‹ Géographie d'EdrisiChapitre 19 sur 72 · S.ALA · texte numérisé non relu

S.ALA

TOKROUR

Feuillet 5 verso.

BERIS.V.

LEMLEM.

ves et des troupes, et qui est connu par la fermeté, la sévérité et la justice de son caractère. Son pays est sûr et tranquille; le lieu de sa résidence et sa capitale est la ville de Tokrour, située au midi du Nil, à deux journées de marche de Sala, soit j)ar terre, soit par le fleuve.

Cette ville de Tokrour est plus grande et plus commerçante que Sala. Les hal)itants de l’extrême Afrique occidentale y portent « de la laine, » du cuivre, « des coquilles marines \ » et en retirent de l’or « et des esclaves. » Les habitants de Sala et de Tokrour se nourrissent de dhorra", de poisson et de laitages; leurs troupeaux se composent de chameaux et de chèvres. Les personnes du commun se vêtent de peaux de mouton, et portent sur leurs têtes des bonnets de laine; les gens riches portent des vêtements de coton et le voile De Sala et de Tokrour à Sedjelmasa, on compte quarante journées de marche de caravane. Le pays le plus voisin, du côté de Lamtouna du désert, est Area on compte entre ces deux pays vingt-cinq

journées. On s’approvisionne d’eau pour deux, quatre, cinq ou six jours. De même, de l’île d’Oulil à Sedjelmasa, on compte emiron quarante journées, et de Tokrour à Berisa située

sur le bord du Nil à l’orient, douze journées.

Berisa est une ville petite, non entourée de murs; ses habitants sont marchands ambulants. C’est un lieu très-peuplé, qui qui est sous la dépendance du sultan de Tokrour. Au sud de Berisa, est le pays de Lemlem éloigné d’environ dix journées. Les peuples de Berisa, de Sala, de Tokrour et de Ghana font des incursions dans le Lemlem, réduisent en captmté les habitants, les transportent dans leur propre pays, et les vendent aux marchands qui y viennent, lesquels les font passer ailleurs.

‘ ' Espèce de grand millet [Holcus). Le texte porte

® El-mazar jjliî , d’où dérive le mot italien mezzaro.

* Abrégé porte Azka

Il n’y a dans tout le Lemlem que deux villes, qui ne sont pas Feuillet 5 verso, plus grandes que des bourgs. L’une d’elles s’appelle Mellel Ju, et l’autre Daou Elles sont éloignées l’une de l’aîitre de quatre journées. D’après ce qu’on rapporte, les habitants sont juifs, et pour la plupart plongés dans l’ignorance et dans l’impiété. Lorsqu’ils sont parvenus à l’âge de puberté, ils se stigmatisent la figure et les tempes au moyen du feu. Ce sont des signes qui servent à les faire reconnaître « eux et leur patrie. » Toutes les habitations sont construites* sur les bords d’une rivière qui se jette dans le Nil. Au-delà du Lemlem, vers le sud, on ne connaît pas de pays habité. Celui de Lemlem touche dû côté de l’ouest au Maghzara à. l’est au Wangara «jUüj ; au nord au

Ghana AjLi, au sud à des déserts. La langue des habitants du Lemlem diffère de celles des Maghzariens et des Ghaniens.

De Berisa à Ghana, on compte douze journées. Berisa est située à mi-chemin vers Sala et Tokrour. De Berisa à Oudgliacht douze journées. Cette dernière est au nord de

Berisa.

On ne voit dans le pays des noirs aucuns fruits, ni frais ni pays des Noms, secs, autres que les dattes provenant de Sedjelmasa et du pays de Zab cjlpl qui sont apportées par les habitants du désert de Wardjelan Le Nil coule dans cette contrée de l’orient

à l’occident. Le roseau oriental C l’ébénier, le cèdre, le saule et diverses sortes de tamarisc croissent sur les bords du fleuve en forêts épaisses; c’est là que les bestiaux habitent et qu’ils se mettent à l’abri de l’excessive chaleur. On y voit des lions, des girafes, des gazelles, des hyènes^, « des éléphants, » des lièvres et des belettes.

