‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 84 sur 169 · partie lont les Servia · texte numérisé non relu

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de Zagora, avec son canton dans l’ancienne Magnésie, Ce canton produit les meilleures soies qui sont employées à la fabrication de chemises d’une grande élégance. Les cotons sont l'objet de l’industrie des habitants de Tournevo, petite ville à 3 lieues au nord-ouest de Larisse. On y fabrique ces étoffes légères, tissus de coton et de soie, connues dans le commerce européen sous le nom de bourres de Grèce. Les fabriques de Thessalie ont une supériorité décidée pour cette belle couleur appelée le rouge du Levant ; elle est due en partie aux qualités supérieures de l’alisari, espèce de garance qu'on recueille surtout en Anatolie et en Béotie,

Près de Tricala ou Tirhala, ville considérable, les défilés du canton d’Agrafa, susceptibles d’une longue défense, conduisent dans l’Epire. Les Meleora, ou es hauts lieux, sont une série de monastères situés sur des pics escarpés et isolés, où l’on ne monte que dans des corbeilles suspendues à des cordes; la hauteur dont ces pics forment les sommités joint une chaîne de montagnes nommée Maina, comme l’ancien Taygèle. Pharsala, appelée par les Turcs Sataldjé, ville grecque, garde le souvenir de cette grande journée qui vengea le monde opprimé en tournant l’une contre l’autre les aigles romaines.

Volo, sur l'important golfe de ce nom, n’a rien de l’importance de l'ancienne Démétriade, station navale qui, avec Chalciset Corinthe, était censée dominer la Grèce; la rade est moins sûre que vaste. Mais Trikeri, à l'entrée même du golfe, aun port excellent et fréquenté.

L'ancien Sperchius a conquis le beau nom de ZZellada, qui était dans la haute antiquité celui de la vallée qu’il arrose, et où l’on remarque Patralchick et Zeiloun. ;

L'ensemble des montagnes occidentales de la Turquie est très-mal connu. Ces montagnes envoient de nombreuses branches à l’ouest, et quelques-unes, telles que le Tomoros, ou Tomourki, baigné par la Voioussa, et les monts Khkimara, ou Acrocérauniens, qui projettent leurs rochers menaçants sur la mer. Toute l’Epire, ou la basse Albanie, est un massif de montagnes la plupart calcaires, sillonné par des vallées profondes et ne renfermant que très-peu de plaines.

Toute la pente occidentale de la grande chaîne de partage des eaux, depuis les sources de la Save jusqu’à la péninsule de Morée, est en grande partie granitique ; mais les contreforts sont calcaires. Les monts Acrocérauhiens renferment du plomb argentifère. On exploite près du bourg de Krechévo, en Bosnie, des mines de fer et de mercure.

Cette ligne de partage des eaux détermine ici en général le partage des

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climats; les pays du bassin de l’Adriatique, c'est-à-dire l'Albanie et la Dalmatie, participent aux chaleurs de l'Italie, mais avec des sécheresses et avec des invasions soudaines du vent du nord; les pays du bassin du Danube, {a Bosnie et la Servie, participent au climat de l'Autriche et de la Transylvanie, non-seulement comme étant exposés aux vents septentrionaux, mais encore parce qu'ils conservent, en s’abaissant lentement vers la Save et le Danube, une élévation considérable. La végétation se divise sans doute aussi en deux régions, et la flore albano-dalmate doit avoir des rapports avec celle de l’Ftalie, tandis que la flore bosno-servienne en a certainement avec celle de l'Autriche, de la Hongrie et de la Transylvanie ; mais les détails ne sont encore connus qu'à l'égard de quelques cantons. La vigne qui prospère sur les rives du Danube et de la Save, l'olivier qui, des rivages de l’Adriatique, s'élève sur les premières collines de la Dalmatie et de l’Albanie ; voilà les deux traits qui marquent les deux régions basses; entre ces deux lisières, le haut pays réunit des champs fertiles, d'excellents pâturages, de superbes forêts, et de riches mines d’or et de fer.

