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de femmes, font leurs prières ordinaires et les extraordinaires du jour, lisent le Coran et leurs bons livres; tout cela à dessein de se procurer, par cette dévotion, une heureuse année. « Une chose aide fort à rendre cette « fête solennelle, c’est qu’on fait aussi commémoration de l’inauguration « d’Ali à la succession de Mahomet.» Les Persans qui sont schiites, prétendent que ce fut au jour de l’équinoxe que le prophète remit le khalifat entre les mains d’Ali; ce qui fait que, de toutes les fêtes religieuses, celle-ci est la seule qui ne soit pas mobile, étant réglée d'après l’année solaire.
Il parait prouvé que ceite féte du nouvel an, chez les Persans, remonte à la plus haute antiquité. Le roi Djemchid, qui, d’après la conjecture bien appuyée de M. Wahl, est le même que l’Achæmenès des historiens grecs, régla le premier le calendrier, et établit la fête de Nèw-rouz ou de la nouvelle année; mais l’ordre des mois persans a subi plusieurs changements, vraisemblablement dus à une irrégularité primitive du calendrier. M. Langlès a remarqué cette circonstance; mais voiei un fait qui semble pouvoir conduire à calculer, du moins à peu près, la marche progressive de cette irrégularité. Strabon dit que les mariages des Perses se concluaient à l'éauinoxe du printemps; d’après le calendrier de Djélaleddin, expliqué par M. Langlès, ie jour spécialement consacré aux mariages était le 5 du mois d’Esfendiarmez, qui répond au 26 ou 27 février; il paraîtrait donc que depuis le temps de Strabon jusqu'au siècle de Djélaleddin, c’est-à-dire pendant onze cents ans, le dérangement du calendrier ne montait pas tout à fait à un mois. Si donc le mois Azer qui, selon Djélaleddin, répond à novembre, occupait autrefois la place de Fervendin, où mars, il faudrait, pour expliquer ce changement par l'effet d'une irrégularité progressive, faire remonter l’origine du calendrier de Djemchid et de l'empire persan à plus de 3,500 ans avant Jésus-Christ.
Toutes ces choses resteront encore longtemps enveloppées d’épaisses ténèbres. Je ne saurais pourtant passer sous silence une analogie frappante que la mythologie adoptée dans le calendrier persan de Djélaleddin offre avec la mythologie skandinave. Tir est, chez les Persans, ange gardien des troupeaux et du mois dejuin; Zyr est, selon l’Edda, le dieu de aveugle force; c'était le dieu de la guerre avant Thor et Odin. Le nom de Tyr signifie encore, en danois et en suédois, taureau. C'était donc évidemment cette divinité que les Cimbres adoraient sous l'emblème d'un taureau de cuivre. Ce rapprochement peut être ajouté à tant d’autres indices d’une ancienne parenté entre les Persans et les peuples de race gothique !. : L'ère persane, dont la fondation est attribuée à Djemchid,commençait à l’équi-
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tion Ë d’autres sectateurs d’Omar une haine mortelle; dans la fête d'Hussein, fils
pré- É d'Ali, et l’un des grands saints de la secte persane, on entend les rues de
hlifat Schiraz retentir d’imprécations contre les sunnites; mais ces haines, peut-
le-ci L être entretenues par la rivalité politique de deux empires, ne s'étendent pas
aux autres religions. Nulle part dans l'Orient les chrétiens d'Europe ne
ontce sont mieux reçus ; les Juifs et les Arméniens sont vexés, mais moins qu'ail-
bien leurs; depuis longtemps on a cessé de persécuter les Guëbres ou adora-
recs, teurs du feu ; le roi régnant tolère même, malgré le clergé persan, diverses
nou- sectes mahométanes, entre autres les ismaélistes, dont le patriarche réside
nts, dans l’Irak-Adjemi. Le clergé persan avait déjà éprouvé un contre-temps Lan- plus sensible sous le règne du fameux Nadir. Ce conquérant, qui, dans sa
voir profonde mais cruelle politique, méditait la réunion de toutes les sectes
celte mahométanes, fit un jour assembler les mollahs et les imams, ou les doc-