Il y a dans le Nil diverses espèces de poissons, soit grands,

’ Notre texte porte yLijuô : d’après Léon l’Africain , liv. 9 , pag. 382 , c’est une bête féroce qui dévore les cadavres durant la nuit.

Feuilleté recto. soit petits, dont la plupart des noirs se nourrissent; ils les pêchent et les salent; ces poissons sont extrêmement huileux et épais.

Les armes dont ces peuples font usage sont l’arc et les flèches^; c’est sur elles qu’ils fondent leur sécurité. Ils se servent aussi de massues qu’ils fabriquent de bois d’ébène avec beaucoup d’art et d’intelligence. Quant aux arcs, aux flèches et aux cordes d’arc ^ , ils les tirent de l’espèce de roseau nommée « cherki “ Leurs maisons sont construites en terre, « les

« pièces de bois larges et longues étant rares parmi eux. » Ils se parent* d’ornements en cuivre, de coquilles marines, de colliers de verre, de graines, de piei;res nommées la’ab ul cheikh et de diverses espèces de faux onyx fabriqués avec du verre. Ce que nous venons de dire de leurs mœurs et coutumes, et de leur manière de se nourrir, de se désaltérer, de se vêtir et de s’orner, s’applique à la majeure partie du pays des noirs , pays extrêmement aride et brûlant. Quant à l’agriculture , ceux qui habitent des villes, cultivent l’oignon, la courge, le melon d’eau, qui deviennent d’une grosseur énorme. Ils n’ont guère de blé ni de céréales autres que le dborra, dont ils retirent une espèce de boisson. Leur principale nourriture consiste en poisson et en chair de chameau séchée au soleil.

‘ Notre manusc. porte ^j,Artv^w.g , mot dont le sens nous est inconnu ; on lit dans V Abrégé, comme dans le ms. B.,

En arabe , en hébreu

Suite de l’Afrique centrale. — Mellel. — Ghana. — VVangara — Tirki. — Marasa. — Samghad. — Gharbil.

Les villes comprises dans cette section sont Mellel JLU, Ghana Keuillet (j recto, AjU, Chermi Marasa Saghmara Amara

Gharbil et Semeghda ooJL^w. « Quant à la ville de Mellel, mei.lel.

« qui dépend du pays de Lemlem , et que nous avons mentionnée « plus haut^, c’est une ville qui n’est ni considérable, ni en- « tourée de murs; elle est construite sur une colline de terre « de couleur rouge, et forte par sa position. Les habitants s’y « mettent à l’abri des attaques Mes autres noirs; l’eau qu’ils boi- (( vent sort d’une montagne située au milieu de la ville; mais,

« loin d’être d’une douceur parfaite, cette eau est très-saumâtre.

« A l’ouest de Mellel .et sur les bords de ce cours d’eau jusqu’au « point où il se jette dans le Nil , on trouve plusieurs peuplades « de nègres qui vont tout nus, et qui se marient sans dot et sans « légitime. 11 n’existe pas d’hommes qui donnent le jour à un « plus grand nombre d’enfants. Ils possèdent des chameaux et « des chèvres dont le lait sert à les nourrir; ils mangent aussi « du gibier et de la chair de chameau séchée au soleil; ils ont « pour voisins d’autres peuples qui les réduisent en captivité ,

« au moyen de diverses ruses, et qui les emmènent dans leur « pays, pour les revendre à des marchands; il en sort annuel-

‘ Ou plutôt Tirki, comme on le verra plus bas.