La basse Albanie ou l’ancienne Epire doit tre considérée comme une contrée à part, qui se prolonge au sud du 40e parallèle; elle est néanmoins considérablement plus froide que la Grèce. Le printemps n’est tout-à-fait établi que vers le milieu de mars; les chaleurs de l’été deviennent excessives en juillet et août ; les rivières desséchées et les herbes brülées attristent la vue du voyageur haletant; la vendange commence au milieu de septembre, et le déluge de pluies qui règne en décembre est remplacé en janvier par quelques jours de neige ct de gelée. Le chêne de presque toutes les espèces est encorc d’une qualité, d'un aspect supérieur ; le: platane, le cyprès, le frêne mannifère, se mélent aux lauriers et aux lentisques dans les régions maritimes; mais les forêts du Pinde se composent de cèdres, de pins, de mélèses, de sapins, de châtaignicers. Beaucoup de montagnes y repoussent l’œil par leur aridité ; mais partout où l’eau ne manque pas, les toits de verdure créés par la vigne sauvage, les masses épaisses du sureau, et dans le printemps les tapis fleuris que forment la violette, le narcisse et l’hyacinthe, assimilent l'aspect de l’Épire à celui des parties les plus tempérées et les plus boisées de l'Italie. Le coton et la soie enrichissent l'Épire; mais faute de soins intelligents, les olives ne donnent qu’un produit médiocre. Parmi les arbres à fruits, les pêchers de l’Amphilochie, les noisetiers de l’Arta et les cognassiers du Musaché, se distinguent malgré l’absence de culture.

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Les bœufs si vantés, dont le roi Pyrrhus avait perfectionné la race, ont dégénéré ; leur taille rabougrie ct leur chair coriace rendent témoignage de ce que peut la barbarie, Mais les chevaux vifs, inteiligents, pleins d'ardeur, peuvent bien, malgré leur petite tuille, mériter l'éloge de Virgile conne excellents à la course. Le chien-berger de ;a Molossie conacrve sa force, sa bravoure intelligente, sa fidélité vigilante. L'ours brun vit en ermite assez innocent dans les forêts du Pinde; mais le loup et le chacal hurlent après leur proie dans tous les déserts et parmi toutes les ruines. Les lacs et les marais aitirent de nombreuses troupes d'oiseaux aquatiques, Le golfe Ambracique ou d’Arta abonde en coquillages et en mollusques.

lanina ou Janina, capitale de l'Épire, ville industrieuse, commerçante, peuplée de 30,000 habitants, anime le bassin de l’ancienne Æellopie et les bords du lac, jadis nommé Acherusia, et dont les eaux s’écoulent par des gouffres souterrains. Lord Byron a chanté l'aspect pittoresque de cette vallée du haut du monastère de Zitza, et M. de Pouqueville en a dépeint la fertilité. La ville est dominée par deux citadelles imposantes, ou résidait souvent le fameux Ali-Pacha. L'Achéron, aujourd'hui le Glikis, usurpe depuis l’antiquité l'honneur d’être le débouché souterrain du luc Acherusia ; c’est le Velchi, affluent du Æalamas, l'ancien Thyamis, qui, sortant subitement de dessous une montagne, entraine les eaux du lac Labchistas qui communique avec le lac de Janina.

Dans les montagnes au nord-est de Janino, les neiges du Pindus, qui tombent dès le mois de septembre, nourrissent les sources de trois fleuves, l'Aspro-Polamo, l'ancien Achéloüs, l'Arfa, l’ancien Arachtos ou Arethon, et la Voïoussa, l’ancien Aoûs; ces contrées, habitées jadis par les Athamanes, le sont aujourd'hui par des Valaques, peut-être moins nouveaux dans ces montagnes qu’on ne le pense communément, quoique le nom de méqulo vlachie ne soit appliqué au pays que par les Byzantins. Me/zovo et Calariles sont leurs principales bourgades. Industrieux et marchands au dehors, ils observent chez eux des lois somptuaires, et trouvent le vrai bonheur dans une vie frugale et laborieuse,

En descendant l’Ar/a, nous trouvons, à l'endroit où il devient navigable pour des barques, la ville du même nom, que les Turcs appellent Narda; et qui fleurit par son commerce en blé, en coton, et en étoffes de laine ; c'est l’ancienne Ambractia, elle domine une plaine fertile. Son port, Salagora, est sur le grand golfe d’Aria, qui, avec lous ses contours dentelés, peut bien avoir une circonférence de 30 à 40 lieues. Des pêcheries abondantes, des promontoires paréès de forêts, des ports favorables au naviga-

teur, placent ce beau bassin à côté de celui de Corinthe. Pr'evesa, située vis-à-vis de l’ancien Aclium, en domine l'entrée étroite, où passent des vaisseaux tirant 4 mètres d’eau. On lui donne 412 à 45,000 âmes.

