes, la poule-d’eau commune, une espèce de pluvier sifflant, des pinsons, la grive, des bécasses, des canards, des oies, des corbeaux et des neclarinia, dont les plumes éclatantes servaient autrefois à la fabrication du manteau des grands.
Molokai ou Aforolaï, à l’ouest-nord-ouest de Mowi, est dénuée de bois, et produit surtout des ignames. On n’y trouve ni eau douce ni mouillage. Lanaï renferme quelques cantons fertiles.
Oa!ou ou Woahou, que M. de Freycinet nomme Wahou, est une des plus fertiles et des plus belles iles de cet archipel. Elle est devenue, en 1819, le siège du gouvernement, qui jusqu’alors avait résidé dans l'ile d'Owhyhi, de laquelle elle est éloignée de 37 lieues. C’est dans cette île que se trouve la ville Æono-Rourou ou Honolulu, que lon écrit aussi Onorvurou, dont ie port est le plus fréquenté par les Européens. Le palais du rot, le théâtre, l'église, la demeure des missionnaires, et les hôtels des consuls de France, d'Angleterre et des États-Unis sont les principaux édifices que l’on y remarque. Où y imprime plusieurs journaux et une revue appelée l’Observaleur Hawaïlien, Deux forts protégent cette capitale des iles Sandwich.
Le nombre des habitants est évalué à plus de 8,000 par les dernières relations. À une lieue de la ville, le village de Waïtili est remarquable par la prodigieuse quantité de cocotiers qui croissent dans ses environs,
Les habitants de l’île Afoai ou Afout soignent leurs plantations avec beaucoup plus d’adresse que les habitants des terres voisines. Dans les cantons bas, des fossés profonds et réguliers coupent ces plantations. Les haics sont d’une propreté voisine de l'élégance, et les chemins qui les traversent ont une perfection qui ferait honneur à des ingénieurs européens. L'Océan apporte ici de beaux pins, dont les habitants font des canots.
Les autres îles de cet archipel sont : Tahoülua ou Tahouroua, appelée aussi Tahourows, qui ne renferme qu’un très-petit nombre d'habitants ; Renaï, petite île basaltique qui n’offre qu'une végétation rabougrie ; Molokini ou Morokine, petit ilot qui a la forme d’un soulier; Morolaï, couronnée par de hautes montagnes; Tahula ou Tahoura et Onekula, qui n’ont rien de remarquable. Nous pourrions encore considérer comme des dépendances géographiques des Sandwich l’île Necker, découverte par La Pérouse, qui n’y trouva point d'arbres ; l’île aux Uiseaux, l'ile Gardner, le Banc-des-frégates-françaises, et quelques autres qui se trouvent au nord-ouest.
La civilisation a fait de tels progrès aux îles Sandwich, qué nous devons en donner une idée. À Onorourou, on publie, avons-nous dit, une gazette approuvée par le roi. On trouve dans ce journal, écrit en deux langues, celle des insulaires et celle des Anglais, les nouvelles du pays, des descriptions des îles voisines, et des extraits des journaux que l’on publie à Siam, à Canton, à Calcutta, en Europe et en Amérique ; on y insère même des articles scientifiques. L'éducation occupe fortement lattention de toutes les classes de la société à Onorourou, on a construit dans cette capitale plusieurs grandes écoles pour y loger et instruire les enfants pauvres. On y a fondé une société de secours pour les matelots malades, infirmes et pauvres, On vend dans l’île de Wahou , de même que dans la capitale, tous les vins, toutes les confitures, tous les fromages de l’Europe, ainsi que les produits des manufactures des différentes parties du monde, tels que les soieries de Lyon, les rubans de Saint-Étienne, les glaces de Saint-Gobain, les pianos et les souliers de dames de Paris, les cotonnades et les faïences anglaises, les soieries de la Chine et les châles de Cachemyr, On trouve enfin dans cette capitale un théâtre, une salle de concert, une bibliothèque, des hôtels et même des restaurateurs et des pâtissiers, où toutes les friandises de l'Europe et de l'Asie paraissent s’être donné rendez-vous.
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