* L'Abrégé porte Abara ; le ms. B. Gbaïara ’ Voy. ci-dessus, p. i3

Feuillet 6 recto. « lement un nombre considérable , destinés pour l’extrémité de « l’Afrique occidentale. Tous les habitants du Lemlem portent « à la figuré une marque (o\i un stigmate) de feu; et c’est un « signe auquel on les reconnaît, ainsi que nous l’avons déjà dit « plus haut L »

chana. De la ville de Mellel à celle de Ghana la grande, on compte

environ douze journées de marche dans des sables plus ou moins mouvants. Ghana se compose de deux villes situées.sur les deux rives du fleuve d’eau douce, et c’est' la ville la plus considérable, la plus peuplée et la plus commerçante du pays des noirs. Il y vient de riches marchands de tous les pays environnants et des extrémités de l’Occident; se» habitants sont musulmans, et son roi , d’après ce qu’on rapporte , tire son origine de Saleh , fds d’Abdallah, fils d’Hassan, fils d’Aly, fils d’Alaou Taleb; il gouverne de sa propre autorité : mais toutefois il prête obéissance au prince des croyants de la race des Abhassides; il possède sur le bord du Nil un château solidement construit, bien fortifié , et dont f intérieur est orné de diverses sculptures et peintures, et fenêtres vitrées; ce château fut construit en l’an 5 1 o de fhégire (i i i6 de J.-C.). Le territoire et les domaines de ce roi sont limitrophes, au Wangara ou pays de for, dont nous avons déjà parlé, et qui est renommé à cause de la quantité et de la qualité de ce métal qu’il produit. Ce que les habitants de f Afrique occidentale savent d’une manière certaine et incontestable, c’est que ce roi possède dans son château un hloc d’or du poids de trente livres et d’une seule pièce C’est une production entièrement naturelle, et qui n’a été ni fondue ni travaillée par la main des hommes; on y a cependant pratiqué un trou, et on fa attachée au trône du roi; c’est une chose curieuse

' Voyez ci-dessus , pag. 1 3.

° Ceci n’a rien d’incroyable : il a été trouvé , dit-on , dans le voisinage de Lima , des masses d’or pesant 45, et même 64 marcs [Encycl. au mot Or).

et une parficularité unique , dont le monarque se glorifie auprès des rois du Soudan. Du reste, ce prince passe pour être le plus juste des hommes; car (en ce qui touche sa conduite à l’égard de ses sujets et la justice qu’il exerce envers eux) on rapporte qu’il a des officiers qui se .rendent tous les matins à cheval à son château, chacun portant sur sa tête un tambour dont il bat. Arrivés à la porte de cet édifice, ils cessent le bruit, et lorsqu’ils sont tous réunis auprès du roi, ce prince monte à cheval, et, précédant sa troupe, se rend « dans les lieux les plus étroits, « les plus misérables de la ville , » et dans les faubourgs. Si quelqu’un a à se plaindre de quelque injustice , le roi s’arrête , ordonne qu’on répare le mal, et reste là présent, jusqu’à ce que l’affaire soit terminée; ensuite il retourne au château, et ses officiers se dispersent. A trois heures après midi, lorsque la chaleur du jour commence à tomber, il remonte à cheval , accompagné de gardes; mais alors personne ne peut l’aborder ni s’approcher de lui. Cet usage de monter à cheval tous les jours pour rendre la justice, est une chose connue et certaine. Il porte un voile de soie pour se draper, ou un manteau pour s’envelopper et se couvrir, des caleçons et des souliers garnis de courroies, « soit « quand il marche à pied, soit quand il monte à cheval h » Il se pare de beaux ornements et de riches habits, qu’il fait porter au-devant de lui les jours de fête. 11 a plusieurs bannières mais il n’a qu’un seul drapeau. Il se fait précéder par des éléphants, des girafes et par d’autres animaux sauvages des espèces qu’on trouve dans le Soudan. Ces peuples ont, dans le Nil, des barques solidement construites, dont ils se servent pour la pêche, et pour communiquer d’une ville à l’autre. Les vêtements des habitants de Ghana sont le manteau et la'fouta^, « chacun sui-

* Notre texte porte i

* Benoud, pluriel de bend; en espagnol bandera.

‘ Sorte de vêtement ou de ceinture ; en espagnol /a/da et en provençal faouda

Feuillet 6 verso.