Si nous suivons le cours de l’Achéron, nous traverserons l’âpre et rocailleux ‘canton de Souli, qui résista si longlemps aux armes a’Ali-Pacha. Après la mort de ce tyran, les Souliotes ont repeuplé leurs villages détruits, et repris leur liberté un peu barbare. A l'occident de Souli, la ville de Paramithia donne son nom à une autre tribu de pasteurs, dont une partie se fait redouter par ses brigandages. On lestime à 45,000 individus, moitié musuhnans, moitié du rile grec. Parga, sv un rocher avec un port, a été en 4819 abandonnée par ses inflexibles habitants, qui ont emporté les os de leurs ancêtres plutôt que de devenir sujets des musulmans.

Dans la vallée de Kalamas, des bourgades florissantes renferment la peuplade grecque des Philaltes, qui cultivent leurs jardins, leurs oliviers, leurs blés, en payant un tribut pour rester isolés des Arnautes ou Albanais. Butrinto, ancienne forteresse vénitienne, et Delvino ou Arghiri, siége d’un livah, sont dans un pays aride, calcaire, qui se termine par les monts Acroctrauniens, où Chimara (qu’on prononce Aimara) es le chef-lieu des

sauvages Chimarioles, Vivant de piraterie sur mer, de brigandage sur terre,

et la plupart du temps du pain de la misère. Le vaste port d’Aulona, ville célèbre par su fabrique de goudron et de poix, s'étend derrière ces monlagnes.

Remontons de nouveau au Pindus, et suivons la grande vallée de la Voioussa. Le nom actuel de ce fleuve est albanais, et signifie eau permanente; mais, d’après le géographe turc Hadgi-Khalfa, il s'appelle aussi Vedis, nom extrêmement remarquable, car c’est celui sous lequel les poëmes épiques désignent Peau, el il ressemble beaucoup aux noms du mème élément en albanais, en slavon, et en quelques idiomes gothiques. C'est aux Illyriens, ancêtres ou parents des Albanais, qu’appartiennent ces deux noms, tandis qu’Aoës, Avas, Aias, sont des dénominations de l’ancien idiome grec, où au signifiait eau. Dans le bassin supérieur de cette belle rivière, nous remarquerons la ville de Aoni!za, dans sa vallée verdoyante, mais flévreuse, au milicu des hautes montagnes; Premilhi, l’ancienne Brebata, et enfin Ælissoura, dans un délilé important, mais distinet de celui qui était près des sources mêmes de l’Aoûs. Sorti des gorges de Klissoura, le fleuve reçoit les tributs de la rivière à laquelle Argyr'okastron (l’ancienne Argyas) donne son nom; un peu plus bas, dans une vallée sombre, la ville de Tepelen, peuplée de 2,000 âmes, a gagné une sinistre

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célébrité comihe patrie d’Ali-Pacha, qui fut si longtemps le maître redouté, l'administrateur sévère, et l’inflexible bourreau de la turbulente Albanie.

C’est au confluent de la rivière Suchista avec l’Aoûs, que M. de Pouqueville a retrouvé le Nymphœum, ou la grande carrière de poix minérale où les anciens nous peignent des flammes sortant de la terre, au milieu de sources et de prairies verdoyantes, phénomènes qui paraissent avoir perdu de leur intensité.

Le Musaché paraît être le nom indigène de la moyenne Albanie, arrosée par l’Ergent ou le Bération, l’ancien Apsus ‘et l’Arlanes, et où domine, parmi ses oliviers et ses vignes, la vile importante de Beral, connue dans le moyen âge sous les noms bulgaro-slavons de Beligrad et Beligorod, ou Ville-Blanche. C’est le siége d’un archevêché grec. De nombreux troupeaux couvrent une terre fertile, mais négligée; les Zigucunes ou Bohémiens se groupent autour de leurs feux au milieu des forêts abandonnées. El/bassan, ou Flbassan, sur le Scombi, ou l’ancien Genusus, et Durazzo, jadis Dyrrachium, sont réputées pour des villes inhospitalières.

