‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme] (volume 4)Chapitre 94 sur 169 · RÉ EE · texte numérisé non relu

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licencieuses dont ce seul mot excite l’idée chez nos jeunes gens. Les femmes turques étant en possession du droit de dépenser beaucoup et de ne rien faire, les hommes peu favorisés de la fortune se gardent bien de se charger de l'entretien de plus d'une épouse. Quelquefois les personnes aisées du sexe, ou leurs parents, exigent dans le contrat de mariage une renonciation formelle au droit qu'ont les sectateurs de Mahomet d’épouser quatre femmes. La polygamie n’est donc qu’une sorte de luxe chez les riches et les grands. Des esclaves géorgiennes, circassiennes, mais surtout lesghiennes, peuplent leurs harems, ou ces appartements isolés et sacrés à l'enceinte desquels la jalousie orientale a restreint l’empire de la beauté. Hors ces harems, que nous nommous improprement sérails !, les musulmanes, soit épouses, soit concubines, ne paraissent que couvertes de triples voiles et d’habits qui dérobent, même aux yeux les plus pénétrants, et les traits et la taille de ces momies ambulantes. Ce n’est que dans des bains soigneusement fermés, ou au fond de leurs harems, que les femmes se réunissent entre elles et se donnent des fêtes; c’est là qu’elles se régalent de sorbets, de confitures, de café, et même, dit-on, de tabac; c’est là qu'elles étalent leurs robes, leurs dentelles, leurs bijoux, et qu’elles goùtent le plaisir de critiquer leurs maris ou leurs voisines. Elles y font venir äes danseuses, qui leur procurent les spectacles les plus lascifs; mais aucune femme honnêt: ne danse elle-même en Turquie. Les mosquées n'offrent point d'occasions de liberté aux dames turques ; Mahomet les a dispensées d’aller aux prières publiques,

Plusieurs traits semblent indiquer chez les Turcs un fond de douceur naturelle, Cet esprit de charité, qui empêche les Endiens d’ôter la vie aux animaux, semb'e également guider les maîtres de Bosphore. Dans les villes turques, les chiens et les chats vivent dans une abondance qu’envieraient nos mendiants ; des troupes de pigeons se croisent dans Pair, et viennent demander aux barques chargées de grains un tribut qu'on ne leur refuse guère ; des oiseaux aquatiques peuplent les bords du canal de Constantinople ; leurs nids sont respectés par les enfants mêmes, qui, dans d’auires contrées, les poursuivent avec une ardeur si cruelle, Les Turcs étendent celte bienveillance sur les arbres; un préjugé utile et aimable défend à un propriétaire cupide de priver la ville ou les campagnes d’un ombrage salutaire et agréable. Les riches se font gloire d’embellir les promenades publiques, soi par des fontaines, soit par des lieux de repos : deux objets rendus indispensables par la fréquence des ablutions et des prières que la

1 Sérail ou séraï, est un mot persan qui signifie palais,

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Un des plus grands maux de l’Empire ottoman est la diversité des religions. Les Turcs, avec tuus ceux qui suivent la loi de Mahomet, ne forment pas un quart de la population en Europe. Les quatre cinquièmes, peut-être les deux ticrs, se composent de nations chrétiennes. Outre les Grecs proprement dits, les peuples d’origine esclavone, tels que les Serviens et les Monténégrins, suivent le rite grec oriental. Cette Eglise grecque, traitée de schismatique par les catholiques romains, persécute elle-même avec acharnement le parti peu considérable des Grecs-unis, c’est à-dire de ceux qui reconnaissent l'autorité du pape. Les Arméniens forment une Église nombreuse, ci d'autant plus puissante, qu'elle est enviropnée d'ure réputation d’austérité et de prabité. D'autres sociétés religieuscs, telles que les jacobites, nommés coples en Égypte, les nestoriens, les maranites, tirent quelque force de l'union qui règne dans le sein de chacune d'elles. Les Druses bravent de front le mahomètisme. Les juifs fourmillent ici plus que dans aucun pays d'Europe. Toutes ces associations, à l’exception des Maronites et des Druses, étaient naguère privées de l'exercice libre de leur culte, soumises à des marques d’ignominie, livrées sans défense à l'injustice. Mais il y a quelques années, le sultan Mahmoud a publié un édit par lequel tous ses sujets, quelle que soit leur religion, sont déc'arés égaux devant la lot.