Fciiillct (i verso. « vant ses facultés. » Le pays de Ghana touche du côÆ de l’ouest à celui de Maghzara, à l’est au Wangara, au nord aux plaines désertes du Soudan et des Berbers, au sud au pays des infidèles du Lemlem et autres.

w.vNGARA Depuis la ville de Ghana j usqu’aux. premières terres du Wan-

gara, on compte huit journées. Ce dernier pays est celui qui est renommé à cause de la quantité et de la bonté de l’or qu’il produit. Il forme une île de 3oo milles de longueur sur i 5o de large, que le Nil entoure de tous côtés et en tout temps. Vers le mois d’août, lorsque la chaleur est extrême et que le Nil est sorti de son lit, l’île ou la majeure partie de l’île est inondée durant le temps accoutumé ; ensuite le fleuve commence à décroître. Les nègres de tout le Soudan se rassemblent, et viennent vers cette contrée , pour y faire des recherches , durant tout le temps de la baisse du Nil; chacun ramasse la quantité d’or, grande ou petite, que Dieu lui a accordée, sans que personne soit entièrement privé du fruit de ses peines. Lorsque le fleuve est rentré dans son lit, chacun vend l’or qui lui est échu en partage, et ils se le revendent les uns aux autres. La majeure partie est achetée par les habitants du Wardjelan par ceux de l’extrémité de l’Afrique occidentale, où cet or est porté dans les hôtels des monnaies, frappé en dinars, et échangé dans le commerce contre des marchandises. C’est ainsi que la chose se passe tous les ans. « C’est la principale production du « pays des noirs : grands et petits, ils en tirent leur subsistance. « Il y a dans le pays du Wangara des villes florissantes et des « forteresses renommées. Ses habitants sont riches ; ils possè- «'dent de l’or en abondance, et reçoivent les productions qui « leur sont apportées des autres parties les plus éloignées de la « terre. Ils se couvrent de manteaux, de voiles et d’autres sortes « de vêtements ; ils sont entièrement noirs. »

Au nombre des villes du Wangara est celle de Tirki , qui

TIRKI.

est très-grande. « Quoique populeuse, elle n’est pas dans un « état florissant ni prospère. Elle est sous l’obéissance du roi « de Ghana, au nom duquel on fait l’invocation ( la khotba), et « au nom duquel on gouverne. De Ghana à Tirki, six journées de « marche en suivant le Nil; » de Tirki, à Marasa, six journées.

« Marasa est une ville de médiocre grandeur, très-

« peuplée, très-commerçante et dont les habitants sont indus- « trieux. Elle est située sur le bord septentrional du Nil, dont « ils boivent les eaux ; il y croît du riz , du dhorra ^ et beaucoup « de grains; les habitants se livrent au négoce. La base de leur « nourriture est le poisson qu’ils pêchent; ils font le commerce « de l’or. M

De la ville de Marasa à celle de Saghmara 'six jour-

nées.

« En se dirigeant de Marasa et de Saghmara vers le nord « par le désert, on trouve une peuplade qui se nomme Beghama « ; ce sont des Berbers nomades qui ne résident en aucun

« lieu , et qui font paître leurs chameaux sur les bords d’une « rivière venant du côté de l’est, et se jetant dans le Nil. « Il y a dans ce pays beaucoup de laitages, qui servent à la « subsistance des habitants. » De Saghmara à Samgbada ,

huit journées ;• cette ville de Samgbada est très-agréable et située sur les bords d’un fleuve d’eau douce. De là à Gbarbil on compte neuf journées. De Saghmara à Gbarbil, six journées, en se dirigeant vers le sud.

« La ville de Gbarbil est située au bord du Nil; ses habitants « se vêtent de laine. Elle est agréablement placée au pied « d’une montagne qui domine cette ville du côté du midi ; ses « habitants boivent de l’eau du Nil, se nourrissent de dliorra

' Le ms. B. porle :

Il une nourriture excellente.

dont le grain très-gros foui iiit

“ Ici se trouve une répétition évidemment fautive.

Feuillet 7 recto.

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