Le petit fleuve du Mati, anciennement Mathis, parcourt une contrée montagneuse habitée par les Myrdites, peuplade albanaise catholique qui conserve une sorte d'indépendance, et qui se distingue avantageusement des autres Albanais par une plus grande loyauté et par quelques idées de morale ; tant un clergé vertueux a de pouvoir même au sein de la barbarie! Les Myrdites ont le droit de s’administrer et de s'imposer eux-mêmes. Le culte catholique est publiquement exercé dans leur pays, dent la population chrétienne doit monter à près de 250,000 habitants. Ils ont deux prink, ou chefs, un spirituel, qui est l’abbé mitré d’Orocher, l’autre temporel, qui est un seigneur de la famille des Lechi. Les Myrdites, plus exactement Mird’es, sont placés par Dion Cassius, sous le nom de Herdi, dans le mont Scardus. C’est de leur sein que sortit le fameux Custriola, si longtemps la terreur des Ottomans, sous le nom de Scander-Beg ; ‘ia ville de Croya ou Crouïa (c'est-à-dire la source, la métropole), que les Turcs nomment Ak-Seraï, vit naître ce héros de sa nation, et les murs d’Alessio gardent ses cendres. Les Albanais chrétiens chantent encore ses hauts faits d'armes, et lui donnent le singulier surnom de Dragon d’Albanie.

Derrière ces diverses contrées s'étend la grande vallée du Drin-Noir, l’ancien Drinus, dont le bassin le plus élevé, formant le centre commun de l’Albanie et de la Macédoine, est occupé par le magnifique lac d’Ochrida,

Jeng de 6 lieues et large de 3. C’est au bord de ce lac, appelé Lychnides

lacus par les anciens, que s'élève une ville assez importante, appelée Vi 36

Ochrida, dans un pays riche en fruits, en pâturages, en abeilles, avec des mines d'argent ct de soufre. Le Drin-Noir descend d’Ochrida par les cantons du haut ct bas Dibre, pays sauvage, mais riche en bestiaux et en fruits, pays nourricier de soldats féroces qui se distinguaient dans la milice algérienne, et qu’on a vus monter sur le trône des deys. En courant toujours au nord, le Drin-Noir rencontre près Stana le Drin-Blanc, qui vient, dans la direction diamétralement opposée, des régions presque inconnues où la ville de Perseren, ou Prisren, patrie de Justinien, et la véritable Justiniana Prima, selon les indigènes, l'este cachée e:.core et inaccessible parmi des tribus slaves et albanaises, aussi sauvages, ou du moins aussi inhospitalières que les ours et les aigles de leurs montagnes. Les deux rivières unies descendent ensuite une belle et riche vallée où l’on cherche la ville de Doukagine, habitée par une tribu de Myrdites, et située, selon un auteur du pays, parmi des montagnes très-âpres. Vers l'embouchure, les 32 villages du canton de Za-Drina, peuplés d’Albanais féroces, conservent encore leur indépendance. ;

La vallée du Drin appartient à la haute Albanie, pays où nos voyageurs ne pénètrent guère. Sculari ou Scodra, que les Tures, par. un caprice, on! nommé Iskenderiah ou Alexandrie, tient un rang éminent parmi les villes de l’Empire, dont elle est le boulevard à l’occident. Située entre la Boyana et le Drinassa, à l'endroit où le premier, en sortant du lac du même nom, reçoit le second, elle est défendue par deux ou trois châteaux forts et par des remparts étendus. Les fabriques d'armes et d’étofles de laine, la construction des navires, la pèche dans le lac, enrichissent ses 20,000 habi: tants, parmi lesquels il y a beaucoup de Grecs, les uns catholiques, les autres du rite oriental. Les vaisseaux ne remontent le Boyana que jusqu'à Polna ; mais Dulcigno, en ture Olgun, et Antivari, en ture Bar, ont de bons ports sur lAdriatique: le premier élait autrefois l’asile de pirates redoutés. Cette partie du littoral est appelée Æraëÿna, ou « la terre » par ses habitants, la plupart slavons, cependant Antivari parait être une colonie italienne du moyen âge.

Les Guëgues, ou les Albanais rouges, occupent tout l’intérieur, soil en montant aux sources des deux Drin, soit en s’élevant vers celles de lu Moratscha, nom du Boyana avant d’entrer au lac de Scutari ou de Zenta. Mais que de ténèbres environnent ici l'ethnographie! On y remarque les Brdiani, habitants des montagnes, les Monténégrins et les Koulchi, et les Drivastes, qui sont un amas de brigands de Rascie. A l’orient et au nord de Zadrina, entre le Zoyana et le Zem, qui tombe dans la Moratscha,

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