L'islamisme, ainsi appelé du mot arshe islam, qui signifie soumission à Dieu, a pour fondateur, ainsi que tout le moude le sait, Mahomet : d’où lui vient aussi le nom de mahomélisme. Cette religion prit naissance vers Pan 611 de notre ère. Les principaux préceptes sont la purification, la prière, le jeñne du mais de Ramazan, mois peudant lequel on doit s’abstenir durant le jour de tout aliment , et qui est suivi de la fête du Beyram, pendant laquelle il est permis aux fidèles de se dédommager des abstinences précédentes; l'aumône légale qui, se distinguant des charités recommandées pour chaque moment, consiste à donner tous les ans aux pauvres le 40° de ses biens mobiliers; enfin le pèlerinage de la Mekke que tout musulman, libre et en bonne santé, est obligé de faire au moins une fois en sa vie.

La prière a lieu cinq fois par jour; le vendredi est férié par les mahomé-

tans comme le dimanche par les chrétiens. Le mahométisme a conservé des anciens Arabes la pratique de la circoncision ; il interdit le vin et toute boisson enivrante, mais il permet d’épouser quatre femmes à la fois, et autorise le mahométan à faire de ses esclaves femelles autant de concubines. Au reste, l'islamisme ôte à l’homme presque toute liberté, en lui persuudant que tout ce qui lui arrive, le bien comme le mal , est déterminé d'avance d’une manière invariable : c’est la doctrine du fatalisme.

L'islamisme a de tout temps été divisé en un grand nombre de sectes qui ont donné lieu à des guerres terribles. La division commença immédiatement après Mahomet. Le prophète en mourant ne laissait qu’une fille, mariée à son cousin Ali, et il négligea de faire reconnaître celui-ci pour son successeur. Ses compagnons ayant successivement élevé au pouvoir Abou-Bekr, Omar et Osman, il y eut, dès celte époque, des musulmans qui crièrent à l’injustice, et qui refusèrent de reconnaitre d’autre souverain légitime qu’Ali. Plus tard, lorsque celui-ci eut été nommé calife, plusieurs musulmans du parti contraire se soulevèrent contre lui, et la guerre civile ensanglanta les contrées soumises à la nouvelle religion. Telle est l’origine des deux principales sectes qui partagent encore les musulmans, et qu’on nomme sunntles et schiites.

Les premiers admettent la succession de califes, telle qu’elle eut lieu en effet , regardant comme également saints tous les compagnons du prophète qui furent fidèles à sa loi ; ils reconnaissent comme légales les explications théologiques et les cécisions de ces divers personnages ; de là leur nom dérivé du mot arabe sunna (tradition). Les schiiles ont été ainsi nommés d’un autre mot arabe qui signifle seclatres, par suite de leur amour exclusif pour Ali.

Les sunnites se subdivisent en quatrerites nommés hanbalites, schaféites, malékiles et hanéfites, du nom de leurs fondateurs, Hanbal, Schaféi, Malek et Abou-Hanifa, Quant aux schiites, leurs sectes sont aussi fort nombreuses. Les uns reconnaissent comme souverains légitimes les descendants d’Ali, jusqu’au dernier de tous qui, ayant disparu à l’âge de 12 ans, passa pour s’être caché dans quelque lieu inconnu, pour reparaître un jour surla terre et y faire triompher la bonne cause. Ces personnages, au nombre de 42, furent nommés les tmans, c’est-à dire les chefs par excellence; et le dernier, dont le retour est attendu, est surnommé le mahdi ou le dirigé. D'autres sectuires considèrent Ali comme un être divin : tels sont les nossairis oules méloualis. D'autres schiites admettent les six premiers imans, mais prétendent qu’au lieu du septième appelé Moussa, il aurait

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