nt à teurs en théoiogie et les desservants des églises ; il leur demanda quel usage liqué ils faisaient de leurs revenus : « Nous les employons en œuvres pieuses ; 5 du « nous faisons dire des prières pour la prospérité de l'empire, nous élevons donc « la jeunesse dans les colléges.» Le despote leur répliqua : «Les cala- -dire « mités que l'empire éprouve depuis un demi-siècle montrent assez coms tout « bien vos prières sont impuissantes; quant aux collèges, je me charge de nd à « leur entretien; ainsi, comme mes soldats, soutiens de la foi et de P'État irait, « sont aussi les seuls véritablés mollahs, j’ordonne que vos biens soient sive, « confisqués à leur profit?. »
an à Nous ferons observer ici, en passant, qu’il existe encore dans le Khou-
sistan une secte mahométane très-remarquable : c’est celle des Sabiens, en
isses ss arabe Sabioun, qu’on a tort d'appeler Sabéens, et de confondre par là avec jante À les adhérents de antique culte des astres, désigné sous le nom de Sabéisme, offre 4 et avec les peuples de l’Arabie-Heureuse connus sous les noms de Sabd et 4 dien “à Schabä, d’où les géographes grecs firent Sabæi. La secte dont nous par- à ugle 1 lons, quoiqu’elle ait quelques établissements près de Bassorah et de Lahsa, ! | Tyr 4 n’a rien de commun avec les Sabéens de l’Yémen ni avec le culte des astres; } nent . noxe de l’automne ; les noms des mois étaient les mêmes que ceux dont se sert l’ère À. a de i djelaléenne qui commence à l’équinoxe du printemps. Chaque mois est de 30 jours, une { auxquels on sjoute 5 ou 6 jours complémentaires. Ainsi, l’ancienne année persane,
i qu’on appelle encore yezdedjirdique, était la même que celle dont on aurait essayé mn à (à . « “ , n n
e ”. ! l'établissement en France-en 1793 sous le nom d’ère républicaine.
Squi- . # Langlés, Notice chronologique, dans Chardin, X, 211.
elle a été fondée dans le neuvième siècle par un certain Nassari; et ses livres religieux, écrits dans un idiome syriaque qui se rapproche du dialecte galiléen, indiquent le pays d’où elle est originaire. Comme les Sabiens révèrent la croix, comme ils emploient une sorte de baptême et s’appellent er même temps temps disciples de Johannes, on a pensé un instant que c ctait une secte née avec le christianisme dans la Galilée : mais cette opinion paraît avoir été suffisamment réfutée ; leurs dogmes se rapprochent beaucoup de ceux des Ismaéliens, eten partie de ceux des Guèbres. Le nom de Johannes signifie, selon un savant orientaliste, la lumière, et n’arien de commun avec la dénomination des Chrétiens de Saint-Jean dans l'Inde! ; peut-être faudrait-il plutôt y voir un reste de l’ancienne fable chaldéenne sur le prophète et demi-dieu Oannes. Les Sabiens immolent des poules et un bélier. Leurs mariages sont accompagnés de beaucoup de cérémonies relatives à la conservation de la virginité 2.
Revenons au portrait général des Persans. Les sciences et les lettres avaient jeté plus d’éclat en Perse sous les séphis que dans aucune autre contrée d'Asie, depuis l’époque des califes. Les poëmes de Ferdoucyi, de Saadi et de Hafiz ont plu dans des traductions européennes. L’imagination vive et fleurie de ces auteurs ne respire que l’odeur des roses, n’entend que les soupirs du rossignol, ne vit que dans le monde des génies et des fées; mais il y a du vide dans les pensées et dans les sentiments ; c’est l’image du sol persan avec ses paradis et ses déserts. Il reste encore quelques faibles clartés; le souverain actuel cherche à les entretenir et à les répandre. Les langues arabe, turque et persane, l’éloquence, la poésie, la théologie, la médecine et l'astrologie sont enseignées dans de nombreux collèges. Si la Turquie n’était pas placée comme une barrière entre les lumières de l’Europe et le génie naturel, nous verrions peut-être ce peuple asiatique prendre un essor extraordinaire. En Perse, on estime les gens instruits, on leur accorde les places les plus importantes5.
Les talents naturels des Persans s’étaient exercés dans la carrière de l'industrie. Chardin a donné un aperçu fort détaillé des manufactures ct du commerce de la Perse dans le dix-septième siècle. On avait porté à une haute perfection la broderie sur le drap, la soie et le cuir. La poterie se
1! Tychsen, dans le Muséum allemand, 1784; dans le Journal de Murr, 1° cah.; Bruns, dans le Repert. orient., XVIL, p. 25, ete. Langlés devait publicr l'alphabet des Zabiens ou Ssaby).
? Boullaye-la-Gouz, Voyages, p. 303, Chardin, VI, 48-143 sgq. Niebuhr, Il, 141.
S Olivier, Voyage en Perse, chap. x.